« C’était un temps dérai­son­na­ble »… Ils avaient vou­lu les exter­mi­ner. Juifs, homos, tzi­ga­nes. Je sais c’est gros, on n’en est pas là. Mais l’esprit rôde, dirait-on, à pas feu­trés, de ce chuin­te­ment des pan­tou­fles, plus inquié­tant par­fois que le bruit des bot­tes. Par­fois l’un annon­ce l’autre. Je n’aime pas ça du tout, j’ai peur et hon­te. Peur pour les vic­ti­mes à venir, déjà dans le col­li­ma­teur. Hon­te pour « mon pays », ce qu’il repré­sen­te et que j’aime à repré­sen­ter avec lui, en cet­te som­me de per­son­nes, de « bon­nes per­son­nes », tant qu’à s’identifier à un ensem­ble. « Vivre ensem­ble », la bel­le expres­sion deve­nue sub­stan­tif, au nom de l’idéal, jamais atteint tou­jours espé­ré.

« Gens du voya­ge »… La méta­pho­re est aus­si bel­le que trom­peu­se. Quels gens ? Ou bien « quel­les ». Mot à gen­re bizar­re, entre mas­cu­lin sin­gu­lier et fémi­nin plu­riel (com­me orgue et amour…) Et sur­tout quel « voya­ge » ? Là, dans l’infinité des dis­tin­guos, on tou­che à autant de visions du mon­de. Pour­quoi les Roms et les noma­des en géné­ral voya­gent-il de par le mon­de ? C’est une ano­ma­lie bien anor­ma­le. Et pour­quoi les homos sont-ils homo­sexuels, et les Juifs juifs ? Le mon­de est bien bizar­re.

Pas inté­gra­ble, les Roms. Donc ache­ver de les dés­in­té­grer : flics, com­man­dos, pro­cès, PV, expul­sions. Et cas­sons le ther­mo­mè­tre plu­tôt que de trai­ter la grip­pe. Quel­le grip­pe, au fait ? Cel­le d’un sys­tè­me grip­pé, et même pire : un régi­me aux abois, sans vision poli­ti­que, sinon de myo­pe ou d’aveugle même. Un « fait divers », une « bavu­re », voi­là ce qui tient lieu de cap à ces démo­lis­seurs achar­nés !

Les mêmes sont aus­si à la bas­se manœu­vre loca­le­ment. J’en ai un dans ma com­mu­ne en la per­son­ne du mai­re, adep­te du tout libé­ral mâti­né d’écolo-gadgetisme, aus­si social que les patrons de Neuilly. Venel­les, Bou­ches-du-Rhô­ne, 8.000 habi­tants, comp­te même moins de loge­ments sociaux (en pour­cen­ta­ge) que Neuilly ! Venel­les enfreint aus­si la loi en n’ayant tou­jours pas amé­na­gé de ter­rain d’accueil des­ti­né aux gens du voya­ge – que son mai­re fait chas­ser à l’occasion à coups de ren­forts poli­ciers… *

Bien sûr que les Roms posent quel­ques pro­blè­mes. Même les « gens biens » s’en posent entre eux, et par­fois des autre­ment mégas ! Oui, les Roms vivo­tent de com­bi­nes et même de lar­cins, se fou­tent de l’écologie com­me de la bouf­fe bio, dégueu­las­sent leurs cam­pe­ments, etc. Mais bien moins que chez les Bet­ten­court-Woer­th, non ? Euh… sauf peut-être pour ce qui est des cam­pe­ments, ici et là, selon les îles pri­vées ou les havres dans quel­que para­dis fis­cal…

Et c’est alors qu’un bon fait divers arri­ve à point nom­mé pour fai­re diver­sion. Un bon coup der­riè­re la tête de ces boucs émis­sai­res sans défen­ses, si ce n’est leurs déri­soi­res cor­nes face au bou­clier éta­ti­que. Un bon coup de poing sur la table du pou­voir à la déri­ve, selon la recet­te pub « un Mars et ça repart ! » Ouais… En poli­ti­que aus­si la pub (ou la com’, c’est tout com­me), ça rend gros et con – et dan­ge­reux.

––––––––

* Exem­ple de pro­pos publics : « Mada­me, Mon­sieur, vous avez pu obser­ver et, pour cer­tains d’entre vous subir, la pré­sen­ce de gens du voya­ge ins­tal­lés sur un ter­rain pri­vé pro­che de la rési­den­ce des Ver­gers de Venel­les. […] J’ai été immé­dia­te­ment infor­mé et j’ai deman­dé à la Poli­ce muni­ci­pa­le d’engager, dans le dia­lo­gue, des mesu­res fer­mes pour leur départ dans les meilleurs délais. […] Il est anor­mal que dans une démo­cra­tie, des mino­ri­tés impo­sent leur sty­le de vie à la majo­ri­té paci­fi­que qui peu­ple notre Pays. […] Je vous prie de bien vou­loir noter le numé­ro de télé­pho­ne por­ta­ble de la Poli­ce muni­ci­pa­le de Venel­les qui inter­vient 24 h sur 24 : 06 09 95 12 79. » Jean-Pier­re Saez, mai­re UMP de Venel­les (13), vice-pré­si­dent de la Com­mu­nau­té d’agglomérations du Pays d’Aix, 15/05/02

Share Button