Je sens bien que les mots, ils saturent les pauvres mots – et leurs lecteurs avec. Alors, pourquoi diantre ne pas aller plus souvent mater à côté si le monde y est plus beau, plus coloré, plus causant aussi finalement. A côté, c’est-à-dire là, en voisinage : http://c-pour-voir.over-blog.com/ Chaque jour sa photo, ou presque, et réciproquement.
Archive for avril, 2011
États-Unis. Nouvelle suspension de la condamnation à mort de Mumia Abu-Jamal, journaliste noir
Résistant à l’injonction de la Cour Suprême des Etats-Unis, qui lui demandait de revoir sa décision, la Cour d’Appel Fédérale de Philadelphie vient de confirmer pour la deuxième fois en trois ans la suspension provisoire de la condamnation à mort du journaliste noir américain Mumia Abu-Jamal. Cette décision est assortie de l’obligation pour la justice de Pennsylvanie de sélectionner un nouveau jury dans les 180 jours. Ce jury devra rendre son verdict avec malheureusement pour seule alternative de statuer entre la peine de mort ou la prison à perpétuité. Dans l’attente, Mumia Abu-Jamal ne quittera pas du couloir de la mort.
Dès que l’arrêt de la Cour d’Appel a été rendu public, le procureur afro-américain de Pennsylvanie récemment élu, Seth Williams, a immédiatement fait savoir qu’il entendait faire appel pour contester la décision auprès de la Cour Suprême des Etats-Unis.
Bien que la justice fédérale ne remette pas en cause la culpabilité de Mumia Abu-Jamal et que la Cour Suprême des Etats-Unis a rejeté en 2010 ses recours portant sur la demande d’un nouveau procès, la décision de la Cour d’Appel est un camouflet pour la plus haute juridiction américaine. C’est un succès à mettre à l’actif de l’équipe de défense, conduite hier par Maître Robert R. Bryan, aujourd’hui par Maître Judith Ritter, et de la mobilisation de ses nombreux soutiens dans le monde entier.
Ce nouvel espace judiciaire est un encouragement à poursuivre et à developper la solidarité en faveur de cet homme devenu l’une des figures emblématiques du combat contre la peine de mort aux Etats-Unis et partout dans le monde. Depuis bientôt 30 ans dans le couloir de la mort, Mumia Abu-Jamal clame son innocence. A l’occasion de son 57e anniversaire, des rassemblements ont eu lieu à Paris, Marseille et Rennes pour interpeller les autorités américaines sur le déni de justice dont il est victime et sur l’insupportable torture mentale qu’est l’acte inhumain d’exécution.
Ce samedi 30 avril, la ville de Saint-Denis (93) célèbrera le 5e anniversaire de la seule rue au monde qui porte le nom de Mumia Abu-Jamal, en présence d’une délégation américaine et de l’équipe de défense du journaliste.
> Le Collectif Unitaire National de Soutien à Mumia Abu-Jamal, rassemblant une centaine d’organisations et de collectivités publiques françaises, est membre de la coalition mondiale contre la peine de mort http://www.mumiabujamal.com
(43, boulevard de Magenta 75010 Paris - Tél : 01 53 38 99 99 - abujamal@free.fr)
> Liste de diffusion du Collectif unitaire national de soutien Mumia Abu-Jamal : http://secure.mrap.fr/Liste-de-diffussion-du-
> Lire également sur ce blog : http://c-pour-dire.com/2010/11/etats-unis-mumia-abu-jamal-journaliste-noir-dans-le-couloir-de-la-mort/
Tchernobyl – Fukushima. 25 ans après, « la leçon de Tchernobyl n’a pas été apprise »
26 avril 1986, catastrophe de Tchernobyl. Voilà vingt-cinq ans. Une référence pour la fameuse échelle INES, atteinte à son niveau 7, le plus élevé. Atteintes humaines et environnementales incalculables – des victimes par centaines de milliers, décédées ou malades ; un territoire grand comme la Suisse rendu invivable à jamais… Un quart de siècle plus tard, la centrale japonaise de Fukushima entre en « compétition » en atteignant à son tour le niveau 7. Pour autant « on » n’ose parler de « catastrophe ». « On » préfère euphémiser, jouer sur le temps, implorer le miracle du dieu Technique. « On » : nucléocrates et politiques fondus dans le même moule du rendement économique, de cette rentabilité dans laquelle le facteur humain ne constitue qu’une variable parmi d’autres. Sauf que la « variable » humaine pourrait bien se rebiffer plus sévèrement qu’il y a vingt-cinq ans où l’ « excuse soviétique » – les « Popofs » étant alors considérés avec mépris d’un niveau technique inférieur… – avait été invoquée. La « supériorité occidentale », celle des centrales de conception états-unienne installées au Japon, comme en France d’ailleurs, a donc apporté la preuve de ses propres limites, mettant à bas le dogme de l’énergie la plus sûre… Peut-être mais…, nous dit l’écrivaine biélorusse Svetlana Alexievitch, «la leçon de Tchernobyl n’a pas été apprise»
La catastrophe de Fukushima aura sans doute – quoi qu’il en soit de ses conséquences – permis de battre en brèche l’omerta nucléariste. Du moins en aura-t-elle pris un sérieux coup, obligeant à reconsidérer les fameux dogmes technicistes, mais aussi les choix énergétiques fondamentaux, les politiques de développement, et même la démocratie elle-même prise la main dans le sac du secret, du mensonge, de la forfaiture. Mais la bête se débat ! (Voir ici à ce propos :Le nucléaire est affaire trop dangereuse pour la laisser aux mains des nucléocrates !)
