
© andré faber

J’apprends sa mort par le présentateur du Festival des cinq continents, hier à Marseille. Johnny Griffin, sax américain de Chicago, installé en France depuis une vingtaine d’années, dans la Vienne. On l’appelait «The Little Giant», pas si petit que ça par la taille, grand, certes par la musique : un son rond, chaud et aussi acide au besoin ; je me souviens d’un concert de lui à la Cité de la musique en 98 par là, à la Villette, avec ma fille ; impossible de retrouver le programme et la formation ; mais je revois son visage plein, ouvert ; et aussi son nom gravé dans le pavillon de son Selmer – je fantasme ou quoi ? Il avait 80 ans, avait eu le temps de fréquenter bien d’autres géants du jazz, dont Art Blakey, Lionel Hampton, John Coltrane. Ce soir, FIP en lui rendant hommage a eu la généreuse idée de passer un Round midnight de 58, avec Monk lui-même au piano. « C’est pour dire » le ressuscite pour 4 minutes…
Le gouvernement chinois a censuré jeudi le site Internet du quotidien Xin Jing Bao (Les Nouvelles de Pékin). Le journal papier avait publié une photo (reproduite ici, au risque de la censure chinoise…) montrant des jeunes blessés durant la répression du mouvement démocratique de la place Tiananmen en 1989. D’autres sanctions sont à craindre. Cette affaire illustre le raidissement du gouvernement chinois, tandis qu’attentats et pollution pèsent sur la tenue toute prochaine des JO.

(AP Photo/Liu Heung Shing)
Les médias chinois sont tenus de passer sous silence les fameux événements. Le quotidien a-t-il cru déjouer la censure en publiant la photo sans légende ?… pour illustrer l’interview de Liu Xiangcheng, un ancien photographe d’Associated Press, lauréat du prix Pulitzer en 1992 pour son travail sur la chute de l’Union soviétique. Ce qui n’a pas trompé l’œil des censeurs. Lesquels vont cependant devoir s’attaquer à internet où l’on retrouve l’image sacrilège, cette fois avec sa légende indiquant clairement que les jeunes gens ensanglantés, allongés à l’arrière d’un cyclopousse de transport, sont des victimes du 4 juin 1989.
Des exemplaires du journal-papier ont également été rappelés des kiosques, rapporte vendredi le quotidien hongkongais Ming Pao.
Selon Associated Press et l’AFP, Les Nouvelles de Pékin a la réputation d’être une voix libérale dans le paysage médiatique chinois, mais les raisons qui ont poussé le journal à publier cette photo restent obscures. Fin 2005, le titre avait fait l’objet d’une reprise en main par le département de la publicité (ex-propagande) du Parti communiste chinois. En juin 2007, plusieurs responsables d’un autre journal du sud-ouest de la Chine, le Chengdu Evening News, avaient été limogés après la parution d’une publicité qui rendait un hommage déguisé aux victimes de 1989.
La CRIIRAD (Commission de recherche et dinformation indépendantes sur la radioactivité) vient de publier un premier rapport sur les contaminations accidentelles qui ont touché, en moins de quinze jours, 126 travailleurs : contamination de 7 salariés d’entreprises extérieures le 11 juillet à la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine ; contamination de 4 salariés d’entreprises extérieures détectée le 12 juillet à la centrale nucléaire de Gravelines ; contamination de 15 salariés d’entreprises extérieures découverte le 18 juillet à la centrale nucléaire de Saint-Alban-Saint-Maurice ; contamination de 100 salariés qui intervenaient dans le bâtiment réacteur le 23 juillet à la centrale nucléaire du Tricastin.
Rapport téléchargeable sur le site de la CRIIRAD et également ici, contam-travailjuil08.1217080250.pdf en PDF (172 Ko).
On y trouve de fort intéressantes observations et données sur les pratiques notoirement déficients de l’exploitant dans les domaines de l’information – ce que nous avons souvent relevé ici –, ainsi que sur l’appréciation des niveaux de contamination et des risques.
« L’exploitant et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), lit-on dans le rapport de la CRIIRAD, sont revenus à leur communication habituelle : dès lors que les doses ou les rejets dans l’environnement sont inférieurs aux limites prescrites, l’absence de dépassement des limites réglementaires est mise en avant comme preuve d’innocuité ou d’absence d’impact.
« Lors du rejet de SOCATRI – qui a représenté plus de 17 fois la limite maximale annuelle ! – ni l’exploitant ni l’ASN n’ont fait la moindre référence ni à la limite, ni à son dépassement, les chiffres du rejet radioactif dans l’environnement étant même donnés en kilogramme alors que les limites réglementaires sont établies en becquerels, ce qui empêchait les non spécialistes de prendre conscience de l’importance de la fuite. »
Plus loin :
« EDF affirme que la contamination subie par les travailleurs n’a pas de conséquence sur leur santé.
« En employant le présent, elle rassure à bon compte les lecteurs peu attentifs. S’agissant d’expositions à de faibles doses de rayonnement, il n’y a en effet aucune manifestation clinique immédiate. La question n’est pas de savoir si la contamination a aujourd’hui des conséquences sur la santé des travailleurs concernés (la réponse est clairement non) mais si elle en aura à terme. Certes les niveaux de dose déclarés par EDF sont faibles et la probabilité de développer un cancer induit par cette exposition est également faible. Pour autant elle n’est pas nulle (d’autant qu’en matière de contamination interne, les évaluations de risque sont entachées de très nombreuses incertitudes).
[…] « L’irradiation peut ainsi transformer une cellule normale en cellule précancéreuse ou promouvoir un processus de cancérisation déjà à l’œuvre. Il est impossible de prévoir si une contamination sera à l’origine d’un cancer ou favorisera son développement. On ne peut qu’estimer la probabilité que cela arrive. Aux niveaux de doses mentionnées par EDF, cette probabilité reste faible (en tout cas selon les modèles et coefficients de risque officiels qui comportent de nombreuses zones d’ombre) mais elle n’est pas nulle. Affirmer qu’il n’y aura pas, à terme, d’impact sanitaire relève de la désinformation.
« Qu’EDF méconnaisse les effets des faibles doses de rayonnements ionisants et les principes de radioprotection est déjà choquant. Que l’Autorité de sûreté nucléaire – qui a en charge non seulement la sûreté mais également la radioprotection – tombe dans les mêmes travers est encore plus préoccupant. »
La CRIIRAD livre ensuite une série de conseils pratiques à destination des travailleurs concernés, en particulier les salariés des sous-traitants
notamment en direction de l’assurance maladie. Enfin, elle s’alarme des conditions de travail résultant de la diminution forcenée des durées d’arrêt et de maintenance des réacteurs. Arrêt dont le coût est estimé à un million d’euros par jour et par réacteur– EDF en exploite 58 en France !… Faut-il un dessin ?
Voilà que Laurent Joffrin, le patron de Libé, vole au secours de Val, celui de Charlie dans l’affaire du vidage de Siné. Comme on dit, c’est son droit. Mais il (Joffrin) vient de déchaîner une tempête qui secoue le Lbé-land, provoquant un raz-de-marée de 381 commentaires [en date du 26/7/08]. C’est la question de l’antisémitisme, encore, qui est au centre de ce « Rebond » (nom de la rubrique). Dans la version papier du journal, Joffrin avait écrit : « On choisit sa religion, on ne choisit pas sa race. L’islamisme est une religion devenue idéologie politique, soumise comme toutes les autres au feu de la critique et de la satire. Le fait d’être juif n’est pas un choix : attaquer les juifs en tant que juifs, comme le fait Siné, c’est la définition même du racisme. » Ah oui ? Quelle définition au fait ? La race du juif ? Si bien que Joffrin était amené à rectifier le tir dans le site de Libé. Par un post-scriptum aussi embarrassé qu’ambigu:
« Note de la rédaction : Plusieurs lecteurs ont été choqués par l’emploi du mot «race» dans le texte. Ce mot est mal choisi. Communauté ou origine sont plus justes. Ces termes sont utilisés dans la version du texte en ligne sur notre site. LJ » Mais le coup était parti. Un lapsus, linguæ ou calimi, de la langue ou de la plume, c’est toujours un lapsus : une matière à décoder.
Une perquisition a eu lieu le 11 juillet dans les locaux de la Socatri, filiale d’Areva où s’est produit une fuite de 74 kg d’uranium, dans la nuit du 7 au 8 juillet, sur le site nucléaire du Tricastin, à Pierrelatte dans la Drôme. Tout cela en raison d’une « anomalie », si l’on en croit toujours la qualification de l’Autorité de sûreté nucléaire…
L’information a été donnée ce jour par Le Parisien/Aujourd’hui en France et confirmée à l’agence Reuters par une source proche de la gendarmerie qui a précisé que la Socatri avait été perquisitionnée à deux reprises. Ces perquisitions ont été menées par des gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP), suite à une enquête ouverte par le parquet de Carpentras, qui, selon Reuters, a été saisi par l’Autorité de sûreté nucléaire après l’incident. Des associations écologistes ont aussi déposé plainte, ainsi qu’une habitante d’une commune proche de Bollène.
Aidés par les forces de l’ordre, les gendarmes de l’OCLAESP ont saisi des archives et de la documentation dans le bureau du directeur, selon Le Parisien/Aujourd’hui en France. Le quotidien explique que « les enquêteurs cherchent à savoir si la procédure légale a bien été respectée ou si des informations ont été dissimulées ». Le responsable du site doit en effet signaler le plus rapidement tout incident de nature à porter atteinte à la santé ou à l’environnement. Or, il est apparu que plusieurs heures (entre trois et une douzaine) se sont écoulées entre la découverte de la fuite et l’alerte des autorités locales, notamment de la préfecture.
Le journal précise que les enquêteurs se sont également rendus en début de semaine au siège de l’Autorité de sûreté nucléaire de Lyon (dont l’usine de Tricastin dépend) afin de se faire remettre des documents pour recouper les déclarations du directeur du site – qui a d’ailleurs été remplacé depuis.
Des mesures d’interdiction multiples concernant l’eau, la pêche, l’arrosage, l’agriculture, les baignades ont été prises dans les jours suivant l’accident qui, cependant, était classé de niveau 1 – « Anomalie » – par l’Autorité de sûreté nucléaire. Celle-ci a été sommée de revoir ce classement par plusieurs associations écologistes et la CRIIRAD. De son côté, Jacques Repussard, directeur général de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), dépendant des ministres de la Défense, de l’Environnement, de l’Industrie, de la Recherche et de la Santé, rappelait le 22 juillet sur France Inter qu’il « était courant que l’ASN soit amenée à reclasser un événement nucléaire ».
Cette question du classement ne doit pas être considérée comme formelle. D’abord, elle se doit de refléter autant que possible la réalité des situations anormales, très particulièrement dans ce domaine. Ensuite, comme rappelé hier dans nos commentaires, elle conditionne les actions ultérieures (qualification en accident du travail, par exemple) engagées par les différentes victimes des accidents nucléaires. C’est le cas, précisément, des travailleurs contaminés le 23 juillet dans le réacteur n°4 de la centrale du Tricastin, contamination dont l’exploitant, EDF, s’est empressé de minimiser les conséquences.
Rappelons au passage qu’Électricité de France est actuellement en passe de prendre le contrôle financier – à 15,7 milliards d’euros – du groupe d’énergie nucléaire britannique, British Energy. Avec, à la clé, le marché des futures centrales… C’est (pour) dire les enjeux et situer les pressions de communication dont les niveaux, à n’en pas douter, doivent pour le coup surpasser ceux de l’échelle Ines.
