On n'est pas des moutons

Actualité

Civilisations. Pourquoi Guéant n’a pas dit que des conneries

Aboyer avec, ou aboyer contre les loups, c’est tou­jours aboyer. S’agissant de civi­li­sa­tion, il devrait y avoir mieux à faire et sur­tout à dire. Soit donc le pro­pos de Guéant, exer­çant le minis­tère de l’intérieur de qui on sait et s’exprimant ce 4 février en ces termes :

« Contrai­re­ment à ce que dit l’idéologie rela­ti­viste de gauche, pour nous, toutes les civi­li­sa­tions ne se valent pas. Celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avan­cées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fra­ter­nité, nous paraissent supé­rieures à celles qui acceptent la tyran­nie, la mino­rité des femmes, la haine sociale ou eth­nique ». « En tout état de cause, nous devons pro­té­ger notre civilisation ».

Voilà donc le pro­pos qui a enflammé le lan­der­neau politico-​médiatique selon le mode de la meute, donc selon la forme aboyante. Essayons de dépa­touiller l’affaire qui, en ces enfié­vrées périodes élec­to­rales, a vite pris l’allure d’une cabale.

Pré­ci­sion préa­lable : je ne sau­rais voler au secours de Guéant. Qu’il se démerde ! Sur­tout mon pro­pos se veut, comme son auteur, réso­lu­ment de gauche. Or, en l’occurrence, je trouve que l’idéologie gau­chienne – comme on dit désor­mais sou­chienne – se met à patau­ger dans les fanges qu’elle pré­tend dénoncer.

Que le Guéant ait mitonné sa tam­bouille devant un par­terre d’extrême droite et à l’intention déli­bé­rée de l’extrême droite dans le but de la bas­se­ment mais lour­de­ment cour­ti­ser, on ne sau­rait le nier. Mais un type de droite ne dit pas for­cé­ment que des conne­ries. Et vice versa

Le vrai sujet du débat, mer­di­que­ment lancé, se pose tout de même sur le fond : ce qu’on entend au juste par « civi­li­sa­tion ». D’où cet enchaî­ne­ment pos­sible de ques­tions dans le but d’éclairer les lan­ternes et sur­tout ceux qui les tiennent :

– Qu’est-ce qu’une civilisation ?

– Les civi­li­sa­tions sont-​elle comparables ?

– Qu’est-ce qu’une valeur en civilisation ?

– De là : quid du rela­ti­visme ? De l’universalisme ? De leurs places dans l’Histoire, les socié­tés, la morale, etc. ?

Des thèses innom­brables se sont affron­tées autour de ces ques­tions et je n’aurais ni l’outrecuidance ni l’intention de ten­ter de les reprendre. Je ne livre donc que mes propres réponses, elles-​mêmes ali­men­tées à ma propre his­toire – tout étant donc rela­tif, en ce sens du moins…

Une civi­li­sa­tion, je ten­te­rais de la défi­nir ainsi… : l’ensemble des valeurs, croyances, cou­tumes, langues et mœurs aux­quelles un groupe humain se réfère de manière plus ou moins consciente, par les­quelles il s’identifie et qui en même temps le constituent.

Ces ensembles mul­tiples varient d’autant selon la situa­tion géo­gra­phique et l’Histoire (période his­to­rique et évé­ne­ments). La civi­li­sa­tion des Indiens d’Amérique pré­co­lom­bienne dif­fère de celle qui l’a sui­vie. Ces varia­tions n’ont cepen­dant pas tota­le­ment éli­miné les struc­tures basiques des socié­tés dans les­quelles on peut obser­ver des inva­riants. Des chan­ge­ments se sont ainsi pro­duits, plu­tôt qu’une évo­lu­tion, qui sup­po­se­rait une pro­gres­si­vité – voire une fina­lité impli­quant, jus­te­ment, une notion dis­cu­table de pro­grès. Ces chan­ge­ments peuvent aller jusqu’à alté­rer la civi­li­sa­tion elle-​même. Et l’on sait aujourd’hui que les civi­li­sa­tions sont mor­telles [« Nous autres, civi­li­sa­tions, nous savons main­te­nant que nous sommes mor­telles », Paul Valéry. Au pas­sage, à quoi donc ren­voie cet englo­bant « nous autres » ?] On le sait en par­ti­cu­lier depuis que le mot eth­no­cide désigne ce qui tue non pas les peuples eux-​mêmes – géno­cide – mais ce qui les carac­té­rise et les repré­sente. C’est le cas, jus­te­ment, de l’ethnocide des Amé­rin­diens ou encore des Mnong Gar au Sud Viêt Nam, ou des menaces pesant sur les Tibé­tains – sans par­ler des Ber­bères en Afrique du Nord et même des Celtes chez nous…

Ainsi dirons-​nous que les civi­li­sa­tions existent, se dif­fé­ren­cient, changent et peuvent dis­pa­raître. En quoi elles sont donc com­pa­rables, d’autant plus qu’elles seront fine­ment obser­vées et ana­ly­sées, si pos­sible en dehors de tout juge­ment de valeur.

Pour l’observateur à voca­tion scien­ti­fique les com­por­te­ments humains ne relèvent pas de valeurs trans­cen­dantes. Ils sont obser­vables, ana­ly­sables, com­pa­rables. Ainsi les civi­li­sa­tions aux­quelles ces com­por­te­ments se réfèrent peuvent être pré­sen­tées comme rela­tives – c’est ce qu’on appelle le rela­ti­visme culturel.

Le suc­cès de cette thèse, et le contre­sens qui en a découlé, tient en par­ti­cu­lier à sa réduc­tion vul­gaire et abu­sive selon laquelle « tout se vaut ». Certes, il n’y a pas lieu d’établir des hié­rar­chies de valeurs – sur­tout morales – entre les civi­li­sa­tions. Mais en même temps, peut-​on contes­ter l’universalité de cer­taines de ces valeurs ? Ainsi, quand Guéant déclare : « Celles [les civi­li­sa­tions] qui défendent l’humanité nous paraissent plus avan­cées que celles qui la nient », au nom de quoi – de quelle autre de nos valeurs « occi­den­tales » ? – pourrait-​on le déni­grer en réfu­tant son asser­tion ? Asser­tion qu’il entoure d’ailleurs d’une cer­taine rete­nue avec son « nous paraissent », tan­dis que le pro­cès d’intention peut lui être fait de décré­ter la supré­ma­tie abso­lue et défi­ni­tive d’une civi­li­sa­tion (la « nôtre ») sur toutes les autres.

Or, pré­ci­sé­ment, selon les lieux et les époques, toute civi­li­sa­tion aura vu naître en son sein ici des réa­li­sa­tions sublimes, là les mas­sacres les plus atroces … Gare aux généralisations !

Non, tout ne se vaut pas, certes ! Même si tout peut plus ou moins s’expliquer et se com­prendre. Mais en même temps, « nous autres » comme disait Valéry, nous tous ajouterai-​je, fai­sons par­tie de la même huma­nité, en sa diver­sité de civi­li­sa­tions – pri­mi­tives, sau­vages, bar­bares, déve­lop­pées, civilisées… – précisément, selon l’Histoire, l’époque, le lieu.

L’autre volet de mon pro­pos concerne les réac­tions mou­ton­nières, sinon pav­lo­viennes, déclen­chées par cette décla­ra­tion de Guéan.

Ainsi Har­lem Désir, numéro 2 du PS, y a vu « la pro­vo­ca­tion pitoyable d’un ministre réduit à rabat­teur de voix FN. Une majo­rité en per­di­tion élec­to­rale et morale ».

Sur son compte Twit­ter éga­le­ment , Cécile Duflot (EELV) parle d’un « Retour en arrière de 3 siècles. Abject » !

Dans un com­mu­ni­qué, le Mou­ve­ment des jeunes socia­listes (MJS) a « condamné les pro­pos » de M. Guéant en lui « deman­dant « ce qu’il cher­chait en s’enfermant dans son dis­cours xéno­phobe et raciste. Le ministre « se range dans la caté­go­rie de ceux qui dif­fé­ren­cient et hié­rar­chisent les hommes, per­met­tant le bas­cu­le­ment vers un véri­table racisme cultu­rel » , ont-​ils ajouté.

SOS Racisme dit « espé­rer un démenti urgent » de ces pro­pos. « Si ces der­niers, très graves, avaient été bel et bien tenus par le ministre de l’Intérieur en fonc­tion, ils mar­que­raient une nou­velle étape dans une dérive vers des extrêmes inac­cep­tables, struc­tu­rés notam­ment par des logiques d’infériorisation de l’Autre ».

