On n'est pas des moutons

Archive for mars, 2011

Le magma nucléaire de Fukushima, foyer de la confusion du monde

Sar­kozy, m’apprend la radio, serait désor­mais équipé d’un super-parapluie seyant mieux, si on peut dire, à sa super fonc­tion. Un para­pluie blindé (en kev­lar et tout) comme un gilet pare-balles et qui, non seule­ment pour­rait pro­té­ger de la pluie, mais le met­trait aussi à l’abri du mécon­ten­te­ment à son égard des 80% de citoyens son­dés… En ces mau­vais temps de météo plus qu’incertaine, le pré­sident fait donc un cro­chet par le Japon, his­toire de tes­ter le fameux pébroc sur ses capa­ci­tés para-pluies radioactives.

 

Ce n’est en tout cas pas à Fuku­shima que se sera rendu l’homme au(x) pépin(s). Mata­more, certes, sui­ci­daire, non ! Il en est de même pour le trio franco-nucléaire « invité » là-bas, mais pas trop près non plus, pour livrer leur botte secrète aux diri­geants de la cen­trale et de Tepco. Ainsi Madame Areva et mes­sieurs CEA et EDF vont-ils s’efforcer d’apporter aux Nip­pons leurs vacillantes lumières. Et ten­ter sur­tout de redo­rer leurs bla­sons res­pec­tifs et uni­fié face à l’adversité qui ter­nit sacré­ment leur ave­nir irradieux.

 

© Tepco (et merci pour la qua­lité de l’image !)

Madame Areva sur­tout, car, blin­dée de sa haute suf­fi­sance, elle voit s’écrouler la mon­tagne de men­songes accu­mu­lés de haute lutte durant ces 25 années de com’ éhon­tée qui ont suivi la catas­trophe de Tcher­no­byl. Vrai­ment dom­mage, ainsi que l’a déploré la pré­si­dente du Medef, Lau­rence Pari­sot : « Tout ceci tombe très mal, ça se passe à un moment où l’économie mon­diale com­men­çait tout juste à repar­tir. » [Le Monde, 19/3/11]. D’autant plus, en effet, que l’affolement du cli­mat venait appuyer l’idée de cette radieuse éner­gie « propre », sinon « verte » – voir le vidéo-clip d’Areva et son détour­ne­ment ci-contre =>

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Bienvenue sur « C’est pour voir » !

Ça fai­sait bien long­temps que je pro­je­tais de par­ta­ger mon goût pour l’image,

et spé­cia­le­ment pour la pho­to­gra­phie – dont je suis un adepte et pra­ti­quant de si longue date.

Que ce soit par pro­fes­sion ou au quo­ti­dien, la photo me sai­sit au vol – et vice versa.

Bref, voici ce blog, tel un album à feuille­ter, à com­men­ter au besoin,

et même à enri­chir ainsi que le sug­gère la formule

«  & INVITÉS ».


« C’est pour voir »

 


Jacques Ellul. Ou quand « la technique rend l’avenir impensable »

« Qui donc manœuvre le navire pla­né­taire ? » Il en a de bonnes, mon pote Joël (Decar­sin), à poser pareille ques­tion à l’heure pré­cise où il n’y a plus de pilote dans l’engin en dérive totale. Mais il a une réponse, sa réponse, LA réponse – qui est aussi celle d’un cer­tain Jacques Ellul (1912–1994). Si on en est « là », dixit mon pote et les siens, c’est à cause de la tech­nique, voire la Tech­nique, consi­dé­rée comme entité prin­ceps, celle qui régit le monde et les rela­tions humaines, si peu humaines.

 

Je reviens de la confé­rence sur ce thème orga­ni­sée ce soir [30/3/11] à l’IEP d’Aix-en-Provence, devant un public pas bien jeune – cause que la tech­nique aussi les aurait décul­tu­rés, les jeunes, et qu’ils ont des diver­tis­se­ments ne croi­sant guère les grandes ques­tions sur l’avenir du monde. L’hypothèse fut avan­cée, quoique non véri­fiée. Mais c’est un fait qu’il faut avoir accu­mulé des mil­liers d’heures de vol pour com­prendre et la fra­gile beauté du monde et les affreuses menaces venues des hommes . Et c’est à l’heure de ren­trer au han­gar qu’on se sou­cie des envo­lées du len­de­main, qui ne seront pas les nôtres… Mys­tère et gran­deurs de l’homo erec­tus. S’il s’est levé, jus­te­ment, l’homo, ce ne devrait pas être pour se cou­cher devant on ne sait quelle idôle, divine ou tech­nique, avec ou sans majuscule.

