On n'est pas des moutons

Archive for février, 2006

Des affiches de Mahomet en jeune éphèbe circulent à Téhéran

Main­te­nant que ça se tasse, dit l’incendiaire à l’affût, si on en remet­tait un coup sur les cari­ca­tures de qui vous savez ? Incen­diaire ? Non, plu­tôt, rabat­teur de caquets. Voici donc un «por­trait» du pro­phète Maho­met, jeune et un tan­ti­net équi­voque – rien à voir, certes, avec le vieux barbu cari­ca­turé au Dane­mark. Quoi qu’il en soit, cette icône n’a nul­le­ment été jugée ico­no­claste en Iran où elle cir­cule sous forme d’affiches depuis la fin des années 80.

C’est le quo­ti­dien de Genève, Le Temps, qui raconte l’affaire dans un article fort inté­res­sant [22/02/06] inti­tulé Ces étranges por­traits de Maho­met jeune. L’auteur, Patri­cia Briel, explique com­ment deux eth­no­logues suisses, Pierre et Miche­line Cent­livres, col­lec­tion­neurs d’images popu­laires du monde musul­man, ont ramené de leurs voyages quelques-uns de ces por­traits à l’esthétique kitsch, impri­més et mis en vente à Téhé­ran, Qom et autres villes ira­niennes.
« Au hasard d’une pro­me­nade à Paris, pour­suit l’article, les deux eth­no­logues sont tom­bés sur une affi­chette signa­lant une expo­si­tion de pho­to­gra­phies orien­ta­listes de l’Allemand Rudolf Franz Leh­nert (1878–1948). Le por­trait figu­rant sur l’affiche res­semble étran­ge­ment à l’éphèbe de leurs pos­ters. En visi­tant l’exposition, ils découvrent avec stu­peur le modèle ori­gi­nal: une photo datant de 1905 ou 1906, sur laquelle sou­rit un jeune Arabe à l’épaule dénudée.»

La décou­verte a été rap­por­tée dans la revue Etudes pho­to­gra­phiques de novembre 2005, images à l’appui [celles repro­duites ici]. Les eth­no­logues disent igno­rer com­ment cette photo, réa­li­sée en Tuni­sie par Leh­nert et édi­tée par son asso­cié Ernst Hein­rich Lan­drock (1878–1966), a pu arri­ver en Iran. Tou­jours est-il qu’elle y cir­cule abon­dam­ment sous cette forme kitcho-sensuelle que doivent appré­cier les ama­teurs d’éphèbes.

A ce pro­pos, Patri­cia Briel pré­cise : « Il est tou­te­fois piquant de consta­ter que les édi­teurs ira­niens se sont ins­pi­rés d’une pho­to­gra­phie à l’esthétique sen­suelle. Outre les déserts, les mar­chés et les quar­tiers de Tunis, Leh­nert et Lan­drock aimaient éga­le­ment publier des pho­to­gra­phies de fillettes pré­pu­bères et de jeunes gar­çons en par­tie dévê­tus. Les deux asso­ciés, qui avaient créé une entre­prise d’édition flo­ris­sante à Tunis, puis au Caire, s’étaient ren­con­trés en Suisse en 1904. Comme le remarquent Pierre et Miche­line Cent­livres dans l’article paru dans la revue Etudes pho­to­gra­phiques, «les jeunes gar­çons pris pour modèles ne lais­saient pas insen­sible une clien­tèle euro­péenne adepte de «l’amour qui n’ose pas dire son nom». C’est l’époque de L’Immoraliste d’André Gide, qui n’a pas hésité à chan­ter la beauté des jeunes gar­çons du Maghreb».

Ne dou­tons pas de l’aspect sédui­sant du jeune Maho­met, par contraste avec ses repré­sen­ta­tions danoises en vieux sbire barbu et, qui plus est, coiffé d’une bombe. Une bombe à retar­de­ment, certes, mais dont l’effet de souffle n’avait tout de même rien à voir avec l’interdit pré­tendu par d’aucuns de ladite repré­sen­ta­tion selon la loi isla­mique. On sait désor­mais à qui a pro­fité le crime de lèse-prophète.

