On n'est pas des moutons

Archive for septembre, 2010

26 septembre 2010, Rachida Dati signe l’abolition de la langue de bois

D’abord l’acte de signature :


Ça s’est donc passé dimanche sur Canal +, lorsque l’eurodéputée UMP Rachida Dati a confondu « infla­tion » et « fel­la­tion » . Un cas d’école pour les explo­ra­teurs de l’inconscient.

On dira que c’est facile… Emboî­ter le pas sur ce lap­sus « trop fort » de l’ex-garde des sceaux alors que la machine à moque­rie s’est natu­rel­le­ment embal­lée… Ouais, mais c’est tout de même ten­tant de faire aussi dans le pas com­pli­qué, le pas sérieux sinon le fran­che­ment poi­lant, pour une fois… Comme dit un des innom­brables com­men­ta­teurs en rangs ser­rés : « Rachida Dati, future maire de Saint-​Claude ? ». Ou de ce Mar­cel Duchamp d’occasion : « Ceci n’est pas une pipe. Mau­vaises langues... ». Ou encore cet(te) autre, de lignée plus poli­tique : « Dans un genre voi­sin, j’aime beau­coup ce qu’avait dit Yvette Roudy : « Je suis pour l’égalité des sexes, et je pren­drai moi même les mesures  ». » Ou cet euro­péiste pré­nommé Jean-​Claude : « Mais qui peut encore dire qu’elle s’ennuie à Bruxelles ? les mau­vaises langues sans doute. Enfin, pas de quoi en faire des gorges chaudes, et puis cela nous change de la langue de bois. » Allez, encore cette vache­rie : « Est-​ce que si on en rit, on fait par­tie des anti-​féministes ou des racistes, ou encore des jalouses coin­cées ?... Des jalouses coin­cées sûre­ment. Mais, que ce rire est libé­ra­teur ! Rachida Dati nous révèle-​t-​elle, dans le lap­sus le plus énorme de l’histoire de la radio, le secret d’une pro­mo­tion excep­tion­nelle ? Dédié à tous ceux et à toutes celles qui n’ont eu que la qua­lité de leur tra­vail et leur sérieux pour être pro­mus. »

Et cae­tera, et il y en aura pour des lustres et sous tous les lustres des dîners en ville et cam­pa­gnards. Sans oublier les apé­ros géants, bien sûr.

La ques­tion (de fond) étant : Mais à quoi pense une (ex?) égé­rie sar­ko­zienne quand elle se targue de cau­ser éco­no­mie et « infla­tion » ? Ques­tion sub­si­diaire main­te­nant : com­ment va-​t-​elle « gérer » un tel four­che­ment de langue… en même temps que ses pro­chaines (quand ?) pipo­le­ries mon­daines ? Et com­ment sera-​t-​elle ame­née à bra­ver toute future tri­bune, par exemple à l’issue d’un grave col­loque pour lequel elle aura été invi­tée à « conclure » ? D’autant que – et c’est peut-​être le plus éton­nant – l’émettrice du lap­sus, ne s’en étant même pas rendu compte et n’a pas pipé mot. C’était vrai­ment quelque chose de profond.


Leçon de journalisme de Pflimlin. Ou qui dégoise le jeudi, dimanche repentira

Rémy Pfim­lin n’a pas encore appris à bien tour­ner (sept fois au mini­mum) sa langue dans sa bouche avant de lâcher ce qu’il se voit ensuite obligé de qua­li­fier de « mal­adresse ». Nor­mal, il est encore jeune dans la fonc­tion de PDG de France-​Télévisions adoubé par qui l’on sait. Sa ron­deur de bouille pré­sente encore quelques aspé­ri­tés que l’école du pou­voir ne sau­rait tar­der à lisser.


Ainsi, qui dégoise le jeudi, dimanche repen­tira… Devant le Club de la presse de Stras­bourg (sa région d’origine où il a dirigé le quo­ti­dien mul­hou­sien L’Alsace), Pfl­mi­lin (neveu de Pierre, l’ancien pré­sident du Conseil et maire de Stras­bourg que le Canard enchaîné sur­nom­mait « Petite prune » – ce que veut dire pfli­min en alsa­cien…) envoie sa charge contre Média­part. Si France-​Télévisions avait traité de l’affaire Woerth-​Bettencourt, elle l’aurait fait, a crâ­ne­ment avancé le PDG « pro­ba­ble­ment de façon plus sérieuse et moins émo­tion­nelle, moins mani­pu­la­trice et moins publi­ci­taire ». Car Media­part n’est «  pas l’exemple à suivre  ». Et de dénon­cer des «  dérives à la Big Bro­ther  ». «  France Télé­vi­sions, a-​t-​il mar­telé, a une res­pon­sa­bi­lité impor­tante et on ne peut pas se per­mettre de sor­tir des infor­ma­tions qui sont démen­ties le len­de­main, de mani­pu­ler impu­né­ment  ». Voilà qui n’a pas man­qué d’émouvoir le lan­der­neau jour­na­lis­tique, tout par­ti­cu­liè­re­ment à France-​Télévisions et encore plus à France 2 et France 3. Ces rédac­tions seront appe­lées à éprou­ver les concep­tions du métier d’informer telles qu’esquissées a contra­rio par leur nou­veau patron. L” « exemple à suivre » n’étant pas celui de Media­part, que com­prendre quand Pflim­lin défi­nit com­ment le groupe audio­vi­suel public devait four­nir une « infor­ma­tion de réfé­rence », « indé­pen­dante » et « recoupée »?

Big Bro­ther Rémy s’est aven­turé un peu loin hors de ses plates-​bandes. S’étant per­mis de sor­tir des mots à démen­tir le len­de­main… Le PDG des chaînes publiques dut donc en appe­ler au baume de la repen­tance pri­vée pour bafouiller quelques piteux argu­ments dans le Jour­nal du dimanche. En fait, il assure n’avoir «  pas parlé pour attaquer » Media­part, ayant avant tout voulu «  défendre les rédac­tions de France Télé­vi­sions  ». «  J’ai beau­coup d’estime pour les rédac­tions pro­fes­sion­nelles. Mais j’ai cri­ti­qué les sites qui ne sont pas faits par des jour­na­listes et ne véri­fient pas leurs infor­ma­tions  », a bla­blaté le Pflim­lin ember­li­fi­coté dans le plus plat des lieux communs.

Mal­adresse, certes, que d’avancer en public des pro­pos aussi spon­ta­nés ; désor­mais le nou­veau patron des télés publiques s’y repren­dra à plu­sieurs fois avant d’exprimer le fond de sa pen­sée. Mais comme on dit, c’est le pre­mier pas qui compte. Ou encore, c’est le pre­mier geste qui coûte.

La Société des jour­na­listes (SDJ) de Media­part a dénoncé des pro­pos « dif­fa­ma­toires, rap­pe­lant que « la jus­tice a (...) validé le tra­vail édi­to­rial de Media­part dans l’affaire Bet­ten­court, jugeant que nos révé­la­tions rele­vaient de “l’intérêt public” et de “l’information légi­time” des citoyens ». Les SDJ de France 2 et de France 3 se sont « déso­li­da­ri­sées » des pro­pos de leur nou­veau patron. « On est très sur­pris par ces accu­sa­tions de mani­pu­la­tion, d’autant que les antennes de France Télé­vi­sions ont beau­coup repris les infor­ma­tions de Media­part  » sur cette affaire, a ajouté Yann Fos­su­rier pour la SDJ de France 3. Les syn­di­cats ont aussi pro­testé et exprimé leur inquié­tude quant à l’indépendance des rédac­tions concernées.

