On n'est pas des moutons

Archive for mai, 2009

Cuba. « L’épargne ou la mort », nouveau slogan d’un pays en plein marasme

Le nou­veau mot d’ordre, le nou­veau com­bat, la nou­velle mobi­li­sa­tion géné­rale à Cuba : « L’épargne ou la mort »… Si ce n’était aussi dra­ma­tique pour les Cubains ce serait « à mou­rir de rire »… Mais avec leur 14 euros de revenu men­suel moyen, on se demande ce que les Cubains vont bien pou­voir épargner !

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Photo © gp

Le quo­ti­dien Granma, l’organe du parti unique, vient de son­ner l’alarme. Après avoir clai­ronné « La patrie ou la mort » pen­dant cin­quante ans le régime cas­triste s’est converti à un nou­veau credo – qui inva­lide une pré­cé­dente variante, « Le socia­lisme ou la mort ». Dans tous les cas, la « mort » demeure.

La faillite du régime n’est pas que poli­tique, elle est autant éco­no­mique. Le nou­veau mot d’ordre ne fait qu’en poser l’évidence sur la place publique. Les Cas­tro pour­ront tou­jours en faire por­ter le cha­peau à la crise du capi­ta­lisme : Cuba va être tou­chée par la réces­sion. Offi­ciel­le­ment le taux de crois­sance passe à 2% en 2009, contre 6% aupa­ra­vant. D’où les « mesures excep­tion­nelles » annon­cée pour « réduire la consom­ma­tion », dès ce 1er juin. Les Cubains vont à nou­veau subir les cou­pures de cou­rant appa­rues dès les années 90 lors de la fin de l’empire sovié­tique et de la manne qu’il déver­sait sur son allié des Caraïbes.

Bien sûr que la crise mon­diale aggrave la situa­tion : chute du cours du nickel, prin­ci­pal pro­duit d’exportation cubain ; forte baisse des recettes du tourisme.

Mais la vraie don­née qui ne sau­rait mas­quer l’échec de la révo­lu­tion cas­triste c’est celle-​ci : Cuba doit impor­ter 84 % des den­rées ali­men­taires, alors que les expor­ta­tions couvrent à peine un tiers des impor­ta­tions. Cin­quante ans de régime militaro-​bureaucratique n‘ont pas même per­mis de déve­lop­per une agri­cul­ture de sub­sis­tance. L’été s’annonce dou­lou­reux pour la grande majo­rité des Cubains. Ce qui « marche » le moins mal, comble d’ironie ou ter­rible revanche his­to­rique, ce sont les « reme­sas », ces dol­lars qu’un Cubain sur trois – ou sur deux selon les sources – reçoit de ses proches exi­lés aux Etats-​Unis. L’espoir tout rela­tif pour­rait venir de la libé­ra­li­sa­tion de ces aides annon­cée par Obama – mais que les Cas­tro veulent dédai­gner. Contrai­re­ment au peuple cubain, eux et leurs appa­rat­chiks ne sont pas dans le besoin. Depuis vingt ans, un Cubain sur cinq a plongé dans la pau­vreté. Et, en fin de compte, Cuba dépend tou­jours de l’ennemi états-​unien.


Topo de néolibéralisme à l’usage des tout-​petits

D’abord affai­blir l’État. Com­ment : dimi­nuer les impôts (des plus riches sur­tout). Consé­quence : affai­blir les ser­vices publics et à terme les sup­pri­mer en mon­trant leur « inef­fi­ca­cité ». But du but : pri­va­ti­ser les ser­vices et les pro­fits atte­nants. C’est grosso modo la théo­rie néo-​libérale à l’œuvre depuis ses zéla­teurs Pino­chet, Rea­gan, Tchat­cher, Bush, Sar­kozy et la clique euro­péiste et mondialiste.

Voyons un peu com­ment insi­nuer la chose en lou­cedé ou, si on pré­fère, intro­duire un ver néo-​libéral dans la pomme de l’intérêt géné­ral. Exemple concret avec les « jar­dins d’éveil », tout fraî­che­ment sorti de l’Atelier de pri­va­ti­sa­tion rampante.

C’est tout nou­veau sur le site de la Caisse natio­nale des allo­ca­tions fami­liales (CNAF). Sur mon​-enfant​.fr, on trouve tous les modes de garde exis­tants (crèches, assis­tantes mater­nelles, garde à domi­cile, accueil de loi­sirs, etc.) pour la semaine, les mer­cre­dis, les vacances sco­laires ou après la classe. Et il y a aussi un « simu­la­teur de tari­fi­ca­tion »… car, à la dif­fé­rence de la crèche, il fau­dra cas­quer. Mais le mes­sage se décline ainsi : puisque nos crèches sont insuf­fi­santes, créons de nou­veaux lieux d’accueil. Pour­quoi ne pas pré­ser­ver et déve­lop­per ce qui existe ? Pas efficace !

