On n'est pas des moutons

Archive for janvier, 2010

Journalisme : Photo d’une profession mal en point

Pro­fes­sion vieillis­sante, salaires en baisse… Les jour­na­listes fran­çais, dont le nombre stagne, paient au prix fort la crise de la presse. La lec­ture de l’étude « Pho­to­gra­phie de la pro­fes­sion des jour­na­listes », réa­li­sée par l’Observatoire des métiers de la presse en coopé­ra­tion avec la Com­mis­sion de la Carte d’Identité des Jour­na­listes, est dépri­mante. On peut tout de même en lire les prin­ci­pales don­nées sur Media Trend .


HAÏTI. Les « miraculés » de la « malédiction » entretiennent une mystique du malheur

Au onzième jour, déjà, la ten­sion, l’attention baissent d’un cran : plus rien ce soir [24/1/10 ] sur la page d’accueil du Monde.fr. De son côté, en ce moment même [22 heures] la télé dis­tille de la bonne conscience en tubes, ceux des chan­teurs com­pa­tis­sants, com­pas­sion­nés, qui vont peu ou prou miser une par­tie de leur ave­nir sur les débris de Port-aux-Princes, si mal nom­mée aujourd’hui.

Mais, heu­reu­se­ment, le monstre média­tique man­geur de pauvres et de mal­heu­reux, dont il tient com­merce per­ma­nent, sur­tout au nom de l’ « info conti­nue » – heu­reu­se­ment pour lui, ce monstre à feuille­tons, voilà qu’on déterre, vivants, des « mira­cu­lés ». En ce dimanche de bru­masse hexa­go­nale, la messe du 20 heures nous a donc servi le mira­culé du onzième jour. Il était temps et, si on ose dire, il a eu chaud, ayant failli être vic­time de la mira­cu­lite.

En effet, à force de crier aux miracles, vu que ce n’en étaient nul­le­ment, les sau­ve­teurs se pré­pa­raient à plier bagages pour aller souf­fler un peu à côté, sur d’autres plages antillaises. Il fal­lut les prier de por­ter encore atten­tion à de pos­sibles sur­vies, non point mira­cu­leuses, mais somme toute expli­cables par les condi­tions et cir­cons­tances phy­siques : per­sonne solide (ou rési­liente comme on dit), non bles­sée, aérée et même ali­men­tée en eau et bis­cuits comme ce fut le cas pour le sur­vi­vant du jour, ense­veli indemne sous les décombres d’une épicerie.

Donc on a parlé de miracles à tout bout de champ, pour cha­cun de la soixan­taine de sur­vi­vants déga­gés. Que les croyants et autres mys­ti­fiés parmi les pauvres gens d’Haïti, se réfèrent ainsi à leur habi­tuel registre d’imploration, soit ! Mais que la plu­part des jour­na­listes sur place ou les com­men­ta­teurs éloi­gnés reprennent à leurs comptes de telles lita­nies, non ! Tou­jours ces sur­vols épa­tés, abu­sés, et repris de manière tapa­geuse, voyeu­riste, spec­ta­cu­laire, là où la recherche des faits et des expli­ca­tions – com­ment, pour­quoi les sur­vies ? – de manière ration­nelle s’imposerait en conscience journalistique.

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Le Monde du 15 jan­vier : gra­phisme sévère, en noir et blanc. La dra­ma­tur­gie édi­to­riale est en place.

De même, sur ce registre là de la croyance mys­tique, avons-nous eu droit à la fameuse « malé­dic­tion » d’Haïti et à son peuple « mar­tyre ». Le Monde même, de si haute réfé­rence, a sorti une page titrée plein pot « Haïti La Malé­dic­tion » [15/1/10]. Même si le pro­pos se trou­vait nuancé, le titrage empor­tait tout, aussi, sur son pas­sage dévastateur.

Certes, des articles ont été pro­duits pour appor­ter de la réflexion ; et des Haï­tiens éga­le­ment ont témoi­gné, pro­testé, informé, remuant his­toire et géo­po­li­tique pour lut­ter contre cet autre séisme, celui des cli­che­tons, de la super­fi­cia­lité ou de l’ignorance. Et pour accu­ser nom­mé­ment le poids de la misère entre­te­nue par des siècles de mépris du peuple, inter­di­sant à un pays de deve­nir un lieu de plus de jus­tice, plus d’harmonie – à défaut de l’utopique et néfaste « tout tout de suite ».

Le mal­heur pro­voque aussi de l’obscène ; comme la mala­die accouche du télé­thon ou engraisse les indus­tries du vac­cin ; comme les poli­ti­ciens escomptent leurs divi­dendes ; comme un Bes­son donne « ins­truc­tion à ses ser­vices de sus­pendre immé­dia­te­ment toutes pro­cé­dures de recon­duite dans leur pays d’origine des res­sor­tis­sants haï­tiens en situa­tion irré­gu­lière sur le ter­ri­toire natio­nal ». Le brave homme ! Mais tan­dis que l’attention se trouve tour­née vers les Caraïbes, voilà qu’une cen­taine d’errants, des Kurdes semble-t-il, ont cru atteindre leur eldo­rado sur les rivages corses – dont les tours génoises avaient fini par oublier l’Envahisseur… Les tours, mais pas le têtes de Maures… Et pour­quoi, ceux-là, comme les autres dam­nés de la terre d’Afrique, ne feraient-ils pas l’objet de la bien­veillance de M. Bes­son ? Ter­rible contra­dic­tion à base d’Insoutenable injus­tice. C’est ainsi, par tous les saints et leurs dieux !

De ces sor­nettes les Haï­tiens, entre autres de par le vaste monde, se sont trou­vés abreu­vés des siècles durant. On ne parle pas seule­ment des actuelles bon­dieu­se­ries, mais aussi des cultes vau­dous impor­tés avec les esclaves yoru­bas depuis les côtes du Daho­mey et du Nige­ria jusqu’aux terres cari­béennes (Cuba y com­pris où la variante vau­doue de la San­te­ria fait le meilleur ménage avec les reli­gions catho­lique et cas­triste). Voilà qui n’aide pas à rele­ver le front et à se défaire des jougs de l’Histoire. Reli­gio­sité de bazar, super­sti­tions et cré­du­lité poli­tiques ont causé plus de mal au peuple haï­tien que toutes ses « malé­dic­tions » pas­sées et actuelles, lais­sant le champ libre à la sujé­tion poli­tique, éco­no­mique et sociale.

