On n'est pas des moutons

Archive for août, 2008

Jeu de pub à la con

Soit une pub qui vous prend pour un con (pléo­nasme). Ici extraite de « lemonde.fr », site du quo­ti­dien référentiel…

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Conne­ment, vous vous exécutez :

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Et bingo, ça pleut des gon­zesses et vous v’là dans la bande du G8 !

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Il aurait vrai­ment fallu être con pour rater ça, non ? 

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Les vacances de M. L’Homme. 5) Bilan

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© andré faber

»> Ne sur­tout pas man­quer ci-dessous les épi­sodes 1 , 2 , 3 , 4


Siné Hebdo va « chier dans la colle »

20080827sinehebdo.1219866710.jpgViré de Char­lie Hebdo sous pré­texte d” « anti­sé­mi­tisme », Siné lance Siné Hebdo, à paraître chaque mer­credi dès le 10 septembre.

Ligne édi­to­riale on ne sau­rait moins langue de bois  : « […] un canard qui ne res­pec­tera rien, n’aura aucun tabou, qui chiera tran­quille­ment dans la colle des bégo­nias sans se sou­cier des foudres et des ini­mi­tiés de tous les emmerdeurs !

« Comp­tez sur moi, vous n’avez pas misé sur un bour­rin… Vous n’allez pas être déçus ! Siné Hebdo va débou­ler et ça va décoif­fer ! Atten­tion les yeux ! »



Post scriptum sur le « reporter » BHL en Géorgie

À la ques­tion écrite de Rue89 : « Vous avez pris un jet privé de la com­pa­gnie Darta. Qui a payé cette loca­tion ? », BHL répond : « Cela ne vous regarde pas.»

Si, ça me regarde, et bien en face. Cela me regarde comme qui­conque pose la ques­tion du « De où parles-tu ? » De qui es-tu l’agent rému­néré ? Des USA, d’Israël, de tes propres deniers, de ta for­tune per­son­nelle, du Monde (en tant que co-administrateur), de Libé (dont tu es action­naire), de tout cela un peu et dans quelles pro­por­tions ? Et cela ne nous regar­de­rait pas ?

Autre réponse inté­res­sante à Rue89, celle d’Alain Fra­chon, direc­teur de la rédac­tion du Monde, sur les condi­tions de publi­ca­tion du témoi­gnage de Bernard-Henri Lévy :

« Nous avons reçu le témoi­gnage de Bernard-Henri Lévy par mail — comme c’est en géné­ral le cas pour les témoi­gnages d’écrivains que nous publions à inter­valles régu­liers. Dans une rédac­tion habi­tuée à la publi­ca­tion de témoi­gnages pro­ve­nant d’écrivains aux sen­si­bi­li­tés les plus diverses, ce texte-là n’a pas sus­cité d’émoi particulier. »

C’est sur l’air blasé de « On en voit tel­le­ment d’autres ! » que répond ce patron de rédac­tion. Édi­fiant.

Sur l’égo encore de notre Tin­tin au Cau­case
. Ce pas­sage où le modeste per­son­nage donne une leçon de géo­po­li­tique redy­na­mi­sante à ce pauvre pré­sident Saa­ka­sh­vili qu’il appelle par son petit nom, Micha :

– Rue89 : Confirmez-vous cette phrase de l’article de Gilles Hert­zog dans VSD : « Bernard-Henri Lévy tente de leur remon­ter le moral. Pour­quoi ne pas inci­ter les pays de l’Otan qui ont appuyé la demande de la Géor­gie à se pro­non­cer solen­nel­le­ment ? Pour­quoi ne pas tenir vos conseils des ministres dans une ville mena­cée ? Saa­ka­ch­vili retrouve un ins­tant le sou­rire. ‘Très bonnes idées!’, lance-t-il. » ?

BHL : J’ai pro­posé ces deux idées. L’avenir dira si Saa­ka­ch­vili les a trou­vées « bonnes ».

Plu­sieurs bou­quins se sont déjà char­gés du per­son­nage. Entre autres, Nico­las Beau et Oli­vier Tos­cer (« Une Impos­ture Fran­çaise », Les Arènes), ont éplu­ché sa bio, ses comptes d’héritier d’une for­tune accu­mu­lée dans l’exploitation de la forêt afri­caine… Éga­le­ment Richard Labé­vière, jour­na­liste à Radio France Inter­na­tio­nale (RFI), et Bruno Jean­mart, pro­fes­seur de phi­lo­so­phie et psy­cha­na­lyste, avec leur « Bernard-Henri Lévy ou la règle du Je » (Le Temps des Cerises). Les auteurs pré­sentent BHL comme un « ser­vi­teur de l’empire amé­ri­cain et du libé­ra­lisme mon­dia­lisé, ego média­tique vide et surdimensionné ».

