Gaffe, les médias !
L’affaire DSK remporte la palme du Spectacle mondialisé
Si on en doutait encore, l’affaire DSK nous y replonge : notre monde est bien celui de l’empire visuel, du règne absolu – absolutiste – de l’image. L’image sacralisée comme valeur de tout, du bien comme du mal, de la gloire comme de la déchéance, aux deux extrémités du visible – lequel recèle tellement d’invisible.
Et nous sommes là, ballottés dans ce champ à haute tension, le jugement pris entre croyances, convictions, incrédulité, scepticisme, rejet… Qu’on s’en tienne à ces seules dernières semaines : on est alors passés, en termes de célébrations visuelles ultra-spectaculaires, par des phases les plus extrêmes : révoltes arabes ; drame japonais (séisme, tsunami, explosions à la centrale nucléaire de Fukushima) ; guerre civile en Côte d’ivoire ; canonisation de pape ; mariage princier ; mort de Ben Laden ; chute de Strauss-Kahn…
Étrange « film », au montage saccadé, de ce qu’on appelle l’actualité, dont la hiérarchie est portée par le monde du Spectacle considéré comme une sorte de sur-virtualité, un état intermédiaire entre une certaine réalité et ses représentations visuelles surtout médiatiques. Film qui remporte la palme universelle, bien au-delà de Cannes au festival plus que jamais « empailletté ».
Notre monde en devient dingue, ça on le savait, mais ses habitants – du moins une frange d’entre eux – s’en trouvent littéralement drogués, rendus addicts à une drogue très dure qui rend dépendants dealers et consommateurs dans un même trafic mondialisé. Une addiction si forte que le fait même de l’évoquer ou encore de l’analyser oblige à consommer encore et encore ces fameuses images.
C’est aussi le cas de cette analyse menée ici par Christian Salmon, grand (d)énonciateur du « storytelling », lorsqu’il démonte la machine à l’ouvrage dans l’affaire DSK. Car son analyse est tenue autant qu’elle tient par l’image, qu’à notre tour nous sommes menés à consommer, voire à savourer…
Japon. L’apocalypse-bidon « vécue » en chambre par le « grand reporter » du Nouvel Obs
Grand reporter ou pas, « Albert-Londres » ou non, Nouvel-Obs ou Mon cul sur la commode : du pipeau ! Les faits : le Nouvel Observateur du 17 mars publie neuf pages de description apocalyptique et de témoignages douloureux sur la catastrophe japonaise, signées du grand reporter Jean-Paul Mari. L’article a été entièrement écrit à Paris, à partir de témoignages et de descriptions parus ailleurs dans la presse sans qu’aucune source ne soit mentionnée. C’est ce que révèle l’hebdo Les Inrocks dans sa livraison du 29/3 sous le titre « Nouvel Obs: 5 astuces pour écrire un reportage au Japon depuis Paris ».

Camille Polloni décortique la manip” et pousse même la confraternité jusqu’à cuisiner le bidonneur. Jean-Paul Mari invoque quelques explications « techniques » (« C’est un problème de temps, j’ai écrit dans l’urgence. Si j’avais une journée de plus pour le réécrire, je mettrais la source de ces témoignages. »»), même pas des excuses (vaut mieux pas d’ailleurs), pour se planquer en fait derrière un piteux paravent : le Nouvel Observateur n’a pas apposé la mention « envoyé spécial », il ne prétend donc pas que son journaliste se trouvait au Japon. De même est-il stipulé « récit » et non « reportage ». Ouais… D’où vient alors cet art filou du « on s’y croirait » ? Du fait que rien n’est faux, tout étant pompé chez les « confrères » de Libé, du Parisien, du Guardian et autres sources internétées.
Le tout est réussi dans le genre, entre récit de fiction-vérité et effets de plume limite clichetons. Échantillon : « Le temps s’est arrêté. Plus d’heure, plus d’avant, plus d’après. Pas encore l’apocalypse. Tout est suspendu. Le ciel est froid, clair, ensoleillé. Dans la baie, les bateaux se balancent sur une mer d’hiver. Sur la côte, en face, un port de pêche, des toits bleus, des hangars. Sur la rive proche, des maisons, des parkings, des voitures, un poteau de signalisation, un nom, celui de la ville, moderne : Miyako. Et puis là, à quelques mètres du rivage, une ligne boursouflée, comme un bourrelet, quelque chose d’incompréhensible. On dirait un serpent géant, lourd, obscur, qui roule des écailles monstrueuses. Une vague.”
Allez donc voir directement la chose sur le site des Inrocks, c’est une belle dénonciation de ce mal rampant qui imprègne le « journalisme » moderne, consacre le journaliste assis comme le prototype d’une fin d’un monde – celui où la seule ligne pour un journaliste [était] « la ligne de chemin de fer ». Paroles fameuses dont Albert Londres avait fait son credo – avec lequel, à l’occasion, il eut lui aussi bien pris ses aises pour arranger les faits à sa convenance…
Tiens, avec toutes ces photos « HD », ces films en abondance, si je m’offrais un Grand reportage à Fukushima même, avec survol de la centrale à l’agonie, paroles radieuses du pilote de mon hélicoptère, témoignage « exclusif » d’un liquidateur héroïque, tranche de vie des pêcheurs de Sendaï, et caetera. J’ai déjà le titre : « J’ai survécu à la fin du monde ». Est-ce là l’avenir rayonnant du futur Nouveau journalisme ?
France inter. Quand Le Pen montre « 13 millions d’étrangers », les journalistes regardent son doigt
Indignation encore. France inter recevait ce matin Jean-Marie Le Pen en fin de parcours à la tête (Pen en breton…) du Front national. Le vieux facho s’en sera encore bien tiré. Avec l’habileté et cet aplomb qu’on lui connaît, il aura une fois de plus roulé les journalistes dans sa farine. Ainsi en fut-il lorsque, entonnant son refrain de prédilection, il affirma que la France compte désormais, « d’après l’Insee, plus de 13 millions d’étrangers qui ne manquent pas de poser de graves problèmes »…
Treize millions, et même plus ! Ce qui représenterait 20% de la population… Mais personne pour relever. Ni le pontifiant Guetta, ni le décapant Legrand, ni enfin le sémillant Cohen n’opposèrent au faussaire la réalité statistique : 3,65 millions de personnes, sur plus de 63 millions, soit 5,8% de la population au dernier recensement de 2006.
S’il n’est qu’une donnée à connaître quand un journaliste rencontre Le Pen, c’est bien celle sur l’immigration, non ? Au lieu de quoi on lui pose d’insipides questions genre « La Tunisie est-elle une dictature ? »* Et l’autre menteur de poursuivre son bonhomme de chemin, et de terminer sa carrière de faussaire « en beauté », comme il l’avait commencée d’ailleurs. Je rappelais ici même, en octobre dernier, comment Le Pen fut propulsé par la télé, en 1984, avec l’émission au titre bien présomptueux : L’Heure de vérité… Il avait pu user et abuser du mensonge sans être le moins du monde inquiété par des journalistes plus suffisants que compétents. Il aurait eu tort de se gêner. Ainsi vient-il de réussir sa sortie selon la même recette éprouvée. Face à la même indolence journalistique.
* Et la dilettante Pascale Clark de poser la même question à Régis Debray. C’était peu avant dans ses « Cinq minutes avec… ». Alors, la Tunisie, au fait ?
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Journalisme. Petite leçon entre la pêche au ton et le ton qui pèche
Déjà à la radio… À la télé c’est encore pire : ce formatage journalistique qui ravage grand nombre de commentaires et de reportages. Il fut un temps où je m’échinais à les pointer du pied (de bronze, d’argent et d’or, mes fameuses Pantoufles connurent leur gloire – tapez aussi « pantoufles » dans la case de recherche.). Et ils ont fini par me fatiguer et m’avoir à l’usure.
« Ils », ces journalistes de la facilité : vite-fait mal-fait, pas d’élan et encore moins de mise en perspective; vernis culturel qui craquèle au premier questionnement évité; vocabulaire chétif, orthographe racho, syntaxe à l’agonie. Et puis il y a le ton, la fameuse pêche au ton… « Le ton Coco ! Appuie sur les mots, mets du rythme, ponctue, vingt guieux, comme dans la pub ! » Et c’est le ton qui pèche. D’autant qu’il vient « servir » le récit, le fameux scénar de l’info-spectacle : « Ce soir là, Chantal Lanvin rentre dans sa lointaine banlieue après une dure journée. Infirmière à l’hôpital de la Pitié… » Sa boulangère : « Une femme sans histoire, jamais on aurait pu penser que… » Et caetera, avec ce qu’il faut de bourdonnement musical (le bruit de fond…) qui appuie sur le drame montant et que renforce toujours le fameux « ton »… Sans oublier, défense de rire, les encore plus fameux micro-trottoirs – ce niveau zéro du « journalisme » – par lesquels prospère la mystérieuse « opinion ». Ainsi se poursuit le formatage, au fil des générations de formatés dans les centres et écoles de formation. Formatage conjoint des journalistes et de leurs publics, construction lente et solide des modes de pensée et de comportement, jusqu’au langage même, ses clichés, ses mots à la mode – son prêt-à-penser. Et vogue la démocratie…
Une « évolution » journalistique qui tient à plusieurs facteurs, causes et conséquences d’une dégradation touchant nos sociétés. Parmi ces facteurs, l’un des principaux, à mes yeux, réside dans le concubinage très avancé entre information et com” – je distingue bien la communication, branche de la psychologie, pour dire vite, de sa vulgate entachée de pub” et de stratégie politique autant que marchande. C’est un tournant dans l’histoire de la presse, une sorte de virage en épingle à cheveux avec sortie de route annoncée.
Ils ne mourront pas tous, mais la plupart sont atteints – surtout dans l’audio-visuel, pour ce qui est de l’affadissement journalistique. Non pas tant dans les choix de sujets (pas toujours) que dans leur traitement, cette mise en forme par laquelle un fait devient in-formation et nous autres in-formés. Le fond et la forme s’étant rejoints dans un tout alors satisfaisant. Quand ce n’est pas le cas, eh bien, ça claudique, c’est bancal. Illustration intéressante avec ce montage réalisé par deux journalistes de Télérama.
Le ton journalistique : petite leçon de formatage
envoyé par telerama. - L’info video en direct.
Côte d’Ivoire. Pour Jean-François Probst, « Gbagbo est plus proche de Mandela que de Mugabe »
Contrepoint sur la situation en Côte d’Ivoire pour ne pas emboucher les trompettes dominantes. Ce changement de refrain vient d’un certain Jean-François Probst, ancien bras droit de Jacques Chirac, franc-parleur et connaisseur de l’Afrique à sa façon. Après une carrière politique (il a notamment été conseiller de Jérôme Monod au RPR, secrétaire général du groupe RPR au Sénat, conseiller d’Alain Juppé et directeur de la communication de la Mairie de Paris pour Jean Tibéri…), il est aujourd’hui consultant international en communication et conseille des chefs d’entreprise, des politiques et des chefs d’État africains. On lui doit aussi des chroniques vidéo sur le site d’informations politiques en ligne Bakchich. Il était l’invité de Yannick Urrien le 21 décembre sur Kernews, une radio locale de droite qui émet en Loire-Atlantique. Il est bon de changer de point d’observation et les propos (choisis) de Jean-François Probst ne manquent pas de décapant, ce qui est salutaire quand il s’agit de ne pas sombrer dans le manichéisme si facillement rassurant.
Kernews : Pour quelles raisons le gaulliste que vous êtes estime-t-il que nos compatriotes, particulièrement ceux qui sont attachés aux souverainetés nationales, doivent s’intéresser aux événements de Côte d’Ivoire qui, selon vous, marqueront l’histoire de l’Afrique ?
Jean-François Probst : Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut se reporter à la fin de la IVe République. Les socialistes n’arrivaient pas se dépêtrer des affaires coloniales et c’est là que le général De Gaulle a joué un coup majeur, pour l’intérêt supérieur de la France et des Africains : il a octroyé par référendum à chaque pays la possibilité de devenir indépendant et souverain. La base de l’indépendance nationale lorsque l’on est gaulliste, c’est le 18 juin 1940. C’est le refus de l’occupant, c’est le refus de la collaboration avec l’ennemi, c’est la capacité, malgré la difficulté, à résister. En Côte d’Ivoire, la flamme d’une résistance générale, contre les colonisateurs, les anciens colonisateurs ou les nouveaux colonisateurs que sont les États-Unis, la Chine ou l’Inde, cela existe. Dans le monde entier, des centaines de milliers de jeunes gens s’informent et voient bien qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Ce qui ne fonctionne pas, c’est un point très cher à la doctrine du général De Gaulle : l’organisation des Nations Unies, «le machin» comme l’appelait le général. C’est une organisation qui n’a pas lieu de s’ingérer dans les affaires intérieures d’un pays pour régler ou annoncer les choses à sa manière. Dans ce qui se passe, la responsabilité de l’ONU est patente. Les Nations Unies ne font pas respecter leurs résolutions de manière générale, que ce soit en Israël, en Iran ou au Kosovo après les trafics d’organes…
WikiLeaks. Le plaisir trouble du voyeur devant la « transparence »
Je dois au commentaire de « Turlututu » [voir dans Le Monde et WikiLeaks. Info ou bruits de chiottes ?] de m’amener à plus de nuances sur l’ « affaire WikiLeaks ». Ayant picoré ça et là dans la pelletée déversée par Le Monde, je dois reconnaître l’intérêt de certains passages; pas tant sur le fond, non, que sur la forme (qu’en termes diplomatiques ces choses là, etc.) et surtout sur l’origine, ce qui donne à ces infos le plaisir du voyeur derrière son trou de serrure. Ce qui se passe derrière la porte, on s’en doutait bien. Voilà maintenant qu’on nous le met sous le nez. Est-ce que ça sent plus ou mains mauvais ?, voilà ce dont on peut discutailler…
Mais le débat vaut davantage sur le thème de la transparence, selon que l’on place le curseur en deçà ou au delà de « 1984 ″. Je me réfère à George Orwell, bien sûr, dénonçant la transparence totalitaire – celle qui va donc très au delà ; la même dont parlait Panaït Istrati à propos du système soviétique dont il dénonçait (en 1927 !) « la main noire enfoncée dans le ventre de l’homme ». Comme si les États, qui ont tendance à TOUT s’autoriser (tentation totalitaire), pouvaient impunément s’arroger le droit de fouiller jusque dans vos têtes et aussi, oui, vos tripes. Nous n’en sommes pas loin, quand nous n’y sommes pas carrément plongés, avec les pratiques innombrables de sondages d’opinion, avec les systèmes envahissant de vidéo surveillance, avec ces contrôles d’identité vous transperçant jusqu’à la moelle (scanner des aéroports).
En deçà maintenant du curseur « 1984 », on pourrait situer le champ « normal » de l’information, au sens journalistique précisément ; celui par lequel même les prétendues démocraties se voient surveillées par une sorte de contre-pouvoir. C’est là que l’affaire WikiLeaks se trouve sur le fil du rasoir. En effet, d’un côté il participe de cette salutaire levée de l’obscurité étatique, tandis que de l’autre il en utilise méthodes et moyens. Si on exige la transparence des États, ou si on les y contraint à leurs « corps » défendant, comment s’opposer à leurs pratiques autrement qu’en provoquant une sorte de surenchère guerrière sans fin ?
Le Monde et WikiLeaks. Info ou bruits de chiottes ?
Comme d’autres quotidiens occidentaux, Le Monde fait ses gorges chaudes des « révélations » de WikiLeaks… Bof, ce n’est même pas du « gorge profonde » de l’époque Watergate. Jusqu’à maintenant, on n’apprend rien de ces perles « secrètes », sinon des cancanages entre langues de putes et autres petits-grands rapporteurs diplomatiques. Et que je te dégoise sur l’un-l’autre et réciproquement. Rien qu’on ne sache d’instinct, qui ne soit lisible dans les actes et sur les tronches mêmes de ces dirigeants somme toute maîtres ès faux-culs, un savoir-faire sans lequel on ne saurait pénétrer les arcanes du pouvoir.
Que Le Monde s’en amuse avec sérieux, voilà qui dit bien le rapetissement du journalisme jadis « de référence ». Qu’il en fasse son feuilleton de l’hiver, serait-ce pour divertir et reposer ses lecteurs des affaires en rafales qui secouent la société française – pour ne parler que de celle-là ? Quant à rapporter sous couvert d’information des ragots de couloirs – même d’ambassades –, n’est-ce pas les confondre avec des bruits de chiottes ?
Jules Mougin dans la grotte de l’AFP
par André Faber
Jules Mougin le poète vient de nous quitter à 98 ans, le poing levé. Ce brave Jules, très discret jusque là, crée le buzz, un mot qu’il ne devait pas connaître. Nous autres, amis de la Julésie, un bon mot inventé par son ami poète Claude Billon, lui avons rendu hommage. Quelques blogs dont celui-ci ont donc évoqué le révolté du coeur que nous aimons.
Le téléphone a chauffé à blanc entre les amis de Jules. L’AFP s’est emparée de la chose. Caroline Cartier lui a même rendu la parole dans son espace sur France Inter le mercredi à 6h45 [voir et entendre ici].
Pour l’AFP, du moins avant rectificatif, Jules Mougin vivait dans une grotte. Un sacré raccourci pour indiquer que Jules vivait au pays des troglodytes du Maine-et-Loire. Pour lui avoir rendu souvent visite, je peux vous dire qu’il ne portait pas une peau de bête et que sa grotte ressemblait étrangement à une maison, presque banale. Maison où on venait boire le canon, parfois à 11 heures du soir, écouter Jules alors qu’il flirtait déjà avec les 95 ans.

A droite de la patte d’éléphant, Jules avait « tagué » son Mur vivant des Assassinés.© ph. Laurent Triolet
Sa grotte [photos] était un site troglo à 50 mètres de la maison, un espace très austère ou il ne ferait pas bon vivre ni même mourir, surtout au mois de novembre. Quelques fêtes s’y sont tenues devant le mur gravé par Jules – son Mur vivant des Assassinés – mais fallait être nombreux pour se chauffer les cotes.
Mais, tu parles Charles, l’AFP a vite fait de Jules Mougin, un ermite, mi poète mi ours, vivant dans sa grotte. C’était plus vendeur, coco. Du coup, les journaux suivistes se sont emparés du binz, recrachant sans complexe l’histoire du « facteur-poète troglodyte » , cliché repris par la plupart des médias.
Ben c’est faux, voilà. La seule grotte que Jules habite, c’est sa tombe. Il y est à côté de sa femme, Jeanne, depuis ce mercredi 9 novembre et basta.
Le Pen invité au CFJ devant les futurs journalistes. Tollé syndical et misérable !
Atterrant ! Le SNJ-CGT, Syndicat national des journalistes – CGT, sonne le tocsin à l’encontre du Centre de formation des journalistes, à Paris, qui s’apprête à recevoir ce jeudi Jean-Marie Le Pen pour une rencontre avec les étudiants. Je suis atterré par cette réaction imbécile, tant sur le fond que sur la forme, et je parle en connaissance de cause. Alors responsable pédagogique au CFJ, j’avais moi-même invité le leader du Front national à une semblable confrontation.
C’était il y a …26 ans, en 1984. En tout cas, Le Pen se trouvait en pleine ascension médiatique – donc politique – et pérorait plus que jamais. Entre autres et en particulier, un certain François-Henri de Virieu lui avait bien mis le pied à l’étrier en l’invitant à son émission, L’Heure de vérité. C’était la première fois que Le Pen apparaissait sur une grande chaîne de télévision publique, Antenne 2. Il se voyait ainsi propulsé au rang d’homme politique présentable, sinon honorable. Cette prise de bénéfice subite, je ne l’imputerais pas directement à de Virieu – sinon, comment défendre le CFJ aujourd’hui et le droit du public à l’information ? – qu’à ses acolytes journalistes censés affronter la bête. Il y avait là, donc, Alain Duhamel, Albert Du Roy, Jean-Louis Servan-Schreiber. Et c’est ce dernier surtout qui donna le plus de grain à moudre à Le Pen à cause de son attitude relevant plus de la pétition de principe, sinon de l’inquisition à l’égard de l’invité frontiste. Surtout, il n’avait semblé compter que sur son « talent », négligeant ainsi l’argumentation solide, documentée, caractéristique du journaliste digne de la fonction. Notamment à propos de l’immigration, Le Pen, ne fit qu’une bouchée d’un Servan-Schreiber dépassé et même dépité.
Voilà la « leçon » de l’émission qu’il me semblait important de soumettre aux futurs journalistes. D’où ma décision d’inviter Le Pen quelques semaines plus tard au CFJ pour un « carrefour d’actualité ». Ce qu’il accepta sans hésiter…
Je me souviens d’une certaine effervescence qui avait gagné les étudiants à l’idée de « se faire Le Pen ». Idée contre laquelle je les mettais précisément en garde, fort du précédent créé par Jean-Louis Servan-Schreiber… Il s’agissait de privilégier le questionnement argumenté, solide, plutôt que de jeter des anathèmes. Bref, les bases du métier…
L’affaire se passa à peu près bien, dans un esprit mordant mais, disons « tenu ». Au début pourtant, la tension fut vive, lorsqu’un étudiant d’origine maghrébine (le seul d’ailleurs), fort ému, reprocha à Le Pen son rôle de tortionnaire en Algérie… (Le sujet venait en effet d’être relancé par Le Canard enchaîné). A quoi le chef du Front national répondit en substances : Permettez-moi d’abord, Monsieur, puisque vous ne vous êtes pas présenté, de vous demander votre nom… Tollé dans la salle… « Mais comment, ai-je été ici convoqué à un tribunal ou à un débat normal ?! Auquel cas, il est bien normal, etc. »
Je crois vraiment que le but pédagogique fut bien atteint et valorisé lors d’une séance de débriefing [un enregistrement vidéo se trouve peut-être archivé au CFJ]
Voilà pour le fond de l’affaire qui, alors, ne souleva aucune indignation. Et surtout pas de la part du patron de l’époque du CFJ, Philippe Viannay, que j’avais bien sûr informé de mon initiative et qui m’avait totalement laissé carte blanche. Le lendemain il me confiait : « J’étais inquiet, sans vous le dire. Mais vous avez bien fait [de l’inviter] ».
Aussi suis-je atterré de voir le SNJ-CGT, pour appeler à manifester ce jeudi devant le CFJ, invoquer le même Philippe Viannay au titre de son passé de grand résistant. Il fut en effet le dirigeant principal de Défense de la France, mouvement clandestin dont le journal du même nom est à l’origine directe de France-Soir. On le retrouve aussi à l’origine du Centre de formation des journalistes en 1946, de l’école de voile Les Glénans et du Nouvel Observateur.
« On cauchemarde : le conducator éructant serait rangé désormais dans la liste des invités fréquentables, qui plus est face à de futurs journalistes, profession qu’il ne cesse d’insulter », écrit le syndicat de journalistes dans un communiqué, tout en appelant à manifester « en mémoire des fondateurs » de l’école.
Faire mentir les morts pour ne pas voir le diable. Est-ce ça la « leçon de journalisme » du SNJ-CGT ? Misère que ce syndicalisme !












« C’est pour dire », par Gerard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification
