On n'est pas des moutons

Archive for juillet, 2008




Jazz. Johnny Griffin a remballé son sax

J’apprends sa mort par le pré­sen­ta­teur du Fes­ti­val des cinq conti­nents, hier à Mar­seille. Johnny Grif­fin, sax amé­ri­cain de Chi­cago, ins­tallé en France depuis une ving­taine d’années, dans la Vienne. On l’appelait «The Lit­tle Giant», pas si petit que ça par la taille, grand, certes par la musique : un son rond, chaud et aussi acide au besoin ; je me sou­viens d’un concert de lui à la Cité de la musique en 98 par là, à la Vil­lette, avec ma fille ; impos­sible de retrou­ver le pro­gramme et la for­ma­tion ; mais je revois son visage plein, ouvert ; et aussi son nom gravé dans le pavillon de son Sel­mer – je fan­tasme ou quoi ? Il avait 80 ans, avait eu le temps de fré­quen­ter bien d’autres géants du jazz, dont Art Bla­key, Lio­nel Hamp­ton, John Col­trane. Ce soir, FIP en lui ren­dant hom­mage a eu la géné­reuse idée de pas­ser un Round mid­night de 58, avec Monk lui-même au piano. « C’est pour dire » le res­sus­cite pour 4 minutes

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Les Nouvelles de Pékin censuré pour avoir publié une photo de Tiananmen

Le gou­ver­ne­ment chi­nois a cen­suré jeudi le site Inter­net du quo­ti­dien Xin Jing Bao (Les Nou­velles de Pékin). Le jour­nal papier avait publié une photo (repro­duite ici, au risque de la cen­sure chi­noise…) mon­trant des jeunes bles­sés durant la répres­sion du mou­ve­ment démo­cra­tique de la place Tia­nan­men en 1989. D’autres sanc­tions sont à craindre. Cette affaire illustre le rai­dis­se­ment du gou­ver­ne­ment chi­nois, tan­dis qu’attentats et pol­lu­tion pèsent sur la tenue toute pro­chaine des JO.

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(AP Photo/Liu Heung Shing)

Les médias chi­nois sont tenus de pas­ser sous silence les fameux évé­ne­ments. Le quo­ti­dien a-t-il cru déjouer la cen­sure en publiant la photo sans légende ?… pour illus­trer l’interview de Liu Xiang­cheng, un ancien pho­to­graphe d’Associated Press, lau­réat du prix Pulit­zer en 1992 pour son tra­vail sur la chute de l’Union sovié­tique. Ce qui n’a pas trompé l’œil des cen­seurs. Les­quels vont cepen­dant devoir s’attaquer à inter­net où l’on retrouve l’image sacri­lège, cette fois avec sa légende indi­quant clai­re­ment que les jeunes gens ensan­glan­tés, allon­gés à l’arrière d’un cyclo­pousse de trans­port, sont des vic­times du 4 juin 1989.

Des exem­plaires du journal-papier ont éga­le­ment été rap­pe­lés des kiosques, rap­porte ven­dredi le quo­ti­dien hong­kon­gais Ming Pao.

Selon Asso­cia­ted Press et l’AFP, Les Nou­velles de Pékin a la répu­ta­tion d’être une voix libé­rale dans le pay­sage média­tique chi­nois, mais les rai­sons qui ont poussé le jour­nal à publier cette photo res­tent obs­cures. Fin 2005, le titre avait fait l’objet d’une reprise en main par le dépar­te­ment de la publi­cité (ex-propagande) du Parti com­mu­niste chi­nois. En juin 2007, plu­sieurs res­pon­sables d’un autre jour­nal du sud-ouest de la Chine, le Chengdu Eve­ning News, avaient été limo­gés après la paru­tion d’une publi­cité qui ren­dait un hom­mage déguisé aux vic­times de 1989.


Protection des travailleurs du nucléaire. La CRIIRAD tire la sonnette d’alarme

La CRIIRAD (Com­mis­sion de recherche et din­for­ma­tion indé­pen­dantes sur la radio­ac­ti­vité) vient de publier un pre­mier rap­port sur les conta­mi­na­tions acci­den­telles qui ont tou­ché, en moins de quinze jours, 126 tra­vailleurs : conta­mi­na­tion de 7 sala­riés d’entreprises exté­rieures le 11 juillet à la cen­trale nucléaire de Nogent-sur-Seine ; conta­mi­na­tion de 4 sala­riés d’entreprises exté­rieures détec­tée le 12 juillet à la cen­trale nucléaire de Gra­ve­lines ; conta­mi­na­tion de 15 sala­riés d’entreprises exté­rieures décou­verte le 18 juillet à la cen­trale nucléaire de Saint-Alban-Saint-Maurice ; conta­mi­na­tion de 100 sala­riés qui inter­ve­naient dans le bâti­ment réac­teur le 23 juillet à la cen­trale nucléaire du Tricastin.

