On n'est pas des moutons

Archive for février, 2008

Burkina Faso. Gros bobos à Bobo

Échauf­fou­rées, émeutes la semaine der­nière à Bobo-Dioulasso, la ville des Bobos et des Diou­las, la deuxième du Bur­kina Faso, située non loin du Mali et de la Côte d’Ivoire. Pas une dépêche sur ces affron­te­ments sévères n’est remon­tée jusqu’au Nord. L’ordre mon­dia­lisé, touche l’info comme toute mar­chan­dise – ces évé­ne­ments ne sont guère « ren­tables » : pas assez spec­ta­cu­laires ni catas­tro­phiques pour déran­ger la « loi de proxi­mité ». Des nou­velles et des pho­tos nous par­viennent d’une Fran­çaise séjour­nant là-bas, qui n’en a pas mené large et tient à res­ter ano­nyme. Voici son témoignage :

bobo-12.1204127597.JPG

 

bobo-2.1204127636.JPG

4burkinafaso.1204128817.jpg« Les mani­fes­ta­tions ont com­mencé le 20 au matin avec une fer­me­ture géné­rale de tous les com­merces et se sont pour­sui­vies jusqu’au soir du 21.Depuis le 22 c’est calme en appa­rence. La rumeur court annon­çant une manif à Ouaga ce jeudi 28

« Ça a bien chauffé juste sous nos yeux, et un peu par­tout dans Bobo et dans les villes du pays, mais le calme est revenu avec des bruits de négo­cia­tions avec le gou­ver­ne­ment hier. Tant mieux parce ce qu’on enten­dait cou­rir des bruits de guerre civile, et le consu­lat fran­çais avait tout pré­paré pour un regrou­pe­ment des res­sor­tis­sants. Le Bur­kina n’est pas du tout le pays tran­quille qu’on dit à l’extérieur.

« Ça a com­mencé par une grève des com­mer­çants, Bobo était ville morte pen­dant 2 jours. Même le grand mar­ché n’a pas ouvert ses portes mer­credi et Jeudi, parait-il pour la pre­mière fois.

« Jeudi plus moyen de trou­ver de l’essence, les sta­tions étaient soit cas­sées, soit fermées.Il y a eu pas mal de casse, dans les mai­ries, sur les infra­struc­tures et la sta­tue du pré­sident en exer­cice [Ndlr : Blaise Com­paoré] a même été mise par terre et incendiée…

« D’après des amis bobo­lais, c’est la pre­mière fois aussi qu’ils voient une telle résis­tance aux forces de l’ordre. D’habitude les mani­fes­tants se dis­persent dès que la police arrive avec les lacrimo. Les gens avec qui j’étais, de pai­sibles artistes étaient aussi remon­tés que l’ensemble de le popu­la­tion « pauvre » comme ils le disent eux-mêmes. Il faut dire que le gou­ver­ne­ment venait d’annoncer une hausse des impôts de 500% pour les com­mer­çants, et cela ajouté à la forte hausse du coût des matières de pre­mière néces­sité a fait débor­der le vase. Les gens en ont marre de la cor­rup­tion, du fait que le gou­ver­ne­ment ne fait rien pour les couche défavorisées. »

Pho­tos : pen­dant les affron­te­ments des 20 et 21 février à Bobo-Dioulasso. DR © CINQsurCINQ

1 Comment more...


« Casse-toi alors pauvre con ! ». De qui cette citation subtile ?

1hamster.1203810085.jpgLe ham­ster fou a encore frappé ! Hier au Salon de l’agriculture, il a traité un pékin de « pauv’ con ». Certes l’autre l’avait cher­ché en envoyant paître le pré­sident avec les bes­tiaux en goguette…: « Ah non, touche moi pas, tu me salis ! »… La classe. À en regret­ter la chi­ra­quie qui, pour­tant, n’a jamais fait dans la mon­da­nité, du moins côté cul des vaches. Tout de même, tout populo qu’il se vou­lait à lever le coude autour d’un saucisson-sancerre, ça avait de la gueule, quoi – enfin, com­paré au ci-devant, dirons-nous ma chère…
Voilà le tra­vail : il ne passe pas avec les Afri­cains, pas avec les pêcheurs, avec les métal­los, ça va encore, il leur pro­met la lune… Quant aux pay­sans, ils doivent le voir comme un châ­te­lain par­cou­rant ses terres en 4x4, saluant de loin son métayer, un « pauv’ con » encore.