Les « pauvres gens » appellent de la com­pas­sion dans le mal­heur, mais bien davan­tage de mépris par indif­fé­rence dans les jours ordi­naires où s’écoule le long fleuve tran­quille de la Misère. Tan­dis que, pas ran­cu­niers, levant les yeux au ciel, les sur­vi­vants du séisme remer­cient Dieu de les avoir épar­gnés – eux…

PS. Je n’ai pas envoyé de sous à la Fon­da­tion de France, orga­nisme de cha­rité pri­vée que je n’ai nulle envie de cau­tion­ner. Je l’ai fait en m’adressant à une ONG que je connais bien, avec laquelle j’ai col­la­boré en Afrique, qui a une antenne depuis quize ans sur place. Il s’agit du GRET, Groupe de Recherche et d’Échanges Tech­no­lo­giques. [ http://www.gret.org ] Il y tra­vaille notam­ment sur l’accès à l’eau potable, ins­tal­lant des bornes-fontaines dans les quar­tiers de Port-aux-Princes. Ses qua­torze membres n’ont pas été tou­chés par le séisme et conti­nuent à œuvrer sur place. On peut donc direc­te­ment les aider en envoyant leur des dons au Comité Fran­çais pour la Soli­da­rité Inter­na­tio­nale (CFSI), adhé­rent du Comité de la Charte du Don en confiance –CFSI, 32, rue le Pele­tier, 75009 Paris, en met­tant au dos du chèque : Gret Haïti.

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« Das Kapital » au Moulin à Jazz de Vitrolles. Folie joyeuse et grave

Ça se joue dès les pre­mières mesures. On sait alors. On sait que l’affaire va nous emme­ner loin. Tiens, hier samedi, au Mou­lin à jazz de Vitrolles. Ce trio bâti pour un com­plot : s’appeler « Das Kapi­tal », il le fal­lait par ces temps de finance toxique, de came­lote et de spec­tacle ava­rié. Sax ténor, gui­tare, bat­te­rie – un siècle à eux trois et plus qu’assez pour secouer le vieux monde.

Daniel Erd­mann, souffle de sirocco et vents de la Saxe (saxo de la Saxe, ah ah !), lui qui est né à la fron­tière des deux Alle­magne, mais du moins pire côté. Il a ainsi eu vent de Karl le barbu kapi­tal, mais aussi, vers l’Est, d’un com­po­si­teur fameux, Hanns Eis­ler, qui va nour­rir tout le concert en Bal­lads & Bar­ri­cads, après le disque du même tonneau.

A l’autre bout de la scène, Hasse Poul­sen, maillot rouge, un autre grand gaillard, franco-danois, gui­tare acous­tique pas­sée au labo électrique.

Entre-deux et aux four­neaux, caisse à outils de méde­cin légiste, allumé tel un Van Gogh dans ses crises, colo­riste et jon­gleur, Keith Jar­rett de la bat­te­rie – il joue par­fois debout –, soit Edward Per­raud, déjà bien connu de la police du jazz (et du Mou­lin en par­ti­cu­lier : son concert d’enfer avec Syl­vain Kas­sap, jan­vier 2007, trois ans tout juste, mémorable).

Tout ça pour plan­ter le décor. Reste le son, inra­con­table comme la musique. On ne peut que bro­der autour, quelques mots. Ou racon­ter des his­toires, comme celle de Hanns Eis­ler qui a réuni nos trois las­cars. Né en 1898 à Leip­zig (là où a tré­passé Jean-Sébastien un siècle avant), mort à Berlin-Est en 1962. Il y a des mal­chan­ceux : la Grande guerre, les nazis en 33, les États-unis qui le chassent au nom de McCar­thy… Retour en RDA, D comme Démo­cra­tie, tu parles… Cen­suré par les com­mu­nistes, mais com­pa­gnon de route de Kurt Weill et de Ber­tolt Brecht, l’ancien élève de Schön­berg écrira aussi, revanche, des musiques pour le cinéma d’Hol­ly­wood. Tout ça pour don­ner un peu à entendre du son de samedi soir, si tant est qu’on joue/écrit ce qu’on est et qu’on a vécu. Et il y a chez Eis­ler des sons d’Allemagne de l’Est et, plus géné­ra­le­ment dans ses intros, de pro­bables rémi­nis­cences de fan­fares, de caba­rets et de baloches, bien­tôt per­ver­ties et envoyées par nos aco­lytes vers les cieux du jazz. Alors on croise les fan­tômes d’Ayler et de Col­trane, et peut-être de Zappa, des audaces de Carla Bley, des bribes d’Opéra de quat’ sous et aussi quelques mesures de l’Inter­na­tio­nale.

Le tout débau­ché en une folie joyeuse et grave, à coups de souffle et de bat­te­ments – ça chauffe et ça pulse. Sans par­ler du plai­sir des yeux, comme disent les mar­chands du souk, le plai­sir de voir aussi le jazz dans ses ébats entre carpe et lapin, la ges­tuelle d’Edward P., allumé de la cym­bale qu’il envoie val­ser après rebond sur tom, et la ratrappe au vol, tan­dis que mugissent les claires et grosses caisses aux peaux tri­tu­rées, que stri­dulent les rides et bols tibé­tains jouis­sant sous l’archet. Baguettes, mailloches, balais certes mais aussi la baguette des res­tos chi­nois et le vieux peigne à dents cas­sées, c’est dire les sons et leur atti­rail par les­quels Edward s’envoie lit­té­ra­le­ment en l’air. Et nous avec. Quel pied !