Rap­port télé­char­geable sur le site de la CRIIRAD et éga­le­ment ici, contam-travailjuil08.1217080250.pdf en PDF (172 Ko).

On y trouve de fort inté­res­santes obser­va­tions et don­nées sur les pra­tiques notoi­re­ment défi­cients de l’exploitant dans les domaines de l’information – ce que nous avons sou­vent relevé ici –, ainsi que sur l’appré­cia­tion des niveaux de conta­mi­na­tion et des risques.

« L’exploitant et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), lit-on dans le rap­port de la CRIIRAD, sont reve­nus à leur com­mu­ni­ca­tion habi­tuelle : dès lors que les doses ou les rejets dans l’environnement sont infé­rieurs aux limites pres­crites, l’absence de dépas­se­ment des limites régle­men­taires est mise en avant comme preuve d’innocuité ou d’absence d’impact.

« Lors du rejet de SOCATRI – qui a repré­senté plus de 17 fois la limite maxi­male annuelle ! – ni l’exploitant ni l’ASN n’ont fait la moindre réfé­rence ni à la limite, ni à son dépas­se­ment, les chiffres du rejet radio­ac­tif dans l’environnement étant même don­nés en kilo­gramme alors que les limites régle­men­taires sont éta­blies en bec­que­rels, ce qui empê­chait les non spé­cia­listes de prendre conscience de l’importance de la fuite. »

Plus loin :

« EDF affirme que la conta­mi­na­tion subie par les tra­vailleurs n’a pas de consé­quence sur leur santé.
« En employant le pré­sent, elle ras­sure à bon compte les lec­teurs peu atten­tifs. S’agissant d’expositions à de faibles doses de rayon­ne­ment, il n’y a en effet aucune mani­fes­ta­tion cli­nique immé­diate. La ques­tion n’est pas de savoir si la conta­mi­na­tion a aujourd’hui des consé­quences sur la santé des tra­vailleurs concer­nés (la réponse est clai­re­ment non) mais si elle en aura à terme. Certes les niveaux de dose décla­rés par EDF sont faibles et la pro­ba­bi­lité de déve­lop­per un can­cer induit par cette expo­si­tion est éga­le­ment faible. Pour autant elle n’est pas nulle (d’autant qu’en matière de conta­mi­na­tion interne, les éva­lua­tions de risque sont enta­chées de très nom­breuses incertitudes).

[…] « L’irradiation peut ainsi trans­for­mer une cel­lule nor­male en cel­lule pré­can­cé­reuse ou pro­mou­voir un pro­ces­sus de can­cé­ri­sa­tion déjà à l’œuvre. Il est impos­sible de pré­voir si une conta­mi­na­tion sera à l’origine d’un can­cer ou favo­ri­sera son déve­lop­pe­ment. On ne peut qu’estimer la pro­ba­bi­lité que cela arrive. Aux niveaux de doses men­tion­nées par EDF, cette pro­ba­bi­lité reste faible (en tout cas selon les modèles et coef­fi­cients de risque offi­ciels qui com­portent de nom­breuses zones d’ombre) mais elle n’est pas nulle. Affir­mer qu’il n’y aura pas, à terme, d’impact sani­taire relève de la désinformation.

« Qu’EDF mécon­naisse les effets des faibles doses de rayon­ne­ments ioni­sants et les prin­cipes de radio­pro­tec­tion est déjà cho­quant. Que l’Autorité de sûreté nucléaire – qui a en charge non seule­ment la sûreté mais éga­le­ment la radio­pro­tec­tion – tombe dans les mêmes tra­vers est encore plus préoccupant. »

La CRIIRAD livre ensuite une série de conseils pra­tiques à des­ti­na­tion des tra­vailleurs concer­nés, en par­ti­cu­lier les sala­riés des sous-traitants
notam­ment en direc­tion de l’assurance mala­die. Enfin, elle s’alarme des condi­tions de tra­vail résul­tant de la dimi­nu­tion for­ce­née des durées d’arrêt et de main­te­nance des réac­teurs. Arrêt dont le coût est estimé à un mil­lion d’euros par jour et par réac­teur– EDF en exploite 58 en France !… Faut-il un dessin ?


Libération/Siné. De la race de Joffrin

Voilà que Laurent Jof­frin, le patron de Libé, vole au secours de Val, celui de Char­lie dans l’affaire du vidage de Siné. Comme on dit, c’est son droit. Mais il (Jof­frin) vient de déchaî­ner une tem­pête qui secoue le Lbé-land, pro­vo­quant un raz-de-marée de 381 com­men­taires [en date du 26/7/08]. C’est la ques­tion de l’antisémitisme, encore, qui est au centre de ce « Rebond » (nom de la rubrique). Dans la ver­sion papier du jour­nal, Jof­frin avait écrit : « On choi­sit sa reli­gion, on ne choi­sit pas sa race. L’islamisme est une reli­gion deve­nue idéo­lo­gie poli­tique, sou­mise comme toutes les autres au feu de la cri­tique et de la satire. Le fait d’être juif n’est pas un choix : atta­quer les juifs en tant que juifs, comme le fait Siné, c’est la défi­ni­tion même du racisme. » Ah oui ? Quelle défi­ni­tion au fait ? La race du juif ? Si bien que Jof­frin était amené à rec­ti­fier le tir dans le site de Libé. Par un post-scriptum aussi embar­rassé qu’ambigu:
« Note de la rédac­tion : Plu­sieurs lec­teurs ont été cho­qués par l’emploi du mot «race» dans le texte. Ce mot est mal choisi. Com­mu­nauté ou ori­gine sont plus justes. Ces termes sont uti­li­sés dans la ver­sion du texte en ligne sur notre site. LJ » Mais le coup était parti. Un lap­sus, lin­guæ ou calimi, de la langue ou de la plume, c’est tou­jours un lap­sus : une matière à décoder.


Tricastin : l’usine nucléaire Socatri a été perquisitionnée

Une per­qui­si­tion a eu lieu le 11 juillet dans les locaux de la Soca­tri, filiale d’Areva où s’est pro­duit une fuite de 74 kg d’uranium, dans la nuit du 7 au 8 juillet, sur le site nucléaire du Tri­cas­tin, à Pier­re­latte dans la Drôme. Tout cela en rai­son d’une « ano­ma­lie », si l’on en croit tou­jours la qua­li­fi­ca­tion de l’Autorité de sûreté nucléaire…

L’information a été don­née ce jour par Le Parisien/Aujourd’hui en France et confir­mée à l’agence Reu­ters par une source proche de la gen­dar­me­rie qui a pré­cisé que la Soca­tri avait été per­qui­si­tion­née à deux reprises. Ces per­qui­si­tions ont été menées par des gen­darmes de l’Office cen­tral de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP), suite à une enquête ouverte par le par­quet de Car­pen­tras, qui, selon Reu­ters, a été saisi par l’Autorité de sûreté nucléaire après l’incident. Des asso­cia­tions éco­lo­gistes ont aussi déposé plainte, ainsi qu’une habi­tante d’une com­mune proche de Bollène.

Aidés par les forces de l’ordre, les gen­darmes de l’OCLAESP ont saisi des archives et de la docu­men­ta­tion dans le bureau du direc­teur, selon Le Parisien/Aujourd’hui en France. Le quo­ti­dien explique que « les enquê­teurs cherchent à savoir si la pro­cé­dure légale a bien été res­pec­tée ou si des infor­ma­tions ont été dis­si­mu­lées ». Le res­pon­sable du site doit en effet signa­ler le plus rapi­de­ment tout inci­dent de nature à por­ter atteinte à la santé ou à l’environnement. Or, il est apparu que plu­sieurs heures (entre trois et une dou­zaine) se sont écou­lées entre la décou­verte de la fuite et l’alerte des auto­ri­tés locales, notam­ment de la préfecture.

Le jour­nal pré­cise que les enquê­teurs se sont éga­le­ment ren­dus en début de semaine au siège de l’Autorité de sûreté nucléaire de Lyon (dont l’usine de Tri­cas­tin dépend) afin de se faire remettre des docu­ments pour recou­per les décla­ra­tions du direc­teur du site – qui a d’ailleurs été rem­placé depuis.

