On n'est pas des moutons

Gaffe, les médias !

L’Équipe à genoux devant le client Roi

« Jour­na­lisme spor­tif » : un oxy­more. C’est-à-dire l’alliance incon­grue de deux élé­ments aussi oppo­sés que l’huile et l’eau. Sum­mum du genre atteint par L’Équipe qui, au len­de­main du match PSG-OM, n’a pas craint d’accommoder son lec­to­rat en ména­geant la chèvre PSG et le chou OM (c’est une image, hein !). Et voilà le tableau, selon l’édition, pari­sienne ou marseillaise :

Imaginons L'Huma publiant une édition de droite…

Ima­gi­nons L’Huma publiant une édi­tion de droite…

Comme le note Daniel Schnei­der­man (Arrêt sur images), les heb­dos aussi « sont cou­tu­miers des cou­ver­tures régio­na­li­sées. « Le vrai pou­voir à Mont­pel­lier », « Stras­bourg demain », « les dix qui font Le Havre », « ceux qui comptent à Vier­zon »: en cou­ver­ture du Point ou de L’Express, ça en jette au lec­to­rat local, sup­posé flatté que la presse pari­sienne, du haut de Sa Pari­sia­ni­tude, s’intéresse à lui. »

Le mérite de L’Équipe, si on peut dire, c’est de mettre car­ré­ment les pieds dans le plat de la déma­go­gie clien­té­liste ou, vul­gai­re­ment par­lant, du léchage-de-cul.

On dira qu’après tout, ce n’est jamais là que l’application à la presse spor­tive d’un bon prin­cipe de mar­chan­di­sage : plaire au client, qui est Roi.

Où l’on voit bien aussi qu’il y a lieu de dis­tin­guer entre crise des médias et crise du jour­na­lisme, et ne pas réduire la réflexion à l’opposition toile contre papier.

 

Post scrip­tum, dans la fou­lée et en ver­sion « cou­vrez ces épaules que je ne sau­rais voir » :

Oscars: Une agence de presse ira­nienne recouvre les épaules de Michelle Obama

 


Trop forts, ces journalistes !

© faber

© faber

Les « épi­sodes nei­geux » se ramassent à la pelle et les jour­na­listes « de ter­rain » sont mobi­li­sés tels les agents de l’Équipement et leurs saleuses. Bra­vons les cli­chés comme les intem­pé­ries, célé­brons les mar­ron­niers qui fleu­rissent sous les blancs man­teaux à l’immaculée blan­cheur, pour la joie des petits et des grands. Tan­dis que les micro-trottoirs tur­binent à plein régime, tenus par les petites-mains gre­lot­tantes des sta­giaires à l’avenir incer­tain comme la météo. Et pleuvent en flo­cons drus les fortes décla­ra­tions des Mon­sieur et Madame Michu « qui n’avaient jamais vu ça  »

Le 20 heures de dimanche soir sur France 2 a ainsi tenu un bon quart d’heure, à l’égal de tout grand évé­ne­ment. Météo, Algé­rie, Mali, hié­rar­chie quand tu nous tiens. Il est à parier que les autres chaînes auront fait au moins aussi bien. Et que les jour­naux n’auront pas été en reste. Le plu­ra­lisme des médias, c’est fondamental.


Porno-misère, autre genre télévisuel

Comme des mil­lions d’autres, je me branche chaque soir ou presque sur le jour­nal télé, celui de France 2. Ailleurs, ça doit être pareil, toutes chaînes confon­dues, dans un sys­tème com­mun où le spec­tacle domine. Donc, on étend un regard voyeur sur la scène mon­diale – enfin, de cette par­tie super­fi­cielle du monde relié au sys­tème tech­nique média­tique. Le réseau tisse sa toile en éten­dant son emprise à fina­lité mar­chande ; c’est pour­quoi il n’y tra­vaille qu’en sur­face, ou à la crête des aspé­ri­tés, sur­tout pas en profondeur.

 

Donc, hier soir, comme les autres soirs, « mon » JT pré­sen­tait « sa » séquence « émo­tions ». Aujourd’hui, rayon pau­vreté, voici Fabienne, jeune mère céli­ba­taire, cais­sière à 800 euros par mois, qui ne peut plus payer sa fac­ture d’électricité. Larmes le long de la joue.

– Salauds de riches !
– Cause tou­jours ! Des­sin de Faber ©

 

La veille, rayon « illet­trisme », ces tra­vailleurs en fait quasi anal­pha­bètes, se retrou­vant en appren­tis­sage basique, avec des méca­niques intel­lec­tuelles grip­pées, appe­lant des efforts dou­lou­reux. Cet homme est mon­tré de près, la caméra scrute, tra­vaille à la loupe, de son œil de rapace. Le visage se prête si bien à l’exploration, l’homme est un peu rustre, c’est un prolo « brut de décof­frage » ; pour un peu on irait avec l’endoscope, fouiller jusque dans ses tripes. Il résiste, l’homme autop­sié par la caméra, il veut faire bonne figure, sou­rit, croit domi­ner le ric­tus. Il parle de son fis­ton, qu’après il pourra même aider à ses devoirs. Et sou­dain éclate en san­glots. Et la caméra qui insiste, le pour­suit, le traque.

 

La Crise a ouvert tout grand le champ de la misère à ces ter­ro­ristes modernes, l’œil de rapace rivé au viseur, mitraillant en silence, ne lâchant pas la proie, qu’ils téta­nisent, qu’ils médusent par­fois d’un regard obs­cène de cyclope.

 

Tels sont ces por­no­graphes adeptes du gros plan, mon­trant des nez, des yeux, des rides comme on exhibe des bites et des chattes.

