On n'est pas des moutons

mon OEil

« Les Actualités » de 1946. « C’était Noël quand même… »

En ces temps-là, l’actualité pas­sait par les écrans de ciné­ma. Avec l’impayable ton pleur­ni­chard du spi­queur et son prê­che à deux bal­les, « Les Actua­li­tés » impo­sait en dix minu­tes une vision du mon­de pour le moins étri­quée. Au menu, pour ce 25 décem­bre 1946 : Saut à ski au trem­plin de See­gru­be dans le Tyrol autri­chien, cat­ch sal­le Wagram, mort de Paul Lan­ge­vin, inno­va­tion : le cais­son chi­rur­gi­cal, étu­de des rayons cos­mi­ques, retour des bagnards de Cayen­ne à l’île de Ré, fouilles à Car­tha­ge, ves­ti­ges de la civi­li­sa­tion aztè­que au Mexi­que, ima­ges de Noël 1946, Boxe : mat­ch Cer­dan contre Char­ron… (pri­vé d’images). On ne crai­gnait pas le mélan­ge des gen­res dans une hié­rar­chie des sujets plus que rela­ti­ve. C’était il y a soixan­te-dix ans. Pas de quoi être nos­tal­gi­que. [© Docu­ment Ina]


Enfin de la pub, de la vraie, sur les radios du service public !

hara_kiri_pubSur l’autel de (feue) la gau­che, ce gou­ver­ne­ment ne recu­le devant aucun sacri­fi­ce. Ce matin au réveil, j’apprends dans le pos­te qu’un décret paru aujourd’hui même au Jour­nal offi­ciel auto­ri­se la publi­ci­té sur les ondes de Radio Fran­ce !

Le tout-pognon aura enco­re sévi, empor­tant sur son pas­sa­ge les res­tes d’éthique auquel on croyait enco­re pou­voir s’accrocher. Tu croyais, naïf, que les radios du ser­vi­ce public te met­taient à l’abri des saillies de « pub qui rend con – qui nous prend pour des cons »… Maca­che ! Finies les débi­li­tés limi­tées aux seules « oui qui ? Kiwi ! » et autres « Mat­mut » à en dégueu­ler. On est pas­sé au tout-Macron, mon vieux ! Tu savais pas ? Vive le tout-libé­ral, l’indécence com­mu­ne et la vul­ga­ri­té mar­chan­de ! Les enzy­mes glou­tons sont de retour, et les bagno­les à tout-va, les chaus­sée-au-moi­ne, les jus­tin-bri­doux, les mars-et-ça-repart – autant dire que le bon­heur nous revient en splen­deur, avec ses trou­vailles enchan­te­res­ses, la vie faci­le, enfin !

Man­que tout de même à ce gou­ver­ne­ment qui, lui aus­si, nous prend pour des cons, un minis­tre à la hau­teur. Je ne vois que Ségué­la. Un Ségué­la, sinon rien ! Et au com­plet, avec sa rolex et sa conne­rie.

Nous res­te­ra à fer­mer le pos­te. On mour­ra moins con (« oui mais, on mour­ra quand même ! »).

imgres-1 imgres imgres-3



Pendaison publique, place de l’Opéra à Marseille

Pendue

© gp

On croyait ces temps révo­lus, révo­lus com­me la Révo­lu­tion et com­me la pei­ne de mort… C’était sans comp­ter sur l’exception mar­seillai­se. Non pas cel­le des autres exé­cu­tions publi­ques, il y a dix jours enco­re, devant ce même opé­ra muni­ci­pal, à coup de bas­tos. Non, une vraie de vraie, par pen­dai­son. Plus éco­no­mi­que que la guillo­ti­ne, tel­le­ment moins san­gui­no­len­te. Un gibet, une cor­de, un bour­reau, une condam­née à mort, et hop ! Le tout devant un public recueilli et même une clas­se de petits éco­liers – c’était mer­cre­di. Il faut bien édi­fier les mas­ses face au Cri­me éter­nel, que le châ­ti­ment, pour­tant, jamais ne tarit…

Il y avait de la fas­ci­na­tion dans le regard du peu­ple ain­si assem­blé. Oui, des lueurs de défi, une cer­tai­ne jouis­san­ce dans les pru­nel­les avi­des. Il faut dire que la cri­mi­nel­le irra­diait lit­té­ra­le­ment, sous sa lon­gue robe écar­la­te et son regard de brai­se, sous ses ulti­mes paro­les en appe­lant à la vie, à la révol­te de la vie. Que lui repro­chait-on à cet­te Char­lot­te Cor­day mar­seillai­se ?

À enten­dre son cri, on com­prend que c’est la Fem­me, fata­le péche­res­se, qui devait ici expier son cri­me d’exister. Dans la sui­te inin­ter­rom­pue des muti­la­tions his­to­ri­ques infli­gées à tou­tes les fem­mes de la pla­nè­te en per­di­tion : bat­tues, exploi­tées, mépri­sées, répu­diées, trom­pées, humi­liées, exci­sées, lapi­dées, igno­rées ou même adu­lées – exé­cu­tées. La sup­pli­ciée : « Regar­de mon corps mon trou ma tom­be mes yeux mes seins mon sexe. L’os pelé de l’amour la clef des lar­mes. Je brû­le d’une flam­me nue... ». Et il est des pays où de tel­les scè­nes ne sont pas fic­ti­ves. Tant de sau­va­ge­rie par­tout ! Jus­que « dans l’ombre de la démo­cra­tie », ain­si que le sou­li­gne l’auteur du spec­ta­cle.

La dra­ma­tur­gie a joué à plein, dans le dénue­ment du lieu et de la situa­tion. La comé­dien­ne, poi­gnan­te, bou­le­ver­san­te au bout de sa cor­de. Son bour­reau intrai­ta­ble. Cela eut lieu entre les coups de sirè­ne de midi et midi dix, sous la plain­te trou­blan­te d’un saxo, face au soleil cru, balayé de mis­tral. Magie du théâ­tre.

C’était hier, com­me en cha­que pre­mier mer­cre­di du mois, depuis 2003 que Lieux publics s’approprie le par­vis de l’opéra mar­seillais pour une scè­ne de rue jamais ano­di­ne. Cela s’appelle Sirè­nes et midi net. Un beau nom de ren­dez-vous.

Pendue

© gp

Pen­due, de la com­pa­gnie Kumu­lus, une adap­ta­tion du spec­ta­cle Les Pen­dus, de Bar­thé­le­my Bom­pard, écrit par Nadè­ge Pru­gnard„ inter­pré­té par Céli­ne Dami­ron et Bar­thé­le­my Bom­pard,
accom­pa­gnés par Thé­rè­se Bosc au saxo­pho­ne. Tech­ni­que : Dja­mel Djer­boua, son : Nico­las Gen­dreau.


« Charlie ». Retour sur images, appel aux Lumières

Un 11 jan­vier bien sûr mémo­ra­ble. Quel­ques ima­ges ci-des­sous (cli­quer des­sus pour les agran­dir) com­me matiè­re à ques­tions, pour ne pas tom­ber dans l’angélisme lié aux gran­des com­mu­nions et à leurs len­de­mains désen­chan­tés – on se sou­vient des « Blacks-Blancs-Beurs » por­tés par l’utopie foot­bal­leu­se de la Cou­pe du mon­de (1998), retom­bée com­me un souf­flé. Sei­ze ans après, l’intégration des immi­grés demeu­re plus que pro­blé­ma­ti­que : ghet­tos des BANLIEUES, ins­tal­la­tion du Front natio­nal, isla­mis­me, anti­sé­mi­tis­me, désar­roi des ensei­gnants, impuis­san­ce des poli­ti­ques. Le tout sur fond de mon­dia­li­sa­tion libé­ra­le dévas­ta­tri­ce avec ses ter­ri­fiants corol­lai­res : chô­ma­ge galo­pant, guer­res de reli­gion et guer­res tout court, l’économie aux mains des finan­ciers, abî­mes entre riches tou­jours plus riches et pau­vres tou­jours plus pau­vres, pilla­ge éhon­té des res­sour­ces natu­rel­les, dés­équi­li­bres éco­lo­gi­ques et affo­le­ment du cli­mat pla­né­tai­re, mena­ces gran­dis­san­tes sur les espè­ces végé­ta­les et ani­ma­les – jusqu’à l’espèce humai­ne. Seul, ou pres­que, l’obscurantisme se por­te bien. Le pes­si­mis­me aus­si, quand « les bras nous en tom­bent ». Ce ne fut pas le cas ce diman­che 11 jan­vier, pen­dant ces quel­ques heu­res où, pour quel­ques mil­lions d’humains, « le ciel était tom­bé sur ter­re ». Sur ter­re où il s’agit bien de redes­cen­dre et d’y allu­mer les Lumiè­res.


« Je suis Charlie ». Sophia Aram se demande…


L’hommage de Sophia Aram à Char­lie Heb­do sur Fran­ce Inter

« Et Dieu dans tout ça ? », s’interroge Sophia Aram, tou­te dubi­ta­ti­ve après la per­te de ses copains de Char­lie. Notons, à pro­pos de la célè­bre inter­pel­la­tion,  que si  son auteur, Jac­ques Chan­cel, a été épar­gné par les fous d’Allah c’est par­ce qu’il a pré­fé­ré mou­rir avant leurs accès de cha­ri­té isla­mis­te. Enco­re que, ne fai­sant pas par­tie de cet­te ban­de de mécréants désor­mais déci­mée, il aurait sans dou­te été épar­gné. Pour­quoi Allah n’aurait-il pas eu des bon­tés envers un croi­sé com­me lui, si média­ti­que et chré­tien, ami des grands de ce mon­de, de Nico­las Sar­ko­zy et de Car­la ?


« Je suis Charlie ». Non, Dieu n’est pas grand *

Des mil­liers de citoyens ont mani­fes­té hier leur soli­da­ri­té avec les dou­ze vic­ti­mes de l’affreux car­na­ge de ce 7 jan­vier à Char­lie Heb­do, jour noir pour la Fran­ce, la démo­cra­tie, la liber­té d’expression, l’humanité digne de ce nom. Que ces meur­tres affreux aient été per­pé­trés au nom d’Allah méri­te pour le moins de s’interroger sur la gran­deur de ce dieu et de ses « ser­vi­teurs ». D’où ces quel­ques remar­ques et réflexions pour ten­ter d’éclairer nos lan­ter­nes vacillan­tes…

Dernier Charb. Prémonitoire…

Der­nier Charb. Pré­mo­ni­toi­re…

Inuti­le de pren­dre des gants : cet atten­tat est signé. Il l’est d’abord par sa cible : un jour­nal libre et liber­tai­re, ico­no­clas­te jusqu’à la pro­vo­ca­tion, irré­li­gieux sinon anti-reli­gieux. Un jour­nal qui s’en pre­nait tout spé­cia­le­ment aux inté­gris­tes musul­mans et avait trans­gres­sé (du point de vue de l’islam) l’interdit de la repré­sen­ta­tion ima­gée de Maho­met. Signé, cet atten­tat l’est aus­si clai­re­ment par les pro­fé­ra­tions ver­ba­les de ses auteurs rap­por­tées par des témoins pro­ches, confir­mées par les décla­ra­tions du pro­cu­reur de la Répu­bli­que.

Le carac­tè­re reli­gieux de ces actes est donc indé­nia­ble, quel­les que soient les déné­ga­tions des repré­sen­tants offi­ciels des trois mono­théis­mes et de leurs varian­tes. Ceux-ci s’emploient dans le même empres­se­ment et la même una­ni­mi­té à se déso­li­da­ri­ser des auteurs de l’odieux atten­tat qu’ils n’hésitent pas à qua­li­fier de « bar­ba­res ». Dont acte. Com­ment pour­rait-il en être autre­ment ?

Mais les cler­gés – je sou­li­gne : les appa­reils reli­gieux, pas les croyants – ont une évi­den­te urgen­ce à se dédoua­ner de leurs res­pon­sa­bi­li­tés his­to­ri­ques en matiè­re de bar­ba­ries pas­sées, qui ne sont pas que loin­tai­nes dans l’Histoire. Les guer­res de reli­gion en Fran­ce valaient bien, dans leur gen­re, cel­les des schis­mes musul­mans actuels. Les hor­reurs d’Al Quaï­da, d’Aqmi, de l’« État isla­mi­que » n’ont rien à envier à la « sain­te inqui­si­tion ». Autres lieux, autres temps, mêmes mœurs sur l’air de l’intolérance obs­cu­ran­tis­te, la sau­va­ge­rie sadi­que, la tor­tu­re des plus fai­bles, fem­mes et enfants, jusqu’aux pires per­ver­sions sexuel­les.

J’entendais dans le pos­te ce matin Axel Kahn, émi­nent spé­cia­lis­te de la bio-éthi­que, affir­mer qu’il ne voyait pas en quoi les déri­ves meur­triè­res des isla­mis­tes, tout com­me cel­les de tel fana­ti­que juif impli­quaient leurs reli­gions res­pec­ti­ves. Vrai­ment ? Et d’ajouter, en sub­stan­ce : je vou­drais prou­ver qu’on tue autant au nom de Dieu que de pas Dieu. Oui, dit de cet­te maniè­re. Il en va autre­ment si on étend cet­te notion de Dieu à cel­le de croyan­ce qui, dès lors, per­met de ran­ger sous une même ban­niè­re les « reli­gions » du nazis­me et du sta­li­nis­me. Obser­vons leurs rites, leurs cre­dos, leurs prê­tres, tem­ples – et leur sata­nées obses­sions anti-vie, et leurs « mains noi­res enfon­cées dans le ven­tre des hom­mes » (Panaït Istra­ti, retour d’URSS). Et j’étendrais volon­tiers la lis­te à la reli­gion du foot­ball !

  charlie

Des­sin de Wolins­ki

Maints obser­va­teurs, anthro­po­lo­gues et autres, affir­ment que l’être humain serait « par essen­ce » un être croyant. J’ai ten­dan­ce à le pen­ser aus­si. Tout en en dédui­sant la néces­si­té, dans un pro­ces­sus d’évolution, d’œuvrer contre soi-même, au besoin, à s’alléger du poids des­di­tes croyan­ces, de s’élever autant que pos­si­ble, com­me « un enfant jouant au bord de la mer » pour repren­dre cet­te expres­sion d’un New­ton (qui était déis­te). Rien d’original en cela, s’agissant de pro­lon­ger – mais ce n’est pas si sim­ple – ce pro­fond mou­ve­ment enga­gé au XVIIIe siè­cle et que, pré­ci­sé­ment on a dénom­mé Lumiè­res, par oppo­si­tion à l’obscurantisme domi­nant jus­que là tou­te la pla­nè­te – à l’exception nota­ble de l’Antiquité grec­que et romai­ne avec leurs admi­ra­bles phi­lo­so­phes et pen­seurs.

S’alléger de ses croyan­ces, à mon sens, ne signi­fie pas pré­ten­dre s’en défai­re tota­le­ment – d’autant qu’il en est d’utiles, quand elles aident à vivre ou a sur­vi­vre face à l’adversité et à la déses­pé­ran­ce, ou quand elles sont néces­sai­res à la com­mu­nau­té humai­ne pour lui assu­rer, lui cimen­ter sa cohé­sion, com­me en ce moment par exem­ple où des valeurs sacrées se trou­vent pié­ti­nées. Le sacré, au sens laï­que, étant ce qui est deve­nu non négo­cia­ble pour une socié­té ; ain­si pour les Fran­çais, la Fra­ter­ni­té, l’Égalité, la Liber­té. Je les mets exprès dans cet ordre inver­se à l’officiel, par urgen­ce et prio­ri­té. J’y ajou­te bien sûr la Laï­ci­té, qua­triè­me pilier de notre « cho­se publi­que », la res publi­ca, dont on décou­vre les si for­tes ver­tus en ce moment d’ébranlement des valeurs mora­les. Car c’est bien cet­te Laï­ci­té qui nous per­met jusqu’à main­te­nant, depuis 1905 avec la sépa­ra­tion des égli­ses et de l’État, et non sans dif­fi­cul­tés pério­di­ques, de main­te­nir les Lumiè­res allu­mées, dont pré­ci­sé­ment cel­les de la pres­se, libre jusqu’à la sati­re, la paro­die, la cari­ca­tu­re, l’irrévérence – bref, ce néces­sai­re contre-pou­voir, ce vac­cin contre l’obscur.

