On n'est pas des moutons

Archive for mars, 2005

«Journalisme». « Match » au Vatican et « VSD » sur le Rocher, les vautours s’impatientent

2match 1vsd

Tan­dis que « Match » mise sur le pape, « VSD » publie dans son der­nier numéro un « entre­tien tes­ta­ment exclu­sif » avec Rai­nier de Monaco. Il s’agit en fait du recy­clage d’une inter­view accor­dée en 1999 à un jour­na­liste de « Nice Matin » et publiée dans son édi­tion moné­gasque, Monaco Matin.

Domi­nique Dabin, rédac­teur chef du quo­ti­dien niçois signe ce jeudi un édi­to­rial inti­tulé «  VSD: l’indécente impos­ture  » et annon­çant une action en jus­tice contre ce « tru­cage ». La direc­tion de VSD pré­tend, de son côté avoir acquis cette inter­view à l’époque, dans des condi­tions nor­males, et être en mesure de pro­duire une fac­ture. Tan­dis que le journaliste-​négociant, Alain Laville, est décédé depuis.

Rap­pe­lons au pas­sage que les Rai­nier de Monaco, les filles en par­ti­cu­lier, ont des années durant tiré d’importants sub­sides des mul­tiples pro­cès de presse qu’ils ont su gérer au mieux de leurs inté­rêts son­nants. Et cela dans un jeu fort com­plice du chat et de la sou­ris. Au béné­fice par­tagé des inté­res­sés : «vic­times» et mar­chands de la presse pipole : Gala, Paris Match, VSD, Point de vue, Oh là !, Ici Paris ou France Dimanche – sans par­ler de la horde mer­dia­tique euro­péenne. D’après le men­suel Capi­tal, Sté­pha­nie a ainsi perçu 678.000 euros (4.445.000 francs) et Caro­line 553.000 euros (3.493.000 francs) pour les seules années 1999 et 2000. Soit plus que n’importe quelle vedette fran­çaise. Et sur le dos de leurs gogos de lec­teurs. Après tout cha­cun en a pour son compte : les uns des sous, les autres des lec­teurs et ceux-​là des rêves.
[Source : AFP 31/​03/​05]

→ Images : les cou­ver­tures de noir vêtues, comme des oiseaux de mal­heur, cha­cun sur sa proie.
→→ Pan­toufle ? A quoi bon ?, puisqu’il ne s’agit pas d’information.


France 2. Ce délicieux et tenace fumet d’ORTF

Déci­dé­ment, ce réfé­ren­dum… Quel plus beau mer­dier poli­tique pouvait-​on ima­gi­ner ? Pré­sident de France Télé­vi­sions, Marc Tes­sier y ajoute une bonne couche perso: celle de sa propre cam­pagne élec­to­rale en vue du renou­vel­le­ment de son man­dat. Ayant voulu trop bien faire, il en a tout bon­ne­ment fait trop. Il avait eu l’idée d’être très agréable au Pré­sident en invi­tant Bar­roso à «Cent minutes pour convaincre»…

11tessierDonc, au départ, la meilleure inten­tion, dans le but «acces­soire» de plaire à Chi­rac à l’heure où celui-​ci va devoir faire, avec le CSA, son choix pour la pré­si­dence des télés publiques… Fayo­tage contre­pro­duc­tif car, entre-​temps, Chi­rac s’est remonté contre le pré­sident de la Com­mis­sion euro­péenne, jugé trop favo­rable à la fameuse direc­tive Bol­ken­stein… D’où l’annulation ember­li­fi­co­tée sur l’air des « temps de parole » à res­pec­ter, etc.

Tout ça fleure bon son ORTF d’antan, son déli­cieux et tenace fumet, De Gaulle, Pom­pi­dou et Pey­re­fitte en ministre de l’«information». Le bon temps. De quoi émou­voir les élus du per­son­nel au CA de France Télé­vi­sions. Yves Loi­seau et Mar­cel Trillat ont donc écrit à leur président :

« Nous appre­nons que vous auriez imposé la dépro­gram­ma­tion de cette émis­sion à la suite d’une inter­ven­tion de Mati­gnon. Il s’agit d’un évé­ne­ment sans pré­cé­dent depuis l’époque Pey­re­fitte : les res­pon­sables d’une chaîne de ser­vice public modi­fiant sans état d’âme le choix de leurs invi­tés poli­tiques, en période élec­to­rale, pour com­plaire au pou­voir en place ! »

Que nenni !, jure de ses grands dieux Marc Tes­sier en arguant de la fameuse régle­men­ta­tion des temps de parole. Mais à Bruxelles, on se marre en cou­lisses. Quant aux pro­duc­teurs de «Cent minutes», ce retour à la «voix de la France»… les laisse «sans voix».

→ Image : En 2004, Marc Tes­sier était sacré Mana­ger de l’année par « Le Nou­vel Eco­no­miste ». Le site de France 2 en est tout fier : «C’est la pre­mière fois que le diri­geant d’une entre­prise du ser­vice public reçoit cette dis­tinc­tion.», sou­ligne la légende de la photo – où l’on recon­naît l’encore rayon­nant Gay­mard [proxi­mité de mau­vais aloi ?] et Debré.


