On n'est pas des moutons

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Fukushima. Nouvelle explosion sur un réacteur

Une nou­velle explo­sion s’est pro­duite dans les ruines de la cen­trale nucléaire de Fuku­shima Daii­chi dans la nuit du 13 à 14 Juin à 00h43. Comme on peut le voir sur un enre­gis­tre­ment vidéo (ci-​dessous) de l’opérateur nucléaire Tepco, l’explosion – très impres­sion­nante – a affecté le réac­teur III, par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reux car il contient du com­bus­tible MOX chargé de plu­to­nium.

Selon Green­peace, c’est un signe patent que le noyau en fusion de com­bus­tible MOX est acti­ve­ment dan­ge­reux. Vrai­sem­bla­ble­ment, il y a eu une explo­sion cau­sée par le contact des maté­riaux du cœur fondu avec de l’eau. Avec une telle explo­sion un relâ­che­ment de grandes quan­ti­tés radio­ac­tives dans l’environnement est à craindre.

Tou­jours selon Green­peace, qui a rendu publique l’information, les niveaux de radio­ac­ti­vité mesu­rés près des ruines de l’enceinte de confi­ne­ment du réac­teur I atteignent 260 sie­vert. Selon l’expert Shaun Bur­nie, de Green­peace, cela confirme que les par­ties fon­dues du cœur ont percé le fond de la cuve du réacteur.

L’événement paraît visible à par­tir de la 2e minute de l’enregistrement.

D’autre part, les Japo­nais pro­jettent de recou­vrir les ruines des réac­teurs par des sar­co­phages… en plas­tique – cela afin de limi­ter les infil­tra­tions d’eau et les rejets de matières radio­ac­tives. La maquette de ces sar­co­phages a été mon­trée ce 16 juin au JT de 20 heures sur France 2.

[Sources : Col­lec­tif anti­nu­cléaire 13, Green­peace; Tepco]

Post scrip­tum 17÷6÷11 : Il s’agirait plu­tôt du réac­teur IV. C’est ce qu’indiquent diverses sources telles que :
 – le site du jour­nal Hawaï News Daily http://​hawaii​news​daily​.com/​2​0​1​1​/​0​6​/​a​p​p​a​r​e​n​t​-​e​x​p​l​o​s​i​o​n​-​a​n​d​-​f​i​r​e​-​a​t​-​f​u​k​u​s​h​i​m​a​-4/
 – le site de l’association Koko­pelli, qui suit de très près la situa­tion à Fuku­shima : http://​www​.koko​pelli​-blog​.org/​?​p​=​916
La situa­tion reste des plus graves à Fuku­shima, mais cette pré­ci­sion exclu­rait le risque de dif­fu­sion atmo­sphé­rique du plu­to­nium contenu dans le com­bus­tible MOX qui ali­mente le réac­teur III.


Jazz chez Jean-​Pierre. Quand les « happy few » font le nombre

C’était samedi der­nier, dit de Pen­te­côte, drôle de samedi. Point de vue perso à par­tir d’emploi du temps de même. Le matin, devant la mai­rie de mon bled, on était douze, comme des apôtres, à prê­cher dans le vide (pas tout à fait) pour une France et un monde débar­rassé du péril nucléaire. Le Japon de Fuku­shima c’est loin, faut croire, et l’humour cor­ré­zien a depuis recou­vert de son écume média­tique les miasmes radio­ac­tifs que conti­nuent de cra­cher les réac­teurs japo­nais en per­di­tion. Soit.

L’après-midi, pas­sage à la fête d’Attac-13 à Vitrolles. Beau temps, endroit buco­lique (Domaine de Font­blanche, c’est là que se tient le fes­ti­val de jazz Char­lie Free). Grosse déprime : une cen­taine de per­sonnes au rendez-​vous…

Soi­rée dans la col­line du JP’estival, ren­contre d’amateurs de jazz, rock et com­pa­gnie sur les res­tanques de Jean-​Pierre T., au-​dessus de la Durance – gardons-​le ano­nyme pour ne pas flin­guer son fes­ti­val entre potes qui ne pour­rait sup­por­ter l’invasion. Voilà onze ans qu’il s’est jeté dans la petite aven­ture : se don­ner un lieu et un moyen de jouer sans pas­ser par les cir­cuits contrai­gnants. Là, c’est le cir­cuit très court, genre directo producteur-​consommateur. L’orga se fait à la bonne fran­quette, sous une bâche, deux enceintes, trois pro­jos, sur fond sonore de cra­pauds en rut, et sen­teurs de pou­let yassa côté res­tau­ra­tion. Musi­ciens variés aussi, à tout point de vue, y com­pris artis­tique. Et alors ? Per­sonne pour s’en plaindre. On est là ensemble, à pas­ser des moments cha­leu­reux « entre soi », les « happy few » comme on dit de nos jours, ces « quelques pri­vi­lé­giés » action­nés par le bouche à oreille et qui finissent par atteindre les cent cin­quante ou deux cents, en comp­tant enfants et chiens.

Rien à voir avec les mai­gre­lettes mobi­li­sa­tions du matin et de l’aprèm. Ici, pas de poli­tique, sinon celle de l’ici & main­te­nant. Demain est un autre jour – et encore, pas sûr. L’avenir n’est plus ce qu’il était. Jus­te­ment parce que Tcher­no­byl et Fuku­shima. Parce que le monde pourri. Parce que rien ne vau­drait la cha­leur des petits mondes, petits certes mais tout de même bien réels.

Excuse, Youki, le coup de flash qui t’a fait sur­sau­ter… N’empêche, t’as de l’oreille – et de la gueule ! (Ph. gp)


Mini entre­tien avec Jean-​Pierre T.

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Archie Shepp en « Maradona du jazz » chez des rappeurs d’Aix-en-Provence

© Ph. Gérard Tissier

C’est une belle aven­ture débu­tée à l’automne. Son point d’orgue, si on ose dire : cette prin­ta­nière soi­rée du 6 mai 2011, un samedi, dans un quar­tier d’Aix-en-Provence. Et quand on dit « quar­tier » on croit avoir assez sous-​entendu, ce qui est pire que tout.

Donc ce soir-​là, au Jas de Bouf­fan, nom du quar­tier péri-​urbain, Archie Shepp avait rendez-​vous avec une bande de jeunes – à moins que ce ne soit l’inverse -, mais aussi un public, ras­sem­blé dans la salle bon­dée du Bois de l’Aune : un tiers de spec­ta­teurs venus en voi­sins, sup­por­teurs des leurs, le reste de plus loin, connais­seurs, curieux et bour­geois ordi­naires. Tel était l’aboutissement de ce « Jazz-​lab 1 », com­mencé à l’automne avec l’intention de mêler, mixer, mélan­ger, métis­ser quelques ingré­dients de la culture d’aujourd’hui.

[…] Suite sur Citi­zen Jazz, làhttp://​www​.citi​zen​jazz​.com/​J​a​z​z​l​a​b​-​1​-​a​-​A​i​x​-​e​n​-​P​r​o​v​e​n​c​e​-​a​v​e​c​.​h​tml


J.-S. Bach, Moebius et sa bande

Mou­lin à jazz, Vitrolles, 21 mai 2011. Jean-​Charles Richard s’échauffe au saxo bary­ton avec la Suite n°1 pour vio­lon­celle de Jean-​Sébastien Bach. Ph. gp

La musique, peut-​être plus et autre­ment que les autres formes d’expression, repré­sente cet exploit de réunir le beau et l’insondable. En d’autres termes, l’harmonie et le cos­mos, l’émotion et la rai­son, l’art et l’intelligence, la poé­sie et les mathé­ma­tiques. Le petit film (dans la durée : 4 mn) visible ci-​dessous illustre à mer­veille le génie de Jean-​Sébastien Bach, musi­cien tutoyant le « divin » (les guille­mets pour déli­mi­ter le champ de la croyance – son chant aussi…). Un film à la fois péda­go­gique & magique, dans les limites de cette « magie » par­cou­rue par des four­mis sur la bande de Moe­bius (film sui­vant).

C’est à par­tir de ce ruban de Moe­bius que le cher­cheur dar­wi­nien Patrick Tort (L’effet Dar­win, Seuil) construit son concept d’« effet réver­sif » de l’évolution par lequel il explique « non théo­lo­gi­que­ment » l’émergence chez l’Homme de la liberté et de la soli­da­rité sociale. Vaste sujet…


Samedi 11 juin, « Carton rouge au nucléaire » sur toute la France

© faber

Mani­fes­ta­tions et débats sont annon­cés ce samedi 11 juin devant les mai­ries de France et de Navarre. Qu’on ne nous fasse plus prendre des cen­trales nucléaires pour des lanternes !


Mort de Ricet Barrier. V’là l” printemps pourri…

Prin­temps pourri : Ricet Bar­rier a cassé sa pipe de (faux) pèque­not de la (vraie) chan­son. Ce mâtiné des Frères Jacques, de Vas­si­liu et de Bobby Lapointe, Maurice-​Pierre Bar­rier a suc­combé au can­cer à 86 ans, le 21 mai, à Sainte-​Cécile, Puy-​de-​Dôme. On n’en a pas fait un foin. Nor­mal, entre séche­resse et orages, et avec tout ce qui se passe dans le vaste monde… Alors, eul’ bour­rin « Bijou » de Eh, la Marie !, eul’ t’lacteu… sur fond d’enclume d’Isa­belle, v’là l’printemps, le blues éja­cu­la­toire des Sper­ma­to­zoïdes, le swing de Dolly 25, tout ça est passé à la trappe de l’Actu. Pour­tant, avec La Ser­vante du Châ­teau on bor­dure le « trous­sage de domes­tique », tiens :

« Pour m’consoler j’ai été trinquer

« Avec Nico­las l’riche meunier

« On a dansé sous les lampions

« Le v’là qui tri­pote mon jupon

« Pour voir si c’est pas du coton »…

Le reste est assez dif­fé­rent, vu que ça se passe pas exac­te­ment à Man­hat­tan. Allez, un p’tit coup d’Eh ! la Marie pour la route finale du chansonnier.

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Manhattan-​Concombre. Il y a légume et légume

Libé­ra­tion, mer­credi 1÷06÷11

Leçon de français: le concombre est un gros légume et « DSK » une grosse légume. Bizar­re­rie et sens de la nuance : les deux se disent, c’est du bon fran­çais bien de chez nous. Le ou la, légume est du genre mixte, bisexué, y com­pris pour le phal­lique concombre.

Fran­çais cor­rect, soit, mais poli­ti­que­ment ? Le cucur­bi­ta­cée espa­gnol, rap­pe­lons les faits, s’est bien vite retrouvé menotté devant toutes les télés d’Allemagne et d’ailleurs, sans même avoir été « pré­sumé ». Et per­sonne pour cla­mer la fameuse pré­su­mée inno­cence de ce pauvre légume si inof­fen­sif d’allure. Per­sonne pour pré­tendre que « ça ne lui res­semble pas ». C’est vrai, quoi, a-​t-​il une tête de tueur ? De vio­leur peut-​être mais de tueur ! Car cette fois, si aucune domes­tique n’a été trous­sée (par lui), il y a bien eu morts d’hommes (une quin­zaine !) L’accusation était autre­ment plus grave alors ?

En fait, une fois de plus, nous nous trou­vons bien devant un cas d’injustice fla­grante autant que révol­tante. Pour ce qui est des légumes,en par­ti­cu­lier, il y a bien deux poids deux mesures selon qu’on en est « un » ou « une ». À Man­hat­tan, on sait que la grosse légume a les moyens, et même au delà. Qu’avec ce qu’il faut d’avocats, même sans concombre, on en fera des salades. Le petit légume à tête de femme de ménage, lui, n’aura qu’à bien s’accrocher. Mais à quoi ?


Hubris, alias « FLG-​437 »

Atten­tion les oreilles et les yeux ! Fan de Viens pou­poule ou du Chan­teur de Mexico, vade retro ! D’ailleurs tu ne serais pas là, et donc pas tenté d’aller voir-​entendre cet Hubris, selon FLG, alias Frank Lovisolo-​Guillard pour une plon­gée de 4’37″. Plon­gée dans quoi, vers quoi, au-​delà de quoi„ quand, où ? Ça, mon gars, ma belle, à toi de voir-​entendre, je te le redis. Branche ta châine, sans la bri­ser… Et pars. Avec pour seul via­tique, cette sorte d’énigme de l’auteur, un peu sphinx à ses heures, pour un mes­sage très actuel :

« Pour les anciens Grecs il s’agit de la déme­sure ou de l’outrance dans le comportement.

« C’est aussi un sen­ti­ment violent né de l’orgueil qui allait jusqu’au dépas­se­ment des limites : l’offense envers les dieux. Dans les tra­gé­dies Grecques c’est la déesse ven­ge­resse Némé­sis qui punit l’hubris*. Elle est appa­ren­tée à Até et aux Éri­nyes.

« Selon Aldous Hux­ley, « Les Grecs savaient par­fai­te­ment que l’hubris, qui s’oppose à l’ordre divin de la nature, entraîne un juste retour des choses. »

HUBRIS, par Frank Lovi­solo mai, 2011



DSK. Drôle d’affaire, drôle de monde

L’Affaire. Évi­tons la satu­ra­tion, soit. Tout de même quelques grains de sel…

D’un côté cette Amé­rique puri­taine, rigo­riste, impla­cable : riches ou pauvres égaux devant la jus­tice… Jusqu’à un cer­tain point, faut rien exa­gé­rer, et vive le libé­ra­lisme le plus sau­vage ! Devenu la vic­time, l’inculpé peut à nou­veau faire valoir sa « valeur ». 100 mil­lions de dol­lars par ci, 500 par là ; un appar­te­ment de cir­cons­tances en plein Man­hat­tan – res­ter dans la Cité des hommes –, amé­nagé en consé­quence, selon la requête de cette jus­tice rede­ve­nue du jour au len­de­main si com­pré­hen­sive, humaine. Ouf, vive l’Amérique !

De l’autre, donc, cette Amé­rique autre et tout à fait elle-​même – « In Dol’ we trust » –, pour qui la femme de ménage reprend sa place « nor­male », c’est-à-dire tout en bas de cette ver­ti­gi­neuse échelle qui gratte-​le-​ciel des possédants.

Selon que vous serez riche ou misé­rable – La Fon­taine, avec ses pots de fer et de terre, veille au grain de l’injustice fon­cière d’une société fon­ciè­re­ment inégalitaire.

Côté hexa­gone res­treint (média­tique), la parole domi­nante acca­pa­rée par le clan. L’émission de Puja­das en a fourni la cari­ca­ture hier soir (19÷5÷11) jusqu’à l’indécence : ce milieu auto­risé s’est auto­risé une fois de plus. Ils volent tous au secours de l’ami, ce qui serait louable en luci­dité, donc en décence. Ce fut l’inverse. Jusqu’à voir un Badin­ter se décon­si­dé­rer (à mes yeux tout au moins, par un tel manque de recul) dans son pos­tu­lat d’innocence de l’Ami, défini au pas­sage par l’affreux F-​O Gis­bert comme celui qui aide­rait même l’assassin en y allant de la pelle pour dis­si­mu­ler le cadavre…

Tan­dis que Manuel Valls, l’œil noir, mitraillait à tout va sur l’air de l’indignation (va-​t-​il prendre le relais de son ami poli­tique ?). Tan­dis que le débat s’engouffrait dans le « tout le monde savait-​personne n’a rien dit »… Ce qui reve­nait à vali­der la vrai­sem­blance de l’affaire et des chefs d’accusation.

Le fait que DSK soit consi­déré un dérangé sexuel notoire a jusqu’à pré­sent amusé la gale­rie, ali­menté les vannes les plus gra­ve­leuses, forcé ses nom­breuses vic­times au silence hon­teux. Et cela conti­nue aujourd’hui sous un registre à peine feutré :

Jean-​François Kahn, sur France Culture :
« Je suis cer­tain, enfin pra­ti­que­ment cer­tain, qu’il n’y a pas eu une ten­ta­tive vio­lente de viol, je ne crois pas, ça, je connais le per­son­nage, je ne le pense pas. Qu’il y ait eu une impru­dence on peut pas le… (rire gour­mand), j’sais pas com­ment dire, un trous­sage […] un trous­sage, euh, de domes­tique, enfin, j’veux dire, ce qui est pas bien. Mais, voilà, c’est une impres­sion. » [Pro­pos regret­tés ensuite par l’auteur].
Jack Lang, sur France 2:
« Ne pas libé­rer, alors qu’il n’y a pas mort d’homme, ne pas libé­rer quelqu’un qui verse une cau­tion impor­tante, ça ne se fait pra­ti­que­ment jamais. »
En effet, pour une brou­tille pareille !
► Pour BHL, DSK n’est pas un jus­ti­ciable comme un autre :
« J’en veux, ce matin, au juge amé­ri­cain qui, en le livrant à la foule des chas­seurs d’images qui atten­daient devant le com­mis­sa­riat de Har­lem, a fait sem­blant de pen­ser qu’il était un jus­ti­ciable comme un autre. »

Et puis il y a ce « dîner en ville » chez Ardis­son, qui fai­sait même rire la pre­mière inté­res­sée, Tris­tane Banon – qui fait à nou­veau par­ler d’elle et pour­rait être citée à témoi­gner au pro­cès de New York –se pré­sen­tant alors, à la télé en 2007, comme une des proies de DSK :


Une drôle d’affaire, vrai­ment, à l’image même de notre monde à la dérive : un drôle de monde. Quoi qu’il en sera de ses abou­tis­se­ments, elle aura tout de même per­mis de recen­trer un peu, espé­rons, les enjeux poli­tiques actuels au PS sur le fond. PS comme parti socia­liste ? Comme poli­tique sociale ?


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