On n'est pas des moutons

Archive for août, 2010

Politiquerie. La lapidation de M. W. et le songe de M. K

Une autre fable à écrire : la vic­time et l’embobineur. Mon­sieur W. et Mon­sieur K. Le pre­mier qui ne craint pas de se décla­rer vic­time d’une « lapi­da­tion média­tique », l’autre disant avoir songé à démis­sion­ner… Deux ministres donc et leurs états d’âme déplacés.

L’un qui se voit en cerf de chasse à courre (syn­drome de Chan­tilly), l’autre à qui « ça [me] fend le cœur », que les Roms, en quelque sorte, se mal­traitent entre eux – pas tant qu’on les expulse comme des parias (qu’ils sont), car « il est néces­saire de faire res­pec­ter la loi ». Dire que ce type d’argument – on a exé­cuté les ordres –  fut entendu au pro­cès de Nurem­berg serait sans doute mal­venu. Pourtant.

Celui-ci, donc, l’embobineur rusé n’ayant de cesse de brouiller ses décla­ra­tions (RTL ce matin), mi-figue mi-raisin, mi-polies mi-acerbes, don­nant du  « mon­sieur » et du « mon vieux » à Apha­tie – car on ne la lui fait pas, côté « mayon­naise » ; pré­ten­dant avoir fait un songe de démis­sion mais vite repris par l’argument de déser­tion – « s’en aller, c’est déser­ter » : une fois suf­fit, soyons un peu résis­tant, sinon cou­ra­geux. Perdre son hon­neur pour les hon­neurs, beuh, c’est pas grand chose, sauf le matin dans la glace.

Celui-là, qui n’a rien fait d’ « illé­gal », on le saura, mais dont on se demande pour­tant depuis des mois ce qu’il aurait bien pu com­mettre de pas propre, de pas bien éthique, pas moral ni droit. Et qui ne craint pas de poser en lapidé, au moment même où une Ira­nienne « adul­tère » risque bien, elle, de périr sous les pierres des fous d’Allah !…  Après tout, c’est la loi cora­nique. Rien d’illégal.

Ces deux-là donc, que l’on pré­dit en fin de par­cours minis­té­riels, auraient bien pu  ten­ter de s’en sor­tir par une pirouette d’honorabilité, une sorte de fierté de façade qui auraient pu jeter un rien de panache sur leur ombre déla­vée. Sans pou­voir faire le deuil de leur déshon­neur, ils fini­ront ainsi dans la « panouille » comme dirait l’ami Lan­glois, dans ces petits rôles même pas seconds, entrant dans l’histoire comme ils en sor­ti­ront : par la porte dérobée.



Rencontres d’Arles. Se rincer l’œil au pied de la photo

Prendre l’expression « se rin­cer l’œil » au pied de la photo. Et direc­tion les Ren­contres pho­to­gra­phiques d’Arles ; elle durent encore jusqu’au 19 sep­tembre, impré­gnant cette ville magni­fique où ne règnent pas que César et son buste fameux, ni les cor­ri­das et leurs rites sau­vages. « Du lourd et du piquant », dit aussi le slo­gan de cette édi­tion 2010 pla­cée sous le signe d’un rhino rose aux cornes vertes.

Bardé de mon « pho­to­phone » (mort aux marques), je me suis per­mis quelques clics, his­toire d’appuyer mes pro­pos sur quelques visions de pas­sage. Des réflexions aussi, puisque l’animal pen­sant jamais ne som­meille (mmm, c’est à voir…)

En fait, j’ai suivi ma fian­cée en ses endroits pré­fé­rés, car déjà repé­rés par elle, entre églises et cloîtres du centre-ville et ex-ateliers Sncf. Trois expos mar­quantes en ville. D’abord les deux des Fer­rari père et fils. Augusto, un Rital sans doute émi­gré en Argen­tine, pre­nait de ses amis en photo dans des scènes pré­pa­ra­toires à la réa­li­sa­tion de fresques peintes des­ti­nées à l’église San Miguel à Bue­nos Aires : des repré­sen­ta­tions sul­pi­ciennes de scènes bibliques, avec sens de la mise en cadre et en lumière.

Puis en face, église Sainte-Anne, lieu tout indi­qué, voilà le fils Léon qui met ses pieds d’iconoclaste dans la bon­dieu­se­rie que papa avait fidè­le­ment ser­vie. Âmes pieuses, pas­ser son che­min vers d’autres dévo­tions. Les autres, savou­rez la force pro­vo­ca­toire (si si c’est le mot voulu) du sacri­lège, en même temps que ses dimen­sions artis­tiques autour d’installations ou d’objets « arran­gés » comme on le dirait d’un rhum. Voici deux zyeu­tées subrep­ti­ce­ment volées par votre voyeur de passage :

Non loin de là, salle Henri-Comte, regard ful­gu­rant du pho­to­graphe hol­lan­dais Paolo Woods sur la société ira­nienne. De grands tirages car­rés, magni­fiques, où vivent des « gens » tels qu’on ne les voit pas, qua­si­ment jamais, dans ce que livre l’« actu » sur cette société atti­rante et mécon­nue. Woods dit aller à l’encontre du pho­to­jour­na­lisme ; en fait, il le pra­tique lui aussi, autre­ment et sur­tout sans les cli­chés, comme il l’a expli­qué au Monde [18/07/2010] : « A la guerre, je voyais aussi que la plu­part des pho­to­jour­na­listes cher­chaient  » la  » photo qui allait s’ajouter aux cli­chés du genre. C’est à celui qui fait le ciel un peu plus sombre, le sol­dat un peu plus pen­ché… Moi, je vou­lais com­prendre, je posais plus de ques­tions que je ne déclen­chais. »