Voi­là sans dou­te ce que la tra­gé­die du 7 jan­vier 2015 aura réveillé dans les conscien­ces par­fois ramol­lies de notre vieux pays, conscien­ces ramol­lies peut-être, mais donc pas vrai­ment étein­tes. Et là, je son­ge au vieil Hugo, allez savoir pour­quoi : « Et l’on voit de la flam­me aux yeux des jeu­nes gens, / Mais dans l’œil du vieillard on voit de la lumiè­re. » [Booz endor­mi] Je dois son­ger au tui­la­ge néces­sai­re des géné­ra­tions : Cabu, Hono­ré, Wolins­ki, les sep­tuas bien enta­més, & Charb, Tignous, jeu­nes qua­dras.

Qu’est-ce qui consti­tue un ciment pour nos socié­té plus ou moins éclai­rées, par­fois assom­bries ? Un liant com­mun qui per­met­te un consen­sus, lequel étant sou­vent pas­sa­ger, puis fluc­tuant, avant de se déli­ter.

Hier, aujourd’hui, c’est le « Je suis Char­lie » – com­me il y eut avec des for­tu­nes diver­ses « Nous som­mes tous des juifs alle­mands » ou « Nous som­mes tous des Amé­ri­cains »… Une situa­tion, un dra­me, un mot der­riè­re les­quels cha­cun se recon­naît, ou croit se recon­naî­tre sous des valeurs com­mu­nes. En fait, sous ces géné­ra­li­sa­tions abu­si­ves, cha­cun gar­de ses croyan­ces, à l’occasion ren­for­cées, venant réchauf­fer ses cer­ti­tu­des dans la fer­veur de la mas­se, la com­mu­nion – la mes­se. Ce fris­son d’église qu’on peut connaî­tre dans les manifs, où notre uto­pie sem­ble à por­tée de ban­de­ro­les et de slo­gans, de caté­chis­mes.

charlie hebdo

Des­sin de Wolins­ki

Qu’y a-t-il donc der­riè­re cha­que peti­te pan­car­te « Je suis Char­lie » ? Pour repren­dre une for­mu­le célè­bre (le bou­quin de Badiou sur Sar­ko­zy ) « De quoi Char­lie est-il le nom ? » Quel­les inten­tions sous ten­dues der­riè­re l’indignation, sous la sin­cé­ri­té appa­ren­te. Entre l’anti-Arabe de base, le sio­nis­te dégui­sé, l’allumé(e) de la Manif pour tous, le gau­chis­te de ser­vi­ce, les poli­ti­ciens en quê­te de bla­son à redo­rer, des lec­teurs de Houel­le­becq et Zem­mour, pau­més com­me eux, enfin la Le Pen et sa guillo­ti­ne, on trou­ve­ra cin­quan­te autres nuan­ces de gri­sâ­tre et autres matiè­res à ren­for­cer son sys­tè­me de valeurs.

Une de ces nuan­ces cepen­dant méri­te qu’on s’y arrê­te ; c’est cel­le de l’islamophobie, sans dou­te par­mi les plus répan­dues car elle répond :

– D’une part direc­te­ment à l’actualité nour­rie et entre­te­nue, de fait par les évé­ne­ments, de Char­lie à Meh­ra, du Mali au Pakis­tan, de la Libye à l’Indonésie en pas­sant par la Soma­lie, le Yémen, la Syrie, l’Irak, l’Iran, Israël, la Pales­ti­ne, le Liban, jusqu’à l’Afghanistan et j’en pas­se. Il y a là tout un arc géo-poli­ti­que (ne pas oublier l’islamisme chi­nois !) qui s’est amal­ga­mé à par­tir du pétro­le saou­dien et per­si­que, pour s’étendre tel­le une pol­lu­tion pla­né­tai­re dou­blée de pétro-dol­lars et appe­lant à un sur­croît de bigo­te­rie cora­ni­que des­ti­née à rache­ter, en appa­ren­ce, la riches­se cou­pa­ble.

– D’autre part, cet­te isla­mo­pho­bie pré­sen­te un autre avan­ta­ge non négli­gea­ble : en dési­gnant les affreux isla­mis­tes, elle déli­vre un blanc seing aux par­ties pré­sen­ta­bles des mono­théis­mes. Une opé­ra­tion de blan­chi­ment, en quel­que sor­te, concer­nant tout le vas­te champ des opia­cées léga­li­sées à l’intention des Peu­ples… Ce qu’une bel­le astu­ce gra­phi­que expri­me ain­si, allé­luia ! :
photo

Coexist-ence pacifique ?

Coexist-ence paci­fi­que ?