On en revient à la sem­pi­ter­nelle ques­tion de l’indépendance des médias et des jour­na­listes à l’égard des pou­voirs – celui de la poli­tique et de l’argent. Le ravi de la crèche gou­ver­ne­men­tale, Fré­dé­ric Mit­ter­rand et néan­moins ministre de la culture (et de la com­mu­ni­ca­tion, certes, comme il se targue de rajou­ter) s’est empressé de jouer les effa­rou­chés à rebours au sujet de l’éventuel – et pro­bable – rachat du Pari­sien par Serge Das­sault, séna­teur UMP et grand pote de Sar­kozy : «  Aucun gou­ver­ne­ment, a-​t-​il clai­ronné, n’a donné autant de gages sur le res­pect du plu­ra­lisme de la presse [sic]. Ce n’est pas parce que l’on pos­sède un jour­nal que sa rédac­tion écrit ce que l’on vou­drait y lire  ». La preuve, il n’y a qu’à lire Le Figaro ! Et qu’à consi­dé­rer l’empressement des uns et des autres à prendre le contrôle des médias domi­nants genre Le Monde et Le Pari­sien, les grandes télés et radios en pas­sant par l’Agence France presse.


Résistant un jour, résistant toujours. À Brest, un ancien combattant volontaire refuse un hochet sarkozien

Brest (Finistère). Ancien com­bat­tant volon­taire de la Résis­tance, Charles Pape­ron, vient de refu­ser le « diplôme d’honneur » que le gou­ver­ne­ment s’apprêtait à lui remettre, esti­mant que celui-​ci déman­tèle les valeurs du Conseil natio­nal de la Résis­tance. C’est ce que relate le Télé­gramme de Brest du 16 septembre.

Sou­hai­tant mar­quer le 70e anni­ver­saire des com­bats de 1940, le secré­taire d’Etat aux anciens com­bat­tants Hubert Falco, se pro­po­sait de remettre un hochet à quelque 250.000 anciens com­bat­tants de la Seconde Guerre mon­diale, en l’occurrence un « diplôme d’honneur ».

Co-​président du comité du Finis­tère de l’Association des anciens com­bat­tants de la Résis­tance (ANACR), Charles Pape­ron a refusé et le diplôme et l’ « honneur ». Sou­tenu par l’association «  Citoyens-​Résistants d’hier et d’aujourd’hui  » qui compte en ses rangs Ray­mond Aubrac et Sté­phane Hes­sel, Charles Pape­ron dénonce un « enfu­mage » de l’Elysée. Lequel, déplore-​t-​il, « n’a pas tenu la pro­messe du can­di­dat Sar­kozy de créer une jour­née natio­nale de la Résis­tance le 27 mai, date de la pre­mière réunion du Conseil natio­nal de la Résis­tance en 1943″.

Charles Pape­ron dénonce un « enfu­mage » de l’Elysée. Ph. Le Télégramme

Le pro­gramme du CNR annon­çait un ensemble ambi­tieux de réformes éco­no­miques et sociales, où figu­raient en bonne place la Sécu­rite Sociale, les retraites par répar­ti­tion et la liberté de la presse. L’association « Citoyens résis­tants d’hier et aujourd’hui » a été créée pour « réagir à l’imposture sar­ko­zyenne  ». Charles Pape­ron, rap­porte le jour­na­liste du Télé­gramme, Ste­ven Le Roy, a indi­qué que son geste avait reçu l’aval de l’un des der­niers Com­pa­gnons de la Libé­ra­tion ainsi que de la fille du colo­nel Rol-​Tanguy.

Pour jus­ti­fier son refus, ce résis­tant de tou­jours cite enfin Lucie Aubrac : «  La Résis­tance ce n’est pas que le passé, aussi héroïque soit-​il, elle s’inscrit aussi dans le présent ».


Simplicité et émotion. Elisabeth et Benoît se sont dit « oui » hier à Glasgow

Après la messe, les « just mar­ried » rega­gnant leur papa­mo­bile pour une des­ti­na­tion secrète. Ph. ♋ x.

C’est en Écosse, à Glas­gow, qu’Eli­sa­beth et Benoît se sont dit « oui » hier soir. Ils n’ont pour­tant pas radiné: 70 000 invi­tés à la céré­mo­nie, empreinte de sim­pli­cité et d’émotion, dou­blée d’une messe ras­sem­blant les parents et amis de chaque famille, les Deux et les Seize. Si le couple se mul­ti­plie, il aura trente-​deux des­cen­dants – ce qui est consi­dé­rable, sur­tout à cet âge. S’il se divise, cela ira de 2 : 16 = 0,125 (pas viable) à 16 : 2 = 8 (encore trop). Parions plu­tôt sur l’avenir radieux de ce couple uni sous les meilleurs hos­pices [je sais, c’est exprès !].