© Ph. Études pho­to­gra­phiques

• Voir d’autres com­men­taires ici : http://gponthieu.blog.lemonde.fr/2006/02/27/2006_02_des_affiches_de/


1breinbauer«Plu­tôt un bon cro­bar qu’un laïus foi­reux». C’est de qui déjà, cette pen­sée pro­fonde ? Inter­rogé, le gogole de ser­vice, pas si con mais un peu maso, a sorti l’image ci-dessus. En fait, une illus­tra­tion d’Andreas Brein­bauer paru dans l’hebdo sati­rique suisse «Nebels­pal­ter». Encore qui ne sera pas édité en Chine (Répu­blique popu­laire de).

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Que naissent cent «gratuits», que disparaisse le papier !

L’avenir de la presse semble appar­te­nir aux pré­payés – par la pub et le consom­ma­teur – abu­si­ve­ment dénom­més «gra­tuits». L’accélération du mou­ve­ment se confirme. À Paris, 20 minutes et Metro vont voir débar­quer des petits frères – trois étant déjà «en route» :

– Un quo­ti­dien du soir monté par l’homme d’affaires Vincent Bol­loré, très tenté par les médias (can­di­dat à Libé et à France Soir), bri­co­lant avec une télé TNT (Direct 8) et la « Radio des nou­veaux talents » (sur inter­net), tan­dis qu’il s’est offert le groupe publi­ci­taire Havas.
– Un quo­ti­dien du soir éga­le­ment, cen­tré loi­sirs et télé, en pré­pa­ra­tion par le Figaro (Das­sault).
Le Monde ne se veut pas en reste, dis­cu­tant aussi d’un gra­tuit avec son nou­vel action­naire Lagar­dère (Hachette Fili­pac­chi Médias).
– Un qua­trième poin­te­rait aussi sous nez sous la hou­lette du réseau Ville Plus monté par quelques quo­ti­diens régionaux.

Je ne parle même pas des pério­diques exis­tant ou en pro­jet. Le monde des jour­naux est «bel et bien» en train de pas­ser dans la nou­velle éco­no­mie d’une presse entiè­re­ment sou­mise à la publi­cité. Les jour­naux qui trai­te­ront encore avec des ache­teurs devront sans doute le faire sur des bases qua­li­ta­tives éle­vées – l’information ne pou­vant plus se pré­sen­ter comme un sous-produit, un sup­port publi­ci­taire habillé du tout-venant prêt à diffuser.

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Et Jaurès parlait occitan ? Non, « patois »…

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Par Chris­tian Le Meut

Entendu ce samedi matin sur France Culture, pen­dant l’émission d’Alain Fin­kiel­kraut, Réplique : deux spé­cia­listes de Jau­rès, Jean-Pierre Rioux, rédac­teur en chef de la revue d’histoire Ving­tième Siècle, et Gilles Can­dar, spé­cia­liste de l’histoire des gauches fran­çaises, y étaient invi­tés. L’un d’entre eux explique que Jau­rès, dans sa région d’origine (Car­maux, le Tarn, Tou­louse…) com­men­çait presque sys­té­ma­ti­que­ment ses dis­cours en occi­tan et les finis­sait en fran­çais. Et Alain Fin­kiel­kraut de s’étonner : « Il com­men­çait ses dis­cours en occitan ? »

Com­ment ça, un homme poli­tique, écri­vain et phi­lo­sophe fran­çais de l’étoffe de Jau­rès connais­sait l’occitan et le par­lait publi­que­ment, en plus ?… Sans doute pour être com­pris, au début du XXe siècle, par une par­tie de son audi­toire qui devait par­ler uni­que­ment l’occitan. Mais ça, M. Fin­kiel­kraut en a t-il conscience ? Rassurons-nous, un des his­to­riens a cru bon de pré­ci­ser que Jau­rès devait ne pas dire « occi­tan » mais « patois ». Ouf!, Jau­rès par­lait « patois ». Enfin, ça a eu l’air de ras­su­rer M. Finkielkraut.