Peut-être com­pren­dra-t-on mieux ain­si la hâte appli­quée à fai­re appa­raî­tre les ter­ro­ris­tes isla­mis­tes com­me des « loups soli­tai­res », des ano­ma­lies dans le flot nor­mal des bon­nes reli­gions bien soli­dai­res. Une reli­gion étant une sec­te qui a réus­si – un peu com­me le gara­ge de Ste­ve Jobs est deve­nu la mul­ti­na­tio­na­le d’Apple… si je puis me per­met­tre cet ana­chro­nis­me –, elle se radi­ca­li­se en deve­nant mono­po­lis­ti­que, avant d’éclater en diver­ses conces­sions à la dou­ce modes­tie retrou­vée. Etc. Ain­si s’autoproclament le bon chris­tia­nis­me, le bon judaïs­me, le bon islam…

Opé­ra­tion de pas­se-pas­se avec retour vers l’obscur où se com­plai­sent les mar­chands d’illusion, les spé­cu­la­teurs de l’au-delà et, au bout du comp­te, les fous de Dieu et autres hal­lu­ci­nés des arriè­re-mon­des pour qui une insul­te contre leur foi est une infrac­tion plus gra­ve que l’assassinat de dou­ze êtres humains.

charlie

Phi­lip­pe Gelu­ck

Mais pour­quoi cet­te vio­len­ce meur­triè­re ? Autre et vas­te sujet que je ne sau­rais épui­ser ici (avant d’épuiser le lec­teur !). On revien­drait néces­sai­re­ment au prin­ci­pe d’Égalité, bafoué par­tout dans le mon­de et com­me coa­gu­lé en un point focal appe­lé Pales­ti­ne où la sages­se et la rai­son – les lumiè­res pour tout dire – vien­nent se fra­cas­ser contre le mur noir des mytho­lo­gies nour­ries d’antiques super­sti­tions.

Répu­diés, tor­tu­rés, assas­si­nés pour rien, les Gali­lée, Gior­da­no Bru­no, Che­va­lier de la Bar­re ? Pour que des siè­cles et des années plus tard rejaillis­se le spec­tre du tota­li­ta­ris­me théo­cra­ti­que ? Le der­nier mot, pro­vi­soi­re, à Ber­trand Rus­sell, Pour­quoi je ne suis pas chré­tien,1927 : « Un mon­de humain néces­si­te le savoir, la bon­té et le cou­ra­ge; il ne néces­si­te nul­le­ment le culte et le regret des temps abo­lis, ni l’enchaînement de la libre intel­li­gen­ce à des paro­les pro­fé­rées il y a des siè­cles par des igno­rants. »

–––

* Dieu n’est pas grand. Com­ment la reli­gion empoi­son­ne tout. Chris­to­pher Hit­chens, éd. Bel­fond, 2009. Tra­duit de l’américain par Ana Nes­sun. Extrait : « Si vous consi­dé­rez pour­quoi vous avez choi­si une (for­me de) reli­gion par­mi tou­tes cel­les qui exis­tent, en éli­mi­nant tou­tes les autres, alors vous com­pren­drez peut-être pour­quoi moi, je les ai tou­tes éli­mi­nées. »


Desproges, Dubout et Morel vous présentent mes vœux…

…et ça devrait suf­fi­re pour tenir jusqu’à 2016 ! 

L'œil de Dubout…

L’œil de Dubout…

…et le coup de patte de Desproges (merci à Christine Genin)

…et le coup de pat­te de Des­pro­ges (mer­ci à Chris­ti­ne Genin)

 


Les voeux de cou­ra­ge de Fran­çois Morel – Mer­ci à Media­part


La typo, art du caractère, secret de la police

Les typo­gra­phies ne vien­nent pas de nul­le part: ins­pi­rées par un mou­ve­ment cultu­rel ou artis­ti­que, aspi­rées par l’Histoire, contrain­tes par des besoins, et mar­quées par le prag­ma­tis­me et la fan­tai­sie de leurs créa­teurs. C’est ce que racon­te Sacrés Carac­tè­res, une remar­qua­ble web­sé­rie ima­gi­née par Tho­mas Sipp, pro­dui­te par Les Films d’Ici et Radio Fran­ce, et mise en ligne sur le site de Fran­ce Cultu­re.

En dou­ze épi­so­des d’à pei­ne trois minu­tes, la web­sé­rie racon­te la nais­san­ce, l’histoire et la pos­té­ri­té des typos Auriol, Bodo­ni, Hel­ve­ti­ca ou enco­re Times New Roman, à l’aide d’une ani­ma­tion futée. Et d’une voix-off effi­ca­ce, lue par Chia­ra Mas­troian­ni: «Cha­que typo­gra­phie fonc­tion­ne com­me une voix, avec son pro­pre tim­bre, son regis­tre, et ses inflexions».


Sacrés carac­tè­res - Mis­tral par fran­ce­cul­tu­re

Sacrés Carac­tè­res mon­tre à quel point leur créa­tion est liée aux inno­va­tions: au déve­lop­pe­ment de l’imprimerie (Times New Roman), de l’informatique (Comic Sans), de la pres­se (Bodo­ni), de l’édition (Auriol) ou de la publi­ci­té et la com­mu­ni­ca­tion de mas­se (Cooper Bla­ck).

Les typo­gra­phies disent beau­coup de leur pério­de de concep­tion. Futu­ra par exem­ple, née de l’avant-garde alle­man­de du début du XXe siè­cle, vou­lait «créer l’écriture de son temps». Mise au pla­card par les nazis, qui la jugeaient «bol­ché­vi­que» et lui pré­fé­raient les carac­tè­res gothi­ques, elle fit un grand retour après-guer­re pour deve­nir la typo favo­ri­te de la publi­ci­té du mon­de entier.

Ou la Suis­se Hel­ve­ti­ca, autre poli­ce pour pubards, influen­cée par le Bau­haus. Elle est donc la «typo objec­ti­ve, hégé­mo­ni­que», décrit la web­sé­rie, qui racon­te l’expérience d’un gra­phis­te qui a ten­té de pas­ser une jour­née sans Hel­ve­ti­ca - il a dû se conten­ter de man­ger une pom­me et de boi­re de l’eau du robi­net. Impos­si­ble de pren­dre les trans­ports, fumer une clo­pe, ou même de s’habiller: Hel­ve­ti­ca est par­tout.