 

Pour­tant, on en est bien là, et il y a plus que du vrai dans la quête de Jacques Ellul. Ce touche-à-tout aux cin­quante livres publiés, celui qui « avait (presque) tout prévu » comme l’a écrit Jean-Luc Por­chet (éd. Le Cherche-midi, 2003), jour­na­liste au Canard, qui devait esquis­ser l’envergure du pro­fes­seur de droit bor­de­lais : mar­xiste, éco­lo­giste avant la lettre, chré­tien, anar­chiste et ainsi contre l’État et la poli­tique, dont il n’attendait plus rien.

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Quand France 2 et Pujadas passent les plats (tièdes) du nucléaire (brûlant)

Avec Mme Areva, France 2, 15/3/11

Tout finit par s’expliquer (quand on n’a pas com­pris tout de suite), et on pige ainsi pour­quoi Sar­kozy affec­tionne David Puja­das pour ses entre­tiens solen­nels… Ques­tions pro­prettes, yeux écar­quillés, sou­rire de ravi. Tout ça on l’avait remar­qué, et pas qu’avec le pré­sident. Confir­ma­tion en l’occurrence avec le trai­te­ment du volet nucléaire des catas­trophes au Japon. C’est Samuel Gon­thier qui fait état, dans Télé­rama [25/3/11] des rele­vés de comp­teur sus­pects s’agissant du nucléaire et des invi­tés de France 2 au jour­nal de 20 heures. Par­fait « relais des com­mu­ni­qués offi­ciels », la chaîne publique n’aurait invité « que des repré­sen­tants des auto­ri­tés com­pé­tentes », soit, dans l’ordre :

 

L’horizon se dégage…

« Natha­lie Kosciusko-Morizet (ministre de la Pro­tec­tion de l’environnement nucléaire), Claude Allègre (ancien ministre de la Recherche nucléaire), Anne Lau­ver­geon (pdg d’Areva, numéro un mon­dial du nucléaire), André-Claude Lacoste (pré­sident de l’Autorité de sûreté nucléaire), Jean-Marc Jan­co­vici (repré­sen­tant de l’immense masse des éco­lo­gistes pro-nucléaires), Thierry Charles (de l’Institut de radio­pro­tec­tion et de sûreté nucléaire), Fran­çois Fillon (Pre­mier ministre). Dans un louable souci de conte­nir « l’émotion» des popu­la­tions, pas un de ces irres­pon­sables éco­lo­gistes catas­tro­phistes ne fut convié en stu­dio. En revanche, dès le lundi 14 mars, David Puja­das prend de la hau­teur avec un grand débat: « Est-ce vrai­ment le moment de rou­vrir un débat sur le nucléaire main­te­nant ? » Pour res­pec­ter la dignité des Japo­nais, ne faudrait-il pas l’organiser au mois d’août 2012, pen­dant la finale du 100 mètres des jeux Olympiques ? »

 

 

Manga japo­nais. « Dor­mez, dor­mez, petits pigeons… »


Alors, les yeux de Liz : violets, émeraude, bleus ?

Post scrip­tum. Ah ben, à en croire Libé du jour, ils ne sont pas rouges non plus…

Dans le même « JT » de 20 heures, hier, Liz Tay­lor a été célé­brée pour  la beauté de ses yeux suc­ces­si­ve­ment qua­li­fiés vio­lets, éme­raude, puis bleus. Éblouis, sub­ju­gués, aveu­glés nos égre­neurs de nou­velles ! Une photo en noir et blanc s’impose donc pour tran­cher ce si déli­cat et fon­da­men­tal point d’actualité et même d’Histoire. Celle d’Hollywood comme temple de la mytho­lo­gie spec­ta­cu­laire, celle qui brouille la hié­rar­chie des valeurs en s’imposant comme valeur pre­mière : la vedette, la star, l’idole, l’Argent-roi, le sen­ti­men­ta­lisme exhibé, l’exhibition « sacra­li­sée », la beauté inju­riant la misère – bref, toute l’injustice du monde, la magni­fi­cence outran­cière du pipole qui gou­verne ce monde. Une étoile s’éteint, l’univers vacille.

 


Nucléaire. Manif peu suivie à Paris…

Par Denis Guenneau

Il fai­sait très beau cet après midi à Paris, mais peu de mani­fes­tants ont répondu à l’appel éco­lo­giste uni­taire. Les lea­ders poli­tiques éco­lo­gistes ou d’extrême gauche étaient là mais les troupes n’ont pas suivi alors que l’alerte est extrê­me­ment grave. Pourquoi?

Deux à trois milles per­sonnes seule­ment avaient répondu à l’appel des 40 orga­ni­sa­tions. Petite frayeur en plus, à 15 heures pile, une cin­quan­taine de per­sonnes seule­ment étaient devant l’Assemblée natio­nale. Heu­reu­se­ment, deux mili­tants nous redi­ri­geaient vers la place de l’Université, où se tenait fina­le­ment le rassemblement.

La consigne natio­nale de ne pas avoir de dra­peaux ou autres signes dis­tinc­tifs des par­tis poli­tiques n’a pas été res­pec­tée par toutes les orga­ni­sa­tions pré­sentes, bien que répé­tée sur place. Deux mili­tants ont été inter­pel­lés par les gen­darmes parce qu’ils vou­laient déployer une large ban­de­role devant l’Assemblée.

Des moyens de com­mu­ni­ca­tion ori­gi­naux pour ce mee­ting aty­pique puisque se dérou­lant le jour d’une élec­tion. Par exemple :

  • minute de silence avec une sirène d’alerte nucléaire en bruit de fond, émouvant
  • témoi­gnage poi­gnant d’une jeune japo­naise dont la famille sur place a été vic­time du tsunami
  • pré­sence d’une troupe de clowns citoyens qui dénoncent par l’humour en s’adressant aux pas­sants par des slo­gans absurdes pro nucléaires

  • pré­sence du  PCoF qui est un pla­giat du PCF (dra­peaux rouges avec fau­cille et mar­teau iden­tiques ) qui, lui, reste tou­jours offi­ciel­le­ment pro nucléaire
  • le des­sin à la craie de slo­gans sur la chaus­sée est un sup­port qui reste après le meeting
  • une estrade où se suc­cé­daient (5 mn cha­cune) les porte-paroles natio­naux des orga­ni­sa­tions répon­dant au réseau Sor­tir du nucléaire .

 

 


Du Titanic à Fukushima. Navigation à vue sur l’océan de la Technique sacralisée

Le texte qui suit (merci à Fran­çois qui me l’a trans­mis) est extrait du livre « Tita­nic, au-delà d’une malé­dic­tion » de Djana et Michel Pas­cal (Ed. Anne Car­rière Docu­ment, 2004). On le voit, il s’agit du Tita­nic dont on sait le des­tin, le mythe et sa « réin­car­na­tion » dans le spec­tacle hol­ly­woo­dien. Mais son actua­lité rejoint, un siècle après (1912), la tra­gé­die japo­naise, en ce sens qu’il super­pose dans une mytho­lo­gie moderne et tech­nique le plus grand, luxueux, et sur­tout « insub­mer­sible » paque­bot de l’époque, à la cen­trale nucléaire de Fuku­shima, au Japon. Celle-ci ne pou­vait évi­dem­ment figu­rer au pan­théon des Mer­veilles du monde d’alors, pas plus que l’A-380 ou les ver­ti­gi­neuses tours comme celle de Dubaï – et autres phal­liques chefs d’œuvre de l’ingéniosité humaine. Avant la série d’accidents sur ses réac­teurs, elle y aurait figuré d’office, dans le même lot des 435 réac­teurs nucléaires recen­sés dans le monde, implan­tés au nom de la sûreté maxi­male. Tout comme le Tita­nic avait navi­gué sur l’océan de l’infaillibilité, tout comme Tcher­no­byl avait été le jouet d’apprentis-sorciers.

Voilà qui don­nera du grain à moudre aux par­ti­sans de Jacques Ellul – dont mon ami Joël Decar­sin, avec ardeur – qui voyait la source des maux de la moder­nité dans la sacra­lité trans­fé­rée à la Technique.

