On n'est pas des moutons

Archive for avril, 2011

C’est pour voir”, c’est pas que pour les chiens !

© Fran­çois Ponthieu

Je sens bien que les mots, ils saturent les pauvres mots – et leurs lec­teurs avec. Alors, pour­quoi diantre ne pas aller plus sou­vent mater à côté si le monde y est plus beau, plus coloré, plus cau­sant aussi fina­le­ment. A côté, c’est-à-dire là, en voi­si­nage : http://c-pour-voir.over-blog.com/ Chaque jour sa photo, ou presque, et réciproquement.

 


États-Unis. Nouvelle suspension de la condamnation à mort de Mumia Abu-Jamal, journaliste noir

Ph. X.

Résis­tant à l’injonction de la Cour Suprême des Etats-Unis, qui lui deman­dait de revoir sa déci­sion, la Cour d’Appel Fédé­rale de Phi­la­del­phie vient de confir­mer pour la deuxième fois en trois ans la sus­pen­sion pro­vi­soire de la condam­na­tion à mort du jour­na­liste noir amé­ri­cain Mumia Abu-Jamal. Cette déci­sion est assor­tie de l’obligation pour la jus­tice de Penn­syl­va­nie de sélec­tion­ner un nou­veau jury dans les 180 jours. Ce jury devra rendre son ver­dict avec mal­heu­reu­se­ment pour seule alter­na­tive de sta­tuer entre la peine de mort ou la pri­son à per­pé­tuité. Dans l’attente, Mumia Abu-Jamal ne quit­tera pas du cou­loir de la mort.

Dès que l’arrêt de la Cour d’Appel a été rendu public, le pro­cu­reur afro-américain de Penn­syl­va­nie récem­ment élu, Seth Williams, a immé­dia­te­ment fait savoir qu’il enten­dait faire appel pour contes­ter la déci­sion auprès de la Cour Suprême des Etats-Unis.

 

Bien que la jus­tice fédé­rale ne remette pas en cause la culpa­bi­lité de Mumia Abu-Jamal et que la Cour Suprême des Etats-Unis a rejeté en 2010 ses recours por­tant sur la demande d’un nou­veau pro­cès, la déci­sion de la Cour d’Appel est un camou­flet pour la plus haute juri­dic­tion amé­ri­caine. C’est un suc­cès à mettre à l’actif de l’équipe de défense, conduite hier par Maître Robert R. Bryan, aujourd’hui par Maître Judith Rit­ter, et de la mobi­li­sa­tion de ses nom­breux sou­tiens dans le monde entier.

 

Ce nou­vel espace judi­ciaire est un encou­ra­ge­ment à pour­suivre et à deve­lop­per la soli­da­rité en faveur de cet homme devenu l’une des figures emblé­ma­tiques du com­bat contre la peine de mort aux Etats-Unis et par­tout dans le monde. Depuis bien­tôt 30 ans dans le cou­loir de la mort, Mumia Abu-Jamal clame son inno­cence. A l’occasion de son 57e anni­ver­saire, des ras­sem­ble­ments ont eu lieu à Paris, Mar­seille et Rennes pour inter­pel­ler les auto­ri­tés amé­ri­caines sur le déni de jus­tice dont il est vic­time et sur l’insupportable tor­ture men­tale qu’est l’acte inhu­main d’exécution.

 

Ce samedi 30 avril, la ville de Saint-Denis (93) célè­brera le 5e anni­ver­saire de la seule rue au monde qui porte le nom de Mumia Abu-Jamal, en pré­sence d’une délé­ga­tion amé­ri­caine et de l’équipe de défense du journaliste.

 

> Le Col­lec­tif Uni­taire Natio­nal de Sou­tien à Mumia Abu-Jamal, ras­sem­blant une cen­taine d’organisations et de col­lec­ti­vi­tés publiques fran­çaises, est membre de la coa­li­tion mon­diale contre la peine de mort http://www.mumiabujamal.com

 

 

(43, bou­le­vard de Magenta 75010 Paris — Tél : 01 53 38 99 99 — abujamal@free.fr)

> Liste de dif­fu­sion du Col­lec­tif uni­taire natio­nal de sou­tien  Mumia Abu-Jamal  : http://secure.mrap.fr/Liste-de-diffussion-du–