Maire de Ville-​en-​Tardenois, une com­mune de 600 habi­tants située dans la Marne, Thierry Barba compte accueillir douze enfants à la ren­trée 2009 dans l’une de ces nou­velles struc­tures – dans les anciens locaux de la poste… Moyen de garde « inno­vant » a aus­si­tôt clamé lors de sa prompte visite la secré­taire d’État à la famille, Nadine Morano. [Le Monde, 15/​5/​09].

Ces « jar­dins d’éveil » – notons le glis­se­ment séman­tique fleu­rant sa pub’ – seront prin­ci­pa­le­ment finan­cés par les caisses d’allocations fami­liales (CAF) et le « por­teur de pro­jet », qu’il s’agisse d’une com­mune, d’une admi­nis­tra­tion, d’une asso­cia­tion ou… d’une entre­prise. Tarifs : les familles gagnant un smic paie­ront 42,50 euros par mois, celles qui gagnent trois smic 127 euros et celles qui gagnent quatre smic 178 euros, a indi­qué Mme Morano. Sous-​entendu, voyez comme c’est « social ». On ne fait jamais, en quelque sorte, que pri­va­ti­ser les impôts ; pas­ser de la mutua­li­sa­tion et de la notion de bien com­mun à celle des consom­ma­teurs indi­vi­duels, des « clients » comme on tend désor­mais à faire dire par­tout par oppo­si­tion à la rin­gar­de­rie des ces « usagers »…

Le signe avant-​coureur de cette « évo­lu­tion » avait déjà été donné par Dar­cos et ses édu­ca­teurs « couche-​culottes ». Sar­kozy avait entonné le même refrain en visi­tant une crèche. A quoi bon tant de diplômes pour tor­cher des moutards ?

La Mai­rie de Paris annonce vou­loir pour­suivre sa poli­tique « volon­ta­riste » d’ouverture de crèches plu­tôt que de créer de tels jar­dins d’éveil. Une péti­tion bap­ti­sée « Pas de bébés à la consigne ! », a déjà recueilli 13 000 signatures.

Affaire poli­tique au sens fort de l’organisation de la cité et des citoyens.


Travailler plus pour vivre moins. Débat jeudi à Venelles

Une réunion-​débat sur le thème « Tra­vailler tue en toute impu­nité » va se tenir à Venelles (Bouches-​du-​Rhône) ce jeudi 11 à 19 h. Ce débat est orga­nisé par la Fon­da­tion Coper­nic et Michel Bianco dont l’un des fils a perdu la vie dans un acci­dent du tra­vail en 2006. Jérôme Bianco, 32 ans, tra­vaillait, sans for­ma­tion préa­lable, sans casque, sur une plate-​forme aux garde-​corps non adap­tés. Il est tombé d’une hau­teur de huit mètres et a été tué sur le coup. Depuis, son père Michel n’a de cesse de lut­ter contre de tels acci­dents – il s’en pro­duit dans les 500 chaque année, rien qu’en France. Il a aussi lancé, avec la Fon­da­tion Coper­nic, une péti­tion qui a recueilli plus de 3 500 signa­tures. Cette réunion s’inscrit dans ce com­bat. Elle réunira des syn­di­ca­listes, délé­gués de CHSCT, avo­cats, ainsi qu’une socio­logue, Annie Thébaud-​Mony, direc­trice de recherche à l’Inserm, spé­cia­liste des ques­tions de santé au tra­vail et auteure du livre « Tra­vailler peut nuire gra­ve­ment à votre santé ».

»> Jeudi 11 juin à par­tir de 19h00 à la salle des fêtes de Venelles place de la mairie.

»> Péti­tion à signer ici : http://​www​.fon​da​tion​-coper​nic​.org/​s​o​u​s​c​r​i​r​e​.​h​tml


Cannes et son cinoche, je m’en fous

cannes.1243256096.jpgLe soir de la Palme – ce soir – j’aimerais pen­ser à autre chose. Mais, para­doxe, le spec­tacle me rat­trape et anéan­tit du même coup ce désir de m’en contre­fiche. Je pense donc à « ça » mais, devant mon ordi, je ne cède en rien à sa célé­bra­tion, à l’étalage des impu­diques mamours de la classe spec­ta­cu­laire. L’air est bon et doux sur la ter­rasse qui n’est pas celle du « Majes­tic » où des jour­na­leux en érup­tion admi­ra­tive brossent à reluire les pompes du vedet­ta­riat. De ma ter­rasse, mon ciné : ma chatte aux yeux pers sur­veille sans angoisse le calme ves­pé­ral de son ter­ri­toire. Deux tour­te­relles en retard lui font lever la tête avec inno­cence ; elle trône sous son lau­rier comme Saint-​Louis sous son chêne de légende, le sens his­to­rique en moins – ce qui porte à son comble le sen­ti­ment ambiant de Paix magistrale.

