FlorencehusseinFlo­ren­ce Aube­nas. J’entendais son père dans le pos­te, lors de la soi­rée pari­sien­ne de sou­tien à l’Institut du mon­de ara­be. Émou­vant com­me la paro­le de tout père aimant; mais tou­jours si essen­tiel­le, si pré­cieu­se. Si par impro­ba­ble et par bon­heur cet­te paro­le par­ve­nait jusqu’à la fille, quel­le for­ce sup­plé­men­tai­re elle pour­rait en tirer! Même si elle ne doit pas en man­quer. J’ai connu Flo­ren­ce en 83 et 84; elle était appren­tie jour­na­lis­te au CFJ où j’encadrais les étu­des. C’était une tou­te jeu­ne fem­me, gaie, sou­rian­te, rieu­se sur­tout – et aus­si bat­tan­te; du gen­re à ne pas lâcher pri­se. Son tra­cé de repor­ter sem­blait déjà esquis­sé. Repor­ter, c’est-à-dire de cet­te engean­ce coria­ce, au besoin tei­gneu­se, qui labou­re d’un regard mor­dant le ter­rain du vas­te mon­de.

Mais une inquié­tu­de me rat­tra­pe. Car, aux yeux des fana­tis­mes, Flo­ren­ce enfreint en Irak un dou­ble inter­dit: celui du repor­ter, et celui de fem­me. Bien sûr, elle le savait, quand bien même elle n’aurait pas déjà « cou­vert » l’Afghanistan. C’est aus­si le sens de son enga­ge­ment de fem­me-jour­na­lis­te. Tan­dis que cet­te guer­re – com­me tou­tes les autres – se mène com­me une affai­re d’hommes, au sens hor­mo­nal, une affai­re de bit­tes archaï­ques, pré-his­to­ri­ques. Qu’est-ce qu’une fem­me vien­drait pré­ten­dre dans la vas­te com­pé­ti­tion mon­dia­le où les mâles ne sont pas des hom­mes, mais des vio­leurs et des tueurs?

Et jus­te­ment, elle est là, cet­te jeu­ne fem­me; elle dont la seule pré­sen­ce si vivan­te, même dis­si­mu­lée sous le voi­le (en pho­to [afp] avec Hus­sein Hanoun al-Saa­di), déno­te com­me une inju­re dans la mor­bi­di­té com­bat­tan­te et machis­te. Là rési­de aus­si le grand dan­ger.

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