Même à armes inégales, le débat sur les choix énergétiques et de société a été fortement réactivé. De même que celui, combien fondamental, sur les travailleurs du nucléaire, et tout particulièrement ceux de la sous-traitance. Cette pratique de forme esclavagiste – cette mal-traitance – s’est développée et accélérée depuis le début de privatisation du secteur de l’électricité et la démolition des services publics en général. Ainsi EDF en est-elle venue à se désengager en quelque sorte de la maintenance et indirectement de la sûreté de ses installations. En recourant à du personnel corvéable (moins cher, peu revendicatif, peu regardant – par nécessité – sur les risques sanitaires), l’électricien industriel se lave les mains de la dangerosité de ses activités, ou tout au moins les déplace-t-elle vers les entreprises privées de cette sous-traitance.
Quand Gégé et Juju (re)font de la résistance
Effet Fukushima. Les gazouillis de l’anxiété nucléaire en direct sur la Toile
| Des artistes multimédia italiens viennent de développer Nuclear Anxiety, une carte interactive permettant de visualiser en temps réel, à partir de comptes Twitter, l’angoisse générée sur la Toile par l’énergie nucléaire. Chaque fois qu’un gazouillis (tweet) comportant le mot « nucléaire » (en plusieurs langues) est posté, il apparaît géolocalisé. Ainsi s’exprime l’ampleur de cette peur, notamment aux Etats-Unis, où Twitter est très populaire.
Autre bruit de fond issu de la Toile, listentothedeep.com a mis en écoute l’enregistrement du bruit du séisme qui s’est produit au large du Japon le 11 mars, les basses fréquences ayant été accélérées seize fois. Accessible dans la rubrique « Sound Library », puis « Earthquake ». Le chant de la terre, comme Mahler lui-même ne l’avait jamais entendu… Tout ça est gai, sympa, moderne, technique – comme notre monde. |

Côte d’ivoire. Les « processus de paix » face aux risques élevés d’un pays coupé en deux
Entretien avec Bernard Nantet, africaniste, auteur entre autres de Dictionnaire de l’Afrique (Larousse) et Chronologie de l’Afrique (éd. TSH)
Les événements de Côte d’ivoire peuvent être difficiles à comprendre, précisément parce qu’ils sont traités de manière événementielle. La presse de consommation courante – comme on le disait de la piquette – ignore la complexité, tend à généraliser autant qu’à clichetonner. Pour des tas de raisons, c’est encore plus vrai pour l’Afrique, ainsi qu’un certain discours dakarois et présidentiel l’a montré jadis de façon déplorable. Bref, dans un blog non obnubilé par le temps, la longueur et le « client », on pouvait essayer de démêler l’écheveau ivoirien. C’est ce que fait ci-dessous Bernard Nantet, mon pote et compère africaniste avec qui j’ai si souvent voyagé en Afrique, et en particulier en Côte d’ivoire.

• À quoi tient, selon toi, le fameux clivage nord-sud ivoirien ?
– Bernard Nantet. Ça se passe à plusieurs niveaux. C’est d’abord un clivage économique, donc social forcément. Dans le sud, les gens sont beaucoup plus riches, c’est la région du cacao et du café, l’un et l’autre très appréciés sur le marché mondial. Alors que dans le nord c’est du coton et de l’arachide, qui poussent beaucoup plus difficilement parce que c’est un pays de savane. Clivage aussi du fait que le nord est plus musulman et le sud plutôt chrétien et animiste ; mais au nord comme au sud on continue à pratiquer les religions traditionnelles. Donc on n’a pas affaire à de l’islam « pur » ni à du christianisme « pur ». En quoi il faut aussi éviter d’opposer trop l’un à l’autre. Le clivage social tient à la fois de la plus grande pauvreté du nord, mais aussi au fait que le sud a besoin des bras du nord du pays et des pays voisins pour travailler le cacao et le café de manière saisonnière.