> Lire éga­le­ment sur ce blog : http://c-pour-dire.com/2010/11/etats-unis-mumia-abu-jamal-journaliste-noir-dans-le-couloir-de-la-mort/

 


Tchernobyl – Fukushima. 25 ans après, « la leçon de Tchernobyl n’a pas été apprise »

Cli­quer sur l’image pour lire mon article d’il y a cinq ans (déjà…)

26 avril 1986, catas­trophe de Tcher­no­byl. Voilà vingt-cinq ans. Une réfé­rence pour la fameuse échelle INES, atteinte à son niveau 7, le plus élevé. Atteintes humaines et envi­ron­ne­men­tales incal­cu­lables – des vic­times par cen­taines de mil­liers, décé­dées ou malades ; un ter­ri­toire grand comme la Suisse rendu invi­vable à jamais… Un quart de siècle plus tard, la cen­trale japo­naise de Fuku­shima entre en « com­pé­ti­tion » en attei­gnant à son tour le niveau 7. Pour autant « on » n’ose par­ler de « catas­trophe ». « On » pré­fère euphé­mi­ser, jouer sur le temps, implo­rer le miracle du dieu Tech­nique. « On » : nucléo­crates et poli­tiques fon­dus dans le même moule du ren­de­ment éco­no­mique, de cette ren­ta­bi­lité dans laquelle le fac­teur humain ne consti­tue qu’une variable parmi d’autres. Sauf que la « variable » humaine pour­rait bien se rebif­fer plus sévè­re­ment qu’il y a vingt-cinq ans où l’ « excuse sovié­tique » – les « Popofs » étant alors consi­dé­rés avec mépris d’un niveau tech­nique infé­rieur… – avait été invo­quée. La « supé­rio­rité occi­den­tale », celle des cen­trales de concep­tion états-unienne ins­tal­lées au Japon, comme en France d’ailleurs, a donc apporté la preuve de ses propres limites, met­tant à bas le dogme de l’énergie la plus sûre…  Peut-être mais…, nous dit  l’écrivaine bié­lo­russe Svet­lana Alexievitch,  «la leçon de Tcher­no­byl n’a pas été apprise»

 

La catas­trophe de Fuku­shima aura sans doute – quoi qu’il en soit de ses consé­quences – per­mis de battre en brèche l’omerta nucléa­riste. Du moins en aura-t-elle pris un sérieux coup, obli­geant à recon­si­dé­rer les fameux dogmes tech­ni­cistes, mais aussi les choix éner­gé­tiques fon­da­men­taux, les poli­tiques de déve­lop­pe­ment, et même la démo­cra­tie elle-même prise la main dans le sac du secret, du men­songe, de la for­fai­ture. Mais la bête se débat ! (Voir ici à ce pro­pos :Le nucléaire est affaire trop dan­ge­reuse pour la lais­ser aux mains des nucléo­crates !)

 

Même à armes inégales, le débat sur les choix éner­gé­tiques et de société a été for­te­ment réac­tivé. De même que celui, com­bien fon­da­men­tal, sur les tra­vailleurs du nucléaire, et tout par­ti­cu­liè­re­ment ceux de la sous-traitance. Cette pra­tique de forme escla­va­giste – cette mal-traitance – s’est déve­lop­pée et accé­lé­rée depuis le début de pri­va­ti­sa­tion du sec­teur de l’électricité et la démo­li­tion des ser­vices publics en géné­ral. Ainsi EDF en est-elle venue à se désen­ga­ger en quelque sorte de la main­te­nance et indi­rec­te­ment de la sûreté de ses ins­tal­la­tions. En recou­rant à du per­son­nel cor­véable (moins cher, peu reven­di­ca­tif, peu regar­dant – par néces­sité – sur les risques sani­taires), l’électricien indus­triel se lave les mains de la dan­ge­ro­sité de ses acti­vi­tés, ou tout au moins les déplace-t-elle vers les entre­prises pri­vées de cette sous-traitance.