Je me fous de Cannes et de son cinoche. Enfin, je m’en contre­fou­trais tota­le­ment si je ne voyais malice à une telle célé­bra­tion de l’insignifiance, rap­por­tée à la mons­trueuse impor­tance que lui voue cette société, dont je fais par­tie. J’aime assez l’art et donc le cinéma pour ne pas res­ter indif­fé­rent à leurs détour­ne­ments. J’aime assez mes contem­po­rains pour ne pas m’enquérir de la santé de cette par­tie d’entre eux qui cède au satané culte du fac­tice et de la repré­sen­ta­tion. Il en va de même de la plu­part des innom­brables célé­bra­tions cultuelles qui, tour à tour, reli­gieuses ou païennes, émaillent chaque année de ses rites. Non pas que je dénie le sens et l’utilité des rites ; ils sont, sou­vent, consti­tu­tifs de toute société qu’ils per­pé­tuent dans un ordre et une durée. Sou­vent et peut-​être de moins en moins, ce qui expli­que­rait en par­tie le déli­te­ment de ces mêmes socié­tés qui, à leur tour, par des méca­nismes les plus per­vers, détournent en spec­tacle la détresse humaine, la modèlent en une sinistre dra­ma­tur­gie. Je pense pré­ci­sé­ment aux « faits divers », atroce et cynique clas­si­fi­ca­tion jour­na­lis­tique, par l’exploitation spec­ta­cu­laire des­quels les vic­times sont dou­ble­ment atteintes : par les faits eux-​mêmes et, davan­tage encore, par leur inter­pré­ta­tion « scénographique ».

Et Cannes dans tout ça ? Un même pro­ces­sus de mise en abyme de la détresse humaine – car il s’agit bien plus chi­che­ment, au cinéma, du si ténu bon­heur d’exister, devenu dans notre monde « en crise » une rareté négli­geable. Ainsi l’humanité en désar­roi est-​elle deve­nue la prin­ci­pale source d’inspiration, pour ne pas dire la seule, du cinéma domi­nant, indus­triel et com­mer­cial. A l’image d’ailleurs – on ne sau­rait mieux dire – de la télé de masse, ce qui n’exclut pas les chaînes publiques puisque leurs rédac­tions ont inté­gré depuis long­temps ces pro­ces­sus de confor­ma­tion à l’information spec­ta­cu­laire – sorte d’antinomie désor­mais admise, comme « naturalisée ».

Ainsi, qu’il s’agisse du cinéma ou de sa variante télé­vi­sée, ou encore plus géné­ra­le­ment de leurs pen­dants média­tiques, la per­cep­tion de l’ « actua­lité » est-​elle deve­nue pour nous autres – logés à la même enseigne de la repré­sen­ta­tion fac­tice, secon­daire, arran­gée, mani­pu­lée – un même pro­duit vir­tuel, com­mer­cial et, in fine, poli­tique.

Où l’on com­pren­dra pour­quoi et com­ment le « champ de la (pseudo) com­mu­ni­ca­tion » est ainsi devenu l’enjeu pre­mier de nos socié­tés « modernes ». Et pour­quoi et com­ment ledit champ est aussi devenu le prin­ci­pal champ de bataille où s’affrontent les agents domi­nants du capi­ta­lisme mon­dial, c’est-à-dire de l’économie financiarisée.

Non seule­ment cette pré­do­mi­nance du spec­tacle – je me réfère, bien sûr, à ce sujet, à la cri­tique de la société mar­chande éla­bo­rée dans les années 60 par Guy Debord et les situa­tion­nistes revi­si­tant le concept mar­xiste d’aliénation – porte en elle-​même son expres­sion poli­tique, mais celle-​ci, en retour, se trouve por­tée à la réali­men­ter sans cesse en la ren­for­çant. D’ou cette même mise en abyme, cette infer­nale spi­rale dont on peine à ima­gi­ner aujourd’hui quel coup d’arrêt pour­rait l’anéantir. Faut-​il s’y rési­gner dans ce même réa­lisme – pes­si­miste, for­cé­ment – qui peut désor­mais faire dou­ter de l’avenir de la pla­nète et de l’humanité ? Car, au fond, peut-​être s’agit-il de cette force de dégra­da­tion entro­pique revê­tant le clin­quant cos­tume du Progrès ?

Il n’est que de le consta­ter : ni l’économie mon­diale dans son chaos, ni la doxa idéo­lo­gique bor­nant tout son hori­zon à la sacro-​sainte et sui­ci­daire crois­sance, ne sont dis­po­sées à contrer cette fuite en avant désespérée.

Auquel cas, on ne sau­rait s’étonner de voir le cinéma som­brer dans la même tem­pête tout en orches­trant la super-​production du nau­frage annoncé. Le Tita­nic – avant de deve­nir le plus gros suc­cès du cinéma-​commerce – était un luxueux palace flot­tant, une sorte de Majes­tic can­nois où une classe domi­nante, sur les ponts supé­rieurs, para­dait en fracs et nœuds pap’. Le peuple du des­sous – d’«en-bas » comme disait l’autre – ne voyait rien à redire à cet état de fait dar­wi­nien. Tout comme à Cannes, le bon populo des gogos, agglu­tiné contre des bar­rières d’éloignement, vient accla­mer ses vedettes dont il ali­mente les for­tunes éhon­tées. Une photo, un grif­fon­nage à la va-​vite, et les voilà payés d’une pauvre illu­sion. Celle-​là même qu’ils (et nous avec !) vont cher­cher en échange d’un ticket de cinéma. Si tant est que nous ayons besoin d’illusion. Comme si la vie serait trop insup­por­table sans Elle.

Tout ça pour ça : Cannes, je m’en tape ! Oui et non.

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Des­sin © andré faber


Cuba. Le journaliste Alberto Santiago Du Bouchet condamné à trois ans de prison

Alberto San­tiago Du Bou­chet, cor­res­pon­dant à La Havane de l’agence de presse indé­pen­dante, Habana Press, a été condamné ce 12 mai à trois ans de pri­son. Il avait été arrêté le 18 avril, offi­ciel­le­ment pour « outrage ».

Jugé à la hâte deux jours après son incar­cé­ra­tion, Alberto San­tiago Du Bou­chet a peu de chance de voir sa peine infir­mée. L’avocat qui a inter­jeté appel de la condam­na­tion n’a même pas pu l’assister en pre­mière ins­tance. Alberto San­tiago Du Bou­chet est le vingt-​quatrième jour­na­liste empri­sonné à Cuba, le qua­trième depuis que Raúl Cas­tro a assumé la pré­si­dence du Conseil d’État, en juillet 2006. Pour Repor­ters sans fron­tières, « mal­gré la tran­si­tion, l’île tient tou­jours son rang de deuxième pri­son du monde pour les journalistes ».

Ce jour­na­liste dis­si­dent a déjà purgé une peine d’un an de pri­son pour un motif simi­laire, d’août 2005 à août 2006. « Son incar­cé­ra­tion, com­mente RSF, inter­vient dans un contexte de coup d’arrêt aux mesures d’ouverture enga­gées par Raúl Cas­tro après son acces­sion offi­cielle à la tête de l’État, en février 2008. Ainsi, les jour­na­listes dis­si­dents se heurtent à nou­veau à des dif­fi­cul­tés pour accé­der à Inter­net dans les hôtels. Les har­cè­le­ments de la Sécu­rité de l’État ne cessent plus. Le régime a repris la voie de la répres­sion après avoir cher­ché davan­tage de res­pec­ta­bi­lité auprès de la com­mu­nauté inter­na­tio­nale. Ce double jeu ne sau­rait tenir longtemps ».

Vingt-​quatre jour­na­listes sont actuel­le­ment déte­nus à Cuba. Trois d’entre eux, depuis la tran­si­tion de juillet 2006, ont été empri­son­nés sur la base de l’article du code pénal cubain punis­sant la “dan­ge­ro­sité sociale pré­dé­lic­tueuse”, qui per­met d’incarcérer un indi­vidu même s’il n’a com­mis aucun délit.

C’est à la suite d’un échange ver­bal avec un offi­cier de police, le 18 avril à Arte­misa (pro­vince de La Havane), qu’Alberto San­tiago Du Bou­chet a été conduit au com­mis­sa­riat de la ville. Les cir­cons­tances de son arres­ta­tion res­tent mal connues. Le jour­na­liste avait été plu­sieurs fois menacé de retour­ner en pri­son après sa libé­ra­tion, en août 2006, en rai­son de ses acti­vi­tés au sein de la presse dissidente.

Par ailleurs, une menace de condam­na­tion à quatre ans de pri­son – tou­jours pour “dan­ge­ro­sité sociale prédélictueuse” – a été adres­sée, le 7 mai 2009, à Lisbán Hernán­dez Sán­chez, 27 ans, du bureau d’information de la Com­mis­sion Mar­tiana. Des agents de la Sécu­rité de l’État se sont ren­dus au domi­cile du jeune jour­na­liste pour l’avertir, selon le site Payo­libre.

Sur les 24 jour­na­listes aujourd’hui déte­nus à Cuba, 19 ont été arrê­tés lors du “Prin­temps noir” de mars 2003 et condam­nés pour leurs seules opi­nions à des peines com­prises entre qua­torze et vingt-​sept ans de pri­son. Parmi eux, Ricardo Gonzá­lez Alfonso, direc­teur de la revue De Cuba, le cor­res­pon­dant de Repor­ters sans fron­tières, libé­rable en 2023.

[Sources : RSF, Paris et Échange inter­na­tio­nal de la liberté d’expression, Ottawa (IFEX)]


Avis de gros temps sur la démocratie

Mon vieux pote Ber­nard Lan­glois consacre presque tout son Bloc-​notes dans Poli­tis de cette semaine à un sujet que je me devais de trai­ter ici-​même : le fas­cisme ram­pant qui s’insinue dans nos quo­ti­diens comme des cafards dans des arrière-​cuisine pas propres.

Lan­glois inti­tule sa chro­nique « L’heure du lai­tier » et on devine tout de suite qu’il ne cause pas de la crise agri­cole. Il parle pré­ci­sé­ment de ces opé­ra­tions poli­cières fachoïdes qui se mul­ti­plient comme jamais depuis que nous vivons en Nou­veau régime. A preuve, la hausse phé­no­mé­nale du nombre des gardes à vue enre­gis­trées dans notre beau pays. Dans son récent rap­port, l’Observatoire natio­nal de la délin­quance (OND) pointe une hausse de 35,42 % en cinq ans, plus rapide que le nombre de per­sonnes pour­sui­vies en jus­tice (22,56 % durant la même période). D’après ce rap­port, 577 816 gardes à vue ont eu lieu en 2008 contre 426 671 en 2003. Une forte hausse, qui concerne éga­le­ment les per­sonnes mises en cause, c’est-à-dire pour­sui­vies en jus­tice, dont le nombre a bondi de 956 423 à 1 172 393. [Le Monde, 12/​05/​09].

Des chiffres qui tou­te­fois ne disent rien de la nature des vio­lences, humi­lia­tions, injures et sadismes en tout genre pra­ti­quées par les « garants de l’ordre répu­bli­cain ». Bref, j’en reviens au papier de Lan­glois et même que je vais ci-​dessous le pom­per allé­gre­ment, ce qui n’interdit pas de lire le reste de sa chro­nique et de Poli­tis – au contraire.

« […] On annon­çait ce lundi midi que trois « proches » de Julien Cou­pat avaient été arrê­tés dans la région rouen­naise et pla­cés en garde à vue. À 14 heures, alors que je m’attaque à la rédac­tion de ce pré­sent bloc-​notes, un coup de fil m’apprend qu’un autre coup de filet a pêché, à For­cal­quier, quatre autres sus­pects de la « mou­vance », dont Johanna et Fran­çois Bou­char­deau. Direc­tion Mar­seille pour inter­ro­ga­toire à l’hôtel de police (« l’Évêché », comme on conti­nue de dire là-​bas, eu égard aux anciennes fonc­tions de cet édi­fice qui sur­plombe le Vieux Port, et où l’on dis­tri­bue main­te­nant plus sou­vent des tor­gnoles que des béné­dic­tions). En matière de ter­ro­risme, puisque c’est dans cette caté­go­rie qu’on a classé l’affaire qui nous occupe, tous ces braves gens peuvent res­ter en garde à vue jusqu’à 96 heures, une paille ! Ainsi, le pou­voir judi­ciaire conti­nue de s’acharner sur des citoyens aux­quels, jusqu’à preuve du contraire, on ne peut repro­cher que des faits qui relèvent de la liberté de pen­ser et de mani­fes­ter. Voyons voir : je ne connais pas les embas­tillés de la région rouen­naise, mais je connais bien ceux de Forcalquier.

« Fran­çois Bou­char­deau fut long­temps (depuis l’adolescence, dans les années 1970) un des piliers de la célèbre com­mu­nauté de Longo Maï, dont le centre est situé sur la col­line Zin­zine, proche de Limans, à quelques kilo­mètres de For­cal­quier. Il l’a quit­tée depuis quelques années pour prendre la direc­tion de HB édi­tions, fon­dée par sa mère, l’ancienne ministre de l’Environnement Huguette Bou­char­deau, dont il a ins­tallé le siège à For­cal­quier même. Sa femme, Johanna, et leurs deux enfants vivent tou­jours dans la com­mu­nauté, où l’on ne se borne pas à culti­ver les terres arides de la Haute-​Provence : depuis tou­jours, né de l’éruption de Mai 68, le pro­jet lon­go­maïen est poli­tique, et prône et pra­tique (dans la vie quo­ti­dienne, les rap­ports de pro­duc­tion et d’échanges, par l’exemple vivant, l’essaimage, la trans­mis­sion, la pro­pa­gande écrite et orale – Radio Zin­zine (1) est une sta­tion de qua­lité qui rayonne sur la région – et tous autres moyens légaux et non vio­lents) un mode de vie et d’organisation sociale en rup­ture avec la société capi­ta­liste. Inter­na­tio­na­lisme, auto­ges­tion, soli­da­rité, par­tage, tiers-​mondisme : toutes ces choses, là, qui furent au coeur d’un idéal de gauche quand la gauche avait un idéal. Des gau­chistes, quoi.

« Le rap­port avec les incul­pés de Tar­nac ? Dans la pra­tique, je l’ignore. Dans la vision du monde, le rejet de la société mar­chande, la recherche et la pra­tique d’un mode de vie dif­fé­rent, il est évident. Lorsque l’affaire de Tar­nac a éclaté, souvenez-​vous, j’avais du reste fait un paral­lèle entre les deux groupes. C’est donc tout natu­rel­le­ment que s’est immé­dia­te­ment posée la ques­tion de la soli­da­rité entre Longo Maï et Julien Cou­pat et ses amis. Ou plu­tôt qu’elle s’est impo­sée d’elle-même : dans le mou­ve­ment de sou­tien aux incul­pés qui s’est mis en place au plan natio­nal, nos Pro­ven­çaux (inter­lopes, mais Pro­ven­çaux quand même !) n’ont pas été les der­niers à se mobi­li­ser. Et les Bou­char­deau en par­ti­cu­lier, qui ont repré­senté Longo Maï dans les diverses réunions de coor­di­na­tion des comi­tés de soutien […]

« On en est là, les amis. On le savait déjà pour ce qui concerne l’aide aux migrants clan­des­tins (quoi qu’en dise le traître emblé­ma­tique du gou­ver­ne­ment), mais c’est vrai en géné­ral pour toute forme de sou­tien à des mili­tants en butte à la police et à la jus­tice : la soli­da­rité est désor­mais un délit. Peut-​être même bien un crime ? Va savoir ! Ter­ro­risme, ce mot bien fait pour pani­quer le peuple, qu’on ne devrait employer qu’avec d’infinies pré­cau­tions, est mis à toutes les sauces. On s’en par­fume le battle-​dress, on s’en gar­ga­rise le goitre, on alliot-​marise toute la vie sociale. Bien­tôt, on ne sera plus dans ce qui est censé carac­té­ri­ser une démo­cra­tie, selon la for­mule bien connue : « Une société où, quand on sonne à votre porte à 6 heures du matin, c’est le lai­tier ! » Pour Fran­çois et Johanna et les deux jeunes enchris­tés avec eux, comme pour les gens de Rouen, et peut-​être d’autres encore, ailleurs, ce matin ce n’était pas le lai­tier, mais la police judiciaire. »

Lan­glois évoque la fli­caille de Mar­seille. Elle est tri­ple­ment d’actualité. Outre cette affaire-​là, celle de l’enseignant et son « Sar­kozy, je te vois ! » qui élec­trise et la force publique et le pro­cu­reur de la Répu­blique – lequel ne craint pas le ridi­cule en requé­rant 100 euros d’amende ! L’autre, le pla­ce­ment en garde à vue – et encore une ! – au com­mis­sa­riat Noailles de Mar­seille, pen­dant plus de 24 heures, d’un syn­di­ca­liste de la CGT, Charles Hoa­reau, suite à une simple convo­ca­tion dans une affaire de conflit social.

N’allons pas en infé­rer qu’il y a du Sarko dans tout ça – d’ailleurs l’ « Ély­sée » dément être inter­venu en quoi que ce soit… Pas besoin : c’est la force du pou­voir exces­sif de conduire ses agents (sbires ou seule­ment zélés ser­vi­teurs) à inté­rio­ri­ser les ordres d’En-Haut sans qu’ils aient à être expres­sé­ment for­mu­lés. L’état démo­cra­tique réel d’un régime se mesure pré­ci­sé­ment à l’aune de tels débor­de­ments répres­sifs et au fait qu’un État les tolère. C’est le meilleur baro­mètre de la pres­sion auto­ri­taire. Ces temps-​ci, la météo poli­tique n’annonce rien de bon.

