On n'est pas des moutons

Archive for octobre, 2005

Addis-Abeba. Le train pour Djibouti est bien parti à 16 h 41. Avec cinq jours de retard.

1addisMon­JOUR­NAL d’Abyssinie (29/10/05)

Des bribes de mon voyage dans la corne de l’Afrique. Pour autant que la tech­nique le per­met… Sans trop d’images ni de mise en page.

 

Prendre le train d’Addis-Abeba à Dji­bouti exige sou­plesse et phi­lo­so­phie. Au vu de la situa­tion, j’admets qu’il m’en a man­qué. Le train mon­tant de Dji­bouti, donné blo­qué jeudi vers Dire-Dawa, ville éthio­pienne à 470 km d’Addis, est arrivé hier. Au cin­quième jour d’un voyage qui, à ce stade, exige la plus grande force inté­rieure. Ou beau­coup de rési­gna­tion.. Et plu­tôt des deux, comme si sou­vent en Afrique. Pour ce par­cours, « entre deux et cinq jours » sont pré­vus. Fina­le­ment, le train d’hier a eu bon, il est dans la fourchette.

 

Ne pinaillons pas trop sur les jours de retard : le départ était donné pour lundi tan­dis que jeudi, à « la Hagare » on se bor­nait à dire que le train « n’est pas venu ». S’ils s’occupaient d’autre chose que de poli­tique, les jour­na­listes éthio­piens (dont quelques-uns sont en pri­son) pour­raient empoi­gner le sujet et se rendre utiles. Ils pour­raient même, à l’occasion, mon­ter en Une un horaire qui aurait été res­pecté, démon­trant ainsi que le jour­na­lisme peut ne pas s’intéresser qu’aux trains en retard… Mais ce genre de sujet ne sti­mule pas les gazettes, et sur­tout pas le gou­ver­ne­men­tal Ethio­pian Herald (l’anglais étant la deuxième langue offi­cielle), seul vrai quo­ti­dien – au sens de la régu­la­rité de paru­tion –, qui ne fait que reprendre les dépêches de l’agence d’État, en plus de son habi­tuel édito étouffe-lecteur (8.000 signes au bas mot). Bref, le che­min de fer peut cre­ver la gueule ouverte. Et vive la route et les camions !

 

Certes, le directeur-général du Che­min de fer djibouto-éthiopien ne pavoise pas ; il n’est pas non plus atterré par cette der­nière défaillance. Ce n’est pas la pre­mière fois. Mais peut-être quand même une des der­nières. Dans moins d’un an, la com­pa­gnie publique bi-nationale va dis­pa­raître. Le gou­ver­ne­ment éthio­pien, lui aussi saisi par le tout libé­ral, envoie au diable ces vieille­ries folk­lo­riques, tout juste bonnes à des emmerdes syn­di­cales ! Il y a mieux – soit plus de pro­fit – à faire avec les routes, camions et auto­cars ; sur­tout quand les diri­geants poli­tiques ont placé leurs billes dans les socié­tés de trans­port ou de BTP.

 

 

1ethiopie

 

Un appel à repre­neur a donc été lancé, auquel ont répondu deux socié­tés, la sud-africaine Come­zar, et l’indienne Rits. Un consul­tant est chargé de veiller au bon dérou­le­ment de la tran­sac­tion, avec mise au point d’une conces­sion qui pré­ser­ve­rait, au moins les « inté­rêts moraux » de la com­pa­gnie his­to­rique. Le vain­queur sera dési­gné en sep­tembre 2006, en principe.

 

Il y croit, ou fait sem­blant d’y croire dur comme rail le patron en fin de règne. Il me fait pen­ser à ces techno-dirigeants d’EDF qui juraient leurs grands dieux que, de leur vivant, jamais ils ne ver­raient la grande mai­son pri­va­ti­sée… La com­pa­rai­son s’arrête là, l’une étant un fleu­ron tech­nique à haute ren­ta­bi­lité – et qui, avec sa fameuse soulte, vient même au secours d’un État dans la gène –, tan­dis que l’autre repré­sente une charge totale dont les gou­ver­nants veulent se débarrasser.

 

M. Tium Tekie Gebray est donc un patron en sur­sis ; mais il ne semble guère inquiet de son sort ; on lui offrira sans doute un bon poste, sans avoir a rendre compte de son bilan. Quand je lui demande le pour­quoi, selon lui, d’un tel déla­bre­ment, il encaisse un peu, mou­line à vide dans un bon fran­çais langue de bois, avant de lâcher, en anglais cette fois : « mis­ma­na­ge­ment !». Auto­cri­tique tar­dive ? Pas du tout ! Un DG n’a pas à faire tour­ner le manège. Il a bien assez à faire avec son ministre des transports.

 

2addis Un des col­la­bo­ra­teurs du DG s’avère autre­ment pes­si­miste. Son ave­nir est moins assuré. Il n’a d’abord pas envie de répondre à mes ques­tions – enfin, ne se sent pas auto­risé. Mais on s’apprivoise bien­tôt. Il s’exprime dans un fran­çais fort cor­rect mais un peu rouillé, comme les ins­tal­la­tions de la gare. Car le fran­çais est la langue du che­min de fer. Il a été en quelque sorte fourni avec la voie fer­rée, les locos, les ins­tal­la­tions et jusqu’au moindre tire-fonds – sans par­ler des ingé­nieurs et per­son­nels – venus de France à par­tir de 1897 pour une tren­taine d’années de tra­vaux et une soixan­taine d’exploitation (1977, indé­pen­dance du Ter­ri­toire fran­çais des Afars et des Issas qui devient Répu­blique de Djibouti).

 

Ainsi s’est for­gée cette sorte de « culture SNCF » que l’on découvre en abor­dant l’un ou l’autre des employés. D’abord, c’est l’anglais de rigueur. Et bien­tôt, on se branche dans un éclat de rire de conni­vence. Depuis le temps qu’ils n’en ont plus vu, des Fran­çais ! « C’était bien, la France ! Qu’est-ce qu’ils vont y connaître à notre che­min de fer, les Sud-Africains, ou les Indiens ? » « – Vous ne crai­gnez pas les dégrais­sages ? – Si, bien sûr! Et il y en aura, qu’on espère limi­tés aux départs à la retraire ou à des départs volon­taires. » Là, on sent même le pro­pos syn­di­cal, la fédé­ra­tion Cgt des che­mi­nots a dû aussi impré­gner les cultures d’ici. Au point que la veille, dans les locaux de la com­pa­gnie, je me serais cru à la sec­tion Rail de la fédé…, jusqu’aux dégaines de per­ma­nent ou de délégué !

 

Com­bien de sala­riés aux Che­mins de fer ? Le DG – qui n’est donc pas mana­ger – m’annonce un arrondi de 2.400, dont envi­ron 200 rele­vant de Dji­bouti (il s’agit d’une ligne théo­ri­que­ment bi-nationale). Mon inter­lo­cu­teur syn­di­qué tranche : « 2.937. Les repre­neurs parlent de n’en gar­der que 1.400… Ce gou­ver­ne­ment, et celui d’avant, n’ont pas voulu assu­rer l’avenir du train. Alors que nous avons une demande forte, mais sans les moyens de l’honorer : plus de pièces déta­chées, plus d’entrepôts en état ! » Le DG confirme : tout passe dans les salaires. Qui ne sont pour­tant pas fara­mi­neux, on s’en doute. Ça va de 105 birrs [pro­non­cer « beur »] par mois [envi­ron 10 euros] à 2.400 [240 euros] pour un chef de divi­sion  soit, en moyenne des paies à  50 euros…

 

3ilestparti

 

La com­pa­gnie n’a plus que deux locos qui clo­pinent, et sans pièces de rechange… D’où les fameux cinq jours de retard, le temps de bri­co­ler une répa­ra­tion. Pour les mar­chan­dises, c’est du même ordre : une dizaine de vieilles « BB » fran­çaises dont seule­ment cinq sont en ser­vice – et aussi sans pièces de rechange. En ce moment, elles remontent du port de Dji­bouti du blé cari­ta­tif expé­dié par une asso­cia­tion de cathos amé­ri­cains, ainsi que du maté­riel de télécom’.

 

C’est qu’elles doivent en baver ces grands-mères ! Pas­ser du niveau de la mer aux 2.500 mètres d’Addis, à ces âges-là, faut de bonnes artères. Jus­te­ment, c’est bien la ques­tion. Je vais véri­fier ça mardi, mais dans le sens de la des­cente – pas fou le mec !

 

(à suivre)

 

à J’ai trouvé une carte régio­nale pour y voir plus clair. J’ai renoncé au train de nuit à durée incer­taine. Va pour l’avion ce dimanche, d’Addis à Dire Dawa, d’où je fais le crochet-pélérinage chez Arthur R. à Har­rar. Si le train est… à peu près à l’heure, je le pren­drai mardi pour faire Dire-Dawa-Djibouti : une dou­zaine d’heures pour 309 km, ça reste com­pé­ti­tif avec le cha­meau. On verra.

 

 

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Éthiopie. La « nouvelle fleur », capitale bien flétrie

Mon­JOUR­NAL d’Abyssinie (28/10/05)  

Des bribes de mon voyage dans la corne de l’Afrique. Pour autant que la tech­nique le per­met… Sans trop d’images ni de mise en page.

 

 

Les misé­reux du monde – ils sont la majo­rité – accourent chaque jour dans les méga­poles, de plus en plus mons­trueuses. La « nou­velle fleur », tra­duc­tion d’Addis-Abeba, a dépassé les quatre mil­lions d’habitants. Ce qui lui vaut bien des flé­tris­sures. « Habi­tants » est d’ailleurs beau­coup dire, puisqu’il sup­pose un habi­tat. Com­bien sont-ils donc à jon­cher les recoins et les trot­toirs ? Pas un quar­tier qui n’échappe à cette ter­rible vision deve­nue, semble-t-il, comme nor­male aux yeux du reste de la popu­la­tion, les plus ou moins nan­tis. Par­tout, l’étalage au grand jour – je ne parle pas de la nuit ! – d’un peuple en gue­nilles, échoué sur les rives d’une appa­rente indif­fé­rence, ou plu­tôt, sans doute, d’une iné­luc­table rési­gna­tion. Il faut bien sur­vivre aussi, et se blinder.

 

Addis-Abeba, ses façades d’immeubles voyants, ses tours mul­tiples en construc­tion, ses monu­ments et ses artères qui en jettent, si on les par­court comme ça, en bagnole et à la va-vite. Mais aller à pied, sur­tout pour un Blanc, relève de l’épreuve.

 

Je m’y essaie, pru­dem­ment, en ser­rant les fesses, un œil dans le dos comme m’y incite le sou­ve­nir de deux agres­sions pas­sées, dans des villes afri­caines pour­tant moins ris­quées a priori (je ne vois guère que Nouak­chott, en Mau­ri­ta­nie, à n’être pas inquié­tante.) Prendre des pho­tos expose plus encore, peut rendre agres­sif, ten­ter l’amateur. Alors, je m’accroche à la sacoche, en ban­dou­lière et côté ventre. Le mieux étant encore la tenue « rien dans les mains — rien dans les poches », qui désa­morce les tentations.

 

Même l’avenue Chrur­chill, – les « Champs-Élysées » d’ici – est édi­fiante côté misère. Des men­diants par­tout, estro­piés en tous genres, tor­dus par la polio, ampu­tés des mains, d’une jambe, se traî­nant à même le maca­dam, ou recro­que­villés sur le trot­toir, sans même un car­ton, rien, en attente de mort, ou même éten­dus de tout leur long, peut-être déjà morts… Il doit bien y avoir un ser­vice muni­ci­pal ou autre chargé du « net­toyage » ? Ça doit bien se savoir, toute cette détresse, dans les beaux bureaux ? Com­ment une société humaine peut-elle tolé­rer tant d’inhumanité ? Hier, au ras de la cir­cu­la­tion, en pleine place Mes­kel – celle du dément sta­li­nien de Men­gistu –, cette femme jeune à même le trot­toir, avec ses deux enfants, dont un bébé gei­gnant qu’elle allai­tait, là, devant des 4x4 indécents.

 

1meskel_2Ailleurs, sous le lion monu­men­tal – très belle sta­tue datant du Négus –, près du Théâtre natio­nal (je ne sais trop ce qui en émane, vu l’état du bâti­ment), sur­nage un petit square de buis­sons. C’est le Mont de piété en live, enfin en sur­vie. Tout un cam­pe­ment au ras du sol, que je me suis borné à obser­ver de loin, tant l’approche est dissuasive.

 

Hier, vers les dix heures du soir, alors que la ville semble déserte et que, ren­trant à mon hôtel, deux men­diants à béquilles me « sautent » des­sus, sur­gis de l’ombre. Ou le matin, ache­tant le jour­nal à un ven­deur de rue, me voilà entouré d’une flo­pée d’autres petits mar­chands – mou­choirs en papier, bon­bons, ciga­rettes, DVD por­nos… –, bien­tôt gros­sis par une ribam­belle de gamins quasi nus.

 

Quant à s’enfoncer dans les quar­tiers et les bidon­villes je n’ai pas encore osé… C’est l’inconvénient du voyage en soli­taire. Ainsi cette his­toire d’agression racon­tée par un Fran­çais, un Ch’ti que j’avais repéré au comp­toir de l’hôtel tan­dis qu’au télé­phone il par­lait de ses vacances « en Étcho­pie ». Pas man­qué, le gaillard (deux mètres d’altitude) est de Lens ; c’est un prof d’EPS ins­tallé comme coopé­rant à Johan­nes­burg, en Afrique du Sud. Il est venu voir sa copine, une chan­teuse d’ici, une beauté à laquelle il a suc­combé lors d’un pre­mier séjour à Addis pour une for­ma­tion. Bref, me raconte-t-il, lui qui en a vu d’autres, il s’est fait ren­ver­ser, en pleine rue et en plein midi, par deux types dont l’un s’est brus­que­ment cou­ché devant lui tan­dis que l’autre le fai­sait tom­ber. Il s’est vite dégagé en spor­tif balaise, mais sans avoir pu empê­cher une main de plon­ger dans sa poche de pan­ta­lon pour lui piquer quelques billets. Il a heu­reu­se­ment pu gar­der son sac, tan­dis que les deux agres­seurs filaient à toutes jambes.

 

Bon, c’était ma rubri­qiue « faits div’ », comme on dit dans les gazettes. Je ne vou­drais pas trop noir­cir, ne rele­ver que les fameux trains en retard„ chers aux jour­na­leux. Mais tiens, à pro­pos, me ren­dant jus­te­ment à la « Hagar », celle qui, par une ligne unique, relie Addis à Dji­bouti, que n’apprends-je ? Que le train n’est pas arrivé depuis quatre jours. Ça va même faire cinq aujourd’hui… Tan­dis que j’ai rendez-vous ce matin avec, non pas avec le chef de gare, mais avec le directeur-même du che­min de fer – ex fleu­ron franco-éthiopien.

 

Je racon­te­rai tout ça bien­tôt – sur­tout si je peux embar­quer pour cette aven­ture, direc­tion Dji­bouti via Dire-Dawa et Harar.

 

(à suivre)

 Gérard Pon­thieu, en Abyssinie

 

à Je crois avoir dégoté la bonne bou­tique inter­net : cla­viers (qwerty) en bon état, mais il faut tou­jours au moins une heure pour fran­chir les allers-retours d’

à Merci aux amis dont j’ai pu lire les cha­leu­reux mes­sages. Réponses par la pensée…

 

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Lalibela, Éthiopie. Cette foi qui creuse les montagnes mais ne nourrit pas les miséreux

Mon­JOUR­NAL d’Abyssinie (26/10/05)

Des bribes de mon voyage dans la corne de l’Afrique. Pour autant que la tech­nique le per­met… Sans trop d’images ni de mise en page.

 

 

Je dors peu. A peine cinq heures par nuit. J’irais bien jusqu’à accu­ser les oranges d’ici, hyper-vitaminées peut-être. Mon exci­ta­tion est plus pro­fonde ; elle tient à ce pays que, par faci­lité pre­mière, je qua­li­fie­rais d’incroyable ; au sens où je n’en crois pas mes yeux. L’Éthiopie, ce pays des « visages brû­lés » (Ethiops, en grec) m’empêche de dor­mir. En moins d’une semaine, il m’a mis sens dessus-dessous ; je crois bien avoir déjà vécu un mois : une sorte de sur­dose. Je suis donc stu­pé­fait. Mais de quoi ?

Un des sou­cis du jour­na­liste : par où et par quoi prendre la bête ? Le bon­heur alors est d’avoir l’embarras du choix, signe qu’on n’a pas aplati son sujet, que plein de facettes sur­gissent, qu’on tient le diamant…

Donc, j’en étais à remuer tout ça dans ma nuit agi­tée quand l’appel du muez­zin, mêlé au chant des coqs (innom­brables dans la ville, en plus des chiens et leurs aboie­ments), m’a tiré du lit – quatre heures pile. Muez­zin ? A Addis-Abeba, en pays plus chré­tien que chré­tien, avais-je bien entendu ? Pris dans sa brume mati­nale, le vieux voya­geur de l’Afrique sahé­lienne aurait-il été rat­trapé par quelques rémi­nis­cences ? Il ne réa­lise pas encore qu’il a débar­qué en cette terre post-biblique de résis­tance à l’envahisseur arabe et musul­man. La menace venait (vient ?) par le nord, ou bien par la mer Rouge, à l’est, avec l’Arabie juste là, à une por­tée de boutre. Et l’histoire – char­gée, épique, héroïque – de l’Éthiopie est inta­ris­sable sur le cha­pitre. Ses traces en sont même monu­men­tales, et qua­si­ment démen­tielles. Je reviens pré­ci­sé­ment du front nord, de Lali­bela, à quelque 800 km de la capitale.

C’est le pays Amhara, celui des sources du Nil bleu et de la langue aujourd’hui domi­nante, l’amharique. Un his­to­rien afri­ca­niste, que je ne suis pas – j’en connais –, nous embar­que­rait dans la grande Aven­ture antique pas­sant par le royaume d’Axoum. Il nous par­le­rait de ce roi et saint, « reconnu par les abeilles », selon le mot même de Lali­bela. On ne s’en sor­ti­rait pas sur un blog…

Voyons le visible actuel : ren­ver­sant. En effet, si la foi sou­lève les mon­tagnes, à Lali­bela, elle les a creu­sées. Tan­dis que notre Occi­dent oeu­vrait, et com­ment !, à nos cathé­drales, ici, à coups de pics et de haches, des églises monu­men­tales ont été taillées dans la roche. Alors que nos cathé­drales s’élevaient vers le ciel, les onze églises de Lali­bela sur­gis­saient du dedans de la montagne.

Le pro­cédé a été recons­ti­tué : on com­men­çait par creu­ser les tran­chées exté­rieures déli­mi­tant le volume brut de l’église. La taille du monu­ment s’effectuait de haut en bas (un autre monde, à l’envers du nôtre). À par­tir du bloc dégrossi, les ouvriers éla­guaient les pilastres, ouvraient des fenêtres, puis péné­traient dans le roc et pro­cé­daient à la taille des pla­fonds, cou­poles, nefs, croix, piliers, arcs, cha­pi­teaux, marches, tom­beaux, créant de l’intérieur, une église com­plète, « normale ».

 

1lalibela_1Le lieu laisse pan­tois. D’abord sur le plan archi­tec­tu­ral, en termes de concep­tion : il a fallu aussi maî­tri­ser l’orientation (vers Jéru­sa­lem), les pentes et l’écoulement des eaux de pluie, l’évacuation des allu­vions. Il fal­lait aussi s’adapter à la qua­lité variable de la roche – un grès assez tendre, depuis durci par les siècles. (La région est vol­ca­nique et on y marche sou­vent sur de la lave bru­nâtre). Sur le plan tech­nique il aura fallu aussi s’adapter à une rela­tive impré­ci­sion due au maté­riau et à ses irrégularités.

Mais c’est par la dimen­sion humaine que ces églises mono­lithes expriment le plus for­te­ment leurs mys­tères. On n’ose ima­gi­ner les chan­tiers pha­rao­niques – d’ailleurs, com­ment ne pas pen­ser aux temples égyp­tiens ? –, la peine des ouvriers ainsi exploi­tés au nom de Dieu et au pro­fit de qui, de quoi ? Je pense aussi à la souf­france des ani­maux et à ces ânes mar­tyrs qui, aujourd’hui encore, bâtés de tôles gros­sières et bruyantes, col­portent des tonnes de pierres des­ti­nées aux routes ou à la construction.

La foi donc, comme mys­tère consti­tu­tif de la condi­tion humaine. Ici d’impressionnants sar­co­phages sur­gis des entrailles rocheuses, là des pyra­mides insur­mon­tables, là encore des temples ou des par­dons, comme avant eux, depuis des temps immé­mo­riaux, dol­mens, men­hirs, tau­las et autres méga­lithes totémiques.

 

Mais que ne commet-on au nom de l’espérance plus ou moins aveu­glante ? Là tout autour de ces monu­ments sublimes, la misère s’étale, insup­por­table. Une chose est la pau­vreté – et l’Éthiopie est pauvre, ça oui ! –, une autre est la misère, celle qui abaisse l’homme plus bas que terre, plus bas que les fosses aux églises glo­rieuses. L’Afrique se dis­tingue à cet égard. L’Éthiopie peut-être plus par­ti­cu­liè­re­ment – il y a du monde sur le podium.

 

Ils sont là, comme en d’innombrables cours des miracles, ces men­diants infra-humains, aveugles, estro­piés en tous genres, fous hagards, malades mou­rants, affa­més. Et ces enfants à la rue, en gue­nilles, pris par la fièvre, mou­rants ! Allez sou­te­nir leurs regards, ne pas vous déro­ber à leurs plaintes, leur faire l’aumône, les prendre… en photo ?

 

 

2aveuglesQue faire ? Auprès de qui pro­tes­ter ? Plus des trois quarts de l’humanité ploient sous la souf­france, en deçà du mini­mum vital. De retour à la capi­tale, les choses sem­ble­raient se diluer, paraître plus sou­te­nables. Illu­sion des façades un peu chics, des ave­nues datant du fas­tueux et féo­dal Négus – déchu en 1975, j’y revien­drai –, puis retou­chées à la mode sta­li­nienne par son assas­sin et suc­ces­seur, Mengistu.

 

Voilà pour la frime, gri­mée de moder­nité, de biz­ness tapa­geur, de cor­rup­tion avan­cée, de pol­lu­tion poli­tique avec élec­tions tru­quées. Un monde qui roule car­rosse 4x4, tan­dis qu’à terre, par terre, sous terre bien­tôt, tout un peuple de misé­reux hante les rues, s’amasse dans des bidon­villes. Les témoi­gnages concordent pour dénon­cer une régres­sion accen­tuée ces der­nières années. Il n’y a pas de sta­tis­tiques mais le chiffre de 40 % de chô­meurs est avancé comme hypo­thèse basse.

 

Et ils viennent sans cesse gros­sir le flot ter­rible de l’injustice galo­pante. Les chiffres ignorent tout ça, quand bien même ils recen­se­raient cette misère du monde, ici tel­le­ment criante – non : gémis­sante, c’est bien pire.

 

(à suivre)

 Gérard Pon­thieu, en Abyssinie

 

PS. Mon « muez­zin » du petit matin aurait pu être, si ce n’est l’heure, un offi­ciant chré­tien orthodoxe..Car le clo­cher a vaincu le mina­ret. Par quel che­mi­ne­ment ou mimé­tisme les reli­gieux chré­tiens en sont-ils venus à ce même appel à la prière par haut-parleurs interposés ?

 

à Images :

– L’église mono­li­thique dite de la Mai­son de Saint-Georges (Bieta Ghiorgis).

– Dans la mon­tagne, sur le che­min de Yem­re­hanna Kres­tos, un groupe de men­diants aveugles.

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MonJOURNAL d’Abyssinie. C’est donc vrai : le Nil bleu est bien bleu

Depuis la corne de l’Afrique, je tente de tenir un jour­nal de blog. La tech­nique dispose…

Quand mon ami Ber­nard Nan­tet m’a dédi­cacé son der­nier bou­quin, « His­toire du Nil », il a écrit : « On en revient tou­jours aux ori­gines… » Est-ce pour cela que j’y suis en ce moment ? Oui. L’Afrique, l’Abyssinie, le Rift – et Lucy. Et les sources du Nil, au cœur de notre his­toire com­mune, sans doute, nous autres les humains.

Donc, je confirme ce que j’avais seule­ment lu : le Nil bleu existe, je l’ai ren­con­tré hier après-midi ; je l’ai même tra­versé à gué, car ses eaux sont basses et on fait de l’électricité avec le res­tant. Ce ne serait que pro­duc­tion somme toute éco­lo­gique ; sauf que le bar­rage détourne le cou­rant qui pro­dui­sait une des mer­veilles du monde : les chutes de Tis­sis­sat„ un déver­soir de quatre cents mètres de large plon­geant de cin­quante mètres dans un fra­cas vapo­reux. Comme c’est sai­son sèche, le bar­rage pompe tout, ou presque : il reste une pis­sette qui déçoit le visi­teur et une poule aux œufs d’or tou­ris­tique guère frin­gante. Ses contes­ta­taires pré­tendent que l’ouvrage aurait pu pro­duire tout aussi bien en aval des chutes.

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Et puis, le fait est que l’électricité en ques­tion, comme sou­vent, passe par-dessus les pauvres huttes des pay­sans. Vous vous rap­pe­lez peut-être le récit que je rap­por­tais ici de Vic­tor Nunzo, un Congo­lais en rébel­lion contre la Dette majus­cule : son vil­lage vit sous les lignes haute-tension du méga-barrage édi­fié par le mégalo-fou Mobutu. Les vil­la­geois paient une dette sans fin (va-t-elle être vrai­ment effa­cée par le FMI et la Banque mon­diale, à quelles condi­tions et avec quelles consé­quences ?), et les pylônes et les lignes bala­frant leur pay­sage – mais ils n’ont jamais vu un grain d’électron condes­cendre jusqu’à leur cahute. Eh bien, c’est tout comme ici : le cou­rant file ailleurs, pour éclai­rer la capi­tale ou pour rap­por­ter des sous par l’exportation au Sou­dan voi­sin et loin­tain.. Sur les trente cinq kilo­mètres sépa­rant le bar­rage de Bahar Dar, je le confirme aussi : pour avoir par­couru la route de nuit, pas le moindre vil­lage, pas la moindre hutte qui puissent s’illuminer autre­ment qu’à la flamme du bois d’eucalyptus.

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Pour ce qui est de la manne tou­ris­tique – toute encore rela­tive mais assu­ré­ment por­teuse, comme disent les ana­lystes finan­ciers –, elle apporte son habi­tuelle pol­lu­tion. Sur­tout celle des esprits, là comme ailleurs. Bien sûr l’Afrique ne sau­rait être un sanc­tuaire qu’il fau­drait pro­té­ger de quelque bar­ba­rie du pro­grès sur­ajou­tée à celles qui seraient « nor­males ». Et l’Ethiopie pas davan­tage, même au titre de « ber­ceau de l’humanité ». Mais voilà qu’à Tis­sis­sat sur­gissent aussi les sources du biz­ness. Rien de fla­grant encore. Une fois fran­chi le magni­fique pont de Tisoha Dil­dil (XVIIe), les tout pre­miers mar­chands du temple s’activent. Oh, pas grand chose, juste les signes avant-coureurs d’un pro­ces­sus en marche : des enfants se sont pla­cés en avant-garde ; ils traquent le tou­riste et la pié­cette ou le bic ; ils tentent de vendre quelque cale­basses déco­rées ou des écharpes criardes pro­duites al païs.

Pour l’authenticité fre­la­tée, on a même ins­tallé, le long du sen­tier qui monte, des grands-mères au che­veu blanc qui ont réac­tivé leurs rouets d’antan et se remettent à l’ouvrage à la pre­mière alerte tou­ris­tique. On croise aussi le joueur de flû­tiau qui souffle sans convic­tion et sans le moindre talent dans son roseau qu’il vou­dra vous vendre, après la photo. On marche encore et ce petit monde jap­peur – « mis­ter, mis­ter ! » – finit par deve­nir pénible. Le guide, un étu­diant de Bahar Dar (où il y a une uni­ver­sité), n’aura de cesse de dis­per­ser cet essaim col­lant, au besoin à coups de pierre.