 

La dixième et ultime Mer­veille du monde, ici mesu­rée à l’aune de ses concurrentes…

 

« …sur l’affiche de pro­mo­tion, on « pose » donc le Tita­nic à côté d’une cathé­drale, mais pas n’importe laquelle : on choi­sit l’une des plus hautes jamais bâties par l’homme, celle de Cologne. On fait la même chose avec la pyra­mide de Gizeh qui parait plu­tôt ridi­cule. Com­pa­rer le Tita­nic aux plus hautes construc­tions sacrées de l’homme, c’est induire, dans l’inconscient col­lec­tif, le concept que ce navire porte en lui une dimen­sion sacrée, éter­nelle, immor­telle. C’est aussi rap­pro­cher les ouvriers des chan­tiers navals des bâtis­seurs de cathé­drales d’hier. Bien évi­dem­ment, ces hommes sont tout autant res­pec­tables, la ques­tion n’est pas là. Construire un paque­bot demande un immense savoir-faire, une expé­rience, du talent. Mais les cathé­drales et les pyra­mides recèlent une dimen­sion spi­ri­tuelle suprême, un laby­rinthe de mes­sages sur le sens de la vie, de la mort. Les paque­bots, eux, sont avant tout des gale­ries mar­chandes, des hôtels de luxe, de magni­fiques lieux de consom­ma­tion. Confondre pro­fane et sacré, comme le fait Ismay (un des publi­ci­taires de l’époque, de la White Star Line), tout mélan­ger, réduire le sens fon­da­men­tal, abo­lir les repères, tel est le nou­vel évan­gile de ce début de siècle.

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École. Les 841 ballons noirs de Nancy

Tan­dis que le Japon s’enfonce dans le cau­che­mar, l’actualité vire au kaki spec­ta­cu­laire. Ça ne laisse guère de place à la télé pour signa­ler un autre fait de résis­tance, celui des ensei­gnants en proie au tsu­nami annoncé de la pro­chaine ren­trée, avec une sai­gnée de 16 000 postes. Parmi les plus frap­pées des aca­dé­mies, celle de Nancy-Metz.

D’où cette mani­fes­ta­tion ori­gi­nale, ce samedi à Nancy, des ensei­gnants et parents, envi­ron 1500 per­sonnes por­tant 841 bal­lons noirs qui sym­bo­lisent les 841 postes d’enseignants sup­pri­més à la ren­trée pro­chaine. C’est d’après les orga­ni­sa­teurs la plus forte sai­gnée parmi toutes les aca­dé­mies fran­çaises. Pas de pro­blème, la Lor­raine est un sec­teur par­ti­cu­liè­re­ment favorisé…

«  Les bal­lons devaient être lâchés en fin de par­cours, explique Fran­cis Col­lin, ensei­gnant à Nancy et mili­tant syn­di­cal (et auteur de ces pho­tos),  mais notre demande a essuyé un refus de la mai­rie de Nancy qui a fait valoir une obli­ga­tion de réserve à 24 heures des élec­tions can­to­nales… C’est sans doute le même droit de réserve qui pousse l’administration à repous­ser cette année l’annonce de la carte sco­laire ( la liste des postes sup­pri­més) juste après le second tour des élec­tions  ».

Cette liste, le nombre en tout cas, est un secret de poli­chi­nelle, de même qu’on sait que les effec­tifs glo­baux d’élèves seront en hausse à cette ren­trée. C’est donc fina­le­ment accro­chés aux grilles dorées de la place Sta­nis­las que les bal­lons ont ter­miné leur mani­fes­ta­tion, immé­dia­te­ment enle­vés par les ser­vices muni­ci­paux. Chez M. Ros­si­not, le maire, on est pour les solu­tions radicales !


Comment le nucléaire marque le clivage entre productivisme et humanisme

Quand il se fait pré­di­ca­teur de l’Apocalypse, ce n’est pas ce que j’aime le plus chez Paul Viri­lio, ce pen­seur de la tech­no­lo­gie alliée à la vitesse. C’est sans doute à cause du ton, par trop péremp­toire. Pour­tant, lorsqu’il pré­dit que tout ce qui peut arri­ver finit par arri­ver il est impa­rable et nous plonge le nez dans l’actualité la plus « radieuse ». Ainsi, je résume en sub­stance, en inven­tant le che­min de fer, l’homme a inventé le déraille­ment. De même pour l’auto et les pla­tanes, l’avion et les crashes, les cen­trales nucléaires et Fuku­shima ou Tchernobyl.