Les bonnes causes de l’Unicef. Quinze chocolats pour acheter la presse

1unicef

Il était furieux, le réd” chef : dans son cour­rier du matin, un car­ton de l’Unicef qui le pre­nait pour un gogo, sinon pour un con. Un «colis­simo» conte­nant une luxueuse boîte de quinze cho­co­lats de marque, une boîte en fer, «col­lec­tor», des­si­née par Folon et accom­pa­gnée, bien sûr, de son dos­sier de presse. Extrait: «En ache­tant cette boîte, les consom­ma­teurs per­mettent à l’Unicef d’acheter 15 crayons pour une école du Congo, de Rou­ma­nie ou encore du Niger. Cette aide concrète contri­bue à amé­lio­rer l’éducation des enfants, thème prio­ri­taire de l’Unicef en 2005.»

Plu­tôt que ce texte mer­dique, tant qu’à faire de la com’ éhon­tée, fal­lait me deman­der un bon slo­gan! Par exemple : «Empiffrons-​nous à la santé des pauvres!»…

De qui se moque-​t-​on, en effet ? J’aimerais bien savoir quel canard aura réper­cuté cette « info » scan­da­leuse ; quel jour­na­liste aura, contre quinze crottes en cho­co­lat, cédé aux sirènes du charity-​bizness, ce déni de jus­tice… Toute déla­tion sera consi­dé­rée ici comme acte de résis­tance civique.

Dans la lignée d’Anémone tri­co­tant des moufles pour «ses petits lépreux» dans «Le Père Noël est une ordure», rap­pe­lons en pas­sant d’autres pra­tiques dou­teuses de mar­ke­ting cari­ta­tif: les mini-​béquilles «fait main» par des estro­piés et jointes au cour­rier de raco­lage culpa­bi­li­sant (Han­di­cap inter­na­tio­nal) ; les fameux timbres-​adresse à votre nom (la plu­part des ONG) ; la «carte du monde au for­mat géant» (MSF) – j’en passe sans doute, et des pires, genre «mini-​béret de l’abbé Pierre modèle hiver 54»…
2unicefA côté de quoi les Res­tos du cœur demeurent le modèle : deux lettres par an, une pour l’appel, l’autre pour le merci, le bilan de l’action et l’attestation fis­cale. Et la trogne de Coluche tou­jours en prime. Ima­gi­nons un sketch de lui sur les pra­lines de l’Unicef…

Au fait, que deviennent les 10.000 mous­ti­quaires pro­mises au Som­met mon­dial de Davos par Sha­ron Stone aux pauvres Zimbabwéens ?

→ Images : Sur le bureau du rédac­teur en chef, la com’ dans toute son indé­cence. Avec son inévi­table dos­sier de presse. Coût de l’ «inves­tis­se­ment» : 20, 30, 40 euros ? mul­ti­plié par 100 jour­naux, 200 ou plus… Coût total de l’opération «cho­co­lat» ? Effet chez les «pauvres» ?


Au Monde, une trentaine de journalistes s’opposent au licenciement de Plenel

111mondeÇa barde sérieux au Monde autour du licen­cie­ment annoncé d’Edwy Ple­nel. L’ancien direc­teur de la rédac­tion s’est d’abord exprimé par un com­mu­ni­qué où il dit : «La direc­tion du groupe la Vie-​le Monde a décidé que je devais quit­ter le Monde, jour­nal où je tra­vaille depuis vingt-​cinq ans. Après me l’avoir noti­fié ora­le­ment, elle l’a fait savoir publi­que­ment par voie de presse. Sur le fond comme sur la forme, cette déci­sion me choque et m’attriste.» Ple­nel pré­vient qu’il a chargé l’avocat de son syn­di­cat (la CGT) de «veiller à la pro­tec­tion de [ses] droits de salarié».

Par un autre com­mu­ni­qué interne, une tren­taine de res­pon­sables ou anciens res­pon­sables de la rédac­tion du quo­ti­dien ont fait savoir [30/​03/​05] que «le départ contraint d’Edwy Ple­nel serait un très mau­vais signal» qui «contri­bue­rait à avi­ver des divi­sions voire à pro­vo­quer des rup­tures» au sein du jour­nal. Ils demandent à la direc­tion du quo­ti­dien de défi­nir avec Edwy Ple­nel «son ave­nir pro­fes­sion­nel au sein de notre équipe».

Dans ce com­mu­ni­qué, les signa­taires ajoutent : « […] Nous pou­vons d’abord témoi­gner de ce qu’Edwy Ple­nel, dix ans durant, comme direc­teur de la rédac­tion, a apporté au quo­ti­dien « Le Monde », par son dyna­misme édi­to­rial et sa capa­cité d’animation.

« Nous devons ensuite rap­pe­ler que, jamais, dans l’histoire du jour­nal, un direc­teur de la rédac­tion ayant aban­donné ses fonc­tions n’a été contraint de quit­ter l’entreprise. […] La force de notre col­lec­ti­vité tient aussi à cette capa­cité à res­pec­ter les per­sonnes, à nous ras­sem­bler et à faire vivre notre diversité.

« Nous devons enfin noter qu’au moment où notre jour­nal entame une nou­velle étape de son his­toire (redres­se­ment finan­cier, nou­velle for­mule, relance édi­to­riale), la cohé­sion de notre col­lec­ti­vité est un impé­ra­tif. Au-​delà des désac­cords qui font par­tie de la vie de toutes les rédac­tions, notre équipe doit res­ter unie et mobi­li­sée sur l’essentiel, la réa­li­sa­tion du meilleur jour­nal pos­sible, dans le res­pect de son his­toire et de ses valeurs.

« A ce titre, le départ contraint d’Edwy Ple­nel serait un très mau­vais signal. Il contri­bue­rait à avi­ver des divi­sions voire à pro­vo­quer des ruptures. »

Les signa­taires : Claire Blan­din, Fran­çois Bon­net, Anne Che­min, Syl­vain Cypel, Alain Debove, Fran­cis Deron, Jean-​luc Douin, Jérome Féno­glio, Pas­cal Gali­nier, Hervé Gat­te­gno, Pierre Georges, Claire Gue­laud, Michel Gué­rin, Denis Hautin-​Guiraut, Natha­niel Herz­berg, Chris­tophe Jaku­bys­zyn, Franck Johannes, Phi­lippe Le Coeur, Jean-​Yves Lho­meau, Laurent Mau­duit, Joel Morio, Franck Nou­chi, Marie-​Hélène du Pas­quier, Bri­gitte Per­ucca, Phi­lippe Ridet, Emma­nuel de Roux, Josyane Savi­gneau, Bri­gitte Suf­fert, Isa­belle Tales, Fran­çoise Tovo, Vincent Truffy.


‘tite devinette du jour. Qui a dit ?

Image_2_1
Réponse plus tard ici-​même, dans les com­men­taires – après les vôtres…


JOURNALISME. Et le malaise des lecteurs ?

1freud22

Malaise dans les rédac­tions, certes. Et le malaise des lec­teurs ? C’est un blo­gueur de «c’est pour dire» qui lan­çait ici cette objec­tion. Inté­res­sante manière d’inverser le point de vue. Après tout, on demande bien au jour­na­liste d’écrire pour son lec­teur. Mais va-​t-​il bien au bout de l’exigence, jusqu’au «ser­vice après-​vente» ?

Ainsi, dans Le Monde du 29÷03÷05, deux syn­di­ca­listes du SNJ-​CGT s’interrogeant sur «l’information face à la com­mu­ni­ca­tion». Michel Diard et Alain Goguey* ne manquent pas de poin­ter les réa­li­tés criantes des condi­tions actuelles d’exercice du métier d’informer. Lequel, en effet, se trouve plus que jamais confronté aux «forces de la communication».

« Nous devons nous sou­mettre, écrivent-​ils, aux méthodes douces de la com­mu­ni­ca­tion. Nous sommes invi­tés en per­ma­nence à pri­vi­lé­gier les « tech­niques de per­sua­sion com­plexes et intimes »» direc­te­ment ins­pi­rée des tech­niques du mar­ke­ting depuis que l’information est deve­nue un pro­duit. […] Qui peut garan­tir aujourd’hui que la liberté d’expression du jour­na­liste ne sera jamais uti­li­sée pour men­tir, trom­per ou manœuvrer ? »

L’observation est juste, et tel­le­ment évi­dente dans ses effets au quo­ti­dien. Mais les causes ? Pour­quoi la com­mu­ni­ca­tion a-​t-​elle ainsi péné­tré la sphère du jour­na­lisme ? Pour­quoi ce « Nous devons nous sou­mettre » comme un aveu d’impuissance ? Là-​dessus, les auteurs glissent, pré­fé­rant peut-​être ne pas ris­quer la ques­tion qui fâche­rait, notam­ment les syn­di­qués: celle de la res­pon­sa­bi­lité des jour­na­listes eux-​mêmes. Celle aussi de l’entrée en résis­tance, après tout l’Histoire ne s’est pas arrêtée…

Un pré­cepte dans ce domaine sti­pule que le sens d’une com­mu­ni­ca­tion est don­née par la réponse obte­nue. Ce qui implique l’accord du récep­teur, en l’occurrence le jour­na­liste. Qu’il est com­mode, confor­table, pénard, etc. de pom­per dans un dos­sier de presse – conçu pré­ci­sé­ment dans ce but de four­nir de l’« info » clé en mains, prête à enfour­ner ! Et hop, au sui­vant ! Et les pho­tos, et les CD pour les radios, les DVD pour les télés. Dans tous les genres : por­trait, repor­tage, inter­views – même pas besoin de deman­der, ça vous arrive tout cuit et encore chaud, apporté par les petites mains blanches des atta­chées de presse, en somme comme par des livreurs de piz­zas. Le patron ne sau­rait s’en plaindre, depuis le temps qu’il rêve de jour­naux sans jour­na­listes. Encore un effort pour scier la branche de l’information : inter­views par télé­phone ou, mieux encore, par cour­riels, « revus et amen­dés »; dos­siers com­pi­lés sur inter­net; pas de frais de dépla­ce­ments, pompé-​collé, pas vu-​pas pris. Pas lu non plus… Ah ?!

Après tout, quel lec­teur fera la dif­fé­rence, puisque dif­fé­rence il n’y a peut-​être plus – ou rare­ment. Puisque la mal-​info s’est cal­quée sur sa sœur jumelle, la mal-​bouffe : pro­duits stan­dards, ingré­dients indus­triels, mar­ke­ting de grande dis­tri­bu­tion. Et que je te concentre tout ça à grands coups d’économies d’échelle et autres syner­gies. Concen­trez, concen­trez ! comme dirait Patrick Eveno, ce prof de la Sor­bonne et néan­moins pro­duit de la mar­chan­dise généralisée.

Là des­sus, donc, nos syn­di­ca­listes zappent, se refu­sant à secouer les coco­tiers, sauf ceux des fau­tifs patrons: «Aujourd’hui, les nou­veaux diri­geants des médias mar­tèlent que le sta­tut des jour­na­listes, exor­bi­tant du droit com­mun, est un han­di­cap pour l’économie de l’information. En fait, l’information est sur­tout vic­time des erreurs de ges­tion, et c’est la volonté de l’encadrer qui amènent le lec­teur, l’auditeur et le télé­spec­ta­teur à dou­ter de ce qu’il lit ou entend comme des jour­na­listes. Elle est enfin malade des appé­tits déme­su­rés en matière de pro­fits immédiats. »

Oui, le sta­tut. Oui, le tout pro­fit. Mais quid des jour­na­listes sans les­quels les médias ne sont RIEN ? Comme un orchestre sans musi­ciens. Et j’entends, c’est bien le mot : sans bons musi­ciens, excel­lents mêmes !

Au lieu de quoi est rabâ­chée une par­ti­tion en mode cor­po­ra­tiste : « Le jour­na­liste ne peut rem­plir sa mis­sion sociale que dans la liberté garan­tie par un sta­tut de haut niveau. Le Par­le­ment a, dans la conjonc­ture d’aujourd’hui, le devoir et le pou­voir de lui assu­rer cette indis­pen­sable liberté en com­plé­tant le sta­tut pro­fes­sion­nel des jour­na­listes et la res­pon­sa­bi­lité de garan­tir le plu­ra­lisme en légi­fé­rant, notam­ment, pour limi­ter les concentrations. »

On peut, on doit sans doute en appe­ler au légis­la­teur, dès lors que le péril est devenu mani­feste. Mais la ques­tion demeure : mettre l’information en musique. Jouons de nos ins­tru­ments, jouons en bien, sur tous les registres. Alors seule­ment, invi­tons le lec­teur au concert. Tiens, comme à un banquet.

* Michel Diard est secré­taire géné­ral du Syn­di­cat natio­nal des jour­na­listes CGT (SNJ-​CGT), Alain Goguey est membre du bureau natio­nal.
→ → Image : Karl pour les concen­tra­tions des moyens de pro­duc­tion… Sig­mund pour le reste. Pas­ser du che­vet du capi­ta­lisme au divan du jour­na­lisme, quel programme !


Un ultralibéraliste lance son cri du cœur : «Vive la concentration des médias !»

Deux articles dans « Le Monde » [29/​03/​05] viennent ali­men­ter ma der­nière note sur le sujet, «JOURNAUX. La crise atteint le cœur des rédac­tions». L’un, inti­tulé « L’information face à la com­mu­ni­ca­tion » émane du Syn­di­cat natio­nal des journalistes-​CGT, l’autre d’un uni­ver­si­taire. Bien sûr, il est recom­mandé de lire l’un et l’autre, tan­dis que je m’empresse, en par­ti­cu­lier, d’empoigner le second qui vaut son pesant de mou­tarde ultralibéraliste.

Ultra­li­bé­ra­liste. C’est bien le mot, choisi contre vents et cor­rec­teur pour qua­li­fier la démarche idéo­lo­gique et mili­tante de son auteur, Patrick Eveno, qui se pré­sente comme «maître de confé­rences à l’université Paris-​I - Panthéon-​Sorbonne et secré­taire géné­ral de la Société pour l’histoire des médias», excu­sez du peu. Bref, ce prof, tente la pro­voc’. En inti­tu­lant son ode au libé­ra­lisme ultra «Vive la concen­tra­tion des médias!», il ne fait jamais que mettre ses gros sabots dans le plat qui nous est régu­liè­re­ment servi par maints poli­ti­ciens et médias de masse. Un plat natio­nal, en quelque sorte, insi­pide et néan­moins au goût mon­dia­liste de raz de marée financier.

«Contrai­re­ment à une idée reçue, écrit le pro­fes­seur, les médias fran­çais sont peu concen­trés, c’est même la cause prin­ci­pale de leur fai­blesse ». La preuve : il n’y a jamais eu autant de finan­ciers «divers» à se par­ta­ger la galette média­tique ! Cette béné­dic­tion a débuté avec le désen­ga­ge­ment de l’État en 1982 (merci qui ?) et, aujourd’hui, il n’est que d’aligner les nou­veaux pro­prios, ce que fait l’enfonceur d’idée reçue : «Bouygues, Arnault, Pinault, Das­sault, Roth­schild, pour ne citer que les plus célèbres, sont des acteurs récents des médias. […] En outre, le groupe Her­sant a été scindé en deux, entre France-​Antilles et la Soc­presse, qui, elle-​même, revend une par­tie des titres acquis […] Enfin, des inves­tis­seurs étran­gers, Ber­tels­mann, Emap, Pear­son, sont arri­vés sur le mar­ché des médias fran­çais. Dans ce pano­rama en constante évo­lu­tion, Lagar­dère Hachette est le seul groupe fran­çais de dimen­sion inter­na­tio­nale. Il se ren­force dans les médias, à mesure qu’il se désen­gage de l’armement, son métier d’origine. En bref, le mar­ché des médias fran­çais est très peu concentré.»

Le chiffre d’affaires comme valeur suprême

Pour enfon­cer le clou, notre pro­fes­seur en ultra­li­bé­ra­lisme com­pare les chiffres d’affaires des grands groupes de presse euro­péens. Où il appa­raît, com­pa­rai­son étant rai­son, que «notre» Lagar­dère fait figure de minable aux côtés des Ber­tels­mann, Mur­doch, Pear­son – qui tous, sont, bien sûr, des modèles en matière de plu­ra­lisme d’expression ; d’ailleurs, pour ache­ver de nous convaincre, il va même jusqu’à citer dans ses modèles de concen­tra­tion celui de… Ber­lus­coni, autre grand démo­crate, comme on sait.

S’ensuit une lita­nie de mil­lions d’euros, seul cri­tère de clas­se­ment digne d’intérêt pour cet uni­ver­si­taire dont la lar­geur de vue et la por­tée des idées ne sau­raient dépas­ser celle des entre­pre­neurs qu’il vénère.

Son credo se confond avec l’entreprise aux seules fina­li­tés du pro­fit – ce mot haïs­sable en soi, dès lors qu’il rabaisse toute valeur humaine à celle de l’enrichissement mor­bide. Jamais, dans son laïus, ne lui vient le moindre ques­tion­ne­ment sur la nature spé­ci­fique des médias d’information. A quoi bon ! D’ailleurs, le mal est venu de la Libé­ra­tion, quand la presse fran­çaise «a été restruc­tu­rée sur des bases poli­tiques, avec peu de capi­taux et une très faible ren­ta­bi­lité»… L’horreur absolue.

Tan­dis que la pau­vreté, qu’il semble igno­rer, ne concerne que ses «argu­ments» les plus affli­geants. Ainsi estime-​t-​il, par exemple, que les «Bouygues, Arnault, Pinault, Das­sault, Roth­schild, etc. [posent néan­moins] pro­blème parce que ce sont des action­naires exté­rieurs aux médias. Ces der­niers visent rare­ment la créa­tion d’un groupe de presse ou de médias, mais recherchent plu­tôt l’influence qu’ils espèrent reti­rer de la pos­ses­sion d’un ou plu­sieurs titres. C’est là une par­ti­cu­la­rité fran­çaise, qui ravale notre démo­cra­tie au rang des puis­sances bananières.»

1madelinfig_1Puis­sances bana­nières… Je connais­sais l’expression «répu­blique bana­nière», dési­gnant des pays d’allure vague­ment démo­cra­tique, mais sous la coupe réglée d’intérêts pri­vés impo­sant leur loi, comme dans les dic­ta­tures d’Amérique latine… Mais en fait, non. Notre pro­fes­seur conti­nue à par­ler chiffres. Il ne lit pas la presse, ou alors Le Figaro, qu’il cite, puisqu’il y trouve argu­ments finan­ciers pour com­battre tout «dur­cis­se­ment des lois sur la concentration» – qui péna­li­se­rait Lagar­dère ! Seul celui-​ci paraît trou­ver grâce à ses yeux de comptable.

Le plu­ra­lisme par la concentration !…

Le débat démo­cra­tique ? Il tente de l’effleurer dans le der­nier tiers de son texte, ne crai­gnant pas de s’appuyer sur une idée ren­ver­sante – tenez-​vous bien : «La vraie ques­tion n’est donc pas celle de la concen­tra­tion, mais celle de la capa­cité des médias fran­çais à four­nir une infor­ma­tion diver­si­fiée et plu­ra­liste.» J’adore l’articulation donc /​mais qui, balayant la contra­dic­tion, ins­taure le para­doxe. A la manière, d’ailleurs, dont pro­cède l’habituel dis­cours chi­ra­quien, à grands coups de «natu­rel­le­ment», son adverbe pré­féré par lequel il noue les «évi­dences» à la natu­ra­li­sa­tion de ses solutions.

Démons­tra­tion selon Eveno : « Pre­nons l’exemple de Ouest-​France, qui certes étend son empire, mais n’a pas le mono­pole de l’information sur le grand Ouest : même avec des télé­vi­sions locales, il res­tera confronté aux régio­nales de FR3, aux infor­ma­tions natio­nales des autres chaînes, aux quo­ti­diens natio­naux, aux gra­tuits, aux maga­zines, aux mul­tiples radios, etc. Et la TNT ne fera qu’amplifier l’offre.»

Mais allez-​y donc, pro­fes­seur, dire aux Bre­tons que l’impe­rium d’Ouest-France va les rendre plus heu­reux, parce que mieux infor­més grâce à la concen­tra­tion capi­ta­liste! Allez prê­cher vos homé­lies ineptes dans les rédac­tions concer­nées – et en par­ti­cu­lier dans celles du Télé­gramme, cet Asté­rix aux 200.000 exem­plaires, dopé à la potion magique… de l’information encore indé­pen­dante et diversifiée !

En clair, faire du fric

En addi­tion­nant le même au pareil, cet ultra­li­bé­ral montre son inca­pa­cité à dis­cer­ner entre la liberté d’informer et la liberté d’entreprendre. Car, en clair, il s’agit de l’unique liberté qui compte – c’est le cas de le dire : celle de faire du fric. Avec tout et n’importe quoi, y com­pris avec le fon­da­men­tal droit des citoyens à l’information non inféo­dée au capi­tal – puisqu’il faut bien, à la fin, reve­nir au lan­gage de base ! Et appe­ler un chat un chat, un finan­cier un capitaliste !

Je n’ai jamais eu le «fee­ling» mar­xiste, s’agissant d’idéologie et de poli­tique. Bien au contraire. Mais, bon sang, de tels dis­cours nous y ramènent bien, au Marx de l’économie et de la socio­lo­gie consi­dé­rées comme outils métho­diques d’analyse et de cri­tique d’une société allant à sa perte ! Au secours Karl, ils deviennent vrai­ment barges ! Regarde ce qu’il ose encore écrire :

«Plu­tôt que de pen­ser les médias en termes poli­tiques, il vau­drait mieux les pen­ser en termes d’économie d’entreprise, de taille cri­tique, de ren­ta­bi­lité.»

Mais je m’énerve… Car, au fond, tant mieux si de tels pro­pos s’expriment. Tant mieux si l’ultralibéralisme avance à visage décou­vert, que l’on sache bien à quoi il nous expose, nous qui vou­lons rêver une société de citoyens informés.

Toute valeur se trouve ainsi asser­vie à l’Entreprise, toute acti­vité vouée au Pro­fit. L’homme au ser­vice de l’Économie. Patrick Eveno, maître de confé­rences au Pan­théon !, caresse de pauvres rêves, limi­tés comme ceux d’un har­pa­gon. Des rêves petits qui, en ultime obses­sion, achèvent de se fra­cas­ser avec ses der­nières lignes : «Il vau­drait mieux, assène-​t-​il encore, réflé­chir à la ques­tion prin­ci­pale : com­ment faire pour ren­ta­bi­li­ser les groupes de presse, afin qu’ils attirent des capi­taux qui cherchent des pro­fits et non de l’influence, afin que les quo­ti­diens pros­pèrent, afin qu’ils puissent inves­tir sur le Net pour y déve­lop­per de nou­velles formes d’audience ?».

→ Paru dans le même numéro du Monde et inti­tulé «L’information face à la com­mu­ni­ca­tion», l’article signé Michel Diard, secré­taire géné­ral du Syn­di­cat natio­nal des jour­na­listes CGT (SNJ-​CGT) et Alain Goguey, membre du bureau natio­nal, prend l’exact contre-​pied du texte d’Eveno. Je ne man­que­rai pas d’y revenir.

→ → L’image : Made­lin tient la Une du quo­ti­dien des « idées saines ». Un vrai scoop.


JOURNAUX. La crise atteint le cœur des rédactions

La crise de la presse est si vive qu’elle atteint aujourd’hui le cœur-​même des rédac­tions. Le phé­no­mène remonte à deux ou trois ans. Pour la pre­mière fois, en tout cas de manière aussi sou­daine et concen­trée, on a vu paraître à la file des ouvrages cri­tiques éma­nant, non plus de socio­logues des médias, mais de jour­na­listes. Depuis quelques mois, voire quelques semaines, sur­gissent des mou­ve­ments internes aux rédac­tions. Des jour­na­listes se rebiffent. Une révo­lu­tion ? Non, sire, mais une révolte sans doute.

N’allons pas mettre dans un même sac des mou­ve­ments divers aux causes mul­ti­formes. Auraient-​ils cepen­dant quelques déno­mi­na­teurs com­muns ? Les crises que tra­versent Le Figaro, Le Monde, Le Pari­sien ont-​elles à voir entre elles ? Ont-​elles aussi des rap­ports, plus ou moins directs, avec ce qui secoue Le Pro­grès de Lyon, La Voix du Nord et Nord-​Éclair, Le Maine Libre et Ouest-​France? Oui !

1plenelmonde_1Oui, car elles relèvent d’une même crise sys­té­mique rele­vant à la fois de l’économie géné­rale des médias et de la finan­cia­ri­sa­tion galo­pante qui touche – aussi – ce sec­teur. La plu­part des jour­naux se portent mal indi­vi­duel­le­ment mais les pers­pec­tives du mar­ché laissent entre­voir de belles ren­ta­bi­li­tés pour peu que des mesures dras­tiques, sui­vez mon regard, finissent d’achever les entre­prises de presse en tant qu’industries à part, pro­duc­trices de biens spé­ci­fiques à valeur autre que seule­ment mar­chande. Ce qu’en un mot on appelle encore l’information.

Au Figaro, 93% des jour­na­listes se rebiffent

Oui, il y a un rap­port entre cette réalité-​là et le malaise qui sai­sit toute la pro­fes­sion d’informer et dépasse ses cli­vages cor­po­ra­tistes. Le doute s’instaure dans de nom­breuses rédac­tions, au point même de les gagner toutes, peu ou prou, y com­pris les plus sereines – elles deviennent si rares qu’on les invoque comme des mira­cu­lées –, car nul ne peut être aujourd’hui tenu à l’abri d’une défer­lante financière.

Elles n’en meurent pas toutes, mais toutes sont atteintes. Leur syn­drome com­mun s’appelle « perte de confiance » ; il pro­voque un même cou­rant qui trans­cende les réfé­rents poli­tiques ou seule­ment identitaires.

Ainsi au Figaro, lorsque Das­sault le rachète et avance son pro­jet «idées saines», les jour­na­listes du quo­ti­dien et de ses maga­zines se rebiffent. Le 20 sep­tembre 2004, ils votent, à 93 %, une motion envoyée au nou­veau pro­prio pour lui dire notam­ment : «Le Figaro ne peut en aucun cas se trans­for­mer en un jour­nal mili­tant. Il doit demeu­rer un grand jour­nal d’informations natio­nales et inter­na­tio­nales, un jour­nal de réfé­rence ouvert à tous les cou­rants de pen­sée, dans sa tra­di­tion longue de plus de 150 ans».

Les jour­na­listes de L’Express, eux aussi, ont dû mettre le holà. Mais peut-​on apprendre à Das­sault, et le droit du public (fût-​il de droite) à l’information, et le prin­cipe démo­cra­tique qui le fonde ?

Au Monde, Ple­nel poussé vers la sor­tie, Colom­bani sévè­re­ment critiqué

1libemonde_1Au Monde, la situa­tion appa­raît des plus confuses. Certes, les deux tiers des 315 jour­na­listes actifs ou retrai­tés, repré­sen­tant 1 164 parts, ont approuvé le plan de reca­pi­ta­li­sa­tion – et un tiers l’a rejeté, ce qui n’est pas rien. L’assemblée géné­rale du 8 mars a donné lieu à d’âpres débats. Colom­bani y a été sévè­re­ment cri­ti­qué pour sa ges­tion géné­rale – pertes, plan social, acqui­si­tions, reca­pi­ta­li­sa­tion – et par­ti­cu­lière, concer­nant son salaire et jusqu’à son « para­chute doré » d’un mil­lion d’euros d’indemnités en cas de départ… Le tout dans une atmo­sphère délé­tère qui a même conduit la Société des rédac­teurs du Monde à assor­tir son vote d’une mise en garde : «Ce oui à la reca­pi­ta­li­sa­tion n’est pas un chèque en blanc. Bien au contraire».

Atmo­sphère ten­due donc, mais digne – on est au Monde. Les oppo­sants se réfrènent, y com­pris Ple­nel, l’ex-directeur de la rédac­tion, qui n’appelle pas impli­ci­te­ment au vote néga­tif. C’est un de ses par­ti­sans, Laurent Mau­duit, qui le fera.

On n’ira donc pas jusqu’à la défiance – «on a tous aussi la trouille d’un dépôt de bilan», déclare une jour­na­liste à Libé­ra­tion [28/​03/​05] –, mais per­sonne n’aura ouver­te­ment défendu Jean-​Marie Colom­bani.

Puis, ce ven­dredi, Ple­nel a été «invité» à quit­ter la rédac­tion. Le nou­veau direc­teur géné­ral du groupe lui a offert un pla­card (s’occuper d’une «Fon­da­tion Le Monde»…), renou­ve­lant une pro­po­si­tion pré­cé­dente de Colom­bani. Ple­nel ne serait alors plus sala­rié direct du jour­nal. L’ex-directeur de la rédac­tion peut aussi choi­sir la porte, via le plan de départs volon­taires… Côté direc­tion, on dément avec vigueur. Ce qui n’empêche pas une péti­tion de com­men­cer à cir­cu­ler pour deman­der une AG sur cette nou­velle affaire.

Au Pari­sien, malaise sans précédent

Au Pari­sien enfin, le licen­cie­ment du direc­teur adjoint de la rédac­tion, Jacques Espé­ran­dieu, a pro­vo­qué un malaise sans pré­cé­dent dans ce jour­nal. Le 17 mars, 85% des jour­na­listes ont voté une motion de défiance à l’encontre de la direc­tion. Contre vents et marées, celle-​ci veut main­te­nir Chris­tian de Vil­le­neuve à la tête de la rédac­tion, alors que ses méthodes et ses inté­rêts dans une société hip­pique font appa­raître des dérives déon­to­lo­giques. Tout ce tin­touin contra­rie for­te­ment le pro­prié­taire, Phi­lippe Amaury, dont la rigi­dité de sa posi­tion en faveur de Vil­le­neuve ne fait que jeter de l’huile sur le feu.1mondeparisien_1
Je m’en tiens pour aujourd’hui à ces seuls titres natio­naux. Mais on peut dire qu’un malaise dif­fus se répand dans de nom­breux titres de la presse quo­ti­dienne, natio­nale, régio­nale et dépar­te­men­tale. Un malaise qui se noue, on l’a dit, autour de plu­sieurs faits qui, aujourd’hui, semblent se coa­gu­ler. Comme si une prise de conscience s’opérait chez les jour­na­listes – pour­tant plus géné­ra­le­ment enclins à voir la paille dans l’œil du vaste monde que la poutre dans celui de leur microcosme…

Il est vrai que les fon­de­ments mêmes du métier d’informer se trouvent mena­cés. Et avec eux, soit dit en pas­sant, rien moins que la démocratie.

D’autres titres aussi se trouvent for­te­ment secoués. En nous gar­dant de tout amal­game, citons néan­moins, parmi eux : Libé­ra­tion, L’Alsace, L’Express et jusqu’à Témoi­gnage chré­tien, dont le direc­teur de la rédac­tion vient d’être démis.

→→ Images : Comme d’habitude, ce sont les titres concur­rents qui ren­sei­gne­ment sur les misères des autres. Le Monde tar­tine sur le Pari­sien, mais pas sur lui. Libé sur le Monde. Le Figaro, etc. Vive le plu­ra­lisme de la presse !


Quelques picorettes en passant

Je n’ai pas toutes mes aises pour blo­guer comme j’aime et par­ta­ger tout autant; même pas vrai­ment moyen de répondre à mes « émiles ». A mettre au débit des aléas du voyage et des défaillances du noma­disme.
Je n’en mate pas moins ma flop­pée de canards, tré­pi­gnant de ne pou­voir vrai­ment réagir comme il convien­drait. Bon, assez api­toyé sur mon sort. Quelques pico­rettes en pas­sant et en petite revue de presse :

BLOGS DE JEUNES EN FOLIE »> Les direc­teurs de lycées et col­lèges (Libé­ra­tion, 23÷03÷05) se voient dure­ment confron­tés au défer­le­ment débridé des blogs d’élèves qui se défoulent sans rete­nue. Et sur­tout sans la moindre déon­to­lo­gie. Les ensei­gnants se trouvent sou­vent pris pour cible sous des formes par­fois des plus injurieuses.

Les jeunes usa­gers d’internet se croient le plus sou­vent, à tort, en dehors du champ juri­dique pro­té­geant les droits des per­sonnes, le droit à l’image, répri­mant l’injure, la dif­fa­ma­tion, l’atteinte à l’honneur, etc. A moins qu’ils ne bravent déli­bé­ré­ment les lois, bafouant en tout cas les recom­man­da­tions et mises en garde qui leur sont, en prin­cipe, adres­sées par les chefs d’établissement. Un orga­nisme de l’Education natio­nale, le Clemi (Centre de liai­son de l’enseignement et des moyens d’information) a aussi pour voca­tion, entre autres, d’alerter les jeunes blo­gueurs sur leurs res­pon­sa­bi­li­tés tant pénales qu’individuelles.