Omni­pré­sen­tes sur papier ou sur écran, dans l’art, les ensei­gnes des maga­sins ou sur les pan­neaux de signa­li­sa­tion, démo­dées puis recy­clées, les typo­gra­phies répon­dent sou­vent à des com­man­des. Ain­si Gotham, issu des let­tra­ges de vieilles bou­ti­ques et d’abri-bus new-yor­kais, a été remi­se au goût du jour pour deve­nir la typo de GQ lors d’une nou­vel­le for­mu­le, puis la poli­ce de carac­tè­res offi­ciel­le de la cam­pa­gne d’Obama.

Hon­nie par de nom­breux inter­nau­tes, uti­li­sée à tort et à tra­vers pen­dant des années, la fameu­se Comic Sans a été créée au milieu des années 90 pour être la typo de Rover, le chien de Micro­soft, qui jus­que-là par­lait en Times New Roman (un com­ble !). Elle est une réin­ter­pré­ta­tion des carac­tè­res des comics amé­ri­cains.

Quant au Mis­tral, son nom l’indique, il est por­té par un souf­fle pro­ven­çal et même mar­seillais, depuis la fon­de­rie Oli­ve en emprun­tant la Natio­na­le 7.

[Avec Libé, L’Obs et Fran­ce Cultu­re]


Atlas élémentaire d’anatomie (moderne)

Cette vidéo n’est donc pas visible, désolé, et excuses pour le dérangement.

[Hypothèse : trop dérangeant pour les chirurgiens remodeleurs de la femme ?]


Super­vé­nus par ARTE­plus7
Par Fré­dé­ric Doa­zan


Exclusif. On a retrouvé le fils caché de Tintin !

Tintin a un fils ! La nou­vel­le est d’autant plus sen­sa­tion­nel­le qu’on ne connais­sait d’aventures au célè­bre héros bel­ge, ni même d’ailleurs d’activité sexuel­le – ni au Congo, ni chez les soviets. Rien non plus avec la Cas­ta­fio­re, pas davan­ta­ge avec les Dupontd. Pour­tant ce fils, Pier­re D.  l’a retrou­vé. Le voi­ci, dans un bou­le­ver­sant docu­ment de 1982.

  • La minu­te néces­sai­re de Mon­sieur Cyclo­pè­de, Fran­ce 3. Réa­li­sa­teur : Jean-Louis Four­nier. Inter­prè­te : Pier­re Des­pro­ges. © Ina

Profiter du 14 mars : Journée internationale pour la défense des apostats et des blasphémateurs

Ne pas croi­re la moin­dre sor­net­te. Ne jamais renon­cer à l’esprit cri­ti­que. User du scep­ti­cis­me com­me d’un grand cru revi­go­rant. Voi­là bien des liber­tés aus­si mena­cées que rare­ment pra­ti­quées – cela expli­quant ceci. 

Car la liber­té ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Elle devrait être « facul­ta­ti­ve­ment obli­ga­toi­re » dès l’école, avec tra­vaux pra­ti­ques régu­liers, sou­tien ren­for­cé aux vic­ti­mes de mau­vais trai­te­ments paren­taux (enfants de pas­teurs, rab­bins, curés et autres tali­bans), séjours gra­tuits en Uto­pie,  colo­nies de vacan­ces en alti­tu­de mora­le, intel­lec­tuel­le et liber­tai­re. Et cae­te­ra.

On peut (et on doit) rêver, car le rêve por­te la poé­sie « com­me la nuée por­te l’orage ». Là, je m’égare…

Pour reve­nir au sujet du jour, à savoir la Jour­née inter­na­tio­na­le pour la défen­se des apos­tats et des blas­phé­ma­teurs – ne sachant qui l’a décré­tée et fixée au 14 mars„ qu’importe : l’ivresse se suf­fit à elle-même, et pro­fi­tons-en avec se petit sor­ti­lè­ge gen­ti­ment blas­phé­ma­toi­re.

leon-ferrari-civilisation-occidentale-et-chrétienne

« Civi­li­sa­tion occi­den­ta­le et chré­tien­ne » Ren­con­tres pho­to­gra­phi­ques d’Arles, 2010. Pho­to © gp

León Ferrari, blasphémateur et artiste argentin

leon-ferrari

León Fer­ra­ri

Cet arti­cle de cir­cons­tan­ce est dédié à l’artiste argen­tin mort en 2013, León Fer­ra­ri, fon­da­teur du Club des impies, héré­ti­ques, apos­tats, blas­phé­ma­teurs, athées, païens, agnos­ti­ques et infi­dè­les. Il avait été, dès 1965, cen­su­ré en Argen­ti­ne pour son œuvre Civi­li­sa­tion occi­den­ta­le et chré­tien­ne où il repré­sen­tait un Christ cru­ci­fié sur les ailes d’un bom­bar­dier amé­ri­cain au Viet­nam. Andrés Duprat, com­mis­sai­re de l’exposition des Ren­con­tres d’Arles 2010 se réjoui­ra de la voir expo­sée dans un endroit pri­vi­lé­gié, le choeur de l’église Sain­te-Anne. « Jamais dans son his­toi­re cet­te remar­qua­ble piè­ce n’a été mon­trée dans un endroit aus­si signi­fi­ca­tif et per­ti­nent que celui-ci. » [Pho­to ci-des­sus].

León Fer­ra­ri avait été qua­li­fié de blas­phé­ma­toi­re par Jor­ge Ber­go­glio, futur pape Fran­çois. Celui-ci n’était enco­re qu’archevêque lors­que, en 2004, il avait qua­li­fié une rétros­pec­ti­ve de ses œuvres de hon­te pour Bue­nos Aires. À quoi León Fer­ra­ri répli­qua stoï­que­ment : “Es una espe­cie de favor que me hizo Ber­go­glio” [C’est une sor­te de faveur que m’a fai­te Ber­go­glio].

« La reli­gion a une gran­de influen­ce sur notre cultu­re, une influen­ce néfas­te. La reli­gion est d’une into­lé­ran­ce extrê­me, qui se trans­met à tou­te notre cultu­re, sans oublier que les exter­mi­na­tions ont une ori­gi­ne reli­gieu­se », décla­rait León Fer­ra­ri en 2008.

León Fer­ra­ri a dû s’exiler au Bré­sil sous la dic­ta­tu­re (1976-1983) au cours de laquel­le son fils Ariel fit par­tie des mil­liers de dis­pa­rus. Son œuvre témoi­gne évi­dem­ment de cet­te noi­re pério­de avec des mon­ta­ges de pho­tos et de des­sins ou tableaux. Les rap­pro­che­ments entre mili­tai­res argen­tins et Hit­ler sont évi­dents. Mais est aus­si clai­re­ment mis en scè­ne le rôle des pré­lats argen­tins. Ain­si du Car­di­nal Anto­nio Quar­ra­ci­no, dont les lunet­tes reflè­tent le visa­ge de Vide­la.


Alain Resnais, ciné-graphiste

alain-resnais-douin

Cou­ver­tu­re du livre de Jean-Luc Douin (Ed. de la Mar­ti­niè­re)

Tout a été dit sur Alain Resnais, depuis sa mort, same­di. Un grand par­mi les grands du ciné­ma, en effet. Ces ima­ges ci-des­sous – affi­ches de quel­ques-uns de sa cin­quan­tai­ne de films – pour sou­li­gner le sens gra­phi­que d’un artis­te du ciné­ma­to-gra­phe. Car l’adepte de l’image en mou­ve­ment en était un aus­si de l’image fixe (pro­je­tée 24 fois par secon­de, au nom de l’illusion de la réa­li­té) et sin­gu­liè­re­ment de l’image des­si­née. Alain Resnais fut un artis­te de la for­me, un for­ma­lis­te pour qui la for­me, pré­ci­sé­ment, est consti­tu­ti­ve du fond ; elle se doit aus­si d’apparaître com­me tel­le, selon cet­te dis­tan­cia­tion brech­tien­ne assu­mant l’artifice de l’art, l’art com­me inter­pré­ta­tion déli­bé­rée et visi­ble d’une réa­li­té. La ban­de des­si­née illus­tre – c’est bien le mot – tout à fait cet­te démar­che; tout com­me l’ont éga­le­ment prô­né et pra­ti­qué des écri­vains com­me Alain Rob­be-Grillet, Mar­gue­ri­te Duras, Clau­de Simon, Geor­ges Per­ec et tout le cou­rant du Nou­veau roman. De lui, je retiens notam­ment ce mot : « Les hom­mes se res­sem­blent par ce qu’ils mon­trent et dif­fè­rent par ce qu’ils cachent  ».

la-vie-est-un-roman-resnais-Enki-Bilal

Les affi­ches d’Enki Bilal (entre­tien dans Le Figa­ro) pour Mon oncle d’Amérique et La Vie est un roman.

    Hiroshima-Mon-Amour-d-Alain-Resnais     on-connait-la-chanson-resnais   nuit-et-brouillard-alain-resnais  imgres-3 images    images-1   herbfol1    coeursar ABC_120x160_BD pas-sur-la-bouche-resnais providence-resnais


Photographie. Le siècle de Cartier-Bresson

Dix ans après sa mort, Hen­ri Car­tier-Bres­son est de retour en célé­bra­tion. Le Spec­ta­cle mar­chand se nour­rit de ces cycles pro­mo­tion­nels. Il est des « pro­duits » plus ava­riés. Autant pro­fi­ter de celui-là, qui le vaut, ô com­bien ! Le Cen­tre Pom­pi­dou à Paris a ras­sem­blé quel­que 400 pho­tos de « HCB » dans une expo­si­tion ouver­te jusqu’au 9 juin 2014. 

(© Hen­ri Car­tier-Bres­son / Mag­num Pho­tos, cour­te­sy Fon­da­tion Hen­ri Car­tier-Bres­son)

Le Siè­cle de Car­tier-Bres­son est un docu­men­tai­re de Pier­re Assou­li­ne dont voi­ci un extrait [ci-des­sous] four­ni par  l’Ina. Ce film est construit sur un mon­ta­ge de pho­tos et d’extraits de films retra­çant le par­cours de Car­tier-Bres­son. Il racon­te com­ment il a appris le métier de pho­to­gra­phe, remer­cie André Lho­te, par­le de sa ren­con­tre avec Max Ernst, André Bre­ton, Pablo Picas­so, Hen­ri Matis­se. Il par­le de sa maniè­re de pren­dre les pho­tos, son regard, évo­que ses pre­miers voya­ges en Afri­que, sa pri­se de conscien­ce des condi­tions de tra­vail très dif­fi­ci­les pour les Afri­cains.

  • pro­duc­teur ou co-pro­duc­teur : Ins­ti­tut natio­nal de l’audiovisuel, Ciné­té­vé – réa­li­sa­teur Pier­re Assou­li­ne

 

« La tête, l’œil et le cœur sur la même ligne de mire »

Le pho­to­gra­phe s’est expli­qué sur son art et même plu­tôt sur sa vision du mon­de. Ain­si dans l’ouvrage De qui s’agit-il ? Hen­ri Car­tier-Bres­son (Gal­li­mard, 2003) accom­pa­gnant l’exposition du même nom, qui s’est tenue à la BNF du 29 avril au 31 juillet 2003 :

« Il y a ceux qui font des pho­to­gra­phies arran­gées au préa­la­ble et ceux qui vont à la décou­ver­te de l’image et la sai­sis­sent.  L’appareil pho­to­gra­phi­que est pour moi un car­net de cro­quis, l’instrument de l’intuition et de la spon­ta­néi­té, le maî­tre de l’instant qui, en ter­mes visuels, ques­tion­ne et déci­de à la fois.

« Pour signi­fier le mon­de, il faut se sen­tir impli­qué dans ce que l’on décou­pe à tra­vers le viseur. Cet­te atti­tu­de exi­ge de la concen­tra­tion, de la sen­si­bi­li­té, un sens de la géo­mé­trie. C’est par une éco­no­mie de moyen et sur­tout un oubli de soi-même que l’on arri­ve à la sim­pli­ci­té d’expression.

« Pho­to­gra­phier : c’est rete­nir son souf­fle quand tou­tes nos facul­tés conver­gent pour cap­ter la réa­li­té fuyan­te ; c’est alors que la sai­sie d’une ima­ge est d’une gran­de joie phy­si­que et intel­lec­tuel­le.

« Pho­to­gra­phier : c’est dans un même ins­tant et une frac­tion de secon­de recon­naî­tre un fait et l’organisation rigou­reu­se des for­mes per­çues visuel­le­ment qui expri­ment et signi­fient ce fait.

« Pho­to­gra­phier, c’est met­tre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur.

« En ce qui me concer­ne, pho­to­gra­phier, est un moyen de com­pren­dre qui ne peut se sépa­rer des autres moyens d’expression visuel­le. C’est une façon de crier, de se libé­rer, non pas de prou­ver ni d’affirmer sa pro­pre ori­gi­na­li­té. C’est une façon de vivre. »

H_Cartier-Bresson_Montjustin

La tom­be du pho­to­gra­phe, dans le petit cime­tiè­re de Mont­jus­tin, Alpes de Hau­te-Pro­ven­ce, 2007. Pho­to © Gérard Pon­thieu

Le Musée d’art de Tou­lon abri­te un fonds pho­to­gra­phi­que de près de 400 œuvres, signées Edward Stei­chenMan RayHen­ri Car­tier-Bres­sonWilly Ronis.


Marseille-Provence 2013. Fin de capitale

« Mar­seille - Capi­ta­le euro­péen­ne de la Cultu­re », c’est fini.  Elle s’est donc ache­vée ce 31 décem­bre par une super-pro­duc­tion pyro­tech­ni­que et audio-visuel­le. Un spec­ta­cle éblouis­sant, c’est le cas de le dire, par­ti­cu­liè­re­ment réus­si.

Ne gâtons pas ce plai­sir. Pour autant, s’agissant de ce gen­re de célé­bra­tions gran­dio­ses des­ti­nées à dyna­mi­ser une vil­le et une région tout au long d’une année, le bilan est évi­dem­ment miti­gé. En par­ti­cu­lier selon les points de vue, à par­tir des pôles extrê­mes : l’économique et le cultu­rel, deux domai­nes qui pei­nent à se croi­ser en har­mo­nie. Et, là enco­re, ce sont les gran­des struc­tu­res qui auront tiré leurs mar­rons du feu – enten­dez la gros­se part des som­mes dépen­sées.

Il est à cet égard symp­to­ma­ti­que que le satis­fe­cit relayé par La Pro­ven­ce de ce 1er jan­vier,  por­te sur­tout sur des don­nées chif­frées : nom­bres de visi­teurs enre­gis­trés ça et là, de spec­ta­cles pro­duits, de nui­tées d’hôtel ; pour­cen­ta­ges d’augmentation de ceci-cela… Un bilan-comp­ta­ble donc, tel qu’aiment en pré­sen­ter les patrons de la Cham­bre de com­mer­ce et d’industrie, des gros­ses entre­pri­ses, des gros­ses struc­tu­res de spec­ta­cles.

Bref, les gros sont contents d’avoir bien man­gé. Pour les autres, habi­tués aux miet­tes, espé­rons que l’ardoise de 2013 – et ses ral­lon­ges – ne les met­tra pas à la diè­te selon le vieux prin­ci­pe : pri­va­ti­sa­tion des pro­fits - socia­li­sa­tion des per­tes. En quoi l’année-vérité sera cel­le de 2014.

En atten­dant, voi­ci un petit flo­ri­lè­ge de la bel­le soi­rée fina­le.


Mar­seille-Pro­ven­ce 2013 - Spec­ta­cle final 31/12... par gerard-pon­thieu-9


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

  • Traduire :

  • Abonnez-vous !

    Saisissez votre @dresse pour vous abonner à « C’est pour dire » et recevoir un courriel à chaque nouvel article publié.

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je dou­te donc je suis - gp

  • Calendrier

    mars 2017
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Fév  
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    2728293031 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress