Offrez-vous ce fascinant voyage dans un ailleurs tout proche. Et après, on ouvre un débat sur les fractales et, pendant qu’on y sera, sur la musique electro-acoustique.
Archive for janvier, 2011
Normalement, le sommet de Davos ne devrait plus exister…
La grand-messe annuelle du capitalisme mondialisé bat son plein une fois de plus depuis mercredi. La nouveauté, cette année, c’est la crainte manifeste des explosions sociales dans le monde. La révolution tunisienne est passée par là et la rue gronde ou menace ça et là. Le texte qui suit n’y va pas par quatre chemins. Il émane de l’association altermondialiste Attac, inspiré en partie par… le quotidien économique Les Échos. Les temps changeraient ? Ce n’est qu’apparence. D’où ce « normalement » qui en dit long.
« Normalement, Davos ne devrait plus exister. Enfin, pas la tristounette station helvétique de ski, mais le Forum économique mondial, qui y attire fin janvier des centaines de patrons, de ministres, d’universitaires et de journalistes. Cette gigantesque « business party » aurait dû s’étioler. Car elle a porté toutes les valeurs, toutes les idées balayées par la crise financière, qui a connu son apogée en 2008. Nulle part ailleurs la « shareholder value », la valeur actionnariale, n’aura été prêchée avec autant de foi. À Davos, on a aussi prôné avec une rare constance la mondialisation débridée, la finance souveraine et la déréglementation permanente. On s’y est aussi beaucoup trompé. Une session a été organisée chaque année pour tenter de trouver « d’où viendra le prochain choc » sans jamais débusquer autre chose que les pays émergents, l’immobilier chinois ou le pétrole.
« En 2007 et 2008, l’économiste Nouriel Roubini avait sérieusement agacé les participants en annonçant des catastrophes. Toutes les étoiles déchues de l’entreprise ont brillé à Davos, de Jean-Marie Messier (Vivendi) à Carly Fiorina (HP) en passant par Kenneth Lay (Enron), Chuck Prince (Citigroup) ou Dick Fuld (Lehman Brothers), qui affichait encore une incroyable morgue début 2008, huit mois avant sa chute [Note de GP : sur ce dernier personnage et sa morgue, passage recommandé ici-même : La crise comme un (mauvais) roman. « Leur arracher le cœur et le bouffer avant qu’ils crèvent ! »]. Et en ces temps d’économies tous azimuts pour préserver la trésorerie des entreprises voire des États, il peut paraître surprenant de claquer des dizaines ou quelques centaines de milliers d’euros ou de dollars pour aller se faire voir dans un village perdu des Grisons suisses »[1].
Mais Davos existe encore. Car les élites globales n’ont aucunement renoncé à imposer à leurs sociétés « la mondialisation débridée, la finance souveraine et la déréglementation permanente ». Les plans d’austérité, le chômage et la précarité déferlent sur l’Europe, les bulles financières gonflent à nouveau, la spéculation se déchaîne sur les produits agricoles. Mais les puissants vont continuer à disserter sur les « risques émergents », les « opportunités de croissance » et les « normes partagées pour une nouvelle réalité »… Nicolas Sarkozy osera-t-il tenir demain un discours encore plus « anti-finance » que l’an dernier ? Les paris sont ouverts…
À l’initiative de mouvements sociaux – dont Attac Suisse – se tenait du 21 au 23 janvier à Bâle « L’Autre Davos 2011 », une initiative « destinée à valoriser toutes les expériences révélant le caractère intelligemment subversif des luttes populaires » contre ce néolibéralisme discrédité mais toujours aussi arrogant.
Dans quelques jours, s’ouvre à Dakar le Forum social mondial, où se rencontreront non les maîtres du monde comme à Davos mais les artisans d’un autre monde.
Attac y sera présent à travers une délégation de près de 60 personnes de France, et plus d’une centaine de représentants des Attac du monde.
Sur le G20, la crise climatique, l’accès à l’eau, la souveraineté alimentaire, à Dakar nous construirons les mobilisations et les convergences entre toutes les luttes qui cherchent à faire chuter le pouvoir de la finance et aspirent à construire des alternatives écologiques et solidaires. »
Attac France
________________________________
[1] Nous remercions Jean-Marc Vittori, l’éditorialiste du quotidien économique Les Échos, d’avoir rédigé notre communiqué de presse pour l’ouverture du sommet de Davos. http://www.lesechos.fr/opinions/analyses/0201092173513-l-invraisemblable-survie-du-forum-de-davos.htm
Israël. « Pour les droits des Palestiniens des Territoires occupés, traités comme des esclaves »
par Nurit Peled-Elhanan, mère israélienne d’une victime d’attentat, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, prix Sakharov du Parlement européen
La lettre ouverte ci-dessous fait suite à l’interdiction de la conférence sur la Palestine et Israël qui aurait dû se tenir le 18 janvier à l’École normale supérieure, à Paris. Transmise en commentaire à l’article précédent (merci René !), elle mérite toute son importance et c’est pourquoi je la publie ici en entier. Importante, elle l’est d’abord par son contenu mais aussi par son auteure. Nurit Peled-Elhanan est à la fois Israélienne et opposante résolue à l’actuel régime israélien qu’elle ne craint pas de comparer à celui de l’Afrique du Sud de l’apartheid. De même, en tant que juive, dénonce-t-elle le CRIF et « ces Juifs français que rend sourds la propagande du régime raciste d’Israël. »
« Cher Monsieur Hessel, chère Madame Shahid, chers participants,
Je suis désolée de ne pouvoir assister à cette importante conférence. Mais je tiens à exprimer mon admiration à Monsieur Hessel, et à tous les participants et à vous assurer que je suis de tout cœur avec vous.
J’ai lu l’éditorial du président du CRIF se félicitant de l’interdiction de votre conférence et remerciant des philosophes et écrivains hypocrites et ignorants, qui pérorent sous les ors des salons parisiens et pensent briller en étalant leur prose « politiquement correcte » tout en ignorant de manière étonnante la vie réelle des gens dans les Territoires palestiniens occupés et le caractère dictatorial du gouvernement israélien actuel.
L’ignorance et l’hypocrisie de ces gens n’est pas une négligence, mais un crime, car ils encouragent la tendance fasciste qui menace de nous noyer tous, en Israël, en Palestine et en France.
En 2010, trente lois racistes visant les citoyens palestiniens d’Israël ont été proposées en Israël et, pour la plupart, approuvées. Elles séparent des familles.
Elles permettent de confisquer des maisons et des terres, de refuser les traitements médicaux nécessaires à des invalides, de détruire les maisons des Bédouins, de discriminer des écoles quand elles sont druzes ou palestiniennes, d’incarcérer des enfants.
Bien plus, la justice, qui devrait protéger les gens contre cette terreur, obéit aux lois racistes d’un régime d’apartheid.
Comme en Afrique du Sud autrefois, toutes les discriminations anti-palestiniennes en Israël sont légales : nul n’est jamais puni pour les crimes perpétrés contre ces « non-citoyens ».
En revanche, ce gouvernement où un Liebermann joue un rôle décisif considère comme un péché mortel la résistance non-violente à l’occupation, qui se développe dans les sociétés palestinienne et israélienne contre les crimes et la répression découlant de l’occupation.
Ces derniers temps, la police et l’armée israéliennes arrêtent des militants des droits humains lorsqu’ils sont juifs, comme Yonathan Polack, et les tuent s’ils sont palestiniens, tels Bassem Abu-Rahma et sa sœur, Jawahr. Les organisations droits-de-l’hommistes en question sont désormais soumises à des enquêtes brutales et humiliantes par… les criminels contre l’Humanité qui nous gouvernent. De surcroît, la pauvreté touche plus l’Israélien que jamais, et ses principales victimes sont les citoyens arabes.
Et le monde se tait… Et le CRIF soutient.