 

Qui isolent la par­tie du tout afin d’en extraire la larme intime, la perle lumi­neuse du monde en dérive et en spectacle.

 

Qui nous trans­forment en voyeurs, culpa­bi­li­sés ou jouis­seurs secrets de nos pri­vi­lèges, com­pa­tis­sants jusqu’à la séquence sui­vante – une vedette, un spor­tif – qui fera aus­si­tôt oublier celle-ci.

 

Et avant-hier, encore, c’était cet ouvrier agri­cole meur­tri par sept années en pri­son sous l’accusation men­son­gère de viol. Pleurs ren­trés.

 

Et ce soir, de quelles larmes la fameuse « séquence émo­tions » nourrira-t-elle l’interminable feuille­ton de cette lita­nie télé/visuelle – vue à dis­tance, de loin, hors contexte, si peu politique ?

 

Enfants-martyrs, ou enfants-soldats ; Noël du « sdf » ; mamie sans famille à l’hospice… La réserve sociale des dému­nis, des lais­sés pour compte est inépui­sable. Elle peut même, au besoin, se gros­sir de la détresse ani­male. Atten­tion cepen­dant à bien en « gérer les richesses » télé/géniques. Cette économie-là aussi est déli­cate. Rien ne serait plus contre-productif qu’un abus dans ce domaine ; comme dans tout autre – celui du luxe, par exemple, son pen­dant symé­trique. Ainsi, en fait-on des kilos, c’est le cas de le dire, avec un Depar­dieu pseudo-exilé, visant à sous­traire au fisc du pays qui l’a fait roi – des riches et des cons – 1,4% de son immense for­tune. Minable, va ! Oui, mais il nous emmerde, le minable, du haut de sa Tour d’Argent comme nous le montre si bien Faber et son des­sin ci-contre.

 

L’essentiel étant, tout de même, que les injus­tices res­tent assez sup­por­tables pour qu’on sup­porte l’Injustice.


De Brubeck à Niemeyer, même source même soupe

Mort de Dave Bru­beck et Oscar Nie­meyer, jazz et architecture.

 

Dave Bru­beck, 2005, Lud­wig­sha­fen. Ph. Frank C. Müller

Le pre­mier, pia­niste assez avant-gardiste, s’est sur­tout fait connaître avec Take Five, cette com­po­si­tion en cinq temps qui n’était jus­te­ment pas de lui mais de son com­parse de longue date, le sax-altiste Paul Des­mond. Radios et télés, pas man­qué, se sont fait fort de célé­brer le cher dis­paru avec ce Take Five, tube oblige.

 

Le second, aussi bré­si­lien que sta­li­nien, s’était appli­qué à béton­ner Bra­si­lia et le siège du PC fran­çais. Estam­pillé peuple autant que célé­bré par l’élite mon­diale, tout comme le géo­mètre suisse Le Cor­bu­sier, ce fut aussi un fami­lier du dic­ta­teur Cas­tro. Point à la ligne (de fuite).

 

Une fois de plus, le spec­tacle média­tique fait entendre sa même musique, celle qui par­court les rédac­tions d’une même vague confor­miste, venue de la même source, le plus sou­vent unique – celle de Wiki­pe­dia mati­née d’AFP pour le coup. De Libé à Ouest-France ou au Monde [hon­neur sauf, tou­te­fois, avec une bio par Syl­vain Siclier], les deux morts du jour sont célé­brés avec les mêmes orne­ments jour­na­lis­tiques à base de répé­ti­tions et de cli­chés invérifiés.

La soupe est ser­vie, en sachet. Même goût pour tout le monde, ingré­dients passe-partout, chi­miques et insi­pides ; ça rem­plit le vide et ne nour­rit pas, sur­tout pas l’esprit. Mais on peut som­no­ler tran­quille sans trop se deman­der qui, de Dave Bru­beck ou de Paul Des­mond, était pia­niste ou saxo­pho­niste. Qui dans le quar­tet indis­so­ciable tenait la contre­basse (Eugene Wright) et qui la bat­te­rie (Joe Morello, mort l’an dernier) ?

Tiens, qu’est-ce que je disais… Rue 89 du 6/12

 

C’est vrai qu’on peut fort bien vivre sans « tout ça », du super­flu dans ce monde à la dérive. On peut se pas­ser de culture, s’il ne s’agit que de sur­vivre. On peut ne tra­vailler qu’à engrais­ser son ego. Et vogue la galère ! À l’opposé, ce matin dans le poste, on fai­sait dire à Nie­meyer que « le seul sens de notre pas­sage sur terre, c’est la solidarité ».

 

La culture comme atten­tion à l’autre. Le reste est littérature.


Choc de faits divers. Ouest-France n’y a vu que du feu

Affi­chette « Ouest-France ». Sans com­men­taire. Mais les vôtres sont bienvenus.


L’affaire DSK remporte la palme du Spectacle mondialisé

Cli­quer sur l’image, tou­jours l’image… (lemonde.fr)

Si on en dou­tait encore, l’affaire DSK nous y replonge : notre monde est bien celui de l’empire visuel, du règne absolu – abso­lu­tiste – de l’image. L’image sacra­li­sée comme valeur de tout, du bien comme du mal, de la gloire comme de la déchéance, aux deux extré­mi­tés du visible – lequel recèle tel­le­ment d’invisible.

