On n'est pas des moutons

Archive for mars, 2006

« Parce que le monde bouge » et autre sornettes mondialisées sur la crise française

Les slo­gans publi­ci­taires à la con, ça ne manque pas. Un de mes pré­fé­rés dans la caté­go­rie supé­rieure, c’est celui d’une banque – tiens… – qui dit comme ça, de manière péremp­toire, indis­cu­table, car­ré­ment divine : « Parce que le monde bouge ». Je parie­rais qu’à l’écrit il doit y avoir un point à la fin de la phrase. Un point final. Le coup de point qui finit d’asséner La Vérité Vraie. Les publi­ci­taires aiment ça, le point qui clôt, qui fige toute réflexion un tant soit peu cri­tique. Tel est bien le prin­cipe axial de la pub : embo­bi­ner par tout moyen de séduc­tion, cet art de détour­ner de l’essentiel. Donc, stop esprit cri­tique, au besoin à coup d’humour (ouais…), à coup de bluff à la Spiel­berg, à coup d’ « émo­tion » musi­cale (du clas­sique éprouvé, ou trois notes de Keith Jar­rett), ou bas­se­ment sexuelle (la femme objet-créature de rêve…).

Tf1
Donc le monde « bouge » et « on » ne le savait pas. Avant la pub, eut dit Coluche, « on » était cons. D’ailleurs, avant la pub, le monde était immo­bile, plat comme une crêpe autour de laquelle le Soleil s’évertuait à tour­ner. Mais, allé­luia !, sont venus les rois magi­ciens et leur cohortes de séguéla mul­ti­pliés, les sbires du bon­ne­teau et leurs barons des banques.

Alors le monde, c’est-à-dire leur monde, s’est mis à « bou­ger » – que dis-je, à entrer en transe finan­cière. Il y avait bien de quoi, face à un tel miracle : l’argent fai­sait des petits ! Que voilà LA divine nouvelle !

Au départ, donc, non pas le miracle, mais sa rumeur. Tel est le néces­saire et suf­fi­sant ingré­dient de base. Le reste n’est que tam­bouille média­tique ou publi­ci­taire, deux cui­sines cou­sines comme deux sœurs de la famille « com’ ». Ainsi naquit (je vais vite !) la nou­velle Reli­gion du Mar­ché, qui triom­pha bien­tôt avec la chute de son unique concur­rent, le Grand Satan com­mu­niste – lequel, rappelons-le en pas­sant, avait élevé le dogme publi­ci­taire au rang de l’Art pro­pa­gan­diste. Deux faces d’une même pièce, moné­taire et dramatique.

Un grand dan­ger, cepen­dant, menace la Reli­gion nou­velle : son uni­cité totale, tota­li­taire. Si même sa dou­blure a dis­paru, alors il y a péril absolu-tiste. Car toute pen­sée unique n’est déjà plus pen­sée, mais cadavre. Son temps de décom­po­si­tion, cepen­dant, dépend d’un autre art illu­sion­niste, celui de la Cosmétique.

La Cos­mé­tique, syn­thèse géniale du par­fum et de la com­mu­ni­ca­tion, reje­ton cloné de l’Oréal et de Séguéla, de l’Art mar­chand et de la Science tech­no­lo­gique. C’est l’avenir du Monde-qui-bouge, dans la limité de la durée dis­po­nible, évi­dem­ment comp­tée, et sur­tout escomp­tée. Durée d’une vie d’actionnaire, entre deux per­cep­tions de divi­dendes, et après eux le déluge. Ce n’est pas dû au hasard que les deux plus grandes for­tunes fran­çaises émanent de la cos­mé­tique et du luxe : Liliane Bet­ten­court, de L’Oréal, et Ber­nard Arnault, de LVMH – qui ne sau­raient dédai­gner les médias.

Donc « le monde bouge. ». Point à la ligne. Ce qui ne « bou­ge­rait » pas serait par consé­quent comme hors du monde, ou d’un monde autre, arriéré, has been, foutu. C’est le sous-monde, celui des «alter», par exemple, et de tous ceux qui se refusent à cette nou­velle dic­ta­ture abso­lue. La bou­geotte géné­ra­li­sée semble être la seule potion-miracle qu’un monde en crise majeure vou­drait impo­ser par­tout et à chacun.