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(1) Vous me direz que je ne manque pas d’air en pom­pant un confrère de manière aussi éhon­tée. J’ai une excuse et même deux : 1) Pour­quoi retis­ser une laine d’aussi haute lice ? 2) Sur­tout quand le tis­se­rand est consentant.

(2) Radio Zin­zine Info, 04300 Limans, www​.radio​zin​zine​.org et Longo maï, Révolte et uto­pie après 1968, vie et auto­ges­tion dans les coopé­ra­tives euro­péennes, Bea­triz Graf, The­sis ars his­to­rica, 176 p. Écrire à : trixiegraf@​yahoo.​fr


À Albert Camus, un salut en passant

Avec mon pote Ber­nard, l’autre jour, on est allés en pas­sant saluer la mémoire d’Albert Camus au cime­tière de Lour­ma­rin, près de chez moi. C’est là qu’il avait choisi de vivre quand il s’est tué en voi­ture dans l’Yonne, à 47 ans. Nous sommes arri­vés trop tard pour pro­fi­ter aussi des iris en fleurs. Mais bien en avance pour le 50e anni­ver­saire de sa mort – gare à la récup’ des com­mé­mos ! Il n’y pourra rien, pas plus que Jau­rès et Guy Môquet. Fina­le­ment, on a rude­ment bien fait de prendre tout le monde de court en s’arrêtant devant sa tombe, un modeste coin de terre médi­ter­ra­néenne, d’iris et de lavande, une pierre mini­male, sans épi­taphe ; deux mots, deux dates au let­trage simple égayés de petits cailloux anonymes.

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© photo GP 2009

Jour­na­liste et phi­lo­sophe – dans cet ordre –, d’Alger Répu­bli­cain à Com­bat, de l’Étranger à l’Homme révolté, Albert Camus ne connaî­tra pas son père tué sur le front de la Marne peu après sa nais­sance. Il est élevé par sa mère, femme de ménage, anal­pha­bète et sourde, vivant dans le popu­laire quar­tier Bel­court à Alger. Un ins­ti­tu­teur, Louis Ger­main, le remarque et le pousse vers le lycée et les études. C’est à lui, après sa mère, qu’il dédiera son prix Nobel.

Le fond des manus­crits de Camus est déposé à Aix-​en-​Provence, à la biblio­thèque Méjanes.


« J’ai l’impression de travailler pour nourrir les banquiers »

Dans son Cour­rier des lec­teurs, le quo­ti­dien bre­ton Le Télé­gramme vient de publier le cour­riel poi­gnant d’un habi­tant de Gui­pa­vas, près de Brest. C’est un témoi­gnage dur, que son auteur, Jean-​Luc, inti­tule avec rete­nue « famille en detresse ». « Des cas comme celui-​ci, com­mente un autre lec­teur du Télé­gramme, il y en a des cen­taines de mil­liers. Allez voir une dis­tri­bu­tion aux Res­tos du Coeur ou ailleurs ! Je suis étonné de votre éton­ne­ment devant ce témoi­gnage ! » Voici ce texte :

« je me pre­sente jean­luc agent de pro­prete 1100€ de salaire ma femme anne marie actuel­le­ment en conge d edu­ca­tion paren­tal 1000€ allo­ca­tion famil­liale 4 enfant a charge dont la der­niere a 6 mois .ma situa­tion finan­ciere a com­men­cer a ce degrade depuis la gro­sesse de ma petite der­niere suite a des arret de mala­dies de mon epouse .le fait aussi que le temp de la mise en place de l allo­ca­tion d edu­ca­tion paren­tale et du refus de l employeur de mon epouse de lui paye ses jours de congees payes (ad29) on se retrouve avec un manque d entree d argent et depuis la banque (sau­vee par l etat avec l argent des contri­buable et peut etre aidee der­nie­re­ment par l etat a hau­teur de quelque mil­lions d euros lcl ) me ponc­tionne envi­ron au moins 100€ voir plus de frais , certes ma ges­tion n est pe ut etre pas des meilleur mais avec 4 enfants dont un au lycee une au col­lege un en pri­maire et la petite der­niere avec les frais de couche le lait les petit pot tous cela nous reviens chere. lundi j ai eu mon salaire etant paye en cheque il a fallu attendre mardi (les feniant tra­vaille pas le lundi sauf l argent ) pour deposse mon salaire ma femme a demande a retire de l argent la ban­quiere lui a dit quil faut attendre 3 jours mon epouse a donc pris ren­dez vous ce mer­credi pour avoir du liquide ren­dez pris la ban­quiere lui a accor­dees que 50€ et lui a dit que sa sera tout pour le mois meme en ayant des aides des secours (nour­ri­ture sou­vent ava­riees je leurs en veut pas il font ce qu il peuvent et merci encore a eux ) 50 € cela ne paye pas les frais de tan­sport sco­laire la can­tine 50€ ca nous fais dix euro par semaine pour une famille de 6 per­sonnes je suis deses­pere ma femme na rien vou­lue mange ce soir .pour moi j ai l impres­sion de tra­vai­ler pour nour­rir les ban­quier plu­tot que ma famille .peut etre que dans ce pays il vaut mieux etre au rmi qu etre aux smic mais je pre­feres avoir la fierte d avoir un emploi bref aidons nous les uns les autres mais le lan­gages des banques ces plu­tot aidez nous les contri­buables nous on vous aide­ras pas .voila cela ma fait du bien d expri­mer ce que j avais sur le coeur j espere pou­voir conti­nuer a lire mon tele­gramme le matin avec mon bol de cafe une tra­di­tion de pere en fils et cela depuis mon plus jeune age et la releve et assure car mon fils de sept ans regarde deja les resul­tat de foot sur votre jou­nal merci a vous »

En guise de com­men­taire et à pro­pos de banques voici, recto-​verso, un beau gros billet de circonstance…

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Encore un incident à la centrale nucléaire du Tricastin

Révé­la­teur de la « trans­pa­rence » tant van­tée par l’exploitant du nucléaire fran­çais et leurs auto­ri­tés de sûreté : c’est en effet la Crii­rad, labo­ra­toire indé­pen­dant de Valence qui a révélé aujourd’hui 15 mai le der­nier inci­dent sur­venu il y a deux jours dans la cen­trale du Tricastin.

Ce mer­credi 13, donc, deux pièces métal­liques de deux tonnes cha­cune sont tom­bées d’une hau­teur d’environ 15 mètres, dans le bâti­ment du réac­teur n°1. L’accident n’aurait pas fait de vic­time. Il s’ajoute à la série de dys­fonc­tion­ne­ments sur­ve­nus depuis un an sur le site [Voir nos articles ici-​même]. L’événement, qui n’a pas encore été classé sur l’échelle inter­na­tio­nale, sur­vient juste avant la venue annon­cée pour ce lundi 18 mai du pre­mier ministre. Il doit visi­ter la future usine d’enrichissement. Enri­chis­se­ment est bien le mot s’agissant d’un sec­teur – le nucléaire – qui a le vent en poupe dans les éco­no­mies si avides d’énergie à tout prix – même au prix d’une poli­tique de gri­bouille, s’agissant en par­ti­cu­lier de la sûreté et de la ges­tion des déchets radioactifs.

Selon la direc­tion d’EDF, « par mesure de pré­cau­tion, dès la sur­ve­nue de l’événement, les chan­tiers ont été sus­pen­dus et les inter­ve­nants, près d’une tren­taine, ont quitté le bâti­ment réac­teur », et des contrôles « ont été réa­li­sés immédiatement ».


1er mai à Metz : l’anar-chie a vaincu

Une force sub­ver­sive nou­velle vient de sur­gir ! Ça s’est passé ce 1er mai, à Metz, ainsi que le montre notre docu­ment exclu­sif : deux dan­ge­reux membres du FRPG, com­pre­nez Front révo­lu­tion­naire des pauvres gra­phistes, ont pris la tête de la com­mémo, coif­fant les forces de la Tra­di­tion, y com­pris même les hordes noires et rouges de la CNT, Confé­dé­ra­tion Natio­nale du Tra­vail. Bref, ça a chié à Metz où, raconte un témoin, « on n’avait pas vu pareille anar­chie, depuis et même avant la guerre ! » T’as qu’à voir.
Et on le voit :

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On ne sau­rait en dire autant à Aix-​en-​Provence où, on le voit là aussi, la grosse bour­geoi­sie conti­nue à tenir le haut du pavé :

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  • Mai 2012, en rouge et bleu…

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  • « L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances » Ber­trand Russell
  • Non à la propagande d’AREVA !

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  • Fin de bestiaire

    Mou­tons, orangs-​outangs, canards… Dans mon bes­tiaire, on devrait aussi croi­ser la cohorte des humains cré­dules cou­rant après leurs propres sor­nettes… Suf­fit de regar­der autour de soi. Et de se regarder…

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