Et nous sommes là, bal­lot­tés dans ce champ à haute ten­sion, le juge­ment pris entre croyances, convic­tions, incré­du­lité, scep­ti­cisme, rejet… Qu’on s’en tienne à ces seules der­nières semaines : on est alors pas­sés, en termes de célé­bra­tions visuelles ultra-spectaculaires, par des phases les plus extrêmes : révoltes arabes ; drame japo­nais (séisme, tsu­nami, explo­sions à la cen­trale nucléaire de Fuku­shima) ; guerre civile en Côte d’ivoire ; cano­ni­sa­tion de pape ; mariage prin­cier ; mort de Ben Laden ; chute de Strauss-Kahn…

Étrange « film », au mon­tage sac­cadé, de ce qu’on appelle l’actualité, dont la hié­rar­chie est por­tée par le monde du Spec­tacle consi­déré comme une sorte de sur-virtualité, un état inter­mé­diaire entre une cer­taine réa­lité et ses repré­sen­ta­tions visuelles sur­tout média­tiques. Film qui rem­porte la palme uni­ver­selle, bien au-delà de Cannes au fes­ti­val plus que jamais « empailletté ».

Notre monde en devient dingue, ça on le savait, mais ses habi­tants – du moins une frange d’entre eux – s’en trouvent lit­té­ra­le­ment dro­gués, ren­dus addicts à une drogue très dure qui rend dépen­dants dea­lers et consom­ma­teurs dans un même tra­fic mon­dia­lisé. Une addic­tion si forte que le fait même de l’évoquer ou encore de l’analyser oblige à consom­mer encore et encore ces fameuses images.

C’est aussi le cas de cette ana­lyse menée ici par Chris­tian Sal­mon, grand (d)énonciateur du « sto­ry­tel­ling », lorsqu’il démonte la machine à l’ouvrage dans l’affaire DSK. Car son ana­lyse est tenue autant qu’elle tient par l’image, qu’à notre tour nous sommes menés à consom­mer, voire à savourer…


Japon. L’apocalypse-bidon « vécue » en chambre par le « grand reporter » du Nouvel Obs

Grand repor­ter ou pas, « Albert-Londres » ou non, Nouvel-Obs ou Mon cul sur la com­mode : du pipeau ! Les faits :  le Nou­vel Obser­va­teur du 17 mars publie neuf pages de des­crip­tion apo­ca­lyp­tique et de témoi­gnages dou­lou­reux sur la catas­trophe japo­naise, signées du grand repor­ter Jean-Paul Mari. L’article a été entiè­re­ment écrit à Paris, à par­tir de témoi­gnages et de des­crip­tions parus ailleurs dans la presse sans qu’aucune source ne soit men­tion­née. C’est ce que révèle l’hebdo Les Inrocks dans sa livrai­son du 29/3 sous le titre « Nou­vel Obs: 5 astuces pour écrire un repor­tage au Japon depuis Paris ».

 

 

Camille Pol­loni décor­tique la manip” et pousse même la confra­ter­nité jusqu’à cui­si­ner le bidon­neur. Jean-Paul Mari invoque quelques expli­ca­tions « tech­niques » («  C’est un pro­blème de temps, j’ai écrit dans l’urgence. Si j’avais une jour­née de plus pour le réécrire, je met­trais la source de ces témoi­gnages. »»), même pas des excuses (vaut mieux pas d’ailleurs), pour se plan­quer en fait der­rière un piteux paravent : le Nou­vel Obser­va­teur n’a pas apposé la men­tion « envoyé spé­cial », il ne pré­tend donc pas que son jour­na­liste se trou­vait au Japon. De même est-il sti­pulé « récit » et non « repor­tage ». Ouais… D’où vient alors cet art filou du « on s’y croi­rait » ? Du fait que rien n’est faux, tout étant pompé chez les « confrères » de Libé, du Pari­sien, du Guar­dian et autres sources internétées.

 

Le tout est réussi dans le genre, entre récit de fiction-vérité et effets de plume limite cli­che­tons. Échan­tillon : «  Le temps s’est arrêté. Plus d’heure, plus d’avant, plus d’après. Pas encore l’apocalypse. Tout est sus­pendu. Le ciel est froid, clair, enso­leillé. Dans la baie, les bateaux se balancent sur une mer d’hiver. Sur la côte, en face, un port de pêche, des toits bleus, des han­gars. Sur la rive proche, des mai­sons, des par­kings, des voi­tures, un poteau de signa­li­sa­tion, un nom, celui de la ville, moderne : Miyako. Et puis là, à quelques mètres du rivage, une ligne bour­sou­flée, comme un bour­re­let, quelque chose d’incompréhensible. On dirait un ser­pent géant, lourd, obs­cur, qui roule des écailles mons­trueuses. Une vague.

 

Allez donc voir direc­te­ment la chose sur le site des Inrocks, c’est une belle dénon­cia­tion de ce mal ram­pant qui imprègne le « jour­na­lisme » moderne, consacre le jour­na­liste assis comme le pro­to­type d’une fin d’un monde celui où la seule ligne pour un jour­na­liste [était] « la ligne de che­min de fer ». Paroles fameuses dont Albert Londres avait fait son credo – avec lequel, à l’occasion, il eut lui aussi bien pris ses aises pour arran­ger les faits à sa convenance…

 

Tiens, avec toutes ces pho­tos « HD », ces films en abon­dance, si je m’offrais un Grand repor­tage à Fuku­shima même, avec sur­vol de la cen­trale à l’agonie, paroles radieuses du pilote de mon héli­co­ptère, témoi­gnage « exclu­sif » d’un liqui­da­teur héroïque, tranche de vie des pêcheurs de Sen­daï, et cae­tera. J’ai déjà le titre : « J’ai sur­vécu à la fin du monde ». Est-ce là l’avenir rayon­nant du futur Nou­veau journalisme ?


France inter. Quand Le Pen montre « 13 millions d’étrangers », les journalistes regardent son doigt

Indi­gna­tion encore. France inter rece­vait ce matin Jean-Marie Le Pen en fin de par­cours à la tête (Pen en bre­ton…) du Front natio­nal. Le vieux facho s’en sera encore bien tiré. Avec l’habileté et cet aplomb qu’on lui connaît, il aura une fois de plus roulé les jour­na­listes dans sa farine. Ainsi en fut-il lorsque, enton­nant son refrain de pré­di­lec­tion, il affirma que la France compte désor­mais, « d’après l’Insee, plus de 13 mil­lions d’étrangers qui ne manquent pas de poser de graves problèmes »…

Le faus­saire à plein micro.

Treize mil­lions, et même plus ! Ce qui repré­sen­te­rait 20% de la popu­la­tion… Mais per­sonne pour rele­ver. Ni le pon­ti­fiant Guetta, ni le déca­pant Legrand, ni enfin le sémillant Cohen n’opposèrent au faus­saire la réa­lité sta­tis­tique : 3,65 mil­lions de per­sonnes, sur plus de 63 mil­lions, soit 5,8% de la popu­la­tion au der­nier recen­se­ment de 2006.

S’il n’est qu’une don­née à connaître quand un jour­na­liste ren­contre Le Pen, c’est bien celle sur l’immigration, non ? Au lieu de quoi on lui pose d’insipides ques­tions genre « La Tuni­sie est-elle une dic­ta­ture ? »* Et l’autre men­teur de pour­suivre son bon­homme de che­min, et de ter­mi­ner sa car­rière de faus­saire « en beauté », comme il l’avait com­men­cée d’ailleurs. Je rap­pe­lais ici même, en octobre der­nier, com­ment Le Pen fut pro­pulsé par la télé, en 1984, avec l’émission au titre bien pré­somp­tueux : L’Heure de vérité… Il avait pu user et abu­ser du men­songe sans être le moins du monde inquiété par des jour­na­listes plus suf­fi­sants que com­pé­tents. Il aurait eu tort de se gêner. Ainsi vient-il de réus­sir sa sor­tie selon la même recette éprou­vée. Face à la même indo­lence journalistique.

* Et la dilet­tante Pas­cale Clark de poser la même ques­tion à Régis Debray. C’était peu avant dans ses « Cinq minutes avec… ». Alors, la Tuni­sie, au fait ?

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Journalisme. Petite leçon entre la pêche au ton et le ton qui pèche

Déjà à la radio… À la télé c’est encore pire : ce for­ma­tage jour­na­lis­tique qui ravage grand nombre de com­men­taires et de repor­tages. Il fut un temps où je m’échinais à les poin­ter du pied (de bronze, d’argent et d’or, mes fameuses Pan­toufles connurent leur gloire – tapez aussi  « pan­toufles » dans la case de recherche.). Et ils ont fini par me fati­guer et m’avoir à l’usure.

« Ils », ces jour­na­listes de la faci­lité : vite-fait mal-fait, pas d’élan et encore moins de mise en pers­pec­tive; ver­nis cultu­rel qui cra­quèle au pre­mier ques­tion­ne­ment évité; voca­bu­laire ché­tif, ortho­graphe racho, syn­taxe à l’agonie. Et puis il y a le ton, la fameuse pêche au ton… «  Le ton Coco ! Appuie sur les mots, mets du rythme, ponc­tue, vingt guieux, comme dans la pub !  » Et c’est le ton qui pèche. D’autant qu’il vient « ser­vir » le récit, le fameux scé­nar de l’info-spectacle : « Ce soir là, Chan­tal Lan­vin rentre dans sa loin­taine ban­lieue après une dure jour­née. Infir­mière à l’hôpital de la Pitié… » Sa bou­lan­gère : « Une femme sans his­toire, jamais on aurait pu pen­ser que… » Et cae­tera, avec ce qu’il faut de bour­don­ne­ment musi­cal (le bruit de fond…) qui appuie sur le drame mon­tant et que ren­force tou­jours le fameux « ton »… Sans oublier, défense de rire, les encore plus fameux micro-trottoirs – ce niveau zéro du « jour­na­lisme » – par les­quels pros­père la mys­té­rieuse « opi­nion ». Ainsi se pour­suit le for­ma­tage, au fil des géné­ra­tions de for­ma­tés dans les centres et écoles de for­ma­tion. For­ma­tage conjoint des jour­na­listes et de leurs publics, construc­tion lente et solide des modes de pen­sée et de com­por­te­ment, jusqu’au lan­gage même, ses cli­chés, ses mots à la mode – son prêt-à-penser. Et vogue la démocratie…

Une « évo­lu­tion » jour­na­lis­tique qui tient à plu­sieurs fac­teurs, causes et consé­quences d’une dégra­da­tion tou­chant nos socié­tés. Parmi ces fac­teurs, l’un des prin­ci­paux, à mes yeux, réside dans le concu­bi­nage très avancé entre infor­ma­tion et com” – je dis­tingue bien la com­mu­ni­ca­tion, branche de la psy­cho­lo­gie, pour dire vite, de sa vul­gate enta­chée de pub” et de stra­té­gie poli­tique autant que mar­chande. C’est un tour­nant dans l’histoire de la presse, une sorte de virage en épingle à che­veux avec sor­tie de route annoncée.

Ils ne mour­ront pas tous, mais la plu­part sont atteints – sur­tout dans l’audio-visuel, pour ce qui est de l’affadissement jour­na­lis­tique. Non pas tant dans les choix de sujets (pas tou­jours) que dans leur trai­te­ment, cette mise en forme par laquelle un fait devient in-formation et nous autres in-formés. Le fond et la forme s’étant rejoints dans un tout alors satis­fai­sant. Quand ce n’est pas le cas, eh bien, ça clau­dique, c’est ban­cal. Illus­tra­tion inté­res­sante avec ce mon­tage réa­lisé par deux jour­na­listes de Télérama.


Le ton jour­na­lis­tique : petite leçon de for­ma­tage
envoyé par tele­rama. — L’info video en direct.


Côte d’Ivoire. Pour Jean-François Probst, « Gbagbo est plus proche de Mandela que de Mugabe »

Contre­point sur la situa­tion en Côte d’Ivoire pour ne pas embou­cher les trom­pettes domi­nantes. Ce chan­ge­ment de refrain vient d’un cer­tain Jean-François Probst, ancien bras droit de Jacques Chi­rac, franc-parleur et connais­seur de l’Afrique à sa façon. Après une car­rière poli­tique (il a notam­ment été conseiller de Jérôme Monod au RPR, secré­taire géné­ral du groupe RPR au Sénat, conseiller d’Alain Juppé et direc­teur de la com­mu­ni­ca­tion de la Mai­rie de Paris pour Jean Tibéri…), il est aujourd’hui consul­tant inter­na­tio­nal en com­mu­ni­ca­tion et conseille des chefs d’entreprise, des poli­tiques et des chefs d’État afri­cains. On lui doit aussi des chro­niques vidéo sur le site d’informations poli­tiques en ligne Bak­chich. Il était l’invité de Yan­nick Urrien le 21 décembre sur Ker­news, une radio locale de droite qui émet en Loire-Atlantique. Il est bon de chan­ger de point d’observation et les pro­pos (choi­sis) de Jean-François Probst ne manquent pas de déca­pant, ce qui est salu­taire quand il s’agit de ne pas som­brer dans le mani­chéisme si facil­le­ment rassurant.

Ker­news : Pour quelles rai­sons le gaul­liste que vous êtes estime-t-il que nos com­pa­triotes, par­ti­cu­liè­re­ment ceux qui sont atta­chés aux sou­ve­rai­ne­tés natio­nales, doivent s’intéresser aux évé­ne­ments de Côte d’Ivoire qui, selon vous, mar­que­ront l’histoire de l’Afrique ?

Ph. Bak­chich

Jean-François Probst : Pour com­prendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut se repor­ter à la fin de la IVe Répu­blique. Les socia­listes n’arrivaient pas se dépê­trer des affaires colo­niales et c’est là que le géné­ral De Gaulle a joué un coup majeur, pour l’intérêt supé­rieur de la France et des Afri­cains : il a octroyé par réfé­ren­dum à chaque pays la pos­si­bi­lité de deve­nir indé­pen­dant et sou­ve­rain. La base de l’indépendance natio­nale lorsque l’on est gaul­liste, c’est le 18 juin 1940. C’est le refus de l’occupant, c’est le refus de la col­la­bo­ra­tion avec l’ennemi, c’est la capa­cité, mal­gré la dif­fi­culté, à résis­ter. En Côte d’Ivoire, la flamme d’une résis­tance géné­rale, contre les colo­ni­sa­teurs, les anciens colo­ni­sa­teurs ou les nou­veaux colo­ni­sa­teurs que sont les États-Unis, la Chine ou l’Inde, cela existe. Dans le monde entier, des cen­taines de mil­liers de jeunes gens s’informent et voient bien qu’il y a quelque chose qui ne fonc­tionne pas. Ce qui ne fonc­tionne pas, c’est un point très cher à la doc­trine du géné­ral De Gaulle : l’organisation des Nations Unies, «le machin» comme l’appelait le géné­ral. C’est une orga­ni­sa­tion qui n’a pas lieu de s’ingérer dans les affaires inté­rieures d’un pays pour régler ou annon­cer les choses à sa manière. Dans ce qui se passe, la res­pon­sa­bi­lité de l’ONU est patente. Les Nations Unies ne font pas res­pec­ter leurs réso­lu­tions de manière géné­rale, que ce soit en Israël, en Iran ou au Kosovo après les tra­fics d’organes…

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WikiLeaks. Le plaisir trouble du voyeur devant la « transparence »


Je dois au com­men­taire de « Tur­lu­tutu » [
voir dans Le Monde et Wiki­Leaks. Info ou bruits de chiottes ?]  de m’amener à plus de nuances sur l’ « affaire Wiki­Leaks ». Ayant picoré ça et là dans la pel­le­tée déver­sée par Le Monde, je dois recon­naître l’intérêt de cer­tains pas­sages; pas tant sur le fond, non, que sur la forme (qu’en termes diplo­ma­tiques ces choses là, etc.) et sur­tout sur l’origine, ce qui donne à ces infos le plai­sir du voyeur der­rière son trou de ser­rure. Ce qui se passe der­rière la porte, on s’en dou­tait bien. Voilà main­te­nant qu’on nous le met sous le nez. Est-ce que ça sent plus ou mains mau­vais ?, voilà ce dont on peut discutailler…

Mais le débat vaut davan­tage sur le thème de la trans­pa­rence, selon que l’on place le cur­seur en deçà ou au delà de «  1984 ″. Je me réfère à George Orwell, bien sûr, dénon­çant la trans­pa­rence tota­li­taire – celle qui va donc très au delà ; la même dont par­lait Panaït Istrati à pro­pos du sys­tème sovié­tique dont il dénon­çait (en 1927 !) «  la main noire enfon­cée dans le ventre de l’homme  ». Comme si les États, qui ont ten­dance à TOUT s’autoriser (ten­ta­tion tota­li­taire), pou­vaient impu­né­ment s’arroger le droit de fouiller jusque dans vos têtes et aussi, oui, vos tripes. Nous n’en sommes pas loin, quand nous n’y sommes pas car­ré­ment plon­gés, avec les pra­tiques innom­brables de son­dages d’opinion, avec les sys­tèmes enva­his­sant de vidéo sur­veillance, avec ces contrôles d’identité vous trans­per­çant jusqu’à la moelle (scan­ner des aéroports).

Jusqu’où trop voir ?

En deçà main­te­nant du cur­seur « 1984 », on pour­rait situer le champ « nor­mal » de l’information, au sens jour­na­lis­tique pré­ci­sé­ment ; celui par lequel même les pré­ten­dues démo­cra­ties se voient sur­veillées par une sorte de contre-pouvoir. C’est là que l’affaire Wiki­Leaks se trouve sur le fil du rasoir. En effet, d’un côté il par­ti­cipe de cette salu­taire levée de l’obscurité éta­tique, tan­dis que de l’autre il en uti­lise méthodes et moyens. Si on exige la trans­pa­rence des États, ou si on les y contraint à leurs « corps » défen­dant, com­ment s’opposer à leurs pra­tiques autre­ment qu’en pro­vo­quant une sorte de sur­en­chère guer­rière sans fin ?

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Le Monde et WikiLeaks. Info ou bruits de chiottes ?

Comme d’autres quo­ti­diens occi­den­taux, Le Monde fait ses gorges chaudes des « révé­la­tions » de Wiki­Leaks… Bof, ce n’est même pas du « gorge pro­fonde » de l’époque Water­gate. Jusqu’à main­te­nant, on n’apprend rien de ces perles « secrètes », sinon des can­ca­nages entre langues de putes et autres petits-grands rap­por­teurs diplo­ma­tiques. Et que je te dégoise sur l’un-l’autre et réci­pro­que­ment. Rien qu’on ne sache d’instinct, qui ne soit lisible dans les actes et sur les tronches mêmes de ces diri­geants somme toute maîtres ès faux-culs, un savoir-faire sans lequel on ne sau­rait péné­trer les arcanes du pouvoir.

Que Le Monde s’en amuse avec sérieux, voilà qui dit bien le rape­tis­se­ment du jour­na­lisme jadis « de réfé­rence ».  Qu’il en fasse son feuille­ton de l’hiver, serait-ce pour diver­tir et repo­ser ses lec­teurs des  affaires en rafales qui secouent la société fran­çaise – pour ne par­ler que de celle-là ? Quant à rap­por­ter sous cou­vert d’information des ragots de cou­loirs – même d’ambassades –, n’est-ce pas les confondre avec des bruits de chiottes ?


Jules Mougin dans la grotte de l’AFP

par André Faber

Jules Mou­gin le poète vient de nous quit­ter à 98 ans, le poing levé. Ce brave Jules, très dis­cret jusque là, crée le buzz, un mot qu’il ne devait pas connaître. Nous autres, amis de la Julé­sie, un bon mot inventé par son ami poète Claude Billon, lui avons rendu hom­mage. Quelques blogs dont celui-ci ont donc évo­qué le révolté du coeur que nous aimons.

Le télé­phone a chauffé à blanc entre les amis de Jules. L’AFP s’est empa­rée de la chose. Caro­line Car­tier lui a même rendu la parole dans son espace sur France Inter le mer­credi à 6h45 [voir et entendre ici].

Pour l’AFP, du moins avant rec­ti­fi­ca­tif, Jules Mou­gin vivait dans une grotte. Un sacré rac­courci pour indi­quer que Jules vivait au pays des tro­glo­dytes du Maine-et-Loire. Pour lui avoir rendu sou­vent visite, je peux vous dire qu’il ne por­tait pas une peau de bête et que sa grotte res­sem­blait étran­ge­ment à une mai­son, presque banale. Mai­son où on venait boire le canon, par­fois à 11 heures du soir, écou­ter Jules alors qu’il flir­tait déjà avec les 95 ans.

A droite de la patte d’éléphant, Jules avait « tagué » son Mur vivant des Assas­si­nés.© ph. Laurent Triolet

Sa grotte [pho­tos] était un site tro­glo à 50 mètres de la mai­son, un espace très aus­tère ou il ne ferait pas bon vivre ni même mou­rir, sur­tout au mois de novembre. Quelques fêtes s’y sont tenues devant le mur gravé par Jules – son Mur vivant  des Assas­si­nés – mais fal­lait être nom­breux pour se chauf­fer les cotes.

Mais, tu parles Charles, l’AFP a vite fait de Jules Mou­gin, un ermite, mi poète mi ours, vivant dans sa grotte. C’était plus ven­deur, coco. Du coup, les jour­naux sui­vistes se sont empa­rés du binz, recra­chant sans com­plexe l’histoire du  « facteur-poète tro­glo­dyte » , cli­ché repris par la plu­part des médias.

Ben c’est faux, voilà. La seule grotte que Jules habite, c’est sa tombe. Il y est à côté de sa femme, Jeanne, depuis ce mer­credi 9 novembre et basta.

© ph. Laurent Triolet


Le Pen invité au CFJ devant les futurs journalistes. Tollé syndical et misérable !

Atter­rant ! Le SNJ-CGT, Syn­di­cat natio­nal des jour­na­listes – CGT, sonne le toc­sin à l’encontre du Centre de for­ma­tion des jour­na­listes, à Paris, qui s’apprête à rece­voir ce jeudi Jean-Marie Le Pen pour une ren­contre avec les étu­diants. Je suis atterré par cette réac­tion imbé­cile, tant sur le fond que sur la forme, et je parle en connais­sance de cause. Alors res­pon­sable péda­go­gique au CFJ, j’avais moi-même invité le lea­der du Front natio­nal à une sem­blable confrontation.