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Avant ça, heu­reux pra­ti­quants du Mou­lin, il y avait une pre­mière par­tie et, per­met­tez : le même ténor Daniel Erd­mann, aug­menté d’un maître des cla­viers, Fran­cis Le Bras : le gauche au piano, le droit au Fender-Rhodes. Donc une sorte de trio à deux, un ménage fusion­nel, à l’unisson ou en contre­point, aux har­mo­niques de cham­pagne (ils habitent Reims…) et de fruits sau­vages, comme disent les éti­quettes vineuses. Par­fum de mangue aussi au nom de l’invité sur­prise, André Ze Jam Afane, Franco-Camerounais, plus conteur que sla­meur – en tout cas pas rap­peur : tant de dou­ceur et de poé­sie dans la voix et les mots, un jaz­zeur en somme, par­lant de sa défunte Cou­sine Marie – on pense à celle de Col­trane – ou de ces trains char­gés d’hommes, images paral­lèles qui se croisent, espèces en mutation.

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© Pho­tos de Gérard Tissier

Voilà, ces quelques lignes comme un rat­tra­page au concert. Il y a aussi les disques :

Das Kapi­tal, Bal­lads & Bar­ri­cades (excellent, res­ti­tuant au mieux le goût du concert) ; Préhistoire(s), solo d’Edward Per­raud ; son site pour décou­vrir les palettes créa­trices et notam­ment gra­phiques du bon­homme : http://www.edwardperraud.com/

Daniel Erdmann/Francis Le Bras : Bulu-falassi et Duo (chez Vents d’Est)

Fran­cis Le Bras et Alata : Grain de sable (Vents d’Est)

Et pour la suite des folles soi­rées du Mou­lin à jazz : http://www.charliefree.com/

PS. Samedi midi, j’entendais à la radio l’écrivain Ray­mond Que­neau par­ler musique à laquelle il demeura assez peu sen­sible jusqu’à sa décou­verte du jazz (à l’époque de Saint-Germain en com­pa­gnie de Vian, avec Gil­les­pie, Elling­ton, Claude Luter…). Il évoque aussi André Bre­ton, lequel n’aimait car­ré­ment pas la musique… « Oui, ajoute Que­neau, il avait ses lubies »… Com­ment ne pas aimer la musique ? Sur­tout quand on est pape du sur­réa­lisme ! Certes… Et com­ment peut-on être Per­san, hein ?


La môme aux grandes cannes sur la Cane-Canebière

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Voyez un peu, braves gens, sur Qui je tombe hier soir en remon­tant la Cane­bière : la reine de la savane afri­caine, en majesté, comme là-bas ou presque, la tête dans l’acacia (pla­ta­nisé…), les pieds, ô gra­ci­lité des jambes de girafe, sur le pavé déser­tique ou quasi à cette heure frisquette.

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Et, sur­tout, appro­chons, voyons, tou­chons cette robe toute mou­che­tée, tache­tée, bou­qui­née de mille livres, des « poches » de toutes caté­go­ries, à la tex­ture de soie ver­nis­sée. Vision étrange, belle, émou­vante dans sa ver­ti­gi­neuse immobilité.

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444.1264189061.JPGAinsi, ren­dons grâce au génie de la Nature qui a su pla­cer sa plus belle pin-up en plein centre de Mar­seille ! Et cha­peau l’artiste ! (que je ne connais pas).

Ajout du 3/3/10

Venant bou­cher un coin de ma vaste igno­rance, France Culture et sa Fabrique de l’histoire ont super­be­ment raconté hier l’aventure de Zarafa, la  » Pre­mière girafe de France  » – autre­ment balan­cée que sa pen­dante pré­si­den­tielle. Il faut dire que Zarafa n’a pas reçu le coup de foudre sar­ko­zyen :elle avait été offerte au roi de France, Charles X, par le pacha d’Égypte. Lequel avait fait cap­tu­rer deux girafes au Nord-Soudan. On leur fit des­cendre le Nil. À Alexan­drie, on décida, pour ne pas faire de jaloux, d’en offrir une à cha­cune des deux prin­ci­pales puis­sances colo­niales en Afrique : l’Angleterre et la France.

La girafe fran­çaise embar­qua pour Mar­seille, où elle débar­qua  à l’automne de 1826, puis prise en charge par Étienne Geof­froy Saint-Hilaire, natu­ra­liste savant du Jar­din des Plantes, qui eut la mis­sion de la rame­ner, au pas, dans ce sanc­tuaire pari­sien de la Science. Son voyage eut un reten­tis­se­ment consi­dé­rable à l’époque : elle était atten­due par­tout par des foules immenses.

La girafe anglaise, quant à elle, hiverna à Malte, sup­porta mal le voyage par Gibral­tar et l’océan, et mou­rut à Londres dans les bras du roi George.

Quant à la girafe fran­çaise, le délire col­lec­tif fut atteint à Lyon où cent mille badauds accla­mèrent l’étrange vedette sur la place Bel­le­cour. Charles X, à qui elle était per­son­nel­le­ment offerte, se plai­gnit d’être pour ainsi dire le der­nier des Fran­çais à la voir. C’était la pre­mière girafe à visi­ter l’Europe du Nord. Elle vécut tran­quille­ment dix-sept années à Paris, mou­rut, fut natu­ra­li­sée, et se fit oublier, pour res­sur­gir de temps à autres, sous forme de légendes sou­vent invrai­sem­blables. Elle est main­te­nant au Muséum de La Rochelle [photo RF / O. Chaumelle].zarafa.1267626282.jpg

Il y  eut à l’époque une mode fré­né­tique de la girafe, dont l’image fut décli­née sur toutes sortes de sup­ports, depuis des enseignes d’auberges jusqu’à des objets les plus hété­ro­clites. Objet de fan­tasmes, elle fut  » récu­pé­rée  » tour à tour par les hommes de science, les jour­na­listes, les artistes, le clergé, les mar­chands, les poli­ti­ciens… Pen­dant vingt ans — et pour la pos­té­rité — la fièvre  » gira­fique  » a sacré reine de France l’orpheline du Soudan.