Retrans­mise en direct sur TF1, la céré­mo­nie a bien sûr été com­men­tée par Boris Zitrone (l’arrière petit-​fils), lequel, citant les Évan­giles en latin, anglais, alle­mand et russe (sous-​titré en VF), a rap­pelé qu’il ne suf­fi­sait pas de faire des enfants, encore fallait-​il les mettre à l’abri des curés pédo­philes. Et à ce pro­pos, il a repris les toutes fraîches paroles pro­non­cées à West­mins­ter par Benoît Seize, très au fait des actua­li­tés : « L’Eglise n’a pas été assez vigi­lante ». Certes, a sèche­ment ponc­tué le com­men­ta­teur vedette de la chaîne qui, ensuite, dans ce style inimi­table, c’est-à-dire sua­ve­ment ampoulé, s’est com­plu à sou­li­gner les tenues des « just mar­ried » : « Pour l’élue, casaque et toque de soie d’un déli­cat vert vieil-​anglican ; mocas­sins sombres. Pour Lui, par des­sus le kilt ral­longé, casaque et toque d’un blanc légè­re­ment beurre-​frais tran­chant sur le rouge « grand fou, va ! » de ses babouches ».

En somme, une céré­mo­nie d’un goût exquis, ras­sem­blant sur moins d’un mètre carré et tout juste en un feuillet dac­tylo une dose concen­trée d’anti-royalisme et d’anti-cléricalisme bien pri­maires. Ouah, que ça fait du bien !


Par une simple carte postale, aidons Sarkozy à se délivrer de ses démons !

Au départ, l’écrivain mar­ti­ni­quais Patrick Cha­moi­seau avait juste lancé une poi­gnée de mots, une sorte de tract poé­tique. Une asso­cia­tion lyon­naise, la Mai­son des Pas­sages, s’en est empa­rée, au meilleur sens, pour sor­tir une affiche et une carte pos­tale à envoyer au pri­son­nier du Palais (fran­chise pos­tale…). Il faut l’aider à se déli­vrer de ses démons et mau­vaises pen­sées sécu­ri­taires, xéno­phobes, machia­vé­liques. Il est si seul…

«  J’ai reçu aus­si­tôt beau­coup de réac­tions posi­tives, a déclaré l’écrivain à Télé­rama, notam­ment un mot cha­leu­reux d’Edgar Morin. Dans la période actuelle de chasse à l’étranger – s’ils veulent gagner les élec­tions à ce prix-​là, ils vont perdre leur âme –, on a sans doute besoin, à côté des néces­saires ana­lyses ration­nelles, d’une for­mu­la­tion esthé­tique. De ful­gu­rance poé­tique. Il faut abso­lu­ment que les écri­vains, les musi­ciens, les comé­diens, les plas­ti­ciens s’expriment. Face aux débor­de­ments actuels, à l’effondrement éthique auquel nous assis­tons, sommes-​nous assez vigi­lants ? Est-​ce que le flot des com­men­taires, soir et matin, ne bana­lise pas l’inacceptable ? »

Télé­char­gez la carte pos­tale (PDF)



Paysages de la Durance. Découvertes et philosophie au ras de l’eau vive et du temps ralenti

Tel Ham­let, l’homme inter­roge le galet qu’il vient de ramas­ser. Sa voix, si douce, porte à peine, entre les rafales de l’autoroute et le chuin­te­ment continu de la rivière. Pas n’importe laquelle : la Durance. Et nous ne sommes pas n’importe où mais juste là devant Manosque, sous le souffle épique de Giono, à l’écoute du Chant du monde. La rivière, jadis somp­tueuse et impé­tueuse à la fois, roule encore ses flots immé­mo­riaux et avec eux, la mémoire de la Terre et de l’univers.