Alors là, chapeau bas, les palmipèdes ! Tout n’est-il pas dit en cinq mots de la sarkozie, de ses mœurs, de ses valets ?

L’usine du nucléaire du Tricastin, dans la Drôme, a connu mercredi 23 juillet, un nouvel incident. Hier matin donc, vers 9 h 30, une centaine de travailleurs d’EDF et d’entreprises sous-traitants ont élé contaminés par des poussières radioactives contenant notamment du cobalt 58. L’accident s’est produit lorsqu’un tuyau a été ouvert pendant des opérations de maintenance sur le réacteur n°4 de la centrale, située sur la commune de Saint-Paul-Trois-Châteaux.. Il s’agit du troisième incident nucléaire dans la région en moins de seize jours.
Sur l’ensemble des personnes examinées, 39 présentent des traces inférieures au seuil d’analyse et 61 « de faibles traces de radioéléments, inférieures au quarantième de la limite réglementaire », selon la direction de la centrale.
Pour le réseau Sortir du nucléaire, ce « nouvel événement grave (…) met en cause l’industrie nucléaire. » « Contrairement au discours officiel qui prétend que ces contaminations ne sont pas dangereuses », l’association rappelle que « dès 1990, la très officielle Commission Internationale de Radioprotection (CIPR) a admis que toute dose de rayonnement comporte un risque cancérigène et génétique ».
NB – L’ASN a classé l’événement au niveau… zéro ! À la prochaine occasion l’Autorité de sûreté nucléaire devra passer en zone négative…

Pour ceux qui auraient raté le début du films, voir ici-même :
Siné, Charlie Hebdo et la fabrique d’antisémitisme — - Blog LeMonde.fr
De « légères traces de contamination sans conséquence sur la santé » ont été constatées vendredi soir sur 15 salariés d’entreprises sous-traitantes ayant travaillé sur le site de la centrale nucléaire de Saint-Alban (Isère). L’annonce a été faite ce lundi 21 par EDF. Cet événement vient s’ajouter aux deux fuites d’uranium enregistrées sur des sites du groupe Areva, celui de FBFC à Romans-sur-Isère (Drôme) et Socatri au Tricastin (Vaucluse). à ceux qui ont affecté ces derniers jours les sites de Tricastin et de Romans. Le débat sur la sécurité nucléaire se trouve bel et bien relancé.
Que penser ? Que l’ « électricien » – cette fois il s’agit d’une des centrales d’Électricité de France – se dépêche lentement d’annoncer l’événement, sacrifiant à la religion de la sainte-Transparence. Il faut dire qu’il y avait le week-end entre la constatation des faits et leur annonce. Pourquoi ce délai ? Il n’aura pas été de trop pour accommoder la « com’ de crise », préparer un argumentaire média-compatible, limiter autant que possible l’effet « loi des séries » si chère aux journalistes. Bref minimiser l’affaire en « assumant », pour le peu que l’Autorité de sûreté nucléaire jouerait aussi le jeu. Ce qu’elle s’est empressée de faire en ne s’empressant pas d’invoquer, cette fois, la fameuse échelle Ines. « Surexposition, même minime, de 15 travailleurs »… ça va chercher quel échelon ? N’y pensons pas !
Dieu merci, ces manques de chance se produisent au beau milieu de l’été, en pleine insouciance estivale. Mais, sait-on jamais ?, le contexte vire à la crise rampante et les risques médiatiques ne sont pas négligeables. D’ailleurs ça jase beaucoup plus que prévu pour une banale « anomalie de niveau 1 »… Voyez ces blogs incontrôlables, et parfois fort crédibles et fréquentés…, comme « C’est pour dire » et ses plus de 8.000 visites en à peine deux jours (20 et 21 juillet)…
La question posée par ce nouvel événement est explicitement celle des « travailleurs extérieurs », salariés d’entreprises sous-traitantes chargés des opérations les plus dangereuses – la preuve – pour lesquelles EDF a choisi depuis longtemps de ne plus exposer ses propres salariés. Trop risqué et emmerdant, rapport aux syndicats et autres CHSCT (Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), sans parler des médecins du travail, cependant salariés d’EDF.
Donc, ces quinze mercenaires « intervenaient sur un chantier de maintenance, dans le cadre de la visite décennale en cours sur l’unité de production N°2 » (communiqué d’EDF). Ils travaillaient en zone nucléaire, là où l’on ne reste que quelques minutes, voire quelques secondes, le temps de serrer ou desserrer un boulon et de « prendre sa dose » annuelle. Mais, quand on a besoin de croûter et faire croûter les siens, on sera tenter de tricher avec les dosimètres. Et puis, le patron ne sera pas trop regardant non plus sur la fréquence d’intervention de ses salariés en zone dangereuse. Qui les contrôle, d’ailleurs ? – si contrôle il y a…
Des faits comme ceux de Saint-Alban/Saint-Maurice sont plutôt courants, sans faire le plus souvent l’objet de communication délibérée ou sans paraître dans les médias. Cette fois, à cause du « climat », EDF a dû parer à toute éventualité. L’électricien conclut l’affaire ainsi : « Les intervenants ont été orientés vers le service médical du site afin de procéder à des contrôles complémentaires. Les résultats de ces contrôles montrent des traces de contamination internes toutes inférieures au centième de la limite réglementaire. Au vu de ces résultats, le service médical n’a prescrit aucun suivi particulier, les personnes ont donc regagné normalement leur domicile à l’issue de leur journée de travail ».[…] « Une analyse technique approfondie est en cours pour identifier la cause de cette légère contamination ».
Ce soir sur France Inter (Le Téléphone sonne), Jacques Repussard, directeur général de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), dépendant des ministres de la Défense, de l’Environnement, de l’Industrie, de la Recherche et de la Santé, a déclaré que l’usine Socatri, filiale d’Areva où s’est produit la fuite d’uranium, n’employait pas de sous-traitants. Information démentie hier ici-même par le témoignage de « Florent » : « Je travaille pour l’entreprise sous-traitante de l’entreprise qui à décroché le projet de supervision responsable de la fuite à SOCATRI. Si vous m’avez suivi on est les sous-traitants des sous-traitants. » (Voir dans les commentaires à l’article « TRICASTIN. Rappel aux fondamentaux et au bon usage de l’échelle Ines »).
On ne peut pas tout connaître du Labyrinthe nucléaire. La transparence réerve bien des zones d’opacité.
Soit une (« grande ») réforme des institutions, avec des enjeux politiciens liés à l’hyperprésidence. Soit un « institut de sondage », autrement dit une officine à fabriquer de l’opinion sous couvert de la mesurer. Ici il s’agit de l’IFOP, Institut français d’opinion publique, entreprise de marketing international dont la PDG est Laurence Parisot, accessoirement présidente du Mouvement des entreprises de France (MEDEF)… Soit un hebdo, le Journal du dimanche (JDD), proprio Arnaud Lagardère, dit le « frère » de qui vous savez. Donc le JDD commande à l’IFOP et publie son sondage qui dit quoi ?
Voilà, selon l’agence Reuters :
« Les Français plébiscitent la réforme des institutions qui sera soumise lundi au Parlement réuni en Congrès à Versailles, selon un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche.
« Ils sont près de 90%, et même davantage chez les sympathisants du Parti socialiste, à juger favorablement diverses propositions comme l’obligation pour le gouvernement d’obtenir l’accord du Parlement pour prolonger une opération militaire au-delà de six mois ou la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux.