On relè­vera que Richard Labé­vière vient d’être bru­ta­le­ment licen­cié de RFI en plein mois d’août sous un pré­texte spé­cieux: avoir inter­viewé le pré­sident syrien Bachar al-Assad quelques jours avant sa venue à Paris pour le 14-Juillet. Comme s’il s’agissait d’une faute pro­fes­sion­nelle… Son regard cri­tique vis-à-vis des poli­tiques israé­lienne et occi­den­tale au Proche et au Moyen-Orient pour­rait être la vraie rai­son cachée de cette mise à l’écart pas­sée presque inaperçue.

William Cas­tel écri­vait samedi sur Ago­ra­vox : « Labé­vière note que sa mise au pas inter­vient au moment où Chris­tine Ockrent, épouse du ministre des Affaires étran­gères Ber­nard Kouch­ner, et Alain Pou­zil­hac prennent la tête de l’Audiovisuel exté­rieur de la France (RFI, TV5 Monde et France 24). Coïncidence ?

« Il s’agirait, ni plus ni moins, selon lui, d’imposer une lec­ture néo­con­ser­va­trice, amé­ri­caine ou israé­lienne, des crises proche-orientales. Avoir une lec­ture pro-palestinienne ou pro-arabe ne serait aujourd’hui plus permis.

« Retour du délit d’opinion ? Main­mise d’une pen­sée unique ? Ter­ro­risme intel­lec­tuel ? Richard Labé­vière va jusqu’à par­ler d’orwellisation de la presse fran­çaise, publique et privée. »

Une péti­tion de sou­tien a été lancée.

Inter­view ci-dessous de Richard Labé­vière

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La vue trouble, troublante et révélatrice du « reporter » BHL en Géorgie

On le sait, Bernard-Henri Lévy a des convic­tions. Des convic­tions arrê­tées. Au point d’avoir à plier les faits à celles-ci. Démarche de croisé, pas de jour­na­liste. Or, l’ « essayiste-philosophe » se targue volon­tiers de pra­ti­quer le métier d’informateur. Ce qui n’est pas inter­dit, et ne devrait l’être à qui­conque res­pecte les règles pro­fes­sion­nelles : rigueur dans la col­lecte des faits, recou­pe­ments auprès de sources avé­rées et mul­tiples. Cela peut paraître peu de choses, au fond. Mais n’en revient pas moins à hono­rer une pra­tique fort dif­fi­cile, exi­geante et méri­toire : celle du « pen­ser contre soi-même » chère à Charles Péguy qui l’étendait à tout le champ de l’honnêteté intellectuelle.

Voilà donc que notre « BHL », dans un élan d’indignation qu’on ne sau­rait a priori lui repro­cher, se pique d’aller, sur place, véri­fier ses appré­hen­sions sur le front russo-géorgien. « Véri­fier » n’est d’ailleurs pas le mot conve­nable, s’agissant, on va le voir, de plu­tôt confor­ter ses pos­tu­lats. Pour cela, rien de plus simple. Dès lors, du moins, que l’on a les moyens d’affréter un jet privé, d’y emme­ner trois com­pères plus un garde du corps (se faire entar­ter à Tbi­lissi…), d’obtenir par avance les ser­vices d’un tra­duc­teur local fourni par les auto­ri­tés géor­giennes et la réser­va­tion de chambres au Mar­riott, le cinq étoiles de Tbi­lissi. Ah oui, non sans avoir réservé deux pages dans Le Monde, où celui-ci – nous y voilà – publia le pré­cieux « témoi­gnage ». Condi­tions sommes toutes ordi­naires… J’ironise pour ne pas explo­ser de rage, quand je sais les condi­tions ren­con­trées par la plu­part des jour­na­listes non vedet­ta­ri­sés… J’invoque « mon vieux pote » Rys­zard Kapus­cinski, repor­ter « polak », hébergé le plus sou­vent chez l’habitant, refu­sant les palaces par prin­cipe pro­fes­sion­nel. Mais bref, Le Monde publie le 20 août les « choses vues », avec appel à la une, c’est bien le moins.