Je trouve ainsi, par déduc­tion, l’explication de la pré­sence à Mar­seille, sur la Cane­bière de cette réplique loin­taine et artis­te­ment sty­li­sée de Zarafa, ce que le quo­ti­dien local, La Pro­vence, a été infoutu de m’apprendre. Le jour­nal s’est en effet limité à annon­cer « Les bou­qui­nades » : « Faire décou­vrir le plai­sir des livres et de la lec­ture, sous la bien­veillance de Zarafa II, cette drôle de girafe de plus de 6 mètres de haut et habillée de 3 000 livres, ima­gi­née par l’artiste Jean-Michel Rubio. »


De Proglio à Haïti, il faut sauver les hyper-riches !

C’est dur d’être riche. Et hyper-dur d’être hyper-riche. Voyez Pro­fito, euh Pro­glio obligé de lâcher 450.000 euros de chez Veo­lia [soit 450 Smic !], rien que sous la pres­sion de la vox populi, et un peu aussi sous celle de l’hyper-président, hyper-emmerdé. Fau­drait orga­ni­ser une hyper-quête natio­nale, lan­cer un appel à sinis­tré, genre Haïti, parce qu’il a été secoué, le mec. Se retrou­ver avec seule­ment un salaire d’électricien de 1,6 mil­lion [1.600 Smic], ça en fout un coup au comp­teur. Vrai­ment sale temps pour les riches. Ainsi ceux-là, je cite la dépêche :

« Haïti : les navires de luxe conti­nuent à accoster

« La com­pa­gnie amé­ri­caine de croi­sières Royal Carib­bean conti­nue à faire accos­ter ses navires en Haïti, en dépit du chaos dans lequel est plongé le pays après le séisme, assu­rant que son acti­vité contri­bue à sou­te­nir l’économie dévas­tée du pays. Royal Carib­bean pos­sède une île pri­vée, Laba­die, au nord d’Haïti, à envi­ron 150 km de l’épicentre du séisme, où accostent trois fois par semaine ses bateaux de croisière. »

…ceux-là, obli­gés d’accoster en plein chaos pour sou­te­nir « l’ éco­no­mie dévas­tée du pays ». C’est beau, non, la géné­ro­sité ! À pleurer.

PS. Et une pen­sée pour Madame Lagarde qui, après ses contor­sions suc­ces­sives autant que rap­pro­chées, une fois à l’endroit, une fois à l’envers, va devoir reman­ger son cha­peau– s’il en reste… Ne pas craindre le ridi­cule, ça ren­force comme aurait dit Nietzsche. Même puni­tion pour Copé suite à ses hyper-acrobaties ver­beuses de ce matin sur France Inter. Et encore bravo, les artistes !


L’ « imprudence vraiment coupable » des journalistes de F3 en Afghanistan

Les jour­na­listes, comme dit Guy Bedos, on dirait par­fois, voire sou­vent, qu’ils ont fait l’école hôte­lière : ils savent si bien pas­ser les plats. Les pou­voirs les aiment, ceux-là, qui s’appliquent à lécher les bottes, sinon les culs – mais là, gaffe, il faut y mettre du « talent » afin que cela ne se voit pas trop. Houla-la, c’est tout un métier ! et il est alors dûment reconnu et appré­cié par les pou­voirs, tous les pou­voirs. Un contrat tacite géné­ra­le­ment res­pecté dans la bonne, saine et sou­vent joyeuse conni­vence. Mais au moindre coup de canif, ça se déchaîne. Ainsi, à pro­pos des deux jour­na­listes de France 3, enle­vés le 30 décembre en Afgha­nis­tan, Le secré­taire géné­ral de l’Élysée, Guéant, a estimé que le « scoop ne devait pas être recher­ché à tout prix », confir­mant des pro­pos de Sar­kozy évo­quant une « impru­dence vrai­ment cou­pable ».

« Scoop à tout prix », « impru­dence vrai­ment cou­pable », tou­chants aveux et, du même coup, belle défi­ni­tion par la néga­tion du métier d’informer de la part de ces diri­geants de l’État. En termes directs : qu’allaient donc faire là-bas, ces sales gamins refu­sant la dis­ci­pline mili­taire ?! Jour­na­listes et skieurs hors pistes, c’est tout pareil, de coû­teux inconsciens…

De son côté, le zélé ministre des affaires étran­gères n’a pas voulu être en reste. Lundi, sur France Info, il a déclaré que les jour­na­listes enle­vés avaient été « pré­ve­nus » des risques, ajou­tant : « Ils ont voulu prendre leurs risques, main­te­nant c’est nous qui les pre­nons pour les sor­tir, et c’est nor­mal. ». Tra­dos : ils ont voulu n’en faire qu’à leurs têtes, voilà le tra­vail ! « main­te­nant c’est nous qui »… Et j’aime bien le petit bout de petite phrase selon le pas de danse faux-cul, deux en avant un en arrière : « Et c’est nor­mal » ! C’est en quoi Kouch­ner n’est pas tout à fait ali­gné sur l’Élysée – on ne vient pas de n’importe où, on est indé­pen­dant « nous », non mais !

Oui, les jour­na­listes c’est sur­tout bien quand ça n’emmerde pas le monde, que ça se laisse gen­ti­ment embar­quer dans les blin­dés de l’armée – pas sans risques, certes –, à ser­vir la bonne soupe de la com’. Les autres, on devrait les lais­ser dans leur merde. On n’est pas allés les cher­cher, après tout !


Maréchal, les revoilà !

Bes­son n’aime pas être com­paré à Bra­sillach ou à Laval. Alors qu’il arrête de four­nir la matière pre­mière ! Ainsi sa der­nière, hier à Mar­seille, lors de ses fameux débats sur invi­ta­tions. Ris­quant de se faire voler la citoyenne sug­ges­tion d’un zélé par­ti­ci­pant (faire signer à chaque Fran­çais « une sorte de contrat com­mun […] éta­blis­sant des prin­cipes à la fois moraux et poli­tiques qui consti­tue­rait un ensemble de règles et de droits »), le ministre s’est empressé de confir­mer : « Tout jeune Fran­çais au moment où il bas­cule dans sa majo­rité à 18 ans et va rece­voir sa carte d’électeur pour­rait se voir pro­po­ser de signer un ser­ment, une charte, quelque chose qui l’attache à la Répu­blique », ajou­tant que si « l’on est dans l’ordre du sym­bole, c’est un sym­bole qui peut toucher ».

En somme, la Répu­blique est si aimable et atta­chante qu’il lui faut se faire aimer à coups de liens bien cos­tauds et lour­de­ment symboliques.

Encore un effort, bande de timo­rés ! Pour­quoi ne pas aussi faire jurer sur la bible et/ou sur la consti­tu­tion ? Pour­quoi ne pas his­ser le dra­peau et chan­ter la Mar­seillaise chaque matin à l’école, à l’atelier, au bureau ? Et pour­quoi ne pas édi­ter un timbre-poste (pri­va­ti­sée) à l’effigie de qui l’on sait ? Et ins­tal­ler la dame en buste de plâtre dans les mai­ries ? Et aussi le prince Jean, et le tout der­nier de la dynastie ?

Ah, que ne vais-je vers mes 18 balais et pou­voir cra­cher dans ce brouet pétai­niste ! Et perdre ainsi cette iden­tité nau­séa­bonde ! Et ver­ser enfin mes x géné­ra­tions de Gau­lois plus ou moins bâtards dans la fra­ter­nelle et uni­ver­selle citoyen­neté du Monde ! [Je sais c’est lyrique, mais ça fait du bien…]


HAÏTI. Gare aux surenchères tapageuses !

A se deman­der com­ment inter­net fonc­tionne encore en Haïti alors que tout semble par terre… Il y aurait des « poches » de sur­vi­vance tech­nique reliées au réseau télé­pho­nique mobile, avec un mini­mum d’alimentation élec­trique. C’est éton­nant et pré­cieux. Jusqu’à quand cela pourra-t-il durer ? Des expli­ca­tions sont four­nies sur le blog du Monde.fr qui relaie éga­le­ment des mes­sages Twit­ter, les­quels don­nant aussi des adresses de sites avec de nom­breux textes et pho­tos sur cet épou­van­table drame.

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De ce côté-ci, on peut s’inquiéter au sujet de la coor­di­na­tion des secours, en crai­gnant notam­ment qu’ils ne deviennent pré­textes à des sur­en­chères, avec ces pul­sions de puis­sance démons­tra­tive tou­jours à l’affût der­rière nos poli­ti­ciens. Notre hyper-président en est déjà à pré­tendre recons­truire le pays à lui tout seul – enfin en paroles. Comme si l’urgence ne com­man­dait pas d’abord l’efficacité, n’excluant pas com­pas­sion, soli­da­rité et retenue.


Besson Laval de travers

Éric Bes­son, non­obs­tant ministre de l’immigration – de l’identité natio­nale et du débat atte­nant –, n’aime pas qu’on mêle son nom et son action à ceux de Bra­zillach, Déat, Doriot ou Laval. Évi­dem­ment, il y a plus flat­teur comme com­pa­gnie mais, que voulez-vous ? qui sème le vent… En tout cas, il en avale de tra­vers et en appelle aux tri­bu­naux à l’encontre de Jean-Christophe Cam­ba­dé­lis, membre de la direc­tion du PS, et Gérard Mor­dillat, écri­vain et cinéaste. Tous deux n’y sont pas allés par quatre che­mins pour rap­pro­cher l’actuel ministre de Sar­kozy de quelques tristes figures du régime de Vichy. Dans le Bes­son d’aujourd’hui, Mor­dillat voit du Bra­zillach et Cam­ba­dé­lis plu­tôt du Laval. Ça se dis­cute… Avec avan­tage à Laval, rap­port à sa ful­gu­rante tra­jec­toire qui l’a pro­pulsé d’une gauche « radi­cale » à un radi­ca­lisme plus pétai­niste que Pétain lui-même. Il fau­dra voir à l’usage si le zélé ministre de l’ « ouver­ture » dépasse la maître dans la fer­me­ture natio­na­liste. Puis, par ailleurs, exa­mi­ner si le sar­ko­zysme est un pétai­nisme. Là, les tri­bu­naux de jus­tice n’y suf­fi­ront pas. Ceux de l’Histoire devront être convo­qués – dans long­temps donc.

C’est pour­quoi quelques résis­tants ont pris les devants en deman­dant la sup­pres­sion du minis­tère de l’immigration, tan­dis que d’autres se font signa­taires d’un Appel contre l’indignité en se soli­da­ri­sant avec Gérard Mor­dillat. Voici le texte de cet appel :

 « Doriot, Déat, Laval ont, en leur temps, fourbi leurs armes du côté gauche de l’échiquier poli­tique avant de ral­lier le bord opposé. Eric Bes­son a, en son temps, fourbi ses armes du côté gauche de l’échiquier poli­tique avant de ral­lier le bord opposé.

« C’est un che­mi­ne­ment. Nul n’a pu frei­ner la course de Doriot, Déat et Laval vers les dérives que l’on sait. Nous vou­lons arrê­ter Éric Bes­son. Pas pour lui-même, mais pour la Répu­blique. Pour la démo­cra­tie. Pour les familles décom­po­sées et expul­sées, les sans-papiers de San­gatte et d’ailleurs, les enfants emme­nés des écoles, les contrôles au faciès, les char­ters pour l’Afghanistan… Contre les mul­tiples dérives de ceux qui nous gou­vernent et nous repré­sentent désor­mais si mal, si hon­teu­se­ment parfois.

 « Jouis­sant d’une immu­nité qui leur per­met de pour­fendre la liberté d’expression quand elle leur est contraire, ils attaquent en jus­tice ceux qui leur lancent les traits que mérite leur poli­tique. Ils pro­voquent. Gérard Mor­dillat répond, condam­nant la xéno­pho­bie et le racisme d’un minis­tère dont le seul objet semble être de pour­suivre et de per­sé­cu­ter les étrangers.

« Nous sommes de son bord, soli­daires et cou­pables, pas­sibles des mêmes peines, pré­sents, bien entendu, dans l’enceinte du tri­bu­nal qui le jugera. C’est là notre sens de l” » iden­tité nationale « . »

Signa­taires : John Ber­ger ; Enki Bilal ; Didier Dae­nin­ckx ; Dan Franck ; Jean Vau­trin, écri­vains ; Chan­tal Aker­man, Josiane Balasko ; Samuel Ben­che­trit ; Laurent Can­tet ; Elie Chou­ra­qui ; Phi­lo­mène Espo­sito ; Didier Hau­de­pin ; Cédric Kla­pisch ; Phi­lippe Lio­ret ; Nico­las Phi­li­bert ; Jérôme Prieur ; Claire Simon ; Ber­trand Taver­nier , cinéastes ; et Paul Veyne, historien.

Cour­riel : contrelindignite@gmail.com


Scanners corporels dans les aéroports. Contrôle d’identité et négation de l’identité

La poli­tique, de nos jours, c’est comme la méde­cine : renon­çant à atta­quer la mala­die par ses causes, elle tente de soi­gner avec des remèdes. Ou bien, plus cou­rant, elle casse le ther­mo­mètre pour cacher la fièvre. Ainsi rien n’est-il jamais guéri. De plus, le monde est désor­mais trop mal en point pour l’acharnement à coups de potion magique. Même le trai­te­ment de che­val n’y ferait pas grand chose. Pes­si­miste, le mec ? Seule­ment réaliste.

Par­lons du ter­ro­risme mon­dia­lisé. De ces fana­tiques vou­lant ter­ro­ri­ser la Terre entière, au nom et au ser­vice de leurs croyances. Qu’y pour­ront jamais tous les scan­ners cor­po­rels cen­sés les débus­quer ?  Dans cet éter­nel « jeu » de Tom et Jerry, ver­sion Dis­ney et sado-maso de David et Goliath, les épi­sodes se suivent sans fin dans leurs courses absurdes. Cette nou­velle géné­ra­tion de ter­ro­ristes kami­kazes dif­fère des pré­cé­dentes en ce sens qu’elle n’a rien à échan­ger, pas même la vie. Qu’est-ce donc qui pour­rait arrê­ter une telle folie meur­trière ? Com­ment empê­cher un kami­kaze d’embarquer nor­ma­le­ment dans un avion chargé de ses bagages bour­rés d’explosif et d’actionner la déto­na­tion depuis la cabine avec son télé­phone portable ?

S’il n’était sans doute déjà trop tard, on pour­rait croire qu’une redis­tri­bu­tion dans le grand spec­tacle géo-politique – en par­ti­cu­lier une redis­tri­bu­tion des richesses mon­diales de manière un tant soit peu équi­table – vienne cal­mer ces ardeurs déses­pé­rées… Car toute folie émane de condi­tions bien par­ti­cu­lières – si on écarte les excep­tions à carac­tère « spon­tané ». Avi­dité insa­tiable des riches; arro­gance des pou­voirs poli­tiques et éco­no­miques ; inso­lence des domi­na­tions culturo-marchandes ; néga­tion conco­mi­tante des dif­fé­rences et des alté­ri­tés ; confis­ca­tion des moyens d’expression : voilà, et j’en passe, de quoi ali­men­ter bien des frus­tra­tions et des ran­cœurs. Toutes choses indé­tec­tables au scan­ner !
Comme les autres par­te­naires du « monde occi­den­tal » (= civi­lisé et puis­sant puisque riche), le gou­ver­ne­ment sar­ko­zien va se plier à l’injonction états-unienne anti-terroriste d’ajouter une nou­velle couche de tech­ni­cité pous­sée. Il fau­dra donc en pas­ser par les scan­ners cor­po­rels avant de prendre l’avion. La Ter­reur a encore gagné cette manche : c’est bien elle qui commande.

Depuis le 11 sep­tembre 2002, en par­ti­cu­lier, les aéro­ports sont deve­nus les lieux du fli­cage extrême. Pro­cé­dures et contrôles mul­ti­pliés, pas­se­ports « bio­mé­triques », camé­ras, por­tiques, détec­teurs et flics en sur­nombre nour­rissent une sus­pi­cion géné­ra­li­sée. Et voilà que de nou­veaux engins rayon­nants, au nom du dogme sécu­ri­taire vont fouiller jusqu’au tré­fonds de nos tripes. Contrôle d’identité ? Ou néga­tion de l’identité ?

Ren­dons aux Bush Père & Fils, and Co, la pater­nité de cette obses­sion sécu­ri­taire, cette pan­dé­mie dont le foyer stagne, quoi qu’on en dise, au Proche-Orient – c’est-à-dire autour du chau­dron israélo-palestinien et ses extré­mismes. À Obama en pre­mier de retrous­ser enfin ses manches de ce côté-là. Sinon, il fau­dra même pla­cer des scan­ners cor­po­rels aux embar­ca­dères du ferry-boate dans le Vieux port de Mar­seille. A peine une exa­gé­ra­tion, dans la mesure où les empires, même – et sur­tout – décli­nants ont tou­jours besoin d’un ennemi exté­rieur. Ne sur­tout pas attra­per Ben Laden !


