Se révol­ter dix fois par jour, il y a de quoi. Et com­ment ! Exemple tout chaud : la muni­ci­pa­li­té d’Avignon éjecte une école publique au pro­fit – c’est le mot, l’abominable mot – d’une entre­prise pri­vée qua­li­fiée de « col­lec­tion d’art ». L’école aus­si est « d’art », donc plus artis­tique que la bou­tique sus-nom­mée puisque se situant en amont de ce que l’autre récu­père en aval du biz­ness. Seule­ment voi­là, le tenan­cier et pro­prio de ladite bou­tique n’est autre que le fameux gale­riste pari­sien Yvon Lam­bert, sis sous sa ver­rière, rue Vieille-du-Temple. Dans les années 90, celui-ci a ouvert sa suc­cur­sale – fort belle il est vrai, quand on aime on compte pas… – « en Avi­gnon ». Avec la bien­veillante com­pli­ci­té de Marie-Josée Roig, maire UMP de l’antique cité des papes, allouant l’Hôtel de Cau­mont à la Col­lec­tion Lam­bert qui ouvre ain­si ses portes en juillet 2000.

L’été der­nier, Yvon Lam­bert annonce qu’il envi­sage de faire une dation à l’État fran­çais de 300 œuvres de sa col­lec­tion, pour une valeur esti­mée à, miam-miam, envi­ron 60 mil­lions d’euros, dans le cadre de la créa­tion à Avi­gnon d’un centre d’art contem­po­rain per­ma­nent. Une exten­sion des locaux actuels s’imposerait alors, par exemple cet hôtel de Mont­fau­con voi­sin, occu­pé depuis 1998 par une école muni­ci­pale d’art. Ni une ni deux, les deux com­pères Yvon et Marie-José topent là. Et exit l’école d’art dont le direc­teur apprend la nou­velle dans La Pro­vence, à l’heure du petit noir. Pas de concer­ta­tion, pas même d’information. Il est des urgences et des inté­rêts qu’on ne com­mande pas. La maire d’Avignon n’allait tout de même pas ris­quer de voir Mon­sieur Lam­bert délo­ca­li­ser son bar­num on ne sait trop où. Dans le quar­tier de Chel­sea à New York où il a déjà un pied-à-terre. Ou encore à Venise, hor­reur !, dans le sillage de Mon­sieur Pinault.

Et l’école d’art ? Bah, il suf­fi­ra de la délo­ca­li­ser – c’est à la mode, mais tout de même mal vu… Certes, ce ne sera que hors les rem­parts. Mais encore ? Eh bien dans une cité HLM où crou­pit un vieux col­lège désaf­fec­té qu’il suf­fi­rait de repeindre à la chaux, ce dépouille­ment qui sied tel­le­ment aux artistes – « la bohè­meu »… Le plus gon­flant pour l’école, ain­si que le rap­pelle son direc­teur, Jean-Marc Fer­ra­ri, c’est qu’elle a été « tota­le­ment impli­quée dans la genèse de la col­lec­tion ». Le pro­jet ini­tial, en effet, asso­ciait le centre d’art à l’école de for­ma­tion et de recherche – ce qui a bel bien fonc­tion­né jusqu’à pré­sent. C’est-à-dire jusqu’à ce que ce fou­tu pro­fit ne rap­plique sous sa vraie nature, celle du pousse-toi-de-là-que-je-m’y-mette. L’expansion, la crois­sance conti­nue, les bulles écla­tées. Et tout le tou­tim, s’il faut mettre les points sur les i.

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