Des mesures d’interdiction mul­tiples concer­nant l’eau, la pêche, l’arrosage, l’agriculture, les bai­gnades ont été prises dans les jours sui­vant l’accident qui, cepen­dant, était classé de niveau 1 – « Ano­ma­lie » – par l’Autorité de sûreté nucléaire. Celle-ci a été som­mée de revoir ce clas­se­ment par plu­sieurs asso­cia­tions éco­lo­gistes et la CRIIRAD. De son côté, Jacques Repus­sard, direc­teur géné­ral de l’IRSN (Ins­ti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûreté nucléaire), dépen­dant des ministres de la Défense, de l’Environnement, de l’Industrie, de la Recherche et de la Santé, rap­pe­lait le 22 juillet sur France Inter qu’il « était cou­rant que l’ASN soit ame­née à reclas­ser un évé­ne­ment nucléaire ».

Cette ques­tion du clas­se­ment ne doit pas être consi­dé­rée comme for­melle. D’abord, elle se doit de reflé­ter autant que pos­sible la réa­lité des situa­tions anor­males, très par­ti­cu­liè­re­ment dans ce domaine. Ensuite, comme rap­pelé hier dans nos com­men­taires, elle condi­tionne les actions ulté­rieures (qua­li­fi­ca­tion en acci­dent du tra­vail, par exemple) enga­gées par les dif­fé­rentes vic­times des acci­dents nucléaires. C’est le cas, pré­ci­sé­ment, des tra­vailleurs conta­mi­nés le 23 juillet dans le réac­teur n°4 de la cen­trale du Tri­cas­tin, conta­mi­na­tion dont l’exploitant, EDF, s’est empressé de mini­mi­ser les conséquences.

Rap­pe­lons au pas­sage qu’Électricité de France est actuel­le­ment en passe de prendre le contrôle finan­cier – à 15,7 mil­liards d’euros – du groupe d’énergie nucléaire bri­tan­nique, Bri­tish Energy. Avec, à la clé, le mar­ché des futures cen­trales… C’est (pour) dire les enjeux et situer les pres­sions de com­mu­ni­ca­tion dont les niveaux, à n’en pas dou­ter, doivent pour le coup sur­pas­ser ceux de l’échelle Ines.


Le jackpot du titre remporté par “Le Canard”

Alors là, cha­peau bas, les pal­mi­pèdes ! Tout n’est-il pas dit en cinq mots de la sar­ko­zie, de ses mœurs, de ses valets ?

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Encore un incident nucléaire au Tricastin : cent personnes contaminées !

L’usine du nucléaire du Tri­cas­tin, dans la Drôme, a connu mer­credi 23 juillet, un nou­vel inci­dent. Hier matin donc, vers 9 h 30, une cen­taine de tra­vailleurs d’EDF et d’entreprises sous-traitants ont élé conta­mi­nés par des pous­sières radio­ac­tives conte­nant notam­ment du cobalt 58. L’accident s’est pro­duit lorsqu’un tuyau a été ouvert pen­dant des opé­ra­tions de main­te­nance sur le réac­teur n°4 de la cen­trale, située sur la com­mune de Saint-Paul-Trois-Châteaux.. Il s’agit du troi­sième inci­dent nucléaire dans la région en moins de seize jours.

Sur l’ensemble des per­sonnes exa­mi­nées, 39 pré­sentent des traces infé­rieures au seuil d’analyse et 61 « de faibles traces de radio­élé­ments, infé­rieures au qua­ran­tième de la limite régle­men­taire », selon la direc­tion de la centrale.

Pour le réseau Sor­tir du nucléaire, ce « nou­vel évé­ne­ment grave (…) met en cause l’industrie nucléaire. » « Contrai­re­ment au dis­cours offi­ciel qui pré­tend que ces conta­mi­na­tions ne sont pas dan­ge­reuses », l’association rap­pelle que « dès 1990, la très offi­cielle Com­mis­sion Inter­na­tio­nale de Radio­pro­tec­tion (CIPR) a admis que toute dose de rayon­ne­ment com­porte un risque can­cé­ri­gène et génétique ».