C’est une sorte de cou­tume, que dis-je ? un « must », pour le quo­ti­dien du soir que de s’offrir (à quel prix, au fait ?) une « plume » de cette qua­lité… média­tique. Je ne vou­drais don­ner dans le déma­go­gique, mais je puis m’empêcher de rele­ver la coïn­ci­dence entre cette pra­tique de « pres­tige » et la liste publiée par Marianne des plus de cin­quante jour­na­listes quit­tant le jour­nal – de quoi consti­tuer une rédac­tion com­plète ! Et que dire des errances édi­to­riales du jour­nal et de son site inter­net, sai­sis par un jour­na­lisme clin­quant, mâtiné de Pari­sien (le jour­nal) – ceci expli­quant cela –, tâtant du son­dage express et du « choc des images » à la Match avec des unes tapa­geuses… Que veut dire, par exemple et tout en res­tant dans le sujet de la guerre au Cau­case, celle du 21 août [ci-dessous], selon qu’on inter­prète la photo par ses dimen­sions, son empla­ce­ment, son cadrage, son esthé­tique enfin ?

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Re-bref, et pour en reve­nir à BHL et à ses visions, au sens trouble du mot ; au sens de la récri­ture de l’histoire, comme il en est cou­tu­mier, en Géor­gie comme au Pakis­tan, en Afgha­nis­tan ou en Algé­rie, en Israël, au Kosovo ou au Dar­four, ou concer­nant l’écrivain Daniel Pearl et aussi, récem­ment, le des­si­na­teur Siné. La ques­tion n’étant pas tant celle du parti pris que celle de la quête de vérité rela­tive aux faits. C’est pré­ci­sé­ment cette prise en défaut que vient de réus­sir Rue89. Le site s’est appli­qué à recou­per les « choses vues » de BHL avec celles d’autres témoins embar­qués avec lui. Où l’on constate que les visions divergent… en pro­por­tion des approxi­ma­tions, voire affa­bu­la­tions du témoin-vedette. Lequel n’a pu se rendre dans la ville de Gori, comme il le laisse entendre, au point de l’avoir vue en flammes et d’y avoir senti l’ « odeur, légère, de putré­fac­tion et de mort. »

Le pas­sage par Rue89 vaut le détour, y com­pris les com­men­taires des lec­teurs, la mise au point de BHL lui-même – par cour­riel – et le droit de réponse d’un des com­pères, came­ra­man, de la virée ger­ma­no­pra­tine en zone cau­ca­sienne – qui n’aura duré que deux jours et demi…, le phi­lo­sophe ayant alors un autre rendez-vous à hono­rer à Nice… Deux jours et demi, c’est plus qu’il n’en faut à tout illu­sion­niste un peu habile pour rem­plir deux pages du Monde, avec une grande image jolie comme la guerre [ci-dessous].

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Cette « affaire » ques­tionne moins un BHL que le jour­na­lisme en ses formes abâ­tar­dies, là où moins qu’ailleurs il devrait s’exercer. Mais Le Monde non plus n’échappe au désar­roi qui frappe la presse, les jour­na­listes et nos socié­tés en proie à la dic­ta­ture du spec­tacle et de la mar­chan­dise. Le règne de Colombani-Minc a juste mar­qué un tour­nant, lui-même signe d’une sou­mis­sion volon­taire au libé­ra­lisme triom­phant et impé­rial, celui de la sou­mis­sion bien­heu­reuse au Mar­ché, au Dieu tout puis­sant tapi entre l’offre et la demande, comme entre la poule et l’œuf, dans la confu­sion d’un Tout mêlant l’Argent, la Repré­sen­ta­tion, l’Entreprise et, point culmi­nant, l’Opinion et ses cohortes de Com’.

Le ver était depuis long­temps dans la pomme, dès après 68 et ses liqui­da­teurs, ces « nou­veaux phi­lo­sophes », BHL en tête, qui savaient ne pou­voir sur­vivre et pros­pé­rer qu’en étouf­fant l’idée de Révo­lu­tion – « en finir avec l’héritage de Mai 68 », cette ren­gaine sar­ko­zienne du qua­ran­te­naire, tan­dis que l’opinion, jus­te­ment, sem­blait avoir retenu ses acquis – et en faire un deuil dou­lou­reux… Ces soixante-huitards là, c’était ins­crit, allaient deve­nir les notaires de la pen­sée oppor­tu­niste. Des spé­cu­la­teurs enri­chis sur l’appauvrissement domi­nant, éco­no­mique et intel­lec­tuel, poli­tique et média­tique, gon­flant de leur suf­fi­sance les cabi­nets minis­té­riels et même les minis­tères, caque­tant sur le fumier de leurs nébu­leuses convic­tions, toute crête dehors, ergots et égos de même – suis-je bien dans le cadre pour le 20 heures ?