La France aurait-elle des racines mul­ti­cul­tu­relles et mul­ti­lin­guis­tiques cachées ? Que non!, il y a le fran­çais d’un côté, et les « patois » de l’autre. Ce terme de « patois », hau­te­ment scien­ti­fique…, revient d’ailleurs sou­vent sur les ondes de France culture… Où l’on a du mal, semble-t-il, à voir qu’il y a d’autres cutures et d’autres langues que la seule fran­çaise à l’intérieur de l’Hexagone. Non, ce ne sont pas des cultures ni des langues : des « par­lers », « dia­lectes », « patois »…

Mais bon, l’émission a eu le mérite de nous rap­pe­ler que Jau­rès par­lait occi­tan et sem­blait l’assumer très bien. En plus, il était par­ti­san de l’enseignement des langues régio­nales à l’école, si j’ai bien entendu l’un des his­to­riens. De plus en plus inté­res­sant, ce Jaurès.

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Ilan et le gendarme de Saint-Martin : deux poids, deux mesures

Point de vue très inté­res­sant, sur Ago­ra­vox, inti­tulé « Ilan et le gen­darme de Saint-Martin : les dan­gers du com­mu­nau­ta­risme ». En plus de la ques­tion com­mu­nau­taire, l’auteur, M.Sevand, aborde aussi celle de l’habituel embal­le­ment média­tique. Sur­tout, il relève la dif­fé­rence de trai­te­ment – par les médias, certes, mais aussi par les poli­tiques – dont a fait l’objet cet autre drame par­ti­cu­liè­re­ment atroce qui s’est pro­duit dimanche à Saint-Martin, dans les Antilles. Après avoir été fau­ché par un motard, le gen­darme Raphaël Clin, 31 ans, est mort dans des condi­tions lais­sant sup­po­ser un fort contexte raciste anti-Blancs.

L’auteur de l’article inter­roge : « Cal­cu­lez le temps d’antenne qu’a pris cette affaire, en com­pa­rai­son de l’affaire d’Ilan? Des gou­ver­nants se sont-ils expri­més? Notre cher ministre de l’Intérieur, tou­jours sous le feu des camé­ras, a-t-il eu un seul mot pour cet homme, qui pour­tant tra­vaillait sous ses ordres? [Note : un gen­darme est un mili­taire rele­vant du minis­tère des armées. La remarque vaut néan­moins pour Aliot-Marie et Chi­rac] S’est-il déplacé pour assis­ter à son enter­re­ment? A-t-il adressé des condo­léances publiques à sa famille? Que nenni, ce pauvre homme est mort loin de la métro­pole, et, oui, j’ose le dire, il n’appartenait pas à une com­mu­nauté reli­gieuse! »

Et de conclure: « Nous devons tous nous iden­ti­fier aux vic­times de la bar­ba­rie, «l’homme est un loup pour l’homme», et esti­mer que la «qua­lité de la vic­time» est une cause de son agres­sion est réduc­teur, même si, fina­le­ment, c’est ras­su­rant. Dor­mez tran­quilles, braves citoyens, qui n’êtes ni pédé, ni Arabe, ni juif, ni foncé de peau, ni gen­darme, ni riche.… Vous n’êtes pas des vic­times poten­tielles! »

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RTL : le Rassemblement Tout Libéral

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À quoi bon s’emmerder ? Pour­quoi se cha­mailler quand tout se vaut, fina­le­ment, en poli­tique comme en sport ou en couple… Que l’un dans l’autre et inver­se­ment, la poli­tique, l’info, le show­biz et bises, la com’ tout ça c’est du pareil au même. RTL : le Ras­sem­ble­ment Tout Libé­ral. Ou encore: la Radio Très Libé­rale. PubrtldecauxVoyez aussi la ver­sion à taguer, en sucette Decaux sur fond urbain (Angou­lème, merci D.), c’est pas mal non plus.