Ci-dessous deux images extraites de la vidéo du Pari­sien. C’est sur Daylimotion.

1sarko.1203810149.jpg2sarko.1203810213.jpg

1 Comment more...

TCHAD. La presse privée dans la tourmente d’une guerre par procuration

L’état d’urgence est en vigueur au Tchad depuis le 15 février 2008. Un couvre-feu a été ins­tauré sur le ter­ri­toire, ainsi que le « contrôle de la cir­cu­la­tion des per­sonnes et des véhi­cules », les « per­qui­si­tions à domi­cile et le contrôle de la presse publique et privée ».

1tchad.1203714828.jpegLa presse tcha­dienne est, de fait, qua­si­ment mori­bonde, la majeure par­tie des res­pon­sables des jour­naux et des radios de la capi­tale étant cachés ou par­tis en exil, par crainte d’être arrê­tés. Selon le décompte de Repor­ters sans fron­tières, au moins dix direc­teurs de publi­ca­tion, rédac­teurs en chef et jour­na­listes des prin­ci­pales publi­ca­tions ou des radios pri­vées de N’Djamena sont réfu­giés au Came­roun ou au Nige­ria. Le cor­res­pon­dant de l’organisation, par ailleurs jour­na­liste de l’hebdomadaire privé « Le Temps », Lald­jim Nar­cisse, fait par­tie des jour­na­listes ayant pré­féré quit­ter le pays, après que les ser­vices de ren­sei­gne­ments se sont pré­sen­tés à son domi­cile peu après la fin des combats.

Le 15 février, seuls le quo­ti­dien privé pro­gou­ver­ne­men­tal « Le Pro­grès » et l’hebdomadaire privé « L’Observateur » ont paru. La sta­tion pri­vée FM Liberté est tou­jours fer­mée sur ordre du ministre de l’Intérieur et de la Sécu­rité publique, ainsi que l’hebdomadaire « Notre Temps », dont le direc­teur de publi­ca­tion, Nad­ji­kimo Benoud­jita, inculpé en décembre 2007 d” »inci­ta­tion à la haine tri­bale » après trois jours de pri­son, se trouve hors du pays.

Au Sou­dan, les forces de sécu­rité ont empê­ché la paru­tion, le 14 février, du quo­ti­dien privé d’opposition « al-Rai al-Shaab ». Des poli­ciers ont fait irrup­tion à l’imprimerie du jour­nal, à l’aube, et ont ordonné la sup­pres­sion de deux articles, avant d’interdire tout sim­ple­ment l’impression de l’édition du jour, selon un col­la­bo­ra­teur du quo­ti­dien cité par l’agence Reuters.

[D’après Repor­ters sans fron­tières, Paris, et l’IFEX, Échange inter­na­tio­nal de la liberté d’expression, Toronto.]


Une affiche de Courrier International sur Sarkozy « grand malade » refusée par la RATP

courrier0208.1203697113.jpg

Rue 89 révèle que Métro­bus, la régie pub de la RATP, a refusé de pla­car­der une affiche de Cour­rier Inter­na­tio­nal avec le titre « Vu de Madrid : Sar­kozy, “ce grand malade” ».

Cour­rier inter­na­tio­nal repre­nait en tra­duc­tion l’article du direc­teur adjoint de la rédac­tion du quo­ti­dien madri­lène El Pais, Lluis Bas­sets. Titré «  Sar­kozy, c’est fini  » (en fran­çais dans le texte), le papier décrit un chef de l »Etat « malade » : «  L’infirmité dont souffre Sar­kozy n’a pas la gra­vité du can­cer de la pros­tate de Mit­ter­rand, mais elle affecte cet organe vital qu’est l’ego, et qui souffre d’une hyper­tro­phie pro­ba­ble­ment irré­ver­sible  ».

