Main­te­nant que ça se tas­se, dit l’incendiaire à l’affût, si on en remet­tait un coup sur les cari­ca­tu­res de qui vous savez ? Incen­diai­re ? Non, plu­tôt, rabat­teur de caquets. Voi­ci donc un «por­trait» du pro­phè­te Maho­met, jeu­ne et un tan­ti­net équi­vo­que – rien à voir, cer­tes, avec le vieux bar­bu cari­ca­tu­ré au Dane­mark. Quoi qu’il en soit, cet­te icô­ne n’a nul­le­ment été jugée ico­no­clas­te en Iran où elle cir­cu­le sous for­me d’affiches depuis la fin des années 80.

C’est le quo­ti­dien de Genè­ve, Le Temps, qui racon­te l’affaire dans un arti­cle fort inté­res­sant [22/02/06] inti­tu­lé Ces étran­ges por­traits de Maho­met jeu­ne. L’auteur, Patri­cia Briel, expli­que com­ment deux eth­no­lo­gues suis­ses, Pier­re et Miche­li­ne Cent­li­vres, col­lec­tion­neurs d’images popu­lai­res du mon­de musul­man, ont rame­né de leurs voya­ges quel­ques-uns de ces por­traits à l’esthétique kit­sch, impri­més et mis en ven­te à Téhé­ran, Qom et autres vil­les ira­nien­nes.
« Au hasard d’une pro­me­na­de à Paris, pour­suit l’article, les deux eth­no­lo­gues sont tom­bés sur une affi­chet­te signa­lant une expo­si­tion de pho­to­gra­phies orien­ta­lis­tes de l’Allemand Rudolf Franz Leh­nert (1878-1948). Le por­trait figu­rant sur l’affiche res­sem­ble étran­ge­ment à l’éphèbe de leurs pos­ters. En visi­tant l’exposition, ils décou­vrent avec stu­peur le modè­le ori­gi­nal: une pho­to datant de 1905 ou 1906, sur laquel­le sou­rit un jeu­ne Ara­be à l’épaule dénu­dée.»

La décou­ver­te a été rap­por­tée dans la revue Etu­des pho­to­gra­phi­ques de novem­bre 2005, ima­ges à l’appui [cel­les repro­dui­tes ici]. Les eth­no­lo­gues disent igno­rer com­ment cet­te pho­to, réa­li­sée en Tuni­sie par Leh­nert et édi­tée par son asso­cié Ernst Hein­ri­ch Lan­dro­ck (1878-1966), a pu arri­ver en Iran. Tou­jours est-il qu’elle y cir­cu­le abon­dam­ment sous cet­te for­me kit­cho-sen­suel­le que doi­vent appré­cier les ama­teurs d’éphèbes.

A ce pro­pos, Patri­cia Briel pré­ci­se : « Il est tou­te­fois piquant de consta­ter que les édi­teurs ira­niens se sont ins­pi­rés d’une pho­to­gra­phie à l’esthétique sen­suel­le. Outre les déserts, les mar­chés et les quar­tiers de Tunis, Leh­nert et Lan­dro­ck aimaient éga­le­ment publier des pho­to­gra­phies de fillet­tes pré­pu­bè­res et de jeu­nes gar­çons en par­tie dévê­tus. Les deux asso­ciés, qui avaient créé une entre­pri­se d’édition flo­ris­san­te à Tunis, puis au Cai­re, s’étaient ren­con­trés en Suis­se en 1904. Com­me le remar­quent Pier­re et Miche­li­ne Cent­li­vres dans l’article paru dans la revue Etu­des pho­to­gra­phi­ques, «les jeu­nes gar­çons pris pour modè­les ne lais­saient pas insen­si­ble une clien­tè­le euro­péen­ne adep­te de «l’amour qui n’ose pas dire son nom». C’est l’époque de L’Immoraliste d’André Gide, qui n’a pas hési­té à chan­ter la beau­té des jeu­nes gar­çons du Magh­reb».

Ne dou­tons pas de l’aspect sédui­sant du jeu­ne Maho­met, par contras­te avec ses repré­sen­ta­tions danoi­ses en vieux sbi­re bar­bu et, qui plus est, coif­fé d’une bom­be. Une bom­be à retar­de­ment, cer­tes, mais dont l’effet de souf­fle n’avait tout de même rien à voir avec l’interdit pré­ten­du par d’aucuns de ladi­te repré­sen­ta­tion selon la loi isla­mi­que. On sait désor­mais à qui a pro­fi­té le cri­me de lèse-pro­phè­te.

© Ph. Étu­des pho­to­gra­phi­ques

• Voir d’autres com­men­tai­res ici : http://gponthieu.blog.lemonde.fr/2006/02/27/2006_02_des_affiches_de/

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