République française. Trois cas de censure – et d’indignation – sur fond de Palestine et d’antisémitisme
Allez, je vais encore me faire des copains… Trois faits, trois nouvelles raisons de s’indigner – ce sport à la mode. De la faute à ce vieux Hessel à la peau blindée. Du haut de ses 93 hivers, il était donc là, sous son bonnet phrygien – avec cocarde aux couleurs de la Palestine – à affronter le froid devant 400 personnes place du Panthéon. Motif de sa nouvelle indignation : l’annulation d’une conférence qu’il devait tenir ce 18 janvier à l’École normale supérieure (dont il est issu…) Annulation ? Interdiction conviendrait mieux.
En tout cas il s’agit bien d’une censure : celle par laquelle la directrice de l’ENS, Monique Canto-Sperber, a répondu en obtempérant à la ministre de l’enseignement supérieur, Valérie Pécresse, elle-même fortement conseillée par le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), dénonçant ce qui leur apparaissait comme un acte de soutien à la campagne de boycott de produits israéliens »» Boycott, désinvestissement et sanctions « , campagne qui avait déjà reçu l’appui de Stéphane Hessel.
Comme le rapporte Le Monde du 20 janvier, « Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut ou encore Claude Cohen-Tannoudji, prix Nobel de physique, ont été félicités par Richard Prasquier, le président du CRIF, pour avoir » recommandé l’annulation du débat. « » Parmi les protestataires devant le Panthéon on relevait la présence de Cécile Duflot d’Europe Ecologie, Daniel Garrigue, député villepiniste, Alain Krivine, du NPA, ainsi que… Leïla Shahid, déléguée générale de l’Autorité palestinienne auprès de l’Union européenne, qui devait prendre part à la conférence interdite.
Tunisie. De la vraie nature du sarkozysme
Si on pouvait en douter, voilà au moins un point de clarté que nous aura apporté la révolution tunisienne : la « bourde » de la ministre des affaires étrangères n’en était pas une. Cette pro-position était bien celle, décidée et assumée à l’Élysée comme à Matignon : celle de venir en aide directe à un régime et à un président amis.
Les plus sceptiques, s’il en restait, auront pu être convaincus ce matin sur France inter à la seule l’écoute des bafouillis aussi pénibles et tordus qu’embarrassés du « conseiller Afrique » de Sazkozy, Henri Guaino. Comme il dit si bien : « C’est trop facile, c’est trop facile… » tout en pensant, comme dans les bulles savonneuses de BD « Quelle merdasse, comment m’en sortir ? »…
Ainsi apparaît une fois de plus – notamment après le trop fameux discours de Dakar – la vraie nature du sarkozysme. A la fois comme politique à duplicité permanente (refrain « droits de l’homme » et couplet donneur de leçon ; ingérence et non-ingérence ; bref : grandeur du baratin et décadence de l’action) et comme vraie nature : une politique autoritaire sur fond répressif difficilement dissimulé. Car ce « savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité [pour] régler des situations sécuritaires de ce type » [sic Mme Alliot-Marie, 12 janvier 2011], ne doutons pas, hélas, de sa fonction première : son utilisation « sécuritaire » hors exportation, c’est-à-dire à l’intérieur même de notre oligarchie constitutionnelle.
Henri Guaino
envoyé par franceinter. — L’info internationale vidéo.
Ce que nous dit aussi la révolution tunisienne
Comme pour l’avenir, on ne sait prédire les révolutions. Au mieux peut-on les pressentir par quelques signes avant-coureurs, quelques alertes. La tunisienne nous aura bien pris de court. Tellement qu’elle n’en finit pas de nous interroger sur notre aveuglement général, ainsi que sur celui des analystes plus ou moins patentés. Sa survenue nous interpelle, comme on dit, en ce sens tout particulier qu’elle indique la fragilité de ce qu’on prend facilement pour des « équilibres » socio-politiques.
Dessin-édito de faber ©
Un demi-siècle de post-colonialisme – avec ce qui précède donc –, n’aura guère résisté à cet embrasement à dominante pacifique et à si haute détermination qu’une dictature se sera effondrée en moins d’un mois. Et c’est bien ce caractère apparemment spontané, aux causes quasi mystérieuses – vu de cet aveuglement sourd des « élites » – qui ne cesse d’inquiéter toute la sphère politique, au plan mondial d’ailleurs, partout où prédominent le néo-impérialisme de la macro-économie et de la finance en folie. Quand « un » directeur du FMI, grand oracle à prétention pontifiante, décerne à la Tunisie son brevet de « bonne santé », c’est bien à cause d’une vision autistement « macro » (c’est tentant : comment ne pas penser « maquereau de la finance » ?).
Quand Dominique Strauss-Kahn voit en la Tunisie « un modèle pour les pays émergents », il ne distingue pas plus loin que son écran d’ordinateur, c’est-à-dire le bout de son nez [à TV7-Tunisie, 18 novembre 2008]. Pas plus que la carte n’est le territoire, les statistiques ne reflètent la réalité vécue du quotidien des pauvres gens. D’ailleurs les chiffres les ignorent superbement, ne considérant sous leurs courbes et tableaux que flux, tendances et compagnie. De ce seul point de vue, la mort par le désespoir et le feu du jeune Mohamed Bouazizi n’aurait jamais dû croiser la courbe exponentielle de croissance des clans Ben Ali-Trabelsi. C’est ce qu’on appelle un « accident » de l’Histoire – qui en est pleine, de ces accidents…
Tunisie. De l’inconvénient d’avoir raté le train de la révolution
La révolution comme un coup de foudre. Ne pas s’y brûler les ailes. S’être prémuni de ses illusions pour en jouir au bon moment. Et puis passer à la durée, au dur désir de durer. Je parle bien sûr de la Tunisie qui aura surpris tout un chacun. Qui en aura dépité quelques autres, certes. Comme notre grand oracle du FMI prédisant le plus bel avenir au royaume de Ben Ali tout en rêvant de gouverner le pays France. Mauvaise pioche. En quoi il ne suffit pas d’avoir des airs inspirés pour être super analyste. Car ces gens, que savent-ils de la souffrance des peuples ? Rien.
Je pense aussi, bien sûr, à notre petit empereur d’opérette, même pas comique, lamentable, recevant les clés de la ville de Tunis et ne tarissant de facéties élogieuses à l’adresse de son émir ami.
Je pense à la ci-devant Michèle Alliot-Marie dite « MAM », des affaires si étrangères, tout emperruquée et si empressée de secourir – selon le « savoir-faire » des agents de notre République – son monarque étranger dans la débine. Je pense donc aux Juppé et Fillon condamnés à soutenir leur brebis égarée au quai d’Orsay.
Je pense aussi au Mitterrand, l’autre, estimant – le 9 janvier 2011 – en touriste de la culture, que “Dire [de la] Tunisie [qu’elle] est une dictature univoque me paraît tout à fait exagéré“.
Je ne saurais oublier le bon Jacques Chirac, président de notre même République, manquant en 2003 d’étouffer son ami Ben, qui il étreint d’une vigoureuse accolade, avant de déclarer : “Le premier des droits de l’homme est de manger, d’être soigné et de recevoir une éducation. De ce point de vue, il faut bien reconnaître que la Tunisie est très en avance”.
Tunisie. DSK en prophète de Ben Ali
Pompon de « La-bas si j’y suis » cet après-midi, tandis que la rue gronde au plus fort à Tunis : la prophétie de « DSK » prédisant le plus bel avenir à la Tunisie de Ben Ali. Et pour 2012 en France, que nous annonce le cartomancien du FMI ? Ça craint !
En attendant, voyons-voir ce grand moment de fine analyse économico-politique… Dominique Strauss-Kahn à TV7-Tunisie, 18 novembre 2008 (2 mn 12 s) :
La crise comme un (mauvais) roman. « Leur arracher le cœur et le bouffer avant qu’ils crèvent ! »
« Fric, krach et gueule de bois : le roman de la crise ». C’était sur France 2 mardi soir. Cinquante ans de dérives libérales ramassés en une heure et demie, une gageure plutôt réussie, y compris avec ses lacunes inévitables (entre autres, l’optimisme béat d’Orsenna à la fin…). Même si, transposée dans la finance mondialisée, la référence à « Règlement de comptes à OK-Coral » ne saurait tout expliquer de la Crise, elle en illustre tout de même bien la démence irrationnelle.
Quelques passages de l’émission télé valaient leurs pesants de cotations boursières. En particulier celui qui montre le président de Lehman Brothers, Dick Fuld, avec son profil de carnassier, la caricature du capitaliste psychopathe qui voit le péril en la demeure et menace : « On va serrer très fort ! Comprenez-moi bien [c’est une vidéo interne, il s’adresse à ses collaborateurs, qui ricanent en choeur], on va coincer tous ceux qui ne peuvent plus rembourser, et on va serrer très fort ! Ce n’est pas que je veux leur faire du mal… Non, je ne suis pas comme ça… je suis quelqu’un de doux et d’aimable… Non, ce que je veux, c’est les attraper, leur arracher le cœur et le bouffer avant qu’ils crèvent ! » Ça fait froid dans le dos. Et on pense à ces milliers, millions même, d’Américains jetés de leurs logements. Sans parler des conséquences subies dans le monde entier.
Voyez ce grand moment illustrant la névrose liée à l’avidité du fric. En comparaison, Dracula fait… pâle figure. Extrait vidéo : 4 mn
La crise, un roman. « Leur arracher le cœur et le bouffer »
France inter. Quand Le Pen montre « 13 millions d’étrangers », les journalistes regardent son doigt
Indignation encore. France inter recevait ce matin Jean-Marie Le Pen en fin de parcours à la tête (Pen en breton…) du Front national. Le vieux facho s’en sera encore bien tiré. Avec l’habileté et cet aplomb qu’on lui connaît, il aura une fois de plus roulé les journalistes dans sa farine. Ainsi en fut-il lorsque, entonnant son refrain de prédilection, il affirma que la France compte désormais, « d’après l’Insee, plus de 13 millions d’étrangers qui ne manquent pas de poser de graves problèmes »…
Treize millions, et même plus ! Ce qui représenterait 20% de la population… Mais personne pour relever. Ni le pontifiant Guetta, ni le décapant Legrand, ni enfin le sémillant Cohen n’opposèrent au faussaire la réalité statistique : 3,65 millions de personnes, sur plus de 63 millions, soit 5,8% de la population au dernier recensement de 2006.
S’il n’est qu’une donnée à connaître quand un journaliste rencontre Le Pen, c’est bien celle sur l’immigration, non ? Au lieu de quoi on lui pose d’insipides questions genre « La Tunisie est-elle une dictature ? »* Et l’autre menteur de poursuivre son bonhomme de chemin, et de terminer sa carrière de faussaire « en beauté », comme il l’avait commencée d’ailleurs. Je rappelais ici même, en octobre dernier, comment Le Pen fut propulsé par la télé, en 1984, avec l’émission au titre bien présomptueux : L’Heure de vérité… Il avait pu user et abuser du mensonge sans être le moins du monde inquiété par des journalistes plus suffisants que compétents. Il aurait eu tort de se gêner. Ainsi vient-il de réussir sa sortie selon la même recette éprouvée. Face à la même indolence journalistique.
* Et la dilettante Pascale Clark de poser la même question à Régis Debray. C’était peu avant dans ses « Cinq minutes avec… ». Alors, la Tunisie, au fait ?
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
Mais vingt dieux, comment ne pas s’indigner ?!
Treize pages d’« Indignez-vous ! ». Heureusement que l’auteur s’appelle Stéphane Hessel, qu’il a 93 ans, qu’il a connu De Gaulle, Cassin, la Résistance, Buchenwald et co-rédigé la Déclaration universelle des Droits de l’homme. Sinon, ça ferait « short » côté indignation. Pour ma part, j’en déverse chaque jour de pleins tombereaux. Ma question-exclamation, juste celle de « c’est pour dire », serait plutôt : « Mais vingt dieux, comment ne pas s’indigner ?! » Alors que le JT déverse à jet continu les misères du monde spectaculaire. Et je resterais inerte, sans gueuler ? Tout de même, il me semble bien que cette dernière décennie aura été la plus horrible : celle de la démolition généralisée de notre édifice social, économique, culturel, politique, écologique – humain !
Tenez, dernières nouvelles du front : je rentre de la poste où j’avais l’intention d’acheter des timbres – ça se fait encore. Je fais la queue entouré d’un bazar de camelotes diverses, jeux, livres de cuisine, babioles… Soit. Dix minutes plus tard, le guichetier m’apprend qu’il ne vend pas (plus) de timbres, « que c’est l’Automate, là derrière vous, qui s’en charge désormais ; que si vous n’avez pas de monnaie, je peux vous en faire… » J’échange donc mon billet de dix – merci m’sieur – et me tourne vers l’Automate (majuscule de rigueur pour les Idoles modernes) pour en comprendre le fonctionnement (pas trop difficile à mon niveau ;-) et lui demander malgré moi, en le gavant de pièces, de piquer le boulot de l’aimable guichetier non-indigné, quoique mes remarques ne l’aient pas laissé de marbre.
Cette machine, certes, a été inventée par les hommes. Pas pour les hommes, au contraire. Elle est là, face au guichetier, pour lui dire t’es condamné mon vieux, compte vite tes abattis et tes pauvres points de retraite restreinte et t’en fais pas pour autant, tu finiras non même pas à l’hospice, y en a plus à portée de ta bourse ; et, t’as vu, le nouveau « grand chantier présidentiel » autour de la question pipée à propos de la dépendance : « solidarité nationale ou assurances privées ? » Réponse dans six mois, qu’ils disent. C’est des automates qui viendront te donner la becquée et te torcher, pépé ?
Entretien avec Richard Galliano. Bach entre le jazz et la baloche
Brisons le cliché d’un Richard Galliano accordéoneux encanaillé au jazz et ennobli au classique. C’est tout le contraire ! S’il fête ses soixante ans avec un disque et des concerts consacrés à Bach*, l’accordéoniste a dès son plus jeune âge étudié et joué le grand maître du baroque. Aujourd’hui il transcende les genres au nom de la musique universelle. Propos d’autant plus téméraire pour lui que l’accordéon demeure, peu ou prou, prisonnier de ses carcans historiques, entre l’orgue portatif et le « piano du pauvre ». Comme son ami argentin, feu Astor Piazzola, ainsi que quelques autres dans l’histoire de la musique, il libère l’étrange instrument qui embrasse tout le champ musical, de la tradition à la plus actuelle des avant-gardes – là où Richard Galliano, il est vrai, ne va pas jusqu’à s’aventurer. **
Comment un accordéoniste comme vous, qui a « viré » au jazz depuis très longtemps, peut-il aujourd’hui s’intéresser à Bach ?
– J’ai toujours joué la musique de Bach, et on joue Bach à l’accordéon depuis plus d’un siècle. Pendant longtemps aussi les spécialistes ont été des accordéonistes russes qui ont joué surtout le répertoire d’orgue. Moi-même j’ai joué, lorsque j’étais jeune, des pièces comme la Fugue en la mineur, le Clavecin bien tempéré, le Concerto italien aussi, qui marchent très bien à l’accordéon. Surtout parce que l’accordéon c’est un orgue en miniature. L’instrument n’avait pourtant ni sa place dans le jazz, ni dans le classique – surtout à mon époque. C’était vraiment la face cachée… très peu de monde était au courant de ce qui se pratiquait à l’accordéon en dehors du musette. Par exemple, dans les années soixante, il y avait un accordéoniste qui avait participé à l’émission de Bernard Gavoty, Les Grands interprètes, c’était Freddy Balta. Il avait joué du Messiaen, entre autres… Mais pour le grand public, la seule dimension de l’accordéon – d’ailleurs très belle – c’était le bal, la fête, qu’on retrouve dans beaucoup de musiques traditionnelles. Au Brésil, par exemple, c’est le forro ; en Pologne, c’est la polka ; en Hongrie, les csardas… Et en France, la valse musette qui colle le mieux, je dois dire, à la peau de l’accordéon… La valse musette c’est aussi très proche des valses de Chopin…
Journalisme. Petite leçon entre la pêche au ton et le ton qui pèche
Déjà à la radio… À la télé c’est encore pire : ce formatage journalistique qui ravage grand nombre de commentaires et de reportages. Il fut un temps où je m’échinais à les pointer du pied (de bronze, d’argent et d’or, mes fameuses Pantoufles connurent leur gloire – tapez aussi « pantoufles » dans la case de recherche.). Et ils ont fini par me fatiguer et m’avoir à l’usure.
« Ils », ces journalistes de la facilité : vite-fait mal-fait, pas d’élan et encore moins de mise en perspective; vernis culturel qui craquèle au premier questionnement évité; vocabulaire chétif, orthographe racho, syntaxe à l’agonie. Et puis il y a le ton, la fameuse pêche au ton… « Le ton Coco ! Appuie sur les mots, mets du rythme, ponctue, vingt guieux, comme dans la pub ! » Et c’est le ton qui pèche. D’autant qu’il vient « servir » le récit, le fameux scénar de l’info-spectacle : « Ce soir là, Chantal Lanvin rentre dans sa lointaine banlieue après une dure journée. Infirmière à l’hôpital de la Pitié… » Sa boulangère : « Une femme sans histoire, jamais on aurait pu penser que… » Et caetera, avec ce qu’il faut de bourdonnement musical (le bruit de fond…) qui appuie sur le drame montant et que renforce toujours le fameux « ton »… Sans oublier, défense de rire, les encore plus fameux micro-trottoirs – ce niveau zéro du « journalisme » – par lesquels prospère la mystérieuse « opinion ». Ainsi se poursuit le formatage, au fil des générations de formatés dans les centres et écoles de formation. Formatage conjoint des journalistes et de leurs publics, construction lente et solide des modes de pensée et de comportement, jusqu’au langage même, ses clichés, ses mots à la mode – son prêt-à-penser. Et vogue la démocratie…
Une « évolution » journalistique qui tient à plusieurs facteurs, causes et conséquences d’une dégradation touchant nos sociétés. Parmi ces facteurs, l’un des principaux, à mes yeux, réside dans le concubinage très avancé entre information et com” – je distingue bien la communication, branche de la psychologie, pour dire vite, de sa vulgate entachée de pub” et de stratégie politique autant que marchande. C’est un tournant dans l’histoire de la presse, une sorte de virage en épingle à cheveux avec sortie de route annoncée.
Ils ne mourront pas tous, mais la plupart sont atteints – surtout dans l’audio-visuel, pour ce qui est de l’affadissement journalistique. Non pas tant dans les choix de sujets (pas toujours) que dans leur traitement, cette mise en forme par laquelle un fait devient in-formation et nous autres in-formés. Le fond et la forme s’étant rejoints dans un tout alors satisfaisant. Quand ce n’est pas le cas, eh bien, ça claudique, c’est bancal. Illustration intéressante avec ce montage réalisé par deux journalistes de Télérama.
Le ton journalistique : petite leçon de formatage
envoyé par telerama. — L’info video en direct.
Cosmodiversité. Un message de l’infinie banlieue…
Salut les Terriens ! Voilà : le 30 décembre dernier, en l’an MMX donc, j’ai reçu un message d’un site astronomique. Il annonçait que cinq nouvelles exoplanètes venaient d’être découvertes grâce au télescope Kepler et que ce serait les dernières de l’année. J’en déduisais incidemment que les astronomes devaient être des gens comme vous et moi et qu’ils ne travailleraient pas le dernier jour de l’année. Ce qui ne changerait rien à la valse magistrale des astres, ni à la nôtre, nous les poussières d’étoiles. Quoique.
Car n’avons-nous pas, dès les premières découvertes astronomiques, changé notre rapport au monde et, avec lui, notre regard sur l’univers, les dieux et les hommes ? En fait, les vraies premières découvertes de ce type, ce sont celles que connaît tout humain levant les yeux au ciel. « Ma théorie à moi » sur la question (je me la valide tout seul… même si elle a été émise des millions de fois depuis la nuit des temps…), c’est de situer là l’origine de l’humanité pensante. C’est là, oui, que je vois surgir la conscience chez l’animal humain peinant à se tenir debout et à lever le nez vers l’inconnu astral.
Je pense aussi (donc je suis ;-) ) que les animaux qui tentent un regard vers le ciel, au-dessus d’eux, pas seulement devant et au loin, cheminent insensiblement vers la prise de conscience. Comme Darwin, je pense que les animaux domestiqués par l’Homme, ont profité de ce rapprochement « pédagogique » et que, peu à peu, leur regard se lève vers le ciel, ne serait-ce que par brefs instants. Voilà pourquoi aussi nous communiquons avec eux, ayant cela en partage : ce sentiment diffus d’appartenir à l’immensité, à l’inconnu magistral.
Côte-d’Ivoire. On recompte les voix ou on refait le match ?
par Bernard Nantet
Alors que les mânes de Jean Hélène, de Guy-André Kieffer et d’Albert Zongo planent encore sur les palais présidentiels de Laurent Gbagbo à Abidjan et du mentor d’Alassane Ouatara à Ouagadougou, les clans locaux et les intérêts supranationaux qui font le malheur de la Côte-d’Ivoire depuis une décennie en remettent une couche. Qu’auraient pensé ces trois journalistes, aujourd’hui disparus pour avoir voulu lorgner de trop près les allées nauséabondes des pouvoirs en place, du manque de distance pris par nombre de leurs confrères dans le traitement des informations sur le sujet ?
Parions que le temps, les événements, les polémiques faisant leurs œuvre, la Côte d’Ivoire ne devienne, comme le Rwanda, un de ces sujets sur lesquels, à trop se passionner et à s’investir, on ne puisse plus revenir sur des engagements trop lapidaires… ou un fonds de commerce trop rentable. (Où sont passés les thuriféraires et les communicants de Kagamé face aux quatre millions de morts du Kivu ? ).
Un unanimisme étonnant faisant de Gbagbo un horrible dictateur refusant de laisser la place à un vainqueur démocratiquement élu a de quoi choquer, mais pose un problème élémentaire. Pourquoi ce vertueux prurit démocratique de Washington, Paris, Bruxelles, de l’ONU, alors que des élections récentes (Égypte, Burkina, Tunisie, etc) ont porté au pouvoir des majorités atteignant des scores à la soviétique ou qu’ailleurs, des réformes constitutionnelles permettent de faire perdurer indéfiniment des présidents inamovibles ?
Comme Kagamé, qui a fait ses classes à Fort Leavenworth (USA), centre doctrinaire de l’armée américaine, Ouattara, enfant chéri du FMI à l’anagramme (« ADO » pour Alassane Dramane Ouattara) qui ne s’invente pas, fait partie de cette nouvelle stratégie d’après guerre froide visant à s’appuyer sur de nouveaux dirigeants détachés des colonisateurs du passé. (Hou ! la vilaine Françafrique, tarte à la crème servie à grandes louchées et destinée à faire oublier ces nouveaux arrivants et leurs maîtres à penser de la finance mondialisée !)