Le titre des articles publiés dans Cour­rier Inter­na­tio­nal étant tou­jours dif­fé­rent du titre ori­gi­nal, la rédac­tion a opté pour «  Sar­kozy, ce grand malade  ». Refusé par Métro­bus, Cour­rier Inter­na­tio­nal aurait pro­posé une deuxième ver­sion, «  Sar­kozy, malade de l’égo  », à nou­veau refu­sée, « sans rai­son précise ».

Bref, notre pré­sident se porte bien.



Niger. Le correspondant de RFI reste en prison

La jus­tice nigé­rienne refuse la liberté pro­vi­soire au cor­res­pon­dant de RFI au Niger, Moussa Kaka, éga­le­ment direc­teur d’une radio locale. Il est incar­céré depuis sep­tembre pour « com­pli­cité d’atteinte contre l’autorité de l’Etat ». On l’accuse, sur la base d’écoutes télé­pho­niques, d’avoir conseillé le mou­ve­ment rebelle toua­reg. Radio France inter­na­tio­nale dénonce « ce qui peut être consi­déré comme une volonté d’acharnement (…) dans la mesure où tous les actes qui lui étaient repro­chés [à Moussa Kaka] rele­vaient du tra­vail nor­mal d’un jour­na­liste exer­çant son métier ».

D’autres jour­na­listes ont été pour­sui­vis au Niger pour leurs rela­tions sup­po­sées avec les rebelles. L’un d’entre eux, Ibra­him Manzo, écroué depuis près de quatre mois, s’est vu accor­der une remise en liberté pro­vi­soire le 6 février. Deux jour­na­listes fran­çais tra­vaillant pour Arte, Pierre Creis­son et Tho­mas Dan­dois, ont eux aussi béné­fi­cié d’une liberté pro­vi­soire le 18 jan­vier, après avoir été déte­nus pen­dant un mois pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ». [Avec l’AFP].


Côte d’Ivoire. Jour tranquille à Petit-Danané

Petit-Danané, vil­lage de brousse en Côte d’ivoire, 9 février 2008.
»> Deux petites vidéos à voir en pied d’article [appré­ciez moins la qua­lité tech­nique que l’ambiance…]

minuci_globe.1202847538.jpgFeuilles de pal­mier cou­pées de la veille. L’ombre rafraî­chit la petite cou­rée bien balayée, cer­née de cases car­rées en banco et toits de paille. Chaises et bancs ont été agen­cés sur le pour­tour. Ainsi qu’une ban­quette de bois brut recou­vert de mousse et d’un tissu jaune bien propre, peut-être neuf. Ce sera pour hono­rer les visi­teurs : un grand « frère » venu de la capi­tale et deux Blancs de France. C’est fête à Petit-Danané, un bap­tême rituel pour saluer la venue au monde, il y a deux mois, de « Marie-France Mon Désir », ainsi que le papa, si fier, la pré­sente à l’assistance. C’est le cin­quième enfant de cette famille de la tribu des Yacou­bas, ori­gi­naires de l’ouest de la Côte d’ivoire, fron­ta­liers de la Gui­née et du Libe­ria. Danané, là-haut, c’est leur capi­tale, la ville qui n’a pu les rete­nir faute de moyens de sur­vie, et sur­tout à cause de la guerre. Immi­grés de l’intérieurs, les Yacou­bas ont grossi le flot des « dépla­cés de guerre », amas­sés à Abid­jan ; ou sont venus vendre leurs bras dans les plan­ta­tions de cacao ou d’hévéas, comme ici, à une cin­quan­taine de kilo­mètres au nord de la capitale.