NB – L’ASN a classé l’événement au niveau… zéro ! À la pro­chaine occa­sion l’Autorité de sûreté nucléaire devra pas­ser en zone néga­tive…




TRICASTIN / ROMANS / SAINT-ALBAN : opacité dans la «transparence»

De « légères traces de conta­mi­na­tion sans consé­quence sur la santé » ont été consta­tées ven­dredi soir sur 15 sala­riés d’entreprises sous-traitantes ayant tra­vaillé sur le site de la cen­trale nucléaire de Saint-Alban (Isère). L’annonce a été faite ce lundi 21 par EDF. Cet évé­ne­ment vient s’ajouter aux deux fuites d’uranium enre­gis­trées sur des sites du groupe Areva, celui de FBFC à Romans-sur-Isère (Drôme) et Soca­tri au Tri­cas­tin (Vau­cluse). à ceux qui ont affecté ces der­niers jours les sites de Tri­cas­tin et de Romans. Le débat sur la sécu­rité nucléaire se trouve bel et bien relancé.

Que pen­ser ? Que l’ « élec­tri­cien » – cette fois il s’agit d’une des cen­trales d’Électricité de France – se dépêche len­te­ment d’annoncer l’événement, sacri­fiant à la reli­gion de la sainte-Transparence. Il faut dire qu’il y avait le week-end entre la consta­ta­tion des faits et leur annonce. Pour­quoi ce délai ? Il n’aura pas été de trop pour accom­mo­der la « com’ de crise », pré­pa­rer un argu­men­taire média-compatible, limi­ter autant que pos­sible l’effet « loi des séries » si chère aux jour­na­listes. Bref mini­mi­ser l’affaire en « assu­mant », pour le peu que l’Autorité de sûreté nucléaire joue­rait aussi le jeu. Ce qu’elle s’est empres­sée de faire en ne s’empressant pas d’invoquer, cette fois, la fameuse échelle Ines. « Sur­ex­po­si­tion, même minime, de 15 tra­vailleurs »… ça va cher­cher quel éche­lon ? N’y pen­sons pas !

Dieu merci, ces manques de chance se pro­duisent au beau milieu de l’été, en pleine insou­ciance esti­vale. Mais, sait-on jamais ?, le contexte vire à la crise ram­pante et les risques média­tiques ne sont pas négli­geables. D’ailleurs ça jase beau­coup plus que prévu pour une banale « ano­ma­lie de niveau 1 »… Voyez ces blogs incon­trô­lables, et par­fois fort cré­dibles et fré­quen­tés…, comme « C’est pour dire » et ses plus de 8.000 visites en à peine deux jours (20 et 21 juillet)…

La ques­tion posée par ce nou­vel évé­ne­ment est expli­ci­te­ment celle des « tra­vailleurs exté­rieurs », sala­riés d’entreprises sous-traitantes char­gés des opé­ra­tions les plus dan­ge­reuses – la preuve – pour les­quelles EDF a choisi depuis long­temps de ne plus expo­ser ses propres sala­riés. Trop ris­qué et emmer­dant, rap­port aux syn­di­cats et autres CHSCT (Comi­tés d’hygiène, de sécu­rité et des condi­tions de tra­vail), sans par­ler des méde­cins du tra­vail, cepen­dant sala­riés d’EDF.

Donc, ces quinze mer­ce­naires « inter­ve­naient sur un chan­tier de main­te­nance, dans le cadre de la visite décen­nale en cours sur l’unité de pro­duc­tion N°2 » (com­mu­ni­qué d’EDF). Ils tra­vaillaient en zone nucléaire, là où l’on ne reste que quelques minutes, voire quelques secondes, le temps de ser­rer ou des­ser­rer un bou­lon et de « prendre sa dose » annuelle. Mais, quand on a besoin de croû­ter et faire croû­ter les siens, on sera ten­ter de tri­cher avec les dosi­mètres. Et puis, le patron ne sera pas trop regar­dant non plus sur la fré­quence d’intervention de ses sala­riés en zone dan­ge­reuse. Qui les contrôle, d’ailleurs ? – si contrôle il y a…

Des faits comme ceux de Saint-Alban/Saint-Maurice sont plu­tôt cou­rants, sans faire le plus sou­vent l’objet de com­mu­ni­ca­tion déli­bé­rée ou sans paraître dans les médias. Cette fois, à cause du « cli­mat », EDF a dû parer à toute éven­tua­lité. L’électricien conclut l’affaire ainsi : « Les inter­ve­nants ont été orien­tés vers le ser­vice médi­cal du site afin de pro­cé­der à des contrôles com­plé­men­taires. Les résul­tats de ces contrôles montrent des traces de conta­mi­na­tion internes toutes infé­rieures au cen­tième de la limite régle­men­taire. Au vu de ces résul­tats, le ser­vice médi­cal n’a pres­crit aucun suivi par­ti­cu­lier, les per­sonnes ont donc rega­gné nor­ma­le­ment leur domi­cile à l’issue de leur jour­née de tra­vail ».[…] « Une ana­lyse tech­nique appro­fon­die est en cours pour iden­ti­fier la cause de cette légère contamination ».