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Europe 1. Elkabbach-Sarkozy, paire de l’indépendance des journalistes

Y a de l’eau dans le gaz à Europe 1. Le Canard de cette semaine (« vac­ciné H5N1 ») se paie un Jean-Pierre Elkab­bach consul­tant un cer­tain Sar­kozy pour recru­ter ses jour­na­listes. «Bien sûr, et c’est nor­mal», a confirmé le pré­sident de l’UMP et ministre de l’intérieur, rap­pe­lant qu’il fut aussi ministre de la com­mu­ni­ca­tion. Jour­na­lisme et com­mu­ni­ca­tion, tout ça c’est-y pas un même rata qu’il s’agit de bien touiller ?

Les expli­ca­tions a pos­te­riori du patron d’Europe 1 sont appa­rues si ember­li­fi­co­tées qu’elles ont déclen­ché le malaise parmi les jour­na­listes de la radio du groupe Lagar­dère. Voyez les détails dans l’hebdo sati­rique du mercredi.

Sar­kozy, encore un qui «appré­cie beau­coup les médias», du moins quand ils servent ses cal­culs – ce à quoi il s’applique comme une bête (poli­tique), en pre­nant s’il le faut l’affaire à la base (du recrutement)

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À mort Desclozeaux, profanateur du Michelin !

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Si la gas­tro­no­mie est la reli­gion, le guide rouge son Coran et le Bon­homme Miche­lin son pro­phète… alors Des­clo­zeaux est le plus pro­vo­ca­teur des ico­no­clastes. En foi de quoi le des­si­na­teur (pour­tant l’un des plus talen­tueux de la place) devrait être brûlé vif (comme Gior­dano Bruno, XVIe siècle), la langue arra­chée (comme le Che­va­lier de la Barre, XVIIIe), et son crayon, bien taillé, on devrait le lui foutre jusqu’à sa petite tête et la pro­me­ner ainsi comme au bout d’une pique (pra­tique de tous les temps, jusqu’aux modernes).

Me suis-je bien fait com­prendre ¿  < ce signe étant, je le rap­pelle aux plus sérieux de mes lec­teurs, un point d’ironie [voir à ce pro­pos mon article « Non à la cari­ca­ture de la Répu­blique fran­çaise » et aussi ses commentaires!]

Pré­ci­sion : ce des­sin est paru dans Le Monde du 23/02/06 pour accom­pa­gner un article de Jean-Claude Ribaut sur «le monde tur­bu­lent des cas­se­roles» et inti­tulé «Le Miche­lin 2006, avare en étoiles». De la grande cuisine.

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Canards, poulets et moutons dans la basse-cour panurgique

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S’il est une épi­dé­mie, voire une pan­dé­mie, qu’on ne contrôle encore pas, c’est bien celle qui frappe les médias sous sa forme dévas­ta­trice : la panur­gite. Sou­vent dénoncé ici, le mal n’en conti­nue pas moins de sévir et de se répandre. «Ils n’en mou­raient pas tous…», hélas !

Panur­gite [panyr­jit]  n. f. • 2004; selon «c’est pour dire» : inflam­ma­tion aiguë du sys­tème infor­ma­tif frap­pant les orga­nismes média­tiques de manière mou­ton­nière et galo­pante. Ten­dance à repro­duire une même infor­ma­tion sous des formes plus ou moins variables ou iden­tiques, selon les cas. S’apparente à l’écho­la­lie [eko­lali] n. f.  • 1885; en all. 1853; gr. êkhô et lalia «bavar­dage». Neu­rol. Répé­ti­tion auto­ma­tique des paroles (ou chutes de phrases) de l’interlocuteur, obser­vée dans cer­taines apha­sies.  [Robert].