Un texte de Gilles Deleuze – de 1977 ! – appa­raît aujourd’hui dans sa pleine clair­voyance :
« Ce ne sont pas les nou­veaux phi­lo­sophes qui importent. Même s’ils s’évanouissent demain, leur entre­prise de mar­ke­ting sera recom­men­cée. Elle repré­sente en effet la sou­mis­sion de toute pen­sée aux médias ; du même coup, elle donne à ces médias le mini­mum de cau­tion et de tran­quillité intel­lec­tuelles pour étouf­fer les ten­ta­tives de créa­tion qui les feraient bou­ger eux-mêmes. » [Sup­plé­ment au n°24, mai 1977, de la revue bimes­trielle Minuit; entre­tien com­plet ici )

Immo­bi­lisme de la presse, immo­bi­lisme poli­tique, immo­bi­lisme de la pen­sée – du moins dans leurs formes domi­nantes qui excluent dans le Spec­tacle, pareille­ment domi­nant, les appa­ri­tions visibles de ce qui marche et de ceux qui marchent, qui cherchent leur direc­tion, non pas pour « bou­ger » dans l’agitation vibrion­nante « moderne », dans le « m’as-tu-vuisme » fré­né­tique et aussi triom­phant [Ce matin à la radio, messe média­ti­sée des Verts, Cohn-Bendit : Il nous faut en pas­ser par le cas­ting [sic], sinon ça ne marche pas ! [re-sic] Et voilà 40 ans tout juste que l’ex Dany-le-Rouge, exploite la marque DCB comme le hérault du pre­mier casté (cas­tré?), de la caste des sur­mé­dia­ti­sés, à l’image, c’est bien le mot, des BHL et autres « nou­veaux choses », pro­duits chics d’un consu­mé­risme heur­tant dans ce monde mon­dia­lisé la misère tou­jours vio­lem­ment dominante.]

S’il y a bien de 68 un héri­tage à liqui­der, ce serait pré­ci­sé­ment celui-là, ce ver dans la pomme aujourd’hui blette jusqu’au tro­gnon qui a fait de notre monde aux abois ce dépo­toir dément des images com­plues autant que com­plai­santes, jusque dans l’extase admi­ra­tive des déca­dences mor­bides, ce « tout à l’égo » selon l’expression de Régis Debray.

De cette peste, « ils n’en mou­raient pas tous mais tous étaient atteints ». Le monde est devenu un monde d’écrans, des écrans plats de pla­ti­tude, mon­trant (obs­cé­nité) et mas­quant (fas­cisme) dans un jeu de miroirs sans tain, fausse trans­pa­rence, dissimulation-et-exhibition. Exis­ter = avoir une image. Point se salut hors de cette équa­tion. Alors, quel salut, au fait ?


Coucou !

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© Gérard Ponthieu


Soljenitsyne et l’archipel des perroquets

1perrot.1218289038.jpgUn autre cas, bien signi­fi­ca­tif du « per­ro­quet­tage » pointé ci-dessous par Max Dorra, s’est révélé autour de la mort de Sol­je­nit­syne. C’est l’ami Jean-Louis, cer­bère pro­fes­sion­nel dans un quo­ti­dien, qui me le signale ainsi :

« Les cor­rec­teurs du Monde.fr dans leur blog (Langue sauce piquante de ce mardi 5 août) posent une jolie ques­tion (à 1 000 € le SR sta­giaire d’été) :
« Com­ment ne pas lever les yeux au ciel (avec ou sans majus­cule) quand on lit dans la dépêche AFP qui annonce la mort de Sol­je­nit­syne (réper­cu­tée par toute la presse) que celui-ci a “a révélé au monde la réa­lité du sys­tème concen­tra­tion­naire sovié­tique” ? L’AFP n’a semble-t-il jamais entendu par­ler ni de Vic­tor Serge, ni de Boris Sou­va­rine, ni de Panaït Istrati*, ni d’Anton Ciliga (liste non limi­ta­tive), qui en ont parlé dès les années trente, ni du récit de la grève de Vor­kouta (grève de la faim de plu­sieurs cen­taines de déte­nus trots­kystes dans le Grand Nord en 1936–1937, sui­vie par leur exter­mi­na­tion, à laquelle Sol­je­nit­syne fait d’ailleurs allu­sion dans le Pre­mier Cercle). Mais il est vrai qu’on ne peut pas tout savoir. [Note de GP : Tout savoir, certes non ! Mais dou­ter, sur­tout dou­ter…].

