On n'est pas des moutons

jazz

Fin de partition pour le pianiste John Taylor

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© Gérard Tis­sier - 2015

Il s’en est allé en musi­que, en jazz, effon­dré sur son cla­vier. Fin du mor­ceau, fin fina­le, et sans rap­pel. C’était ce ven­dre­di 17 juillet, au Saveurs Jazz Fes­ti­val à Segré près d’Angers. John Tay­lor n’a pas sur­vé­cu à une cri­se car­dia­que, il est mort le len­de­main. C’était un fameux com­po­si­teur et pia­nis­te anglais, né en 42 à Man­ches­ter – il aurait eu 73 ans en sep­tem­bre pro­chain. Il tour­nait avec le quar­tet de Sté­pha­ne Kere­cki (com­po­si­tion, contre­bas­se), aux côtés d’Émile Pari­sien (sopra­no) et Fabri­ce Moreau (bat­te­rie).

Auto­di­dac­te, John Tay­lor avait for­gé son sty­le pro­pre en dehors des éco­les, et auprès des meilleurs jazz­men, com­me notam­ment son com­pa­trio­te le saxo­pho­nis­te John Sur­man. Il joue­ra aus­si avec Lee Konitz, Gil Evans, Ken­ny Whee­ler et la chan­teu­se Nor­ma Wins­to­ne, qui devien­dra sa pre­miè­re épou­se. Sa dis­co­gra­phie est des plus four­nies, notam­ment chez ECM pour lequel, à l’occasion de son soixan­tiè­me anni­ver­sai­re, il enre­gis­tre le magni­fi­que Ross­lyn en trio avec le contre­bas­sis­te Marc John­son et le bat­teur Joey Baron.

Pia­nis­te sub­til, au jeu plu­tôt inté­rieur, loin du démons­tra­tif, on pour­rait – sans rédui­re sa réel­le ori­gi­na­li­té – le rat­ta­cher à la lignée des Bill Evans et Paul Bley, où l’on retrou­ve aus­si l’Américaine Mary­lin Cris­pell. Il aura par­cou­ru les vagues suc­ces­si­ves du jazz « moder­ne », du hard bop au free, sans se dépar­tir d’une vraie conti­nui­té musi­ca­le hors cha­pel­les.

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Invi­té par le Mou­lin à Jazz de Vitrol­les, le 23 mai 2015, John Tay­lor aux côtés de Jean-Char­les Richard, Sté­pha­ne Kere­cki, Fabri­ce Moreau. © Gérard Tis­sier.

Il avait trou­vé tou­te sa pla­ce dans le magni­fi­que quar­tet de Ste­pha­ne Kere­cki et son pro­gram­me Nou­vel­le Vague ins­pi­ré du ciné­ma, bien sûr, et de musi­ques de films. C’est avec ce pro­gram­me (Jean-Char­les Richard rem­pla­çait alors Émi­le Pari­sien) qu’il était venu en mai der­nier au Théâ­tre de Font­blan­che à Vitrol­les, invi­té par le Mou­lin à Jazz.

En plus de ses talents musi­caux, John Tay­lor mêlait joie de vivre et humour, bri­ti­sh of cour­se – en quoi il savait aus­si appré­cier un blanc de Pro­ven­ce (entre autres, car il vivait en Fran­ce) et par­ta­ger une bon­ne bla­gue d’un rire explo­sif.


Mort d’Eddy Louiss. Un grand de l’orgue Hammond, mais pas seulement

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Avec la Mul­ti­co­lor Fee­ling Fan­fa­re, au Paris Jazz Fes­ti­val 2011 (Parc flo­ral de Paris). Ph. Myra­bel­la / Wiki­me­dia Com­mons

Orga­nis­te, pia­nis­te, chan­teur ; et aus­si trom­pet­tis­te, per­cus­sion­nis­te , chef d’orchestre et com­po­si­teur : Eddy Louiss vient de mou­rir à l’âge de 74 ans et avec lui dis­pa­raît une gran­de figu­re du jazz, du jazz fran­çais en par­ti­cu­lier. Il était mala­de depuis quel­ques années et, ces der­niers temps, ne répon­dait même plus aux appels télé­pho­ni­ques de ses amis, com­me Ber­nard Lubat notam­ment, avec qui il avait joué et chan­té sur­tout dans le grou­pe des Dou­ble Six, aux côtés de sa fon­da­tri­ce Mimi Per­rin, de Roger Gué­rin, Ward Swin­gle et Chris­tia­ne Legrand. [Voir ici à pro­pos de Mimi Per­rin, mor­te en 2010 : Mimi Per­rin, com­me un pin­son du jazz ]

Edouard Loui­se, de son vrai nom, naît à Paris le 22 mai 1941. Son père, Pier­re, d’origine mar­ti­ni­quai­se, est trom­pet­tis­te et l’entraîne très jeu­ne dans des tour­nées esti­va­les où il s’imprègne de la musi­que dite « typi­que » : rum­ba, paso-doble, cha-cha-cha. Il décou­vre bien­tôt le jazz et tâte d’instruments com­me la trom­pet­te, le vibra­pho­ne – et l’orgue Ham­mond, qui devien­dra son ins­tru­ment d’élection. À sei­ze ans, il fait le bœuf avec Jean-Fran­çois Jen­ny-Clark et Aldo Roma­no. Plus tard, il enre­gis­tre avec Daniel Humair – il for­me­ra avec lui et Jean-Luc Pon­ty le trio HLP), accom­pa­gne Nico­le Croi­sille au bugle (Fes­ti­val d’Antibes, 1963), puis Clau­de Nou­ga­ro à l’orgue pen­dant trei­ze ans. Il ne rechi­gne pas à la varié­té (avec Hen­ri Sal­va­dor, Char­les Azna­vour, Bar­ba­ra, Ser­ge Gains­bourg, Jac­ques Hige­lin), se lan­ce dans un octet­te (avec le vio­lo­nis­te Domi­ni­que Pifa­ré­ly), s’adjoint une fan­fa­re de cin­quan­te musi­ciens pro­fes­sion­nels et ama­teurs… En 1994, il enre­gis­tre en duo avec Michel Petruc­cia­ni deux dis­que fameux, Confé­ren­ce de Pres­se (Drey­fus Jazz) [extrait ci-des­sous]. Il joue éga­le­ment avec Richard Gal­lia­no, en duo et en orches­tre (sou­ve­nir de Mar­ciac, je ne sais plus quand au jus­te…) En 2000, la mala­die le contraint à s’éclipser jusqu’en 2010 où il enre­gis­tre à nou­veau en stu­dio, se pro­duit à l’Olympia et enfin en 2011, au Paris Jazz Fes­ti­val, sa der­niè­re appa­ri­tion publi­que.