« Le recours facilité au référendum est approuvé par 86% des répondants et 90% des sympathisants du PS, la possibilité pour le Parlement de s’opposer à des propositions de nominations par 83% et 87% respectivement, et la limitation de l’utilisation de l’article 49.3 par 82% et 90%. » Etc.
Là dessus, une jeunette de France Inter, peut-être une stagiaire d’été (il faut bien débuter, la question n’est pas là), de sa voix haut-perchée et un rien scandalisée sans le dire, sort son petit édito du samedi matin en amalgamant ledit sondage et l’opposition affichée du PS. En substance : Tandis que le parti socialiste s’oppose toujours, etc. … les Français, de leur côté plébiscitent la réforme, etc. Voir la suite de la dépêche…
Et voilà ! La recette pour mitonner de l’idéologie dominante, ce n’est pas plus compliqué : un plan politique, un sondage, un support, des amplificateurs de masse. Et bien sûr quelques petites mains de petits mitrons (ou mitronnes), ce qui se trouve plus facilement en été ou en fin de semaine.
Au fait et à propos, on se demande bien pourquoi Vincent Bolloré – celui du yacht à Malte et des Falcon pour couple présidentiel, celui de Havas, de Direct-8, Direct-Soir, Médiamétrie, etc. – vient de se payer l’Institut de sondage CSA ?
Puisque c’est ainsi, je la sors « mon » échelle, celle au joli nom d’Ines (International Nuclear Event Scale) qui désigne la Richter du nucléaire. Cette échelle a valeur universelle pour mesurer la gravité d’un événement nucléaire. Gendarme du secteur, en France, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) s’y réfère. Un gendarme d’ailleurs très juge et partie, qui s’est montré bien indulgent pour ce qui est de l’accident de Tricastin en le classant d’« autorité » au niveau 1. C’est-à-dire au plus basique niveau de l’anomalie. Or, les propres critères de classification fournis par l’ASN montre qu’il y a eu « accident » à Tricastin (niveau 4) ou, à la limite, « incident grave » (niveau 3). Voyons le tableau de classification de l’ASN, extrait d’un document de deux pages téléchargeable ici (PDF, 80 Ko).

On voit donc que dans la colonne « Conséquences à l’extérieur du site », le niveau 4 indique « Rejet mineur : exposition du public de l’ordre des limites prescrites ». Au « mieux » des données fournies (rejet de 75 kg d’uranium, tout de même, et non plus 300 kg selon les chiffres avancés par le seul exploitant, la Socatri – qui donc contrôle ces données, qui les recoupe ?), la classification pourrait être au minimum de niveau de gravité 3…
Mais l’ASN a décrété 1. Et le chœur des répétiteurs d’entonner l’air du Un : l’ensemble des médias patentés et, en écho, le ministre Borloo ainsi que Mme Areva, Anne Lauvergeon – l’un et l’autre trop contents de s’appuyer sur cette béquille pour atténuer la gravité de la situation et claironner l’autre tube de circonstance, celui de la Transparence.
Il ne s’agit pas de jouer les alarmistes. Informer devrait suffire. On en est loin. Exemple avec Libération du jour [samedi 19] qui, malgré sa Une tapageuse et ses trois journalistes sur le coup, ne dégage aucune information de première main recoupant les données officielles : pas le moindre ingrédient de contre-enquête de terrain. Terrain trop contaminé pour les fantassins de l’info ? Ne serait-on pas mieux servi si l’accident avait eu lieu, mettons à la centrale bulgare de Kosloduy, plus à l’abri du redoutable lobbying hexagonal ?
Même la Criirad semble au ralenti : rien de neuf sur son site depuis le 11 juillet, seulement quelques apparitions feutrées de responsables à la télé…
Les Verts étant… au vert et Dominique Voynet en apnée (son blog s’arrête au 7 juillet), à part Sortir du nucléaire et Greenpeace, le boulevard paraît dégagé pour faire passer l’affaire Tricastin-Romans au chapitre courant des pertes et profits.