Tout ça pour dire que le mal sévit gra­ve­ment par ces temps de grippe frap­pant plus les canards que les mou­tons. Il est vrai que les canards aiment beau­coup déam­bu­ler en trou­peaux can­ca­nant. Ainsi entend-on de par­tout et à satiété, de toutes les basses-cours média­tiques, bruits d’épidémie, pan­dé­mie, alerte, virus, vac­cins, pou­lets, mous­tiques, chats, veaux, vaches, cochons… Sans par­ler du gali­ma­tias chif­fré à base 20, 50, 10, 60 pour cent, selon l’appareil à mesu­rer la chute des ventes
de pou­lets.

En fin de compte, les uns et les autres bêlent à l’unisson, tou­jours prêts à sau­ter ensemble dans le pré­ci­pice des rumeurs et croyances, là où la rai­son infor­mante suf­fi­rait bien.

Aucun masque ne peut pro­té­ger d’un tel mal, sinon le modèle inté­gral, genre casque, cou­vrant les yeux et les oreilles.

Pom­pon d’Or et Pan­toufles du même métal (y avait long­temps !) pour ces JP (Jeux panur­giques) à France Inter et son Télé­phone sonne inti­tulé : «Les médias en font-ils trop sur la grippe aviaire ?»

Nota bene : Rele­vons tou­te­fois que – mou­ton échaudé crai­gnant l’eau froide – le mal n’a pas sévi de même s’agissant de l’affaire du jeune homme séques­tré et mar­ty­risé. Le sou­ve­nir cui­sant de la fausse agres­sion anti­sé­mite du RER pari­sien étant encore vif dans les frêles mémoires des rédactions.


Algérie. Les vieux démons redressent la tête

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« Le MSP veut s’emparer des mos­quées » titrait hier [20/02/06] en une le quo­ti­dien d’Alger, El Watan : « Les mai­sons de Dieu tombent subrep­ti­ce­ment dans les rets des par­tis isla­mistes,  écrit le jour­nal, citant des « sources sûres » et pour­sui­vant : «Les par­tis de cette obé­dience, notam­ment le Mou­ve­ment de la société pour la paix (HMS, ex-Hamas), tentent len­te­ment de faire main  basse sur les mos­quées qui sont, à leurs yeux, une tri­bune ines­pé­rée pour mener leurs cam­pagnes et, à terme, prendre le pouvoir.»

Dans l’éditorial inti­tulé « Les vieux démons », Tayeb Bel­ghiche est car­ré­ment alar­miste :
» Lire l’article


Histoires de glace. Ou comment la rompre, sans la faire fondre

Dimanche soir, télé, JO. Ils patinent mer­veilleu­se­ment, «s’élançant impé­tueu­se­ment, vrai­ment». Image idyl­lique du couple : ça glisse en har­mo­nie, beauté des corps jeunes, sou­rires béats – quoique de façade, dans cet uni­vers impi­toyable de juges, de télé mon­dia­li­sée, de com­pé­ti­tion uni­ver­sa­li­sée. Ils sont beaux et per­for­mants, «magni­fiques» disent les com­men­ta­teurs à bout de super­la­tifs. Il ne leur reste plus que dix secondes de cette sorte de sup­plice propre, impec­cable. Une der­nière pirouette. L’homme fait tour­noyer la gra­cile dan­seuse. Un tour­billon. Dix secondes et peut-être la médaille, l’Olympe, la Gloire.

 

Mais la main lâche. La belle échappe aux lois de l’équilibre, pas à celles de la gra­vi­ta­tion. C’est la chute ter­rible sur la glace dure. En por­ce­laine, elle eut éclaté en miettes. En vrai, en «pro», cas­sée au dedans sans doute, elle se relève aus­si­tôt pour bou­cler le numéro  et se jeter au cou de son com­parse acca­blé. La dou­leur ne sur­gira en gri­maces qu’après le salut final. J’ai mal pour elle, pour eux. Cha­peau les artistes !