C’était il y a …26 ans, en 1984. En tout cas, Le Pen se trou­vait en pleine ascen­sion média­tique – donc poli­tique – et péro­rait plus que jamais. Entre autres et en par­ti­cu­lier, un cer­tain François-Henri de Virieu lui avait bien mis le pied à l’étrier en l’invitant à son émis­sion, L’Heure de vérité. C’était la pre­mière fois que Le Pen appa­rais­sait sur une grande chaîne de télé­vi­sion publique, Antenne 2. Il se voyait ainsi pro­pulsé au rang d’homme poli­tique pré­sen­table, sinon hono­rable. Cette prise de béné­fice subite, je ne l’imputerais pas direc­te­ment à de Virieu – sinon, com­ment défendre le CFJ aujourd’hui et le droit du public à l’information ? – qu’à ses aco­lytes jour­na­listes cen­sés affron­ter la bête. Il y avait là, donc, Alain Duha­mel,  Albert Du Roy, Jean-Louis Servan-Schreiber. Et c’est ce der­nier sur­tout qui donna le plus de grain à moudre à Le Pen à cause de son atti­tude rele­vant plus de la péti­tion de prin­cipe, sinon de l’inquisition à l’égard de l’invité fron­tiste. Sur­tout, il n’avait sem­blé comp­ter que sur son « talent », négli­geant ainsi l’argumentation solide, docu­men­tée, carac­té­ris­tique du jour­na­liste digne de la fonc­tion. Notam­ment à pro­pos de l’immigration, Le Pen, ne fit qu’une bou­chée d’un Servan-Schreiber dépassé et même dépité.

Voilà la « leçon » de l’émission qu’il me sem­blait impor­tant de sou­mettre aux futurs jour­na­listes. D’où ma déci­sion d’inviter Le Pen quelques semaines plus tard au CFJ pour un « car­re­four d’actualité ». Ce qu’il accepta sans hésiter…

Je me sou­viens d’une cer­taine effer­ves­cence qui avait gagné les étu­diants à l’idée de « se faire Le Pen ». Idée contre laquelle je les met­tais pré­ci­sé­ment en garde, fort du pré­cé­dent créé par Jean-Louis Servan-Schreiber… Il s’agissait de pri­vi­lé­gier le ques­tion­ne­ment argu­menté, solide, plu­tôt que de jeter des ana­thèmes. Bref, les bases du métier…

Phi­lippe Vian­nay, au CFPJ, rue du Louvre, peu avant sa mort en 1986.

L’affaire se passa à peu près bien, dans un esprit mor­dant mais, disons « tenu ». Au début pour­tant, la ten­sion fut vive, lorsqu’un étu­diant d’origine magh­ré­bine (le seul d’ailleurs), fort ému, repro­cha à Le Pen son rôle de tor­tion­naire en Algé­rie… (Le sujet venait en effet d’être relancé par Le Canard enchaîné). A quoi le chef du Front natio­nal répon­dit en sub­stances : Permettez-moi d’abord, Mon­sieur, puisque vous ne vous êtes pas pré­senté, de vous deman­der votre nom… Tollé dans la salle… « Mais com­ment, ai-je été ici convo­qué à un tri­bu­nal ou à un débat nor­mal ?! Auquel cas, il est bien nor­mal, etc. »

Je crois vrai­ment que le but péda­go­gique fut bien atteint et valo­risé lors d’une séance de débrie­fing [un enre­gis­tre­ment vidéo se trouve peut-être archivé au CFJ]

Voilà pour le fond de l’affaire qui, alors, ne sou­leva aucune indi­gna­tion. Et sur­tout pas de la part du patron de l’époque du CFJ, Phi­lippe Vian­nay, que j’avais bien sûr informé de mon ini­tia­tive et qui m’avait tota­le­ment laissé carte blanche. Le len­de­main il me confiait : « J’étais inquiet, sans vous le dire. Mais vous avez bien fait [de l’inviter]  ».

Aussi suis-je atterré de voir le SNJ-CGT, pour appe­ler à mani­fes­ter ce jeudi devant le CFJ, invo­quer le même Phi­lippe Vian­nay au titre de son passé de grand résis­tant. Il fut en effet le diri­geant prin­ci­pal de Défense de la France, mou­ve­ment clan­des­tin dont le jour­nal du même nom est à l’origine directe de France-Soir. On le retrouve aussi à l’origine du Centre de for­ma­tion des jour­na­listes en 1946, de l’école de voile Les Glé­nans et du Nou­vel Observateur.

«  On cau­che­marde : le condu­ca­tor éruc­tant serait rangé désor­mais dans la liste des invi­tés fré­quen­tables, qui plus est face à de futurs jour­na­listes, pro­fes­sion qu’il ne cesse d’insulter  », écrit le syn­di­cat de jour­na­listes dans un com­mu­ni­qué, tout en appe­lant à mani­fes­ter « en mémoire des fon­da­teurs » de l’école.

Faire men­tir les morts pour ne pas voir le diable. Est-ce ça la « leçon de jour­na­lisme » du SNJ-CGT ? Misère que ce syndicalisme !

L’Huma emboîte le pas…

Jusqu’aux grandes orgues du racisme ! Le n’importe quoi tenant lieu d’analyse…

Leçon de journalisme de Pflimlin. Ou qui dégoise le jeudi, dimanche repentira

Rémy Pfim­lin n’a pas encore appris à bien tour­ner (sept fois au mini­mum) sa langue dans sa bouche avant de lâcher ce qu’il se voit ensuite obligé de qua­li­fier de « mal­adresse ». Nor­mal, il est encore jeune dans la fonc­tion de PDG de France-Télévisions adoubé par qui l’on sait. Sa ron­deur de bouille pré­sente encore quelques aspé­ri­tés que l’école du pou­voir ne sau­rait tar­der à lisser.


Ainsi, qui dégoise le jeudi, dimanche repen­tira… Devant le Club de la presse de Stras­bourg (sa région d’origine où il a dirigé le quo­ti­dien mul­hou­sien L’Alsace), Pfl­mi­lin (neveu de Pierre, l’ancien pré­sident du Conseil et maire de Stras­bourg que le Canard enchaîné sur­nom­mait « Petite prune » – ce que veut dire pfli­min en alsa­cien…) envoie sa charge contre Média­part. Si France-Télévisions avait traité de l’affaire Woerth-Bettencourt, elle l’aurait fait, a crâ­ne­ment avancé le PDG « pro­ba­ble­ment de façon plus sérieuse et moins émo­tion­nelle, moins mani­pu­la­trice et moins publi­ci­taire ». Car Media­part n’est «  pas l’exemple à suivre  ». Et de dénon­cer des «  dérives à la Big Bro­ther  ». «  France Télé­vi­sions, a-t-il mar­telé, a une res­pon­sa­bi­lité impor­tante et on ne peut pas se per­mettre de sor­tir des infor­ma­tions qui sont démen­ties le len­de­main, de mani­pu­ler impu­né­ment  ». Voilà qui n’a pas man­qué d’émouvoir le lan­der­neau jour­na­lis­tique, tout par­ti­cu­liè­re­ment à France-Télévisions et encore plus à France 2 et France 3. Ces rédac­tions seront appe­lées à éprou­ver les  concep­tions du métier d’informer telles qu’esquissées a contra­rio par leur nou­veau patron. L” « exemple à suivre » n’étant pas celui de Media­part, que com­prendre quand Pflim­lin défi­nit com­ment le groupe audio­vi­suel public devait four­nir une  « infor­ma­tion de réfé­rence », « indé­pen­dante » et « recoupée »?

Big Bro­ther Rémy s’est aven­turé un peu loin hors de ses plates-bandes. S’étant per­mis de sor­tir des mots à démen­tir le len­de­main… Le PDG des chaînes publiques dut donc en appe­ler au baume de la repen­tance pri­vée pour bafouiller quelques piteux argu­ments dans le Jour­nal du dimanche. En fait, il assure n’avoir «  pas parlé pour attaquer » Media­part, ayant avant tout voulu «  défendre les rédac­tions de France Télé­vi­sions  ». «  J’ai beau­coup d’estime pour les rédac­tions pro­fes­sion­nelles. Mais j’ai cri­ti­qué les sites qui ne sont pas faits par des jour­na­listes et ne véri­fient pas leurs infor­ma­tions  », a bla­blaté le Pflim­lin ember­li­fi­coté dans le plus plat des lieux communs.

Mal­adresse, certes, que d’avancer en public des pro­pos aussi spon­ta­nés ; désor­mais le nou­veau patron des télés publiques s’y repren­dra à plu­sieurs fois avant d’exprimer le fond de sa pen­sée. Mais comme on dit, c’est le pre­mier pas qui compte. Ou encore, c’est le pre­mier geste qui coûte.

La Société des jour­na­listes (SDJ) de Media­part a dénoncé des pro­pos « dif­fa­ma­toires, rap­pe­lant que « la jus­tice a (…) validé le tra­vail édi­to­rial de Media­part dans l’affaire Bet­ten­court, jugeant que nos révé­la­tions rele­vaient de “l’intérêt public” et de “l’information légi­time” des citoyens ». Les SDJ de France 2 et de France 3 se sont « déso­li­da­ri­sées » des pro­pos de leur nou­veau patron. « On est très sur­pris par ces accu­sa­tions de mani­pu­la­tion, d’autant que les antennes de France Télé­vi­sions ont beau­coup repris les infor­ma­tions de Media­part  » sur cette affaire, a ajouté Yann Fos­su­rier pour la SDJ de France 3. Les syn­di­cats ont aussi pro­testé et exprimé leur inquié­tude quant à l’indépendance des rédac­tions concernées.

On en revient à la sem­pi­ter­nelle ques­tion de l’indépendance des médias et des jour­na­listes à l’égard des pou­voirs – celui de la poli­tique et de l’argent. Le ravi de la crèche gou­ver­ne­men­tale, Fré­dé­ric Mit­ter­rand et néan­moins ministre de la culture (et de la com­mu­ni­ca­tion, certes, comme il se targue de rajou­ter) s’est empressé de jouer les effa­rou­chés à rebours au sujet de l’éventuel – et pro­bable – rachat du Pari­sien par Serge Das­sault, séna­teur UMP et grand pote de Sar­kozy : «  Aucun gou­ver­ne­ment, a-t-il clai­ronné, n’a donné autant de gages sur le res­pect du plu­ra­lisme de la presse [sic]. Ce n’est pas parce que l’on pos­sède un jour­nal que sa rédac­tion écrit ce que l’on vou­drait y lire  ».  La preuve, il n’y a qu’à lire Le Figaro ! Et qu’à consi­dé­rer l’empressement des uns et des autres à prendre le contrôle des médias domi­nants genre Le Monde et Le Pari­sien, les grandes télés et radios en pas­sant par l’Agence France presse.


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  • Sexpol_39La Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité/politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-contre. En savoir plus ici sur Sex­pol.  
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