On n'est pas des moutons

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C’est pour voir”, c’est pas que pour les chiens !

© Fran­çois Ponthieu

Je sens bien que les mots, ils saturent les pauvres mots – et leurs lec­teurs avec. Alors, pour­quoi diantre ne pas aller plus sou­vent mater à côté si le monde y est plus beau, plus coloré, plus cau­sant aussi fina­le­ment. A côté, c’est-à-dire là, en voi­si­nage : http://​c​-pour​-voir​.over​-blog​.com/ Chaque jour sa photo, ou presque, et réciproquement.


Bienvenue sur « C’est pour voir » !

Ça fai­sait bien long­temps que je pro­je­tais de par­ta­ger mon goût pour l’image,

et spé­cia­le­ment pour la pho­to­gra­phie – dont je suis un adepte et pra­ti­quant de si longue date.

Que ce soit par pro­fes­sion ou au quo­ti­dien, la photo me sai­sit au vol – et vice versa.

Bref, voici ce blog, tel un album à feuille­ter, à com­men­ter au besoin,

et même à enri­chir ainsi que le sug­gère la formule

«  & INVITÉS ».


« C’est pour voir »


Suite élégiaque et diplomatique. Super-​Boillon « fils » de Khadafi !


Boillon défend Kadhafi (C+)
envoyé par LePostfr. - L’info inter­na­tio­nale vidéo.

Ça tourne au court-​Boillon pour le toni­truant ambas­sa­deur de France à Tunis. Car, ce lundi, le site Le Post a déterré un extrait de novembre 2010 du Grand jour­nal, émis­sion télé de Canal+. On y voit [ci-​dessus] Boris Boillon défendre Kadhafi. Dans un pre­mier temps, il faut toute l’insistance de Jean-​Michel Apha­tie pour que le diplo­mate recon­naisse le passé ter­ro­riste du dic­ta­teur libyen, avant d’appeler à ne pas « lais­ser libre cours aux idées reçues » . Et de conclure, à pro­pos du diri­geant libyen: « Dans la vie, on fait tous des erreurs. »

Rap­pe­lons aussi que le même super-​Boillon avait été le grand ordon­na­teur des frasques de Kha­dafi lors de sa visite offi­cielle en France, en décembre 2007 – y com­pris donc les défi­lés du cor­tège dans Paris et la fameuse tente de « bédouin » mon­tée dans les jar­dins de l’hôtel Mati­gnon.
Le « colo­nel » y fut reçu avec tous les hon­neurs sar­ko­zyens, ainsi qu’on le voit éga­le­ment sur cette vidéo :


Internet et Cie. Du bon usage du nazisme, du professeur Kuing Yamang et de la falsification

Cli­quer sur l’image ou aller là : http://​www​.face​book​.com/​p​a​g​e​s​/​O​n​-​s​a​i​t​-​c​e​-​q​u​e​-​l​o​n​-​v​e​u​t​-​q​u​o​n​-​s​a​c​h​e​/​1​4​3​3​6​3​3​9​2​3​7​5​566

Voilà que refleu­rissent les détour­ne­ments, à la manière des situa­tion­nistes dans les années 60, notam­ment à par­tir de films sud-​coréens de kung-​fu. Celui ci nous est venu par Domi­nique Dréan (merci !) via un de ses com­men­taires. Il s’agit d’un pas­sage de « La Chute » (Der Unter­gang), un film alle­mand d’Oliver Hir­sch­bie­gel (2004). On y voit Hit­ler dans son piteux déclin, en proie à l’hystérie. Les sous-​titres se situent, c’est le cas de le dire, dans la tra­di­tion anar­chiste, pro­je­tant une repré­sen­ta­tion néo-​spartakiste du mou­ve­ment de libé­ra­tion du peuple…

Pour un peu on y croi­rait… Mais aujourd’hui…, c’est l’espérance qui manque le plus. Quand bien même le poli­tique en por­te­rait de manière cré­dible, il lui fau­drait encore vaincre le contre-​mouvement de repli indi­vi­duel et, par delà, recréer les liens dis­ten­dus, sinon rom­pus, entre le moi-​je et le nous socié­tal – ce qu’un bon mien copain dénomme « l’articulation du je-​nous »… dont l’arthrose fait pour le moins boi­ter nos sociétés.

Autre remarque de fond. Il s’agit du recours au nazisme comme « argu­ment » de com­pa­rai­son. Cette fai­blesse par l’outrance mani­chéenne ten­drait à assi­mi­ler le sar­ko­zysme au nazisme, ce qui est déli­rant. Une occa­sion de plus pour évo­quer ce qu’on appelle la « loi de God­win », du nom de son inven­teur, Mike God­win, cher­cheur à l’Université Yale aux Etats-​Unis. L’énoncé : « Plus une dis­cus­sion en ligne dure long­temps, plus la pro­ba­bi­lité d’y trou­ver une com­pa­rai­son impli­quant les nazis ou Adolf Hit­ler s’approche de 1.» De même, dans un débat, atteindre le point God­win revient à signi­fier à son inter­lo­cu­teur qu’il vient de se dis­cré­di­ter en véri­fiant la loi de God­win. Et par exten­sion, du fait de la poly­sé­mie du mot « point », des « points God­win » peuvent être attri­bués à l’unité.

Cette « loi » s’appuie donc sur l’hypothèse selon laquelle une dis­cus­sion qui dure peut ame­ner à rem­pla­cer des argu­ments par des ana­lo­gies extrêmes. L’exemple le plus cou­rant consiste à com­pa­rer le thème de la dis­cus­sion avec une opi­nion nazie ou à trai­ter son inter­lo­cu­teur de nazi et de fas­cistefacho »). Si le sujet de la dis­cus­sion était très éloi­gné d’un quel­conque débat idéo­lo­gique, une com­pa­rai­son de ce genre est consi­dé­rée comme un signe d’échec de la dis­cus­sion. On estime alors qu’il est temps de clore le débat, dont il ne sor­tira plus rien de per­ti­nent : on dit que l’on a atteint le « point God­win » de la dis­cus­sion. [Voir de mul­tiples pro­lon­ge­ments sur le sujet sur inter­net, et notam­ment là, avec four­ni­tures d’exemples hexa­go­naux fameux].

Néan­moins, pour en reve­nir à la vidéo du départ, c’est à voir là, et ça per­met de se réga­ler du talent de comé­dien de Bruno Ganz et cet extrait d’un film remarquable.

Autre exemple du même genre qui, celui-​là, galope à bride abat­tue sur la toile. Domi­nique, le même, me l’a aussi envoyé, comme avant lui plu­sieurs autres inter­nautes. Ça en devient un hoax, c’est-à-dire une fausse info – sou­vent accom­pa­gnée d’un cer­ti­fi­cat d’authenticité genre « VÉRIDIQUE ! », en capi­tales et en gras. (Voir le site hoax­bus­ter, qui traque ce genre de « nouvelles »).

Cli­quer sur l’image ou aller là : http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​D​M​K​b​9​A​6​K​ouk

En l’occurrence, il s’agit d’une émis­sion de télé chi­noise dans laquelle le «véné­rable pro­fes­seur Kuing Yamang» ana­lyse doc­te­ment le déclin de la France. Le pro­pos est cin­glant, argu­menté et„ sur­tout, trouve sa por­tée du fait de son ori­gine, l’empire du Milieu…

Voici com­ment Chris­tophe S.-B. pré­sente l’affaire : « En effet, j’ai vu cette vidéo cou­rant juin. Il s’agit d’un canu­lar à la manière des situa­tion­nistes (fin des années 50 début des années 70). Je pense à un film situa­tion­niste de 1973 moquant le régime maoïste inti­tulé «  La dia­lec­tique peut-​elle cas­ser des briques  », oeuvre de René Vie­net - qui reprend des films de Kung Fu en VO , et sous-​titre les dia­logues par des dis­cus­sions sur la lutte des classes, et la guerre entre le pro­lé­ta­riat et les bureau­crates. Ce genre de détour­ne­ment de l’image ne date donc pas d’hier.

« L’auteur de ce petit pétard se veut mettre en scène un sup­posé pro­fes­seur chi­nois dénommé Kuing Yamang (Koui­gna­mann, le gâteau bre­ton ). Le pro­blème ne tient pas seule­ment au contenu des sous-​titres bidon­nés qui portent des juge­ments à l’emporte-pièce sur les Fran­çais mais sur­tout à la per­son­na­lité bien réelle qui s’exprime qui n’est autre que l’ancien ambas­sa­deur de Chine en France et ex-​porte parole du minis­tère chi­nois des affaires étran­gères, Wu Jian­min, actuel­le­ment membre Bureau inter­na­tio­nal des expo­si­tions (BIE) pour Shan­ghai Expo 2010. Les sous-​titres sont faux et les deux hommes parlent de l’Exposition Uni­ver­selle de Shanghai.

[…] « L’auteur du canu­lard est un mili­tant libé­ral, bre­ton « bre­ton­nant » bien de chez nous (de Lorient), Yann Cahe­rec. Pour faire par­ler de lui, il a plu­tôt reussi son coup. »

L’auteur de cette vidéo paro­dique l’avoue lui-​même sur la page You­tube de la vidéo. Il ne fal­lait donc pas aller bien loin pour véri­fier, mais c’était tout de même trop pour quelques blo­gueurs qui sont tom­bés dans le pan­neau. Et ainsi de détailler :

Fde​souche​.com la publie comme authen­tique, avant que ses com­men­ta­teurs ne lui fassent part de la super­che­rie. Il essaie depuis de faire pas­ser son erreur pour une plaisanterie.

Novo​press​.info de même, allant jusqu’à qua­li­fier la vidéo de “reten­tis­sante” et d’en citer cer­tains pas­sages, avant de se raviser.

L’Observatoire des Sub­ven­tions publie éga­le­ment cette vidéo tru­quée. La encore la vérité est réta­blie dans les com­men­taires, par­fois peu amènes envers le site.

Sur Expres​sion​Libre​.net, tou­jours pas de démenti si ce n’est dans les commentaires.

Et la rédac­tion belge de 7sur7​.be, qui à défaut d’appliquer la déon­to­lo­gie, y pense sin­cè­re­ment: « Cette vidéo est à prendre avec des pin­cettes: per­sonne ne par­lant man­da­rin à la rédac­tion, nous ne pou­vons assu­rer nos lec­teurs de la véra­cité des sous-​titres. Le “pro­fes­seur Yamang” n’est pas sérieu­se­ment réfé­rencé sur le Net. Cepen­dant, la teneur des pro­pos étant de nature à inter­pel­ler et à faire réflé­chir, nous avons décidé de main­te­nir l’article en ligne. »

Enfin, et entre autres sans doute, sur BFM TV, Oli­vier Maze­rolle, un vieux de la vieille, gobe l’affaire et la fait gober à Cécicle Duflot (Les Verts), tan­dis qu’une image de Sar­kozy est intro­duite parmi les autres de manière sub­li­mi­nale. De quoi gloser !

Le mot de la fin à l’auteur du détour­ne­ment vidéo, qui répond à un com­men­ta­teur lui repro­chant que sa blague soit prise au sérieux par plu­sieurs personnes: « Les gens sont cré­dules, ils n’ont qu’à véri­fier les sources ou réflé­chir un peu au lieu de croire bête­ment toutes les conne­ries qu’on leur balance. Je n’ai pas fait cette vidéo pour par­ler de la Chine, ce n’est pas le sujet, mais pour expo­ser une cer­taine vision de notre société. Lis ou relis les Lettres per­sanes de Mon­tes­quieu : J’aime bien cette idée de faire par­ler des gens assez exté­rieurs au problème. »

Belle et « véri­dique » leçon média­tique, pas vrai ?


L’Élysée face à une (nouvelle) affaire de « trou du cul »

Voici le tout der­nier sport à la mode : sup­po­sez que l’envie vous prenne, comme ça, pour vous culti­ver ou pas­ser le temps, de taper « trou du cul » dans la case Google de votre navi­ga­teur… Hein, quoi ? C’est déjà fait, bon j’arrive après la bagarre. Laquelle ne fait pour­tant que com­men­cer. Et déjà 1 780 000 résul­tats en 0,28 seconde ! Trop forts ces gogols !

Quant au rap­port entre la requête et les résul­tats rela­tifs à un pré­sident de la Répu­blique fran­çaise, alors là, voyez les poli­to­logues et autres trou­de­ba­lo­logues qui ne manquent pas de dis­ser­ter sur le des­tin du Petit Nico­las et sur ses affres ély­séennes. Lui qui aura tant oeu­vré au déclin de la fonc­tion pré­si­den­tielle, à la déva­lo­ri­sa­tion du « plus haut per­son­nage de l’État »… Gran­deur et misères des règnes en déchéance.

Libération.fr explique : « Ce n’est pas la pre­mière fois que Nico­las Sar­kozy est la cible de ce genre de farce. En 2005, lorsqu’il était ministre de l’intérieur, Google pro­po­sait de visi­ter le site offi­ciel du film Izno­goud, dont la devise est « Je veux être calife à la place du calife ». En juillet 2009, le pré­sident de la Répu­blique avait été une nou­velle fois vic­time d’un Google Bom­bing (lire l’article). Son ancien site de cam­pagne pré­si­den­tielle arri­vait alors en tête des recherches Google lorsque l’on tapait « trou du cul du web ».

Google doit tra­vailler dur à une parade qui réta­blisse enfin la dignité sarkozienne.


Censure. Les ciseaux d’Anastasie travaillent dans les têtes

Aussi vieille que les médias… Ici, vue par « L’Éclipse », 19 juillet 1874

Le Monde a publié jeudi [6/​5/​10] une tri­bune du jour­na­liste et polé­miste André Ber­coff, inti­tu­lée « La France à la niche - Halte au maso­chisme ! » Les pre­mières lignes indiquent bien le pro­pos et sa tona­lité : « Aujourd’hui, notre pays est occupé dou­ce­ment, gen­ti­ment, insi­dieu­se­ment, par le camp du Bien. La police de la pen­sée cor­recte triomphe sur tous les étals médiatico-​politiques. »

Je me retrouve aussi assez bien dans la suite : «Semble enfin accom­plie la cas­tra­tion de ce peuple fran­çais qui, jadis, pre­nait des bas­tilles et, il y a encore quelques décen­nies, fai­sait mine de défi­ler pour chan­ger la vie. L’alibi de la crise a bien tra­vaillé : tous à la niche. Et à la cen­sure. » Et vous allez voir, à pro­pos de cen­sure, l’écho que ce qui vient sus­cite chez l’auteur de ce blog cen­suré par Le Monde… :

« Désor­mais, il est inter­dit de ne pas inter­dire. Ne fumez plus : can­cer du pou­mon. Ne buvez plus : cir­rhose du foie. Ne bai­sez plus : sida et autres mala­dies sexuel­le­ment trans­mis­sibles (MST). Ne man­gez plus : pes­ti­cides et OGM. Ne sor­tez plus : atten­tats. Ne par­lez plus des juifs : vous serez condamné pour anti­sé­mi­tisme. Ne cari­ca­tu­rez plus Maho­met : vous serez incen­dié avant d’être égorgé. N’osez plus une plai­san­te­rie sur les gays : l’homophobie vous guette. Ne racon­tez pas une his­toire sur les Blacks : vous serez vitu­péré raciste à part entière. En revanche, vous pou­vez vous en don­ner à coeur joie sur la pédo­phi­lie de l’Eglise. Plus besoin de pro­cu­reur : les ciseaux tra­vaillent dans les têtes. »

Et c’est là que je veux en venir, car à ce niveau de l’article, Le Monde place ce qu’on appelle un exergue, censé mettre en valeur un pas­sage fort de l’article – le voici :

Ainsi, d’un côté, le Monde papier, sup­porte la dénon­cia­tion d’un fait déplo­rable (faire des juifs un sujet tabou), et de l’autre, lemonde​.fr, cen­sure un blog (C’est pour dire) à par­tir d’un simple com­men­taire par­lant de « lobby juif » ! D’un côté un Ber­coff qui s’insurge, de l’autre un blog qu’on exé­cute. Je ne dis pas qu’il y ait eu concer­ta­tion entre les deux sup­ports, mais le fait – qui cor­ro­bore la dénon­cia­tion de Ber­coff – est sur­tout qu’un sys­tème auto­ma­tique d’alerte à par­tir de deux mots « inter­dits », lobby-​juif, entraîne une cen­sure non moins auto­ma­tique, aveugle – orwel­lienne pour tout dire. Anas­ta­sie, cette garce cas­tra­trice à l’éternelle jeunesse…


« C’est pour dire » vire au rouge (cerise)

On se sent quand même mieux chez soi… Vous avez vu : grand net­toyage de prin­temps, coup de pein­ture avec virage au rouge, encore quelques tra­vaux en cours, des rac­cords de ci-​de là. « C’est pour dire » a quitté son sous-​pente alloué par Le Monde pour emmé­na­ger dans ses propres murs, ceux de CIN­Q­sur­CINQ, mon ancienne agence consa­crée à la presse, aujourd’hui délo­ca­li­sée à 新 华网_传播中国报道世界.

Virage au rouge, car j’ai vu rouge sous le coup d’une fer­me­ture déci­dée de manière abrupte par les ges­tion­naires du monde​.fr. Ceux-​ci ont en même temps condi­tionné le déblo­cage du blog à la sup­pres­sion de mon der­nier article où je m’élevais contre cette cen­sure tout en ana­ly­sant sa per­ver­sion. Contraint, j’ai fini par sup­pri­mer cet article, pré­ser­vant ainsi le blog et son contenu, ainsi que la pos­si­bi­lité d ‘y trou­ver le nou­veau lien du « C’est pour dire libéré ». Pour plus d’explicaitons, voyez l’article liti­gieux ci-​dessous.

Bref, voilà donc l’An I du nou­veau « C’est pour dire », avec tout son mil­lier d’articles parus sous l’Ancien régime… et qui repart de plus belle, comme en un jour de prin­temps annon­cia­teur du Temps des cerises.

»> Merci spé­cial à l’ami Yanic Gor­net, grand mani­tou et démé­na­geur infor­ma­tique. Et à Anne pour ses fleurs de cerisier.

»> Lors du démé­na­ge­ment, des car­tons pleins de com­men­taires sont tom­bés du camion; il n’en reste donc qu’environ 600 sur ce blog, tan­dis que l’ensemble (quelque 3.000) sont res­tés dans l’ancien loge­ment [http://​gpon​thieu​.blog​.lemonde​.fr] où l’on peut tou­jours les consul­ter. Ainsi fluc­tue la technique.


« Lobby juif » déclenche la censure du Monde​.fr sur «C’est pour dire». Au nom des interdits, du refoulement et du penser correct?

J’en viens à mon tour, indi­rec­te­ment, à l’« affaire Zem­mour », parce qu’elle me semble inté­res­sante à ma modeste échelle, celle qui met en jeu un acte de cen­sure sur ce blog. Voilà : le 28 mars, je reçois par cour­riel, selon la pro­cé­dure habi­tuelle éma­nant du Monde​.fr, un avis de com­men­taire avec ses options de vali­da­tion ou de rejet. Ne par­lons pas encore du contenu. Donc, je me rends sur le pan­neau de ges­tion de mon blog et là, sur­prise, le com­men­taire en ques­tion n’apparaît pas. J’attends quelques jours, et rien ne se passe. J’en viens donc à inter­ro­ger lemonde​.fr selon la pro­cé­dure du « ticket » et de manière ainsi formulée :

« Dis­pa­ri­tion d’un com­men­taire. Éton­nant : un com­men­taire (copie ci-​dessous) par­venu le 28 par cour­riel n’apparaît pas sur la page de ges­tion… Merci d’expliquer ce mys­tère. Gérard Ponthieu »

Et voici ce que je reçois de la part des modé­ra­teurs : « Bon­jour, Si vous pen­sez que ce mes­sage n’avait pas à être sup­primé par les équipes de modé­ra­tions, veuillez ren­voyer le contenu de ce ticket à l’adresse mail sui­vante : moderation@​netino.​com Ici, nous ne gérons que les pro­blèmes d’ordre tech­nique, cette équipe dédiée, elle, pourra vous aider et éven­tuel­le­ment voir avec vous si ce mes­sage peut être remis en ligne ou pas. Cor­dia­le­ment, L’équipe des modé­ra­teurs. »

On doit donc com­prendre que lemonde​.fr fait sous-​traiter l’application de sa cen­sure – appe­lons un chat un chat – par une offi­cine exté­rieure, dénom­mée « netino​.com ». C’est donc à cette der­nière que j’envoie le cour­riel suivant :

« Je suis scan­da­lisé ! De quel droit vous arrogez-​vous pour sup­pri­mer des com­men­taires ? Il s’agit de cen­sure, ou je ne m’y connais pas. Ou voudriez-​vous pré­tendre que tout mes­sage conte­nant le mot « juif » serait écarté ? Assu­mez, je vous prie, cette ano­ma­lie dont j’exige une expli­ca­tion. Gérard Ponthieu »

J’en viens au contenu dudit com­men­taire, tel qu’il m’est parvenu :

« Un nou­veau com­men­taire sur l’article n°2678 « Le Proche-​Orient pour les nuls » attend votre approbation

Auteur : Nadia Amir (IP: 41.200.98.160, 90.84.49.5, 81.52.160.12 , ) E-​mail : fatiaa@​hotmail.​com Whois : http://​ws​.arin​.net/​c​g​i​-​b​i​n​/​w​h​o​i​s​.​p​l​?​q​u​e​r​y​i​n​p​u​t​=​4​1​.​2​0​0​.​9​8​.​160, 90.84.49.5, 81.52.160.12

Com­men­taire : Dru­cker, Elka­bach, Zem­mour tous au ser­vice du lobby juif. Les médias fran­çais sub­jec­tifs.

Pour vali­der ce com­men­taire, allez ici [etc.] »

Comme je n’ai tou­jours pas reçu d’explications ni de réponse [à la date du 7/​4/​10] à cette cen­sure, ni du monde​.fr, ni de ses cer­bères paten­tés, je déballe le tout sur la place publique.

Venons-​en au fond, c’est-à-dire au contenu de ce com­men­taire. Certes, il n’apparaît pas des plus fute-​fute et ce n’est pas sa publi­ca­tion qui aurait inversé les pôles ter­restres et encore moins réglé le conflit du Proche-​Orient ! Je m’apprêtais cepen­dant à le vali­der pour publi­ca­tion. Pour au moins trois raisons :

– D’abord un prin­cipe : le res­pect envers une expres­sion, même mal­adroite, sans me pré­va­loir sur elle d’un droit absolu de vie et de mort. Le pro­pos est dis­cu­table (propre à a dis­cus­sion !) mais nul­le­ment dif­fa­ma­toire, ni inci­tant à la haine ou inju­rieux ou raciste – toutes limites pré­vues par la loi.

Ensuite en rai­son même dudit contenu qui, dans sa forme brute et pri­maire (nul­le­ment meur­trière tout de même !) exprime un refou­le­ment glo­bal, tel­le­ment pré­sent dans notre époque, et en somme confirmé pré­ci­sé­ment par la cen­sure totale dont il fait l’objet.

– Enfin parce qu’on ne doit sépa­rer ce com­men­taire du contexte de son expres­sion ; c’est-à-dire, en prin­cipe, du lieu et de la per­sonne qui l’a émis, mais on n’en sait rien ou presque : une femme du nom de Nadia Amir, mes­sage émis d’un ser­veur en Afrique… ; et sur­tout en cor­ré­la­tion, c’est bien le moins, avec l’article (de 2006 !) auquel il se rap­porte et qui, pré­ci­sé­ment, porte sur le (sale) trai­te­ment par les médias domi­nants du conflit au Proche-​Orient. C’est là l’occasion de retour­ner voir cet article – paru sous la signa­ture de Sin­di­bad au nom de la Coor­di­na­tion des Appels pour une Paix Juste au Proche-​Orient (CAPJPO) – et les com­men­taires, nom­breux, qu’il a suscités.

Main­te­nant, je peux déve­lop­per ces deux points et l’« affaire ».

Comme pour contrer la ver­sion chi­noise de Google, il y a donc au monde​.fr et alen­tours un cyber-​système, type Big-​Brother infor­ma­tique, qui scrute et ana­lyse les conte­nus de la toile tran­si­tant dans ses eaux ter­ri­to­riales. Des détec­teurs de gros mots comme « juif » ou « lobby juif ». Par­ler ou seule­ment évo­quer le lobby juif déclenche donc les alarmes du poli­ti­que­ment cor­rect, ébranle la police des mœurs cor­res­pon­dantes, qui envoie les sbires cas­qués, bot­tés, tase­ri­sés – pour finir à l’échafaud de la cen­sure. Si bien que « logi­que­ment » cet article même devrait être cen­suré ! Quoi ? J’exagère ?

Pour cer­tains, il semble qu’on ne doive pas par­ler de lobby juif. Il n’existe pas. Ou alors il y a long­temps. Avant les lois. Mais aujourd’hui au nom d’un néo-​négationnisme (comme il y a un néo-​libéralisme). Une sorte d’inversion de la liberté, pour cor­rec­te­ment par­ler, mais qui res­semble bou­gre­ment à sa néga­tion. Et au nom d’une pré­ten­due « cor­rec­tion », au nom de nou­veaux tabous et au pré­texte d’en com­battre d’autres, ceux qui ont pré­cédé, mar­qués de la fureur noire de l’antisémitisme.

Je trouve cela minable, révol­tant. Non pas que je fasse une mon­tagne d’une « anec­dote » sous pré­texte qu’elle pié­ti­ne­rait mes petites pla­te­bandes. Ce fait atteint bien une réa­lité concrète et sym­bo­lique, mani­fes­tant ainsi une de ces lâche­tés par les­quelles les socié­tés – la nôtre en par­ti­cu­lier – se délitent, prises et déprises entre l’excès laxiste – plus de fron­tières ni repères, métis­sage de tout et grande rata­touille insi­pide – et, à l’inverse, empi­lage à l’infini de lois, contraintes, pres­sions, influen­çages inces­sants et autres intoxi­ca­tions des esprits et du libre juge­ment, si ce n’est du libre arbitre.

Mettons-​nous à la place de Nadia Amir, cette incon­nue qui ose s’exprimer après s’être aven­tu­rée dans les allées incer­taines de la blo­go­sphère… Elle n’aura tou­jours pas vu son com­men­taire publié… [Je vais bien sûr lui écrire]. Qu’aura-t-elle pensé ? Com­ment ne va-​t-​elle pas trou­ver là matière à confor­ter ce qu’elle tente de dénon­cer, timi­de­ment, à savoir une conni­vence réelle, objec­tive, entre les médias domi­nants et la révol­tante injus­tice qui s’est amon­ce­lée en des décen­nies d’incompréhensions reli­gieuses, de conflits d’intérêts, d’affrontements poli­tiques, de folie géo-​politique de tous bords ?

Cette femme ose un com­men­taire « au niveau de son vécu ». Mais il est vrai aussi qu’elle reste au milieu du gué. Non pas en dénon­çant: « Les médias fran­çais sub­jec­tifs » – rien de plus juste, comme par­tout d’ailleurs –, mais en asso­ciant trois « pipoles » au « lobby juif » pour en faire une géné­ra­li­sa­tion. Du coup elle accuse trois per­sonnes du fait de leur judéité, ce qui est indé­fen­dable et consti­tue la fai­blesse de cette « ana­lyse » évi­dem­ment som­maire. De même en va-​t-​il de l’expression « au ser­vice du lobby juif », écrite au sin­gu­lier accu­sa­teur et tota­li­taire : « le » lobby juif, comme s’il n’y en avait pas de mul­tiples et d’autres dans tous les domaines des reli­gions, de la poli­tique, du biz­ness et tout le reste. Elle exprime ainsi, il est vrai, le dis­cours basi­que­ment « anti­sio­niste » et géné­ra­le­ment anti­sé­mite par lequel se trouve éva­cuée toute la com­plexité his­to­rique et cultu­relle atta­chée à la judéité. Là encore des consi­dé­ra­tions reli­gieuses pri­maires abou­tis­sant à des accu­sa­tions – en fait des croyances, tou­jours, nour­ries de pro­pa­gandes – de « peuple déi­cide », au rejet des Juifs dans des ghet­tos et dans des fonc­tions aux­quelles répu­gnaient les clercs des autres reli­gions, pas seule­ment chré­tienne. Pour en arri­ver à l’ « or des juifs », vam­pires de la lumière de Dieu et autres fadaises notam­ment col­por­tées par la reli­gion catho­lique jusqu’à des temps his­to­riques récents. Pour en arri­ver, bien sûr, à l’abomination abso­lue de la solu­tion finale. L’ignorance consti­tue la source de l’intolérance : refus de l’autre – juifs, tzi­ganes, homo­sexuels, par mil­lions ! – et expia­toire « puri­fi­ca­tion » qui, d’ailleurs, a « jus­ti­fié » bien d’autres géno­cides, dans l’histoire ancienne et récente !

Mais com­ment déve­lop­per toute cette com­plexité dès lors que la cen­sure « coupe court » au juge­ment et à l’intelligence, pour ouvrir le bou­le­vard aux fana­tismes religieux ?

Ces rac­cour­cis cou­pables sont aussi ceux que l’on retrouve chez un Zem­mour, amu­seur média­tique, donc appelé à cari­ca­tu­rer. Il a ainsi été amené à géné­ra­li­ser un fait plu­tôt admis, sinon véri­fié par les sta­tis­tiques poli­cières. Quand il déclare : « Les Fran­çais issus de l’immigration sont plus contrô­lés que les autres parce que la plu­part des tra­fi­quants sont noirs et arabes, c’est un fait. », il livre comme une évi­dence une par­tie seule­ment d’une réa­lité et géné­ra­lise à son tour en lais­sant entendre que le seul fait d’être noir ou arabe implique l’état de tra­fi­quant. Comme s’il oubliait, lui en tant que juif, de sur­croît, la mise en ghet­tos des ban­lieues de ces « Fran­çais issus de l’immigration », stig­ma­ti­sés comme une sous-​population reje­tée de la société, inca­pables de « vivre nor­ma­le­ment », « non civi­li­sés » pour tout dire – cela pou­vant expli­quer ceci…

Voilà pour­quoi je m’insurge tant contre cette cen­sure – car il n’y en a pas de mineure, pro­cé­dant toute de ce même crime contre la pen­sée, via le libre juge­ment libre­ment formé, donc éga­le­ment informé. Faute de quoi on nour­rit le refou­le­ment, l’amertume, la haine, la vio­lence, la guerre – tout le contraire de la civilisation.


Alerte générale : Langlois se lance dans la « Panouille » !

Fine plume et même fine lame s’il en est, l’auriez-vous man­qué dans son bloc-​notes heb­do­ma­daire de Poli­tis que ce ne serait pas par­don­nable. Mais grand sei­gneur aussi, voilà qu’il vous ouvre tout grand les portes de son tout nou­veau blog. Ben oui, je parle de Ber­nard Lan­glois – comme si vous ne l’aviez pas deviné ! – vieux pote et com­plice en moult com­bats et aven­tures jour­na­leuses. Vingt-​trois ans après avoir enfanté Poli­tis, il dit jeter l’éponge tout en mon­tant sur un autre ring qu’il dénomme « Panouille ! ». Hein, quoi ? Drôle de nom, n’est-il pas ? On ne pour­rait a priori le décryp­ter sans avoir vu – ou subi – comme moi, un Lan­glois en culotte d’étudiant jour­na­leux s’essayer à la comé­die… Une vague affaire de légion­naires romains ou de hal­le­bar­diers pau­més, je ne sais plus bien… dans laquelle il tenait un rôle de figu­ra­tion, une « panouille » 
comme disent les gens de théâtre. D’où le blog du même nom, chez Poli​tis​.fr. Y a qu’à cli­quer sur le panache de Cyrano et vous y êtes, là où il s’annonce en figu­rant, mon œil !

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Siné Hebdo va « chier dans la colle »

20080827sinehebdo.1219866710.jpgViré de Char­lie Hebdo sous pré­texte d” « anti­sé­mi­tisme », Siné lance Siné Hebdo, à paraître chaque mer­credi dès le 10 septembre.

Ligne édi­to­riale on ne sau­rait moins langue de bois : « […] un canard qui ne res­pec­tera rien, n’aura aucun tabou, qui chiera tran­quille­ment dans la colle des bégo­nias sans se sou­cier des foudres et des ini­mi­tiés de tous les emmerdeurs !

« Comp­tez sur moi, vous n’avez pas misé sur un bour­rin… Vous n’allez pas être déçus ! Siné Hebdo va débou­ler et ça va décoif­fer ! Atten­tion les yeux ! »


  • Mai 2012, en rouge et bleu…

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  • « L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances » Ber­trand Russell
  • Non à la propagande d’AREVA !

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