Petit-Danané, vil­lage de brousse d’environ 2.000 habi­tants, flan­qué au bord de l’autoroute qui s’enfonce vers le nord et la forêt. C’est la pre­mière auto­route qu’Houphouët-Boigny, fit construire pour rejoindre son vil­lage natal de Yamous­sou­kro – devenu ensuite la capi­tale offi­cielle. Les Yacou­bas sont des mon­ta­gnards du pays des Dans, qui consti­tuent un ensemble lin­guis­tique et cultu­rel. Ce qu’on appelle une tribu.

danane-10208.1202677590.JPG

Jour de fête donc. Quelques dizaines d’invités, peut-être une cen­taine en comp­tant tous les enfants vire­vol­tant. Deux jeunes ados ont ins­tallé la sono ali­men­tée par un petit groupe élec­tro­gène. Le cou­rant n’arrive pas ici. Mais le télé­phone mobile, si : deux pylônes relais dominent les cases et la petite église avec son ora­toire à la vierge Marie. On a oublié les tam­bours, l’électronique va toni­truer en cra­cho­tant des airs tra­di­tion­nels. Les femmes semblent impa­tientes, sur­tout les jeunes filles tout en beauté. Che­veux sou­vent défri­sés, par­fois teints en blond ou cui­vrés, car elles le valent bien aussi, bien sûr.

Voici l’ancêtre, l’arrière-grand-mère, frêle et cour­bée, le regard pro­fond, des mains comme des sar­ments. Voici le repré­sen­tant du chef du vil­lage – ainsi nous est-il pré­senté. Voici la matrone, qui a fait naître la fillette et des cen­taines d’autres bébés. A sa gauche, bien plus jeune, moins de la tren­taine, celle qui pren­dra la relève On leur offre des cadeaux, une bou­teille d’orangeade, deux mor­ceaux de savon blanc.

La céré­mo­nie va suivre son ordre rituel, mené par N’Do, le « neveu ». La tren­taine, c’est un maillon repré­sen­ta­tif de la lignée mater­nelle. Il veillera à l’ordre céré­mo­nial, et sur­tout à la pré­sen­ta­tion orale des dons, consi­gnés au fur et à mesure sur un cahier d’école : mille, deux mille, plus rare­ment cinq mille francs CFA (entre 3 et 8 euros) et aussi des mor­ceaux de savon.

Bien­ve­nue aux voya­geurs. On nous offre de l’eau fraîche. Puis le vin de palme, tiré de grands bidons de plas­tique. Le par­rain de la petite, notre ami André grâce à qui nous sommes « de la tribu », a été dési­gné comme tel – c’est ainsi, pas ques­tion de se déro­ber à un telle et impé­rieuse nécessité.

Voici le bébé des grands jours et la maman, belle femme au port altier, dans sa robe bleue [photo]. La « Marie-France Mon désir » tête tout son saoul. Il y a quelques jours, on a tondu ses che­veux tout neufs. Exi­gence du rite. Lignée assurée.

Lui se pré­sente comme le « tuteur Ébrié », de la tribu du même nom, c’est-à-dire des habi­tants de la lagune Ébrié qui ont concédé une par­celle de terre aux Yacou­bas. On se trouve en pleine com­plexité afri­caine. Depuis « tou­jours », il en a été « ainsi ». Plus récem­ment, en par­ti­cu­lier quand les poli­tiques ont cru devoir four­rer leurs nez là-dedans, his­toire de se réser­ver quelques avan­tages inté­res­sés, les riva­li­tés ordi­naires ont dégé­néré en affron­te­ments. Puis en guerre. Tan­dis que dans les vil­lages on conti­nuait à se mélan­ger sans pré­ju­gés, et donc à se marier et à se repro­duire dans la diver­sité. Ce qui consti­tue une menace pour les espèces dominantes…

Et qu’on ne nous parle pas d’ « eth­nies », ce concept aussi vaseux que mani­pulé et mani­pu­la­teur ! Voir le Rwanda, voir le Dar­four et encore le Kenya – pour s’en tenir là.

À Petit-Danané, samedi après-midi, les gamins ont relancé la sono et les filles sont entrées en danse et en grâce, rejointes par quelques gaillards para­deurs comme des coqs. Un coq, un vrai, est aussi entré en scène, tenu par les ailes, se deman­dant quoi – sans savoir qu’il fini­rait demain dans la cas­se­role du parrain.

Ledit par­rain a aussi parlé ; il a remer­cié ; il a honoré sa petite perle de filleule. Et il a aussi pré­senté les Blancs à l’assistance, jusqu’à les gêner. L’un d’eux le méri­tait vrai­ment, c’est mon grand ami Ber­nard, Ber­nard Nan­tet – vous savez cet afri­ca­niste aux vingt bou­quins d’érudit qu’il est, pour la plu­part consa­cré au conti­nent Noir. Mais ici, au beau milieu de cette brousse pro­fonde, il a reçu un vrai bel hom­mage, sans doute le plus beau qu’on ait pu lui adres­ser, sous les applau­dis­se­ments nour­ris. Car ces vil­la­geois, pour les plus âgés du moins, se sou­ve­naient de deux revues de leur jeu­nesse : « Koua­kou », des­ti­née aux petits et « Kalao » aux ados. Eh bien, Ber­nard y racon­tait l’histoire de l’Afrique et de l’art africain…

Aujourd’hui, la moder­nité cause dans les postes ; les vil­la­geois de Petit-Danané sont reliés au Grand Monde ; eux aussi tri­potent leurs télé­phones por­tables, comme le font les cita­dins. Comme eux, ils échangent leurs numé­ros. Ils ne se sentent plus si seuls. Voilà qui ne devrait pas nuire à la paix retrou­vée. Ce ne sera pas non plus suffisant.

[kml_flashembed movie="http://www.dailymotion.com/swf/x4cqe7" width="325" height="235" wmode="transparent" /]

[kml_flashembed movie="http://www.dailymotion.com/swf/x4deyg&v3=1&related=1" width="425" height="335" wmode="transparent" /]

»> Voir d’autres pho­tos de Ber­nard Nan­tet et Gérard Ponthieu

1 Comment more...

Côte d’Ivoire. Le jeudi noir des Éléphants

Abid­jan, jeudi 7/2/08

minuci_globe.1202847538.jpgLa vic­toire sur la Gui­née avait enivré tout le pays. Mais les Pha­raons ont « sorti » les Élé­phants. Tra­duc­tion pour les ignares du foot : l’Égypte a battu la Côte d’ivoire dans la Coupe d’Afrique des Nations. Et pas d’un peu : 4 à 1. La nuit est dou­ble­ment tom­bée sur Abid­jan. Les auto­ri­tés avaient craint les débor­de­ments, comme lors des pré­cé­dents matches vic­to­rieux : bus détruits, vols, bles­sés et même viols. Ce sera la gueule de bois.

abidjj7208.1202491243.JPG

Mobi­li­sa­tion géné­rale pour la patrie du sport en dan­ger. Abid­jan, février 2008.

Au « Saint-Germain », bou­le­vard de Mar­seille [tiens tiens…], zone 4 de Bié­try, la sono d’enfer a eu du mal à redé­mar­rer une fois les écrans géants mis en berne. Et les minettes mobi­li­sées, tout en beauté svelte sous leur mini­male vêture orange – cou­leur de l’équipe natio­nale – n’avaient plus « le cœur aux fesses » pour faire rou­ler la rumba congo­laise. Soir de défaite, à deux heures du rêve, le temps d’un match. Futi­lité du foot et du sport ; gran­deur aussi dans la vaine gra­tuité – enfin, on le voudrait.

Le rêve dans un bal­lon plein de vide. Bouf­fée d’oxygène, sans doute. Un seul but, le but adverse, contre l’autre. Un peu de pain et plus de bière. Les peuples ne sont pas si exi­geants. La fête sera courte, autant se la payer à fond, comme une défonce. Rappelons-nous la Coupe du monde vue de l’hexagone. Plus près encore le Mon­dial de rugby. Pour la pre­mière, la «France Bleu Black Beur» – tu parles ! juste un pro­logue à la révolte des ban­lieues… Trans­po­sés à la Côte d’ivoire, les enjeux de la Coupe d’Afrique n’étaient pas moins poli­tiques – non, seule­ment mille fois plus. En France, il y allait d’un point de PNB, d’un sur­croît de baume dans la sar­ko­zie glo­rieuse. Soit. Ici, vic­toire ou défaite, ça annonce «seule­ment» plus ou moins de chaos.