Mais bou­ger, pré­ci­sé­ment, ça n’a pas de sens ! Et notre monde, ne souffre-t-il pas, exac­te­ment, de l’absence de sens ? Ou bien du non-sens. Ou plu­tôt du sens unique. Celui du pro­fit maxi­misé, c’est-à-dire mini­misé au plus petit clan des pro­fi­teurs, des « ajus­teurs de variables », les beaux par­leurs, tous ces pipo­teurs gavés de « flexi­bi­lité », un gros mot de la langue de bois qui veut dire «ta gueule !».

Or, voilà qu’à force d’en appe­ler à « bou­ger » à cor et à cri, la rue s’est mise aussi à crier. Et à bou­ger. Les jeunes d’abord. Les plus mena­cés par les ajusteurs-aux-leviers. Ils ont bougé en tous sens, oui, comme les bulles dans l’eau qui se met à bouillon­ner. « Allez, ça fera pschitt ! » se sont encore dit les emplu­més des palais gou­ver­ne­men­taux, le Héron cen­dré bona­par­tiste et sa basse-cour de houppes grises et d’aigrettes ébouriffées.

Ça bouge, ça oui, mais voilà que de la pres­sion mon­tante s’échappent les bouf­fées de sens ! Une géné­ra­tion prend conscience d’elle-même. Face au monde vieux et bour­sou­flé, une jeu­nesse qu’on eût dit plu­tôt prous­tienne – « Voyons, Léon­tine, bouge-toi, tu t’ankyloses » – vient rafraî­chir l’atmosphère ran­cie d’un règne finis­sant. Hugo ne doit pas être si loin der­rière cette France et « ce Paris odieux  [qui] bouge et résiste ».

La résis­tance, voilà bien ce qui tur­lu­pine les thu­ri­fé­raires de la bou­geotte libé­rale. Le dogme est tel­le­ment inté­gré – prin­cipe de la pen­sée unique –, qu’il s’exprime d’une seule et même voix dans les médias du « monde qui bouge ». C’est pré­ci­sé­ment ce qui m’a poussé à hur­ler, et à écrire, ce matin face la revue de presse éta­lée sur le site de TF1 et inti­tu­lée « Les médias étran­gers atter­rés par l’ “immo­bi­lisme fran­çais” ». J’ai adoré le « atter­rés » qui exprime bien la neu­tra­lité de cir­cons­tance de la chaîne de Bouygues. J’aime aussi la pub gri­ma­çante [ci-dessus] – pour une banque, pardi – on ne sau­rait plus opportune !

Je ne peux résis­ter à ces quelques échan­tillons ci-dessous, extraits des extraits – autant dire la quin­tes­sence de la pen­sée TF1.

Lire tout l’article

1 Comment more...

Cuisine en direct, par Faber

Strip_tele__1

© andre.faber@wanadoo.fr

1 Comment more...

La météo, rubrique politique

Alsace_d20060320Cpicard_d20060320

Sans doute bien emba­rassé pour sa Une d’hier, L’Alsace, quo­ti­dien de Mul­house, a donc fait appel à Mme Michu, Roberte Michu, la plus sol­li­ci­tée des tra­vailleurs sai­son­niers de la presse. Ainsi la voit-on œuvrer aux fameux quatre coins des jour­naux de l’Hexagone, pas­sant allé­gre­ment de La Pro­vence au Pari­sien (facile avec le TGV). Notez qu’en cette veille de prin­temps, elle n’a pu atteindre Amiens et son Cour­rier picard, qui a donc osé un détour­ne­ment hit­ch­co­kien. Heu­reux que le titre fonc­tionne tout seul – pas besoin de se sou­ve­nir du film ni de « Mar­nie ». Reste à inter­ro­ger les cieux pour savoir jusqu’à quelle bour­rasque durera cet inte­nable sus­pens. Ce n’est pas encore de la méta­po­li­tique mais bien de la météo­po­li­tique. Et là, même Mme Michu est dépassée.