Ce soir sur France Inter (Le Télé­phone sonne), Jacques Repus­sard, direc­teur géné­ral de l’IRSN (Ins­ti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûreté nucléaire), dépen­dant des ministres de la Défense, de l’Environnement, de l’Industrie, de la Recherche et de la Santé, a déclaré que l’usine Soca­tri, filiale d’Areva où s’est pro­duit la fuite d’uranium, n’employait pas de sous-traitants. Infor­ma­tion démen­tie hier ici-même par le témoi­gnage de « Florent » : « Je tra­vaille pour l’entreprise sous-traitante de l’entreprise qui à décro­ché le pro­jet de super­vi­sion res­pon­sable de la fuite à SOCATRI. Si vous m’avez suivi on est les sous-traitants des sous-traitants. » (Voir dans les com­men­taires à l’article « TRICASTIN. Rap­pel aux fon­da­men­taux et au bon usage de l’échelle Ines »).

On ne peut pas tout connaître du Laby­rinthe nucléaire. La trans­pa­rence réerve bien des zones d’opacité.


Recette de cuisine politicienne avec petits mitrons de journaleux

Soit une (« grande ») réforme des ins­ti­tu­tions, avec des enjeux poli­ti­ciens liés à l’hyperprésidence. Soit un « ins­ti­tut de son­dage », autre­ment dit une offi­cine à fabri­quer de l’opinion sous cou­vert de la mesu­rer. Ici il s’agit de l’IFOP, Ins­ti­tut fran­çais d’opinion publique, entre­prise de mar­ke­ting inter­na­tio­nal dont la PDG est Lau­rence Pari­sot, acces­soi­re­ment pré­si­dente du Mou­ve­ment des entre­prises de France (MEDEF)… Soit un hebdo, le Jour­nal du dimanche (JDD), pro­prio Arnaud Lagar­dère, dit le « frère » de qui vous savez. Donc le JDD com­mande à l’IFOP et publie son son­dage qui dit quoi ?

Voilà, selon l’agence Reuters :

« Les Fran­çais plé­bis­citent la réforme des ins­ti­tu­tions qui sera sou­mise lundi au Par­le­ment réuni en Congrès à Ver­sailles, selon un son­dage Ifop pour le Jour­nal du Dimanche.

« Ils sont près de 90%, et même davan­tage chez les sym­pa­thi­sants du Parti socia­liste, à juger favo­ra­ble­ment diverses pro­po­si­tions comme l’obligation pour le gou­ver­ne­ment d’obtenir l’accord du Par­le­ment pour pro­lon­ger une opé­ra­tion mili­taire au-delà de six mois ou la limi­ta­tion du nombre de man­dats pré­si­den­tiels à deux.

« Le recours faci­lité au réfé­ren­dum est approuvé par 86% des répon­dants et 90% des sym­pa­thi­sants du PS, la pos­si­bi­lité pour le Par­le­ment de s’opposer à des pro­po­si­tions de nomi­na­tions par 83% et 87% res­pec­ti­ve­ment, et la limi­ta­tion de l’utilisation de l’article 49.3 par 82% et 90%. » Etc.

Là des­sus, une jeu­nette de France Inter, peut-être une sta­giaire d’été (il faut bien débu­ter, la ques­tion n’est pas là), de sa voix haut-perchée et un rien scan­da­li­sée sans le dire, sort son petit édito du samedi matin en amal­ga­mant ledit son­dage et l’opposition affi­chée du PS. En sub­stance : Tan­dis que le parti socia­liste s’oppose tou­jours, etc. … les Fran­çais, de leur côté plé­bis­citent la réforme, etc. Voir la suite de la dépêche…

Et voilà ! La recette pour miton­ner de l’idéologie domi­nante, ce n’est pas plus com­pli­qué : un plan poli­tique, un son­dage, un sup­port, des ampli­fi­ca­teurs de masse. Et bien sûr quelques petites mains de petits mitrons (ou mitronnes), ce qui se trouve plus faci­le­ment en été ou en fin de semaine.