Ces « EDL » – élé­ments de lan­gage – d’effarouchés, qu’ils soient de droite et sur­tout de gauche, voilà ce que je trouve lamen­table et qui me fait sor­tir de mes gonds de blo­gueur en hiber­na­tion. Je vois là une mas­ca­rade, une déro­bade – soit une occa­sion de plus de fuir ses res­pon­sa­bi­li­tés et de noyer le désar­roi poli­ti­cien. Car la vraie ques­tion, celle qui concerne au pre­mier chef le Parti socia­liste – et avant eux les com­mu­nistes, n’est-elle pas celle-​ci ? : D’où vient la désaf­fec­tion du « peuple de gauche » envers ses pôles his­to­riques, par­tis et syn­di­cats ? Ou autre­ment dit : Pour­quoi cette attrac­tion des pro­lé­taires pour le Front natio­nal ? Pro­lé­taires – j’insiste, à pro­pos de ceux qu’on n’ose même plus nom­mer, que les situa­tion­nistes ont si jus­te­ment qua­li­fiés comme « dépos­sé­dés du plein emploi de leur vie », c’est dire leur écra­sante majo­rité dans le monde !

Cette fois, c’est la cho­rale des hor­ri­fiés de gauche qui s’égosille, mar­quant ainsi la minable alter­nance de dis­cours et de poli­tiques qui meut le balan­cier entre gauche et droite – et retour. Leurs cris d’orfraie ne rameute que les bobos de très loin concer­nés – par exemple et entre autres, s’agissant de « civi­li­sa­tion » – par l’accroissement des pra­tiques musul­manes osten­sibles. Ils n’habitent pas pour la plu­part à Bar­bès ni dans le 9-​3 ou dans les quar­tiers Nord de Mar­seille. Des dés­équi­libres socio­lo­giques et cultu­rels, ils ne connaissent que le spec­tacle média­tisé. Ils ont feuilleté Bour­dieu mais n’ont pas dédai­gné les bour­si­co­tages du social-​libéralisme des années Mit­ter­rand. Ce sont des huma­nistes, certes, et je peux bien me recon­naître en eux, puisque je vis aussi à l’abri rela­tif de ces graves tour­ments de nos socié­tés désar­çon­nées. Voilà même pour­quoi je la ferme (ici) depuis plu­sieurs mois, dégoûté et impuis­sant devant l’état de dégra­da­tion de notre monde. Et devant cette course en avant et droit dans le mur de la Crois­sance comme seul hori­zon et seule Sal­va­tion crypto-​religieuse : soit du Tou­jours Plus et tou­jours du Même, dans la course per­due à l’Emploi imploré, tan­dis que pour­rit au fond de l’égoût la belle uto­pie, celle que cares­sait mon père (et bien d’autres avant lui) tout en lisant et reli­sant La Grande relève des hommes par la machine, d’un cer­tain Jacques Duboin dont on recom­mence à par­ler.. Lui qui avait écrit dans les années trente : « Le chô­meur, au lieu d’être la ran­çon de la science, devrait en être la récom­pense. » Alors pourrait-​on par­ler de civi­li­sa­tion, et parier sur son universalité.


Puisqu’il l’a dit…

Lors de l’émission « A vous de juger » en 2007, Nico­las Sar­kozy s’était engagé sur 5% de chô­meurs à la fin de son quin­quen­nat et conseillait aux Fran­çais d’en « tirer les consé­quences » s’il finis­sait à 10%. Ben voilà, y a pu qu’à…

En atten­dant, cli­quer sur l’image et jubiler.


Grand concours de Noël pour le développement du râble de sapin

A vous la légende !

Com­ment peut-​on être grand, con et court ? En par­ti­ci­pant à notre grand concours de Noël. Règle du jeu sim­plis­sime : trou­vez la légende qui s’imposera pour cette sublime image com­mise par les plus talen­tueux (si !) gra­phistes de Metz (Lor­raine, France), à savoir (recon­nais­sables sur la photo) :

Arnaud Hus­se­not, en haut

Fabien Dar­ley, en bas

Tous les gagnants gagne­ront : leurs légendes seront publiées au fur et à mesure dans les cases de com­men­taires pré­vues à cet effet. C’est-i pas un beau cadeau de Noël, ça ?


Le crachat et le rêve français…

par Amine el Khatmi 23 ans, étu­diant en droit (mas­ter 2), français

Lettre à mon­sieur le ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer, des Col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales et de l’Immigration

Mon­sieur le ministre,

La sous-​direction de l’accès à la natio­na­lité fran­çaise du minis­tère que vous diri­gez vient de signi­fier à madame S. Boujrada, ma mère, le clas­se­ment de son dos­sier et un refus d’attribution de nationalité. «Vous ne répon­dez pas aux critères», est-il écrit dans un cour­rier sans âme que l’on croi­rait tout droit sorti de l’étude d’un huis­sier ou d’un notaire.

Ma mère est arri­vée en France en 1984. Il y a donc vingt-​huit ans, mon­sieur le ministre, vingt-​huit ans ! Arri­vée de Casa­blanca, elle maî­tri­sait par­fai­te­ment le fran­çais depuis son plus jeune âge, son père ayant fait le choix de sco­la­ri­ser ses enfants dans des éta­blis­se­ments fran­çais de la capi­tale éco­no­mique marocaine.

Elle connais­sait la France et son his­toire, avait lu Sartre et Molière, fre­don­nait Piaf et Jacques Brel, situait Ver­dun, Valmy et les plages de Nor­man­die, et fai­sait, elle, la dif­fé­rence entre Zadig et Vol­taire ! Son atta­che­ment à notre pays n’a cessé de croître. Elle criait aux buts de Zidane le 12 juillet 1998, pleu­rait la mort de l’abbé Pierre.

Tout en elle vibrait la France. Tout en elle sen­tait la France, sans que jamais la flamme de son pays d’origine ne s’éteigne vraiment. […]

Lire la suite ici sur Libération.fr, ce texte étant paru dans Libé­ra­tion du 2 décembre 2011 où il a déclen­ché une vague de com­men­taires. Mais pas de réac­tions connues de Claude Guéant et autres.

[Merci à Domi­nique Dréan pour le relais.]


« T’as pas 100 euros ? »

Voici une petite ‘’inter­pré­ta­tion’’ de texte, à par­tir d’un mes­sage en cir­cu­la­tion sur le web :

« Une jour­née maus­sade dans un petit bourg humide au fond de l’Islande. Il tombe une pluie bat­tante et les rues sont désertes.
Les temps sont durs ; tout le monde est endetté ; tout le monde vit à crédit.

Là des­sus arrive un ‘’alle­mand riche’’. Il arrête sa ‘’grosse ber­line’’ devant l’hôtel de la ville. Il entre pour réser­ver une chambre pour la nuit et pose un billet de 100 euros sur le comp­toir, tout en deman­dant à voir les chambres dis­po­nibles, afin d’en choi­sir une.

Le pro­prié­taire de l’établissement lui donne les clés et lui dit de choi­sir celle qu’il veut.

Dès que le client monte l’escalier, l’hôtelier prend le billet de 100 euros, file chez le bou­cher voi­sin et règle sa dette envers celui-​ci.
Le bou­cher, qui doit de l’argent à l’éleveur de porcs local, se rend immé­dia­te­ment chez lui et lui donne le billet de 100 euros.
L’éleveur à son tour règle ses dettes envers la coopé­ra­tive agri­cole mitoyenne, où il achète ses four­ni­tures.
Le direc­teur de la coopé­ra­tive court au pub, régler son compte de bar.
Le bar­man, glisse le billet à la pros­ti­tuée qui lui four­nit ses ser­vices à cré­dit déjà depuis des semaines.
Celle-​ci, qui uti­lise l’hôtel pro­fes­sion­nel­le­ment, court régler son compte avec l’hôtelier.
L’hôtelier repose ‘’fina­le­ment’’ le billet de 100 euros sur le comp­toir, là où le client l’avait posé aupa­ra­vant.
Juste après, le client des­cend l’escalier, annonce qu’il ne trouve pas les chambres à son goût, ramasse son billet et s’en va.

… Quelque part cepen­dant, pour ces ‘’gens du coin’’, le temps sem­ble­rait s’annoncer meilleur. »

Addi­tif : infos sur des sys­tèmes de règle­ments ici.

PS : face au mau­vais temps, ne faudrait-​il pas ces­ser de don­ner encore du temps au temps, pour enfin ten­ter de limi­ter ce ‘’tant’’ acca­pa­reur de notre temps (cf. modèle des pays ‘’développés’’) ?