Ce qui a amené ce com­men­taire [Note de Jean-Louis : exa­géré, je trouve] d’un de leurs lec­teurs :
« Com­ment ne pas lever les yeux au ciel quand on lit dans la dépêche AFP qui annonce la mort de Sol­je­nit­syne (réper­cu­tée par toute la presse) que celui-ci a “révélé au monde »
« Bien dis donc, mais c’est en per­ma­nence, c’est même le mode de fonc­tion­ne­ment nor­mal des médias. L’agence, si c’est plau­sible, balance sur la ligne ce que lui a dit quelqu’un — ou ce qu’elle a com­pris — mais après sou­vent aucun contrôle, ce sont les lec­teurs qui alertent de ces conne­ries. D’ailleurs ce mode de fonc­tion­ne­ment est par­fai­te­ment inté­gré par les asso­cia­tions sur­tout dans les domaines : envi­ron­ne­ment, éco­lo­gie, ani­maux… et appré­cié par beau­coup de médias pour le côté sen­sa­tion­nel, héros, che­va­lier blanc.»

La géné­ra­li­sa­tion, autre tra­vers média­tique, appa­raît aussi haïs­sable dans ce com­men­taire. Mais la ques­tion demeure : Sol­je­nit­syne a acquis la noto­riété par son œuvre, par son action et grâce à une conjonc­tion médiatico-historique dont ses pré­dé­ces­seurs n’ont pas ou pu béné­fi­cier. En ce sens est-il le « décou­vreur » du gou­lag aux yeux du monde.

–––––––

PS. La machi­ne­rie média­tique ne sau­rait prendre de vacances. Mais elle en subit quelque contre­coup, comme on a pu le sou­li­gner ici [Recette de cui­sine poli­ti­cienne avec petits mitrons de jour­na­leux ], puisque le temps des sta­giaires fleu­rit avec les « chassés-croisés », tan­dis que les chefs d’édition bullent de ci de là avec ordre de ne déran­ger que si cata abso­lue. Ce qui fait que cet été sera celui des parents indignes qui étouffent leurs pro­gé­ni­tures dans les bagnoles – on a la cani­cule qu’on peut. Les petits qu’on tru­cide, ceux qui fuguent et mobi­lisent la bien­veillante maré­chaus­sée héli­por­tée ali­mentent bien aussi les petits panur­giens qui s’essaient au noble métier d’informer…

* Sur Panaït Istrati notam­ment, écri­vain rou­main de langue fran­çaise, voir sur « C’est pour dire » ici et .


La chasse aux perroquets – Ébauche d’un dictionnaire des idées reçues et formules absurdes employées dans les médias

par Max Dorra [avec la machine à bla­bla­ter de Faber]

Com­ment trou­ver meilleur miroir d’une société et d’une époque qu’à tra­vers les prismes des lan­gages ? Lin­guistes, sémio­logues et autres spé­cia­listes se sai­sissent des mots et de leur science. Ces mots qu’analysent les psy, fouillant corps et âmes à la recherche de secrets enfouis. Des écri­vains aussi – encore heu­reux – tri­turent leur matière pre­mière et la concassent par­fois. Tan­dis que des pra­ti­ciens ordi­naires, cha­cun de nous, les mâchonnent à pleine langues, si j’ose dire. Et j’ose. Sur­tout s’agissant des jour­na­listes et des leurs sous-variétés peu regar­dantes de leur outil prin­ci­pal, grandes consom­ma­trices autant que pour­voyeuses de cli­chés en tous genres.

Avec son « Ebauche d’un dic­tion­naire des idées reçues et for­mules absurdes employées dans les médias », Max Dorra s’attaque à rude par­tie. Il s’en prend donc non seule­ment aux cli­che­tons mais à leurs colporteurs-amplificateurs – car la conta­gion sévit. Ceux qu’avant lui, un Boris Cyrul­nik avait qua­li­fiés de « per­ro­quets de Panurge ». Ceux-là mêmes qu’ici, entre autres, nous pour­fen­dons sous leurs innom­brables varié­tés jour­na­lis­tiques, ces « panur­giens » persévérants…

Le mali­cieux autant qu’impertinent texte ci-dessous est paru dans Le Monde daté du 13–14 juillet 2008. Son auteur, écri­vain et pro­fes­seur de méde­cine, nous auto­rise à le repro­duire, ajou­tant : « Mes per­ro­quets seraient très heu­reux de pou­voir s’égosiller joyeu­se­ment sur votre blog ». Et nous donc !

