On n'est pas des moutons

Afrique(s)

Côte d’ivoire. Les « processus de paix » face aux risques élevés d’un pays coupé en deux

Entre­tien avec Ber­nard Nan­tet, afri­ca­niste, auteur entre autres de Dic­tion­naire de l’Afrique (Larousse) et Chro­no­lo­gie de l’Afrique (éd. TSH)

Les évé­ne­ments de Côte d’ivoire peuvent être dif­fi­ciles à com­prendre, pré­ci­sé­ment parce qu’ils sont trai­tés de manière évé­ne­men­tielle. La presse de consom­ma­tion cou­rante – comme on le disait de la piquette – ignore la com­plexité, tend à géné­ra­li­ser autant qu’à cli­che­ton­ner. Pour des tas de rai­sons, c’est encore plus vrai pour l’Afrique, ainsi qu’un cer­tain dis­cours daka­rois et pré­si­den­tiel l’a mon­tré jadis de façon déplo­rable. Bref, dans un blog non obnu­bilé par le temps, la lon­gueur et le « client », on pou­vait essayer de démê­ler l’écheveau ivoi­rien. C’est ce que fait ci-​dessous Ber­nard Nan­tet, mon pote et com­père afri­ca­niste avec qui j’ai si sou­vent voyagé en Afrique, et en par­ti­cu­lier en Côte d’ivoire.

• À quoi tient, selon toi, le fameux cli­vage nord-​sud ivoirien ?

– Ber­nard Nan­tet. Ça se passe à plu­sieurs niveaux. C’est d’abord un cli­vage éco­no­mique, donc social for­cé­ment. Dans le sud, les gens sont beau­coup plus riches, c’est la région du cacao et du café, l’un et l’autre très appré­ciés sur le mar­ché mon­dial. Alors que dans le nord c’est du coton et de l’arachide, qui poussent beau­coup plus dif­fi­ci­le­ment parce que c’est un pays de savane. Cli­vage aussi du fait que le nord est plus musul­man et le sud plu­tôt chré­tien et ani­miste ; mais au nord comme au sud on conti­nue à pra­ti­quer les reli­gions tra­di­tion­nelles. Donc on n’a pas affaire à de l’islam « pur » ni à du chris­tia­nisme « pur ». En quoi il faut aussi évi­ter d’opposer trop l’un à l’autre. Le cli­vage social tient à la fois de la plus grande pau­vreté du nord, mais aussi au fait que le sud a besoin des bras du nord du pays et des pays voi­sins pour tra­vailler le cacao et le café de manière saisonnière.

• Oui, des tra­vailleurs venant du nord du pays mais aussi des tra­vailleurs migrants, venus du Bur­kina Faso notamment…

– …Oui. Et du Mali éga­le­ment. Il s’agit de pays de la savane, beau­coup plus sou­mise aux aléas de la séche­resse, déjà que la sai­son sèche y dure par­fois six mois et plus ! D’où ces migra­tions vers le sud. C’est pour cette rai­son que les colons avaient créé la grande voie de che­min de fer Abidjan-​Ouagadougou et ainsi faire venir les tra­vailleurs sai­son­niers par un aller-​retour nord sud d’à peu près six mois.

• Cette voie fer­rée per­met­tait aussi de relier le Bur­kina Faso à l’océan.

– Certes, mais c’était d’abord pour faire venir la main-d’œuvre. Faire venir les tra­vailleurs et les ren­voyer tout aussi vite dès que la sai­son tirait à sa fin. D’autant qu’à l’époque les trans­ports rou­tiers ne fonc­tion­naient pas.