[Merci à Gérard Jacquet].

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« L’impromptu de Berlin », madrigal géopolitique

par Luc Rosenz­weig (Cau​seur​.fr)

© rfi

La scène se passe dans les jar­dins du Châ­teau Bel­le­vue, à Berlin.

Angela von Meck­lem­burg et Nico­las de Neuilly se sont dis­crè­te­ment éclip­sés de la récep­tion offerte par le roi de Prusse.

On entend, au loin, les accents d “un qua­tuor de Joseph Haydn.

Nico­las :
Madame, l’heure est grave: alors que Ber­lin danse
Athènes est en émoi et Lis­bonne est en transes.
Voyez la verte Erin, voyez l’Estrémadoure
Enten­dez les Romains: ils appellent au secours !
Ils scrutent l’horizon, et implorent les Dieux.
Tous les coffres sont vides, et les peuples anxieux
Attendent de vous, madame, le geste généreux !
De leur acca­ble­ment ils m’ont fait l’interprète :
Leur des­tin est scellé, à moins qu’on ne leur prête
Cet argent des Alle­mands sur les­quels vous régnez.
Cette cause est bien rude, mais lais­sez moi plaider...
Angela :
Taisez-​vous Nico­las! Je crois qu’il y a méprise
Mais je dois déchan­ter, et comme c’est humiliant
Je m’attendais, c’est sûr, à bien d’autres hommages !
Folle étais-​je de croire à une douce surprise
En vous sui­vant ici seule et sans équipage
De n’être cour­ti­sée que pour son seul argent !
Nico­las :
Vous n’y êtes pour rien, mais soyez magnanime !
Vos attraits sont trou­blants, mais il n’est point décent
Qu’on les châ­tie un peu, mais votre main de fer
Nous sommes aujourd’hui tout au bord de l’abîme
Notre Europe est malade, et vous seule pouvez
Madame, les temps sont durs, et votre cœur est grand
Les Grecs ont trop tri­ché? Alors la belle affaire !
Le monde nous regarde, crai­gnons le ridicule !
La soi­gner, la gué­rir et, qui sait? La sauver !
Est cruelle aux Hel­lènes, et nous frappe d’effroi !
D’entrer en badi­nage quand notre mai­son brûle !
Angela :
Ma richesse est la leur, ils ont bien travaillé.
L’ouvrier mécon­tent, le patron en colère.
L’or du Rhin, c’est leur sueur et leur habileté.
J’entends par­tout gron­der, en Saxe, Bade ou Bavière
Et vous me deman­dez, avec fougue et passion
De jeter cette for­tune au pied du Parthénon ?
Ce serait trop facile et ma réponse est non !
Nico­las :
Un seul geste suf­fit, et demain à Bruxelles
On ne se gran­dit pas en affa­mant la Grèce
Nos anciens nous regardent, et nous font le grief
Hel­mut Kohl est furieux et Gis­card désespère.
En oubliant Pla­ton, Sophocle et Périclès !
Des­ser­rez, je vous prie, le nœud de l’escarcelle !
D’être des épi­ciers et non pas de vrais chefs !
Angela :
Votre élo­quence est grande et mon âme chancelle...
Mais si je disais oui à toutes vos demandes
Je com­ble­rais la femme, et tra­hi­rais l’Allemande !
Bri­sons là, je vous prie, la nuit est encore belle
(Ils s’éloignent, cha­cun de son côté ...)



Fukushima : 4 mois de catastrophe

Par Green­Peace France

Quatre mois se sont écou­lés depuis le trem­ble­ment de terre et le tsu­nami qui ont dévasté le Japon. À 14 h 46 (heure locale), le 11 mars, un séisme de magni­tude 9 se pro­duit à une cen­taine de kilo­mètres au large de Miyagi, dans le nord-​est de l’archipel. La secousse est sui­vie d’un tsu­nami, des vagues de qua­torze mètres de haut ravagent le lit­to­ral. Samedi 12 mars, a lieu la pre­mière explo­sion dans la cen­trale nucléaire de Fuku­shima n°1, à 220 km au nord-​est de Tokyo. La pre­mière étape d’une catas­trophe qui n’est tou­jours pas terminée.