La chasse aux perroquets

Ébauche d’un dic­tion­naire des idées reçues et for­mules absurdes employées dans les médias

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Action­na­riat sala­rié. Mer­veilleuse inven­tion : plus les sala­riés seront exploi­tés, plus leurs actions vont monter.

Classe poli­tique. Cette for­mule absurde, constam­ment employée dans les grands médias, illustre bien le véri­table néga­tion­nisme dont sont l’objet les classes sociales.

Com­mu­ni­ca­tion. Mani­pu­la­tion. Les  » experts  » en  » com­mu­ni­ca­tion « , trans­fuges uni­ver­si­taires à égale dis­tance du mar­ke­ting et de la psy­cha­na­lyse, ont pris, auprès des hommes poli­tiques, la place des astro­logues de cour qui jadis conseillaient les princes. Voir Image.

Détail. Tout ce qui a trans­formé le monde — décou­verte scien­ti­fique, théo­rie phi­lo­so­phique nou­velle — a surgi d’un fait par­ti­cu­liè­re­ment gênant que l’on s’était efforcé de mécon­naître. Le XXe siècle, c’est peut-être autour d’Auschwitz qu’il a pivoté, ce  » détail  » comme dit l’infâme, mons­trueu­se­ment éclai­rant. Voir Retour du refoulé.

Dure [posi­tion -] . Confron­tée à  » posi­tion molle  » lors d’un conflit, d’une négo­cia­tion («  fau­cons  » et  » colombes  »). Cli­vage pares­seux qui, pri­vi­lé­giant les réac­tions de pres­tance, dis­pense d’analyser les don­nées réelles d’un problème.

Elites. Auto­dé­si­gna­tion, par oppo­si­tion aux  » petites gens  » ou aux  » gens « . Voir ces mots.

Euros­cep­ti­cisme. Réponse à un euro-obscurantisme dont on peut se deman­der s’il n’est pas déli­bé­ré­ment entre­tenu. En effet, aucune expli­ca­tion claire du  » pro­jet euro­péen « , de ses enjeux éco­no­miques, et poli­tiques, n’a été jusqu’ici appor­tée. Quant aux enjeux sociaux, c’est tout juste si l’on n’est pas tenu en sus­pi­cion dès que l’on exprime des inter­ro­ga­tions à leur sujet.

Fort [signal -]. Ultime recours des pen­sées flasques.

Frac­ture sociale. Décou­verte hor­ri­fiée (par un cabi­net de com­mu­ni­ca­tion) des anta­go­nismes sociaux. La for­mule laisse sup­po­ser que la solu­tion relève d’une sorte d’orthopédie sociale. Voir lien social.

Gens [les -] . Ensemble indis­tinct dont on affecte, non sans une pointe de condes­cen­dance, d’exprimer les aspi­ra­tions.  » Ce que les gens veulent en réa­lité, c’est…  »

Image. Voir com­mu­ni­ca­tion.  »» Il lui a été recom­mandé par ses conseillers en com­mu­ni­ca­tion de mul­ti­plier les exer­cices de « ter­rain » pour se construire une image plus « perso ».   » Sans commentaire.

Indique [je vous -] . Se dit sur un ton neutre, objec­tif, dis­crè­te­ment pro­tec­teur, pour vous refi­ler à l’esbroufe des infor­ma­tions, habi­tuel­le­ment inexactes.

Intel­lec­tuels.  » Cou­peurs de che­veux en quatre « . Aurait sans aucun doute qua­li­fié ceux qui, il y a quelques siècles,  » en dépit de tout bon sens  » et contre une opi­nion una­nime, dou­taient que la terre fût plate.

Inter­net. Champ de bataille où s’affrontent poètes et mar­chands. Sera, selon l’issue du conflit, la meilleure ou la pire des choses. Cela dit, le contenu latent du Web, tel celui d’un rêve, est encore à décrypter.

Lien social. Pal­lia­tif censé répa­rer la  » frac­ture sociale  » (voir supra). Une  » citoyen­neté  » abs­traite est ainsi rituel­le­ment invo­quée à seule fin de jeter un voile sur la réa­lité déran­geante des conflits sociaux.