Ber­nardo Sec­chi, archi­tecte urba­niste mila­nais, fait cercle autour de lui, une tren­taine d’ombres et de visages fon­dus dans la nuit, veillés par des guir­landes de lam­pions, les uns assis sur des cous­sins, les autres à même la calade sau­vage, par­fois enve­lop­pés dans une cou­ver­ture. Entre le nais­sant quar­tier de lune et Ura­nus, la voûte céleste – c’est bien le mot. Et, ici-​bas, au ras des flots inces­sants, cet étrange cénacle à l’allure de secte. Ni gou­rou ni ado­ra­teurs, que nenni ! mais une admi­rable ren­contre entre des étu­diants et leurs ensei­gnants. C’était lundi soir, un 14 sep­tembre en Haute-​Provence, jour de ren­trée universitaire…

École natio­nale supé­rieure du pay­sage – oui, ça existe (la preuve) ancrée à Mar­seille et… à Ver­sailles (ou l’inverse plu­tôt). La Région Paca l’a mis­sion­née pour ques­tion­ner la Durance et son bas­sin, donc pour inter­ro­ger l’avenir de ce qui s’appelle un « grand ter­ri­toire ». Grand à plein de sens : rela­ti­ve­ment à l’espace par­couru au long de ses plus de 300 kilo­mètres, entre le som­met des Anges, dans les Alpes, et le Rhône, au sud d’Avignon. On ne le dirait pas, à voir son ardeur, mais ses géo-​historiens lui donnent dans les 12 mil­lions d’années. D’où cette gran­deur abso­lue, pour en avoir tant vu de toute sa vie de rivière, sous les yeux de tous les Jean Giono de cette terre, pour avoir tant char­rié de roches et de pierres, telle un Sisyphe des­cen­dant – cette fois – sans cesse de sa mon­tagne. Et aussi d’avoir tant cham­boulé les pay­sages et, avec eux, la vie des humains – la dure vie des hommes à la vie dure. Dure Durance au nom plein de poé­sie – Durença en pro­ven­çal –  et de drames mêlés, sous la fougue de ses débor­de­ments torrentiels.

Mais aujourd’hui, cette vieille divi­nité ter­rienne, a été domp­tée, matée comme une bête sau­vage et mau­vaise. Élec­tri­cité de France, Canal de Pro­vence lui ont mis le grap­pin des­sus, la garce, et l’ont fait tapi­ner au nom des ren­de­ments agri­coles et de l’économie avide. La voici héris­sée de bar­rages, de tun­nels et autres gaines mou­lantes – cana­li­sée donc, sauf en ses quelques per­mis­sions de sor­tie sau­vage où elle s’écoule dans un lit défait, en des plis incer­tains – limons, gra­viers et gra­vières ; emprises agri­coles et même indus­trielles. (Lire la suite…)


Lascaux et le brave Sarkozy. Ou le péril politico-​préhistorique

« Le Monde » donne dans l’antisarkozisme pri­maire. Ainsi sa une du 12 sep­tembre pré­di­sant le plus « grand péril » à la grotte de Las­caux – pour cause d’une visite par­ti­cu­lière. Laquelle a d’ailleurs donné lieu à une « sor­tie » dont notre fameux pré­sident a le secret.

Comme le signale Domi­nique Dréan dans un com­men­taire ci-​dessous – se réfé­rant au blog des cor­rec­teurs du Monde –, Sar­kozy s’est cru malin de com­men­ter sa visite en ces termes : “Le brave néan­der­ta­lien avait par­fai­te­ment com­pris qu’ici, c’était plus tem­péré qu’ailleurs, qu’il devait y avoir du gibier, qu’il fai­sait beau et qu’il y fai­sait bon vivre.” « Le Monde », en effet, a eu du pif en pres­sen­tant le péril sar­ko­zien mena­çant Las­caux. Néan­der­ta­liens, Cro-​magnons, tout ça c’est des sau­vages de la même espèce, des Roms en quelque sorte, dont les grottes gros­siè­re­ment déco­rées tenaient lieu de cara­vanes. En se mépre­nant sur quelques mil­liers d’années, le brave pré­sident a encore perdu une occa­sion de mas­quer son igno­rance. Ces pul­sions cultu­relles, c’est plus fort que lui.