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Quand Gégé et Juju (re)font de la résistance

Best sel­ler «mon­dial», « Le tour d’un monde en sept jours avec un âne en Pro­vence », paru en 2009, n’est plus dis­po­nible en ver­sion papier. Mais il l’est de nou­veau en télé­char­ge­ment au for­mat PDF, iden­tique à l’original.Il suf­fit de le télé­char­ger gra­tui­te­ment ici. Le tour d’un monde pour se repo­ser de celui-ci…
Extraits du bloc-​notes de Ber­nard Lan­glois, dans Poli­tis du 17 juillet 2009 :
[…] « Gégé et Juju, eux aussi, à leur façon, font de la résis­tance. À la moder­nité. À la vitesse. À l’impatience. À la saleté. Au bruit des moteurs et à la consom­ma­tion sans frein. Un petit bou­quin frais comme un rosé de Pro­vence, comme un bou­quet de lavande. Par­semé de réflexions sur le monde (qui est si moche) et la vie (qui est si belle) ; un dia­logue recréé entre l’animal et son maître, avec des doutes, par­fois, pour savoir qui est le maître et qui l’animal… Le tout illus­tré des pho­tos de ce voyage inso­lite, qui se réfère à celui de Ste­ven­son dans les Cévennes (que je n’ai pas lu, mais que je vais, tiens, si je mets la main des­sus). Une heure de lec­ture déli­cieuse, à dégus­ter et à offrir » […]
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Effet Fukushima. Les gazouillis de l’anxiété nucléaire en direct sur la Toile

Des artistes mul­ti­mé­dia ita­liens viennent de déve­lop­per Nuclear Anxiety, une carte inter­ac­tive per­met­tant de visua­li­ser en temps réel, à par­tir de comptes Twit­ter, l’angoisse géné­rée sur la Toile par l’énergie nucléaire. Chaque fois qu’un gazouillis (tweet) com­por­tant le mot « nucléaire » (en plu­sieurs langues) est posté, il appa­raît géo­lo­ca­lisé. Ainsi s’exprime l’ampleur de cette peur, notam­ment aux Etats-Unis, où Twit­ter est très popu­laire. 

 

Autre bruit de fond issu de la Toile, listentothedeep.com a mis en écoute l’enregistrement du bruit du séisme qui s’est pro­duit au large du Japon le 11 mars, les basses fré­quences ayant été accé­lé­rées seize fois. Acces­sible dans la rubrique « Sound Library », puis « Ear­th­quake ». Le chant de la terre, comme Mah­ler lui-même ne l’avait jamais entendu…

Tout ça est gai, sympa, moderne, tech­nique – comme notre monde.


Côte d’ivoire. Les « processus de paix » face aux risques élevés d’un pays coupé en deux

 

Entre­tien avec Ber­nard Nan­tet, afri­ca­niste, auteur entre autres de Dic­tion­naire de l’Afrique (Larousse) et Chro­no­lo­gie de l’Afrique (éd. TSH)

Les évé­ne­ments de Côte d’ivoire peuvent être dif­fi­ciles à com­prendre, pré­ci­sé­ment parce qu’ils sont trai­tés de manière évé­ne­men­tielle. La presse de consom­ma­tion cou­rante – comme on le disait de la piquette – ignore la com­plexité, tend à géné­ra­li­ser autant qu’à cli­che­ton­ner. Pour des tas de rai­sons, c’est encore plus vrai pour l’Afrique, ainsi qu’un cer­tain dis­cours daka­rois et pré­si­den­tiel l’a mon­tré jadis de façon déplo­rable. Bref, dans un blog non obnu­bilé par le temps, la lon­gueur et le « client », on pou­vait essayer de démê­ler l’écheveau ivoi­rien. C’est ce que fait ci-dessous Ber­nard Nan­tet, mon pote et com­père afri­ca­niste avec qui j’ai si sou­vent voyagé en Afrique, et en par­ti­cu­lier en Côte d’ivoire.

 

• À quoi tient, selon toi, le fameux cli­vage nord-sud ivoirien ?

