Afrique(s)Carnet de voyage

Carnet d’Abyssinie. C’est donc vrai : le Nil bleu est bien bleu

Depuis la corne de l’Afrique, je tente de tenir un journal de blog. La technique dispose…

Quand mon ami Bernard Nantet m’a dédicacé son dernier bouquin, « Histoire du Nil », il a écrit : « On en revient toujours aux origines… » Est-ce pour cela que j’y suis en ce moment ? Oui. L’Afrique, l’Abyssinie, le Rift – et Lucy. Et les sources du Nil, au cœur de notre histoire commune, sans doute, nous autres les humains.

Donc, je confirme ce que j’avais seulement lu : le Nil bleu existe, je l’ai rencontré hier après-midi ; je l’ai même traversé à gué, car ses eaux sont basses et on fait de l’électricité avec le restant. Ce ne serait que production somme toute écologique ; sauf que le barrage détourne le courant qui produisait une des merveilles du monde : les chutes de Tississat,, un déversoir de quatre cents mètres de large plongeant de cinquante mètres dans un fracas vaporeux. Comme c’est saison sèche, le barrage pompe tout, ou presque : il reste une pissette qui déçoit le visiteur et une poule aux œufs d’or touristique guère fringante. Ses contestataires prétendent que l’ouvrage aurait pu produire tout aussi bien en aval des chutes.

Et puis, le fait est que l’électricité en question, comme souvent, passe par-dessus les pauvres huttes des paysans. Vous vous rappelez peut-être le récit que je rapportais ici de Victor Nunzo, un Congolais en rébellion contre la Dette majuscule : son village vit sous les lignes haute-tension du méga-barrage édifié par le mégalo-fou Mobutu. Les villageois paient une dette sans fin (va-t-elle être vraiment effacée par le FMI et la Banque mondiale, à quelles conditions et avec quelles conséquences ?), et les pylônes et les lignes balafrant leur paysage – mais ils n’ont jamais vu un grain d’électron condescendre jusqu’à leur cahute. Eh bien, c’est tout comme ici : le courant file ailleurs, pour éclairer la capitale ou pour rapporter des sous par l’exportation au Soudan voisin et lointain.. Sur les trente cinq kilomètres séparant le barrage de Bahar Dar, je le confirme aussi : pour avoir parcouru la route de nuit, pas le moindre village, pas la moindre hutte qui puissent s’illuminer autrement qu’à la flamme du bois d’eucalyptus.

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Pour ce qui est de la manne touristique – toute encore relative mais assurément porteuse, comme disent les analystes financiers –, elle apporte son habituelle pollution. Surtout celle des esprits, là comme ailleurs. Bien sûr l’Afrique ne saurait être un sanctuaire qu’il faudrait protéger de quelque barbarie du progrès surajoutée à celles qui seraient « normales ». Et l’Ethiopie pas davantage, même au titre de « berceau de l’humanité ». Mais voilà qu’à Tississat surgissent aussi les sources du bizness. Rien de flagrant encore. Une fois franchi le magnifique pont de Tisoha Dildil (XVIIe) [photo d'en haut], les tout premiers marchands du temple s’activent. Oh, pas grand chose, juste les signes avant-coureurs d’un processus en marche : des enfants se sont placés en avant-garde ; ils traquent le touriste et la piécette ou le bic ; ils tentent de vendre quelque calebasses décorées ou des écharpes criardes produites au pays.

Pour l’authenticité frelatée, on a même installé, le long du sentier qui monte, des grands-mères au cheveu blanc qui ont réactivé leurs rouets d’antan et se remettent à l’ouvrage à la première alerte touristique. On croise aussi le joueur de flutiau qui souffle sans conviction et sans le moindre talent dans son roseau qu’il voudra vous vendre, après la photo. On marche encore et ce petit monde jappeur – « mister, mister ! » – finit par devenir pénible. Le guide, un étudiant de Bahar Dar (où il y a une université), n’aura de cesse de disperser cet essaim collant, au besoin à coups de pierre.

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La route vers les chutes monte et descend – rien de violent ­– dans un paysage somptueux sur fond pastoral. On croise, avec sa huitaine de bêtes en pâturage, un grand vacher touchant le ciel, les bras accrochés à son bâton derrière l’épaule, qu’on croirait le Christ sur sa croix, le regard perplexe devant cet autre troupeau bigarré. Ou, dans le lointain, c’est une silhouette drapée de blanc, ou d’indigo, ombrée par un parapluie noir. A ce détail près, sans doute venu de Shanghai, on pourrait se croire dans les temps bibliques, ceux des images colportées, depuis les temps immémoriaux, toujours présentes dans les églises, ou mis en technicolor par Hollywood. Des paysages à couper le souffle, que ne balafre aucune autoroute, pas un chemin de fer, si peu de lignes électriques, donc…

Ça devait ressembler à ça dans les temps de Jésus, à ce fascinant pays, une Afrique à lui tout seul et qui remonte aux temps des temps de l’humanité. Peu ou prou, « les Afriques », en une cinquantaine de pays, exhalent de ces parfums anciens, fantasmés comme des paradis perdus, mythifiés comme dame Nature. Voilà peut-être sans doute, je crois – ce que nous venons quêter dans les sables, les eaux limoneuses, les corps graciles ou puissants qui ne sauraient cacher une réalité autrement plus âpre, violente, terrible.

Je m’égare à peine. Le garçonnet, venu porter là-haut sa bouteille de Coca pour la commercialiser au touriste, sonne bien la fin d’un temps. C’est ainsi. Et déferlent la marchandise, et la technologie, ses portables, son nouveau rapport au monde.

Quel monde ?

Voilà ce que me disait le Nil , version bleue, alors que ses eaux vont porter leur limon dans le nouveau lac d’Assouan – encore l’électricité –, semence désormais perdue, sacrifiée au kilowatt.

Je résume pour aujourd’hui, puisque la technique devrait m’y autoriser (je prends l’avion, entre autres contradictions… ) : les eaux du Nil bleu sont ocres. Mais la roche de ses gorges livre des bleuissements. Mais les reflets contiennent autant l’argent que le bleu du ciel. Photos à l’appui pour ceux qui ne croiraient pas aux bons livres dus aux bons auteurs.

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A la prochaine, encore une histoire d’eaux…

Gérard Ponthieu, en Abyssinie

Quelques images en vrac, si elles passent. Pas de légende ni de mise en page.

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Une réflexion sur “Carnet d’Abyssinie. C’est donc vrai : le Nil bleu est bien bleu

  • pas important

    mon cher pseu­do « reporter »
    je pense que tu vois défi­ni­ti­ve­ment l’é­thio­pie avec un regard occidental.tas rien com­pris koi.…jai vécu en éthio­pie 10 ans daf­fi­lé dans les bidon­ville ou tas jamais osé mettre les pieds​.je suis qué­bé­coise et au dela de toute cette misère.….il ya de telles valeurs que nous autres aurions bien inté­rêt a imiter..aussi une tres grande foi et une phi­lo­so­phie de vie a toute épreuve.pour moi ca étét le BONHEUR même avec rien a bouf­fer sou​vent​.je suis très mal­heu­reu­se­ment de retour au québec..ah oui ya de koi se rem­plir le ventre mais c tel­le­ment vide et superficiel.….en tout cas faut pas y aller en tou­riste pour com­prendre ce mer­veilleux pays ; faut deve­nir éthio­pien soi même
    bien a vous

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