Du bon usage des grands morts

Plein de morts dans le jour­nal. Plein sur les écrans. Des périodes comme ça, comme des len­de­mains de batailles. Séguin, Mano-Solo, Roh­mer. Et moi-même, je me sens pas bien – pour paro­dier Woody Allen. Com­ment i-va lui, au fait ? Ce serait bien aussi, un bon gros mort bien média­ti­sable. Bouh, coco, comme c’est bon pour les audi­mats et même pour le Peuple tout entier et son moral si bas-qu’un-pays-s’est-perdu. Donc bon pour la FFF­France ! Vingt guieux, voyez comme un pupille de la Nation à carac­tère de cochon et à fibre foo­teuse peut vous faire chia­ler toute la FFFrance catho­dique – quoique, avec les écrans plats, les cathodes, enfin c’est du pareil au même et même bien mieux : une larme en haute défi­ni­tion, un san­glot sur son­ne­rie aux morts en dolby xxx, une bro­chette d’ex’ Inva­li­dés, plus la cerise de l’actuel tout en tré­mo­los la main sur le cœur – l’ai-je bien déclamé, le laius de Guaino pas trop sur­joué, hein ? Non, très bien chou­chou, très émou­vant. Et la FFF­France toute en émo­tion­ne­ment de com­mu­nion, bouh, que c’est grand tout ça.

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De Jospin à Séguin, la « classe politique » frappée de « stupeur »

stupeur.1262888791.jpegDites donc, vous avez vu ça, cette secousse qui frappe la « classe poli­tique ». Le Monde.fr n’en peut plus d’un tel choc ; il en voit et en met par­tout de la « classe poli­tique », frap­pée de « stu­peur », vous vous ren­dez compte, cette mort d’un gaul­liste pas­sionné de foot. Ah, la « classe poli­tique », c’est le pen­dant de l’autre fameuse « com­mu­nauté inter­na­tio­nale », ou bien encore le valeu­reux « Occi­dent ». C’est fou ce qu’on est cerné de cli­che­tons, autant dire de coquilles creuses et, fina­le­ment, de vide intel­lec­tuel. Ce matin encore, par exemple, Jos­pin par­lait de « logi­ciel » au lieu de pro­gramme ! Encore un qu’a pas dû potas­ser un Jacques Ellul et sa dénon­cia­tion du Sys­tème tech­ni­cien. Pour­quoi de telles dérives lan­ga­gières ? Sans doute parce que la pen­sée elle-même part en dérive. Elle vou­drait pour­tant « faire bou­ger les lignes » afin de ne pas « aller droit dans le mur » ou de « se tirer une balle dans le pied ». Si bien qu’ « au final », « on dira ça comme ça » fau­drait, il a rai­son quoi, vrai­ment « chan­ger de logi­ciel ».

PS : Lio­nel l’affreux jojo a trouvé le moyen de jus­ti­fier sa déser­tion en rase cam­pagne d’avril 2002, accu­sant « à la limite la gauche [d’avoir] aban­donné celui qui pou­vait la faire gagner au 2e tour. Après il fal­lait  que ce soit aux res­pon­sables socia­listes d’assurer la suite. Moi ensuite je me suis efforcé de les accom­pa­gner à ma place ». Belle réponse de faux-cul ! Gon­flé d’orgueil comme dab. L’auditeur de Mar­seille qui l’avait inter­pellé sur sa déser­tion du 21 avril n’aura plus qu’à rêver d’une cour mar­tiale… Pour ma part, je date de cette lâcheté l’effondrement poli­tique de la gauche, même si Jos­pin n’en consti­tuait pas la seule cause ; mais il y était aussi pour beau­coup, bien avant, avec sa poli­tique de pri­va­ti­sa­tions à tout va et son ral­lie­ment objec­tif à la mar­chan­di­sa­tion de la société. J’ajouterai aussi la louche tac­tique et catas­tro­phique d’inversion de l’ordre des pré­si­den­tielles et des légis­la­tives. Plus, en consé­quence, cette déva­lua­tion com­plète de la « classe politique » !


Selon Val, France inter « coûte cher à l’actionnaire » Sarkozy

Y en a qui apprennent vite la sar­ko­langue et ce qui va avec. Pas trop dur, suf­fit de bien écou­ter le maître. Ainsi Phi­lippe Val, promu comme on sait de Char­lie Hebdo à la direc­tion de France inter. Pour impri­mer sa marque (de fabrique), il concocte en douce un cham­bou­le­ment du ser­vice poli­tique, c’est bien le moins que doive un tou­tou à son maître, lequel n’est pas du tout content de cette bande d’Inter qui ne lui cire pas assez, à son goût, les pompes à talonnettes.

Val a donc com­mencé par tran­cher dans le lard de la mati­nale, en sup­pri­mant d’autorité (il est bien payé pour) une demi-heure d’émission à deux jour­na­listes de la tranche 6 h 30 – 7 h. Ram­dam dans la sta­tion, expli­ca­tions du nou­veau maître :  « France Inter est une radio qui coûte cher à l’actionnaire, qui n’est pour­tant pas très bien traité par la sta­tion » . Réplique le len­de­main par un tract de la société des pro­duc­teurs rap­pe­lant à Val que le seul action­naire de France Inter était le peuple fran­çais, à tra­vers le paie­ment de la rede­vance audio­vi­suelle. Et non pas le pré­sident de la Répu­blique, Nico­las Sar­kozy, qui, néan­moins et désor­mais, nomme lui-même le PDG de Radio France. Rec­ti­fi­ca­tion dudit Val :   » Il est évident pour moi que l’actionnaire d’Inter n’est pas le pré­sident de la Répu­blique, mais les audi­teurs ». Cachons ce sale mot de peuple.
Ça risque donc de chauf­fer à Inter. Tan­dis que l’ « action­naire de l’Élysée » vient d’élever – si on peut dire – le PDG de Radio France, Jean-Luc Hees, au grade d’officier de la Légion d’honneur. L’honneur, y a que ça de vrai.


Bonne année « Fraternité » ? Après vous, je vous en prie !

Après avoir dégainé le beau mot de la répu­bli­caine tri­lo­gie, que Not’ pré­sident tire le pre­mier, qu’il ouvre la voie, montre l’exemple, joigne le geste à la parole, etc. Allez-y mon gars, vous gênez pas pour nous. Je sug­gère même que, avec ses petits bras, il re-grave le marbre des fron­tis­pices éga­le­ment répu­bli­cains dans l’ordre inverse du tiercé, soit 3–2-1 : Fra­ter­nité –> Éga­lité –> Liberté. Ne serait-ce pas le vrai bon meilleur sens afin que cette chère Liberté ne soit pas ainsi pous­sée en avant comme un pro­duit d’appel, une tête de gon­dole aux gros nibards, façon Dela­croix pour la mytho­lo­gie qui mange pas trop de pain ?

Alors, que 2010 soit l’année de la Fra­ter­nité avant celle de la Coupe du monde de foot. Il se dit que 300 mil­liards d’euros vien­draient à bout de la faim dans le monde – des cen­taines de fois moins que les seules dépenses d’armement. On pour­rait même, s’il le faut pour la libido des (im)puissants, gar­der les gros canons, les sales bombes et les méchants navions pour para­der et effrayer la racaille mon­diale. Grat­ter quelques pour cent, ça ne se ver­rait même pas dans le défilé du 14-juillet. Il est vrai qu’un ou deux mil­liards d’humains man­geant à peu près à leur faim, pei­nards dans leurs coins recu­lés, ça ne ferait pas beau­coup de bruit non plus. Voilà peut-être la ques­tion. Encore une affaire de com’. Fut un temps où un sac de riz sur l’épaule vous rap­por­tait gros en noto­riété mon­nayable. C’est vrai­ment que tout fout le camp.

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« Respectons-nous les uns les autres, fai­sons l’effort de nous com­prendre, évi­tons les mots et les atti­tudes qui blessent. Soyons capables de débattre sans nous déchi­rer, sans nous insul­ter, sans nous désunir »

Photo ©gp

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Le progrès, ça dépend tellement… nous rappelle Lévy-Strauss

À peine les fêtes refroi­dies, soit le len­de­main même, des sites mar­chands sug­gèrent lour­de­ment de mettre en vente les cadeaux tom­bés à côté de la plaque. Signe des temps, d’une époque peu encline au don, par lequel les socié­tés se fondent. Tan­dis que de nos jours elle se dis­solvent plu­tôt, non, les­dites socié­tés ? Un mien cadeau que je ne suis pas près de revendre, c’est un pré­cieux bou­quin inti­tulé « Claude Lévy-Strauss, l’homme au regard éloi­gné* » Titre para­doxal qui s’éclaire à la lec­ture et avec le pro­pos de l’anthropologue parti juste avant les fêtes en lais­sant une sacrée dona­tion à l’Homme en quête de lui-même. Ce livre consti­tue un beau lien entre un public et une pen­sée en mou­ve­ment dont il montre aussi les sinuo­si­tés dis­cu­tables, car dis­cu­tées. Tant mieux, voilà qui évite l’hagiographie qui tue.

Le livre donne aussi des extraits d’ouvrages, dont celui que je reco­pie ci-dessous. Avec ce texte, évi­dem­ment, je pense à l’inanité des bara­tins poli­tiques, ou plu­tôt à leur orgueilleuse vanité, si vous voyez ce que je veux dire… en par­ti­cu­lier à pro­pos de l’ « homme afri­cain » et d’une cer­taine « iden­tité nationale ».

Rela­ti­vité de l’idée de progrès

clls.1262363037.jpg« L’historicité ou, pour par­ler exac­te­ment, l’événementialité d’une culture ou d’un pro­ces­sus cultu­rel sont ainsi fonc­tion, non de leurs pro­prié­tés intrin­sèques, mais de la situa­tion où nous nous trou­vons par rap­port à eux, du nombre et de la diver­sité de nos inté­rêts qui sont gagés sur eux.

« L’opposition entre cultures pro­gres­sives et cultures inertes semble ainsi résul­ter, d’abord, d’une dif­fé­rence de loca­li­sa­tion. […] Pour un voya­geur assis à la fenêtre d’un train, la vitesse et la lon­gueur des autres trains varient selon que ceux-ci se déplacent dans le même sens ou dans un sens opposé. Or tout membre d’une culture est aussi étroi­te­ment soli­daire que ce voya­geur idéal l’est de son train. Car, dès notre nais­sance, l’entourage fait péné­trer en nous, par mille démarches conscientes et incons­cientes, un sys­tème com­plexe de réfé­rence consis­tant en juge­ments de valeur, moti­va­tions, centres d’intérêt, y com­pris la vue réflexive que l’éducation nous impose du deve­nir his­to­rique de notre civi­li­sa­tion. […] Chaque fois que nous sommes por­tés à qua­li­fier une culture humaine d’inerte ou de sta­tion­naire, nous devons donc nous deman­der si cet immo­bi­lisme appa­rent ne résulte pas de l’ignorance où nous sommes de ses inté­rêts véri­tables, conscients ou inconscients. […]

« Il n’y a donc pas de société cumu­la­tive en soi et par soi. L’histoire cumu­la­tive n’est pas la pro­priété de cer­taines races ou de cer­taines cultures qui se dis­tin­gue­raient ainsi des autres. Elle résulte de leur conduite plu­tôt que de leur nature. Elle exprime une cer­taine moda­lité d’existence des cultures qui n’est autre que leur manière d’être ensemble. En ce sens, on peut dire que l’histoire cumu­la­tive est la forme d’histoire carac­té­ris­tique de ces super-organismes sociaux que consti­tuent les groupes de socié­tés, tan­dis que l’histoire sta­tion­naire – si elle exis­tait vrai­ment – serait la marque de ce genre de vie infé­rieur qui est celui des socié­tés soli­taires. L’exclusive fata­lité, l’unique tare qui puisse affli­ger un groupe humain et l’empêcher de réa­li­ser sa nature, c’est d’être seul. »

Race et his­toire, Paris, UNESCO, 1952

* Claude Lévy-Strauss, l’homme au regard éloi­gné, de Vincent Debaene et Fré­dé­ric Keck, Découvertes-Gallimard


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  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)
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  • ouah__la_poilade_-_
    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances
    (Ber­trand Russel)
  • Un récent et com­pli­qué chan­ge­ment de ser­veur a causé la perte de quelques « car­tons », en l’occurrence cer­taines images. Les reverra-t-on un jour ? Hmmm…

    1emmen
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