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[Révoltes arabes]. A Cuba, place de la Révolution, on prépare le défilé au pas de l’oie

© faber

Le pas de l’oie à Cuba, selon Yoani San­chez sur «  Gene­ra­cion Y  »

«  Mon quar­tier connaît une petite secousse, un chan­ge­ment qui se pré­sente sous la forme d’une couche d’asphalte neuve, d’ouvriers qui refont les rues et posent un revê­te­ment noi­râtre qui dans quelques jours aura durci sous les pneus des voi­tures. Nous sommes tous sur­pris. La joie serait le sen­ti­ment le plus cou­rant si ce n’étaient les rai­sons qui ont conduit à ces répa­ra­tions et la rai­son de ces tra­vaux. Toute la Place de la Révo­lu­tion et la « zone blo­quée » où j’habite se pré­parent au grand défilé du 15 avril pro­chain*. Un grand défer­le­ment de puis­sance mili­taire qui pré­tend dis­sua­der tous ceux qui sou­haitent un chan­ge­ment à Cuba.

« Depuis des semaines le par­king du stade Latino-​américain est le siège de répé­ti­tions pour le pas de l’oie des sol­dats. Des jambes ten­dues à qua­rante cinq degrés, qui rap­pellent des marion­nettes tirées par un fil, par une corde qui se perd là-​haut dans l’immensité du pouvoir.

« Je ne sais pas ce qu’il peut y avoir de beau dans une parade mili­taire, ce qu’il peut y avoir d’émouvant dans le défilé de ces êtres syn­chrones et auto­ma­tiques qui passent le visage tourné vers le lea­der dans la tri­bune. Mais le résul­tat je le connais bien : on dira ensuite que le gou­ver­ne­ment est armé jusqu’aux dents et que ceux qui des­cendent dans la rue pour pro­tes­ter seront écra­sés contre le sol qu’aujourd’hui même on est en train de réparer.

« Le pas des pelo­tons ten­tera de nous de nous aver­tir que le Parti n’a pas seule­ment des mili­taires pour le défendre mais aussi des troupes anti-​émeute et des corps d’élite. J’appellerais ça la cho­ré­gra­phie de l’autoritarisme, mais d’autres pré­fèrent croire que ce sera une démons­tra­tion d’indépendance, d’une auto­no­mie natio­nale qui res­semble en réa­lité à celle de Robin­son aban­donné sur son île.

« Mais au-​delà de mes réti­cences envers les uni­formes, de mon aller­gie au défilé d’escadrons qui marchent à l’unisson, je suis aujourd’hui pré­oc­cu­pée par le gou­dron, par cet asphalte posé récem­ment que les chaînes des tanks vont endommager. »

Tra­duit par Jean-​Claude MAROUBY

* Note de GP: il s’agit de mar­quer le cin­quan­te­naire du débar­que­ment de la baie des Cochons : le 15 avril 1961, ten­ta­tive d’invasion mili­taire de Cuba par des exi­lés cubains sou­te­nus par les États-​Unis.



SUR LES ROUTES DE TUNISIE - Que Redeyef est belle en ce jour !

Par Ber­nard Dréano

Res­pon­sable du Centre d’études et d’initiatives de soli­da­rité inter­na­tio­nale (CEDETIM), Ber­nard Dréano a par­couru la Tuni­sie, un mois après la chute du pré­sident Ben Ali. Il a accom­pa­gné le mili­tant Mou­hied­dine Cher­bib au tri­bu­nal, ren­con­tré des avo­cats, des familles de mar­tyrs et des syn­di­ca­listes de l’UGTT. Voici son récit, comme un beau et fort témoignage.

14 février 2011. Zine el-​Abidine Ben Ali a fui la Tuni­sie depuis un mois.

Un ami de la Ligue tuni­sienne des droits de l’homme (LTDH) est venu me cher­cher à l’aéroport de Tunis-​Carthage. Nous allons direc­te­ment au local de la Ligue rejoindre le groupe qui doit par­tir pour Gafsa.