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La route vers les chutes monte et des­cend – rien de violent ­– dans un pay­sage somp­tueux sur fond pas­to­ral. On croise, avec sa hui­taine de bêtes en pâtu­rage, un grand vacher tou­chant le ciel, les bras accro­chés à son bâton der­rière l’épaule, qu’on croi­rait le Christ sur sa croix, le regard étonné devant cet autre trou­peau bigarré. Ou dans le loin­tain, c’est une sil­houette dra­pée de blanc, ou d’indigo, ombrée par un para­pluie noir. A ce détail près, sans doute venu de Shan­ghai, on pour­rait se croire dans les temps bibliques, ceux des images col­por­tées, depuis les temps immé­mo­riaux, tou­jours pré­sentes dans les églises, ou mis en tech­ni­co­lor par Hol­ly­wood. Des pay­sages à cou­per le souffle, que ne balafre aucune auto­route, pas un che­min de fer, si peu de lignes élec­triques, donc…

Ça devait res­sem­bler à ça dans les temps de Jésus, à ce fas­ci­nant pays, une Afrique à lui tout seul et qui remonte aux temps des temps de l’humanité. Peu ou prou, « les Afriques », en une cin­quan­taine de pays, exhalent de ces par­fums anciens, fan­tas­més comme des para­dis per­dus, mythi­fiés comme dame Nature. Voilà peut-être sans doute, je crois – ce que nous venons quê­ter dans les sables, les eaux limo­neuses, les corps gra­ciles ou puis­sants qui ne sau­raient cacher une réa­lité autre­ment plus âpre, vio­lente, terrible.

Je m’égare à peine. Le gar­çon­net, venu por­ter là-haut sa bou­teille de Coca pour la com­mer­cia­li­ser au tou­riste, sonne bien la fin d’un temps. C’est ainsi. Et déferlent la mar­chan­dise, et la tech­no­lo­gie, ses por­tables, son nou­veau rap­port au monde.

Quel monde ?

Voilà ce que me disait le Nil , ver­sion bleue, alors que ses eaux vont por­ter leur limon dans le nou­veau lac d’Assouan – encore l’électricité –, semence désor­mais per­due, sacri­fiée au kilowatt.

Je résume pour aujourd’hui, puisque la tech­nique devrait m’y auto­ri­ser (je prends l’avion, entre autres contra­dic­tions… ) : les eaux du Nil bleu sont ocres. Mais la roche de ses gorges livre des bleuis­se­ments. Mais les reflets contiennent autant l’argent que le bleu du ciel. Pho­tos à l’appui pour ceux qui ne croi­raient pas aux bons livres dus aux bons auteurs.

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A la pro­chaine, encore une his­toire d’eaux…

Gérard Pon­thieu, en Abyssinie

à Quelques images en vrac, si elles passent. Pas de légende ni de mise en page.

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Il y a 30 ans, la revue Sexpol mariait sexualité et politique

En jan­vier 75, il y a un peu plus de trente ans, parais­sait le pre­mier numéro d’une revue plu­tôt bal­bu­tiante, sous une cou­ver­ture un rien pré­ten­tieuse. Voilà qui aurait pu ne pas mener bien loin. Mais le coup de clai­ron son­nait haut et fort à la Une : “Un monde à refaire”… Le pro­gramme ne péchait pas par modestie.

En ces temps-là les jeunes ne dou­taient pas, ou si peu; ils avaient été nour­ris au lait entier des cer­ti­tudes, peut-être même de la cer­ti­tude des désirs-réalité confon­dus. Soixante-huit avait œuvré au noir et au rouge, et de l’athanor encore fumant/fumeux, on défour­nait, en les démou­lant d’un bloc, des pans entiers de condam­na­tions assas­sines et d’utopies célestes. Sex­pol aussi sor­tait de ce four-là, mais en déno­tant dans le concert des feuilles “néo-révolutionnaires”, inter­ro­geant dans les pro­fon­deurs et l’individu et la société, tra­çant les pre­miers sillons des ques­tions de fond, tou­jours actuelles, après des siècles et des siècles, depuis le début de l’humanité.

L’aventure allait durer presque six ans, avant de s’échouer à sa 39e paru­tion, en quasi silence, sur les plages émol­lientes de la gauche au pou­voir. Non pas un nau­frage, plu­tôt la boucle fer­mée d’un temps à demi-révolu, même pas une demi-révolution, autant dire un virage mou finis­sant plein cadre dans le décor fluo du dieu-Marché, de la mar­chan­dise mondialisée.

La vie, plein emploi. Sex­pol sor­tait de ce four, il est vrai, mais comme un vilain canard qu’il était, à com­men­cer par son étrange titre, appe­lant d’ailleurs sous-titre – sexualité/politique – pour annon­cer “la cou­leur”, c’est-à-dire une mise en dia­lec­tique des deux enti­tés humaines fon­da­men­tales : l’individu, et la société. L’un et l’autre, dans l’autre, par l’autre; l’un avec l’autre, contre l’autre; et sur­tout, autant que pos­sible, l’un et l’une pour l’autre. Tout un pro­gramme. En effet, c’en était un, exposé comme les tables de la Loi, en un “Iti­né­raire balisé pour (s)explorateurs pru­dents” : treize étapes fleu­rant bon le bou­quet liber­taire et situa­tion­niste. Où l’on déplore que «le plai­sir se codi­fie, se cho­si­fie, se mar­chande. Se négo­cie. Pour qu’on ne le prenne pas.» Où l’on parle de l’«animal humain» et de son «drame» qu’est sa démis­sion dans la fata­lité rési­gnée du «c’est la vie». Où l’on re-jette les inter­pré­ta­tions dog­ma­tiques sur la lutte des classes pour lui pré­fé­rer ce clin d’œil situ : Est pro­lé­taire qui­conque est «dépos­sédé du plein emploi de sa vie». C’est dire que les cer­ti­tudes, non, elles n’auraient guère de place dans cette (s)exploration pru­dente – non arro­gante en tout cas.

Lire tout l’article.

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De l’info très égocentrée… et fortement exagérée

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Autant pré­ve­nir : l’info qui suit est très égo­cen­trée. Et alors ? Pour­quoi m’en pri­ver, c’est pas si sou­vent. Voyez ça en cli­quant ici et débrouillez-vous !

→ Je dois juste pré­ci­ser que je me recon­nais pas bien dans l’image, du moins phy­si­que­ment… Quant aux réfé­rences à Ers­kine Cald­well et Henry Mil­ler, bien que per­ti­nentes, …elles me paraissent for­te­ment exa­gé­rées.
→ → Et pen­dant que vous y serez, à lire du diBrazza, ne man­quez sur­tout pas «  SVATISKANADA DRY  », très belle et forte chro­nique d’une actua­lité que je ne par­viens pas à suivre en ce moment. Profitez-en, car l’auteur a des absences, lui aussi.

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Loïc Lantoine, qui chante et enchante sans chanter

2lantoineDites donc, voilà un sacré pis­to­let que ce Loïc Lan­toine ! Un chan­teur qui chante pas, mais si quand même. Un poète à coup sûr. Un humain de haute pré­sence, ah ça oui ! De la tignasse mal pei­gnée jusqu’aux godillots qui se tordent comme des pieds qui seraient des mains. Et des mains qui te regardent, et ces yeux qui t’embrassent.

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Ceci n’est pas une croix gammée…

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… euh… C’est seule­ment le bla­son que l’École de la guerre aérienne de Fin­lande vient d’adopter : une croix gam­mée pour ”orner” son dra­peau. Mais, diront les plus fins et pinailleurs observateurs-objecteurs : elle est joli­ment posée sur du bleu et n’est pas orien­tée pareille ! Ou bien c’est une « svas­tika », sym­bole ances­tral boud­dhiste, etc. Ouais.

Rap­pe­lons au pas­sage que la Fin­lande fait par­tie de notre Europe des 25 et que, ne serait-ce qu’à ce titre – et à beau­coup d’autres –, nous avons sur ce genre de «déco­ra­tion» notre mot à dire – et comment !

Pour en savoir plus :
– deux blogs amis à visi­ter d’urgence : débloc-notes, tenu par un com­père qui vit en Fin­lande – c’est lui qui a levé le lièvre. Et Mémo­rial de la Rue d’Où-Suis-Je? où un diBrazza, explo­ra­teur pic­tu­resque, va jusqu’à lan­cer une péti­tion à l’intention de l’ambassadeur de Fin­lande en France. Non mais.

On peut en pro­fi­ter pour aller consul­ter mon vieux pote Wil­helm Reich qui, il y a un cer­tain temps, avait inter­rogé la sym­bo­lique de la croix gam­mée. C’est dans Psy­cho­lo­gie de masse du fas­cisme, un bou­quin, pas un blog, pas encore. J’aurai bien­tôt l’occasion de repar­ler un peu de « tout ça ».

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Crime de lèse-majesté contre le patron d’Ouest-France : un journaliste licencié


Le Marin, heb­do­ma­daire édité par Info­mer, une filiale d’Ouest France, vient de licen­cier un de ses pigistes pour «faute grave». Bigre ! Ce jour­na­liste nan­tais, Nico­las de La Casi­nière, a été viré comme un mal­propre, sans indem­ni­tés aucune, après quelque 17 années de col­la­bo­ra­tion. C’est dire si le cas est gra­vis­sime. Il s’agit même, dirait-on, d’un crime de lèse-majesté com­mis à l’encontre de François-Régis Hutin, le PDG du plus gros quo­ti­dien hexagonal.

Le patron d’Ouest France s’est mon­tré plus qu’agacé par des articles irré­vé­ren­cieux publiés depuis dix ans par la Lettre à Lulu, le «sale gosse de la presse nan­taise», un tri­mes­triel asso­cia­tif et sati­rique. En tant qu’actionnaire d’Infomer, filiale d’Ouest France, «lassé par le déni­gre­ment sys­té­ma­tique», F-R Hutin a exigé, et obtenu l’éviction du pigiste, par ailleurs asso­cié à ce jour­nal sati­rique (il en est devenu depuis direc­teur de la publication).

Il ne s’agit pour­tant que d’articles, certes au ton iro­nique, mais trai­tant des édi­to­riaux de M. Hutin, des papiers signés par sa fille, Jeanne-Emmanuelle Hutin, ou du trai­te­ment de faveur dont a pu béné­fi­cier son épouse, Jeanne-Françoise Hutin, can­di­date CDS en cam­pagne élec­to­rale pour les Euro­péennes. Les pra­tiques internes d’Ouest France, révé­lées par des orga­ni­sa­tions syn­di­cales, trouvent aussi un écho dans la Lettre à Lulu. De l’information donc, et en tout cas rien d’illégal, rien de contesté par des droits de réponse ou des assi­gna­tions en diffamation.

L’argument déve­loppé pour se débar­ras­ser de ce pigiste est d’ordre moral : selon les patrons du Marin, le jour­na­liste aurait du démis­sion­ner, puisqu’il n’était pas en accord avec l’esprit du groupe, pas «en osmose». Cer­tains jour­na­listes d’Ouest France embrayent dans le même registre, par­lant du fait de «cra­cher dans la soupe» ou de «mordre la main qui nourrit».

L’éjection a eu lieu au plus calme de l’été, au moment où l’effectif du jour­nal est au plus bas. Le 10 août, le pigiste a été licen­cié, sans pré­avis ni indemnités.

Dif­fu­sés au sein du groupe, des tracts de la CGT, de la CFDT et du SNJ ont dénoncé cette sanc­tion et demandé la réin­té­gra­tion du sala­rié. Une grève des pigistes du Marin, appuyée par un débrayage d’une demi-journée des per­ma­nents, a eu lieu le 15 septembre.

Un recours aux prud’hommes est en cours. Lors d’une audience de conci­lia­tion le 27 sep­tembre, l’employeur a pro­posé trois ans de salaire pour que le jour­na­liste étouffe la pro­cé­dure. Mais en gar­dant, s’il avait accepté cette aumône, l’accusation de faute grave. Comme si on bas­ton­nait un manant en lui glis­sant la pièce dans le creux de la main pour qu’il ne porte pas plainte en sor­tant de l’hôpital. L’audience de juge­ment est fixée au 22 février 2006 à Nantes.

Nico­las ne devrait pour­tant pas s’en faire. Il lui suf­fit de croire à la devise du grand jour­nal ren­nais : «Jus­tice et liberté».

→ En savoir plus sur le site de la Lettre à Lulu

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Mais c’est à nous que ce Monsieur S. fout la migraine !


Mon­sieur S. a la migraine. C’est la meilleure. Et on s’en fou­trait trans­ver­sa­le­ment s’il se conten­tait de la trans­for­mer, sa migraine, en matière à diver­tis­se­ment média­tique. Mais c’est sur­tout qu’il com­mence sale­ment à nous la filer, la migraine ! Et à nous les gon­fler. Vous avez vu, cette his­toire de spams : des cen­taines de mil­liers de mes­sages envoyés au nom du pré­sident de l’UMP et à par­tir de la récu­pé­ra­tion de fichiers de la SNCF, via une boîte com­mer­ciale ! La Cnil, qui a été sai­sie, ne semble pas pres­sée de réagir. Le chargé de pub de S. déclare que ça va conti­nuer. Solu­tion en atten­dant : comme avec les enve­loppes «T», ren­voyer tout avec ce qu’on a sur la patate.


1playmobilDeuxième sujet d’inquiétude concer­nant le même : la dis­tri­bu­tion aux enfants de France de 200.000 flics en Play­mo­bil – dont 19.000 en Seine-St-Denis (dans le «9–3», du côté de La Cour­neuve à kar­ché­ri­ser). Ici, je laisse la main à un pote qui a décou­vert ça dans le Pari­sien du jour, et que pour un peu ça le ferait déli­rer :

« Là, il se lance, sans migraine, dans l’éducation popu­laire. Dis­tri­bu­tion de flics Play­mo­bil pour tous. C’est vrai, faut qu’ils s’habituent les enfants. Il faut tou­jours bien connaître son envi­ron­ne­ment. Les flingues sur­tout (il parait que c’est l’industriel autri­chien Sig Sauer, four­nis­seur pro­chain de 30 000 pis­to­lets à nos hiron­delles qui aurait payé les jouets). Mais, Ach So !, la DGPN dément, donc il faut la croire.

« Je crois que dans les pro­chains jours on va avoir de drôles d’histoires avec ces petits bons­hommes sou­riant de tout leur plas­tique. Un serial killer pour­rait les lais­ser à côté de ses vic­times, on pour­rait voir des écra­se­ment de ces pou­pées comme les flics le font avec les Rolex de contre­fa­çon, ou dans les salles de classe, elles pour­raient, pen­dues au pla­fond déco­rer une ker­messe impro­vi­sée. De la Tous­saint par exemple. »

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Monsieur Lhomme. Même pas mort !


L’homo faber, papa de M. Lhomme oui, Faber lui-même, André de son pré­nom est sorti de l’hôpital. Le pire c’est qu’il y était entré. Et car­ré­ment dans le coma après une sale chute de vélo, ou de bicy­clette – enfin, il ne sait plus, on l’excuse. Il va mieux, la gueule un peu cabos­sée, encore endo­lori, mais l’humour intact. Preuve par l’émile :

« T’as vu la gueule de la bavure ? [Ndlr : il ne m’a pas auto­risé à repro­duire la photo jointe… enfin, je ne lui ai pas demandé, on n’est pas à Paris-Match, ici]
« Y en a qui ferait mieux de ne pas quit­ter leur fau­teuil, je te l’dis !
« Hosto demain mat et hop, on me fait la tronche de Di Caprio !
« Sor­tie envi­sa­gée le mardi !
« Vélo dès le mer­credi mat, fau­drait pas déconner ! »

La faculté s’est enga­gée à le remettre d’aplomb, sinon il fera jouer la garan­tie «échange». Il n’aura pas tout perdu dans son vol plané, puisqu’il lui vau­dra, c’est à parier, plein de cro­quis qu’on retrou­vera avec son talent.

Sacré Dédé, t’es même pas mort et, en plus, t’as de la chance de lire ta non-nécro on ze blog !

111afaber_1 → Un p’tit émile sympa, sûr qu’il refu­sera pas !
andre.faber@wanadoo.fr

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Côté manifs, ça n’a pas chômé

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Comme les mani­fes­tants, doigt sur le déclen­cheur, notre « envoyé spé­cial » non plus n’a pas chômé. C’était cet après-midi place de la Bas­tille, à Paris. Jour sans jour­naux, d’ailleurs, ce qui est tou­jours bizarre à l’heure de faire connaître une cause… Pour la nou­velle tunique du Figaro, toute en cou­leur, ce sera donc un mardi noir – et pour demain sans doute aussi un édito au vitriol néo­li­bé­ral – comme dans l’ancienne for­mule. [Pho­tos Ber­nard Nantet]

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  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)
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    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances
    (Ber­trand Russel)
  • Un récent et com­pli­qué chan­ge­ment de ser­veur a causé la perte de quelques « car­tons », en l’occurrence cer­taines images. Les reverra-t-on un jour ? Hmmm…

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