 

– Ber­nard Nan­tet. Ça se passe à plu­sieurs niveaux. C’est d’abord un cli­vage éco­no­mique, donc social for­cé­ment. Dans le sud, les gens sont beau­coup plus riches, c’est la région du cacao et du café, l’un et l’autre très appré­ciés sur le mar­ché mon­dial. Alors que dans le nord c’est du coton et de l’arachide, qui poussent beau­coup plus dif­fi­ci­le­ment parce que c’est un pays de savane. Cli­vage aussi du fait que le nord est plus musul­man et le sud plu­tôt chré­tien et ani­miste ; mais au nord comme au sud on conti­nue à pra­ti­quer les reli­gions tra­di­tion­nelles. Donc on n’a pas affaire à de l’islam « pur » ni à du chris­tia­nisme « pur ». En quoi il faut aussi évi­ter d’opposer trop l’un à l’autre. Le cli­vage social tient à la fois de la plus grande pau­vreté du nord, mais aussi au fait que le sud a besoin des bras du nord du pays et des pays voi­sins pour tra­vailler le cacao et le café de manière saisonnière.

 

• Oui, des tra­vailleurs venant du nord du pays mais aussi des tra­vailleurs migrants, venus du Bur­kina Faso notamment…

– …Oui. Et du Mali éga­le­ment. Il s’agit de pays de la savane, beau­coup plus sou­mise aux aléas de la séche­resse, déjà que la sai­son sèche y dure par­fois six mois et plus ! D’où ces migra­tions vers le sud. C’est pour cette rai­son que les colons avaient créé la grande voie de che­min de fer Abidjan-Ouagadougou et ainsi faire venir les tra­vailleurs sai­son­niers par un aller-retour nord sud d’à peu près six mois.

 

• Cette voie fer­rée per­met­tait aussi de relier le Bur­kina Faso à l’océan.

– Certes, mais c’était d’abord pour faire venir la main-d’œuvre. Faire venir les tra­vailleurs et les ren­voyer tout aussi vite dès que la sai­son tirait à sa fin. D’autant qu’à l’époque les trans­ports rou­tiers ne fonc­tion­naient pas.

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Le nucléaire est affaire trop dangereuse pour la laisser aux mains des nucléocrates !

L’émission « Mots croi­sés » du 11 avril était en par­tie consa­crée au nucléaire. J’y aurai sur­tout vu l’affligeant numéro d’un tech­no­lâtre dénommé Jean-Marc Jan­co­vici, pré­senté comme « 
Ingé­nieur éner­gie cli­mat, 
Pro­fes­seur à l’Ecole des Mines Paris Tech » (fer­mez le ban !) Sou­vent à l’œuvre média­tique en ces temps de contes­ta­tion nucléaire, ce pré­ten­tieux est le pro­to­type même du nucléo­crate : mépri­sant autant que suf­fi­sant, ça va ensemble, il assène la « science » en rame­nant la sienne.

Extraits :

 

Cette pres­ta­tion, atter­rante, a eu l’avantage de mon­trer in vivo com­ment le monde nucléaire est devenu une sorte de secte, anti­dé­mo­cra­tique ô com­bien, dont l’objet est inac­ces­sible à ceux qui n’en font pas par­tie. C’est ainsi qu’un spec­ta­teur lambda ne peut rien com­prendre au nucléaire puisque « per­sonne ne sait ce qu’est un mil­li­sie­vert ». Ben expliquez-nous donc ça, grand mani­tou ! «Ah non, pas pos­sible, ça prend au moins trois pages » L’extrait  ci-dessus de l’émission illustre bien la ques­tion de fond de ce sec­teur à part,  cette caste de consan­guins refer­més sur eux-mêmes et deve­nus sourds et aveugles au monde exté­rieur. D’où leur grand dan­ger à les lais­ser agir sans contrôle. On les a assez vus à l’œuvre à Three Mile Island, Tcher­no­byl et Fuku­shima. Le nucléaire est affaire trop sérieuse et sur­tout dan­ge­reuse pour la lais­ser aux mains de tels allumés !

L'attitude, le ton, les propos – tout oppose le scientifique au nucléocrate arrogant.

L’attitude, le ton, les pro­pos – tout oppose le scien­ti­fique au nucléo­crate arrogant.

 

 

A l’opposé, cet entre­tien vidéo sur Universcience.tv du 31 mars avec Roland Des­bordes, pré­sident de la Com­mis­sion de recherche et d’information indé­pen­dantes sur la radio­ac­ti­vité (CRIIRAD). Exact contraire de ce pédant insup­por­table Jan­co­vici, Roland Des­bordes se veut expli­ca­tif autant que rigou­reux, déplo­rant les don­nées a-scientifiques four­nies par les auto­ri­tés japo­naises sur les émis­sions radio­ac­tives liées à l’accident de Fuku­shima. Où l’on apprend éga­le­ment, sans alar­misme, que nous sommes bel et bien expo­sés au nuage radio­ac­tif venu du Japon.