Suzie fait de la Résistance

Lyceenne_en_resistanceCe matin, Suzie a fourbi ses plus beaux atours de lycéenne en résis­tance, comme pour un jour his­to­rique. C’en sera peut-être un, va savoir ! Par pré­cau­tion, papa Faber a tapé une photo, car M. Lhomme*, en plus d’être de son temps, sait aussi être moderne… Au sens de Rim­baud, hein, pas vrai­ment comme l’entend le Héron cen­dré qui, d’ailleurs, est bou­ché à l’émeri : trop haut per­ché pour entendre le cri du peuple.

Ce qui me plaît dans le ticheurte de Suzie, c’est le côté posi­tif de son mes­sage. Posi­ti­ve­ment anar, avec ce qu’il faut d’humour et de vache­rie. Ça tranche avec fraî­cheur de la «posi­ti­vité moderne» que nous serinent les chantres du ren­de­ment com­pé­ti­tif et du sala­rié jetable.

À pro­pos de sens de l’Histoire, petit rap­pel : À la veille de la Révo­lu­tion, tan­dis que les sans-culottes optaient pour le pan­ta­lon répu­bli­cain, le Louis XVI bri­co­laient ses ser­rures. Hier ven­dredi, veille de la Manif’, Chi­rac déco­raient Mireille Darc de la Légion d’honneur. Quel rap­port ? On verra.

* Pour les non-initiés, il s’agit du personnage-vedette des BD d’André Faber (cher­cher sur ce blog).

1 Comment more...

Madame Michu, réd’ chef du Parisien

1parisien_d20060302
Cet hiver sans fin, ah là là, ma pauv’ dame ! Le Pari­sien du jour n’en peut plus. Sa nou­velle réd’ chef, Mme Michu, Roberte Michu, arrière-cousine par alliance de feu Amaury, célèbre cava­lier mort au champ de courses – disais-je, tro­quant le balai pour la plume, a donc décidé de frap­per fort. D’où ce titre puis­sant et l’article de la même encre. Si Pulit­zer était fran­çais, ce serait «in ze pocket».

Notez qu’entre Dieu­donné et ses « réseaux », d’une part, et les inquié­tudes foo­teuses, d’autre part, le vide devait être bien sidé­ral. Ou en tout cas gla­cial, voire polaire et sur­tout révol­tant. Car, une fois de plus, c’est bien vrai, y a pu d’ sai­sons. Bien vu, mais à qui s’en prendre? Au gou­ver­ne­ment, à la police, aux ser­vices publics, aux jeunes, aux retrai­tés – non, pas aux retrai­tés! Sur­tout pas tou­cher à la frange active du lec­to­rat. …Ben alors?¿, à la pol­lu­tion, au réchauf­fe­ment cli­ma­tique, à l’effet de serre, aux 4x4 et au trans­port tout-camions ¿ Ah ? Tiens, elle n’y a pas pensé Roberte. Hé, on peut pas pen­ser à tout, hein?Provence_d20060301

Notez encore que Roberte fait sou­vent des ménages dans la presse. Sur­tout dans la presse régio­nale. Ça la repose du cli­mat… pari­sien. Ainsi hier finissait-elle un ser­vice à La Pro­vence, his­toire d’apporter sa pierre à l’angoisse du siècle nais­sant. Car si « une hiron­delle ne fait pas le prin­temps » – ça c’est bien vrai aussi – UN chat malade, et alle­mand, peut suf­fire à conta­mi­ner toute l’espèce, pro­ven­çale, natio­nale et humaine.

1 Comment more...

La parole communautarisée

par  Marie-José Cloiseau*

L’affaire des cari­ca­tures a révélé une ten­dance déjà
bien ancrée dans les medias : la com­mu­nau­ta­ri­sa­tion de la parole, qui
consiste à faire par­ler non pas un citoyen en sa qua­lité de citoyen,
mais le membre d’une com­mu­nauté, le repré­sen­tant d’un groupe reli­gieux,
ou celui dont le nom tra­duira le mieux l’origine eth­nique qui
l’autorisera à par­ler, voire à cri­ti­quer, sans être sus­pect de racisme
ou d’intolérance. L’homme sans qua­li­tés n’a plus qu’à se taire ou à
abon­der dans le sens de l’idéologie dominante.

Arton1639

L’affaire des cari­ca­tures a posé le pro­blème de la liberté
d’expression, mais aussi celui de la laï­cité : En France, les reli­gions
sont du domaine privé, nul ne peut être inquiété en rai­son de son
appar­te­nance ou de sa non-appartenance reli­gieuse. La loi ne recon­naît
que des citoyens, pas des membres de com­mu­nau­tés ou d’Eglises. On ne
conjugue pas le verbe croire, même sous sa forme néga­tive, à
l’impératif.

A par­tir de là, on peut s’étonner qu’un mode
d’expression vieux d’un siècle et demi, les cari­ca­tures dans les
jour­naux, ait pu être consi­déré, de la part de nos diri­geants
poli­tiques, comme une agres­sion à l’égard d’une reli­gion, voire des
reli­gions en géné­ral. C’est tout de même d’un point de vue reli­gieux
que les medias ont géné­ra­le­ment choisi de trai­ter « l’affaire des
cari­ca­tures » : sur les pla­teaux de télé, dans les débats des jour­naux,
il convient d’interroger des membres des com­mu­nau­tés, de leur don­ner la
parole, la parole laïque n’étant géné­ra­le­ment pas per­ti­nente pour
ana­ly­ser la bles­sure cau­sée par la liberté d’expression, puisque
bles­sure il y aurait. La laï­cité n’est invo­quée que pour démon­trer que
l’une des reli­gions mono­théistes est par­ti­cu­liè­re­ment rétro­grade et
into­lé­rante par rap­port aux autres.

* Marie-José Cloi­seau est membre du réseau « Info Impartiale »

» Lire tout l’article

1 Comment more...

Pétition. « Défense de la Liberté et de la laïcité : Manifestons-nous sans tarder ! »

Cette his­toire des cari­ca­tures sata­niques ne devrait pas nous faire perdre de vue cer­tains fon­da­men­taux. Ainsi le Réseau Info Impar­tiale lance-t-il une péti­tion pour le resai­sis­se­ment des consciences mena­cées par une forme « moderne » (tou­jours la même, bien sûr) de « reli­gieu­se­ment cor­rect ». Voici le texte de cette péti­tion, avec l’accès au for­mu­laire de signature.

« Pro­fi­tant de l’affaire des cari­ca­tures, des isla­mistes ont engagé une bataille pour le réta­blis­se­ment du délit de blas­phème. Un très grand nombre de repré­sen­tants clé­ri­caux leur ont emboîté le pas. Der­rière cette ques­tion, ce sont les liber­tés fon­da­men­tales – dont la liberté de la presse – qui sont menacées.

« Le délit de blas­phème signi­fie l’interdiction de toute remise en ques­tion des dogmes reli­gieux et donc de toute expres­sion cri­tique non confes­sion­nelle. C’est la cen­sure ecclé­sias­tique que réclament dans un même élan imams, évêques, pape ou rab­bins. Autant deman­der immé­dia­te­ment une presse sou­mise aux dogmes reli­gieux et des jour­na­listes aux ordres ! Dans notre pays où la laï­cité a été arra­chée de longue lutte comme une des conquêtes démo­cra­tiques per­met­tant la vie com­mune, la menace tota­li­taire qui se pro­file signi­fie­rait un recul de plus deux cents ans. »

» Lire tout le texte et signer la péti­tion


  • Twitter — Gazouiller

  • Sexpol_39La Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité/politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-contre. En savoir plus ici sur Sex­pol.  
  • iceberg

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)
  • Archives

  • Catégories

  • ouah_!_la_poilade_! _
    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances
    (Ber­trand Russel)
  • «  C’est pour dire  », par Gerard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion — Pas d’Utilisation Com­mer­ciale — Pas de Modification
    Licence Creative Commons
  • Un récent et com­pli­qué chan­ge­ment de ser­veur a causé la perte de quelques « car­tons », en l’occurrence cer­taines images. Les reverra-t-on un jour ? Hmmm…

    1emmen
  • Copyright © 1996-2010 C’est pour dire. All rights reserved.
    iDream theme by Templates Next | Powered by WordPress