Photo xtcbz (Flickr)

L’état des réac­teurs dif­fi­cile à connaître : l’information se dégrade

Il est de plus en plus dif­fi­cile de faire un état des lieux de l’état pré­cis de chaque réac­teur. Les sources d’informations se font de plus en plus rares… A ce jour, le com­bus­tible de trois des cœurs des réac­teurs a fondu, au moins par­tiel­le­ment. Dans le réac­teur n°1, la fusion du cœur est totale et le corium (magma résul­tant de la fusion des élé­ments du cœur d’un réac­teur nucléaire, consti­tué du com­bus­tible nucléaire, des élé­ments de l’assemblage com­bus­tible et des divers élé­ments du cœur avec les­quels il rentre en contact.) se répand dans la par­tie basse de la cuve du réac­teur, et ce depuis les pre­miers jours qui ont sui­vis le séisme.
Pour la pis­cine du réac­teur n°2, Tepco a mis en place, début juin, un sys­tème de refroi­dis­se­ment. La mise en place de ce sys­tème est pré­vue pour les pis­cines des réac­teurs n°1, 3 et 4. Mais, pour la pis­cine n°4, un conso­li­da­tion de son sou­tè­ne­ment avec des piliers en acier est néces­saire au préalable.

La der­nière mise à jour de l’Agence Inter­na­tio­nale à l’Énergie Ato­mique sur le sujet date du … 2 juin.
Les der­nières infor­ma­tions four­nies par l’opérateur de la cen­trale, Tepco, manquent elles aussi de pré­ci­sions les der­nières mises à jour por­tant sur l’évacuation des eaux de refroi­dis­se­ment conta­mi­nées, l’état des réac­teurs n’étant pas modi­fié, par exemple, pour l’unité 1 depuis le 7 avril !

La note « finale » d’information publiée par l’IRSN date quant à elle, du 8 juin. Une note d’information a néan­moins été mise en ligne le 8 juillet, dans laquelle l’Institut, repre­nant les élé­ments four­nis par Tepco, évoque une « sta­bi­li­sa­tion de la situa­tion des réac­teurs »… Alors que l’Autorité de Sûreté Nucléaire fran­çaise elle même intro­duit son com­mu­ni­qué de presse en décla­rant : « L’injection d’eau douce dans les réac­teurs 1 à 3 et les pis­cines d’entreposage du com­bus­tible 1 à 4 se pour­suit en cir­cuit ouvert. La sûreté ne peut être consi­dé­rée comme sta­bi­li­sée tant que cette situa­tion per­siste. ». Les deux ins­tances expertes en France ne semblent donc pas tota­le­ment en phase dans leurs analyses…

Ce com­mu­ni­qué de presse n°31 de l’ASN relève éga­le­ment que : « L’injection d’eau douce dans les réac­teurs 1 à 3 et les pis­cines d’entreposage du com­bus­tible 1 à 4 se pour­suit en cir­cuit ouvert. La sûreté ne peut être consi­dé­rée comme sta­bi­li­sée tant que cette situa­tion per­siste. Les der­nières ana­lyses japo­naises montrent que le com­bus­tible des réac­teurs 1 à 3 a fondu rapi­de­ment après le début de l’accident. Le com­bus­tible fondu peut se retrou­ver en fond de cuve, ce qui risque d’entrainer leur per­ce­ment. »

Une conta­mi­na­tion très éten­due …. qui va durer

Les der­nières mesures effec­tuées dans la ville de Fuku­shima, située à soixante kilo­mètres de la cen­trale, sont fran­che­ment inquiétantes.

Les mesures de ter­rain et ana­lyses de sol effec­tuées par le labo­ra­toire de la CRIIRAD indiquent que les retom­bées de césium 134 et 137 radio­ac­tif sont de plu­sieurs cen­taines de mil­liers de Bq/​m2 : 490 000 Bq/​m2 sur la pelouse de l’école pri­maire Moriai ; plus de 700 000 Bq/​m2 dans le quar­tier Watari. Cette irra­dia­tion ne dimi­nuera que très len­te­ment. Elle est due en effet prin­ci­pa­le­ment au césium 137 et au césium 134 dont les périodes phy­siques sont longues (30 ans et 2 ans res­pec­ti­ve­ment). Cela signi­fie que la radio­ac­ti­vité du césium 137 sera divi­sée par 2 dans 30 ans. On peut esti­mer que dans les douze mois à venir, la radio­ac­ti­vité du césium 134 ne sera abais­sée que de 30 % et celle du césium 137 de 3%.

Pour la pre­mière fois une très forte conta­mi­na­tion au césium a été déce­lée dans de la viande de bœuf qui vien­drait de la pré­fec­ture de Fuku­shima au Japon. Une alerte qui confirme que les zones les plus conta­mi­nées ne sont pas néces­sai­re­ment dans la zone inter­dite des 20 km autour de la cen­trale acci­den­tée. Cette conta­mi­na­tion ali­men­taire vient s’ajouter à l’irradiation externe reçue par les habitants

La popu­la­tion est trop expo­sée aux radiations !

En l’état actuel des choses, les habi­tants de la ville de Fuku­shima pour­raient subir dans les douze mois à venir une irra­dia­tion externe de plu­sieurs mil­li­Sie­verts alors que la dose au-​delà de laquelle le risque de can­cer mor­tel est jugé inac­cep­table par la CIPR (Com­mis­sion Inter­na­tio­nale de Pro­tec­tion Radio­lo­gique) est de 1 mil­li­Sie­vert par an.

À la demande de citoyens japo­nais, l’ACRO (Asso­cia­tion pour le Contrôle de la Radio­ac­ti­vité dans l’Ouest) a ana­lysé les urines des enfants de Fuku­shima et les résul­tats sont sans ambi­guïté : toutes les urines contiennent du césium 134 et césium 137 à des concen­tra­tions allant de 0,4 à 1,3 bec­que­rel par litre.

Cela signi­fie que ces enfants, âgés de 6 à 16 ans, sont tous conta­mi­nés en césium 134 et césium 137 et qu’ils l’ont pro­ba­ble­ment aussi été par d’autres élé­ments radio­ac­tifs à vie courte, comme l’iode 131 (ces der­niers élé­ments dis­pa­raissent plus vite et ne sont donc déjà plus détectables).

Les mesures prises par les pou­voirs publics ne sont pas à la hauteur

Les auto­ri­tés japo­naises ont décidé, fin juin, d’équiper 40 000 enfants de la région de Fuku­shima de dosi­mètres indi­vi­duels. Ces dosi­mètres sont char­gés de mesu­rer la dose de radio­ac­ti­vité reçue par les enfants durant leur jour­née d’école. Pas de pré­ve­nir ces doses, pas de les éviter…seulement de les mesu­rer. Le rayon de 20 kilo­mètres d’évacuation totale n’a tou­jours pas été modi­fié. Dans les 10 kilo­mètres sui­vants, la popu­la­tion est cen­sée à la fois « res­ter confi­née » et vivre nor­ma­le­ment, envoyant les enfants à l’école, munis d’un déri­soire masque de papier et de leur dosimètre.

Il fau­drait éva­cuer les popu­la­tions sur un péri­mètre beau­coup plus large que la zone rouge actuelle qui est de 20 km. L’ensemble des ali­ments doivent être contrô­lés et les mesures de radio­ac­ti­vité bien plus fré­quentes. L’élargissement de la zone est essen­tiel, et l’évacuation des enfants et des femmes enceintes notam­ment est plus que nécessaire !


« Travaux » d’été

D’aucuns m’ont fait remar­quer – gen­ti­ment – mon indo­lence esti­vale tran­chant sur une dolente actua­lité… En voici une expli­ca­tion gra­phique for­te­ment expri­mée. Ce beau pro­gramme ren­voie au fameux Droit à la paresse, du cama­rade Paul Lafargue et néan­moins gendre de Karl Marx.

Autre­ment dit : c’est l’été…

En atten­dant la reprise, non pré­ci­sée, on peut avec avan­tage visi­ter le blog voi­sin C’est pour voir et se réga­ler les mirettes. C’est bien aussi.



Marie-​José Mondzain : « Une organisation rationnelle et cynique de la misère »

«  Orga­ni­sa­tion ration­nelle et cynique de la misère  ». Bon sang, mais c’est bien sûr ! En écou­tant aujourd’hui [24/6/11] le jour­nal d’Antoine Mer­cier, à 12h.30 sur France-​Culture, j’ai bondi en enten­dant cette for­mule de Marie-​José Mond­zain*. Je me suis demandé pour­quoi aucun jour­na­liste, édi­to­ria­liste, chro­ni­queur, grand repor­ter, obser­va­teur averti, ne l’a employée jusqu’alors. Elle com­men­tait deux infos chaudes: la fer­me­ture du refuge pour femmes du Samu social à Paris - faute de cré­dits - et les plans d’austérité en Grèce, mais elle avait évi­dem­ment en tête bien d’autres symp­tomes du mer­dier ambiant. Comme je pense que ton blog est un lieu de par­tage de qua­lité, je livre une trans­crip­tion de ce com­men­taire à ceux qui le fré­quentent. c’est bien sûr une impro­vi­sa­tion orale que Mme Mond­zain aurait sans doute amen­dée si elle devait la publier, mais la force de l’idée demeure bien pré­sente: au-​delà de notre indi­gna­tion il faut voir l’indignité d’une huma­nité mise en coupe réglée. Une indi­gnité que nous par­ta­geons tous.

Domi­nique Dréan

Marie-​José Mond­zain : « J’ai l’impression d’une orga­ni­sa­tion ration­nelle et cynique de plus en plus grande de la misère de ceux qui vivent et qui n’arrivent plus à vivre, que ce soit près de nous ou plus loin, mais la Grèce, ça n’est pas si loin.

« Cette orga­ni­sa­tion ration­nelle et cynique de la misère pro­voque ces ras­sem­ble­ments de ceux qu’on appelle « les indi­gnés » et je sais que ce mot fait fureur, d’une cer­taine façon, dans la mesure ou le grand et admi­rable Sté­phane Hes­sel, sous le titre de l’indignation ras­sem­blait le plus grand nombre, au-​delà des fron­tières, pour dire quelque chose du carac­tère into­lé­rable de la situation.

« Alors, je vou­drais, mal­gré tout, au sujet des indi­gnés comme de l’indignation, dire que [cela…] me semble aujourd’hui une expé­rience rela­ti­ve­ment limi­tée dans la mesure où cette indi­gna­tion est un régime d’expression affec­tif et moral qui apaise d’une cer­taine façon la conscience des citoyens qui, par­ta­geant une indi­gna­tion, croient qu’ils sont déjà dans une mobi­li­sa­tion politique.

« Je pense que cette indi­gna­tion est un voile pudique, comme expé­rience morale et affec­tive, de quelque chose qui me paraît beau­coup plus radi­cal et qui est l’indignité. Nous ne par­ta­geons pas seule­ment l’indignation, nous devons savoir que nous par­ta­geons aussi l’indignité, c’est-à-dire la perte du droit au res­pect, à la parole et à la liberté. Donc ce n’est pas en tant qu’indignée que je parle là : c’est pour dire que je par­tage l’indignité et pour dire sur­tout qu’on se rende compte de l’indignité silen­cieuse, sans bruit, sans pos­si­bi­lité expres­sive, de ceux qui sont sans voix, sans abri, sans parole, cou­pés de leur langue, de leur pays…

© faber

« Donc il y a là quelque chose de radi­cal qui est la seule façon, face à l’indignité, de se dire que ce que l’on attend n’est pas un réveil des consciences mais un réveil de l’action poli­tique. L’indignation ne suf­fit pas à mobi­li­ser poli­ti­que­ment. […] La mobi­li­sa­tion poli­tique ne peut pas se conten­ter de l’apaisement d’une indi­gna­tion par­ta­gée. Il faut par­ta­ger une indignité.

Antoine Mer­cier : « Vous par­lez d’organisation ration­nelle et cynique de la misère. On peut ima­gi­ner qu’elle est cynique, mais rationnelle… »

Marie-​José Mond­zain : «  Elle est ration­nelle, oui, parce qu’elle a ses jus­ti­fi­ca­tions comp­tables, elle a ses jus­ti­fi­ca­tions finan­cières, elle a ses experts éco­no­miques et elle a la ratio­na­lité des pro­fits. Il y a une légi­ti­mité qui s’établit dans la rationalité-​même du capi­tal et du capi­ta­lisme néo libé­ral et sa vio­lence, et qui est sou­tenu par une science éco­no­mique, des experts éco­no­miques, des sou­cis d’équilibre comp­table et là on est dans une rationalité.

Non pas que l’indignité soit irra­tion­nelle, mais c’est une autre ratio­na­lité. »

Cli­quer ici pour entendre l’émission de radio et son inter­ven­tion [pla­cer le cur­seur un peu avant la moitié].

* Marie-José Mond­zain est phi­lo­sophe et écri­vain, direc­trice de recherche au CNRS et spé­cia­liste de l’image.


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