Côte d’ivoire, pays béni-maudit, c’est selon. Avers / revers. Pile ou face. On a beau la cher­cher, l’Espérance ne niche guère dans le ration­nel. Sinon, com­ment expli­quer le déchi­re­ment ? Ce pays, magni­fique, regor­geant de tout, ou presque. Et cette capi­tale, vibrante, bos­seuse, fière. Parures d’Europe et par­lures de France, tré­sors de cette Afrique quasi mythique, au sens des rêves de colons ; péné­trée du nord au sud, d’Alger au Cap, en de grandes explo­ra­tions posant des pierres blanches de-ci de-là. Abid­jan, le « pays d’ici », halte ins­pi­rée en plein golfe de Gui­née : un havre lagu­naire. Le vil­lage de pêcheurs du début du XXe siècle ploie aujourd’hui sous ses, peut-être, trois mil­lions d’habitants, dont des mil­liers de « dépla­cés de guerre ». La folie urbaine aggra­vée. À la mode afri­caine, dénue­ment en prime. À la fois bon enfant et explo­sive, incon­trô­lable, incer­taine, ter­ri­fiante à l’occasion.

La nuit est tom­bée donc sur Abid­jan et, comme un signe, l’harmattan aussi et son souffle brû­lant à 35°. Comme si le vent mau­vais venu du Ghana – pays de la défaite – se dou­blait d’une douche froide– enfin, tiède…

Ce match, comme le sport d’aujourd’hui, joue dans le stade poli­tique. «On gagne ou bien on gagne !», m’avait lancé un jeune sup­por­ter à l’heure du coup d’envoi. Il répé­tait un slo­gan des par­ti­sans de Gbagbo, l’actuel pré­sident. Des pré­si­den­tielles, en effet, s’annoncent ici dans les mois pro­chains. « Si la Côte d’ivoire gagne, il est sûr d’être réélu ! » : pro­nos­tic d’un chro­ni­queur… non spor­tif, de l’un des quelque vingt quo­ti­diens de la capi­tale éco­no­mique – la plu­part « QG » d’autant de par­tis poli­tiques… Le temps de la Libé­ra­tion n’est pas achevé. D’autant moins que les Ivoi­riens peinent à sor­tir de la guerre civile qui a coupé le pays en deux, par le milieu, autour des démons du refus de l’autre, au nom d’un concept dévoyé d’ «ivoi­rité», relayé par le tri­ba­lisme et ceux qui, sur­tout, trouvent avan­tages de pou­voir et d’argent au poi­son de la division.

Abid­jan parais­sait donc apai­sée cette nuit, comme ces temps-ci. L’espoir ? On berce l’idée, savou­rant le reflux de la folie imbé­cile, dévas­ta­trice, assas­sine. Le réa­lisme, cepen­dant, com­mande moins d’angélisme. La presse, les médias en géné­ral, veillent sur les braises noires, prompts à les rani­mer. L’Olped, Obser­va­toire de la liberté de la presse, de l’éthique et de la déon­to­lo­gie – le pre­mier du genre en date en Afrique, 1995 – conti­nue, dans ses réunions de chaque jeudi, à rele­ver par dizaines les man­que­ments au métier d’informer ! Leur han­tise, à ses membres, c’est le spectre du géno­cide au Rwanda (94) et le fameux syn­drome de la radio des Mille-collines.

Les pro­chaines pré­si­den­tielles, donc… Trois prin­ci­paux can­di­dats selon les cli­vages his­to­riques indé­lé­biles comme des his­toires de famille, de clans, de tri­bus – véri­tables tatouages cultu­rels rehaus­sés d’animisme, de sor­cel­le­rie et autres sata­nées croyances. L’imagerie actuelle vou­draient les effa­cer, quand elles reviennent par la fenêtre pour ren­for­cer les for­te­resses démo­niaques. Trois can­di­dats, soit un tiers gagnant deux tiers per­dant, à moins d’un cock­tail com­bi­na­toire. Que faire ?