Loi du mar­ché. (Aussi iné­luc­table que celle de la pesan­teur, nous serine-t-on.) Tenaille finan­cière qui per­met au capi­tal inter­na­tio­nal d’exercer un contrôle inflexible sur la poli­tique des gou­ver­ne­ments.  » Les mar­chés ont mal réagi au pro­jet de dimi­nu­tion du temps de tra­vail…  »

Mar­xisme [le – a échoué]. Le mar­xisme est une grille d’interprétation, parmi d’autres, pour ten­ter de rendre l’Histoire intel­li­gible. Un outil diag­nos­tique. On ne demande pas à un scan­ner un pro­jet thérapeutique.

Men­ta­lité d’assisté. Se dit avec une moue répro­ba­trice, en géné­ral au volant d’une Mercedes.

Moder­nité. Confond  » actuel, à la mode  » et  » uni­ver­sel, éter­nel  » par la vertu de l’art. Sten­dhal et Rim­baud sont modernes. X, Y, Z (sui­vez mon regard) sont actuels.

Petites gens ; gens modestes ; gens simples (habi­tant en géné­ral des  » quar­tiers défa­vo­ri­sés  »). Pauvres.

Poli­ti­que­ment cor­rect. For­mu­la­tion (en pro­ve­nance des Etats-Unis) visant à tour­ner en déri­sion tout énoncé pro­gres­siste, anti­ra­ciste, fémi­niste, etc. Pon­cif par­ti­cu­liè­re­ment insi­dieux à qui il est urgent de tordre le cou.

Poli­to­logue [On va deman­der l’avis d’un –] . Croyance média­tique (faus­se­ment) naïve en l” » objec­ti­vité scien­ti­fique  » d’un  » expert « . On apprend d’ailleurs tou­jours, inci­dem­ment, que le  » poli­to­logue  » en ques­tion est  » proche  » de tel ou tel homme politique…

Quelque part. Evo­ca­tion de ce qui n’est ni dans le temps ni dans l’espace, mais dans une autre dimen­sion. Uti­lisé en géné­ral pour se don­ner un air vague­ment ana­ly­tique. Per­met de jouer à l’initié. (Il est recom­mandé de prendre un air mystérieux.)

Repen­tances de l’Eglise, de la police, etc. La plus ins­truc­tive est celle d’un pré­dé­ces­seur de Lau­rence Pari­sot, René-Paul Duche­min,  » patron des patrons  » en 1936, disant lors des accords de Mati­gnon, quand on lui avait mis sous le nez le mon­tant des salaires de ses ouvriers :  » Com­ment est-ce pos­sible ? Com­ment avons-nous pu lais­ser faire cela ? Nous avons man­qué à notre devoir en lais­sant les choses aller ainsi.  »

Retour du refoulé. Uti­li­sa­tion abu­sive d’un concept freu­dien pour dési­gner ce que l’on ne veut à aucun prix savoir. Ce qui est non pas refoulé, mais rejeté. Méconnu, pas incons­cient. Les camps, l’Occupation, la colo­ni­sa­tion, les 200 mil­lions d’enfants au tra­vail, en ce moment même, sur la pla­nète – et les anta­go­nismes sociaux…

Se trom­per avec Sartre ou avoir rai­son avec Aron. Lieu com­mun reve­nant avec insis­tance dans la bouche des maîtres à pen­ser média­tiques. Leur rap­pe­ler que l’analyse la plus lucide, la plus impi­toyable du sta­li­nisme, Le socia­lisme qui venait du froid (Gal­li­mard, 1972), n’est pas d’Aron mais de Sartre.

Société civile. Pré­tend regrou­per un ensemble d’individus illu­soi­re­ment extraits de tout contexte poli­tique.  » Faire entrer des membres de la société civile dans un gou­ver­ne­ment  « . Voir classe poli­tique.

Soixante-huitard [attardé]. La carac­té­ris­tique de Mai 68, réponse pré­ma­tu­rée à une ques­tion qui n’avait pas, qui n’a pas encore été posée, c’est son côté incom­pré­hen­sible (les  » évé­ne­ments  »). Il n’y a pas de soixante-huitards attar­dés. Il y a des indi­vi­dus récu­pé­rés. Exemples : X, Y, Z (voir moder­nité). Et d’autres qui sont res­tés en dis­po­ni­bi­lité d’avenir.

Trans­pa­rence [souci de –]. Pré­texte pris par les admi­nis­tra­tions et les grandes entre­prises pour publier régu­liè­re­ment une masse de chiffres inuti­li­sables sor­tis d’un ordi­na­teur. Rideau de fumée qui per­met de mettre soi­gneu­se­ment de côté les vrais pro­blèmes, ceux que l’on se gar­dera bien d’aborder. Les chiffres vrai­ment gênants, par exemple.

Trop dépen­sier [l’Etat est –]. Arti­fice de pré­sen­ta­tion culpa­bi­li­sant des­tiné à faire accep­ter, dans un col­lec­tif bud­gé­taire, la réduc­tion des cré­dits alloués à la santé, l’éducation natio­nale, la culture, la recherche…


Jean-Jacques de Félice, défenseur de l’Homme

Jean-Jacques de Félice est mort. Son nom est syno­nyme d’avocat  – du moins si ce mot désigne bien le défen­seur de l’Homme. De l’Homme majus­cule, valeur suprême ici-bas, et dont Jean-Jacques de Félice était une incar­na­tion. Il vient donc de mou­rir, à 80 ans, tan­dis que, peu de jours avant, il défen­dait encore Marina Petrella, ancienne « bri­ga­diste » mena­cée d’extradition vers l’Italie. Engagé dès les années 50 auprès des mili­tants du FLN algé­rien, c’est à lui notam­ment – et à  Louis Lecoin –, que les objec­teurs de conscience doivent d’avoir obtenu leur sta­tut particulier.

On le retrouve éga­le­ment auprès du Gisti (Grou­pe­ment d’information et de sou­tien aux tra­vailleurs immi­grés) et la Cimade (Comité inter­mou­ve­ments auprès des éva­cués). On le retrouve aussi par­ta­geant le com­bat de l’abbé Pierre en faveur des mal logés, mais aussi aux côtés des pay­sans du Lar­zac, des Kanak de Nouvelle-Calédonie ou des sans-papiers.

C’est à la Cimade que j’avais l’occasion de le ren­con­trer, dans les années 70, peu avant l’indépendance de Dji­bouti (ex-TFAI, Ter­ri­toire fran­çais des Afars et des Issas) où un bar­rage élec­tri­fié et miné posaient de graves pro­blèmes de réfu­giés. Je garde le sou­ve­nir de son regard clair, de son grand front entouré de l’aura de ses che­veux déjà gris ; et par des­sus tout de cette voix si calme, aussi douce que déter­mi­née dès lors qu’il s’agissait des droits des humains et des vic­times d’injustice. De cette déter­mi­na­tion tran­quille du non-violent pétri d’humanisme chrétien.

Ancien vice-président de la Ligue des droits de l’homme, celle-ci lui rend hom­mage, notam­ment sur inter­net. Nous retien­drons le site de la LDH de Tou­lon qui publie un de ses témoi­gnages, très émou­vant, où il raconte une visite à des condam­nés à mort, à Alger en 58–59 :

« Je me sou­viens de ces ren­contres, avec ces hommes d’origines diverses, pay­sans ou anciens mili­taires, enga­gés dans un dur com­bat, dont la vie ne tient plus qu’à un fil, et qui me par­le­ront avec huma­nité de leurs mères, de leurs enfants, de ce pays qu’ils sou­haitent voir un jour indé­pen­dant et libre, et jamais du sort qui les attend dans les pro­chains jours… On parle évi­dem­ment des recours juri­diques pos­sibles pour empê­cher l’exécution, mais on sait les uns et les autres que seul un règle­ment poli­tique du pro­blème algé­rien peut déter­mi­ner leur sort : nous sommes encore loin de la recon­nais­sance du droit à l’autodétermination. Mais leur espoir rejoint le mien : dans cette lote­rie de la vie et de la mort, l’espoir leur per­met de tenir.

« Ce qui me frappe tou­jours, chez ces hommes déte­nus et enchaî­nés, c’est l’acceptation quasi mythique de leur sort actuel, de leurs souf­frances récentes, de leur ave­nir immé­diat : je suis moi-même très sen­sible à cet aspect de leurs per­son­na­li­tés, nous sommes sur la même lon­gueur d’onde, nous nous com­pre­nons sans même dire un mot, nous par­ta­geons de longs silences, ils sont heu­reux de cette visite d’un avo­cat pari­sien qui a pu leur don­ner quelques nou­velles. Ils me remer­cient, je res­sors de la pri­son non pas acca­blé ou démo­ra­lisé, mais au contraire récon­forté par leur force tranquille. »



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  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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