Libé signale des cas d’exclusion pro­non­cés à l’encontre d’élèves ayant enfreint les « codes de bonne conduite ».

La radio Sky­rock héberge sur son site spé­cia­lisé quelque 1,6 mil­lions de blogs.

RESISTANCE AU « MAINE LIBRE » ? »> Par une courte majo­rité, les jour­na­listes du Maine libre, quo­ti­dien du Mans, en passe d’être repris par Ouest-​France, se sont pro­non­cés contre cette opé­ra­tion. Les condi­tions d’emploi et les salaires ont motivé ce refus. Acte de résis­tance ultime, ou manière de négo­cier à la hausse la future inté­gra­tion au mas­to­donte de Rennes ?

LE REGLEMENT, C’EST LE REGLEMENT ! »> Le Canard [23/​03/​05], révèle un pro­jet de règle­ment inté­rieur du «  Monde  » pas piqué des han­ne­tons. Une série d’interdits y sont ali­gnés, concer­nant notam­ment « l’usage du télé­phone et des mes­sa­ge­ries élec­tro­niques à des fins pri­vées ». Il est aussi sti­pulé que l” »entreprise se réserve le droit de véri­fier à tout moment [...] numé­ros de télé­phone appe­lés, adresses e-​mail des­ti­na­taires, sites inter­net consul­tés », etc. Sauf en cas d” »activité jour­na­lis­tique »... Un nou­veau métier se des­sine : éva­lua­teur d’activité jour­na­lis­tique. A moins qu’un sis­mo­graphe spé­cial en tienne lieu.

Ouf, les blogs semblent exclus du champ des res­tric­tions. Attendons-​nous, amis de la blo­go­sphère, à devoir accor­der l’asile blo­go­po­li­tique aux futurs dissidents.

Faut-​il ajou­ter que ce pro­jet excite bien le Canard qui bar­bote à palmes-​joie dans les méandres de ce texte néo-​brejnévien ten­dance Kafka, et vice-​versa. Sera-​t-​il sou­mis aux votes des inté­res­sés, comme pour la reca­pi­ta­li­sa­tion du journal ?

»> PS /​A pro­pos de vote, n’oubliez pas de recom­man­der « c’est pour dire » qui, depuis la nou­velle for­mule du Monde​.fr, et après avoir dénoncé les anti­dé­mo­cra­tiques « vota­tions » de for­bans, se trouve porté disparu.


Ils font vraiment “pschiit !”, les billets d’avion de la famille Chirac !

Pas eu les moyens tech­niques de réagir vite au pro­cès des mar­chés des lycées d’Ile-de-France. Pas tant à l’affaire « pompe à phy­nances » - les médias semblent la cou­vrir d’abondance : elle est spec­ta­cu­laire et, sur­tout, couvre à peu près tout le champ poli­tique -, qu’à l’autre affaire dans l’affaire, occul­tée celle-​là. Sauf, à ma connais­sance, par Le Monde (20÷03÷05) où Hervé Gat­te­gno et Fabrice Lhomme n’y vont pas avec le dos de la cuiller. Je veux par­ler de ce déni de jus­tice ou plu­tôt, et pire encore, ce déni démo­cra­tique par lequel Jacques Chi­rac, ci-​devant pré­sident de la Répu­blique, voit ses pour­suites pénales aban­don­nées dans l’affaire des billets d’avion à usage privé, per­son­nel et fami­lial, payés en argent liquide sur des fonds plus que suspects.

Je cite les confrères du Monde, atta­quant ainsi leur article : « Plus radi­cal qu’un non-​lieu, plus dis­cret qu’une amnis­tie, moins com­pro­met­tant qu’un clas­se­ment sans suite : la jus­tice a aban­donné toute pour­suite [...] sans que cette déci­sion soit maté­ria­li­sée par un seul acte judi­ciaire. [...] Elle n’est pas même évo­quée dans l’ordonnance de ren­voi [de l’affaire des lycées] rédi­gée par le juge d’instruction Armand Ribe­rolles, pour­tant longue de 271 pages. »

Je vous ren­voie à cet article de salu­brité publique dénon­çant un tour de passe-​passejudiciaire et poli­tique éhonté. « [...] Quatre ans après que M. Chi­rac, conclut l’article, eut affirmé - contre toute évi­dence - que les sommes visées par l’enquête étaient en train de faire «  pschiit ! »„ c’est l’affaire elle-​même qui s’est évanouie. »


  • Mai 2012, en rouge et bleu…

  • Twitter - Gazouiller

  • « L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances » Ber­trand Russell
  • Non à la propagande d’AREVA !

  • Commentaires récents

  • Contrat Creative Commons«  C’est pour dire  », par Gerard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Pater­nité - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion
  • « La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste » Claude Lévi-​Strauss
  • – Ouah, la poilade !

  • Archives

  • Fin de bestiaire

    Mou­tons, orangs-​outangs, canards… Dans mon bes­tiaire, on devrait aussi croi­ser la cohorte des humains cré­dules cou­rant après leurs propres sor­nettes… Suf­fit de regar­der autour de soi. Et de se regarder…

  • iDream theme by Templates Next | Powered by WordPress