La télé de ce soir (pre­mière des deux chaînes publiques, pas de télé pri­vée hors satel­lites) fait dan­ser du monde joyeux dans une émis­sion « à l’ancienne » autour d’un ani­ma­teur débon­naire. Ça rigole, ça se tré­mousse, cul contre cul ; les rituels de semailles sur­gissent des cultures immé­mo­riales ; comme d’ailleurs au « Saint-Germain » tout à l’heure, en moins moderne, en moins «DJ ». Des fesses de Baoulé, des fesses de Bété, des fesses de Dioula, comme de la soixan­taine de tri­bus du pays. A l’image, a-t-on dit, des foot­bal­leurs de l’équipe ivoi­rienne – on y revient. Une défaite qui ne man­quera pas d’être poli­tique, on peut le parier. Poli­tique comme l’est le sport et tout par­ti­cu­liè­re­ment le foot. Peu avant le match, la pré­sen­ta­trice du JT avait lancé : « Ce n’est pas un pha­raon, aussi noble soit-il, qui va empê­cher l’éléphant de bar­rir ! » Ben si. Le pha­raon a vaincu. À quatre reprises, ses repré­sen­tants se sont pros­ter­nés vers La Mecque. Les Élé­phants, eux, n’étaient pas en reste avec leurs signes de croix… La télé retrans­met­tait ce mic­mac anti-laïque dans le monde entier, ou presque. Nord-Sud, les cli­vages ances­traux, leurs ver­sions sécu­lières et sécu­la­ri­sées… On n’en sort pas.

––––––
Post scrip­tum. Ces Éléphants-là s’en reme­tr­ront bien. Quant aux autres, ceux sans majus­cule, ceux de l’espèce emblé­ma­tique du pays, les der­niers ont sans doute péri lors de la folie guer­rière des humains.


Une gifle, une baffe, que dis-je ?, un crime !

La « gifle du jour » me consterne à plus d’un titre. A com­men­cer par son trai­te­ment média­tique, disons même « mass média­tique », s’agissant de France 2 en son 20 heures du jour [31/1/08], lequel en a fait son titre d’ouverture et de fer­me­ture. Puja­das en par­ti­cu­lier, et l’équipe qui le sert, ne semblent avoir de cesse de dépas­ser en fai­di­ver­se­ries le grand concur­rent mené par PPDA. Ils y par­viennent le plus sou­vent sans peine puisque le TF1 de la même heure, à côté et pour un peu, res­sem­ble­rait au Monde diplo.

Je vois donc dans cette « affaire » – bon sang, quelle affaire !l’indécente per­ver­sion d’un cer­tain sys­tème média­tique – je ne dis pas infor­ma­tif, plus rien à voir. C’est désor­mais l’irruption du spec­ta­cu­laire mêlé d’émotionnel dans le champ « infor­ma­tif » qui déter­mine d’abord la valeur hié­rar­chique d’un fait. La chaîne publique, dans une sorte de com­plexe d’infériorité – le syn­drome du Pou­li­dor de l’info télé­vi­sée ? – mène en l’occurrence un sprint effréné et vain dans la roue de son grand concur­rent commercial.

D’où l’enchaînement dans ce jour­nal de France 2 : gifle — restes d’une fillette dis­pa­rue — freins de voi­ture en pro­cès — bous­cu­lade de voya­geurs blo­qués en Chine… Ce qu’en jour­na­lisme on appelle la « loi de proxi­mité », appli­quée à la va comme je-te-pousse-l’audience, sanc­tion­née par le spé­cieux tri­bu­nal de l’audimat, c’est-à-dire la pub, le pognon, crois­sance effré­née, tra­vailler plus et le saint-frusquin. Au nom de quoi le monde peut bien vaciller dans un dés­équi­libre géné­ra­lisé, avec des ten­sions inouïes, des valses de mil­liards, des drames immenses, vio­lences et souf­frances sans nom… Mais ce qui fait la une de la grande télé­vi­sion, des radios et du sys­tème de mass media, c’est une gifle reçue par un sale gamin. Affligeant.

Oui, en lan­gage nor­mal, selon une hié­rar­chie de civi­li­tés basiques, un élève de sixième trai­tant son pro­fes­seur de connard est bien un sale gamin méri­tant une baffe. Et qu’on n’en parle plus, en tout cas pas autre­ment qu’entre les quatre murs du col­lège, selon le règle­ment interne et les cri­tères de civisme fon­dant une accep­table vie sociale.

Mais ne sommes-nous pas entrés dans l’ère de la Déré­gu­la­tion (dérè­gle­ment suf­fi­rait) de tout et du reste ? Je vois poindre les rodo­mon­tades mora­li­santes d’un Fin­kel­kraut (France Culture, samedi matin). Com­ment lui don­ner tort sur ce point-là ? Alors que cepen­dant il incri­mi­nera la chien­lit de Mai 68… Chan­geons de trottoir.

L’aspect plus inté­res­sant de cette gifle vient de ses consé­quences indi­rectes, au delà de la joue échauf­fée dudit sale gamin. Car son papa est gen­darme et pas pour de rire, comme dans le folk­lore des cours de récré. Et que ledit mili­taire de géni­teur sen­tant sa « répu­blique » per­son­nelle en grand dan­ger, d’accourir sitôt alerté, en uni­forme, sinon pré­cédé des éclats bleus d’un gyro­phare de l’urgence gra­vis­sime. Mis­sion de sau­ve­tage, incroyable enflure de la sur­pro­tec­tion paren­tale face à la des­cen­dance mena­cée d’extinction ! Garde à vue du délin­quant (l’enseignant…) envoyé en correctionnelle !

Les médias, là-dessus, se char­ge­ront de la bour­sou­flure que l’on sait.

Réflexion sub­si­diaire 1. A pro­pos de ce qu’on voit à lon­gueur d’ « info » – tou­jours merci les médias – où l’Insécurité plane sur nos têtes comme le Péril majeur, où les Héros et Mar­tyres modernes sont désor­mais les pom­piers, poli­ciers et gen­darmes ; où la mort de trois d’entre eux dans un déplo­rable acci­dent du tra­vail pro­voque le dépla­ce­ment com­pas­sion­nel du pré­sident et de deux ministres, pas moins ; où les autres acci­dents du tra­vail sur les chan­tiers, dans les usines ne dérangent que les proches des vic­times, pas plus ; où les ensei­gnants, jus­te­ment, ne valent pas un curé dans les valeurs d’un pré­sident… de la Répu­blique – j’en perds mon souffle et ma phrase exaspérée !

Réflexion sub­si­diaire 2. Ce gamin de gen­darme est d’abord un mal élevé. L’école a jus­te­ment mis­sion d’arranger ça: on lui confie des enfants, ils en font des élèves. Aux parents le… pos­sible, aux ensei­gnants la péda­go­gie. Aux gen­darmes les cri­mi­nels. Et aux jour­na­listes le dis­cer­ne­ment, par exemple.

Réflexion sub­si­diaire 3. Un gen­darme venant por­ter plainte pour une gifle au com­mis­sa­riat sco­laire, ça fait cocasse. On sup­po­sera que, bien sûr, l’agent de la maré­chaus­sée n’a jamais péché dans l’exercice de ses nobles fonctions.

1 Comment more...

  • Twitter — Gazouiller

  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • iceberg

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)
  • Archives

  • Catégories

  • ouah__la_poilade_-_
    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances
    (Ber­trand Russel)
  • Un récent et com­pli­qué chan­ge­ment de ser­veur a causé la perte de quelques « car­tons », en l’occurrence cer­taines images. Les reverra-t-on un jour ? Hmmm…

    1emmen
  • Copyright © 1996-2010 C’est pour dire. All rights reserved.
    iDream theme by Templates Next | Powered by WordPress