Ci-dessous, une de ses pho­tos mon­trée par­tout ou presque, que je repro­duis donc ici (en petit) comme en ser­vice de presse…

Quelques rails (de che­min de fer) plus loin, voici la « Rue avec ombres humaines » – l’original s’écrit en anglais, plus exo­tique je sup­pose. Ici un archi­tecte japo­nais, Kazuo Shi­noara, mort en 2006, a vu sur­gir dans ses pho­tos urbaines des pré­sences humaines. Mys­té­rieux et tou­chant. Le thème a été retenu pour d’autres, comme cette jeune New-Yorkaise, Taryn Simon, dont les images – magni­fiques grands-formats – redressent en quelque sorte  les erreurs judi­ciaires ; elle réha­bi­lite par la pré­sence pho­to­gra­hique des inno­cents ayant purgé de la pri­son pour des crimes qu’ils n’ont pas com­mis. Vaste sujet, sacré enga­ge­ment de pho­to­graphe. Saisissant.

Tou­jours dans cette même Rue avec ombres, Hans-Peter Feld­mann a  com­posé une gale­rie éton­nante de 101 por­traits de membres de sa famille et amis, soit une per­sonne pour chaque année de la vie… Ça com­mence avec un bébé fille pour finir avec une cen­te­naire… Évi­dem­ment, cha­cun s’arrête plus lon­gue­ment sur la photo cor­res­pon­dant à son âge…

Fin de la balade arlé­sienne avec cette séquence qui laisse son­geur :  ce tableau avec  de vraies têtes de vraies gens, muets, cli­gnant à peine des yeux, puis qui se met à tour­ner sur lui même ; et qui laisse appa­raître le côté lunaire de la face cachée… Vous voyez un peu l’effet ? Du coup on reste pour un deuxième tour, voire un de plus…Entre têtes et culs, tous ces ques­tion­ne­ments, cette matière à réflexion… Ah oui j’oubliais, il s’agit d’un film qui a été tourné pen­dant l’installation-happening due à Gilad Rat­man, un artiste israé­lien. Ça s’intitule The Mul­ti­pillory (le Mul­ti­pi­lori), en réfé­rence à la pra­tique de tor­ture  du Moyen Âge. Pour l” auteur, la scène « évoque l’intimité née d’une néces­sité, et l’humiliation hors de son contexte ».…

 © Photos gp

Mort d’Abbey Lincoln. Voix du jazz et des droits de l’homme

Abbey Lin­coln en concert (1992) Ph. Wikipedia

Abbey Lin­coln est morte samedi (14 août), mais la France des « JT » n’en aura rien su – si j’en crois mes [télé]visions. Cette France aura été gavée des pro­diges d’une Amé­ri­caine de dix ans désor­mais pro­mue Cal­las en herbe. Ou bien, le len­de­main, d’un gamin de huit ans, un Anglais, sur­nommé le « petit Monet » parce qu’il peint comme un dieu… Ne cher­chez pas l’arnaque (enfin si !, s’il y en a une, tou­jours pos­sible), c’est le Spec­tacle qui exige de tels sacrifices.

Donc la chan­teuse de jazz a tré­passé à 80 ans, dans sa mai­son de retraite de New York. On peut bien conce­voir que l’info ne sou­lève guère les rédac­tions télé­vi­sées et qu’il valait mieux, certes, trai­ter des rafles de Roms et autres réprou­vés de la démente poli­tique sar­ko­zyenne. Sauf que lien il y a entre la mort de la dame état­su­nienne et cette désho­no­rante actua­lité fran­çaise. Abbey Lin­coln, en effet, fut une ardente mili­tante pour les droits civiques aux Etats-Unis, c’est-à-dire contre cette ségré­ga­tion qui ren­voyait les Noirs au rayon des sous-hommes.

Noire elle-même, peut-être aussi métis­sée de sang indien, Anna Marie Wool­dridge s’était unie en 1962, à la ville comme au com­bat poli­tique, avec le bat­teur Max Roach (mort en 2007), pion­nier du bebop et mili­tant des droits de l’homme. Ce n’est évi­dem­ment pas par hasard qu’elle choi­sit alors de s’appeler Lin­coln. En 1960, en effet, elle et Roach avaient été invi­tés à contri­buer aux com­mé­mo­ra­tions du cen­tième anni­ver­saire de la pro­cla­ma­tion d’émancipation de Abra­ham Lin­coln pré­vues en 1963.

Voilà pour­quoi l’ « actu » aurait pu réser­ver même seule­ment une brève à cette grande dame à la voix « enga­gée », c’est-à-dire une voix non pas jolie, sur­tout pas enjô­leuse ; une voix si indé­fi­nis­sable et forte à la fois. Le mieux est de la don­ner à entendre. Par exemple dans cet extrait de « Ten­der as a Rose », un chant a capella, pas mili­tant, pas fleur bleue non plus.

Clip audio : Le lec­teur Adobe Flash (ver­sion 9 ou plus) est néces­saire pour la lec­ture de ce clip audio. Télé­char­gez la der­nière ver­sion ici. Vous devez aussi avoir JavaS­cript activé dans votre navigateur.

Pour en savoir plus sur Abbey Lin­coln, ne vous pri­vez pas non plus de lire le très bon article de Diane Gas­tellu sur Citi­zen Jazz.


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  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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