La villa qui abrite le siège de la Ligue est un lieu emblé­ma­tique de la résis­tance à la dic­ta­ture. La LTDH, fon­dée en 1976, n’a jamais cédé devant les pres­sions des pou­voirs de Bour­guiba puis de Ben Ali, les inti­mi­da­tions et cen­sures, les empri­son­ne­ments ou l’exil de cer­tains de ses res­pon­sables comme Khe­maïs Chem­mari, Khe­maïs Ksila, Mon­cef Mar­zouki. La Ligue n’a cessé de dénon­cer les atteintes au droit, la cor­rup­tion, la répres­sion et la tor­ture de mili­tants poli­tiques ou syn­di­caux, isla­mistes, com­mu­nistes, sociaux-​démocrates ou libé­raux. Entrer dans la villa de la Ligue, constam­ment sur­veillée par la police, c’était l’assurance d’être suivi, fiché, par­fois inter­pellé… J’en ai fait l’expérience.

Mais aujourd’hui, aucun flic à l’horizon. Aucun flic ? Pas tout à fait. Il y a, en civil, à l’intérieur du bâti­ment quelques poli­ciers. Ils sont venus sol­li­ci­ter des conseils pour créer un syn­di­cat indé­pen­dant dans la police !

À l’intérieur, je retrouve avec émo­tion Mokh­tar Trifi, pré­sident de la Ligue depuis 2000 (aucun congrès de la LTDH n’ayant pu se tenir depuis cette date du fait des pres­sions du pou­voir), et d’autres membres de l’organisation. Et les exi­lés reve­nus au pays, Khé­maïs Ksila, Kamel Jen­doubi, le pré­sident du réseau euro-​méditerranéen des droits de l’homme, et bien sûr Mou­hied­dine Cherbib.

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Appel pour une intervention solidaire de l’Union européenne en Méditerranée

Une soixan­taine d’organisations lancent un appel à l’Union euro­péenne pour qu’elle inter­vienne de manière concrète et soli­daire dans le sou­tien aux peuples de Médi­ter­ran­née en révolte. En voici le texte :

© faber

Alors que des chan­ge­ments poli­tiques majeurs, annon­çant la fin de régimes auto­ri­taires, sont amor­cés au sud de la Médi­ter­ra­née, les gou­ver­ne­ments et les ins­tances de l’Union euro­péenne se montrent avant tout pré­oc­cu­pés de se pro­té­ger contre « les flux migra­toires incon­trô­lables » que pour­raient entraî­ner ces bou­le­ver­se­ments. Les experts et les ser­vices diplo­ma­tiques, qui n’ont rien vu venir des mou­ve­ments poli­tiques en cours, ne craignent pas aujourd’hui d’affirmer que des mil­liers de migrants risquent de défer­ler sur les ter­ri­toires européens.

L’UE a adopté en 2001 un dis­po­si­tif dit de « pro­tec­tion tem­po­raire » pour les res­sor­tis­sants d’Etats qui, vic­times d’une catas­trophe natu­relle, de troubles poli­tiques dans leur pays ou de conflits armés, auraient besoin en urgence de trou­ver un abri en Europe. Mais « à l’heure actuelle, il n’y a pas de flux de réfu­giés en pro­ve­nance de Libye », s’est empres­sée d’indiquer la Com­mis­sion euro­péenne. Dans le même temps elle envoie des patrouilles sur ses fron­tières mari­times, via Fron­tex, pour empê­cher les réfu­giés poten­tiels, assi­mi­lés à des migrants clan­des­tins, de tra­ver­ser la Méditerranée !
Pen­dant ce temps, la situa­tion s’aggrave de jour en jour en Libye et à ses fron­tières. En Tuni­sie, où affluent des dizaines de mil­liers de réfu­giés, le dis­po­si­tif est saturé, mal­gré les efforts déployés par les auto­ri­tés locales. L’Europe ne peut pas conti­nuer à faire comme si elle n’était pas concer­née par le sort des dizaines ou cen­taines de mil­liers de per­sonnes qui ont besoin de pro­tec­tion dans les pays actuel­le­ment trou­blés, ni par celui des migrants, ori­gi­naires de divers autres pays arabes, afri­cains, asia­tiques, qui y résident.

L’Europe et la Libye. Tripoli, Munich, Guernica…

Cet extrait vidéo ne dure qu’une minute, une minute de trop dans l’horreur des pro­pos de cet innom­mable des­pote, prêt à tuer encore et encore pour assou­vir sa démence. On s’était presque habi­tués aux révoltes quasi « nor­males », sans « trop » de vic­times. Ce qui s’est enclen­ché en Libye sus­cite les plus grandes craintes. D’autant que les réac­tions inter­na­tio­nales semblent tel­le­ment timo­rées. A com­men­cer par celles de notre gou­ver­ne­ment – mais là, on s’est vrai­ment habi­tués. Tant de com­pro­mis­sions pas­sées et si récentes avec tous ces régimes toxiques – pour reprendre un qua­li­fi­ca­tif finan­cier déjà effacé – ont semé assez de troubles dans les esprits accom­mo­dables, à l’éthique si élas­tique, au manque de droi­ture et de cou­rage, assez de déran­ge­ments pour para­ly­ser la moindre action.

La rébel­lion ver­bale d’un groupe de diplo­mates, publiée dans Le Monde> de ce jour, consti­tue un signe de plus attes­tant de la déli­ques­cence de ce régime à vau-l’eau, bal­lotté par les évé­ne­ments sur les­quels il n’a aucune prise – on appelle d’ailleurs ça la realt-​politik, ici elle est éle­vée au rang des beaux-​arts. Ce n’est évi­dem­ment pas un Ber­lus­coni qui va rele­ver le niveau euro­péen quant au drame libyen, ni s’agissant de l’histrion d’opérette, ni de la poli­tique de l’ancienne colo­nie sous per­fu­sion pétro­lière libyenne. Mer­kel y va de son cou­plet hor­ri­fié et Came­ron semble porté dis­paru. Ainsi l’Europe se trouve-​t-​elle une fois de plus sans voix, atten­dant sans doute les ins­truc­tions en pro­ve­nance d’outre-Atlantique.

Rien ne se répète jamais. S’il faut cepen­dant rete­nir les leçons de l’Histoire, je pense aux fameux accords de Munich. J’entends aussi la voix trem­blant, émou­vante certes, et dra­ma­ti­que­ment impuis­sante de Léon Blum renon­çant à l’intervention mili­taire contre l’Espagne fran­quiste. Je pense à ça et aussi, c’était écrit, à Guer­nica – à Guer­nica le vil­lage basque mar­tyre , et bien sûr au célèbre tableau de Picasso. Et j’ai peur pour la Libye, pour le peuple libyen livré à la folie meur­trière d’un monstre sans retenue.

Rue89 a mis en ligne les rares témoi­gnages par­ve­nant du pays quasi coupé du monde. Une Suisso-​Libyenne vivant à Ben­ghazi, dans l’est de la Libye appelle au secours : «  On a filmé ! On a les vidéos ! Mais ils ont coupé Inter­net. Ils tuent n’importe qui, une petite fille de 7 ans, notre voi­sine, qui se ren­dait dans un maga­sin. A quoi ça sert main­te­nant d’avoir peur ? On a besoin des jour­na­listes ! Pour que le monde sache ce que fait Mouam­mar Kadhafi. Les gens disent : « Ou nous, ou lui ! Ou Kadhafi, ou le peuple ! » » .


Super-​Boillon à Tunis, ambassadeur et « philosophe »…

« Je suis là pour vous expo­ser une phi­lo­so­phie… » « Je suis pour le contrat de confiance… » Ainsi cause le nou­vel ambas­sa­deur de la France, per­met­tez, entre Mon­sieur Homais et Mon­sieur Darty. Quel mépris que ce mec ! « Dégage, petit Sarko ! » lui a aus­si­tôt rétor­qué la rue tuni­sienne, sans craindre le pléo­nasme qui fait mouche. Le tout frin­gant ambas­sa­deur de France en Tuni­sie, le « Sarko-​boy » Boris Boillon a été obligé de bouf­fer son cha­peau après son exploit du jour et pré­sen­ter son mea-​culpa le soir même. Sur son site Twit­ter d’abord -« Vrai­ment désolé si j’ai pu offen­ser. Ce n’était pas mon inten­tion »-, et puis à la télé­vi­sion natio­nale tuni­sienne samedi soir. « Je pré­sente toutes mes excuses à tout le peuple tuni­sien, a déclaré l’ambassadeur décrié. « J’ai une éner­gie et une volonté bien déter­mi­née de pro­mou­voir des rela­tions bila­té­rales. J’ai été spon­tané plus que je n’aurais du l’être. Doré­na­vant je dois par­ler de manière plus polie ». Pré­ten­tion gou­jate et diplo­ma­tie, ça fait deux ; ce n’est pas à l’école de son men­tor qu’un tel gom­meux aurait pu apprendre ce b-​a-​ba, certes.

Ce qu’en dit sur son blog je jour­na­liste tuni­sien Allal Sahbi :

« J’ai écouté l’intervention en arabe, l’échange avec les jour­na­listes. La façon dont il fait ces­ser le dia­logue : “kha­lass !“ (un peu l’équivalent de “basta” en espa­gnol), est extrê­me­ment mépri­sante, auto­ri­taire et cassante. 

« Déjà, il ne fal­lait pas envoyer comme diplo­mate en Tuni­sie un type qui a aussi chau­de­ment appré­cié l’intervention US en Irak. Regar­dez plus bas d’ailleurs, pas un mot sur les vic­times humaines. Pas un mot de com­pas­sion, pas de place pour l’humain. Il ne sait par­ler qu’en mil­lions et mil­liards de dol­lars, en parts de mar­ché, c’est vrai­ment hon­teux, indé­cent !!! Pas­cal Boni­face l’a très heu­reu­se­ment épin­glé au sujet de ses prises de posi­tions en Irak

Devant l’ambassade de France à Tunis, 20÷2÷11

« Ensuite, il est super­flu d’être ara­bo­phone quand on fait montre d’autant de mépris. Il vaut mieux quelqu’un qui ne parle pas un mot d’arabe, mais qui ne méprise pas à ce point ses inter­lo­cu­teurs, et tout le peuple.

Il est dans la droite ligne du trop fameux “dis­cours de Dakar” : tout dans l’arrogance, la condes­cen­dance et le mépris.
. Il se qua­li­fie de pur pro­duit “Sarko”, ce en quoi il a par­fai­te­ment rai­son.[…] Ce sar­ko­boy 2.0, sou­vent pré­senté comme un James Bond de la diplo­ma­tie aura fort à faire pour redo­rer l’image de la France, démi­ner le ter­rain poli­tique et retis­ser des liens avec la société civile. Sans comp­ter la réor­ga­ni­sa­tion d’un outil diplo­ma­tique qui a mon­tré beau­coup de fai­blesses au moment de la révolte tunisienne.
Il incarne le pro­to­type de l’homo diplo­ma­ti­cus moderne sous l’ère Sarkozy. »



Un « néo­con » à la fran­çaise ?

 Ancien ambas­sa­deur de France auprès des Emi­rats Arabes Unis, éga­le­ment en poste en Soma­lie, et en Tuni­sie, auteur du livre « Les Voies de la diplo­ma­tie », Charles Cret­tien a ainsi exprimé ses réti­cences dans une tri­bune au Monde : « On ne nomme pas un ambas­sa­deur comme on nomme un pré­fet. La diplo­ma­tie est un dia­logue avec un pays étran­ger, son gou­ver­ne­ment et son chef d’Etat. La nomi­na­tion de Boris Boillon comme ambas­sa­deur de France est la néga­tion de ce prin­cipe élé­men­taire, elle est donc cho­quante voire dan­ge­reuse pour les rela­tions à venir entre Paris et Tunis ».



Pub. Enfin, le voyagiste de vos rêv’olutions !

Cli­quez sur l’image pour faire le choix de votre pro­chaine des­ti­na­tion (de rêv’olution)


Le Caire – La Havane. Les parallèles peuvent-​elles se rejoindre ?

Les évé­ne­ments révo­lu­tion­naires qui secouent le monde arabe nous ques­tionnent à bien des égards. On ne manque pas de les com­men­ter, de les inter­pré­ter, de glo­ser. Les Arabes en pre­mier lieu, eux qui se voient, en grande par­tie semble-​t-​il, réins­crits dans le cou­rant de l’Histoire. Des tri­bunes, « libres opi­nions », et autres fleu­rissent ça et là dans les médias, comme en toute période d’effervescence. Le plai­sir n’est pas mince pour qui­conque se pré­oc­cupe du bien-​être des humains et de la marche – si sou­vent clau­di­cante – du vaste monde, notre si petite planète.

Sans nul­le­ment vou­lant jouer les rabat-​joie, inutile de rap­pe­ler aux dures réa­li­tés des len­de­mains de fêtes – elles s’en chargent toutes seules. Les Tuni­siens espèrent de beaux jours, tout comme les Égyp­tiens – sinon, à quoi bon avoir lutté contre la tyran­nie avec une telle éner­gie ? Mais voilà que, déjà, l’âpreté du monde glo­ba­lisé les coince au tournant.

Mes réflexions aujourd’hui tourne autour d’un rap­pro­che­ment, déjà évo­qué ici en pas­sant, entre deux images, deux lieux, deux révo­lu­tions et deux pays. Je veux par­ler des place de la Libé­ra­tion (Tah­rir) au Caire et de la Révo­lu­tion, à La Havane, donc de l’Égypte et de Cuba. En fait, on pour­rait tout aussi bien rap­pro­cher Cuba et la Tuni­sie qui, d’ailleurs, pré­sentent des don­nées socio­po­li­tiques plus com­pa­rables. Mais restons-​en à la pre­mière hypo­thèse qui m’est souf­flée par le blog Gene­ra­cion Y de cette résis­tante cubaine, Yoani San­chez qui, depuis plu­sieurs années, tient tête aux dic­ta­teurs cas­tristes. [Voir dans mes pré­cé­dents articles, via la case de recherche ci-​contre].

Dans son article du 12 février, sous le titre « Égypte 2.0 » et sous cette photo de la fameuse place Tah­rir enva­hie par une marée humaine :

…voici ce qu’elle écrit :

« Pénombre et lumière sur la Place Tah­rir, une phos­pho­res­cence rou­geoyante entre­cou­pée par les flashs des appa­reils photo et la lueur des écrans de télé­phones por­tables. Je n’y étais pas et pour­tant je sais ce qu’ont res­senti cha­cun des Égyp­tiens réunis la nuit der­nière au centre du Caire. Moi qui n’ai jamais pu crier et pleu­rer de joie en public […], je confirme que je ferais la même chose, je res­te­rais sans voix, j’embrasserais les autres, je me sen­ti­rais légère comme si mes épaules étaient sou­dain libé­rées d’un énorme far­deau. Je n’ai pas vécu de révo­lu­tion, encore moins de révo­lu­tion citoyenne, mais cette semaine, mal­gré la pru­dence des jour­naux offi­ciels j’ai senti que le canal de Suez et la mer des Caraïbes n’était pas si éloi­gnés, que les deux endroits n’étaient pas si différents.

« Pen­dant que les jeunes Égyp­tiens s’organisaient sur Face­book, nous assis­tions conster­nés à l’exposé piraté d’un poli­cier cyber­né­tique, pour lequel les réseaux sociaux sont « l’ennemi ». Il a bien rai­son ce cen­seur de kilo­bits, et tous ses chefs, de craindre ces sites vir­tuels où les indi­vi­dus pour­raient se don­ner rendez-​vous pour secouer les contrôles éta­tiques, par­ti­sans et idéo­lo­giques. En lisant les paroles du jeune Wael Gho­nim « Vous vou­lez un pays libre, don­nez leur inter­net !» Je com­prends mieux la dis­cré­tion dont font preuve nos auto­ri­tés à l’heure de nous per­mettre ou non de nous connec­ter à la toile. Ils se sont habi­tués à avoir le mono­pole de l’information, à régu­ler ce qui nous arrive et à réin­ter­pré­ter pour nous ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur de nos fron­tières. Main­te­nant ils savent, parce que l’Égypte le leur a appris, que chaque pas qu’ils nous laissent faire dans le cybers­pace nous rap­proche de Tah­rir, nous porte à grande vitesse vers une place qui vibre et un dic­ta­teur qui démissionne. »

[Tra­duit par Jean-​Claude Marouby – merci !]

Bien qu’écrit entre ses lignes très sur­veillées, le mes­sage de Yaoni San­chez est des plus clairs. Il se résume en oppo­si­tion avec cette autre photo, celle d’un de ces ras­sem­ble­ments monstres orga­ni­sés par le cas­trisme radieux. Sur cette place de la Révo­lu­tion s’est fina­le­ment échoué l’une des plus men­son­gères illu­sions de l’Histoire.

Cin­quante ans après sa révo­lu­tion, le peuple cubain ne s’est tou­jours pas libéré. Le sujet reste ouvert, appe­lant à des ana­lyses pous­sées. On s’en tien­dra là pour aujourd’hui.


Les révoltes du monde arabe interpellent l’Afrique noire

Le 11ème Forum social mon­dial se tient en ce moment à Dakar. Ph bas​ta​mag​.net

On a peut-​être parlé un peu vite de conta­gion. Les évé­ne­ments de Tuni­sie ont agi comme éveilleurs dans ce monde arabe que l’on a cru condamné à l’errance fon­da­men­ta­liste ou, au mieux, à l’immobilisme. Éveilleurs mais non néces­sai­re­ment déclen­cheurs, car les mou­ve­ments socio­po­li­tiques n’obéissent pas à la simple méca­nique des domi­nos. Et la ques­tion demeure dans sa dimen­sion géo­po­li­tique : Com­ment inven­ter un modèle affran­chi de la tyran­nie mafieuse ou religieuse ?

Élé­ments de réponse inté­res­sants avan­cés dans Le Monde [5/​02/​11] par Hasni Abidi, poli­to­logue, direc­teur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et médi­ter­ra­néen (Cer­mam) à Genève. À la fin de son article inti­tulé « Vers la fin de l’exception arabe », il conclut : « Nul ne peut pré­voir l’avenir, mais les évé­ne­ments en Tuni­sie ont pris tout le monde de court. La pre­mière vic­time de ce mou­ve­ment de révolte dans l’espace arabe est le para­digme cultu­ra­liste. Long­temps, la poli­to­lo­gie a bai­gné dans l’idée d’une par­ti­cu­la­rité cultu­relle du monde arabe pour en expli­quer les défi­cits chro­niques en matière de démo­cra­tie. La rue a eu rai­son du dif­fé­ren­tia­lisme arabe. »

Un autre dif­fé­ren­tia­lisme reste à abattre : celui de l’Afrique noire, qu’un cer­tain « dis­cours de Dakar » d’un cer­tain pré­sident bien témé­raire et igno­rant a com­mis en 2007. Les évé­ne­ments de Tuni­sie l’ont à jamais décré­di­bi­lisé. Il est vrai que Sar­kozy se réfé­rait plu­tôt à l’Afrique subsaharienne.

Va pour l’Histoire, il n’empêche que les inter­ro­ga­tions se tournent aujourd’hui vers l’Afrique et sa cin­quan­taine de pays aux régimes bien peu relui­sants – sauf à cher­cher à la loupe, dans cer­taines cir­cons­tances ou à bien des réserves près…


  • « L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances » Ber­trand Russell
  • Non à la propagande d’AREVA !

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