Autre his­toire de glace, autre­ment dra­ma­tique. Cet article dans Le Monde de samedi : «La fonte des glaces du Groen­land s’accélère dan­ge­reu­se­ment». Ce gla­cier «qui s’écoule désor­mais à une vitesse de 14 km par an (ou 38 mètres par jour), trois fois plus vite qu’il y a dix ans.» On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.

Y a-t-il menace plus grave et plus urgente ? Le reste, oui, n’est que… cari­ca­ture. Non pas celle visant un pro­phète, anec­do­tique au regard de l’annonce faite aux humains d’une catas­trophe en marche – et à laquelle ils ne croient pas, ou font sem­blant de… Cette «cari­ca­tu­rale légè­reté» de l’Homme…

Hier dimanche, jus­te­ment, en balade fores­tière, j’en ren­contre deux spé­ci­mens de l’espèce à deux-roues, variété 90 déci­bels et «moto verte» – j’adore l’expression ! Ils che­vauchent en boucle péta­ra­dante entre pins et pro­me­neurs effa­rés. Je m’en mêle. On s’explique. Un peu tendu, l’échange, au début. Le pre­mier coupe son moteur, l’autre aussi un peu après. L’un enlève son casque, l’autre de même. C’est mieux pour se cau­ser… Deux jeunes, dans les 15–16 ans, sympa au pos­sible. Ne pas jouer au vieux con. Trop tard : «Vous êtes anti-jeunes alors !», que me lance l’un. Dur. Je me revois à leur âge, à fond la manette sur mon Solex, rêvant aussi de moto-cross…

Que dire, et com­ment ? Me voilà culpa­bi­li­sant de gâcher leur plai­sir de «jeunes», ren­voyé dans mes cordes de «vieux».  Le piège se referme sur le «conflit de géné­ra­tions»… tan­dis que je me risque sur la piste glis­sante de l’ «har­mo­nie sociale», sur la mince couche gla­cée de la pla­nète en dan­ger… Anti-jeunes, moi ? Seule­ment anti–cons, jeunes ou vieux, noirs, jaunes, ou rouges à pois verts.

Donc, mes deux jeunes et moi, on finit par se cau­ser en paroles ouvertes. Ils me parlent des bagnoles, de la mienne par exemple…  Bon…, ouais, disons que j’essaie de limi­ter au moins pire la casse éco­lo­gique -– facile, peuvent-ils pen­ser, il a eu son temps d’insouciance ! J’évoque le réchauf­fe­ment, la fameuse fonte des gla­ciers… On n’en est pas à évo­quer le pro­to­cole de Kyoto, mais je sens bien que les 4x4, ils doivent les relu­quer de tra­vers. Une lutte des classes façon «âge et cylin­drée» ? Même pas. Plu­tôt l’antagonisme «moi je»/ «nous autres».

«– Vous pré­fé­re­riez qu’on braque des grands-mères ?, me fait l’un.
– Parce que c’est l’un ou l’autre, pas d’autre choix pos­sible ?
– … C’est pas ça… mais on fait rien pour nous. Le maire nous envoie plus loin, on n’a pas envie…»

Que faire ? C’est le dimanche après-midi qu’ils veulent che­vau­cher leurs machines d’enfer– «Nous on tra­vaille la semaine !». Ça alors, c’est aussi le dimanche après-midi que les tra­vailleurs de la semaine se promènent!

Ah oui vrai­ment : que faire ? Le monde est mal foutu. Changeons-le, mais pas nous !

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Non à la caricature de la République française !

Jacquesetbernadettechiracbangkok
Je n’irai pas jusqu’à mani­fes­ter devant l’ambassade de Thaï­lande, moins encore à brû­ler de dra­peau. Non, mais tout de même, quelle indé­cence, quelle pro­vo­ca­tion que cette cari­ca­ture de notre Répu­blique! Com­ment ose-t-on ainsi pro­fa­ner plus de deux siècles de notre His­toire par une repré­sen­ta­tion ima­gée aussi kitch et atten­ta­toire aux bonnes mœurs républicaines?

MarianneDoit-on rap­pe­ler aux auto­ri­tés thaï­lan­daises que seule l’icône de Marianne – et non l’image, même enru­ban­née, de quel­conques pro­phètes – a voca­tion à repré­sen­ter la Répu­blique fran­çaise? [Modèle ci-joint, pour évi­ter toute réci­dive, notam­ment en Inde]. 

© La Docu­men­ta­tion fran­çaise. Photo: Jean-Charles Pin­heira. Sculp­teur : Aslan.

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Inter, Paoli, Guetta sur un tapis persan : «J’apprécie beaucoup les médias», assure un dignitaire iranien

Ainsi France Inter s’est trans­porté à Téhé­ran – du moins son duo du « 7–9 », Sté­phane Paoli et Ber­nard Guetta,  aug­menté de deux repor­ters. Grande opé­ra­tion radio­pho­nique et de com­mu­ni­ca­tion, certes – et au pro­fit de quoi, de qui ? Autre­ment dit : coup jour­na­lis­tique ou coup diplo­ma­tique ? Ma réponse est dans la ques­tion. A savoir que j’ai trouvé ce moment par­ti­cu­liè­re­ment lamen­table, tant pour l’image d’Inter que pour celle du métier d’informer.

Ah ! cet éba­his­se­ment de Paoli à se trou­ver là…, comme un mira­culé venant de rece­voir la grâce divine… Que de sala­ma­lecs pour nous van­ter, à nous pékins d’auditeurs, le « carac­tère excep­tion­nel», dixit Sté­phane Paoli, de la situa­tion et de l’entretien annoncé !  Pour ma part, des jour­na­listes ainsi reçus dans les « ors de la répu­blique isla­mique » – en l’occurrence, un des endroits les plus sécu­ri­sés d’Iran, le Conseil suprême de sécu­rité natio­nale…, c’est tout dire –, je trouve ça plus que sus­pect. La ques­tion étant alors, à dérou­ler ainsi les tapis, de se deman­der qui a le plus d’intérêt à quoi ?

Mais Paoli n’en reve­nait pas qu’un homme comme Ali Lari­jani, secré­taire du même Conseil suprême de sécu­rité natio­nale de l’Iran, « accepte » – tu parles, et com­ment que j’accours ! – ainsi de répondre « en direct » à des ques­tions de jour­na­listes occi­den­taux. Et cela, je cite tou­jours le patron du « 7–9», alors que l’ « entre­tien n’a pas été pré­paré» [Ah bon, parce que d’habitude… ?] et que « Mon­sieur Ali Lari­jani, secré­taire du même Conseil suprême de sécu­rité natio­nale de l’Iran, aussi puis­sant que le pré­sident, n’a pas sou­haité connaître à l’avance nos ques­tions» [Ah bon, parce que… ?]

Comme si les ques­tions en ques­tion n’étaient pas pré­vi­sibles… Comme si on allait par­ler, je sais pas, …du tango argen­tin dans la culture per­sane. Mais pouvait-il tou­te­fois s’attendre à cette pre­mière double ques­tion tel­le­ment com­plai­sante : « Pour­quoi acceptez-vous de par­ler aujourd’hui ? Y a-t-il, dans votre com­mu­ni­ca­tion un enjeu poli­tique de pre­mière impor­tance ? » Et le Ali Lari­jani, qui aurait tout aussi bien pu répondre « Tu l’as dit bouffi ! », remer­cie infi­ni­ment des remer­cie­ments et se lance dans une envo­lée pom­peuse sur les médias et la démo­cra­tie… « Les peuples ont le droit de connaître les véri­tés telles qu’elles sont »…  Et d’ajouter «J’apprécie beau­coup les médias», [;-) ] avant de dis­tin­guer entre « trois élé­ments : la face réelle, l’élément média­tique, et le poli­tique et le diplo­ma­tique. C’est pas la même chose néces­sai­re­ment… » Certes, pas néces­sai­re­ment, mais à l’occasion, ça peut. Comme par exemple, un de ces jeu­dis matin qui, déci­dé­ment, ne font plus vrai­ment « écou­ter la différence ».

Même Guetta s’est mon­tré aussi convaincu et fervent qu’il le fut lors du réfé­ren­dum euro­péen lorsqu’il a ponc­tué le « Non, nous  ne vou­lons pas de la bombe ! » de Lari­jani comme une preuve de la cré­di­bi­lité diplo­ma­tique ira­nienne… Et s’il a quelque peu nuancé par un « du moins, ce refus affi­ché », ce fut pour aus­si­tôt sou­li­gner les « rai­sons extra­or­di­nai­re­ment ration­nelles » avan­cées – dans le même sens – par les autres diplo­mates qu’il avait pu rencontrer.

Pour moi, tout ça c’est à plein du jour­na­lisme ins­ti­tu­tion­nel, la plaie du métier. Même si, sur le fond, on peut espé­rer que ces pro­pos de paix – qui n’engagent après tout que ceux qui les croient –, s’avèrent devant l’Histoire. Laquelle en a vu d’autres, et l’histoire de la presse aussi.

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Frêche, ou le délire lyrique

Oh la belle envo­lée démo­cra­tique, répu­bli­caine… et lyrique que celle de Georges Frêche, samedi à Mont­pel­lier ! Emporté comme il sait l’être, cette fois le pré­sident PS du conseil régio­nal Languedoc-Roussillon s’est par­ti­cu­liè­re­ment dis­tin­gué par un délire fas­ciste à l’encontre des har­kis. S’en étant pris à l’un d’eux, c’est l’ensemble des har­kis qu’il a insul­tés : «Vous faites par­tie des har­kis qui ont voca­tion à être cocus jusqu’à la fin des temps […] Vous êtes des sous-hommes ! Vous n’avez rien du tout, vous n’avez aucun honneur !». 

Comme des jour­na­listes cou­vraient l’événement – une céré­mo­nie mar­quant les « bien­faits » de la colo­ni­sa­tion ! –, des enre­gis­tre­ments ont été pris. Ce qui nous vaut un beau docu­ment pour l’édification du peuple… et sans doute aussi pour ser­vir de pièce à convic­tion lors du ou des pro­cès déjà annoncés.

On peut écou­ter l’enregistrement de ce mor­ceau de bra­voure, dû à un jour­na­liste local, Nico­las Ethève. Enre­gis­tre­ment que Libé­ra­tion a mis sur son site. France 2 a aussi dif­fusé un repor­tage sur l’affaire dimanche soir au jour­nal de 20 heures.

On aura aussi noté la pré­sence à cette céré­mo­nie d’un Jack Lang imper­tur­bable. Inter­rogé par Libé­ra­tion à la fin de la céré­mo­nie sur la vio­lence avec laquelle Frêche avait insulté les har­kis, Jack Lang a assuré qu’il n’avait «rien entendu», avant de s’éclipser.

Aupa­ra­vant, Frêche a entonné le Chant des Afri­cains, hymne fédé­ra­teur de l’armée colo­niale : «C’est nous les Afri­cains qui reve­nons de loin / Nous venons des colo­nies pour défendre la patrie…»

»> AFP
13.02.06 | 19h58

      G. Frêche demande par­don   
 

Georges Frêche a demandé lundi par­don après les pro­pos qu’il a
tenus la veille contre un repré­sen­tant des har­kis, affir­mant, lors
d’une confé­rence de presse à Mont­pel­lier, avoir « blessé par maladresse ».

« J’ai
blessé par mal­adresse. Je vous demande de bien vou­loir me le
par­don­ner », a déclaré l’élu. « J’ai été mal­adroit, certes, mais poussé
par l’excès de la provocation ».

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