Musi­cien de tous les regis­tres, ain­si qu’il a été sou­vent qua­li­fié, à l’image de son ouver­tu­re « mul­ti­co­lo­re » – rap­pe­lons sa série de concerts inti­tu­lée Mul­ti­co­lor Fee­ling. Il s’était don­né aus­si bien dans les impro­vi­sa­tions avec les John Sur­man, Michel Por­tal et Ber­nard Lubat, que dans les ryth­mes afro-caraï­béens ou les enre­gis­tre­ments en re-recor­ding au cla­vier (Sang mêlé). Il était aus­si un des conti­nua­teurs de Jim­my Smi­th, maî­tre du Ham­mond, ins­tru­ment de fines­se et de fou­gue (pour ne pas dire de fugue…) qui va si bien au jazz, où il est deve­nu plu­tôt rare. La dis­pa­ri­tion d’Eddy Louiss ne va rien arran­ger.

Un docu­ment de l’Ina du 26 mars 1970 Eddy Louiss à l’orgue et Daniel Humair à la bat­te­rie inter­prè­tent « Tris­te­za ». Dif­fu­sé par l’ORTF dans l’émission Jazz en Fran­ce, pré­sen­tée par André Fran­cis. Tout le mon­de avait 45 ans de moins… Le son lais­se à dési­rer. Cet extrait  de Caraï­bes (Drey­fus Jazz), avec Michel Petruc­cia­ni, est meilleur : 

Clip audio : Le lec­teur Ado­be Fla­sh (ver­sion 9 ou plus) est néces­sai­re pour la lec­tu­re de ce clip audio. Télé­char­gez la der­niè­re ver­sion ici. Vous devez aus­si avoir JavaS­cript acti­vé dans votre navi­ga­teur.

« Tou­jours les meilleurs qui par­tent », com­me il se dit bête­ment… Dans cet­te caté­go­rie, j’ai « raté » le départ, le 11 juin der­nier, d’Ornet­te Cole­man, un his­to­ri­que du jazz s’il en est. Rat­tra­pa­ge avec cet arti­cle sur Citi­zen­Jazz


Combien de temps ? poème d’Edward Perraud

Edward Perraud, né à Nantes en 1971 : percussionniste, batteur, compositeur, improvisateur, chercheur et aussi trouveur – comme dans trouvère… Oui, ça lui va bien à ce Pierrot lunaire, troubadour de la baguette magique, celle qui pulse, rythme, impulse, assure le battement du cœur vital, chœur musical, du jazz et de l’univers. En quoi, il est donc foncièrement poète, jusqu’à écrire de la poésie, comme ici, avec des mots, des mots-images, des images photos, car cet homme à talents est aussi photographe. Il a l’œil qui écoute, l’oreille d’ un voyant rimbaldien jouant aux dés avec Lautréamont, Hugo, Mahler, Ayler. Il aime les citer à l’occasion, au détour de ses concerts – comme celui d’Avignon où il lançait la suite n°2 du disque « Synaesthetic Trip », un sommet du genre. Découvrez-le davantage ça et , entre autres.

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Moulin à jazz, 2010 © G. Tissier

Combien de temps ?

C'est la fin de l'hiver, le début d'un printemps

Un vieillard qui se perd, un enfant qui apprend

La terre a fait son tour, encore un chant d'amour ?

Combien de temps déjà que papa n'est plus là ?

La toupie s'arrêtera, nous serons bien moins fiers

Réduits en grains de sable puis finir en poussière.

La terre a fait son tour, encore un champ d'horreurs ?

Combien de temps déjà que je compte plus les heurts ?

Imaginez le prix de ce petit poème

Quand nous ne savons pas jusqu'où la vie nous aime ?

La terre a fait son tour, est ce un mal pour un bien ?

Combien de temps déjà qu’on bafoue les humains ?

Devant l'astre suprême nous serons tous égaux

Et fondront nos égos comme s'écoulent les armes

La terre a fait son tour, c'est pourtant pas banal ?

Combien de temps encore pour le règne animal ?

Cupidon trop cupide, la coupe d'or est pleine,

Mais la terre sature, polluée, morne plaine.

Va faire un tour au large, Terre change de mythe,

Et débarrasse toi de tes pires parasites

Une chance pourtant pourrait sauver le monde

Que l'âme de poète inocule et féconde

L'esprit des tout-petits futurs grands militants.

Que l'amour du vivant supplante le pauvre argent !

Combien de temps encore jusqu'aux dernières neiges

Continuera-t-il à tourner le beau manège ?

 Edward Perraud, le 27 mars 2015

Edward Perraud

ph. Edward Perraud
© mars 2015


Charlie Haden (1937-2014). Le jazz comme « musique de la rébellion »

Charlie Haden est mort le 11 juillet 2014 à Los Angeles. Il avait 76 ans. Malade et très affaibli depuis plusieurs années, il avait cessé de jouer en 2011 et son dernier concert avec son Quartet West band remonte à 2008. Instrumentiste, compositeur, chef d’orchestre, un géant du jazz et de la contrebasse s’est éteint.

En 2007, après trente ans d’éloignement, Haden téléphone à Jarrett pour lui proposer de jouer à nouveau avec lui. Les retrouvailles auront lieu chez Keith Jarrett, dans la grange de sa maison du New Jersey, là où il a installé son vieux Steinway. Pendant plusieurs jours, Jarrett et Haden jouent les standards, sans témoin. Des chansons d’amour, le « Great American Songbook »… ECM en sortiraJasmine puis, tout récemment, comme un adieu prémonitoire, Last Dance.

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À La Roque d'Anthéron en 2005, après son concert avec le pianiste cubain Gonzalo Rubalcaba. Il s'entretient avec Gérard de Haro, du studio de La Buissonne. [Ph. gp]

On le reconnaissait d’emblée : ce son unique porté par un tempo infaillible et sans la moindre fioriture ; un « gros son », comme il fut souvent dit, attiré vers la profondeur et, pour le coup, par la gravité. Il ne s’agissait pas seulement sous son doigté des sons d’abysse de la contrebasse, mais du propos lui-même, relevant de la pulsion vitale autant que de l’humaine révolte. On parlera ici de l’engagement, oui, musicien et citoyen, sans doute de manière indissociable. D’où le choix de l’instrument, d’où cette musique qui, l’un et l’autre grondent, enflent, sourdent.

Jean-Louis Comolli résume la personnalité musicale de l’instrumentiste en ces mots : « La basse de Haden – mesurée, sobre et sereine – trouve le ton juste pour accueillir dans les profondeurs du jazz d’autres révoltes (...) » [Dictionnaire du jazz, éd. Robert Laffont, 1986].

Charles Edward Haden, dit « Charlie », né le 6 août 1937 dans l’Iowa, passe son enfance et son adolescence dans le Missouri. Ses parents sont des musiciens traditionnels, portés sur les chansons de style bluegrass, un matériau basique, populaire, dont on retrouvera souvent l’influence chez le jazzman tout au long de son parcours.

Dans son enfance, il est plutôt tenté par le chant, mais à l’âge de 14 ans, il contracte une forme légère de poliomyélite qui endommage de manière irréversible sa gorge et ses cordes vocales. Il fera donc chanter d’autres cordes, ne choisissant toutefois la contrebasse comme instrument principal qu’à l’âge de 19 ans.

En 1957, Haden gagne Los Angeles attiré par sa scène jazz et la musique improvisée contemporaine. Il s’inscrit au Westlake College of Music, tout en prenant des cours particuliers avec Red Mitchell, alors l’un des contrebassistes les plus renommés de la côte ouest. Il joue avec Art Pepper et Paul Bley. Rencontre Scott LaFaro avec qui il partage un appartement pendant quelques mois. Tous deux deviendront bientôt des pionniers de l’émancipation de la contrebasse jazz des années 1960, chacun en suivant sa propre voie. Ainsi pour Haden, trois musiciens seront déterminants dans son cheminement : Ornette Coleman, Keith Jarrett et Carla Bley – trois personnalités aussi différentes que riches.

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Charlie Haden, Gand, Belgique, septembre 2007. Photo de Geert Vandepoele

Avec Ornette, Haden va plonger dans le free naissant ; le saxophoniste l’intègre dans son fameux quartette, aux côtés du trompettiste Don Cherry et du batteur Billy Higgins. En 1959, les albums The Shape of Jazz To Come et Change of the Century font partie des productions les plus abouties du quartette. Puis Ornette double la mise : il enrôle dans le plus fou des projets du moment (1960) Scott LaFaro (cb), Eric Dolphy (bcl),Freddie Hubbard (tp), Ed Blackwell (dm). Un quartette pour le canal gauche, un autre pour le droit. Ce sera l’historique album Free Jazz – A Collective Improvisation By The Ornette Coleman Double Quartet produit chez Atlantic par les frères Ertegün. Deux contrebasses, deux batteries, deux trompettes, un alto et une clarinette basse ; deux vingtaines de minutes où s’invente une manière inconnue de contrepoint – l’interplay –, cousine lointaine de Jean-Sébastien, certes, héritière directe de John – qui a largement ouvert la voie depuis quelques années avec les albums Giant Steps, Bags and Trane(avec Milt Jackson), Coltrane Jazz et, cette même année 1960, The Avant-Garde (avec Don Cherry) et My Favorite Things.

Charlie a donc « fait » les barricades de ce « Mai 68 » du jazz. Une révolution. Musicalement du moins, le mot n’est pas galvaudé : le jazz ne sera plus comme avant. Ou plutôt, il y aura un avant et un après « Free Jazz », tout comme il y eut en Europe, dans l’autre siècle, l’avant et l’après Hernani. Puis l’avant et l’après 68. L’Histoire ne s’arrêtant pas, on pourrait – et on doit désormais, marquer les bornes de 1989 : la chute du Mur, la répression de Tiananmen. On s’égare ? Pas si sûr.

Là-bas, aux States, si le jazz joue les chamboule-tout, c’est aussi que la musique afro-américaine se heurte de plein fouet à la lutte contre le racisme et pour les droits civiques. Le blues et les gospels n’y ont rien fait : la discrimination s’est enkystée comme un cancer. La guerre au Vietnam atteint son paroxysme. Le chômage sévit lourdement. Des émeutes éclatent dans les ghettos noirs. Castro a repris Cuba à Batista et aux « yanquis », les fusées soviétiques pointent leurs menaces sur l’Empire états-unien.

A quoi s’ajoute cette autre plaie qui frappe en particulier les milieux artistiques et musicaux : la drogue. Le jazz est très touché, Haden aussi est gravement atteint. Le succès du quartette Free Jazz s’évanouit bientôt. Scott Lafaro meurt dans un accident. Charlie Haden suit plusieurs cures de désintoxication, avant d’être contraint de se retirer presque totalement de la scène jusqu’en 1968 où il retrouve Ornette Coleman, et se produit avec lui au festival de Monterrey et dans divers clubs en Europe.

De 1975 à 1981, Haden obtient des engagements sur la côte ouest et enregistre avec Dexter Gordon, Hampton Hawes, Art Pepper. À New York, le free jazz est devenu la référence et, outre des jeunes musiciens (comme Archie Shepp et Albert Ayler), beaucoup de musiciens confirmés s’y reconnaissent. C’est l’époque du Jazz Composer’s Orchestra, un collectif d’avant-garde fondé par Bill Dixon, auquel Haden participe à la plupart des rencontres et enregistrements. Son expérience est désormais reconnue, liée à un sens aigu de la mélodie et une grande assurance rythmique.

L’autre rencontre musicale déterminante se sera produite en 1968, quand le contrebassiste intègre aux côtés du batteur Paul Motian le premier trio de Keith Jarrett. Trio qui renouvelle le genre tant par son style très personnel que par son répertoire à base de titres inhabituels pour une formation de jazz à cette époque, comme des reprises de Bob Dylan (My Back Pages, Lay Lady Lay). Le trio continue jusque vers le milieu des années 1970, puis Jarrett se concentre davantage sur son travail en solo, et son quartette « européen » (avec Jan Garbarek, Jon Christensen, et Palle Danielsson).

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Carla Bley et Charlie Haden portent la bannière. Couverture du disque.

Troisième rencontre enfin – sans préjuger des innombrables autres –, celle avec Carla Bley. Une affaire aussi politique que musicale. Liberation Music Orchestra est le nom – « génial et modeste… » – que se donne le collectif de 13 musiciens de free jazz lors de sa constitution en 1969. Une grande partie du répertoire, composé essentiellement par Haden et arrangé par Carla Bley, est formée de « chants de libération » – même si The ballad of the fallen célèbre les vaincus… – liés notamment à la guerre d’Espagne, à la révolution portugaise (Grandola Vila Morena de José Afonso), aux résistances populaires au Chili et au Salvador. Mais l’engagement concerne aussi les droits civiques des Noirs états-uniens, porté en l’occurrence par deux musiciens blancs. Ainsi, en photo sur le premier disque du Liberation Music Orchestra, Carla Bley tient la banderole d’un côté, et Charlie Haden de l’autre. En tête de manif’, comme dirait la presse locale, on reconnaissait notamment : Gato Barbieri, Dewey Redman, Don Cherry, Roswell Rudd, Andrew Cyrille, Paul Motian… Parmi les « slogans », un « Song for Ché » et des chants républicains espagnols (El Quinto Regimiento)… – pour situer l’époque, le style.

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17e Charlie Jazz Festival. La belle cuvée

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Médéric Collignon - King Crimson-charlie jazz festival-vitrolles

Médé­ric Col­li­gnon et ses 11 musi­ciens pour un hom­ma­ge au grou­pe de rock King Crim­son.

Foot­ball et météo ont bien ten­té leurs redou­ta­bles assauts. Mais non, le jazz a tenu bon et Char­lie de même, depuis son domai­ne de Font­blan­che à Vitrol­les. Enco­re une bel­le cuvée que cet­te 17e qui aura réuni quel­que 2.300 ama­teurs autour d’un pro­gram­me de hau­te qua­li­té [rap­pe­lé ici] dans un lieu par­ti­cu­liè­re­ment adap­té à la célé­bra­tion musi­ca­le. Ces pho­tos [© Gérard Tis­sier et Kler­vi Bechen­nec] en gui­se d’aperçu et pour le ren­dez-vous de 2015.

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Joshua Red­man, figu­re de proue du jazz actuel


Jazz à Vitrolles (13). Charlie met la dernière touche


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Ça s’affaire à Vitrol­les, Bou­ches-du-Rhô­ne, où un cer­tain Char­lie (Free) met la der­niè­re tou­che à son légen­dai­re fes­ti­val de jazz. Cet­te 17e édi­tion (4, 5 et 6 juillet) aura lieu com­me tou­jours dans le magni­fi­que domai­ne de Font­blan­che aux pla­ta­nes tri-cen­te­nai­res. Le pro­gram­me et les infor­ma­tions pra­ti­ques se trou­vent à por­tée de clic, ici. On en repar­le ces pro­chains jours.


Jazz. Mort de Horace Silver, messager du hard bop

Vidéo du concert fil­mé en public à Copen­ha­gue, Dane­mark, en avril 1968. Hora­ce Sil­ver y pré­sen­te le fameux mor­ceaux « Song for my flat­ter » – Chan­son pour mon père – enre­gis­tré pour Blue Note en 1964. Les mor­ceaux de ce dis­que ont été com­po­sés sui­te à un voya­ge au Bré­sil. La cou­ver­tu­re repro­duit une pho­to du père du musi­cien [ci-des­sous].

Le pia­nis­te et com­po­si­teur de jazz Hora­ce Sil­ver est mort ce 18 juin aux Etats-Unis, où il est né il y a 85 ans. Un musi­cien impor­tant dans l’histoire du jazz qu’il a contri­bué à vivi­fier et à renou­ve­ler à tra­vers le cou­rant dit du hard bop. 

Cou­rant qu’illustre assez bien, à sa maniè­re, le film de Mar­tin Scor­se­se, New York, New York (1977), mon­trant l’évolution de son héros saxo­pho­nis­te (Robert De Niro) pas­sant d’orchestres swing et be bop à des grou­pes de Har­lem. Là, des musi­ciens afro-amé­ri­cains ont déci­dé de réagir à la domi­na­tion du cool jazz de la côte ouest des Etats-Unis – sur­tout des Blancs com­me Chet Baker, Ger­ry Mul­li­gan, Len­nie Tris­ta­no, Dave Bru­be­ck éga­le­ment rejoints, il est vrai, mais pro­vi­soi­re­ment, par un Miles Davis.

Pour aller vite, disons que l’acte de nais­san­ce (jamais uni­que !) est mar­qué en 1954 par le quin­tet­te que for­ment le bat­teur Max Roa­ch et le trom­pet­tis­te Clif­ford Brown, rejoints en 1955 par le saxo­pho­nis­te ténor Son­ny Rol­lins. Tou­te­fois, le pre­mier repré­sen­tant de ce sty­le fut le grou­pe des Jazz Mes­sen­gers créé par le bat­teur Art Bla­key et, nous y voi­là, le pia­nis­te Hora­ce Sil­ver en 1955, qui for­me­ra ensui­te son pro­pre quin­tet­te.

L’affaire est lan­cée, dans le contex­te états-unien de lut­tes pour les droits civi­ques et contre le racis­me. Les artis­tes en géné­ral, les musi­ciens en par­ti­cu­lier et les musi­ciens de jazz sur­tout sont à la poin­te de ce com­bat poli­ti­que et cultu­rel. Sour­cé au blues, notam­ment, le jazz est né d’un sen­ti­ment d’injustice mêlé de rési­gna­tion et de révol­te.

C’est en1955 éga­le­ment que Miles Davis embau­che John Col­tra­ne (Son­ny Rol­lins a décli­né l’invitation) dans son quin­tet, au côté de Red Gar­land (pia­no), Paul Cham­bers (bas­se) et Phil­ly Joe Jones (bat­te­rie). À cet­te épo­que, Col­tra­ne était enco­re un musi­cien incon­nu.

En 1957, Son­ny Rol­lins se rat­tra­pe en ras­sem­blant Sil­ver, Monk, Cham­bers – et inau­gu­re l’apparition du trom­bo­ne dans le hard bop avec Jay Jay John­son.
Blue Note et Pres­ti­ge sont les prin­ci­paux labels qui pro­dui­si­rent des grou­pes de hard bop.

Le père d'Horace Silver – couverture du disque "Song for my father", 1964

Le père d’Horace Sil­ver – cou­ver­tu­re du dis­que « Song for my father », 1964

Bio­gra­phie [Wiki­pe­dia]Hora­ce Sil­ver est né le 2 sep­tem­bre 1928 à Nor­walk (Connec­ti­cut) aux États-Unis. Son père (né Sil­va) était natif de Maio (Cap-Vert) alors que sa mère née à New Canaan dans le Connec­ti­cut était d’origine irlan­dai­se-afri­cai­ne. Son père lui ensei­gne la musi­que folk­lo­ri­que du Cap Vert. Il com­men­ce sa car­riè­re com­me saxo­pho­nis­te tenor dans les clubs du Connec­ti­cut et en 1950, il est repé­ré par Stan Getz. Il part pour New York ou il chan­ge­ra d’instrument pour le pia­no. C’est dans son orches­tre qu’il s’affirme com­me com­po­si­teur be bop. Il tra­vaille ensui­te avec Miles Davis, Milt Jack­son, Les­ter Young et Cole­man Haw­kins. Il effec­tue les pre­miers enre­gis­tre­ments sous son nom aux côtés du saxo­pho­nis­te Lou Donald­son en 1952.

En 1953, il fon­de avec le bat­teur Art Bla­key le quin­tet­te des Jazz Mes­sen­gers mar­quant ain­si l’entrée dans l’ère du hard bop. Peu après, il quit­te le grou­pe pour fon­der le Hora­ce Sil­ver Quin­tet qui sera avec les Jazz Mes­sen­gers et les grou­pes de Miles Davis un des prin­ci­paux trem­plins de jeu­nes talents.


Musique. Ne regardez pas cette vidéo, elle est écœurante !

Aver­tis­se­ment solen­nel ! Amis musi­ciens, ama­teurs de jazz et/ou de clas­si­que, et sur­tout si vous tâtez du pia­no : ne regar­dez pas cet­te vidéo, elle est écœu­ran­te !

Puis­que vous l’avez vou­lu :

Joey  Alexan­der est né… en 2003 à Den­pa­sar-Bali, en Indo­né­sie. Il n’a donc que dix ans ! Il a com­men­cé à jouer du pia­no à six. À sept, il atta­que le jazz. À huit, avec ses parents, il démé­na­ge dans la capi­ta­le, Dja­kar­ta, afin de mieux étu­dier et se consa­crer au jazz. Il est alors invi­té par l’Unesco à jouer du pia­no solo en pré­sen­ce de Her­bie Han­co­ck. Com­me un pre­mier com­mu­niant invi­té au Vati­can pour dire la mes­se avec le pape… Je sais, la com­pa­rai­son est osée, et même débi­le.

C’est qu’il est plus qu’agaçant ce mer­deux sur­doué, ce petit pro­di­ge même pas (pas enco­re) pré­ten­tieux, tout jus­te admi­ra­ble. Si vous foui­nez sur la toi­le à son pro­pos, vous ver­rez aus­si que ce Joey ne craint pas de devi­ser gra­ve­ment à pro­pos de Bill Evans, John Col­tra­ne, Chi­ck Corea, Brad Mehl­dau et Robert Glas­per… Et, com­me vous l’avez consta­té de video-visu, il tutoie The­lo­nious Monk, conver­sant  avec lui autour de minuit. Écœu­rant, je vous dis !


Paco de Lucia (1947-2014)

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Paco de Lucía, Festival de Timişoara, 2007 [Ph. Cornel]

Le guitariste espagnol Paco de Lucía est mort ce 26 février à Cancún au Mexique. Arrêt du cœur pour l’un des plus grands musiciens de son temps. On peut dire qu’il a sorti l’art du flamenco de sa gangue traditionaliste et même de sa torpeur franquiste. C’est un raccourci mais qui, cependant, exprime bien une réalité que j’ai partagée en son temps avec des amis anti-franquistes.

Franco et sa dictature s’étaient en effet appropriés le flamenco, ainsi devenu une sorte d’art officiel figé dans ses stéréotypes. En Espagne, jusqu’à la fin des années 70, les radios, sous contrôle, saturaient leurs auditeurs de musiques « nationales » et folkloristes, en tête desquelles trônait le flamenco. Les opposants à la dictature, et les plus jeunes d’entre eux en particulier finissaient par vomir cette musique aux relents propagandistes. D’autant plus que cette Espagne de Franco, tout comme le Portugal de Salazar, s’étaient coupés du reste de l’Europe et, de ce fait, demeuraient à l’écart du jazz et du rock débarqués avec les libérateurs américains. L’irruption de Paco de Lucia dans le champ musical fut ainsi perçue comme une promesse de renouveau, y compris dans le flamenco dont il était pleinement issu et qu’il ne reniait nullement. Au contraire, il s’y affirmait comme instrumentiste de premier plan et non plus d’accompagnement, doué d’une virtuosité époustouflante au service d’un jeu des plus inventifs. Bientôt, et peu à peu, Paco de Lucia va découvrir le jazz et l’improvisation, puis se rapprocher de musiciens de jazz comme le guitariste texan Larry Coryell – un des pionniers du jazz-rock, né en 1943 – et le pianiste Chick Corea (1941), issu de l’émigration latine européenne.

En 1981, il se retrouve avec l’Anglais John McLaughlin (1942) et l’Italo-Américain Al Di Meola (1954) en un trio qui deviendra légendaire ; leur disque Friday Night in San Francisco [cliquer pour écouter] enregistré à l'issue d'une tournée mondiale s'est classé rapidement parmi les meilleures ventes de disques de guitare instrumentale. Il aura ainsi été à la fois un « revivaliste » du flamenco – notamment aux côtés de la grande figure du chant flamenco Camarón de la Isla  – et un des révélateurs du jazz-fusion.

De son vrai nom Francisco Sánchez Gomez, il était né le 21 décembre 1947 à Algesiras, province de Cadix. Paco de Lucia aura illuminé la scène musicale dans le monde entier. On le voit aussi dans le Carmen de Carlos Saura. Comme ce dernier pour le cinéma, et également Pedro Almodovar ; comme Antonio Gades pour la danse ; comme Paco Ibañez pour la chanson – pour se limiter à eux –, Paco de Lucia aura donné largement sa part au génie artistique espagnol.


Aux amateurs de jazz !

Avis aux ama­teurs de jazz !  Vous pour­rez retrou­ver – à par­tir de l’onglet « Jazz » en tête de « C’est pour dire »  – des liens ouvrant mes arti­cles  parus (ordre chro­no­lo­gi­que) sur le fameux site Citi­zen Jazz. De même, vous pour­rez vous bran­cher sur les sites de Char­lie Free et du Mou­lin à jazz  de Vitrol­les pour y sui­vre pro­gram­mes et acti­vi­tés diver­ses. Et que ça swin­gue !


Guy Longnon est mort à Marseille. Le premier, il avait apporté le jazz dans un conservatoire

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Guy Lon­gnon, avec Yves Lapla­ne, en 2011. (Ph. © Yves Scot­to)

Le jazz fran­çais, et en par­ti­cu­lier pro­ven­çal, ne serait pas ce qu’il est sans Guy Lon­gnon, mort ce 4 février 2014. Trom­pet­tis­te et créa­teur en 1964 de la pre­miè­re clas­se de jazz dans un conser­va­toi­re fran­çais, en l’occurrence celui de Mar­seille, il a por­té sur les fron­tons du jazz tou­te une géné­ra­tion de musi­ciens par­mi les­quels Bru­no Ange­li­ni, André Jau­me, Raphaël Imbert, Per­ri­ne Man­suy, Pier­re Chris­to­phe, Alain Soler, Jean-Paul Flo­rens, Hen­ri Flo­rens.

Ain­si, le saxo­pho­nis­te André Jau­me se sou­vient de la confé­ren­ce sur le jazz que Guy Lon­gnon pro­non­ça à Mar­seille vers 1960 et dans laquel­le il pré­ci­sa clai­re­ment sa pré­fé­ren­ce pour le be-bop, mar­quant ain­si sa dis­si­den­ce d’avec le pape du Hot Club de Fran­ce, Hugues Panas­sié. C’est aus­si à cet­te épo­que qu’il renon­ça à jouer avec Sid­ney Bechet car, rap­pel­le André Jau­me, il en avait assez d’être consi­dé­ré com­me « un accom­pa­gna­teur de chan­teur ». Bechet était alors en effet une véri­ta­ble star, à l’égal d’une vedet­te de varié­tés.

Sans dou­te est-ce à l’époque de cet­te confé­ren­ce que Pier­re Bar­bi­zet, direc­teur du conser­va­toi­re de Mar­seille – et immen­se musi­cien –, l’invite à créer la clas­se de jazz, pre­miè­re du gen­re. Guy Lon­gnon y consa­cre­ra tou­te sa car­riè­re. Un péda­go­gue « fabu­leux », s’exclame André Jau­me, se sou­ve­nant de l’« hom­me très ouvert à tou­tes les musi­ques, du clas­si­que au jazz », se réfé­rant sou­vent à Elling­ton, Par­ker, Clif­ford Brown… « Un hom­me très modes­te », sou­li­gne enco­re André Jau­me, rap­pe­lant que dans ses cours « il jouait du pia­no, de la contre­bas­se… mais pas de la trom­pet­te ! »

Guy Lon­gnon avait aus­si joué avec Clau­de Luter, Jean-Clau­de Foh­ren­ba­ch et Mous­ta­che.  Élè­ve au Conser­va­toi­re de Paris dans la clas­se de vio­lon­cel­le, il fré­quen­ta Boris Vian et le mon­de de Saint-Ger­main-des-Prés.

Clau­de Gra­vier rap­pel­le qu’il avait cha­leu­reu­se­ment encou­ra­gé la créa­tion en 1989 de l’association de Vitrol­les Char­lie Free et le Mou­lin à Jazz, qu’il avait sou­te­nus dans la pério­de « noi­re » de 1997 et l’avait hono­ré de sa pré­sen­ce lors de quel­ques concerts de ses élè­ves : André Jau­me, Raphaël lmbert, Paul Pio­li, Ber­nard Abeille, Jose­ph Cri­mi, Phi­lip­pe Renault, Hen­ri Flo­rens, Chris­tian Bon, Yves Lapla­ne…

Dans leur pas­sion­nant livre À fond de cale (éd. Wild­pro­ject) sur le jazz à Mar­seille, Michel Sam­son et Gil­les Suzan­ne consa­crent un savou­reux cha­pi­tre au cham­bou­le­ment pro­vo­qué par l’arrivée de Guy  Lon­gnon dans la cité pho­céen­ne. On y décou­vre une éton­nan­te facet­te de Pier­re Bar­bi­zet et cet échan­ge :

« Ah ! alors tu es v’nu ? » lan­ce le pia­nis­te clas­si­que. « Ah ben oui »,  répond le jaz­zeux. « Alors on va fai­re une clas­se de jazz », pro­po­se Bar­bi­zet. L’affaire est lan­cée, mais en 2010, l’ancien prof de jazz pré­ci­se : « J’étais com­plè­te­ment ahu­ri par­ce que, pour moi, il n’y avait pas d’enseignement pos­si­ble du jazz. »

L’affaire ne fut pas sim­ple, ni sans péri­pé­ties, ain­si que le racon­tent les auteurs. Mais la des­cen­dan­ce est assu­rée puis­que la clas­se de jazz conti­nue de vivre sous la direc­tion du trom­bo­nis­te Phi­lip­pe Renault, tan­dis le « D6 », octette/nonette qui por­te le nom de la sal­le jazz du conser­va­toi­re, a récem­ment enre­gis­tré un hom­ma­ge au maî­tre.

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La dis­co­gra­phie de Guy Lon­gnon dans Wiki­pe­dia ne men­tion­ne que peu d’enregistrements :

– 1952 : Sid­ney Bechet avec Clau­de Luter et son orches­tre, Blue Note Records

– 1984 : Tor­ri­de !, 52e Rue Est

– 1994 : Cycla­des (JMS)

– 2000 : Clas­sic Jazz at Saint-Ger­main-des-Prés, Uni­ver­sal

André Jau­me signa­le un dis­que en quar­tet avec Don Byas, sous le titre Sara­to­ga Hound Jazz.

Il a aus­si com­po­sé pour le ciné­ma, dans deux films de Paul Paviot :

– 1951 : Ter­reur en Okla­ho­ma

– 1952 : Chi­ca­go-digest

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Ne pas confon­dre Guy et son neveu Jean-Loup, lui aus­si trom­pet­tis­te, pia­nis­te, chan­teur, com­po­si­teur de renom (né en 1953).

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La céré­mo­nie des obsè­ques aura lieu le mar­di 11 février à 14h30 au cré­ma­to­rium du cime­tiè­re Saint-Pier­re de Mar­seille.


Jazz. Trompettiste aventureux, Roy Campbell est mort à 61 ans

C’était un fameux trom­pet­tis­te et flû­tis­te états-unien. Roy Camp­bell Jr est mort le 9 jan­vier à l’âge de 61 ans. Du be-bop au free, il avait tra­ver­sé avec fer­veur les der­niers grands cou­rants du jazz, en lea­der ou aux côtés d’artistes les plus répu­tés com­me Don Cher­ry, Mat­thew Shipp, Hamid Dra­ke, William Par­ker et Peter Brötz­mann, Il n’hésitait pas non plus à s’aventurer sur les ter­ri­toi­res de la world, du hip-hop et même du reg­gae et du rock.

Né à Los Ange­les en 1952, Roy Camp­bell s’installe à New York où il apprend le pia­no et le vio­lon avant de pas­ser, vers l’âge de vingt ans, à la trom­pet­te, au bugle et à la flû­te. Ses maî­tres ne sont autres que Lee Mor­gan, Ken­ny Dorham, Joe New­man, Yusef Lateef (qui, lui aus­si, vient de mou­rir)… Fraî­che­ment diplô­mé, il mon­te son pro­pre grou­pe, Spec­trum, En 1978, il rejoint l’Ensem­ble Mun­tu, diri­gé par le bas­sis­te William Par­ker.

Puis on le sui­vra aux côtés de Mar­cus Mil­ler, Woo­dy Shaw, Cecil Tay­lor, John Zorn, Wil­bur Ware, Ken­ny Kirk­land, Sun­ny Mur­ray, Rashied Ali et autres. Au début des années 90, il pas­se­ra qua­tre ans aux Pays-Bas, jouant sur­tout  en Euro­pe. De retour à New York, il y pour­suit une car­riè­re sou­te­nue, n’hésitant pas à se pro­dui­re par­fois aux côtés d’artistes de R & B.

Le Mou­lin à jazz de Vitrol­les l’avait fait venir par deux fois avec ses com­par­ses du Nu Band, Mark Whi­te­ca­ge (alto et cla­ri­net­te), Lou Gras­si (bat­te­rie), emme­nés par Jo Fon­da (contre­bas­se). Mémo­ra­bles concerts, dont celui du 12 jan­vier 2009, il y a exac­te­ment cinq ans. Arti­cle et pho­tos ici pour ren­dre hom­ma­ge à cet artis­te aus­si remar­qua­ble que dis­cret, vivant la musi­que avec brio et élé­gan­ce, puis­san­ce et déli­ca­tes­se.

Sur le concert de Vitrol­les, lire ici.


À l’ouest du jazz, Chico Hamilton a cessé de battre

1chico_HamiltonRepre­nant la bagno­le, Jazz à Fip envoie du Chi­co Hamil­ton. Tiens, en quel hon­neur ? Tou­jours bon à pren­dre, hein. Mais c’est que le bou­gre avait, ce 25 novem­bre 2013, ren­du baguet­tes, cym­ba­les, maillo­ches et le tou­tim. Les bat­teurs sont en deuil, et les musi­ciens en géné­ral, sur­tout les jaz­zeux. Il avait 92 ans.

Héri­tier de Jo Jones, Chi­co [« p’tit mec »] fut très appré­cié, non seule­ment pour son jeu des plus sub­tils, mais aus­si pour son flair com­me décou­vreur de talents par­mi les­quels on relè­ve le bas­sis­te Ron Car­ter, les saxo­pho­nis­tes Eric Dol­phy et Char­les Lloyd et les gui­ta­ris­tes Jim Hall, Gabor Sza­bo et Lar­ry Coryell.

Il est né à Los Ange­les le 21 sep­tem­bre 1921. Enco­re lycéen, il s’immerge dans les scè­nes jazz loca­les. En 1940, il part en tour­née avec le big band de Lio­nel Hamp­ton. Après son ser­vi­ce mili­tai­re pen­dant la Secon­de Guer­re mon­dia­le, on le retrou­ve dans les orches­tres de Jim­my Mun­dy, Char­lie Bar­net et Count Basie.

De 1948 à 1955, tou­jours basé et actif à Los Ange­les, il accom­pa­gne Lena Hor­ne en Euro­pe dans ses tour­nées d’été. Il par­ti­ci­pe à des musi­ques de film et rejoint le pre­mier quar­tet­te de Ger­ry Mul­li­gan qui com­pre­nait éga­le­ment Chet Baker à la trom­pet­te. En quoi il a par­ti­ci­pé à la nais­san­ce du jazz West Coast, plus lis­se et céré­bral que celui de la côte Est.

En 1955, il mon­te un quin­tet­te avec Bud­dy Col­let­te, Jim Hall, Fred Katz et Car­son Smi­th. Gros suc­cès, pro­lon­gé par une appa­ri­tion dans le film The Sweet Smell of Suc­cess [Le Grand Chan­ta­ge en VF] réa­li­sé par Alexan­der Mac­ken­dri­ck.

Chi­co Hamil­ton a conti­nué à jouer et enre­gis­trer au-delà de son 90e anni­ver­sai­re. Il a sor­ti un album, « Révé­la­tion » en 2011 et en avait un autre en pré­pa­ra­tion.

Les mor­ceaux qu’on peut écou­ter ci-des­sous par le biais de Dee­zer, pro­vien­nent de l’album Dan­cing To A Dif­fe­rent Drum­mer (1994) qui res­sem­ble à une leçon de bat­te­rie. De la Dan­se des tym­pans à la Val­se des maillo­ches, en pas­sant Mr Jo Jones, Chi­co Hamil­ton en arri­ve fina­le­ment à l’Uni­ver­sal Lan­gua­ge Of Man.


Ibrahim Maalouf entre parking et platanes du Charlie Jazz Festival

Un banal sous-sol de par­king, cinq palet­tes en bois, une grat­te et son ampli ; enfin une trom­pet­te et son souf­fleur. Et quand même une bon­ne dose de talent. Il n’en fal­lait pas plus à Ibra­him Maa­louf et Fran­çois Del­por­te pour fai­re jaillir la musi­que, de cel­le qui vient des pro­fon­deurs, bien en deçà du par­king de Télé­ra­ma.

Le trom­pet­tis­te fran­co-liba­nais vient de sor­tir un nou­veau dis­que, Wind, qui s’inspire d’un film de René Clair, La Proie du vent, un film muet de 1926. Il y est ques­tion d’un pilo­te pris dans une tem­pê­te et for­cé d’atterrir dans un parc du châ­teau. Il tom­be amou­reux de la maî­tres­se des lieux… Com­ment en vient-on à com­po­ser du jazz là-des­sus ? Com­ment Miles com­po­sa, à la volée, la ban­de ori­gi­na­le d’Ascen­seur pour l’échafaud ?

Si vous vou­lez com­pren­dre ce gen­re de mys­tè­re, pre­nez date : Ibra­him Maa­louf joue­ra avec son quin­tet­te le same­di 6 juillet au Char­lie Jazz Fes­ti­val de Vitrol­les.

L’occasion de fai­re aus­si le lien, le ven­dre­di 5, avec Mar­seille-Pro­ven­ce 2013 et le concert don­né par le Medi­ter­ra­nean Char­lie Orches­tra, allia­ge pro­met­teur entre l’Orches­tre des Jeu­nes de la Médi­ter­ra­née et la com­pa­gnie Nine Spi­rit – soit une tren­tai­ne de musi­ciens enle­vés par le saxo­pho­nis­te et com­po­si­teur Raphaël Imbert.

Le fes­ti­val pren­dra fin le diman­che 7 avec le quar­tet d’Avi­shaï Cohen, contre­bas­sis­te pétillant. Il rem­pla­ce ain­si le trom­pet­tis­te Roy Har­gro­ve, obli­gé d’annuler sa tour­née pour rai­son de san­té.

Pro­gram­me com­plet du Char­lie Jazz Fes­ti­val et réser­va­tion : http://charliejazzfestival.com/


Ibra­him Maa­louf en Télé­ra­ma gara­ge Ses­sion par tele­ra­ma

Lire aus­si l’entretien avec Ibra­him Maa­louf sur CitizenJazz.com


Dix mots pour (mieux) entendre le jazz

Nota­ble ini­tia­ti­ve de Télérama.fr qui, dans son cha­pi­tre Musi­que, décor­ti­que quel­ques codes du jazz. Exem­ples à l’appui et illus­tra­tions sono­res par des musi­ciens tout à fait « auto­ri­sés ». On y « voit » mieux dans ce qui peut appa­raî­tre par­fois com­me du cha­ra­bia d’initiés. Même esprit vul­ga­ri­sa­teur, au meilleur sens, que dans les « Leçons de jazz » d’Antoine Her­vé (ou les « Leçons de musi­que » de Jean-Fran­çois Zygel). On pour­rait ten­ter une même démar­che avec la poli­ti­que, rayon « caco­pho­nie »…

Cli­quer sur l’image.

[Mer­ci Clau­de d’avoir débus­qué cet­te per­le sur la toi­le.]


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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