• Oui, des travailleurs venant du nord du pays mais aussi des travailleurs migrants, venus du Burkina Faso notamment…
– …Oui. Et du Mali également. Il s’agit de pays de la savane, beaucoup plus soumise aux aléas de la sécheresse, déjà que la saison sèche y dure parfois six mois et plus ! D’où ces migrations vers le sud. C’est pour cette raison que les colons avaient créé la grande voie de chemin de fer Abidjan-Ouagadougou et ainsi faire venir les travailleurs saisonniers par un aller-retour nord sud d’à peu près six mois.
• Cette voie ferrée permettait aussi de relier le Burkina Faso à l’océan.
– Certes, mais c’était d’abord pour faire venir la main-d’œuvre. Faire venir les travailleurs et les renvoyer tout aussi vite dès que la saison tirait à sa fin. D’autant qu’à l’époque les transports routiers ne fonctionnaient pas.
Le nucléaire est affaire trop dangereuse pour la laisser aux mains des nucléocrates !
L’émission « Mots croisés » du 11 avril était en partie consacrée au nucléaire. J’y aurai surtout vu l’affligeant numéro d’un technolâtre dénommé Jean-Marc Jancovici, présenté comme «
Ingénieur énergie climat,
Professeur à l’Ecole des Mines Paris Tech » (fermez le ban !) Souvent à l’œuvre médiatique en ces temps de contestation nucléaire, ce prétentieux est le prototype même du nucléocrate : méprisant autant que suffisant, ça va ensemble, il assène la « science » en ramenant la sienne.
Extraits :
Cette prestation, atterrante, a eu l’avantage de montrer in vivo comment le monde nucléaire est devenu une sorte de secte, antidémocratique ô combien, dont l’objet est inaccessible à ceux qui n’en font pas partie. C’est ainsi qu’un spectateur lambda ne peut rien comprendre au nucléaire puisque « personne ne sait ce qu’est un millisievert ». Ben expliquez-nous donc ça, grand manitou ! «Ah non, pas possible, ça prend au moins trois pages » L’extrait ci-dessus de l’émission illustre bien la question de fond de ce secteur à part, cette caste de consanguins refermés sur eux-mêmes et devenus sourds et aveugles au monde extérieur. D’où leur grand danger à les laisser agir sans contrôle. On les a assez vus à l’œuvre à Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima. Le nucléaire est affaire trop sérieuse et surtout dangereuse pour la laisser aux mains de tels allumés !
A l’opposé, cet entretien vidéo sur Universcience.tv du 31 mars avec Roland Desbordes, président de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD). Exact contraire de ce pédant insupportable Jancovici, Roland Desbordes se veut explicatif autant que rigoureux, déplorant les données a-scientifiques fournies par les autorités japonaises sur les émissions radioactives liées à l’accident de Fukushima. Où l’on apprend également, sans alarmisme, que nous sommes bel et bien exposés au nuage radioactif venu du Japon.
Deux conceptions de la science, de l’information, de la démocratie. Un autre humanisme aussi.
Cliquer sur les images pour voir les vidéos, ou sur les liens ci-dessous :
http://www.youtube.com/watch?v=weRm6XKYDxo
Fukushima. Ou comment nos nucléocrates réarment le système – sans l’avoir désarmé
Une industrie, des capitaux, une technologie, un système et une vision du monde. Voilà tout ce qu’il y a à « sauver » derrière la catastrophe de Fukushima : rien de moins. En termes plus savants, on appelle ça un paradigme, un modèle sur lequel on avait cru bon de bâtir un système de valeurs – comptables, productivistes –, à défaut de pensée humaniste élevée. Ce qui fut donc réalisé et vient ainsi de se fracasser dans le chaos de la centrale nucléaire japonaise.
Mais cette catastrophe, que d’aucuns s’échinent encore, et on peut comprendre leur ardeur, à qualifier d’ « accident », trouve matière à dissimuler sa vraie réalité. D’abord par l’action concertée de ceux qui y ont l’intérêt le plus impérieux, le plus vital, si on ose dire. Simultanément par le jeu concurrentiel d’une actualité – le chaos plus général du monde – qui sert de divertissement à des enjeux pourtant autrement cruciaux pour l’avenir de l’humanité.