Régime aux abois = danger

« Le char de l’État navigue sur un vol­can »… Manif à Mar­seille, 7÷09÷10

Ce régime poli­tique est aux abois, on le sait, on le voit. Et on le véri­fie jour après jour à la façon dont le « moteur » s’emballe, risque la panne sèche ou, pire, la casse irré­ver­sible. En fait, le chauf­feur a perdu les pédales, ne contrôle plus rien tout en ayant le nez collé aux ins­tru­ments (de son­dage). Le réser­voir se vide – seuls 15 % des Fran­çais son­dés (CSA) sou­haitent voir Sar­kozy repré­sen­ter la droite à la pré­si­den­tielle de 2012. Est-​il même percé, ce réser­voir ? Sinon, pour­quoi toutes ces fuites ? Et aussi ces fuites en avant – « droit dans le mur » comme disent si bien les politiciens…

Ce régime aux abois, à la limite on pour­rait s’en foutre car­ré­ment. Mais il y a dan­ger. Dan­ger démo­cra­tique grave. Dans « affo­le­ment » il y a « fol » et toute forme de folie, concer­nant le pou­voir, repré­sente une menace directe et grave pour la démo­cra­tie, donc pour cha­cun de nous.

Cette affaire Woerth-​Bettencourt-​Sarkozy, si ano­dine selon nos diri­geants en poste, qu’elle affole pré­ci­sé­ment l’attelage pré­si­den­tiel. Lequel entrave le fonc­tion­ne­ment de la jus­tice – de Nan­terre à Kara­chi, des bak­chichs de mil­liar­daire à ceux des mar­chands d’armes –, et tente en même temps d’espionner la presse (la Répu­blique est bien en dan­ger !), à défaut de pou­voir entiè­re­ment la contrôler.

Un ordre aux pré­fets enfreint la léga­lité répu­bli­caine et la Consti­tu­tion ? Et alors ? On biffe une phrase. Où est le problème ?

Les temps sont d’autant plus âpres pour cette équipe à l’agonie poli­tique qu’elle a goûté naguère au miel facile et si fre­laté de la séduc­tion dite bling-​bling – Rolex, Fouquet’s, Ray-​ban et man­ne­quin Carla, toute cette paco­tille de par­ve­nus minables autant qu’incultes. Donc dan­ge­reux. Puisqu’ « on » leur a confié les clés du palais, enfin de la bagnole ély­séenne, que voilà déjà déco­tée à l’argus, sinon abî­mée pour un bon bout de temps. Et on sait bien aussi que les bons gara­gistes, c’est rare de nos jours.


Chabrol dernière

Claude Cha­brol mort, qu’ajouter de plus qui n’aurait été déversé dans le flot média­tique ? Rien, ou presque. Juste se dire qu’il aura bien vécu, ainsi qu’il le don­nait à voir. «Bon vivant», l’expression qui revient le plus pour saluer ce cinéaste pro­lixe (60 films, plus ou moins réus­sis), inven­tif (Nou­velle vague), cor­ro­sif (un bour­geois d’origine pour dézin­guer la bour­geoi­sie, il sait de quoi il parle), sym­pa­thique sans la grosse tête – d’où cette photo-​clin d’oeil qui me semble assez le résumer.

Hier soir France 2 – plus prompte à modi­fier ses pro­grammes que lors de la mort d’Alain Cor­neau, soit – a dif­fusé L’Ivresse du pou­voir, paro­die autour de l’affaire Elf. Un film plu­tôt embrouillé, des traits for­cés. Mais, par delà, un goût iro­nique et actuel, un par­fum genre l’Oréal-​Bettencourt-​Woerth et le sys­tème Sarkozy.


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    Mou­tons, orangs-​outangs, canards… Dans mon bes­tiaire, on devrait aussi croi­ser la cohorte des humains cré­dules cou­rant après leurs propres sor­nettes… Suf­fit de regar­der autour de soi. Et de se regarder…

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