On n'est pas des moutons

jazz

Carla Bley Trio à Aix-​en-​Provence. Casque d’or et ses deux princes

Carla et moi, je dois dire, c’est toute une his­toire… Nous par­lons bien de celle-​là : une reine, pas la loca­taire ély­séenne de pas­sage. Carla Bley jouait hier [29/​11/​10] à Aix, au Grand théâtre de Pro­vence, avec ses deux com­plices de fond, Steve Swal­low (basse) et Andy Shep­pard (saxos). Une sorte de pur dia­mant à trois pointes, vous voyez la rareté… L’histoire, donc, veut que je les piste sans réel­le­ment le vou­loir, mais quand même un peu. A chaque fois dans des confi­gu­ra­tions musi­cales par­ti­cu­lières. [Suite là, sur Citi­zen Jazz]

En dérive dans le cosmo-​jazz…


Mimi Perrin, comme un pinson du jazz

Mimi Per­rin, 1960. « Jazz maga­zine » saluant la nais­sance d’un style vocal.

A quoi ça tient… Les jour­naux, le jazz, la poli­tique, tout ça… J’allais allu­mer le feu, chif­fon­nant quelques boules de vieux Monde, la presse pour ça, rien de mieux – va le faire avec une page oueb… Mais brû­ler du jour­nal, pour un jour­na­liste, y a pas, c’est tou­jours un geste dur, à l’arrière-goût d’holocauste. Avec ça qu’au der­nier moment, un titre, une image, un mot vous accroche l’œil – et voilà ce qui arriva l’autre soir : « Quoi, Mimi Per­rin est morte ? ». Ben oui, c’est Mar­mande qui l’atteste, en tête de la page 30 [Le Monde, 20/​11/​10] avec une magni­fique photo de Jean-​Pierre Leloir. C’est bizarre la lec­ture du canard, on sait ça depuis longtemps.Un peu comme pour la musique, on vire­volte… Là, j’avais bien per­cuté sur la mort d ‘Abra­ham Ser­faty, l’inlassable oppo­sant au régime maro­cain ; et voilà com­ment Mimi Per­rin faillit pas­ser à la trappe de mon his­toire de jazzophile.

Superbe album avec ses vingt titres.

Jean­nine (avec deux n) Per­rin, dites « Mimi » (comme un pin­son ?), avant de mou­rir à 84 ans, ce 16 novembre à Paris, a vécu une double vie. Pour les jaz­zeux, celle des Double Six, sans doute le plus fameux encore à ce jour des groupes vocaux fran­çais et fran­co­phones. Elle en fut la créa­trice et l’inspiratrice de 1959 à 1965, date de la dis­so­lu­tion du groupe. Pour les lit­té­raires, c’était une tra­duc­trice renom­mée de l’américain au fran­çais – notam­ment les bio­gra­phies de Dizzy Giles­pie, Nina Simone et Quincy Jones dont elle était très proche. Mais on lui doit aussi des tra­duc­tions de John Le Carré (entre autres La constance du jar­di­nier, Une ami­tié abso­lue, avec sa fille Isabelle).

Dans les deux cas, un rap­port intime avec la langue fran­çaise. C’est même ce qui a consti­tué toute la pleine saveur des Double Six : cette manière superbe d’allier l’essence du jazz à celle du fran­çais, pour­tant réputé peu « musi­cable » – sur­tout dans ce registre, comme dans celui du rock, géné­ti­que­ment por­tés par l’anglo-saxon. Mais les Double Six, ce n’était pas qu’une per­for­mance lin­guis­tique. C’était aussi et d’abord un exploit musi­cal ayant consisté à « res­ti­tuer voca­le­ment les ver­sions ins­tru­men­tales de thèmes de jazz, solos com­pris, en repre­nant toutes les voix d’une orches­tra­tion de big band » (Xavier Pré­vost, Dic­tion­naire du jazz).

Je ne vous en dis pas plus ici, pré­fé­rant lui lais­ser la voix, sublime, dans l’extrait ci-​dessous, de 1960 (juste une minute légale de citation).

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On entend ici Mimi Per­rin dans « Rate Race » (La course au rat) de Quincy Jones ; elle tient la ligne se saxo ténor de Billy Mit­chell dans l’orchestre de Count Basie. Au piano, Art Sim­mons, à la basse, Michel Gau­dry et Daniel Humair à la bat­te­rie. Les CD du groupe peuvent don­ner lieu à des cadeaux de qua­lité… Parmi les autres voix du groupe, on retrou­vera notam­ment celles de Chris­tiane Legrand (sœur de Michel), et aussi de Ber­nard Lubat et d’Eddy Louiss. Un col­lier de perles dont « Mimi » fut l’une des plus étincelantes.


Enzo Carniel Trio et Nicolas Folmer : un jazz qui Mouline à Vitrolles

Il y a aussi le devant de la scène : un public et une équipe qui relient le jazz et les musi­ciens. © Ph. Gérard Tissier

Samedi 13 novembre, Mou­lin à jazz de Vitrolles (Bouches-​du-​Rhône). Taux de com­pres­sion maxi, soit plus de cent per­sonnes. Une qua­ran­taine d’autres refou­lées. A l’affiche : Enzo Car­niel Trio et Nico­las Fol­mer en invité. Concert impec, écoute et ambiance de même. Ova­tion inévi­table. Expli­ca­tion du suc­cès : des musi­ciens de talent, certes et en pre­mier lieu. Mais aussi des condi­tions opti­males pour des artistes tou­jours ravis de venir jouer à Vitrolles où ils sont cajo­lés à la fois par la bande de Char­lie Free, l’association qui gère le Mou­lin et le Fes­ti­val, et par un public si atten­tif, connais­seur et cha­leu­reux. Le tout ayant un prix, celui du spec­tacle vivant, menacé comme tant d’autres secteurs.

À lire sur Citi­zen jazz : http://www​.citi​zen​jazz​.com/​J​a​z​z​-​a​u​-​M​o​u​l​i​n​-​V​i​t​r​o​l​l​e​s​-​s​u​i​v​i​-​d​e​.​h​tml


Wayne Shorter à Marseille. Cette volonté de larguer les amarres…

Wayne Shor­ter en quar­tette. C’était ce 21 octobre 2010 sur les quais de Mar­seille, Fiesta des Suds. Seul concert de jazz de cette semaine « musiques et arts du monde », un must, comme on dit en pro­ven­çal… Les voilà donc qui s’installent, fan­tômes devant deux bons mil­liers d’oreilles, dont la moi­tié de corps et de cer­veaux, espé­rons. Ce sera le cas : grand rendez-​vous pour grande musique – y en aurait-​il d’autres ? La plu­part le savent, ils ont bien rendez-​vous avec l’ex-sax des Jazz Mes­sen­gers, de Miles Davis après Col­trane, puis de Wea­ther Report – ceux qui ont, du moins pour un temps de rock, changé le cli­mat du jazz.

La suite là, sur Citi­zen Jazz.

Comme un Braque ou un Picasso, des mor­ceaux por­tés par la struc­ture. © Ph. Gérard Tissier



Alain Corneau, le musicien à la caméra

Alain Cor­neau au Fes­ti­val du Film Fran­çais de Yoko­hama, le 19 juin 2005. Ph. Wikipedia

Mes papiers « jazz » seront désor­mais plus au chaud sur le site de Citi­zen Jazz. Je conti­nue­rai à les signa­ler sur C’est pour dire, comme c’est le cas avec cet hom­mage au cinéaste Alain Cor­neau, qui vient de mourir.

Alain Cor­neau, le musi­cien à la caméra


Mort d’Abbey Lincoln. Voix du jazz et des droits de l’homme

Abbey Lin­coln en concert (1992) Ph. Wikipedia

Abbey Lin­coln est morte samedi (14 août), mais la France des « JT » n’en aura rien su – si j’en crois mes [télé]visions. Cette France aura été gavée des pro­diges d’une Amé­ri­caine de dix ans désor­mais pro­mue Cal­las en herbe. Ou bien, le len­de­main, d’un gamin de huit ans, un Anglais, sur­nommé le « petit Monet » parce qu’il peint comme un dieu… Ne cher­chez pas l’arnaque (enfin si !, s’il y en a une, tou­jours pos­sible), c’est le Spec­tacle qui exige de tels sacrifices.

Donc la chan­teuse de jazz a tré­passé à 80 ans, dans sa mai­son de retraite de New York. On peut bien conce­voir que l’info ne sou­lève guère les rédac­tions télé­vi­sées et qu’il valait mieux, certes, trai­ter des rafles de Roms et autres réprou­vés de la démente poli­tique sar­ko­zyenne. Sauf que lien il y a entre la mort de la dame état­su­nienne et cette désho­no­rante actua­lité fran­çaise. Abbey Lin­coln, en effet, fut une ardente mili­tante pour les droits civiques aux Etats-​Unis, c’est-à-dire contre cette ségré­ga­tion qui ren­voyait les Noirs au rayon des sous-​hommes.

Noire elle-​même, peut-​être aussi métis­sée de sang indien, Anna Marie Wool­dridge s’était unie en 1962, à la ville comme au com­bat poli­tique, avec le bat­teur Max Roach (mort en 2007), pion­nier du bebop et mili­tant des droits de l’homme. Ce n’est évi­dem­ment pas par hasard qu’elle choi­sit alors de s’appeler Lin­coln. En 1960, en effet, elle et Roach avaient été invi­tés à contri­buer aux com­mé­mo­ra­tions du cen­tième anni­ver­saire de la pro­cla­ma­tion d’émancipation de Abra­ham Lin­coln pré­vues en 1963.

Voilà pour­quoi l’ « actu » aurait pu réser­ver même seule­ment une brève à cette grande dame à la voix « enga­gée », c’est-à-dire une voix non pas jolie, sur­tout pas enjô­leuse ; une voix si indé­fi­nis­sable et forte à la fois. Le mieux est de la don­ner à entendre. Par exemple dans cet extrait de « Ten­der as a Rose », un chant a capella, pas mili­tant, pas fleur bleue non plus.

Clip audio : Le lec­teur Adobe Flash (ver­sion 9 ou plus) est néces­saire pour la lec­ture de ce clip audio. Télé­char­gez la der­nière ver­sion ici. Vous devez aussi avoir JavaS­cript activé dans votre navigateur.

Pour en savoir plus sur Abbey Lin­coln, ne vous pri­vez pas non plus de lire le très bon article de Diane Gas­tellu sur Citi­zen Jazz.


McCoy Tyner à La Roque-d’Anthéron. Même les astres vieillissent


« Sois fier, ouvrier ! » Ph. Gérard Tissier

Une fois le tra­vail fini, l’ouvrier ramasse sa musette, la passe à l’épaule et file vers son des­tin. Qu’y a-​t-​il donc dans la musette de McCoy Tyner, Alfred de son inusité pré­nom, ame­née avec lui hier [lundi 26 juillet 2010] à son concert du fes­ti­val de La Roque d’Anthéron ? Il a gagné la scène à petits pas comp­tés de retraité. Soixante-​douze ans, pas si vieux pour­tant. Mais c’est qu’il en a compté des pas, et des notes donc, par mil­liers de mil­lions ! Cet aristo du jazz a tout du prolo magis­tral, et sa cas­quette on ne sait si elle sort d’un green de golf ou d’un bis­trot à tiercé. S’en fout. Donc, il pose sa pré­cieuse musette au pied du Stein­way ; elle est pleine, jouf­flue, fer­mée : des sou­ve­nirs, des his­toires, pleine d’images, de sons, de par­toches ? Elle reste muette la musette et le voilà à l’ouvrage, l’ouvrier. Il la connaît sa machine, depuis le temps. Il l’aime et la caresse. Pas la moindre bru­ta­lité. Tout dans la tête et en voi­ture les copains.

Soit Joe Lovano au ténor, à l’avant, place du mort. C’est-à-dire celle du grand, du géant, du com­man­deur à l’ombre tuté­laire. Avec Col­trane, McCoy aura joué presque une dizaine d’années, dont cinq ou six au plus près (60−65), les plus grandes, les glo­rieuses, l’épopée. On n’en fini­rait pas d’égrener enre­gis­tre­ments et concerts, par cen­taines, dont celui de 60, à l’Olympia, où ils furent sif­flés, mécham­ment, par d’ignares braillards, arrière-​gardistes à la ramasse. Des réacs en fait, des peine à jouir en quête de ras­su­rance : entendre ce qu’on connaît, c’est mieux pour chan­ton­ner ou fan­fa­ron­ner. On dira que ça vaut les snobs, ô Gudule… Mais la musique, le jazz, revenons-​y.

Hier donc, ça se pas­sait à Rognes, près d’ Aix-​en-​Provence et de la Roque d’Anthéron, vous savez le grand fes­ti­val de piano. Rognes, dans les anciennes car­rières de la pierre du même nom qui pare les belles mai­sons de riches. L’endroit est comme on dit « magique » : un trou taillé à l’équerre dans la roche du plus bel ocre. En fond de scène, cette muraille avec son Nia­gara de lierre éme­raude. Ne me dites pas que ça ne s’entend pas ! Néces­saire écrin aux notes célestes. Pour­quoi croyez-​vous qu’on par­coure tant de lieues pour com­mu­nier en musique ? : Vienne et son théâtre antique, Nice et ses cor­niches, Vitrolles et ses pla­tanes, La Seyne-​sur-​mer et son Fort Napo­léon – j’en passe. Pour­quoi pré­fé­rer le décor d’un res­tau­rant à celui de sa cui­sine ? Reste tou­jours la ques­tion des plats, évi­dem­ment. Pas ques­tion de tam­bouille ou d’arnaque à la frime.

Ph. Gérard Tissier

Et hier, jus­te­ment, pas la moindre trace de notes fre­la­tées. Lovano, donc, le gendre idéal pour noces bien tenues. Aucun débor­de­ment dans le pro propre. Mais du solide, de l’assuré, jusque dans la déli­ca­tesse soyeuse. Au volant, Alfred suit sa route, « négo­cie » ses courbes, assure les reprises ; main gauche main droite en pleine vélo­cité. Aux places arrière, le mou­lin de la ryth­mique, cor­recte aussi, plus ou moins – un bat­teur qui bat (Eric Kamau Gra­vatt, passé par Wea­ther Report) sans plus ; un contre­bas­siste qui pulse de même (Gerald Can­non, appuyé, démonstratif).

On aura par­couru la grande route du jazz en 90 minutes : du modal et même du swing ancien et de la racine (Blues on the Cor­ner en rap­pel). Mais plus de folie free. Même les astres vieillissent. Plus ou moins vite. Celui-​là prend son temps, sur­tout depuis que le Soleil s’est éloi­gné. Même si « les gens » per­sistent à voir en lui « l’homme qu’a vu l’ours » – ce « pia­niste de John Col­trane », alias J-​C, vous savez dans le sys­tème ado­ra­tif des fans, ceux qui croient aux miracles, qui croient croire et qui coassent, comme raillait Pré­vert, et qui se pros­ternent au pas­sage de l’ « icône vivante » – ova­tion debout, à l’aller de la scène comme au retour, car ils étaient venus à la car­rière de Rognes comme à la grotte de Lourdes, croyant au miracle qui n’a pour­tant pas eu lieu. Mais c’était bien assez pour hono­rer le culte du jazz, cette reli­gion – en principe – barbare.

Ci-​dessous, en prime, deux extraits sai­sis dans la car­rière de Rognes :
[fla­sh­vi­deo file=http://f.lovisolojob.free.fr/video/11maccoy.flv /]

[fla­sh­vi­deo file=http://f.lovisolojob.free.fr/video/22maccoy.flv /]

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Ph. Gérard Tissier

PS 1 – Mon cama­rade Gérard Tis­sier, autre fondu de jazz et néan­moins pho­to­graphe avait hier un plan « Rognes » : offrir à Alfred McCoy Tyner la photo qu’il prit de lui… en 1963 au Blue Note à Paris où il avait déboulé avec ses potes après le concert salle Pleyel du quar­tet de John Col­trane. Il y avait là Jimmy Gar­ri­son (c-​basse) et Elvin Jones (bat­te­rie) qui enta­mèrent le bœuf, à la suite du concert de l’organiste Lou Benett, ori­gi­naire de Phi­la­del­phie tout comme McCoy…

Ces deux pho­tos attestent aussi de l’impossibilité pour le jeune pho­to­graphe d’alors de bou­ger et donc de pou­voir, dans ce club si exigu (dis­paru depuis) cadrer ensemble les trois musiciens…

Mais hier, le temps de gagner la sor­tie de la car­rière (pas le tout d’y entrer…) et les vedettes avaient été aspi­rées par la limou­sine de ser­vice. Gérard a gardé ses deux pho­tos dans sa… musette. Avec le bon­jour d’Alfred !

PS 2 – Mort de Willem Breu­ker. Cour­riel de Gérard Ter­ro­nès : […] « Notre ami Willem Breu­ker nous a quit­tés hier ven­dredi [23 jui­let]. J’ai eu le grand pri­vi­lège de pou­voir pro­gram­mer ce com­po­si­teur, saxo­pho­niste et lea­der du Willem Breu­ker Kol­lek­tief dans mes dif­fé­rents jazz clubs, concerts et fes­ti­vals pari­siens, de l’enregistrer sur mon label Marge et aussi d’être son com­pa­gnon de route durant dix-​huit ans (1975−1993) dans de mul­tiples aven­tures à tra­vers toute la France.

« Artiste brillant, il fut l’un des pères des musiques impro­vi­sées euro­péennes vers le milieu des années 1960. Créa­teur et agi­ta­teur musi­cal très inven­tif, vir­tuose et plein d’humour, il com­posa aussi pour le cinéma et le théâtre. Il mani­festa une indé­pen­dance cer­taine dans la jungle des jazz et mit en pra­tique son choix de fonc­tion­ne­ment poli­ti­que­ment auto­nome en dénon­çant dans ses œuvres toutes les injus­tices et misères du monde, mais éga­le­ment par sa démarche en auto­ges­tion et ges­tion directe de son Kol­lek­tief et de son label (BVHAAST).

« Je suis effon­dré d’apprendre le décès de ce com­bat­tant ami de longue date, dis­pa­ri­tion qui repré­sente une grande perte pour tous ses proches et admi­ra­teurs, mais aussi pour le jazz et toutes les musiques impro­vi­sées actuelles. »

http://​futu​ra​marge​.free​.fr


Charlie Jazz Festival à Vitrolles. Trois soirs sans foot !

PROMO : Atten­tion, c’est ven­dredi 2, samedi 3 et dimanche 4 juillet, dès 18 heures ! Char­lie Jazz Fes­ti­val, édi­tion 13, dans le « 13 », Bouches du Rhône, Pro­vence, écrin de ver­dure sur­volé de pla­tanes tri­cen­te­naires, Domaine de Font­blanche, Vitrolles.

L’essentiel est dit, sauf la musique, la fête, la ren­contre. Avec le lieu, avec les autres, avec le jazz de haute volée. Non mais, voyez-​moi un peu le pro­gramme : Jean-​Marie MACHADO (piano), Enrico RAVA (trom­pette), Mina AGOSSI (chant), Odean POPE (saxo), Jeff « Tain » WATTS (bat­te­rie). Ça c’est pour les têtes d’affiche qui, par défi­ni­tion et injus­te­ment, prennent la pre­mière place. En atten­dant la relève, déjà à pleines dents : le groupe MELC, avec Denis JONES, gui­tare (en rési­dence au Mou­lin à Jazz de Vitrolles), Fran­çois CORDAS (saxo) et son quar­tet, le trio SASHIRD LAO et le quin­tet de Florent PUJUILA (anches) ... Sans oublier les fan­fares : La Méca­nique des Fluides, Same­na­koa, Won­der­brass.

Un fes­ti­val de jazz, et éga­le­ment un « éco-​festival » sen­sible aussi à la musique éco­lo­gique : res­tau­ra­tion et bois­sons bio, recy­clage des déchets, éclai­rage par Led, toi­lettes sèches, co-​voiturage, etc.

De Pro­vence ou de pas­sage, ce serait trop bête de rater le Char­lie Jazz Fes­ti­val. Ne serait-​ce que pour se repo­ser du Mondial…

Vous aurez pigé que cet appel n’est rien moins qu’un copi­nage. Y a pas qu’à l’Ump’ qu’on se ren­voie des ascen­seurs. Sauf que celui-​ci n’a rien de doré, qu’il ne mène pas aux Sey­chelles mais tout bon­ne­ment à un bout de para­dis du jazz et du plai­sir de vivre. Et en plus de ça, si vous me ren­voyez votre nom par cour­riel, vous béné­fi­cie­rez d’un tarif réduit de 15 euros la soi­rée (quatre concerts !) au lieu de 20. Suf­fira de vous pré­sen­ter de ma part à l’accueil. Pas beau ça ?

Odean Pope, un col­tra­nien au phrasé pro­fond (Dimanche soir, il se retourne…)

Comptes ren­dus, extraits vidéo et pho­tos des trois jours de fes­ti­val se trouvent là :

http://​www​.concer​tandco​.com/​m​a​r​s​e​i​l​le/


Pianiste de jazz. Hank, le dernier des Jones

Dans la grande fra­trie Jones, c’était le doyen et der­nier sur­vi­vant. Le pia­niste Henry « Hank » Jones est mort dimanche (16 mai) à New York, âgé de 92 ans. C’est dire s’il a labouré les terres du jazz, en side­man et en lea­der, sans qu’on par­vienne à recen­ser le nombre de disques où il se fait entendre dans son style aérien et assuré.


Hank Jones (1918−2010). Ici en 2004, au Car­ne­gie Hall de New York.

Dans la lignée d’Art Tatum, de Bud Powell et Tommy Fla­na­gan, ses réfé­rences, il avait été un des pre­miers à s’imposer dans la forme du trio bebop, notam­ment avec des com­plices de haute volée tels que Tony Williams (dm) et Ron Car­ter (b), Eddy Gomez et Jimmy Cobb.

De for­ma­tion musi­cale clas­sique, il est venu au jazz en com­pa­gnie de ses fran­gins : Thad­deus, dit Thad, com­po­si­teur, trom­pet­tiste fameux et plus encore bugliste (mort en 1986) ; et Elvin – mais oui, bon sang ! Elvin Jones (mort en 2004), le bat­teur de Col­trane – pour dire vite et don­ner une idée par­tielle de la lignée des dix frangins-​frangines de la famille Jones, tous plus ou moins musiciens.

Hank Jones était qua­si­ment l’invité atti­tré du fes­ti­val Jazz à Beau­pré, à Saint-​Cannat près d’Aix-en-Provence.

Le mieux est encore de le voir et l’écouter, comme ici dans Willow Weep for Me, un stan­dard cher à Ella Fitz­ge­rald, dont Hank Jones fut le pia­niste durant plus de cinq ans.


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