On n'est pas des moutons

mon OEil

Cosmodiversité. Un message de l’infinie banlieue…

Salut les Ter­riens ! Voilà : le 30 décembre der­nier, en l’an MMX donc, j’ai reçu un mes­sage d’un site astro­no­mique. Il annon­çait que cinq nou­velles exo­pla­nètes venaient d’être décou­vertes grâce au téles­cope Kepler et que ce serait les der­nières de l’année. J’en dédui­sais inci­dem­ment que les astro­nomes devaient être des gens comme vous et moi et qu’ils ne tra­vaille­raient pas le der­nier jour de l’année. Ce qui ne chan­ge­rait rien à la valse magis­trale des astres, ni à la nôtre, nous les pous­sières d’étoiles. Quoique.

Car n’avons-nous pas, dès les pre­mières décou­vertes astro­no­miques, changé notre rap­port au monde et, avec lui, notre regard sur l’univers, les dieux et les hommes ? En fait, les vraies pre­mières décou­vertes de ce type, ce sont celles que connaît tout humain levant les yeux au ciel. « Ma théo­rie à moi » sur la ques­tion (je me la valide tout seul… même si elle a été émise des mil­lions de fois depuis la nuit des temps…), c’est de situer là l’origine de l’humanité pen­sante. C’est là, oui, que je vois sur­gir la conscience chez l’animal humain pei­nant à se tenir debout et à lever le nez vers l’inconnu astral.

Je pense aussi (donc je suis ;-) ) que les ani­maux qui tentent un regard vers le ciel, au-​dessus d’eux, pas seule­ment devant et au loin, che­minent insen­si­ble­ment vers la prise de conscience. Comme Dar­win, je pense que les ani­maux domes­ti­qués par l’Homme, ont pro­fité de ce rap­pro­che­ment « péda­go­gique » et que, peu à peu, leur regard se lève vers le ciel, ne serait-​ce que par brefs ins­tants. Voilà pour­quoi aussi nous com­mu­ni­quons avec eux, ayant cela en par­tage : ce sen­ti­ment dif­fus d’appartenir à l’immensité, à l’inconnu magistral.

Mon­sieur L’Homme, lui aussi, veut tout com­prendre. Des­sin de Faber, un autre Lorrain…

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Cinéma. « Another Year », une cosmogonie de l’ordinaire

Le titre me sem­blait s’imposer pour un 31 décembre : Une autre année, et aussi une année autre. Comme un bilan, un constat, et aussi une espé­rance : ça ne pourra qu’aller mieux… Hmm, pas sûr… Ce film de Mike Leigh est rien moins que magni­fique. Je le dis d’abord à ceux qui ris­que­raient de le rater, même si le suc­cès semble l’installer pour un moment… Quoique, jus­te­ment, les choses allant comme elles vont, si vite ou si len­te­ment ; dans l’allégresse ou la détresse, selon… Deux heures et quelques sur le temps. Celui qui passe, celui qu’il fait, dehors et dedans, dans le monde et en soi.


Un film sur le quo­ti­dien autant qu’une cos­mo­go­nie de l’ordinaire, la vie - l’amour - la mort ; l’air - l’eau - la terre ; la ville et son béton, les averses, le coin de pota­ger et ses tomates de fin d’été ; les sai­sons jus­te­ment, les années qui passent. Et s’égrènent secondes et années, et fanent les fleurs, et repoussent d’autres graines : une mort, une nais­sance ; un fils rebelle, un père nau­fragé ; une femme éper­due devant les rides de son miroir, ter­rible face à face – phi­lo­so­pher : apprendre à mou­rir, jusqu’au sui­cide mou au goût acre d’alcool et de tabac ; croire cher­cher l’autre en se fuyant soi-​même ; accu­ser, juger pour ne se voir point. (Lire la suite…)


Mon Œil. Un plein de sexisme (ordinaire ou super), svp !

Encore deux bonnes pubs à réveiller ce qu’il reste de fémi­nistes des deux sexes (seraient-​elles et ils vaincus ?).

Pub du jour (2010, XXe siècle)) dans la presse natio­nale. Il fau­dra encore bien de l’énergie !

Ici c’est la Total(e) : la ques­tion du genre y est, on le voit, magni­fiée dans les plus belles repré­sen­ta­tions sexistes. Pour l’une le sou­rire, le ser­vice, la doci­lité sur fond de sta­tion dépri­mante – l’éternel « sois belle et tais-​toi ! ». Pour l’autre, l’avenir, la mise au point, la tech­nique triom­phante, la gloire des cir­cuits de course. Elle regarde vers le bas, rési­gnée sur son sort. Il lève les yeux au ciel, vers l’avenir radieux. Alle­luia les mecs !

Poi­trine à l’Air (France), les nou­velles combattantes…

Là, vul­gai­re­ment exprimé, c’est la récu­pé­ra­tion des luttes fémi­nistes anciennes. Seins en avant (sous chan­dail quand même, on est smart à Air France), main sur la hanche mais tresse bien sage (un peu délu­rée et très hôtesse de l’air), la jeune et jolie nana à l’air décidé part en guerre contre les « low cost », ces radins qui feraient même payer mes « sup­plé­ments », sui­vez mon regard.

Comme disait le regretté Pro­fes­seur Cho­ron : « La pub nous prend pour des cons, la pub nous rend cons ! »


Manif. « Ils » vont encore nous faire marcher longtemps ?

Mar­seille, sixième édi­tion. Scé­na­rio inchangé : mêmes lieux, mêmes acteurs et même dra­ma­tur­gie. Sauf quelques inno­va­tions poin­tées ça et là.

Par exemple, le très remar­qué cha­riot à bar­beuk, monté sur rou­lettes pour des mer­guez à la pointe du com­bat. Le modèle semble sorti des ate­liers d’Eurocopter; encore six manif et les sau­cisses seront ser­vies par hélicos.

Tan­dis que d’aucun était parti pour pla­ner un peu. On peut tou­jours rêver.

Le pro­grès, je vous dis… Ce qui semble lais­ser scep­tique Mimile, ex-​métallo et authen­tique retraité. Pour l’occasion, il a passé sa salo­pette toute propre, même pas usée.

Ou que d’aucune revi­si­tait Dela­croix en sa Liberté gui­dant le peuple (et en chantant)…

…mais avait-​il bien entendu, le peuple ? Car le voilà qui butte contre des bar­ri­cades d’ordures…

…et des mon­ceaux d’arrogance.

Ce qui lais­sait de marbre (et de bronze) un cer­tain Vitour Gelu. Cent cin­quante ans avant, le « poète du peuple mar­seillais » avait tout bien poè­te­ment résumé : « À périr tout entier, que servirait-​il de naître ? »

Pho­tos gp


Camembert et ciné. La politique est bien dans le fromage

Dimanche. Je me disais que le Pré­sident avait déjà bouffé les trois quarts de son camem­bert, comme ça conne­ment. Comme un gagnant au loto qui a tout cla­qué et qu’on retrouve pendu un matin, cri­blé de dettes. À 26% de « popu­la­rité » selon les son­dages, il bat un record. Je me disais ça et je tombe sur la page « lec­teurs » du Monde [26/​9/​10], entiè­re­ment consa­crée au « pré­sident contesté ». C’est une volée de bois vert comme je n’ai pas sou­ve­nir d’en avoir vu après avoir usé quelques pré­si­dents et m’être aussi usé les mirettes sur bien des gazettes.

Sans par­ler des blagues en tous genres qui par­courent la toile [merci Claude G.]– ce à quoi ses pré­dé­ces­seurs ont échappé par absence tech­nique, il est vrai – et consti­tuent un sévère indi­ca­teur de la décon­si­dé­ra­tion pour ce per­son­nage et la fonc­tion atte­nante. Seul Ber­lus­coni peut s’aligner – et encore parvient-​il à faire illu­sion en Ita­lie même. Mais recon­nais­sons au nôtre un mérite, un vrai. D’avoir été celui par qui la droite fran­çaise aura recon­quis son titre de gloire : la plus bête du monde.

Dimanche ou un autre jour… Je le vois à la télé, au salon de l’auto où, doigt pointé au ciel – écoutez-​moi bien ! – grave, sen­ten­cieux, mena­çant presque, il donne la leçon, pour ne pas dire la fes­sée, aux repré­sen­tants de l’industrie de la bagnole, leur décla­rant en sub­stance : ne comp­tez plus sur les aides de l’État si c’est pour aller fabri­quer vos autos à l’étranger. Tu parles, Charles, cause tou­jours mon amour ! Renault venait d’annoncer qu’une voi­ture fabri­quée en Rou­ma­nie lui reve­nait 2 000 euros moins chère ! Il n’a pas dû oser annon­cer la ver­sion chi­noise du gain réalisé.

Dimanche, j’en suis sûr. « Marius et Jean­nette » sur Arte. Génial film, si géné­reux donc uto­piste. Vu et revu, je tente un autre mélo, au ciné cette fois. Je dis « mélo » exprès parce que je lis ça dans la cri­tique de Télé­rama. Eux, ils dézinguent à tout va, spé­cia­le­ment contre mes films pré­fé­rés (le der­nier d’Alain Cor­neau par exemple, Crime d’amour). Au mieux dans le pire, ils donnent deux avis, un pour un contre. C’est leur droit, et suis pas obligé ni de les lire ni d’en tenir compte. On est en répu­blique – enfin, je m’avance, voir ci-​dessus. De toutes façons, en géné­ral, je ne lis les cri­tiques qu’après coup.

Bref, je suis allé voir Amore, que le ‘tit bon­homme du Télé­rama estime « pas mal » (double néga­tion), ce qui lui vaut vingt lignes. Moi, je lui mets au mini­mum « bien » sinon « bravo ». Non pas bravo tout de même à cause de la musique (mélo-​die) par­fois lour­dingue dans la redon­dance, tout comme l’est la scène d’amour – cen­trale, d’où le titre – à la fois sublime et un peu ratée dans le paral­lèle appuyé entre l’éveil des sens et l’éveil de la « nature », fleu­rettes et petites bébêtes. Il s’en serait fallu de peu, juste un léger coup de ciseau. Mais qu’il a été con d’appuyer ainsi sur la chan­te­relle, ce Luca Gua­da­gnino qui, pour­tant, sait fil­mer, vingt dieux.

Et jus­te­ment son style, c’est quelque chose ! Rythme, mon­tage, photo, éclai­rage… Y a du Vis­conti là-​dedans, et aussi du Cop­pola. La lumière est superbe, alliage du noir des contre-​jours (les visages mas­qués) et du plein pot solaire des exté­rieurs ; bataille des incons­cients et des refou­le­ment contre le sur­gis­se­ment des pul­sions. Une forme ne sau­rait suf­fire. Le fond aussi est bon : le mélo de la vie – toute vie n’est-elle pas, peu ou prou, un mélo-​drame, à doses variable de mélo­die et de drame ? –, ver­sion grande bour­geoi­sie mila­naise, aris­to­cra­tie de l’industrie tex­tile qu’on voit bas­cu­ler dans le chau­dron mon­dia­lisé. Ter­rain de pré­di­lec­tion pour le couple Pin­çon (« Le Pré­sident des riches », qui vient de sor­tir), tout l’inverse de Marius et Jean­nette à l’Estaque… Emma (clin d’œil à la Bovary) compte dans le tableau en tant que pièce rap­por­tée (de Rus­sie), sur­tout vouée à ses trois enfants. Les­quels pour­raient repré­sen­ter trois états de la jeu­nesse : confor­miste, roman­tique, rebelle (la fille, les­bienne). Sur­vient l’imprévu annoncé dès le titre (Io sono l’amore en ita­lien, je suis l’amour ), l’aventure, le drame comme sanc­tion de la faute – la papauté veille au grain – et une apo­théose en mater dolo­rosa. Oui oui, c’est un mélo. Mais que c’est beau !

Lundi. Arte, mélo tou­jours mais cubain : Fraise et cho­co­lat. Le film a fait un tabac dans l’île des Cas­tro. On se demande com­ment il a échappé à la cen­sure (sorti en 1991). Il s’agit moins d’un film sur l’homosexualité que sur la dis­si­dence en milieu hau­te­ment contraint de la dic­ta­ture. Dans le machisme domi­nant, l’homo cumule les tares du contre-​révolutionnaire. Le pédé, c’est donc la ver­sion gay du gusano – ce traître de ver rampant.

L’histoire tourne autour de trois per­son­nages cen­traux qui suf­fisent à décrire le quo­ti­dien de la vie à La Havane, sans tom­ber dans le pan­neau direc­te­ment dénon­cia­teur (cen­sure obli­ge­rait). Je tiens Fraise et cho­co­lat pour un film sexo-​politique, d’autant qu’il traite, en fait, de la fra­ter­nité. C’est un hymne à la fra­ter­nité avec une scène finale pour le moins émo­tion­nelle. En quoi il est révo­lu­tion­naire dans un régime qui a fait du mot Révo­lu­tion son fond de com­merce – le mot et sur­tout pas la chose –, ce dont il devra bien rendre compte devant l’Histoire. Ce film y contri­bue, tout comme l’ont fait d’admirables écri­vains dis­si­dents comme Rei­naldo Are­nas (Avant la nuit), Pedro Juan Gut­tié­rez (Tri­lo­gie sale à La Havane), et avant eux le très grand José Lezama Lima (Para­diso) à qui Fraise et cho­co­lat rend un hom­mage direct.

Post scrip­tum, et tou­jours à pro­pos de fro­mage, ce mardi voit tom­ber la condam­na­tion du trader-​vedette Ker­viel. Le plus mar­rant, c’est tout de même qu’on lui réclame sans rire presque 5 mil­liards d’euros ! Ques­tion : com­ment va-​t-​il s’y prendre sans se faire prendre à nou­veau pour payer sa dette à la société, en géné­ral ? Il a trois ans devant lui pour trou­ver la martingale.


Marseille/​retraites. « D’où nous venons ? Où ils nous mènent ? »

Mar­seille, ce matin. Un léger vent du sud pour souf­fler le chaud. Un voile nua­geux pour rafraî­chir. Une manif entre deux états mais très sui­vie à en croire les repères habi­tuels, lar­ge­ment dépas­sés. Une manif certes four­nie mais peut-​être aussi sans trop d’illusions quant à ses effets. Sans doute en faudra-​t-​il d’autres, de bagarres, et de plus offen­sives, pour chan­ger le cours de ce régime aveugle et sourd – ou plu­tôt trop lucide quant aux vrais inté­rêts à protéger.

Pho­tos gp

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Rencontres d’Arles. Se rincer l’œil au pied de la photo

Prendre l’expression « se rin­cer l’œil » au pied de la photo. Et direc­tion les Ren­contres pho­to­gra­phiques d’Arles ; elle durent encore jusqu’au 19 sep­tembre, impré­gnant cette ville magni­fique où ne règnent pas que César et son buste fameux, ni les cor­ri­das et leurs rites sau­vages. « Du lourd et du piquant », dit aussi le slo­gan de cette édi­tion 2010 pla­cée sous le signe d’un rhino rose aux cornes vertes.

Bardé de mon « pho­to­phone » (mort aux marques), je me suis per­mis quelques clics, his­toire d’appuyer mes pro­pos sur quelques visions de pas­sage. Des réflexions aussi, puisque l’animal pen­sant jamais ne som­meille (mmm, c’est à voir…)

En fait, j’ai suivi ma fian­cée en ses endroits pré­fé­rés, car déjà repé­rés par elle, entre églises et cloîtres du centre-​ville et ex-​ateliers Sncf. Trois expos mar­quantes en ville. D’abord les deux des Fer­rari père et fils. Augusto, un Rital sans doute émi­gré en Argen­tine, pre­nait de ses amis en photo dans des scènes pré­pa­ra­toires à la réa­li­sa­tion de fresques peintes des­ti­nées à l’église San Miguel à Bue­nos Aires : des repré­sen­ta­tions sul­pi­ciennes de scènes bibliques, avec sens de la mise en cadre et en lumière.

Puis en face, église Sainte-​Anne, lieu tout indi­qué, voilà le fils Léon qui met ses pieds d’iconoclaste dans la bon­dieu­se­rie que papa avait fidè­le­ment ser­vie. Âmes pieuses, pas­ser son che­min vers d’autres dévo­tions. Les autres, savou­rez la force pro­vo­ca­toire (si si c’est le mot voulu) du sacri­lège, en même temps que ses dimen­sions artis­tiques autour d’installations ou d’objets « arran­gés » comme on le dirait d’un rhum. Voici deux zyeu­tées subrep­ti­ce­ment volées par votre voyeur de passage :

Non loin de là, salle Henri-​Comte, regard ful­gu­rant du pho­to­graphe hol­lan­dais Paolo Woods sur la société ira­nienne. De grands tirages car­rés, magni­fiques, où vivent des « gens » tels qu’on ne les voit pas, qua­si­ment jamais, dans ce que livre l’« actu » sur cette société atti­rante et mécon­nue. Woods dit aller à l’encontre du pho­to­jour­na­lisme ; en fait, il le pra­tique lui aussi, autre­ment et sur­tout sans les cli­chés, comme il l’a expli­qué au Monde [18/​07/​2010] : « A la guerre, je voyais aussi que la plu­part des pho­to­jour­na­listes cher­chaient » la » photo qui allait s’ajouter aux cli­chés du genre. C’est à celui qui fait le ciel un peu plus sombre, le sol­dat un peu plus pen­ché... Moi, je vou­lais com­prendre, je posais plus de ques­tions que je ne déclen­chais. »

Ci-​dessous, une de ses pho­tos mon­trée par­tout ou presque, que je repro­duis donc ici (en petit) comme en ser­vice de presse…

Quelques rails (de che­min de fer) plus loin, voici la « Rue avec ombres humaines » – l’original s’écrit en anglais, plus exo­tique je sup­pose. Ici un archi­tecte japo­nais, Kazuo Shi­noara, mort en 2006, a vu sur­gir dans ses pho­tos urbaines des pré­sences humaines. Mys­té­rieux et tou­chant. Le thème a été retenu pour d’autres, comme cette jeune New-​Yorkaise, Taryn Simon, dont les images – magni­fiques grands-​formats – redressent en quelque sorte les erreurs judi­ciaires ; elle réha­bi­lite par la pré­sence pho­to­gra­hique des inno­cents ayant purgé de la pri­son pour des crimes qu’ils n’ont pas com­mis. Vaste sujet, sacré enga­ge­ment de pho­to­graphe. Saisissant.

Tou­jours dans cette même Rue avec ombres, Hans-​Peter Feld­mann a com­posé une gale­rie éton­nante de 101 por­traits de membres de sa famille et amis, soit une per­sonne pour chaque année de la vie… Ça com­mence avec un bébé fille pour finir avec une cen­te­naire… Évi­dem­ment, cha­cun s’arrête plus lon­gue­ment sur la photo cor­res­pon­dant à son âge…

Fin de la balade arlé­sienne avec cette séquence qui laisse son­geur : ce tableau avec de vraies têtes de vraies gens, muets, cli­gnant à peine des yeux, puis qui se met à tour­ner sur lui même ; et qui laisse appa­raître le côté lunaire de la face cachée… Vous voyez un peu l’effet ? Du coup on reste pour un deuxième tour, voire un de plus…Entre têtes et culs, tous ces ques­tion­ne­ments, cette matière à réflexion… Ah oui j’oubliais, il s’agit d’un film qui a été tourné pen­dant l’installation-happening due à Gilad Rat­man, un artiste israé­lien. Ça s’intitule The Mul­ti­pillory (le Mul­ti­pi­lori), en réfé­rence à la pra­tique de tor­ture du Moyen Âge. Pour l” auteur, la scène « évoque l’intimité née d’une néces­sité, et l’humiliation hors de son contexte ».…

 © Photos gp

Confession d’un blogueur ayant mille fois péché

– Bon ça va mon vieux, dépê­chons ! Y a la demoi­selle qui s’impatiente…

Impa­rable : le tableau de bord de mon blog indique « 999 ». C’est le nombre des articles publiés sur « C’est pour dire » depuis le 13 décembre 2004, date historique…

Même s’il n’y a pas de quoi en faire un fro­mage (quoique). C’était juste pour vous signa­ler que ce que vous lisez fait pas­ser le comp­teur à 1.000, ce qui va vous faire aussi une belle jambe – ah, le mys­tère de ces savou­reuses expressions !

Quant à la confes­sion annon­cée et au mil­lier de péchés atte­nant, vous repas­se­rez – dans six ans par exemple, au retour de la comète, si elle n’a pas changé de trajectoire.

Là-​dessus, l’impénitent va s’offrir une pause hors-​blog. A plus tard !


« Comment j’ai affronté les pires périls de la faune amazonienne ». Témoignage exclusif

Évi­dem­ment, c’était plu­tôt tordu comme plan, com­plè­te­ment mégalo… Que j’en sois revenu, j’en reviens tou­jours pas… Depuis des siècles, je rêvais de me rendre à Manaus, en pleine Ama­zo­nie, et pré­ci­sé­ment sur le fleuve Ama­zone… J’en rêvais sur­tout après avoir entendu la dif­fu­sion sur France Culture, dans les années 90, d’une série d’émissions sur cette ville bré­si­lienne si mys­té­rieuse, ren­due encore plus envoû­tante par la voix non moins ensor­ce­lante de cette comé­dienne à l’accent étrange étran­ger dont le nom ne me remonte pas… Elle avait vécu là bas sa jeu­nesse ou une par­tie et y reve­nait comme en pèlerinage…

Bref, en bor­dure du mythe et du fan­tasme, la déci­sion fut prise de ris­quer l’aventure… C’était peu pré­dire… D’autant que, pour diverses rai­sons éco­no­miques et fan­tai­sistes, je m’étais mis en tête de par­tir de la Guyane fran­çaise. (Pas­sons sur le fait qu’un des mes ancêtres soit mort et enterré à l’ïle du Salut). De là, péné­trer dans la jungle ama­zo­nienne, fran­chir la sierra Tumuc-​Humac et cho­per au pas­sage le rio Paru qui, d’un coup de pirogue, me jet­te­rait dans le plus grand fleuve du monde. Presque pas mégalo, donc.

Je ne vais pas tout vous racon­ter ici puisque j’ai déjà plus de cinq cents pages sous le coude et que plu­sieurs édi­teurs sont à l’affût… Je veux dire aussi que je ne dois pas me lais­ser dis­traire de cette colos­sale entre­prise que consti­tue un tel récit. Je me bor­ne­rai ici à vous en don­ner quelques amuse-​gueule, notam­ment photographiques.

Je ne vous dis pas non plus com­ment tout ça s’est achevé – ce n’est d’ailleurs pas le terme appro­prié, car vous pen­sez bien qu’un tel exploit demeure à jamais sans fin… sinon celle de son auteur.

Or donc, voici quelques pho­tos légendes rela­tives à mes pre­miers pas, pour ainsi dire, dans les mys­tères amazoniens.

Photo 1. Juste un aperçu de mon ins­tal­la­tion som­maire et de la faune d’insectes sur­gis­sant aus­si­tôt ma lampe allumée…

Photo 2. Nuit noire, tan­dis que sous ma tente de for­tune je me crois à l’abri des pires bes­tioles volantes et piquantes, sans avoir pu fer­mer l’œil, ni l’autre, je suis intri­gué par des bruits pour le moins inquié­tants. Pas fier, j’invoque la pru­dence extrême et décide d’envoyer mon appa­reil photo en explo­ra­tion. J’ouvre 15 cm de la fer­me­ture éclair, passe l’objectif (un grand angle) et déclenche (sans flash bien sûr !)… Je rentre le boî­tier et découvre le résul­tat, stu­pé­fiant (approchez-​vous de l’écran) :

Bon sang ! que faire ? L’image est noire, et pour cause, mais je dis­tingue bien un bout de monstre, genre iguane géant, bref une bête mahousse peu enga­geante… En plus ça s’agite, ça gra­touille, ça couine et sur­tout ça fouette en tous sens de sa puis­sante queue… Je suis pétri­fié… Puis, enfin, un lourd silence, rompu par d’autres inquié­tants bruis­se­ments de bran­chages foulés…

Photo 3. Je change de boî­tier et sai­sit celui à infra­rouge. Pareil, je le passe pru­dem­ment par la fente de la fer­me­ture à peine entrou­verte… Et là, que ne vois-​je, tout en vert :

Une espèce de cha­rango énorme, ou une variété de tatou, gros comme un rhi­no­cé­ros, qui se met à gama­hu­cher dans la toile de tente ! C’est plus fort que moi, je tape un coup de godasse sur la forme qui s’avance, pro­vo­quant un cri aigu mons­trueux, entre celui d’une truie qu’on égorge ou d’un élé­phant prêt à char­ger ! Je me recule, téta­nisé ; dehors, ça cavale et paraît s’éloigner. Je reprends mes esprits, trempé de sueur, n’osant plus faire un geste. Cette fois, c’est au-​dessus de la tente que ça se met à vibrer tan­dis que se font entendre d’affreux sif­fle­ments de vieille loco à vapeur.

Photo 4. Je vise à l’aveugle avec mon pre­mier boî­tier, poussé à 6400 iso (pour les connais­seurs). Et voilà le travail :

Ouah ! Je me demande si ce n’est pas la pre­mière bes­tiole du plio­cène qui serait reve­nue à la charge par le haut…, sus­pen­due à la branche à laquelle j’avais cru malin d’arrimer le piquet cen­tral de la tente… Ça gratte, ça siffle, on dirait du Spiel­berg, mais en vrai et en direct… Purée… Dans quel pétrin je me suis fourré ! Je ne bouge plus d’un poil, et tout semble rede­ve­nir nor­mal… La lune s’est levée, jetant une lumière blan­châtre et assez vive ; je risque un œil. La vache :

Photo 5.

Il me renifle de son énorme blair. Mais c’est un porc-​épic ! Tout le zoo va défi­ler devant ma tente, ma parole ! Je ne croyais pas si bien dire, tan­dis qu’un ter­rible feu­le­ment fen­dait l’atmosphère aussi moite que dra­ma­tique. Dire que j’ai pris ce risque insensé de tendre une fois de plus mon objec­tif et de déclen­cher à nou­veau. Bien m’en prit en fait car le déclic fit l’effet d’un Moser 90 (je ne garan­tis pas la réfé­rence du chas­seur) et le monstre – car c’en était un – s’évanouit dans la nuit, me lais­sant sa magni­fique empreinte visuelle, inou­bliable, sous ce regard unique d’une des der­nière pan­thères d’Amazonie orientale…

Photo 6.

Ouf, que de stress ! De quoi tom­ber car­diaque, non ?

Mais subi­te­ment, la nuit avait comme baissé son rideau ani­ma­lier, comme si la faune ama­zone en avait fini avec sa séance du soir… Le stress subi m’avait comme assommé, anes­thé­sié et je m’effondrai bien­tôt, empa­queté dans mon duvet tro­pi­cal, comme une momie terrifiée.

Je m’endormis donc, éton­nam­ment apaisé… Jusqu’à ce que je crus entendre comme une voix fémi­nine ; est-​ce que je rêvais à ma comé­dienne de Manaus et son étrange voix de charme ? Oui, c’était bien elle, mais ver­sion Lucy ou sa soeur, éga­rée de ce côté-​ci de la frac­ture tectonique.

Photo 7.

Voilà, pour aujourd’hui… Suite dans l’édition papier. His­toire de vous mettre l’eau à la bouche pour le pro­chain best-​seller – qui sera for­te­ment annoncé ici-​même, ça va de soi.*

– – – – –

* Enfin, si j’obtiens les droits liés à cette très belle expo consa­crée à la Bio­di­ver­sité, mon­tée par le Musée d’histoire natu­relle d ‘Aix-​en-​Provence, avec l’IRD (Ins­ti­tut de recherche pour le déve­lop­pe­ment) de Mar­seille. Les pho­tos (prises à l’expo) et l’idée du récit sont de mon fis­ton, Fran­çois, un drôle de zèbre.

« Bio­di­ver­sité, mon trésor »

Du 10 juillet au 01 novembre 2010

Cha­pelle des Péni­tents Blancs, à Aix en Provence.

Ouver­ture : Tous les jours de 10h à 12h et de 13h à 17h.
Ouvert les same­dis, dimanches et jours fériés.

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Ode au voleur inconnu de Picasso, pourfendeur de la spéculation artistique, bienfaiteur de l’humanité !

« Quel bon cri­tique d’art mon salaud tu ferais »… Ainsi chan­tait Bras­sens dans ses « Stances à un cam­brio­leur »,

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lequel avait dédai­gné « l’exécrable por­trait » de l’artiste offert à son anni­ver­saire… Ici, il s’agit de cinq tableaux de maîtres esti­més par la mai­rie de Paris à envi­ron 100 mil­lions d’euros. Ils ont été volés – et non dédai­gnés ! – le 20 mai 2010, en pleine nuit, au Musée d’art moderne de la Ville de Paris. De la belle ouvrage cou­sue main par un monte-en-l’air artiste, voire cri­tique d’art au goût déli­cat si on en juge par ses emplettes : des toiles de Picasso (« Pigeon aux petits pois »), Matisse (« La pas­to­rale »), Braque (« L’olivier près de l’Estaque »), Léger (« Nature morte, chan­de­liers ») et Modi­gliani (« La femme à l’éventail »).

Le Pigeon aux petits pois/​1912 - Huile de 65 x 54 cm. Appré­ciant les fines recettes, le voleur est aussi un gas­tro­nome averti…

Je reviens sur ce vol après lec­ture d’un déli­cieux petit papier au titre tout aussi déli­cat : « Voleur de Picasso ou libé­ra­teur de tableau », signé John Ber­ger, roman­cier et essayiste [Le Monde, 2/​6/​10]. Notez l’absence (vou­lue ?) du point d’interrogation, accré­di­tant car­ré­ment l’œuvre de bien­fai­sance. Puisque tel est bien le pro­pos de l’auteur dans sa lettre tutoyante au « Cher voleur », qu’il féli­cite de tant d’attention por­tée à l’art pic­tu­ral : « Tu n’as pas volé les toiles en les décou­pant, tu les as soi­gneu­se­ment enle­vées de leurs cadres, et tu es parti avec les pein­tures sous le bras. » [À se deman­der s’il n’était pas dans le coup…] Ce qui ren­voie encore à Bras­sens féli­ci­tant son visi­teur d’avoir « bien refermé la porte en repartant »…

Certes, pour­suit John Ber­ger, ces œuvres ne seront plus ven­dables sur le mar­ché… Et, jus­te­ment, c’est tant mieux : « Ces toiles sont deve­nues - comme leurs auteurs l’avaient jadis espéré - des objets de plai­sir, et elles ont cessé d’être, grâce à ton acte, des objets de spé­cu­la­tion financière. Tu es accusé de vol et les tableaux, eux, ont retrouvé leur inno­cence ! »

Bon, tente de nuan­cer l’avocat du voleur inconnu, on dira aussi que le vol prive le public du plai­sir visuel d’œuvres lui appar­te­nant, puisque payées avec ses impôts. Mais c’est un détail à côté des « effets dévas­ta­teurs colos­saux du mar­ché spé­cu­la­tif et de ses forces sur notre manière de consi­dé­rer l’art aujourd’hui, et sa place pen­dant 30 000 ans d’histoire de l’humanité ».

Et de tirer la morale : « Le risque que tu as pris et ce que tu as accom­pli a pour corol­laire que l’on peut ché­rir une oeuvre d’art uni­que­ment pour elle-​même, sans rap­port avec sa cote sur le mar­ché. A notre grand plai­sir, ces cinq tableaux dont tu as pris si grand soin sont deve­nus sans prix ! »

Mais l’auteur se trouve sou­dain saisi du même doute que Bras­sens : tu ne vas tout de même pas revendre ça aux rece­leurs « qui sont pis que les voleurs », hein ! Ou son­ger à deman­der une ran­çon… Auquel cas, « oublie ce que j’ai dit ».

Tou­te­fois, John Ber­ger s’avère confiant, sinon naïf. Il sug­gère ainsi à son « cher voleur » de rap­por­ter l’un des tableaux. « Choisis-​le toi-​même. A la condi­tion qu’une fois qu’on le rac­croche dans le musée, l’histoire de ce qui lui est arrivé soit racon­tée et expli­quée par écrit à côté. Et c’est moi qui vais m’en char­ger. » Que ce vœu se réa­lise ou non, on sent d’ici le pro­chain bou­quin déjà mis en chan­tier. Avec un titre genre « Stances à un cam­brio­leur » – ah non, c’est déjà pris !


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