Deux concep­tions de la science, de l’information, de la démo­cra­tie. Un autre huma­nisme aussi.

Cli­quer sur les images pour voir les vidéos, ou sur les liens ci-dessous :

http://www.universcience.tv/media/3000/les-emissions-radioactives-de-fukushima.html

 

http://www.youtube.com/watch?v=weRm6XKYDxo

 


Fukushima. Ou comment nos nucléocrates réarment le système – sans l’avoir désarmé

Une indus­trie, des capi­taux, une tech­no­lo­gie, un sys­tème et une vision du monde. Voilà tout ce qu’il y a à « sau­ver » der­rière la catas­trophe de Fuku­shima : rien de moins. En termes plus savants, on appelle ça un para­digme, un modèle sur lequel on avait cru bon de bâtir un sys­tème de valeurs – comp­tables, pro­duc­ti­vistes –, à défaut de pen­sée huma­niste éle­vée. Ce qui fut donc réa­lisé et vient ainsi de se fra­cas­ser dans le chaos de la cen­trale nucléaire japonaise.

 

Mais cette catas­trophe, que d’aucuns s’échinent encore, et on peut com­prendre leur ardeur, à qua­li­fier d’ « acci­dent », trouve matière à dis­si­mu­ler sa vraie réa­lité. D’abord par l’action concer­tée de ceux qui y ont l’intérêt le plus impé­rieux, le plus vital, si on ose dire. Simul­ta­né­ment par le jeu concur­ren­tiel d’une actua­lité – le chaos plus géné­ral du monde – qui sert de diver­tis­se­ment à des enjeux pour­tant autre­ment cru­ciaux pour l’avenir de l’humanité.

 

« Autre­ment cru­ciaux », à mes yeux, cela ne signi­fie nul­le­ment que je tien­drais pour « négli­geables » les révoltes qui secouent le monde arabe, pas plus que celles qui déchirent ce magni­fique pays de Côte d’ivoire. Pour nous en tenir à ces seules convul­sions de la pla­nète Terre, on peut dire qu’elles expriment le sinueux che­mi­ne­ment de l’Histoire, celles des hommes s’évertuant à s’affirmer comme tels : sen­sés, rai­son­nables sinon ration­nels, et si pos­sible poètes et aimants – un hori­zon encore bien éloi­gné, un pro­gramme pour quelques siècles au moins…

 

Une par­tie de la cen­trale dévas­tée, 24 mars 2011. Ph. Tepco.

Autre­ment cru­ciaux, en effet, me paraissent les convul­sions de Fuku­shima et ce que recouvrent les gra­vats radio­ac­tifs, leurs éma­na­tions, suda­tions, éruc­ta­tions, écou­le­ments et autres « humeurs » d’une sorte de « corps » inqua­li­fiable, dont on redoute une ago­nie inter­mi­nable. Rien d’organique pour­tant là-dedans. Rien que de la tech­nique à haute dose, en hyper-dose, à satu­ra­tion. De cette Tech­nique de démiurges qui en ont perdu le contrôle, pour avoir trop parié sur leur infaillibilité.

 

Dans un sens, en les consi­dé­rant sous l’angle res­treint de la folie humaine, les enjeux du nucléaire rejoignent ceux des conflits et guerres en cours. Ils en dif­fé­rent pour­tant de manière radi­cale en ce qu’ils pèsent à terme comme une menace sur toute l’espèce, pas seule­ment sur des vic­times immé­diates. Car le déni opposé par les nucléo­crates – qui décident selon les impé­ra­tifs du nucléaire –  à la réa­lité de catas­trophe en cours ren­voie à la catas­trophe pro­chaine, d’ailleurs pré­vue, comme on va le voir ci-dessous, par les « probabilistes ».