 

Merci donc, Paul V. d’avoir fait de ces évi­dences l’un des pivots de nos moder­ni­tés infernales.

 

S’agissant du nucléaire, nous nous voyons pro­je­tés dans un autre registre que celui de l’accident, même le moins banal. Ainsi devons-nous nous attendre, hélas, aux 600 ou même 800 cadavres qu’il fau­dra dénom­brer du crash « annoncé » d’un A-380 – l’appareil pro­ba­ble­ment vanté dans les pros­pec­tus comme « le plus sûr du monde ». On sait : il en fut de même du Concorde, …jusqu’à son der­nier vol. On repar­lera une autre fois de l’épopée fatale du Tita­nic.

 

Mais le nucléaire… Ici, nous chan­geons tota­le­ment de registre puisque, même en ayant déjà décrété les actuelles ins­tal­la­tions comme les « plus sûres du monde », cette prétention-slogan se fra­casse contre la ter­rible « loi » de Paul V. Et aujourd’hui, la ter­ri­fiante et déso­lante actua­lité oblige les tech­no­crates – au sens strict : « qui gou­verne par la tech­nique » – à ajou­ter une couche sup­plé­men­taire à ladite sûreté prise en défaillance. Madame Areva s’est ainsi dépê­chée, au troi­sième jour de l’Apocalypse japo­naise, de pro­mou­voir le super-modèle déjà en maga­sin sous l’appellation magique de « EPR ». Si les Japo­nais, eut-elle l’outrecuidance d’énoncer en sub­stance, avaient été équi­pés de cen­trales EPR, ils n’en seraient pas là !

 

Madame Areva, dans la caté­go­rie géné­rique des tech­no­crates, fait par­tie de la sous-espèce dite des « nucléo­crates » – ceux qui gou­vernent par le nucléaire. Il s’agit de têtes d’œuf, donc « bien faites et bien pleines » des dogmes de l’infaillibilité de la chose ato­mique. Tel­le­ment bour­rées de ladite chose qu’il n’y a plus, dans ces cer­veaux ainsi satu­rés, la moindre place pour quelques réflexions et connais­sances qui limi­te­raient leurs orgueilleuses pré­ten­tions et les ouvri­raient, sinon vers une franche huma­nité, du moins vers un sens authen­tique du bien commun.

Madame Areva : « Nous, les ensei­gne­ments on les a déjà tirés dans tous nos « desi­gns » (sic)

 

Pas­sa­gè­re­ment secoués par la catas­trophe de Tcher­no­byl, ils ne man­quèrent pas de se rem­plu­mer lors de ce der­nier quart de siècle, qui vit aussi l’émergence d’une relève de géné­ra­tion toute neuve, pim­pante, sûre d’elle et conquérante…

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Nucléaire-Fukushima. « Nous voulons avoir le choix ! »

Plus de 40 orga­ni­sa­tions viennent d’adresser un appel solen­nel au gou­ver­ne­ment fran­çais suite à la catas­trophe nucléaire de Fuku­shima. Ils appellent éga­le­ment à des ras­sem­ble­ments ce dimanche 20 mars  à 15 h à Paris devant l’Assemblée natio­nale, et dans toute la France, en sou­tien au peuple japo­nais. Voici le texte de cet appel :

Nucléaire : nous vou­lons avoir le choix ! 

Nous, asso­cia­tions, syn­di­cats et par­tis poli­tiques, adres­sons solen­nel­le­ment ces demandes com­munes au gou­ver­ne­ment français :

Nous vou­lons:

* L’arrêt de tous les pro­jets élec­tro­nu­cléaires en cours (EPR de Fla­man­ville, ligne THT Cotentin-Maine, EPR de Penly, ITER, Bure et pro­jets de centres de sto­ckage des déchets nucléaires issus de la filière élec­tro­nu­cléaire) tant que les citoyens n’auront pas été en mesure de se pro­non­cer démo­cra­ti­que­ment sur notre poli­tique éner­gé­tique et sur le recours à l’énergie nucléaire, y com­pris si néces­saire par un référendum

* Le renon­ce­ment à la pro­lon­ga­tion de l’exploitation des réac­teurs ayant atteint ou dépassé les 30 ans de fonctionnement

* L’arrêt com­plet de tous les pro­jets por­tés à l’étranger par l’industrie nucléaire française

Parce que la situa­tion au Japon exige de ne pas se taire sur le drame que ce pays subit et sur la menace per­ma­nente que l’industrie nucléaire fait peser sur les peuples, au Japon comme en France :

Nous appe­lons tou-te-s les citoyen-nes à mani­fes­ter leur soli­da­rité avec le peuple japo­nais et à se réap­pro­prier la ques­tion du recours au nucléaire et de la poli­tique éner­gé­tique, en orga­ni­sant des ras­sem­ble­ments dans toutes les villes de France ce dimanche 20 mars 2011 à 15h.

Nous appe­lons éga­le­ment tous les citoyen-nes, asso­cia­tions, par­tis poli­tiques, syn­di­cats, artistes et per­son­na­li­tés à rejoindre un GRAND RASSEMBLEMENT à Paris ce même jour, dimanche 20 mars 2011, à 15 h devant l’Assemblée Nationale.

Liste des 41 pre­mières orga­ni­sa­tions natio­nales signataires :

Adé­qua­tions, Agir pour l’environnement, Alliance Éco­lo­giste Indé­pen­dante, Asso­cia­tion des com­mu­nistes uni­taires, Asso­cia­tion pour le Contrat Mon­dial de l’Eau, Attac, Bâtir Sain, Bizi, CAP 21, CNIID, Confé­dé­ra­tion pay­sanne, Eco­lo­gie et Démo­cra­tie, Eco­lo­gis­tas en Accion, Espoirs pour les jeunes, Europe Éco­lo­gie Les Verts, Europe soli­daire sans fron­tières, Fédé­ra­tion pour une Alter­na­tive Sociale et Eco­lo­gique, Fédé­ra­tion Nature et Pro­grès, Fédé­ra­tion Sud Étu­diant, Fédé­ra­tion Sud Rail, France Liber­tés, Fra­ter­nité Citoyenne, Gauche Uni­taire, Géné­ra­tions Futures, Ima­gine 2012, L’école éman­ci­pée, Les Alter­na­tifs, Les Amis de la Terre, Mou­ve­ment des Objec­teurs de Crois­sance, Mou­ve­ment Citer­rien, Nou­veau Parti Anti­ca­pi­ta­liste, Parti Com­mu­niste des Ouvriers de France, Parti de Gauche, Parti Pour La Décrois­sance, Réseau Action Cli­mat, Réseau Sor­tir du nucléaire, Résis­tance à l’Agression Publi­ci­taire, Union syn­di­cale Soli­daires, Uto­pia, Votre Santé, Women in Europe for a Com­mon Future.

 


Kadhafi aux portes de Benghazi. Vers un autre Srebrenica ?

Par Michel Gheude, Paul Her­mant, Luckas Van­der Tae­len, Serge Bailly, Marc Ernst

Le prin­temps arabe est une chance his­to­rique pour les Euro­péens. Une porte ouverte sur le dia­logue des civi­li­sa­tions, la récon­ci­lia­tion des deux rives de la Médi­ter­ra­née, le dépas­se­ment des drames de la colo­ni­sa­tion et des déco­lo­ni­sa­tions, l’espoir d’un monde plus démo­cra­tique et plus pros­père. L’Europe doit aujourd’hui à cette révo­lu­tion du sud le même sou­tien qu’elle a donné hier à celle des pays de l’est. Il n’en va pas seule­ment de son ave­nir, il en va de son être même.

 

En Libye, Kadhafi a répondu à la révo­lu­tion par la guerre. Il y a trois semaines déjà ; il a déclaré dans une allo­cu­tion télé­vi­sée qu’il allait “com­men­cer le tra­vail”. Sa déter­mi­na­tion était lim­pide. Aujourd’hui, le tra­vail est presque ter­miné, nous n’avons rien fait, et, si rien ne change, on par­lera bien­tôt de Ben­ghazi comme de Sre­bre­nica, ville mar­tyre qui vit des mil­liers d’habitants  déci­més par les forces serbes, mal­gré la pré­sence de troupes de l’ONU.

Laisserons-nous cette honte se repro­duire ? Laisserons-nous mas­sa­crer les femmes, les enfants et les hommes de Ben­ghazi pour s’être éri­gés en sym­bole des valeurs de liberté et de démo­cra­tie que nous vou­lons pour­tant universelles ?

S’il n’est pas contre­dit dans les heures qui viennent, l’attentisme, sinon la lâcheté des Euro­péens – à l’exception de la France et de la Grande Bre­tagne– aura révélé notre inca­pa­cité à pen­ser notre soli­da­rité avec les peuples arabes autre­ment que par des pro­pos de salon. Et enterré le pro­jet euro­péen construit sur le « plus jamais ça » et l’idéal des Droits de l’Homme.

La réti­cence euro­péenne et amé­ri­caine à se mobi­li­ser, pèsera lourd dans les rela­tions Nord Sud, pour une géné­ra­tion entière. Déjà aujourd’hui, les lea­ders afri­cains dont l’élection est contes­tée, comme Gbagbo en Côte d’Ivoire, n’ont aucune rai­son de s’inquiéter pour leur péren­nité. Notre pas­si­vité envers Kadhafi leur donne chaque jour davan­tage rai­son. Ce qui se pas­sera demain en Libye sera un signal pour tous les démo­crates des pays arabes et du conti­nent afri­cain qui espèrent des jours meilleurs et se réjouissent des exemples tuni­sien et égyp­tien.  Notre res­pon­sa­bi­lité est immense.

S’il n’est pas déjà trop tard, il est plus que temps.

Post scrip­tum : Le conseil de sécu­rité de l’ONU a voté jeudi soir en faveur d’un recours à la force contre les troupes de Kadhafi.



Fukushima. Mais nos séismes ne sont pas les mêmes…

© faber

Encore un jour noir, ajouté aux pré­cé­dents, si char­gés de mal­heur. Le Japon et son peuple frap­pés dou­ble­ment : par les élé­ments, impa­rables, ter­ri­fiants ; et par l’œuvre humaine, à recon­si­dé­rer pour le moins, sinon à revoir. Je suis bou­le­versé, et aussi en révolte – un sujet de plus contre lequel batailler pour faire adve­nir un monde meilleur, pas par­fait, non. La révolte ne vaut que si elle est por­tée par un espoir, une sorte de croyance en ce mieux pos­sible. Je me garde d’écrire espé­rance, ce n’est pas de mon registre. Il y a assez à faire ici et main­te­nant. Com­ment donc mani­fes­ter une soli­da­rité active avec les Japo­nais ? Ques­tion que beau­coup se sont posée, tel mon ami et voi­sin, Denis G. (il ne vou­drait pas être comme sta­tu­fié, même sur ce blog…), qui a pris l’initiative, ici chez nous dans les Bouches-du-Rhône, de lan­cer samedi l’idée d’une manif’ le len­de­main, dimanche, devant le site nucléaire de Cada­rache. Ainsi fûmes-nous une bonne cen­taine, comme une sorte de « force tran­quille » face à des grilles fer­mées, ren­fer­mant de cette force aveugle qui, là-bas à Fuku­shima, a échappé à la toute puis­sance du démiurge à tête de nucléo­crate. La soli­da­rité oui, c’était bien le moins, que de l’opposer ainsi à l’orgueilleuse et pré­ten­due maî­trise de tout et en toutes choses, pro­por­tion­née à l’avidité des pro­fits espé­rés – une solide espé­rance, celle-là, qui aus­si­tôt fait plon­ger les bourses, si bour­sou­flées encore la veille.

Soli­da­rité d’abord, révolte dans l’élan face à la parole fausse, déver­sée comme les mau­vaises radia­tions de Fuku­shima, et pour­tant à leur pro­pos, en essayant encore – ultime ten­ta­tive ? – de ren­ta­bi­li­ser un pas­sage à la radio : Éric Bes­son, en avant-garde blin­dée, néga­tion­niste du lobby nucléaire ; ou à la télé : Anne Lau­ver­geon, égé­rie d’Areva, van­tant le savoir-faire nucléaire supé­rieur et natio­nal, comme avant elle – dans un autre registre mais quand même –  une cer­taine MAM l’avait osé d’une main secou­rable et poli­cière offerte à son ami Ben Ali.

Et que dire de l’« indé­cence » de Ségo­lène Royal trou­vant que l’heure n’était pas au débat « polé­mique ». Non, l’heure reste à la poli­tique et à sa crasse pour un parti en proie au syn­drome de Fuku­shima, au bord de la défla­gra­tion sur l’autel du pro­duc­ti­visme, de la crois­sance, de la peti­tesse – gauche et droite com­mu­niant à l’Assemblée, cet après-midi, dans leurs applau­dis­se­ments mêlés en écho à Fran­çois Fillon clai­ron­nant: « …Il est tout aussi absurde d’affirmer que le nucléaire est  condamné par cet acci­dent que d’affirmer qu’il ne nous concerne pas ».

Absurde ? Indé­cent ? Trop tôt ? On va véri­fier tout ! Nos séismes ne sont pas les mêmes (Fes­sen­heim, Bugey, Saint-Alban, Cruas, Tri­cas­tin, Chi­non, Civaux – toutes cen­trales en zones sis­miques). Tsu­nami n’est pas un mot fran­çais. Même sur les côtes de la Manche (Gra­ve­lines, Penly, Paluel, Fla­man­ville) ou de l’Atlantique (Blayais).

La ques­tion n’est pas de vou­loir igno­rer les coûts d’une catas­trophe en la ren­dant impro­bable. Car après l’accident nucléaire, les dégâts – irré­mé­diables – pré­sentent tou­jours des fac­tures que jamais les éva­lua­teurs de risques n’avaient osé imaginer.



Fukushima mon amour. « Vos bagnoles électriques, vous pouvez vous les carrer dans l’oignon ! »

Par « SuperNo » *

Nom de Zeus ! Regardez-moi ça! Explo­sion d’une des deux cen­trales nucléaires japo­naises de Fukushima !

Sous nos yeux éba­his, le mythe de la crois­sance infi­nie, la solu­tion ultime des scien­tistes pour four­nir de l’énergie ad vitam aeter­nam, est en train de s’écrouler, au sens propre comme au sens figuré. Ce film est terrifiant !

C’est dra­ma­tique et c’était en direct : suite au ter­rible trem­ble­ment de terre qui a dévasté hier une par­tie du Japon, tué des mil­liers de gens (quoique consi­dé­ra­ble­ment moins que dans d’autres trem­ble­ments de terre, les archi­tectes japo­nais étant mani­fes­te­ment bien meilleurs (et plus riches) que leurs col­lègues Haï­tiens, Turcs ou Indo­né­siens), plu­sieurs cen­trales nucléaires sont en per­di­tion, et les scien­ti­fiques qui s’en occupent en ont mani­fes­te­ment perdu le contrôle.

Le Japon est sans doute en train de vivre son Tcher­no­byl (dont, hasard funeste, on s’apprête ici à fêter le 25e anni­ver­saire) Peut-être bien pire encore, car le Japon est sur­peu­plé, et Tokyo n’est qu’à 250 km ! Des mil­lions de per­sonnes vont peut-être à nou­veau se faire irra­dier, ter­rible iro­nie de l’histoire dans un pays qui a déjà dû subir la folie des hommes, des scien­ti­fiques, des mili­taires, en se pre­nant sur la gueule il y a 65 ans deux bombes atomiques.

Il y a peut-être même des sur­vi­vants d’Hiroshima et Naga­saki qui vont être frap­pés à nouveau !

Quand c’est arrivé en 1986 en Ukraine, on nous a dit : Bah, ce ne sont quand même que des popoffs, des com­mu­nistes, ha ha ha, des mecs tout juste bons à fabri­quer des Lada et des Iliou­chine, ce genre de truc ne pour­rait ja-mais arri­ver chez nous !

Sauf là, c’est au Japon, qui est sans doute le pays le plus avancé au monde en matière technologique.

Pire, on décèle chez les com­mu­ni­cants du nucléaire japo­nais les mêmes men­songes, les mêmes faux-semblants, les mêmes arti­fices que chez Areva ou EDF. C’est bien simple, un com­mu­ni­qué éma­nant d’un « offi­ciel du nucléaire », que ce soit en France, au Japon ou ailleurs, est à peu près aussi cré­dible qu’une décla­ra­tion de Xavier Bertrand…

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    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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