On n'est pas des moutons

jazz

1, 2 et 3 juillet à Vitrolles (13). Le jazz rêvé de Charlie


Font­blanche à Vitrolles, comme une décou­verte a priori inat­ten­due – gaffe aux a priori ! Peut-​on en effet rêver plus idyl­lique lieu que ce parc et ses pla­tanes monu­men­taux pour écou­ter du jazz ? C’est bien dans ce joyau de ver­dure bordé de sa rivière , près d’Aix et Mar­seille, que se tien­dra le qua­tor­zième Char­lie Jazz Fes­ti­val. Trois soi­rées pour chan­ger de monde – et peut-​être un peu chan­ger le monde aussi. Même si ça ne dépend pas que de la musique, vue la caco­pho­nie ter­restre… Rai­son de plus pour en pro­fi­ter. Voici le pro­gramme, que vous pou­vez aussi télé­char­ger ici.

Vous pou­vez éga­le­ment le décou­vrir et écou­ter des extraits musi­caux à par­tir des liens ci-​dessous :

Ven­dredi 1er Juillet
19h00 - Haï­douti Orkes­tar
21h00 - MEANDRES invite Bart MARIS [Créa­tion]
< 22h15 - Charles LLOYD New Quar­tet (Retrans­mis sur France Musique)

Samedi 2 Juillet
18h00 - Rétro­vi­seur
19h30 - Haï­douti Orkes­tar
< 21h00 - Joa­chim KÜHN, Majid BEKKAS, Ramon LOPEZ (Retrans­mis sur France Musique)
22h15 - Majid BEKKAS Sex­tet « Makenba »

Dimanche 3 Juillet
18h00 - Sidony Box
19h30 - Banda du Dock
21h00 - Musica Nuda
< 22h15 - Orchestre Natio­nal de Jazz « Shut Up and Dance »

« Eco Fes­ti­val » avec res­tau­ra­tion sur place et expos pho­tos. Le par­cours d’accès est fléché.

Deux scènes à la décou­verte du jazz d’aujourd’hui – et même de demain.

Site du fes­ti­val : http://​char​lie​jazz​fes​ti​val​.com/

[Pho­tos Gérard Tissier]


Jazz chez Jean-​Pierre. Quand les « happy few » font le nombre

C’était samedi der­nier, dit de Pen­te­côte, drôle de samedi. Point de vue perso à par­tir d’emploi du temps de même. Le matin, devant la mai­rie de mon bled, on était douze, comme des apôtres, à prê­cher dans le vide (pas tout à fait) pour une France et un monde débar­rassé du péril nucléaire. Le Japon de Fuku­shima c’est loin, faut croire, et l’humour cor­ré­zien a depuis recou­vert de son écume média­tique les miasmes radio­ac­tifs que conti­nuent de cra­cher les réac­teurs japo­nais en per­di­tion. Soit.

L’après-midi, pas­sage à la fête d’Attac-13 à Vitrolles. Beau temps, endroit buco­lique (Domaine de Font­blanche, c’est là que se tient le fes­ti­val de jazz Char­lie Free). Grosse déprime : une cen­taine de per­sonnes au rendez-​vous…

Soi­rée dans la col­line du JP’estival, ren­contre d’amateurs de jazz, rock et com­pa­gnie sur les res­tanques de Jean-​Pierre T., au-​dessus de la Durance – gardons-​le ano­nyme pour ne pas flin­guer son fes­ti­val entre potes qui ne pour­rait sup­por­ter l’invasion. Voilà onze ans qu’il s’est jeté dans la petite aven­ture : se don­ner un lieu et un moyen de jouer sans pas­ser par les cir­cuits contrai­gnants. Là, c’est le cir­cuit très court, genre directo producteur-​consommateur. L’orga se fait à la bonne fran­quette, sous une bâche, deux enceintes, trois pro­jos, sur fond sonore de cra­pauds en rut, et sen­teurs de pou­let yassa côté res­tau­ra­tion. Musi­ciens variés aussi, à tout point de vue, y com­pris artis­tique. Et alors ? Per­sonne pour s’en plaindre. On est là ensemble, à pas­ser des moments cha­leu­reux « entre soi », les « happy few » comme on dit de nos jours, ces « quelques pri­vi­lé­giés » action­nés par le bouche à oreille et qui finissent par atteindre les cent cin­quante ou deux cents, en comp­tant enfants et chiens.

Rien à voir avec les mai­gre­lettes mobi­li­sa­tions du matin et de l’aprèm. Ici, pas de poli­tique, sinon celle de l’ici & main­te­nant. Demain est un autre jour – et encore, pas sûr. L’avenir n’est plus ce qu’il était. Jus­te­ment parce que Tcher­no­byl et Fuku­shima. Parce que le monde pourri. Parce que rien ne vau­drait la cha­leur des petits mondes, petits certes mais tout de même bien réels.

Excuse, Youki, le coup de flash qui t’a fait sur­sau­ter… N’empêche, t’as de l’oreille – et de la gueule ! (Ph. gp)


Mini entre­tien avec Jean-​Pierre T.

Clip audio : Le lec­teur Adobe Flash (ver­sion 9 ou plus) est néces­saire pour la lec­ture de ce clip audio. Télé­char­gez la der­nière ver­sion ici. Vous devez aussi avoir JavaS­cript activé dans votre navigateur.


Archie Shepp en « Maradona du jazz » chez des rappeurs d’Aix-en-Provence

© Ph. Gérard Tissier

C’est une belle aven­ture débu­tée à l’automne. Son point d’orgue, si on ose dire : cette prin­ta­nière soi­rée du 6 mai 2011, un samedi, dans un quar­tier d’Aix-en-Provence. Et quand on dit « quar­tier » on croit avoir assez sous-​entendu, ce qui est pire que tout.

Donc ce soir-​là, au Jas de Bouf­fan, nom du quar­tier péri-​urbain, Archie Shepp avait rendez-​vous avec une bande de jeunes – à moins que ce ne soit l’inverse -, mais aussi un public, ras­sem­blé dans la salle bon­dée du Bois de l’Aune : un tiers de spec­ta­teurs venus en voi­sins, sup­por­teurs des leurs, le reste de plus loin, connais­seurs, curieux et bour­geois ordi­naires. Tel était l’aboutissement de ce « Jazz-​lab 1 », com­mencé à l’automne avec l’intention de mêler, mixer, mélan­ger, métis­ser quelques ingré­dients de la culture d’aujourd’hui.

[…] Suite sur Citi­zen Jazz, làhttp://​www​.citi​zen​jazz​.com/​J​a​z​z​l​a​b​-​1​-​a​-​A​i​x​-​e​n​-​P​r​o​v​e​n​c​e​-​a​v​e​c​.​h​tml


Jazz. Quand Raphaël Imbert marie Mozart et Ellington

Il avait tapé dans le mille avec son « Bach Col­trane » en 2008 : créa­ti­vité musi­cale, bel album, suc­cès de vente. Le saxo­pho­niste Raphaël Imbert, 37 ans, n’est pas du genre à exploi­ter un quel­conque filon. S’il revient à la charge avec cet autre couple classique-​jazz, mariant cette fois Mozart et Elling­ton, c’est au nom de sa quête de musi­cien. Il s’en explique dans un entre­tien calé juste avant le concert de créa­tion donné le 5 avril 2011 au Grand Théâtre de Pro­vence, à Aix. A lire sur Citi­zen Jazz.

© Pho­tos Gérard Tissier


Céline Bonacina au Moulin à jazz de Vitrolles. En plein jazz vivant

Dans l’étui de son saxo, elle pour­rait tenir… Je blague. Mais il s’agit tout de même d’un bary­ton. Et Céline Bona­cina taille plu­tôt alto, voire soprano. Et puis, après tout, puisqu’elle joue des trois et qu’ « aux âmes bien nées »… Tou­jours est-​il qu’avec basse et bat­te­rie son trio a lit­té­ra­le­ment enflammé le Mou­lin à jazz de Vitrolles, samedi 12 février, comme rare­ment on l’avait vu dans ce lieu pour­tant peu fri­leux. Ten­tons des expli­ca­tions… sur Citi­zen Jazz. [Photo Gérard Tissier]


Paolo Fresu à Aix. Un jazz « terriblement d’accord »…

Fau­drait être mau­vais cou­cheur pour ne pas appré­cier un concert comme celui donné le 8 février au Grand Théâtre d’Aix-en-Provence par Paolo Fresu et son quar­tette. Ce fut donc un bon concert. Pas­ser un bon moment, après tout, ce n’est pas rien, par ces temps si secoués et incer­tains. Et le jazz là dedans ? Ben oui, voilà ze question.

Suite à lire et voir sur Citi­zen­Jazz, làhttp://​www​.citi​zen​jazz​.com/​P​a​o​l​o​-​F​r​e​s​u​-​q​u​a​r​t​e​t​t​e​-​a​-​A​i​x​-​e​n​.​h​tml


Entretien avec Richard Galliano. Bach entre le jazz et la baloche

Bri­sons le cli­ché d’un Richard Gal­liano accor­déo­neux enca­naillé au jazz et enno­bli au clas­sique. C’est tout le contraire ! S’il fête ses soixante ans avec un disque et des concerts consa­crés à Bach*, l’accordéoniste a dès son plus jeune âge étu­dié et joué le grand maître du baroque. Aujourd’hui il trans­cende les genres au nom de la musique uni­ver­selle. Pro­pos d’autant plus témé­raire pour lui que l’accordéon demeure, peu ou prou, pri­son­nier de ses car­cans his­to­riques, entre l’orgue por­ta­tif et le « piano du pauvre ». Comme son ami argen­tin, feu Astor Piaz­zola, ainsi que quelques autres dans l’histoire de la musique, il libère l’étrange ins­tru­ment qui embrasse tout le champ musi­cal, de la tra­di­tion à la plus actuelle des avant-​gardes – là où Richard Gal­liano, il est vrai, ne va pas jusqu’à s’aventurer. **

Au GTP, Aix-​en-​Provence 14/​12/​2010 © Ph. Gérard Tissier

Com­ment un accor­déo­niste comme vous, qui a « viré » au jazz depuis très long­temps, peut-​il aujourd’hui s’intéresser à Bach ?

– J’ai tou­jours joué la musique de Bach, et on joue Bach à l’accordéon depuis plus d’un siècle. Pen­dant long­temps aussi les spé­cia­listes ont été des accor­déo­nistes russes qui ont joué sur­tout le réper­toire d’orgue. Moi-​même j’ai joué, lorsque j’étais jeune, des pièces comme la Fugue en la mineur, le Cla­ve­cin bien tem­péré, le Concerto ita­lien aussi, qui marchent très bien à l’accordéon. Sur­tout parce que l’accordéon c’est un orgue en miniature. L’instrument n’avait pour­tant ni sa place dans le jazz, ni dans le clas­sique – sur­tout à mon époque. C’était vrai­ment la face cachée… très peu de monde était au cou­rant de ce qui se pra­ti­quait à l’accordéon en dehors du musette. Par exemple, dans les années soixante, il y avait un accor­déo­niste qui avait par­ti­cipé à l’émission de Ber­nard Gavoty, Les Grands inter­prètes, c’était Freddy Balta. Il avait joué du Mes­siaen, entre autres… Mais pour le grand public, la seule dimen­sion de l’accordéon – d’ailleurs très belle – c’était le bal, la fête, qu’on retrouve dans beau­coup de musiques tra­di­tion­nelles. Au Bré­sil, par exemple, c’est le forro ; en Pologne, c’est la polka ; en Hon­grie, les csar­das… Et en France, la valse musette qui colle le mieux, je dois dire, à la peau de l’accordéon… La valse musette c’est aussi très proche des valses de Chopin…

(Lire la suite…)


Au Moulin à Jazz à Vitrolles. « If Duo » entre carpe et lapin

« If duo », accou­ple­ment de la carpe et du lapin : déjà, marier piano et trom­pette en duo et en jazz, faut oser. Bruno Ange­lini et Gio­vanni Fal­zone l’ont fait, sur scène et en public. Lequel a été emballé. C’était ce samedi 11 décembre au Mou­lin à Jazz de Vitrolles. Suite du rendu de concert sur Citi­zen Jazz.

Ils se parlent aussi en jouant…

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Carla Bley Trio à Aix-​en-​Provence. Casque d’or et ses deux princes

Carla et moi, je dois dire, c’est toute une his­toire… Nous par­lons bien de celle-​là : une reine, pas la loca­taire ély­séenne de pas­sage. Carla Bley jouait hier [29/​11/​10] à Aix, au Grand théâtre de Pro­vence, avec ses deux com­plices de fond, Steve Swal­low (basse) et Andy Shep­pard (saxos). Une sorte de pur dia­mant à trois pointes, vous voyez la rareté… L’histoire, donc, veut que je les piste sans réel­le­ment le vou­loir, mais quand même un peu. A chaque fois dans des confi­gu­ra­tions musi­cales par­ti­cu­lières. [Suite là, sur Citi­zen Jazz]

En dérive dans le cosmo-​jazz…


Mimi Perrin, comme un pinson du jazz

Mimi Per­rin, 1960. « Jazz maga­zine » saluant la nais­sance d’un style vocal.

A quoi ça tient… Les jour­naux, le jazz, la poli­tique, tout ça… J’allais allu­mer le feu, chif­fon­nant quelques boules de vieux Monde, la presse pour ça, rien de mieux – va le faire avec une page oueb… Mais brû­ler du jour­nal, pour un jour­na­liste, y a pas, c’est tou­jours un geste dur, à l’arrière-goût d’holocauste. Avec ça qu’au der­nier moment, un titre, une image, un mot vous accroche l’œil – et voilà ce qui arriva l’autre soir : « Quoi, Mimi Per­rin est morte ? ». Ben oui, c’est Mar­mande qui l’atteste, en tête de la page 30 [Le Monde, 20/​11/​10] avec une magni­fique photo de Jean-​Pierre Leloir. C’est bizarre la lec­ture du canard, on sait ça depuis longtemps.Un peu comme pour la musique, on vire­volte… Là, j’avais bien per­cuté sur la mort d ‘Abra­ham Ser­faty, l’inlassable oppo­sant au régime maro­cain ; et voilà com­ment Mimi Per­rin faillit pas­ser à la trappe de mon his­toire de jazzophile.

Superbe album avec ses vingt titres.

Jean­nine (avec deux n) Per­rin, dites « Mimi » (comme un pin­son ?), avant de mou­rir à 84 ans, ce 16 novembre à Paris, a vécu une double vie. Pour les jaz­zeux, celle des Double Six, sans doute le plus fameux encore à ce jour des groupes vocaux fran­çais et fran­co­phones. Elle en fut la créa­trice et l’inspiratrice de 1959 à 1965, date de la dis­so­lu­tion du groupe. Pour les lit­té­raires, c’était une tra­duc­trice renom­mée de l’américain au fran­çais – notam­ment les bio­gra­phies de Dizzy Giles­pie, Nina Simone et Quincy Jones dont elle était très proche. Mais on lui doit aussi des tra­duc­tions de John Le Carré (entre autres La constance du jar­di­nier, Une ami­tié abso­lue, avec sa fille Isabelle).

Dans les deux cas, un rap­port intime avec la langue fran­çaise. C’est même ce qui a consti­tué toute la pleine saveur des Double Six : cette manière superbe d’allier l’essence du jazz à celle du fran­çais, pour­tant réputé peu « musi­cable » – sur­tout dans ce registre, comme dans celui du rock, géné­ti­que­ment por­tés par l’anglo-saxon. Mais les Double Six, ce n’était pas qu’une per­for­mance lin­guis­tique. C’était aussi et d’abord un exploit musi­cal ayant consisté à « res­ti­tuer voca­le­ment les ver­sions ins­tru­men­tales de thèmes de jazz, solos com­pris, en repre­nant toutes les voix d’une orches­tra­tion de big band » (Xavier Pré­vost, Dic­tion­naire du jazz).

Je ne vous en dis pas plus ici, pré­fé­rant lui lais­ser la voix, sublime, dans l’extrait ci-​dessous, de 1960 (juste une minute légale de citation).

Clip audio : Le lec­teur Adobe Flash (ver­sion 9 ou plus) est néces­saire pour la lec­ture de ce clip audio. Télé­char­gez la der­nière ver­sion ici. Vous devez aussi avoir JavaS­cript activé dans votre navigateur.

On entend ici Mimi Per­rin dans « Rate Race » (La course au rat) de Quincy Jones ; elle tient la ligne se saxo ténor de Billy Mit­chell dans l’orchestre de Count Basie. Au piano, Art Sim­mons, à la basse, Michel Gau­dry et Daniel Humair à la bat­te­rie. Les CD du groupe peuvent don­ner lieu à des cadeaux de qua­lité… Parmi les autres voix du groupe, on retrou­vera notam­ment celles de Chris­tiane Legrand (sœur de Michel), et aussi de Ber­nard Lubat et d’Eddy Louiss. Un col­lier de perles dont « Mimi » fut l’une des plus étincelantes.


  • « L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances » Ber­trand Russell
  • Non à la propagande d’AREVA !

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