« Autrement cruciaux », à mes yeux, cela ne signifie nullement que je tiendrais pour « négligeables » les révoltes qui secouent le monde arabe, pas plus que celles qui déchirent ce magnifique pays de Côte d’ivoire. Pour nous en tenir à ces seules convulsions de la planète Terre, on peut dire qu’elles expriment le sinueux cheminement de l’Histoire, celles des hommes s’évertuant à s’affirmer comme tels : sensés, raisonnables sinon rationnels, et si possible poètes et aimants – un horizon encore bien éloigné, un programme pour quelques siècles au moins…
Autrement cruciaux, en effet, me paraissent les convulsions de Fukushima et ce que recouvrent les gravats radioactifs, leurs émanations, sudations, éructations, écoulements et autres « humeurs » d’une sorte de « corps » inqualifiable, dont on redoute une agonie interminable. Rien d’organique pourtant là-dedans. Rien que de la technique à haute dose, en hyper-dose, à saturation. De cette Technique de démiurges qui en ont perdu le contrôle, pour avoir trop parié sur leur infaillibilité.
Dans un sens, en les considérant sous l’angle restreint de la folie humaine, les enjeux du nucléaire rejoignent ceux des conflits et guerres en cours. Ils en différent pourtant de manière radicale en ce qu’ils pèsent à terme comme une menace sur toute l’espèce, pas seulement sur des victimes immédiates. Car le déni opposé par les nucléocrates – qui décident selon les impératifs du nucléaire – à la réalité de catastrophe en cours renvoie à la catastrophe prochaine, d’ailleurs prévue, comme on va le voir ci-dessous, par les « probabilistes ».
Japon. L’apocalypse-bidon « vécue » en chambre par le « grand reporter » du Nouvel Obs
Grand reporter ou pas, « Albert-Londres » ou non, Nouvel-Obs ou Mon cul sur la commode : du pipeau ! Les faits : le Nouvel Observateur du 17 mars publie neuf pages de description apocalyptique et de témoignages douloureux sur la catastrophe japonaise, signées du grand reporter Jean-Paul Mari. L’article a été entièrement écrit à Paris, à partir de témoignages et de descriptions parus ailleurs dans la presse sans qu’aucune source ne soit mentionnée. C’est ce que révèle l’hebdo Les Inrocks dans sa livraison du 29/3 sous le titre « Nouvel Obs: 5 astuces pour écrire un reportage au Japon depuis Paris ».

Camille Polloni décortique la manip” et pousse même la confraternité jusqu’à cuisiner le bidonneur. Jean-Paul Mari invoque quelques explications « techniques » (« C’est un problème de temps, j’ai écrit dans l’urgence. Si j’avais une journée de plus pour le réécrire, je mettrais la source de ces témoignages. »»), même pas des excuses (vaut mieux pas d’ailleurs), pour se planquer en fait derrière un piteux paravent : le Nouvel Observateur n’a pas apposé la mention « envoyé spécial », il ne prétend donc pas que son journaliste se trouvait au Japon. De même est-il stipulé « récit » et non « reportage ». Ouais… D’où vient alors cet art filou du « on s’y croirait » ? Du fait que rien n’est faux, tout étant pompé chez les « confrères » de Libé, du Parisien, du Guardian et autres sources internétées.
Le tout est réussi dans le genre, entre récit de fiction-vérité et effets de plume limite clichetons. Échantillon : « Le temps s’est arrêté. Plus d’heure, plus d’avant, plus d’après. Pas encore l’apocalypse. Tout est suspendu. Le ciel est froid, clair, ensoleillé. Dans la baie, les bateaux se balancent sur une mer d’hiver. Sur la côte, en face, un port de pêche, des toits bleus, des hangars. Sur la rive proche, des maisons, des parkings, des voitures, un poteau de signalisation, un nom, celui de la ville, moderne : Miyako. Et puis là, à quelques mètres du rivage, une ligne boursouflée, comme un bourrelet, quelque chose d’incompréhensible. On dirait un serpent géant, lourd, obscur, qui roule des écailles monstrueuses. Une vague.”
Allez donc voir directement la chose sur le site des Inrocks, c’est une belle dénonciation de ce mal rampant qui imprègne le « journalisme » moderne, consacre le journaliste assis comme le prototype d’une fin d’un monde – celui où la seule ligne pour un journaliste [était] « la ligne de chemin de fer ». Paroles fameuses dont Albert Londres avait fait son credo – avec lequel, à l’occasion, il eut lui aussi bien pris ses aises pour arranger les faits à sa convenance…
Tiens, avec toutes ces photos « HD », ces films en abondance, si je m’offrais un Grand reportage à Fukushima même, avec survol de la centrale à l’agonie, paroles radieuses du pilote de mon hélicoptère, témoignage « exclusif » d’un liquidateur héroïque, tranche de vie des pêcheurs de Sendaï, et caetera. J’ai déjà le titre : « J’ai survécu à la fin du monde ». Est-ce là l’avenir rayonnant du futur Nouveau journalisme ?











« C’est pour dire », par Gerard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification
