On n'est pas des moutons

Cuba


Cuba-USA. Arrangements à l’amiable

Barack Obama et Raul Castro ont donc annoncé mercredi le rétablissement de relations diplomatiques entre leurs pays après un demi-siècle de guerre froide. Certes, ce réchauffement vaut mieux que les annonces d’attentats horribles et autres massacres. Mais doucement les clairons ! Les intentions des gouvernants sous tendent des manœuvres peu portées au désintéressement.

Obama tente de redorer un blason pour le moins terni. De sa présidence, l’Histoire retiendra la mise en place d’une couverture santé pour 32 millions d’Américains démunis. Pour le reste, rien de marquant, sinon de grandes déceptions. Surtout sur le plan social et racial, ainsi que l’ont rappelé les émeutes de Ferguson. Obama va donc pêcher en eaux étrangères proches : à Cuba, tout près, à 150 km de la Floride. C’est moins risqué que l’Afghanistan. Bien que Guantanamo le ramène au pire de ses renoncements. Mais ces "fiançailles" à la cubaine, célébrées en grande pompe par la médiasphère, laisseront bien quelques traces.

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Cimetière et musée des "belles américaines". Ici, à Trinidad, le gamin dans l'auto de papa tire la langue au photographe. Sur son T-shirt : "Miami Beach". [© gp-2008]

Raul Castro lui aussi espère bien tirer quelques bénéfices de cette pactisation avec l’ennemi d’un demi-siècle. Les Cubains fantasment toujours sur l’Amérique voisine, en proportion inverse de leur désillusion castriste. Entrouvrir une porte sur des espérances ne coûte pas grand chose et peut même rapporter quelques dollars. D’autant que le fameux « bloqueo » en vigueur depuis 1962, plus justement qualifié d’embargo, ne risque pas d’être officiellement levé vu qu’une telle mesure relève du Congrès, tenu par les républicains. Or ce « blocus » (qui n’en est pas un : l’embargo n’affecte que peu le commerce, y compris avec les États-Unis ! On peut se référer à ce propos à mon reportage dans Politis du 24/12/2008, lisible ici), s’il vise surtout les transactions financières internationales de Cuba*, sert d’abord les dirigeants cubains. Ceux-ci, en effet, et Fidel en tête, n’ont eu de cesse de masquer leur échec politique en le rejetant sur le méchant voisin yanqui.

Le rétablissement des relations diplomatiques cubano-étatsuniennes pourra favoriser cette libéralisation économique « à la vietnamienne » que Raul Castro met en place depuis sa présidence. Pour les Cubains, pour leur vie quotidienne, cela ne changera sans doute pas grand chose. Ce qu’exprime à sa façon Yoani Sanchez l’une des principales opposantes connues au régime castriste. Dans son blog Generacion Y, elle rappelle les grandes étapes encore à venir pour « démanteler le totalitarisme » :

« La libération de tous les prisonniers politiques et prisonniers de conscience; la fin de la répression politique; la ratification des pactes civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, la reconnaissance de la société civile cubaine à l'intérieur et à l'extérieur de l'île. »

En attendant, exhorte la blogueuse :

[…] « Gardez les drapeaux, vous ne pouvez pas encore déboucher les bouteilles et le mieux est de maintenir la pression pour arriver enfin au jour J. »

–––

* Les banques françaises Société générale, BNP Paribas et Crédit agricole ont fait l'objet d'une enquête pour blanchiment d'argent et violations de sanctions américaines contre certains pays – dont Cuba (ainsi que l'Iran et le Soudan).


[Révoltes arabes]. A Cuba, place de la Révolution, on prépare le défilé au pas de l’oie

Cuba Libye Révolution yes© faber

Le pas de l’oie à Cuba, selon Yoani Sanchez sur « Generacion Y  »

 

« Mon quar­tier connaît une peti­te secous­se, un chan­ge­ment qui se pré­sen­te sous la for­me d’une cou­che d’asphalte neu­ve, d’ouvriers qui refont les rues et posent un revê­te­ment noi­râ­tre qui dans quel­ques jours aura dur­ci sous les pneus des voi­tu­res. Nous som­mes tous sur­pris. La joie serait le sen­ti­ment le plus cou­rant si ce n’étaient les rai­sons qui ont conduit à ces répa­ra­tions et la rai­son de ces tra­vaux. Tou­te la Pla­ce de la Révo­lu­tion et la « zone blo­quée » où j’habite se pré­pa­rent au grand défi­lé du 15 avril pro­chain*. Un grand défer­le­ment de puis­san­ce mili­tai­re qui pré­tend dis­sua­der tous ceux qui sou­hai­tent un chan­ge­ment à Cuba.

« Depuis des semai­nes le par­king du sta­de Lati­no-amé­ri­cain est le siè­ge de répé­ti­tions pour le pas de l’oie des sol­dats. Des jam­bes ten­dues à qua­ran­te cinq degrés, qui rap­pel­lent des marion­net­tes tirées par un fil, par une cor­de qui se perd là-haut dans l’immensité du pou­voir.

« Je ne sais pas ce qu’il peut y avoir de beau dans une para­de mili­tai­re, ce qu’il peut y avoir d’émouvant dans le défi­lé de ces êtres syn­chro­nes et auto­ma­ti­ques qui pas­sent le visa­ge tour­né vers le lea­der dans la tri­bu­ne. Mais le résul­tat je le connais bien : on dira ensui­te que le gou­ver­ne­ment est armé jusqu’aux dents et que ceux qui des­cen­dent dans la rue pour pro­tes­ter seront écra­sés contre le sol qu’aujourd’hui même on est en train de répa­rer.

« Le pas des pelo­tons ten­te­ra de nous de nous aver­tir que le Par­ti n’a pas seule­ment des mili­tai­res pour le défen­dre mais aus­si des trou­pes anti-émeu­te et des corps d’élite. J’appellerais ça la cho­ré­gra­phie de l’autoritarisme, mais d’autres pré­fè­rent croi­re que ce sera une démons­tra­tion d’indépendance, d’une auto­no­mie natio­na­le qui res­sem­ble en réa­li­té à cel­le de Robin­son aban­don­né sur son île.

« Mais au-delà de mes réti­cen­ces envers les uni­for­mes, de mon aller­gie au défi­lé d’escadrons qui mar­chent à l’unisson, je suis aujourd’hui pré­oc­cu­pée par le gou­dron, par cet asphal­te posé récem­ment que les chaî­nes des tanks vont endom­ma­ger. »

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

* Note de GP: il s’agit de mar­quer le cin­quan­te­nai­re du débar­que­ment de la baie des Cochons : le 15 avril 1961, ten­ta­ti­ve d’invasion mili­tai­re de Cuba par des exi­lés cubains sou­te­nus par les États-Unis.


Et la révolution à Cuba, c’est pour quand ?

Les révoltes-révolutions arabes en cours ont provoqué un tel retournement historique (révolutions donc) qu’elles ont ringardisé – j’allais dire démonétisé – les plus emblématiques. Je pense à la chinoise, certes, et plus encore à Cuba dans la mesure où celle-ci continue à donner le change auprès de quelques illusionnés d’arrière-garde. J’y pense aussi parce que j’ai gardé là-bas quelques attaches épisodiques (internet étant des plus restreints et surveillés dans l’île des Castro), après un reportage qui, en 2008, me valut quelques accusations d’ « agent de la CIA »  de la part d’idolâtres pro-castristes*.

 

Peut-être le début d'un commencement : des antennes illicites se sont multipliées, comme ici à La Havane.

A quand la révolution à Cuba ? est évidemment une question iconoclaste, et cependant des plus pertinentes. Car elle appuie bien là où ça fait mal, en particulier pour qui considère, avec un minimum de réalisme, à quel point ce demi-siècle d’agitation tropicalo-castriste fut une sinistre mascarade qui aura plombé cette île et son peuple magnifiques.

 

Journaliste spécialiste de Cuba au Monde, Paulo A. Paranagua se l’est aussi posée, cette question qui dérange. Et il s’est donc rendu sur place pour tenter de trouver des réponses [Le Monde, 6/3/11].

 

Son article s’intitule : « A Cuba, les dissidents ne s'attendent pas à une contagion révolutionnaire » C’est une synthèse de quelques entretiens avec des opposants connus, à commencer par Yoani Sanchez, célèbre par son blog Generacion Y – dont j’ai souvent parlé ici [cliquer ici pour le visiter ; il est traduit en plusieurs langues, dont le français – et qui illustre au quotidien la dure réalité de la vie des Cubains confrontés à une lutte permanente pour la survie, la dignité, la liberté.

 

Pour cette femme de 35 ans, assignée dans l’île comme la quasi totalité des Cubains, ainsi qu’elle le raconte au reporter du Monde, « Nous avons tous fait des rapprochements, [mais] la situation n'est pas mûre ici pour une place Tahrir »,

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Le Caire – La Havane. Les parallèles peuvent-elles se rejoindre ?

Les évé­ne­ments révo­lu­tion­nai­res qui secouent le mon­de ara­be nous ques­tion­nent à bien des égards. On ne man­que pas de les com­men­ter, de les inter­pré­ter, de glo­ser. Les Ara­bes en pre­mier lieu, eux qui se voient, en gran­de par­tie sem­ble-t-il, réins­crits dans le cou­rant de l’Histoire. Des tri­bu­nes, « libres opi­nions », et autres fleu­ris­sent ça et là dans les médias, com­me en tou­te pério­de d’effervescence. Le plai­sir n’est pas min­ce pour qui­con­que se pré­oc­cu­pe du bien-être des humains et de la mar­che – si sou­vent clau­di­can­te – du vas­te mon­de, notre si peti­te pla­nè­te.

Sans nul­le­ment vou­lant jouer les rabat-joie, inuti­le de rap­pe­ler aux dures réa­li­tés des len­de­mains de fêtes – elles s’en char­gent tou­tes seules. Les Tuni­siens espè­rent de beaux jours, tout com­me les Égyp­tiens – sinon, à quoi bon avoir lut­té contre la tyran­nie avec une tel­le éner­gie ? Mais voi­là que, déjà, l’âpreté du mon­de glo­ba­li­sé les coin­ce au tour­nant.

Mes réflexions aujourd’hui tour­ne autour d’un rap­pro­che­ment, déjà évo­qué ici en pas­sant, entre deux ima­ges, deux lieux, deux révo­lu­tions et deux pays. Je veux par­ler des pla­ce de la Libé­ra­tion (Tah­rir) au Cai­re et de la Révo­lu­tion, à La Hava­ne, donc de l’Égypte et de Cuba. En fait, on pour­rait tout aus­si bien rap­pro­cher Cuba et la Tuni­sie qui, d’ailleurs, pré­sen­tent des don­nées socio­po­li­ti­ques plus com­pa­ra­bles. Mais res­tons-en à la pre­miè­re hypo­thè­se qui m’est souf­flée par le blog Gene­ra­cion Y de cet­te résis­tan­te cubai­ne, Yoa­ni San­chez qui, depuis plu­sieurs années, tient tête aux dic­ta­teurs cas­tris­tes. [Voir dans mes pré­cé­dents arti­cles, via la case de recher­che ci-contre].

Dans son arti­cle du 12 février, sous le titre « Égyp­te 2.0 » et sous cet­te pho­to de la fameu­se pla­ce Tah­rir enva­hie par une marée humai­ne :

…voi­ci ce qu’elle écrit :

« Pénom­bre et lumiè­re sur la Pla­ce Tah­rir, une phos­pho­res­cen­ce rou­geoyan­te entre­cou­pée par les flashs des appa­reils pho­to et la lueur des écrans de télé­pho­nes por­ta­bles. Je n’y étais pas et pour­tant je sais ce qu’ont res­sen­ti cha­cun des Égyp­tiens réunis la nuit der­niè­re au cen­tre du Cai­re. Moi qui n’ai jamais pu crier et pleu­rer de joie en public […], je confir­me que je ferais la même cho­se, je res­te­rais sans voix, j’embrasserais les autres, je me sen­ti­rais légè­re com­me si mes épau­les étaient sou­dain libé­rées d’un énor­me far­deau. Je n’ai pas vécu de révo­lu­tion, enco­re moins de révo­lu­tion citoyen­ne, mais cet­te semai­ne, mal­gré la pru­den­ce des jour­naux offi­ciels j’ai sen­ti que le canal de Suez et la mer des Caraï­bes n’était pas si éloi­gnés, que les deux endroits n’étaient pas si dif­fé­rents.

« Pen­dant que les jeu­nes Égyp­tiens s’organisaient sur Face­book, nous assis­tions conster­nés à l’exposé pira­té d’un poli­cier cyber­né­ti­que, pour lequel les réseaux sociaux sont « l’ennemi ». Il a bien rai­son ce cen­seur de kilo­bits, et tous ses chefs, de crain­dre ces sites vir­tuels où les indi­vi­dus pour­raient se don­ner ren­dez-vous pour secouer les contrô­les éta­ti­ques, par­ti­sans et idéo­lo­gi­ques. En lisant les paro­les du jeu­ne Wael Gho­nim « Vous vou­lez un pays libre, don­nez leur inter­net !» Je com­prends mieux la dis­cré­tion dont font preu­ve  nos auto­ri­tés à l’heure de nous per­met­tre ou non de nous connec­ter à la toi­le. Ils se sont habi­tués à avoir le mono­po­le de l’information, à régu­ler ce qui nous arri­ve et à réin­ter­pré­ter pour nous ce qui se pas­se à l’intérieur et à l’extérieur de nos fron­tiè­res. Main­te­nant ils savent, par­ce que l’Égypte le leur a appris, que cha­que pas qu’ils nous lais­sent fai­re dans le cybers­pa­ce nous rap­pro­che de Tah­rir, nous por­te à gran­de vites­se vers une pla­ce qui vibre et un dic­ta­teur qui démis­sion­ne. »

[Tra­duit par Jean-Clau­de Marou­by – mer­ci !]

Bien qu’écrit entre ses lignes très sur­veillées, le mes­sa­ge de Yao­ni San­chez est des plus clairs. Il se résu­me en oppo­si­tion avec cet­te autre pho­to, cel­le d’un de ces ras­sem­ble­ments mons­tres orga­ni­sés par le cas­tris­me radieux. Sur cet­te pla­ce de la Révo­lu­tion s’est fina­le­ment échoué l’une des plus men­son­gè­res illu­sions de l’Histoire.

Cin­quan­te ans après sa révo­lu­tion, le peu­ple cubain ne s’est tou­jours pas libé­ré. Le sujet res­te ouvert, appe­lant à des ana­ly­ses pous­sées. On s’en tien­dra là pour aujourd’hui.


Cuba. Le Prix Sakharov à Guillermo Fariñas excite la « bienveillance » de Mélenchon

Jean-Luc Mélen­chon a pré­fé­ré quit­ter l’hémicycle du Par­le­ment de Stras­bourg plu­tôt que d’assister,  mercre­di 15 décem­bre, à la remi­se du prix Sakha­rov au dis­si­dent cubain Guiller­mo Fariñas, empê­ché par la dic­ta­tu­re cas­tris­te de quit­ter l’île. Com­me lors de la remi­se du prix Nobel de la paix à Liu Xiao­bo, cinq jours avant, la céré­mo­nie s’est dérou­lée devant une chai­se vide.

Chai­se vide pour le Prix Sakha­rov (Pn. Par­le­ment euro­péen)

L’auteur de Qu’ils s’en aillent tous ! a décla­ré à l’AFP : « Le Par­le­ment euro­péen est embri­ga­dé dans des croi­sa­des anti­com­mu­nis­tes qui m’exaspèrent. Ça ne veut pas dire qu’on approu­ve l’emprisonnement, ça veut dire qu’on désap­prou­ve la maniè­re dont le Par­le­ment est bien­veillant pour des dic­ta­tu­res fas­cis­tes, et mal­veillant vis-à-vis du camp pro­gres­sis­te. »

Et le « camp pro­gres­sis­te », selon Mélen­chon n’est autre que cet aima­ble club regrou­pant notam­ment Cuba, la Chi­ne et le Vene­zue­la de son ami Cha­vez. Atti­tu­de symp­to­ma­ti­que chez les trots­kis­tes d’un jour ou/et de tou­jours (le lea­der du Par­ti de gau­che fut mem­bre actif de l’Organisation com­mu­nis­te inter­na­tio­na­lis­te).

À pro­pos des rela­tions entre la Fran­ce et la Chi­ne, Mélen­chon écrit dans son livre : « Il y a entre nous une cultu­re com­mu­ne bien plus éten­due et pro­fon­de qu’avec les Nord-Amé­ri­cains. Les Chi­nois, com­me nous, accor­dent depuis des siè­cles une pla­ce cen­tra­le à l’Etat dans leur déve­lop­pe­ment. Dans leurs rela­tions inter­na­tio­na­les, ils ne pra­ti­quent pas l’impérialisme aveu­gle des Amé­ri­cains. La Chi­ne est une puis­san­ce paci­fi­que. Il n’existe aucu­ne base mili­tai­re chi­noi­se dans le mon­de. (...) La Chi­ne n’est pas inté­res­sée au rap­port de for­ces de cet ordre. »  De cet ordre, admet­tons… Mais dans l’ordre de la démo­cra­tie ?

(Lire la sui­te…)


Cuba va libérer 52 de ses 170 prisonniers politiques. Une pétition « accuse le gouvernement cubain »

La pres­sion inter­na­tio­na­le, notam­ment euro­péen­ne, ajou­tée à la déplo­ra­ble situa­tion éco­no­mi­que de l’île,  sem­ble condui­re la dic­ta­tu­re cas­tris­te à lâcher du lest. Le régi­me cubain s’apprêterait en effet à libé­rer 52 pri­son­niers poli­ti­ques* incar­cé­rés depuis 2003 (on en dénom­bre envi­ron 170). L’Espagne a joué un rôle impor­tant dans ce jeu de pres­sion auprès de La Hava­ne, à la fois sur le plan diplo­ma­ti­que et aus­si en accep­tant d’accueillir les pri­son­niers à leur libé­ra­tion.

* L’annonce a été fai­te à l’issue d’une réunion entre le car­di­nal cubain Jai­me Orte­ga et le pré­si­dent Raul Cas­tro, en pré­sen­ce du minis­tre espa­gnol des affai­res étran­gè­res, Miguel Angel Mora­ti­nos.

De son côté, un comi­té inter­na­tio­nal s’est consti­tué et a lan­cé une péti­tion ayant déjà recueilli plus de 50.000 signa­tu­res – ce qui déplaît for­te­ment aux Cas­tro.  Ce comi­té s’est inti­tu­lé #OZT, repre­nant les ini­tia­les de Orlan­do Zapa­ta Tamayo, le maçon mort en pri­son le 23 février der­nier après 85 jours de grè­ve de faim. Aus­si­tôt, Guiller­mo Fariñas, psy­cho­lo­gue et jour­na­lis­te de 48 ans, entâ­mait à son tour une grè­ve de la faim. Il se trou­ve en grand dan­ger vital et cet­te libé­ra­tion annon­cée met­tra peut-être fin à son action.

Ce n’est donc pas le moment de relâ­cher la pres­sion ni la soli­da­ri­té. Voi­ci le tex­te de l’appel à péti­tion lan­cé par #OZT.


#OZT: J’accuse le gouvernement cubain

- Aidez-nous à dou­bler le plus de 49.000 signa­tu­res obte­nues pour la libé­ra­tion des pri­son­niers poli­ti­ques cubains.

- Soyez des nôtres lors de la remi­se des signa­tu­res du 18 au 23 juillet 2010

Nous vou­lons recueillir 100 000 signa­tu­res d’ici le 15 juillet et aug­men­ter ain­si l’appui à la deman­de de libé­ra­tion des pri­son­niers poli­ti­ques et au res­pect des droits de l’homme à Cuba. Nous pou­vons réus­sir avec votre sou­tien! Voi­ci ce dont nous avons besoin :

Envoyez un cour­riel à vos contacts en leur deman­dant de signer la Décla­ra­tion de la cam­pa­gne. Soyez bref! Par exem­ple, écri­vez-leur : « Je vous invi­te à signer cet­te Décla­ra­tion pour la libé­ra­tion des pri­son­niers poli­ti­ques cubains. Ceci est très impor­tant pour moi. » N’oubliez pas d’inclure l’hyperlien (http://firmasjamaylibertad.com/ozt)
Invi­tez vos amis sur Face­book, Twit­ter et autres réseaux sociaux à signer la Décla­ra­tion.
Les remi­ses de signa­tu­res auront lieu du 18 au 23 juillet à Cuba, à l’OEA et à l’ONU même qu’aux siè­ges du gou­ver­ne­ment cubain à l’étranger. De gran­des mani­fes­ta­tions et de peti­tes céré­mo­nies de remi­se sont pré­vues selon les endroits. Si vous habi­tez près d’une ambas­sa­de, d’un consu­lat ou tout autre lieu offi­ciel du gou­ver­ne­ment cubain et que vous sou­hai­tez par­ti­ci­per, s’il vous plaît, contac­tez-nous.
Mer­ci de fai­re par­tie de cet­te cam­pa­gne!

#OZT: J’accuse le gou­ver­ne­ment cubain

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E s p a ñ o l

De #OZT: Yo acuso al gobierno cubano

- Ayú­da­nos a dupli­car las más de 49,000 fir­mas reci­bi­das por la liber­tad de los pre­sos polí ticos cuba­nos

- Par­ti­ci­pa con noso­tros en la entre­ga de las fir­mas entre el 18 y el 23 de julio próxi­mos

Que­re­mos lle­gar a 100,000 fir­mas antes del 15 de julio y dupli­car así  el apoyo a la deman­da por la excar­ce­la­ción de los pre­sos polí ticos y el respe­to a los dere­chos huma­nos en Cuba. Con tu ayu­da, pode­mos lograr­lo. Esto es lo que nece­si­ta­mos:

Enví a a tus contac­tos un email invitán­do­los a fir­mar la Decla­ra­ción de la cam­paña. Algo muy bre­ve. Por ejem­plo: « Te invi­to a fir­mar esta Decla­ra­ción por la liber­tad de los pre­sos polí­ti­cos cuba­nos. Para mí  es muy impor­tan­te. » No olvi­des incluir el enla­ce (http://firmasjamaylibertad.com/ozt).
Invi­ta a tus ami­gos en Face­book, Twit­ter y otras redes socia­les a fir­mar la Decla­ra­ción.
La entre­ga de las fir­mas la rea­li­za­re­mos entre el 18 y 23 de julio en las sedes del gobier­no cuba­no alre­de­dor del mun­do. Tam­bién en Cuba, la OEA, la ONU... Fren­te a algu­nas sedes del gobier­no cuba­no rea­li­za­re­mos una concen­tra­ción; en otras, una pequeña cere­mo­nia de entre­ga. Si vives cer­ca de una emba­ja­da, consu­la­do o sede ofi­cial cuba­na y estás dis­pues­to a par­ti­ci­par, contác­ta­nos.

Gra­cias por ser par­te de esta cam­paña.

#OZT: Yo acu­so al gobier­no cuba­no


Cuba, cauchemar de la gauche Iatino

Il est plus que temps de dénon­cer sans la moin­dre ambi­guï­té la dic­ta­tu­re cas­tris­te, cla­me un jour­na­lis­te chi­lien de gau­che. Ce que la plu­part des mili­tants pro­gres­sis­tes du conti­nent ne se sont jamais réso­lus à fai­re. L’article qui suit pro­vient de l’hebdo chi­lien Qué pasa (cen­tre gau­che). Il consti­tue un tour­nant dans la consi­dé­ra­tion jus­que là sans réser­ve dont béné­fi­ciait le régi­me cubain dans la gau­che « lati­no ». Son conte­nu rejoint mon repor­ta­ge publié en 2009 dans Poli­tis, où il me valut les fou­dres de cer­tains lec­teurs et autres « ana­lys­tes ins­pi­rés ».

QUÉ PASA (extraits)
San­tia­go-du-Chi­li

La gau­che lati­no-amé­ri­cai­ne a com­mis une fau­te qu’elle met­tra long­temps à expier: cel­le d’avoir défen­du et sou­te­nu la dic­ta­tu­re cubai­ne bien plus long­temps qu’il n’était accep­ta­ble. Rares en effet ont été les figu­res poli­ti­ques, les artis­tes et les intel­lec­tuels pro­gres­sis­tes qui, assis­tant de près à l’évolution du régi­me cas­tris­te, ont pris la pei­ne de s’élever contre lui. Aujourd’hui, évi­dem­ment, ce n’est plus si dif­fi­ci­le. Les socia­lis­tes chi­liens eux-mêmes osent le fai­re, même s’ils uti­li­sent des cir­con­lo­cu­tions pour cela. Pen­dant des décen­nies, ceux qui ne se sont pas ren­du clai­re­ment com­pli­ces ont fait en sor­te de noyer le pois­son et de diluer en phra­ses inter­mi­na­bles une condam­na­tion qui tient pour­tant en “un mot, « dic­ta­tu­re ».

Fidel en a accueilli beau­coup alors qu’ils fuyaient Pino­chet dans le dénue­ment le plus total, il en a invi­té d’autres tel un maî­tre dans son hacien­da, pour leur mon­trer les mil­le mer­veilles de son fief, les gra­ti­fier de conver­sa­tions hal­lu­ci­nan­tes et les convain­cre, pour la tran­quilli­té et la séré­ni­té de leurs esprits bien-pen­sants, que la « Révo­lu­tion » – mot qui a heu­reu­se­ment per­du son ensor­ce­lant pou­voir – était un rêve réa­li­sa­ble et un com­bat per­ma­nent dont il était l’incarnation. Les tris­tes se sont sen­tis accueillis, les fai­bles se sont sen­tis flat­tés. Le contre­di­re est bien­tôt deve­nu pour bon nom­bre de révo­lu­tion­nai­res un acte aus­si redou­té foi pour un chré­tien. Les Cubains vivent dans un man­que de liber­té inac­cep­ta­ble. Fidel avait des qua­li­tés excep­tion­nel­les, c’est cer­tain. C’est sans dou­te l’homme poli­ti­que vivant le plus expé­ri­men­té au mon­de. Je dou­te que de nom­breux cham­pions de la démo­cra­tie puis­sent le nier. Il a pla­cé sa peti­te île au cen­tre de la car­te du mon­de et, mieux enco­re, y a pla­cé son nom et son pré­nom. Il s’est confron­té aux Etats-Unis d’égal à égal et a incar­né à un moment don­né la digni­té d’un conti­nent pau­vre face à la puis­san­ce bru­ta­le d’un empi­re. Il a par­ti­ci­pé en géant à l’histoire de la guer­re froi­de. Les Cubains peu­vent
haïr Fidel, mais aucun ne le mépri­se. Eux, ces Argen­tins des Caraï­bes, se sen­tent au fond sou­mis par un hom­me gran­dio­se. Com­ment, sinon, expli­quer qu’un peu­ple si fier l’ait sup­por­té un demi-siè­cle sans plus se révol­ter?
Le seul pro­blè­me est qu’avec le temps les hom­mes gran­dio­ses vieillis­sent net­te­ment moins bien que les hom­mes bons. Fidel ne dort pas, Fidel est très grand, Fidel sait tout, Fidel peut par­ler pen­dant des heu­res. Même la droi­te chi­lien­ne l’admire en secret. Lorsqu’il” entre en scè­ne, l’auditoire fré­mit. Ils le crai­gnent tant qu’ils osent à pei­ne pro­non­cer son nom. S’ils veu­lent le cri­ti­quer, les Cubains uti­li­sent de nou­vel­les for­mes gram­ma­ti­ca­les ou lèvent un doigt vers le ciel.
Le jour­nal Gran­ma [jour­nal offi­ciel du régi­me], n’ayant pas de rubri­que de faits divers, on pour­rait croi­re que La Hava­ne ne connaît ni cri­mes ni délits. Le jour­na­lis­me n’existe pas, et ceux-là mêmes qui ailleurs se plai­gnent de la concen­tra­tion des médias dans quel­ques mains par­don­nent à Cuba sans bron­cher. Les Cubains n’ont pas de par­le­ment, les tri­bu­naux sont une far­ce, la poli­ce secrè­te est par­tout. Nous qui croyons en la démo­cra­tie savons par­fai­te­ment qu’un tel gou­ver­ne­ment ne ren­tre pas dans cet­te caté­go­rie.
Rares sont les dis­cours plus hypo­cri­tes que le dis­cours cubain. Si nous y croyions, il nous fau­drait admet­tre que là-bas n’existent ni la pau­vre­té ni les cote­ries pri­vi­lé­giées, que les auto­ri­tés sont irré­pro­cha­bles, qu’elles n’ont fait fusiller per­son­ne, qu’il n’y a pas des maga­sins pour les déten­teurs de devi­ses et d’autres - misé­ra­bles - pour ceux qui n’ont que des pesos cubains, que les jine­te­ras [« cava­liè­res », accom­pa­gna­tri­ces de tou­ris­tes, qui par­fois se pros­ti­tuent] ne gagnent pas mieux leur vie que les ingé­nieurs, que les pri­son­niers poli­ti­ques sont une inven­tion de l’impérialisme, il nous fau­drait accep­ter tout cela alors que même le plus can­di­de des visi­teurs, pour peu qu’il se pro­mè­ne les yeux ouverts, consta­te qu’il n’en est rien. La san­té publi­que et l’éducation, les vieux che­vaux de bataille de Fidel Cas­tro, n’ont jamais été aus­si décriés qu’aujourd’hui: les Cubains n’ont pas même accès à des com­pri­més d’aspirine et ils n’étudient guè­re qu’un seul côté de la médaille. Mal­gré tout, il exis­te un tou­ris­me idéo­lo­gi­que : au lieu de décou­vrir la vraie vie, il cher­che le reflet des illu­sions per­dues.

LA CORRUPTION SÉVIT À GRANDE ÉCHELLE

Pla­ne désor­mais l’idée que tous ces men­son­ges ne pour­ront plus fonc­tion­ner long­temps. Raul est plus mal­adroit que son frè­re, plus bru­tal, moins char­meur. Il a lais­sé mou­rir un gré­vis­te de la faim [Orlan­do Zapa­ta, mort le 23 février au bout de 85 jours de grè­ve de la faim], ten­tant en vain de convain­cre le mon­de que ce n’était qu’un banal voleur. Si ridi­cu­le que cela puis­se paraî­tre, Raul s’emploie aujourd’hui à natio­na­li­ser les rares entre­pri­ses ren­ta­bles. La cor­rup­tion sévit à gran­de échel­le. Et cer­tains parient déjà que cet­te fic­tion qui a rui­né tant de vies tou­che à sa fin. Com­me pour l’URSS, nous décou­vri­rons pro­gres­si­ve­ment la face som­bre de ce conte de fées. Si la gau­che entend de nou­veau nous pro­po­ser un rêve, qu’elle com­men­ce par nous racon­ter son cau­che­mar. Qu’elle n’hésite pas à uti­li­ser, pour par­ler de cel­te dynas­tie cari­béen­ne, le mot « dic­ta­tu­re ». Au Chi­li, nous savons à quel point les mots comp­tent en la matiè­re.
Patri­cio Fer­nan­dez
direc­teur de la revue sati­ri­que « The Cli­nic »

Nous devons cet arti­cle et sa tra­duc­tion à « Cour­rier inter­na­tio­nal » du 15 avril.


CUBA. Nouvelle grève de la faim d’un opposant, durcissement du régime

Tan­dis que le régi­me cubain se dur­cit enco­re davan­ta­ge sous le dou­ble effet de la cri­se et d’un accès de pro­tes­ta­tions, un autre dis­si­dent a entre­pris une grè­ve de la faim. Guiller­mo Fariñas, psy­cho­lo­gue et jour­na­lis­te de 48 ans, prend ain­si le relais de Orlan­do Zapa­ta Tamayo qui, lui, est mort le 23 février à La Hava­ne. Il avait ces­sé de s’alimenter durant plus de deux mois pour pro­tes­ter contre ses condi­tions de déten­tion et cel­les de plu­sieurs dizai­nes d’opposants incar­cé­rés. La déter­mi­na­tion déses­pé­rée de Guiller­mo Fariñas bute sur l’intransigeance du régi­me cas­tris­te. Un affron­te­ment qui fait crain­dre le pire, une fois de plus. D’autant qu’on apprend qu’il a per­du connais­san­ce hier.

L’interview de Guiller­mo Fariñas a été menée par le jour­na­lis­te espa­gnol Mau­ri­cio Vicent et publiée dans le quo­ti­dien madri­lè­ne El Pais mar­di der­nier. En voi­ci la tra­duc­tion.

20100303elpepuint_3.1267811207.jpgLe psy­cho­lo­gue et jour­na­lis­te dis­si­dent Guiller­mo Fariñas a 48 ans et 23 grè­ves de la faim der­riè­re lui. Depuis qu’il a ren­du sa car­te de l’Union des Jeu­nes Com­mu­nis­tes, en 1989, en pro­tes­ta­tion contre l’exécution du géné­ral Arnal­do Ochoa*, il est entré dans l’opposition, et a pas­sé, depuis, 11 ans et demi en pri­son. Il est consi­dé­ré com­me un dur. Sa der­niè­re grè­ve de la faim, en 2006, pour deman­der le libre accès à inter­net pour tous les Cubains, dura plu­sieurs mois et il fal­lut l’opérer à plu­sieurs repri­ses pour lui sau­ver la vie. Il en gar­de de nom­breu­ses séquel­les et sa famil­le, cet­te fois redou­te un rapi­de dénoue­ment fatal.

Dans sa mai­son de San­ta Cla­ra, accom­pa­gné d’une ving­tai­ne d’opposants, Fariñas reçoit El Pais alors qu’il en est à son sep­tiè­me jour sans nour­ri­tu­re ni eau [l’interview a été publiée le 02/03/2010]. Il est extrê­me­ment fai­ble, bien que conscient, et il peut enco­re mar­cher. Il a le regard illu­mi­né, et dit – c’en est effrayant – qu’il veut mou­rir pour deve­nir un « mar­ty­re » et pren­dre le relais de Orlan­do Zapa­ta. Il voit son corps com­me un ins­tru­ment de plus pour « fai­re par­ve­nir Cuba à la liber­té ». Sa mère, Ali­cia Her­nan­dez, et sa fem­me, Cla­ra, s’opposent radi­ca­le­ment à cet­te pro­tes­ta­tion, bien qu’elles res­pec­tent sa déci­sion. Deux méde­cins lui ren­dent visi­te cha­que jour, un dis­si­dent et un autre de l’État, qui sui­vent en per­ma­nen­ce son évo­lu­tion.

Quels objec­tifs recher­chez-vous au tra­vers de cet­te grè­ve ?

– Pre­miè­re­ment, que le gou­ver­ne­ment paie un coût poli­ti­que fort pour l’assassinat de Orlan­do Zapa­ta Tamayo. En second lieu, si les auto­ri­tés ne sont ni cruel­les ni inhu­mai­nes, qu’elles libè­rent immé­dia­te­ment les pri­son­niers poli­ti­ques qui sont mala­des et qui pour­raient bien­tôt deve­nir d’autres Zapa­ta. Le troi­siè­me objec­tif est, si je meu­re, que le mon­de s’aperçoive que le gou­ver­ne­ment lais­se mou­rir ses oppo­sants et que ce qu’il s’est pas­sé avec Orlan­do n’est pas un cas iso­lé.

Mais quel­le est votre deman­de concrè­te ?

– Que le gou­ver­ne­ment libè­re ces 26 pri­son­niers poli­ti­ques qui sont mala­des, et que, jusqu’aux pro­pres ser­vi­ces médi­caux du minis­tè­re on consi­dè­re qu’ils doi­vent être mis en liber­té, puisqu’ils ne sur­vi­vront pas en pri­son.

Et s’ils ne les relâ­chent pas ?

– Je conti­nue­rai jusqu’aux der­niè­res consé­quen­ces...

Vous vou­lez mou­rir ?

– (Silen­ce)... Oui, je veux mou­rir. Il est temps que le mon­de s’aperçoive que ce gou­ver­ne­ment est cruel, et qu’il y a des moments dans l’histoire des pays où il doit y avoir des mar­ty­res.

Vous vou­lez deve­nir un mar­ty­re consciem­ment ?

– Même les psy­cho­lo­gues du minis­tè­re de l’intérieur disent que c’est mon pro­fil : j’ai une gran­de voca­tion de mar­ty­re... Orlan­do Zapa­ta a été le pre­mier chaî­non dans l’intensification de la lut­te pour la liber­té de Cuba. Moi j’ai été celui qui a sai­si le bâton de son relais, et quand je mour­rai, un autre le pren­dra.

Vous êtes sûr ? Vous croyez que cela va pro­vo­quer un sti­mu­lant pour le chan­ge­ment dans votre pays ?

– Moi je suis pes­si­mis­te. Je pen­se que le gou­ver­ne­ment ne va pas chan­ger. Je n’ai pas d’espérance. Le gou­ver­ne­ment cubain se trou­ve dans une pas­se dif­fi­ci­le, mais il ne va pas chan­ger, jusqu’à que nous soyons 50 oppo­sants en grè­ve de la faim, ce qui serait un pro­blè­me au niveau de tou­te la socié­té.

Votre père a com­bat­tu aux côtés de Che Gue­va­ra au Congo. Votre mère était révo­lu­tion­nai­re. Vous-même avez été mili­tai­re et avez étu­dié en Union sovié­ti­que. Com­ment en êtes-vous arri­vé à la dis­si­den­ce ?

– Ce fut un long pro­ces­sus. Les évé­ne­ments de l’ambassade du Pérou en 1980** ont consti­tué le pre­mier désac­cord. J’avais pour rôle de main­te­nir l’ordre. Il y avait des dizai­nes de mil­liers de per­son­nes qui vou­laient par­tir. En URSS, je me suis ren­du comp­te des nom­breu­ses per­ver­sions de ce régi­me auquel, en théo­rie, nous devions res­sem­bler. En 1989, avec l’exécution de Ochoa, j’ai com­plè­te­ment rom­pu. Depuis je ne me suis pas tu, et je ne me tai­rai pas jusqu’à ce que je meu­re.

Qu’est ce qu’il va se pas­ser main­te­nant ?

– Moi je me sens déjà très fai­ble. J’ai mal à la tête et je com­men­ce à me déshy­dra­ter. Il arri­ve­ra un moment où je m’effondrerai et per­drai connais­san­ce. Alors ma famil­le déci­de­ra [la mère et l’épouse disent qu’à ce moment elles le feront entrer à l’hôpital et le nour­ri­ront par voie paren­té­ra­le].

Et quand vous vous réveille­rez à l’hôpital...

– S’ils me met­tent dans une cham­bre fer­mée, où je ne pour­rai pas rece­voir de visi­te de mes frè­res de lut­te, je deman­de­rai l’arrêt de l’alimentation médi­ca­le. S’ils me met­tent dans un endroit où je pour­rai rece­voir la visi­te de mes cama­ra­des, même si ça doit être au tra­vers de vitres, dans la sal­le de soin inten­sif, pen­dant les horai­res régle­men­tai­res des visi­tes, je per­met­trai cet­te ali­men­ta­tion paren­té­ra­le, bien que je ne boi­rai ni man­ge­rai. Dans ce cas, je pour­rai vivre tant que Dieu le vou­dra.

Que croyez-vous que pen­sent de tout ça votre fem­me, votre fille (de huit ans), votre mère ?

– Quand j’ai pris la déci­sion de com­men­cer cet­te grè­ve de la faim, ma mère est res­tée sei­ze heu­res sans me par­ler. Main­te­nant, bien qu’elles s’y oppo­sent tou­jours, elles res­pec­tent ma déci­sion. Je leur dis que pour le bien de la patrie, la famil­le doit souf­frir. J’imagine que la mère de Jose Mar­ti a souf­fert, et aus­si cel­le de Anto­nio Maceo [deux héros emblé­ma­ti­ques de l’indépendance de Cuba]. 

Tra­duc­tion Mari­ne Pon­thieu

Notes de GP :

* Le géné­ral Arnal­do Ochoa , ancien de la Sier­ra Maes­tra et « héros » de la guer­re d’Angola, a été exé­cu­té sous l’accusation de tra­fic de dro­gue au len­de­main d’un pro­cès de type sta­li­nien, avec « aveux » lar­ge­ment média­ti­sés par la télé­vi­sion. L’Histoire, quand elle par­le­ra, livre­ra une tou­te autre ver­sion. Par exem­ple, que les frè­res Cas­tro avaient confon­du Ochoa dans des inten­tions put­schis­tes, avec d’autres mili­tai­res en oppo­si­tion au régi­me ; et cela au moment même où la CIA s’apprêtait à révé­ler la réa­li­té d’un offi­ciel tra­fic de dro­gue entre Cuba et les FARC colom­biens. Un mar­ché aurait été impo­sé à Ochoa : la vie sau­ve contre la recon­nais­san­ce du tra­fic de dro­gue mené à son pro­pre comp­te. Ain­si la « Révo­lu­tion » serait-elle lavée de tout soup­çon d’infamie… Ochoa « avoua » donc, mais fut exé­cu­té un mois après le ver­dict le condam­nant à mort.

** En mars 1980, l’ambassade du Pérou à La Hava­ne avait été lit­té­ra­le­ment enva­hie, en deux jours, par plus de 10 000 can­di­dats à l’émigration. L’affaire pro­vo­qua ensui­te le départ vers les États-Unis de 127 000 « marie­li­tos », du nom du port cubain de Mariel.

»> Voi­là bien­tôt deux mois que je suis sans nou­vel­les de deux amis cubains. J’ose espé­rer qu’il ne leur est rien arri­vé de plus gra­ve que l’interdiction tota­le d’envoyer des cour­riels depuis leurs lieux de tra­vail.

De plus, sur son blog « Gene­ra­cion Y  », l’opposante Yoa­ni San­chez n’a plus dépo­sé d’article depuis le 24 février – ce qui est tout à fait inha­bi­tuel.


CUBA – Orlando Zapata, 42 ans, opposant politique, mort après deux mois de grève de la faim

orlando_zapata_cuba.1267113374.jpgOrlan­do Zapa­ta Tamayo, est mort, mar­di 23 février, dans un hôpi­tal de La Hava­ne. Il menait une grè­ve de la faim de plus de deux mois pour pro­tes­ter contre ses condi­tions de déten­tion. Mem­bre d’une orga­ni­sa­tion de défen­se civi­que illé­ga­le, le Direc­toi­re démo­cra­ti­que cubain, il avait été condam­né en 2003 à dix-huit ans de pri­son pour « désor­dre public ».

Il s’agit du pre­mier déte­nu poli­ti­que « à mou­rir en déten­tion depuis le début des années 1970 à Cuba », affir­me la Com­mis­sion pour les droits de l’homme et la récon­ci­lia­tion natio­na­le, une orga­ni­sa­tion illé­ga­le mais tolé­rée par le pou­voir cubain. Selon son pré­si­dent, Eli­zar­do San­chez, « Il s’agit d’un assas­si­nat vir­tuel, pré­mé­di­té », accu­sant les auto­ri­tés d’avoir trop tar­dé à offrir des soins au dis­si­dent trans­fé­ré la semai­ne der­niè­re seule­ment de Camagüey, dans le cen­tre du pays, où il était incar­cé­ré, dans un hôpi­tal de La Hava­ne.

Prix Sakha­rov 2002 du Par­le­ment euro­péen, le dis­si­dent chré­tien Oswal­do Paya a accu­sé les auto­ri­tés cubai­nes d’avoir « assas­si­né len­te­ment » ce maçon de pro­fes­sion et noir de peau, vic­ti­me, selon lui, de coups et de vio­len­ces racis­tes lors de sa déten­tion. L’économiste dis­si­dent Oscar Espi­no­sa Che­pe, arrê­té en 2003 et libé­ré pour des rai­sons de san­té, esti­me que cet­te affai­re pour­rait se repro­dui­re en rai­son du « très mau­vais état » des pri­sons cubai­nes, où aucu­ne orga­ni­sa­tion inter­na­tio­na­le n’est admi­se. C’est le cas d’Amnes­ty Inter­na­tio­nal, qui esti­me à 65 le nom­bre des « pri­son­niers de conscien­ce » cubains. La plu­part des obser­va­teurs inter­na­tio­naux éva­luent cepen­dant à envi­ron 200 le nom­bre de pri­son­niers poli­ti­ques à Cuba.

Les pré­si­dents bré­si­lien Luiz Inacio Lula da Sil­va et véné­zué­lien Hugo Cha­vez sont arri­vés mar­di soir à La Hava­ne, sans fai­re de com­men­tai­res, après un som­met dit de « l’Unité » au Mexi­que des 32 pays de la région. De son côté, le pré­si­dent cubain, Raul Cas­tro, n’a pas craint de « regret­ter » la mort d’Orlando Zapa­ta. Depuis tou­jours, les auto­ri­tés cubai­nes accu­sent les dis­si­dents d’être des « agents » ou des « mer­ce­nai­res » à la sol­de des Etats-Unis.

La popu­la­tion et l’économie cubai­nes se trou­vent à bout de souf­fle. La cri­se s’est aggra­vée ces der­niers temps, à tel point que le pays est pla­cé au bord d’une ces­sa­tion de paie­ment.

[Sour­ces AFP, Le Mon­de, Yoa­ni Sán­chez – Gene­ra­cion Y]


CUBA. Un journaliste arrêté à Holguín, la liberté d’informer toujours bafouée

Juan Car­los Reyes Ocaña, jour­na­lis­te de la peti­te agen­ce Hol­guín Press, a été arrê­té dans la mati­née du 29 jan­vier par la Poli­ce natio­na­le révo­lu­tion­nai­re (PNR), et emme­né dans une caser­ne sous les incul­pa­tions d” »outra­ge », « déso­béis­san­ce » et « acti­vi­té éco­no­mi­que illi­ci­te ». Remis en liber­té le len­de­main, il obser­ve une grè­ve de la faim dans l’attente de son juge­ment qui pour­rait lui valoir la pri­son fer­me.

Har­cè­le­ments de blo­gueurs, déten­tions arbi­trai­res et mau­vais trai­te­ments de pri­son­niers d’opinion res­tent carac­té­ris­ti­ques d’un régi­me qui ne tolè­re aucu­ne infor­ma­tion en dehors de son contrô­le et dont les timi­des évo­lu­tions depuis février 2008 s’arrêtent au seuil des droits de l’homme. Man­quant à leur paro­le, les auto­ri­tés de La Hava­ne n’ont jamais rati­fié les deux Pac­tes de l’Onu rela­tifs aux droits civils et poli­ti­ques – signés au moment de la pri­se de fonc­tions offi­ciel­les de Raúl Cas­tro –, les­quels incluent la liber­té d’expression. La nor­ma­li­sa­tion des rela­tions avec Cuba prô­née notam­ment par la pré­si­den­ce espa­gno­le de l’Union euro­péen­ne ne sau­rait fai­re l’impasse sur les liber­tés fon­da­men­ta­les.

Aucun ges­te huma­ni­tai­re n’a été consen­ti en faveur des jour­na­lis­tes arrê­tés lors du « Prin­temps noir » de mars 2003, dont Ricar­do Gonzá­lez Alfon­so, condam­né à vingt ans de pri­son. Souf­frant de pro­blè­mes de san­té, en par­ti­cu­lier pul­mo­nai­res, le cor­res­pon­dant de Repor­ters sans fron­tiè­res et fon­da­teur de la revue « De Cuba » s’est vu admi­nis­trer avec retard, le 26 jan­vier, un trai­te­ment qu’il atten­dait depuis des mois. Mal­gré son état, il res­te main­te­nu en cel­lu­le au péni­ten­cier du Com­bi­na­do del Este (La Hava­ne).

Autre pri­son­nier du « Prin­temps noir », éga­le­ment condam­né à vingt ans de pri­son, Juan Car­los Her­re­ra Acos­ta, de l’Agence de pres­se libre orien­ta­le (APLO), a récem­ment dénon­cé les mau­vais trai­te­ments et pri­va­tions ali­men­tai­res dont il a fait l’objet avec d’autres codé­te­nus (voir la vidéo ). Incar­cé­ré depuis six mois, le doc­teur et col­la­bo­ra­teur de médias dis­si­dents Dar­si Fer­rer a, quant à lui, subi un pas­sa­ge à tabac en cel­lu­le alors qu’il était menot­té.

La répres­sion vise de près les blo­gueurs et uti­li­sa­teurs d’Internet. Deux étu­diants ont été ren­voyés au mois de jan­vier pour un tra­vail d’information « non auto­ri­sé ». Darío Ale­jan­dro Pau­li­no Esco­bar a été exclu de l’Université de La Hava­ne pour avoir créé une page sur le réseau social Face­book, conte­nant le comp­te ren­du d’une réunion de l’Union des jeu­nes com­mu­nis­tes (UJC). Fille du pri­son­nier poli­ti­que Félix Navar­ro, Saylí Navar­ro a connu le même sort au sein de l’Université de Matan­zas pour ses acti­vi­tés de jour­na­lis­te indé­pen­dan­te.

Le 6 novem­bre 2009, la Sécu­ri­té de l’État (poli­ce poli­ti­que) a bru­ta­li­sé les blo­gueurs Yoa­ni Sán­chez, créa­tri­ce de la pla­te-for­me Gene­ra­ción Y, et Orlan­do Luis Par­do, à la veille d’une mani­fes­ta­tion [lire sur C’est pour dire]. Un troi­siè­me, Luis Feli­pe Rojas, a été arrê­té à deux repri­ses en décem­bre et assi­gné à rési­den­ce.

[D’après Échan­ge inter­na­tio­nal de la liber­té d’expression (IFEX, Toron­to) et Repor­ters sans fron­tiè­res (RSF, Paris)] 

Regain de tensions à La Havane. Obama répond à Yoani Sanchez sur le blog Generacion Y

Je reçois des nou­vel­les plu­tôt alar­man­tes de Cuba. Un de mes amis cubains qui par­vient à m’envoyer des cour­riels depuis La Hava­ne – et dont je n’avais pas de nou­vel­les depuis plu­sieurs semai­nes – vient de m’adresser quel­ques lignes dont j’extrais ce pas­sa­ge : « Ici à Cuba, les cho­ses sont super mau­vai­ses. La sur­veillan­ce gou­ver­ne­men­ta­le est énor­me ces jours-ci. Il y a beau­coup de dan­gers. Je ne peux pas t’écrire dans une tel­le situa­tion ». Le même, il y a quel­ques mois me disait sa nou­vel­le espé­ran­ce dans le nou­veau régi­me de Raùl Cas­tro… Il a vite déchan­té.

Autre sujet d’inquiétude fai­sant crain­dre à un retour du « fan­tô­me de 1980 » lors­que de gra­ves ten­sions avaient oppo­sé adver­sai­res et par­ti­sans du régi­me, et que ces der­niers orga­ni­saient des « répu­dia­tions publi­ques » à l’encontre des pre­miers. Il s’agissait alors de dénon­cer publi­que­ment les oppo­sants repé­rés et d’organiser autour d’eux des mani­fes­ta­tions hos­ti­les, voi­re vio­len­tes.

yoani_reinaldo.1259085801.jpgUne mani­fes­ta­tion de ce gen­re s’est pro­dui­te ven­dre­di der­nier dans les rues de La Hava­ne à l’encontre de Rei­nal­do Esco­bar, le mari de Yoa­ni San­chez [pho­to], cet­te résis­tan­te blo­gueu­se dont j’ai par­lé ici der­niè­re­ment. Rei­nal­do a adres­sé une let­tre ouver­te « à l’ex-dictateur Fidel Cas­tro » au sujet des liber­tés bafouées. Il s’est ensui­te ren­du à l’endroit même où, la semai­ne der­niè­re, sa fem­me Yoa­ni avait été enle­vée et moles­tée par des flics en civil. Il était atten­du par un cor­tè­ge hos­ti­le mon­té « spon­ta­né­ment » avec fan­fa­res, for­ces flics en civil et quel­ques dizai­nes de mani­fes­tants criant des slo­gans de sou­tien à Fidel et Raùl, pro­fé­rant des inju­res à l’encontre de Rei­nal­do, le trai­tant com­me d’habitude de ver­mi­ne [gusa­no] et le mena­çant phy­si­que­ment. Fina­le­ment il a été extir­pé par des flics en civil qui l’ont ensui­te relâ­ché.

De son côté, à par­tir de son blog, Gene­ra­cion Y, Yoa­ni a adres­sé deux séries de sept ques­tions à Raul Cas­tro et à Bara­ck Oba­ma sur les condi­tions d’un rap­pro­che­ment poli­ti­que cuba­no-amé­ri­cain. Si l’un n’a pas répon­du (devi­nez qui), l’autre si – cer­tes en ter­mes fort pesés, mais qui ont fait sen­sa­tion dans les milieux cubains infor­més – ceux du pou­voir, bien sûr. Les répon­ses du pré­si­dent US se trou­vent sur le blog de Yoa­ni San­chez . Elle et son mari devien­nent des oppo­sants d’autant plus encom­brants que leur noto­rié­té est désor­mais consi­dé­ra­ble, sur­tout à l’étranger. Cet­te jeu­ne fem­me fait mon­tre d’un grand cou­ra­ge, à l’égal des oppo­sants his­to­ri­ques qu’ont été, sous d’autres cieux du com­mu­nis­me radieux, les Havel, Wale­sa, Plioucht­ch, Bou­kovs­ki, Gri­go­ren­ko... sans oublier, à Cuba cet­te fois, les innom­bra­bles Val­la­da­res, Matos, Rei­nal­do Arei­nas et jusqu’à la pro­pre fille de Fidel, Ali­na Fer­nan­dez.


CUBA. Enlèvement style camorra à La Havane

yoani_sanchez.1258734486.gif À Cuba, Yoa­ni Sán­chez [pho­to] est aujourd’hui l’une des plus cou­ra­geu­ses résis­tan­tes à la dic­ta­tu­re cas­tris­te. Son blog, Gene­ra­cion Y – seule­ment lisi­ble à l’extérieur de l’île – témoi­gne au quo­ti­dien des dif­fi­cul­tés de vivre des Cubains et de la répres­sion qui les frap­pe au moin­dre signe de désac­cord. Mani­fes­ter, même paci­fi­que­ment, à Cuba relè­ve de l’héroïsme. Yoa­ni, pré­ci­sé­ment, se ren­dait à une mani­fes­ta­tion contre la vio­len­ce du régi­me (voir la vidéo), quand elle a été enle­vée et bat­tue par des sbi­res en civil et en voi­tu­re bana­li­sée. Son récit ci-des­sous est édi­fiant.

Yoa­ni est deve­nue la bête noi­re du régi­me par son blog dif­fu­sé sur tou­te la toi­le, sauf à Cuba où l’internet se trou­ve des plus cade­nas­sés au mon­de. Tren­te deux ans, diplô­mée de phi­lo­lo­gie, Yoa­ni San­chez espé­rait il y a quel­ques semai­nes obte­nir un visa pour assis­ter à la remi­se d’un prix de jour­na­lis­me décer­né par la Colum­bia Uni­ver­si­ty de New York. Refus caté­go­ri­que. Un de plus. Yoa­ni a atteint un tel niveau de noto­rié­té inter­na­tio­na­le qu’elle déran­ge vrai­ment le régi­me. De même que le rocker Gor­ki Agui­la, main­tes fois empri­son­né, deve­nu très emblé­ma­ti­que auprès des jeu­nes Cubains.

Consul­ter le blog Gene­ra­cion Y (tra­duit en fran­çais et en une dizai­ne de lan­gues) serait salu­tai­re aux néga­tion­nis­tes pro-cas­tris­tes. Mais ils conti­nuent, par défi­ni­tion, à ne rien vou­loir consi­dé­rer qui ébran­le­rait leur mytho­lo­gie. Cuba, à bien des égards, est com­pa­ra­ble à l’ancienne Alle­ma­gne de l’Est, Sta­si et Mur y com­pris. Sauf que le mur cubain, océa­ni­que, entou­re la tota­li­té du pays.

Pas loin de la rue 23, jus­te à la roton­de de l’avenue des Pré­si­dents, nous avons vu arri­ver dans une voi­tu­re noi­re, de fabri­ca­tion chi­noi­se, trois incon­nus tra­pus. « Yoa­ni, entre dans la voi­tu­re » m’a dit l’un d’entre eux, tan­dis qu’il me ser­rait for­te­ment le poi­gnet. Les deux autres entou­raient Clau­dia Cade­lo, Orlan­do Luís Par­do Lazo et une amie qui nous accom­pa­gnait à une mani­fes­ta­tion contre la vio­len­ce. Par une de ces iro­nies de la vie, au lieu d’une jour­née de paix et de soli­da­ri­té, c’est une après-midi char­gée de coups, de cris et d’insultes qui nous atten­dait. Les « agres­seurs » ont appe­lé une patrouille qui a emme­né les deux autres filles. Orlan­do et moi étions condam­nés à la voi­tu­re et ses pla­ques d’immatriculation jau­ne*, au ter­rain épou­van­ta­ble de l’illégalité et à l’impunité digne de l’Armageddon.

J’ai refu­sé de mon­ter dans la Gee­ly brillan­te et nous avons exi­gé qu’ils nous mon­trent une iden­ti­fi­ca­tion ou un ordre judi­ciai­re pour nous ame­ner. Com­me c’était à espé­rer, ils n’ont mon­tré aucun papier qui jus­ti­fie­rait de la légi­ti­mi­té de notre arres­ta­tion. Les curieux com­men­çaient à arri­ver et j’ai crié « Au secours ! Ces hom­mes veu­lent nous enle­ver ». Mais ces hom­mes ont arrê­té ceux qui vou­laient inter­ve­nir d’un cri qui affi­chait avec évi­den­ce la signi­fi­ca­tion idéo­lo­gi­que de l’opération : « Ne vous mêlez pas de ça, ce sont des contre-révo­lu­tion­nai­res ». Devant notre résis­tan­ce ver­ba­le, ils ont pris le télé­pho­ne pour deman­der à quelqu’un qui devait être leur chef « Qu’est-ce qu’on fait ? Il ne veu­lent pas mon­ter dans la voi­tu­re ». J’imagine que de l’autre côté la répon­se à été tran­chan­te car s’en est sui­vie une rouée de coups et de bous­cu­la­des. Ils m’ont por­tée, la tête en bas, et ont essayé de me four­rer dans l’auto. Je me suis agrip­pée à la por­te… J’ai pris des coups sur les join­tu­res de mes mains… J’ai réus­si à pren­dre un papier que l’un d’entre eux por­tait dans sa poche et l’ai mis dans ma bou­che. Nou­vel­le rouée de coups pour que je ren­de le docu­ment.

Orlan­do se trou­vait déjà dedans, immo­bi­li­sé par une clé de kara­té qui le tenait avec la tête pla­quée au sol. L’un des hom­mes a mis son genou sur ma poi­tri­ne pen­dant que l’autre, depuis le siè­ge avant, me tapait sur les reins et la tête pour que j’ouvre la bou­che et que je lâche le papier. Pen­dant un moment, j’ai pen­sé que je ne sor­ti­rai jamais de cet­te voi­tu­re. « C’est fini, Yoa­ni », « Fini les conne­ries » disait celui assis à côté du chauf­feur qui me tirait des che­veux. Sur le siè­ge arriè­re, un spec­ta­cle bizar­re se dérou­lait : mes jam­bes vers le haut, mon visa­ge rou­gi par la ten­sion et mon corps endo­lo­ris. De l’autre côté, Orlan­do réduit par un pro de la raclée. Je n’ai pu que viser ses tes­ti­cu­les, à tra­vers son pan­ta­lon, dans un acte déses­pé­ré. J’ai enfon­cé mes ongles, en sup­po­sant qu’il conti­nue­rait à m’écraser la poi­tri­ne jusqu’au der­nier souf­fle. « Tue-moi d’une bon­ne fois », je lui ai crié avec ce qui res­tait de ma der­niè­re inha­la­tion. Celui de l’avant a alors aver­ti le plus jeu­ne : « Lais­se-la res­pi­rer ».

J’entendais Orlan­do hale­ter pen­dant que les coups conti­nuaient à pleu­voir. J’ai cal­cu­lé la pos­si­bi­li­té d’ouvrir la por­te et de sau­ter dehors, mais il n’y avait pas de poi­gnée à l’intérieur. Nous étions à leur mer­ci, mais enten­dre la voix d’Orlando me redon­nait du cou­ra­ge. Il m’a dit après que cela avait été la même cho­se pour lui : mes mots entre­cou­pés lui disaient « Yoa­ni est enco­re vivan­te ». On nous a lais­sés éta­lés et endo­lo­ris dans une rue de La Tim­ba*. Une fem­me s’est appro­chée « Qu’est-ce qui vous est arri­vé ? »… « Un enlè­ve­ment », j’ai réus­si à dire. Nous avons pleu­ré, dans les bras l’un de l’autre, au milieu de la rue. Je pen­sais à Teo. Mon Dieu, com­ment vais-je lui expli­quer tous ces bleus ? Com­ment vais-je lui dire qu’il vit dans un pays où se pas­sent des cho­ses pareilles ? Com­ment le regar­der et lui racon­ter que sa mère a été agres­sée en plei­ne rue car elle écrit un blog et met ses opi­nions en octets ? Com­ment lui décri­re l’expression des­po­ti­que qui ani­mait ceux qui nous ont mis de for­ce dans cet­te voi­tu­re, le plai­sir que l’on voyait sur leur visa­ge quand ils nous bat­taient, quand ils sou­le­vaient ma jupe et me traî­naient à moi­tié nue jusqu’à la voi­tu­re.

J’ai pu voir, néan­moins, le degré de ner­vo­si­té de nos atta­quants, leur peur devant ce qui leur est nou­veau, devant ce qu’ils ne peu­vent pas détrui­re car ils ne le com­pren­nent pas. La ter­reur mas­quée sous la bra­va­de de ceux qui savent que leurs jours sont comp­tés.

Notes de tra­duc­tion :

Les pla­ques d’immatriculation jau­ne sont cel­les des voi­tu­res de par­ti­cu­liers.

La Tim­ba – Quar­tier chaud de La Hava­ne, pro­che de l’endroit où ils ont été enle­vés.

Tra­duit par Susa­na GORDILLO et Pier­re HABERER.

Note de l’éditeur du blog: La vidéo mon­tre la mani­fes­ta­tion à laquel­le Yoa­ni a été empê­chée d’assister


Cuba s’est ouvert au monde, mais pas à son peuple

Cor­res­pon­dan­ce de « Azul » à La Hava­ne

« Que Cuba s’ouvre au mon­de et que le mon­de s’ouvre à Cuba ! » C’est par ces paro­les que le pape Jean-Paul II, en 1998, a ter­mi­né sa visi­te à Cuba. Je me sou­viens enco­re de ces beaux mots qui ont rem­pli d’espoir des mil­lions de Cubains et dans les­quels le mon­de a vu un mes­sa­ge d’espoir. Depuis, Cuba a en effet mon­tré quel­ques avan­cées : le régi­me a éta­bli des rela­tions avec 192 pays du mon­de ; il a per­mis l’entrée de capi­taux étran­gers dans les affai­res de l’île ; il a entre­pris un pro­gram­me d’aide huma­ni­tai­re pour éli­mi­ner les mala­dies, la faim et l’inégalité socia­le… dans cer­tains pays d’Amérique lati­ne, notam­ment le Vene­zue­la, la Boli­vie, et l’Équateur.

C’est ain­si que Cuba, dans ces pays, a aidé à for­mer des mil­liers de méde­cins ; à libé­rer de l’analphabétisme des mil­lions de citoyens ; a construit quel­ques hôpi­taux. Sur le plan géo­po­li­ti­que, Cuba a signé pres­que tous trai­tés et accords de l’ONU.

Autant de signes qui pour­raient paraî­tre plus que suf­fi­sants pour démon­trer au mon­de à quel point Cuba a pu répon­dre aux espé­ran­ces papa­les…

MAIS à Cuba même, pour le peu­ple cubain, il en est tout autre­ment !

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Par exem­ple, seule­ment la moi­tié des consul­ta­tions médi­ca­les peu­vent être tenues, fau­te de méde­cins et de spé­cia­lis­tes. Le pays enre­gis­tre plus de vingt ans de retard dans la construc­tion d’hôpitaux et plu­sieurs chan­tiers en cours sont arrê­tés depuis des années.

Le sys­tè­me édu­ca­tif tra­ver­se une tel­le cri­se que le niveau d’espagnol ensei­gné y est au plus bas, de même qu’en his­toi­re et en mathé­ma­ti­ques.

Le régi­me n’est pas par­ve­nu à assu­rer à sa popu­la­tion une nour­ri­tu­re cor­rec­te, et cela après des années d’un sys­tè­me de dis­tri­bu­tion contrô­lée des ali­ments. Les besoins ali­men­tai­res de base du peu­ple cubain ne sont pas satis­faits.

Cuba a vou­lu hono­rer des accords avec l’ONU, mais n’a pas tenu ses enga­ge­ments envers son pro­pre peu­ple. Alors que le peu­ple devait voir sa situa­tion s’améliorer, les cho­ses ont empi­ré pour lui, sans que cet­te réa­li­té soit per­çue à l’extérieur.

Qu’importe au peu­ple cubain que son pays s’ouvre au mon­de s’il ne lui res­te, dans son île, qu’à rêver à des jours meilleurs.

« Azul »

Traduit par GP.
Photo ©gp : Un marché « libre » dans Centro Habana .

Lettre de La Havane. « Un été cubain bien spécial »

Cor­res­pon­dan­ce de « Azul »

 « Nous som­mes en été »…, a pro­cla­mé Gran­ma le jour­nal offi­ciel du pays (un des trois exis­tant). Nous, le peu­ple cubain, on en pro­fi­te… : avec cet­te annon­ce, le gou­ver­ne­ment révo­lu­tion­nai­re de Cuba invi­te le peu­ple à vivre un autre été, un été « spé­cial »… Par­ce que nous célé­brons le 50e anni­ver­sai­re du triom­phe de la révo­lu­tion. Pour cela, nous tous, les Cubains, nous devons être heu­reux et très joyeux puis­que nous por­tons 50 ans de triom­phe face à l’impérialisme yan­kee, face aux Ame­ri­ca­noSS qui veu­lent pren­dre cet­te bel­le ter­re…

Et nous les Cubains (on dirait que nous ne som­mes pas Amé­ri­cains ni dans le conti­nent) n’avons pas de pro­blè­mes. Nous devons seule­ment dan­ser, man­ger, pro­fi­ter et bien sûr sou­ri­re pour que les tou­ris­tes conti­nuent de connaî­tre la Cuba vic­to­rieu­se et son peu­ple résis­tant; lequel appuie tou­jours  le par­ti uni­que com­mu­nis­te de Cuba et affron­te les dis­si­dents – qui sont 100 selon les sta­tis­ti­ques du gou­ver­ne­ment.

Par­ce qu’à Cuba il n’y a pas de contre-révo­lu­tion­nai­res. Dans ce pays, per­son­ne n’est contre la révo­lu­tion et son par­ti, à part 100 ou peut-être 150 dis­si­dents, qui ne savent pas ce qu’ils font, ni ce qu’ils veu­lent. À Cuba, le gou­ver­ne­ment a remer­cié Dieu pour cet­te union du peu­ple avec ses hom­mes poli­ti­ques. D’ailleurs nous n’avons qu’une seule idée, impo­sée par un lider poli­ti­que, lequel vient d’inaugurer avec fier­té un hôtel luxueux à Vara­de­ro, la plus bel­le pla­ge de Cuba… Un hôtel pour tous les Cubains… qui peu­vent payer 200 dol­lars par nuit, soit sept années de salai­re pour tout pro­fes­sion­nel ou tech­ni­cien cubain…

Aus­si en a-t-il pro­fi­té pour rap­pe­ler cet­te idée, uni­que, selon laquel­le tous les Cubains ont déci­dé de défen­dre la révo­lu­tion avant leur pro­pre vie… C’est incroya­ble, les men­son­ges si effron­tés qu” « ils » pro­fè­rent tous les jours, tou­te cet­te déma­go­gie…

 

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©g.ponthieu2008

Leur ont-ils deman­dé son avis, sur cet­te idée « uni­que », au tra­vailleur qui cha­que jour poi­reau­te à l’arrêt de bus deux heu­res ou plus pour aller à son tra­vail ? Ces pro­blè­mes de trans­port durent depuis 50 ans !

Leur ont-ils deman­dé leur avis à l’infirmière ou au doc­teur qui tra­vaillent jusqu’à 10 heu­res tous les jours et qui ont pour seuls ali­ments un peu de riz et un oeuf par­fois, sinon l” « Ave Maria » de cha­que jour (du riz et des pois) ou des len­tilles ?

Leur ont-ils deman­dé leur avis aux étu­diants qui doi­vent ache­ter leurs cahiers pour sui­vre les cours par­ce qu’ils n’en reçoi­vent que cinq de 50 feuilles cha­cun pour pres­que dou­ze matiè­res par an ?…

Ont-ils deman­dé leur avis aux maî­tres­ses de mai­son qui recou­rent à la magie pour fai­re man­ger tou­te la famil­le, tan­dis que le fils et l’époux tra­vaillent et gagnent à eux deux seule­ment 30 dol­lars par mois ; et doi­vent en plus main­te­nir tant bien que mal une mai­son qui s’écroule et où vivent jusqu’à qua­tre géné­ra­tions et sans espoir d’avoir sa pro­pre mai­son ?

Non. Eux, ceux du « gou­ver­ne­ment révo­lu­tion­nai­re de Cuba » ne deman­dent jamais de quoi a besoin le peu­ple qui est sous son pou­voir.

Non, eux ne consul­tent jamais le peu­ple.

Non, eux ne se sont jamais ren­du comp­te que nous som­mes des  êtres humains et que nous pen­sons… Alors que tout bon­ne­ment ils nous invi­tent… à pro­fi­ter d’un été spé­cial plein d’offres en devi­ses ou en dol­lars…

Mais le peu­ple n’a pas de quoi ache­ter quoi que ce soit pour cet été si spé­cial, au cours duquel nous célé­bre­rons les 50 ans de révo­lu­tion cubai­ne ; moi, sim­ple par­tie de l’humble peu­ple de Cuba, je conti­nue­rai à éco­no­mi­ser dans l’espoir qu’un jour je pour­rai visi­ter un pays où l’été en vaut la pei­ne, où l’idée de la jouis­san­ce impos­si­ble ne soit pas une tor­tu­re, ni un ordre.

Non, je ne veux plus d’étés télé­pro­grammés, ni de ces jouis­san­ces et  idées uni­ques si trom­peu­ses et effron­tées ! Cet été si « dif­fé­rent », qu’ils le célè­brent ceux qui ont le pou­voir, moi je conti­nue­rai à cher­cher com­ment être heu­reux, « un Cubain heu­reux en plein été »…

« Azul »

Tra­duit par Mari­ne Pon­thieu


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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