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Japon. L’apocalypse-bidon « vécue » en chambre par le « grand reporter » du Nouvel Obs

Grand repor­ter ou pas, « Albert-Londres » ou non, Nouvel-Obs ou Mon cul sur la com­mode : du pipeau ! Les faits :  le Nou­vel Obser­va­teur du 17 mars publie neuf pages de des­crip­tion apo­ca­lyp­tique et de témoi­gnages dou­lou­reux sur la catas­trophe japo­naise, signées du grand repor­ter Jean-Paul Mari. L’article a été entiè­re­ment écrit à Paris, à par­tir de témoi­gnages et de des­crip­tions parus ailleurs dans la presse sans qu’aucune source ne soit men­tion­née. C’est ce que révèle l’hebdo Les Inrocks dans sa livrai­son du 29/3 sous le titre « Nou­vel Obs: 5 astuces pour écrire un repor­tage au Japon depuis Paris ».

 

 

Camille Pol­loni décor­tique la manip” et pousse même la confra­ter­nité jusqu’à cui­si­ner le bidon­neur. Jean-Paul Mari invoque quelques expli­ca­tions « tech­niques » («  C’est un pro­blème de temps, j’ai écrit dans l’urgence. Si j’avais une jour­née de plus pour le réécrire, je met­trais la source de ces témoi­gnages. »»), même pas des excuses (vaut mieux pas d’ailleurs), pour se plan­quer en fait der­rière un piteux paravent : le Nou­vel Obser­va­teur n’a pas apposé la men­tion « envoyé spé­cial », il ne pré­tend donc pas que son jour­na­liste se trou­vait au Japon. De même est-il sti­pulé « récit » et non « repor­tage ». Ouais… D’où vient alors cet art filou du « on s’y croi­rait » ? Du fait que rien n’est faux, tout étant pompé chez les « confrères » de Libé, du Pari­sien, du Guar­dian et autres sources internétées.

 

Le tout est réussi dans le genre, entre récit de fiction-vérité et effets de plume limite cli­che­tons. Échan­tillon : «  Le temps s’est arrêté. Plus d’heure, plus d’avant, plus d’après. Pas encore l’apocalypse. Tout est sus­pendu. Le ciel est froid, clair, enso­leillé. Dans la baie, les bateaux se balancent sur une mer d’hiver. Sur la côte, en face, un port de pêche, des toits bleus, des han­gars. Sur la rive proche, des mai­sons, des par­kings, des voi­tures, un poteau de signa­li­sa­tion, un nom, celui de la ville, moderne : Miyako. Et puis là, à quelques mètres du rivage, une ligne bour­sou­flée, comme un bour­re­let, quelque chose d’incompréhensible. On dirait un ser­pent géant, lourd, obs­cur, qui roule des écailles mons­trueuses. Une vague.

 

Allez donc voir direc­te­ment la chose sur le site des Inrocks, c’est une belle dénon­cia­tion de ce mal ram­pant qui imprègne le « jour­na­lisme » moderne, consacre le jour­na­liste assis comme le pro­to­type d’une fin d’un monde celui où la seule ligne pour un jour­na­liste [était] « la ligne de che­min de fer ». Paroles fameuses dont Albert Londres avait fait son credo – avec lequel, à l’occasion, il eut lui aussi bien pris ses aises pour arran­ger les faits à sa convenance…

 

Tiens, avec toutes ces pho­tos « HD », ces films en abon­dance, si je m’offrais un Grand repor­tage à Fuku­shima même, avec sur­vol de la cen­trale à l’agonie, paroles radieuses du pilote de mon héli­co­ptère, témoi­gnage « exclu­sif » d’un liqui­da­teur héroïque, tranche de vie des pêcheurs de Sen­daï, et cae­tera. J’ai déjà le titre : « J’ai sur­vécu à la fin du monde ». Est-ce là l’avenir rayon­nant du futur Nou­veau journalisme ?


Sauvons (aussi) la corrida ! ;-)


A l’occasion du 1er avril 2011, le COLBAC, Comité de Liai­son Biter­rois pour l’Abolition de la Cor­rida, orga­nise une mise en scène avec une affiche per­cu­tante qui dénonce le sou­tien de la cor­rida par l’argent public. www.flac-anticorrida.org

 


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  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)
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    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances
    (Ber­trand Russel)
  • Un récent et com­pli­qué chan­ge­ment de ser­veur a causé la perte de quelques « car­tons », en l’occurrence cer­taines images. Les reverra-t-on un jour ? Hmmm…

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