Par Chris­tian Le Meut

Le petit récit des aven­tu­res média­ti­ques de mon grand-père (Lire) a sus­ci­té quel­ques com­men­tai­res. Per­met­tez-moi d’y ajou­ter de nou­veaux élé­ments. Ou com­ment les orniè­res jour­na­lis­ti­ques peu­vent éloi­gner de sujets pour­tant bien réels.

A l’époque, en 1991, je n’habitais pas en Bre­ta­gne, et j’ai donc assis­té à tout celà de loin, à tra­vers Fran­ce inter et les télé­vi­sions. Crac’h comp­tait à l’époque envi­ron 2.700 habi­tants (3.000 aujourd’hui), et plu­sieurs pla­ces. Je pré­ci­se bien plu­sieurs pla­ces car je n’en ai vu qu’une lors des jour­naux télé­vi­sés que j’ai regar­dés. La pla­ce de l’Église, où se trou­ve le fameux « Crac’h bar » tenu alors par mon oncle et ma tan­te, avec com­me fidè­le client mon grand-père Julien (pho­to). Julien_2
J’avais alors trou­vé cela bizar­re : il y a d’autres bis­trots (évi­dem­ment !), d’autres pla­ces, d’autres com­mer­ces mais je n’ai vu que cet­te pla­ce là sur laquel­le étaient inter­viewés des gens qui n’avaient rien à dire. Ah si, nous avons vu la mai­rie aus­si, sise pla­ce de la Répu­bli­que. Le mai­re était inter­viewé devant sa mai­rie et a décla­ré digne­ment: «Nous fête­rons l’événément digne­ment avec Gérard d’Aboville quand il revien­dra». Digne­ment... J’y revien­drai.

Je me sou­viens avoir vu aus­si un employé de la famil­le inter­viewé devant le châ­teau fami­lial, puis­que tou­te la famil­le était par­tie accueillir le héros aux Etats-Unis. Il n’avait pas grand cho­se à dire non plus.

Quel­le était la pla­ce de cet­te famil­le d’Aboville dans l’histoire de la com­mu­ne ? Le spec­ta­teur n’en a rien su... Jusqu’à la fin des années 50, des d’Aboville ont été mai­res de la com­mu­ne. Mes parents ont été mariés par le grand-père (ou l’arrière...), de Gérard. Des pla­ces leur étaient réser­vées dans l’église le diman­che... Au cime­tiè­re, la tom­be des d’Aboville fait face à l’entrée prin­ci­pa­le, au fond de l’allée. Une bel­le tom­be sur­plom­bée par une croix posée sur le mur encein­te du cime­tiè­re (la seule...).

Des deux côtés de la tom­be, deux autres tom­bes, pla­tes, pro­pres, sous les­quel­les sont enter­rées des ser­van­tes de la famil­le, mor­tes au début du siè­cle der­nier. Je ne me sou­viens pas de la for­mu­le écri­te des­sus pré­ci­sé­ment, mais on com­prend qu’elles ont ser­vi cet­te famil­le noble pen­dant qua­si­ment tou­te leur vie.

Des élé­ments auraient pu être trou­vés faci­le­ment pour ten­ter de com­pren­dre l’histoire de cet­te famil­le, et donc cel­le de Gérard d’Aboville lui-même, peu connu à Crac’h par­ce qu’en étant par­ti très jeu­ne et n’y reve­nant pas sou­vent. Main­fes­te­ment, ce d’Aboville là avait pris le lar­ge ! Ce n’aurait pour­tant pas été très dif­fi­ci­le à trou­ver. Cela aurait même pu être inté­res­sant pour com­pren­dre le héros du jour, mais enco­re fal­lait-il cher­cher. Enco­re fal­lait-il pren­dre le ris­que de plon­ger un peu et ne pas en res­ter à l’écume des cho­ses...

Mais Gérard d’Aboville est donc arri­vé aux Etats-Unis, en direct sur le jour­nal de 20h de TF1, inter­ro­gé par Poi­vre d’Arvor. Ce fait avait créé polé­mi­que dans les médias. Quel drô­le de hasard, effec­ti­ve­ment... L’intérêt média­ti­que très ponc­tuel pour Crac’h est donc retom­bé.

La com­mu­ne de Crac’h a déci­dé, sui­te à cet exploit (et au pré­cé­dent, la tra­ver­sée de l’Atlantique) de «fêter digne­ment» l’événement en débap­ti­sant la rue «de l’Océan», rue «d’Aboville» (pas Gérard d’Aboville, l’hommage était donc diri­gé vers l’ensemble de cet­te famil­le). Une inau­gu­ra­tion en gran­de pom­pe était donc pré­vue, mais des mains mal-inten­tion­nées ont peint en noir sur plu­sieurs faça­des blan­ches du bourg, dans la nuit pré­cé­dant l’événément, «D’Aboville ven­du». Le mai­re a eu le temps de fai­re recou­vrir ces tags à la pein­tu­re blan­che dans la mati­née, l’honneur et la digni­té ont été saufs... Crac’h a désor­mais son «ave­nue d’Aboville» en lieu et pla­ce de la «rue de l’Océan». C’est plus clas­se, non? Kena­vo deoc’h ! (Au revoir à vous !) 

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