Au fait et à pro­pos, on se demande bien pour­quoi Vincent Bol­loré – celui du yacht à Malte et des Fal­con pour couple pré­si­den­tiel, celui de Havas, de Direct-8, Direct-Soir, Média­mé­trie, etc. – vient de se payer l’Institut de son­dage CSA ?

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TRICASTIN. Rappel aux fondamentaux et au bon usage de l’échelle Ines

Puisque c’est ainsi, je la sors « mon » échelle, celle au joli nom d’Ines (Inter­na­tio­nal Nuclear Event Scale) qui désigne la Rich­ter du nucléaire. Cette échelle a valeur uni­ver­selle pour mesu­rer la gra­vité d’un évé­ne­ment nucléaire. Gen­darme du sec­teur, en France, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) s’y réfère. Un gen­darme d’ailleurs très juge et par­tie, qui s’est mon­tré bien indul­gent pour ce qui est de l’accident de Tri­cas­tin en le clas­sant d’« auto­rité » au niveau 1. C’est-à-dire au plus basique niveau de l’anomalie. Or, les propres cri­tères de clas­si­fi­ca­tion four­nis par l’ASN montre qu’il y a eu « acci­dent » à Tri­cas­tin (niveau 4) ou, à la limite, « inci­dent grave » (niveau 3). Voyons le tableau de clas­si­fi­ca­tion de l’ASN, extrait d’un docu­ment de deux pages télé­char­geable ici (PDF, 80 Ko).

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Docu­ment de l’ASN (clic droit pour agrandir)

On voit donc que dans la colonne « Consé­quences à l’extérieur du site », le niveau 4 indique « Rejet mineur : expo­si­tion du public de l’ordre des limites pres­crites ». Au « mieux » des don­nées four­nies (rejet de 75 kg d’uranium, tout de même, et non plus 300 kg selon les chiffres avan­cés par le seul exploi­tant, la Soca­tri – qui donc contrôle ces don­nées, qui les recoupe ?), la clas­si­fi­ca­tion pour­rait être au mini­mum de niveau de gra­vité 3…

Mais l’ASN a décrété 1. Et le chœur des répé­ti­teurs d’entonner l’air du Un : l’ensemble des médias paten­tés et, en écho, le ministre Bor­loo ainsi que Mme Areva, Anne Lau­ver­geon – l’un et l’autre trop contents de s’appuyer sur cette béquille pour atté­nuer la gra­vité de la situa­tion et clai­ron­ner l’autre tube de cir­cons­tance, celui de la Transparence.

Il ne s’agit pas de jouer les alar­mistes. Infor­mer devrait suf­fire. On en est loin. Exemple avec Libé­ra­tion du jour [samedi 19] qui, mal­gré sa Une tapa­geuse et ses trois jour­na­listes sur le coup, ne dégage aucune infor­ma­tion de pre­mière main recou­pant les don­nées offi­cielles : pas le moindre ingré­dient de contre-enquête de ter­rain. Ter­rain trop conta­miné pour les fan­tas­sins de l’info ? Ne serait-on pas mieux servi si l’accident avait eu lieu, met­tons à la cen­trale bul­gare de Kos­lo­duy, plus à l’abri du redou­table lob­bying hexagonal ?

Même la Crii­rad semble au ralenti : rien de neuf sur son site depuis le 11 juillet, seule­ment quelques appa­ri­tions feu­trées de res­pon­sables à la télé…

Les Verts étant… au vert et Domi­nique Voy­net en apnée (son blog s’arrête au 7 juillet), à part Sor­tir du nucléaire et Green­peace, le bou­le­vard paraît dégagé pour faire pas­ser l’affaire Tricastin-Romans au cha­pitre cou­rant des pertes et profits.


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  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • iceberg

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)
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  • ouah__la_poilade_-_
    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances
    (Ber­trand Russel)
  • Un récent et com­pli­qué chan­ge­ment de ser­veur a causé la perte de quelques « car­tons », en l’occurrence cer­taines images. Les reverra-t-on un jour ? Hmmm…

    1emmen
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