On n'est pas des moutons

Presse-Médias

Télévision. Collaro chez les ploucs, ou le mépris anthropologique

« Col­la­ro chez les ploucs ». Repor­ta­ge sur un cou­ple d’agriculteurs de Condé-sur-Seul­les, dans le Cal­va­dos. Lui a échoué au per­mis de condui­re. Elle est à la remor­que… Et Sté­pha­ne Col­la­ro – qui ser­re la main du mon­sieur mais pas cel­le de la dame… – d’y aller de sa déma­go­gie d’amuseur public et de son mépris des gens sim­ples de la cam­pa­gne. Alors, pour­quoi publier à nou­veau ? Par­ce que  ce mépris vaut anthro­po­lo­gie, tant pour les obser­vés que pour l’observateur. Sans nier que c’est quand même poi­lant, tout en témoi­gnant d’une épo­que et d’une for­me de télé­vi­sion (Anten­ne 2, émis­sion La Lor­gnet­te, 2 avril 1978. © Archi­ves Ina).

Dans un autre regis­tre, mais pro­che, revoyons cet autre mor­ceau d’anthologie : Dumayet et Des­grau­pes, Pier­re-s angu­lai­res du scoop rim­bal­dien 

Com­me quoi la « télé-réa­li­té », dès ses ori­gi­nes, c’est d’abord la réa­li­té de la télé.


« Maréchal, me voilà ! » Quand le FN redevient ce qu’il est

Ca a chauf­fé lors de la remi­se, mar­di 27 à Paris,  par le Trom­bi­no­sco­pe du prix d” « élu local de l’année » au mai­re FN d’Hénin-Beaumont Stee­ve Briois. Cet­te bana­le céré­mo­nie de l’entre-soi poli­ti­cien a tour­né au vinai­gre, ver­sion fron­tis­te.

Alors que les prix sont remis en mains pro­pres, vient le moment pour Gil­les Leclerc, pré­si­dent de la chaî­ne Public Sénat et qui n’a rien d’un gau­chis­te, de remet­tre le sien à Stee­ve Briois. Et son dis­cours n’est... com­ment dire ?... pas vrai­ment enjoué :

« Je vais être tout a fait hon­nê­te, j’étais pas for­cé­ment spé­cia­le­ment volon­tai­re pour cet exer­ci­ce un peu spé­cial. [...] Il ne s’agit pas à pro­pre­ment par­ler d’une véri­ta­ble récom­pen­se. [...] Aujourd’hui mai­re, donc, dépu­té euro­péen – tiens j’oubliais d’ailleurs qu’au Front natio­nal on n’était pas for­cé­ment contre le cumul. [...] C’est vrai que vous avez sans dou­te en mémoi­re les bilans pas très fameux, vous en convien­drez, de vos col­lè­gues élus en 1995. »

Sui­te à quoi il des­cend de la scè­ne et lais­se une hôtes­se remet­tre son prix à Stee­ve Briois. Qui décla­re à la tri­bu­ne :

« Je vou­lais vous remer­cier pour ce prix. Même s’il m’a été attri­bué visi­ble­ment à contre-cœur, il me va droit au cœur. »

Les res­pon­sa­bles fron­tis­tes pré­sents pren­nent alors à par­ti Gil­les Leclerc, sous l’œil des camé­ras du Petit Jour­nal. « Le dis­cours que vous avez fait est un dis­cours de pro­tec­tion, il fal­lait met­tre un pré­ser­va­tif pour venir  », lui lan­ce fine­ment le dépu­té Gil­bert Col­lard, qui ajou­te : « Quand on le reli­ra dans dix ans, votre dis­cours... Je vous plains. » « Mon­sieur Leclerc, vous avez été en-des­sous de tout, le tan­ce à son tour le séna­teur Sté­pha­ne Ravier. Ne vous for­cez pas à vous ridi­cu­li­ser à ce point ! [...] Vous vous êtes apla­ti, vous avez ram­pé...  » Et puis c’est au tour de Marion Maré­chal - Le Pen. Tout sou­ri­re, la dépu­tée et niè­ce de Mari­ne Le Pen mena­ce assez clai­re­ment le jour­na­lis­te :

« Fran­che­ment, c’est mina­ble. Je suis regon­flée à bloc ! Mais on va vous avoir... Mais quand ça va arri­ver, ça va vrai­ment vous fai­re mal ! Vrai­ment, mer­ci. Par­ce qu’on a des petits coups de mou et quand on a ça, on est moti­vés ! Vrai­ment. Vrai­ment. »

FN-Marion-Marechal-Le-Pen-menace-le-journaliste-Gilles-Leclerc-On-va-vous-avoir.-Mais-quand-ca-va-arriver-ca-va-vraiment-vous-fair

[Sour­ces : Etien­ne Bal­dit, le lab.europe1.fr et Dany Bruet]


En langue des médias, liberté se dit laïcité

Un dimanche matin, celui d’un dimanche d’« après ». Plus tout à fait comme « avant ». Après mes ablutions, le café et toute la procédure de démarrage du lambda qui s’est couché tard pour cause de chaos mondial, j’allume mon ordi resté en mode télé de la veille. Et voilà que je tombe (France 2) sur trois lascars en cravates devisant, peinards, sur l’étymologie des prénoms musulmans en langue arabe. C’est l’émission « Islam » : fort intéressante. Je suis sur le service public de la télé. Vont suivre « La Source de vie », émission des juifs, puis « Présence protestante », puis « Le Jour du Seigneur ». Et, enfin, Nagui reprend les rênes avec « Tout le monde veut prendre sa place »… (Je n’ose voir là-dedans une hiérarchie calculée…)

Donc, pas de pain, mais du religieux et du reli-jeux… Facile ? Peut-être mais quand même un chouïa profond. Dans les deux cas, il s’agit de relier, autant que possible, selon des niveaux de croyances bien séparés de la pensée critique, en strates, en couches sédimentaires. Je veux dire qu’entre « tout ça », ça ne relie pas beaucoup… Chacun restant dans ses référents ancrés au plus profond de soi, depuis l’inculcation parentale, selon qu’on sera né à Karachi, Niamey, Los Angeles, Marseille, Paris XVIe ou Gennevilliers.

Entre-temps j’ai allumé le poste (France Culture, ma radio préférée, de loin !). Et là, dimanche oblige, vont se succéder : Chrétiens d'Orient, Service protestant, La Chronique science (trois minutes…), Talmudiques, Divers aspects de la pensée contemporaine : aujourd’hui la Grande loge de France (ça peut aussi être le Grand orient, la Libre pensée, etc., selon le tour de « garde »). Et, bien sûr, la Messe.

On est toujours sur le service public des médias d’un pays laïc et je trouve ça plutôt bien, même si, on le devine, toutes les innombrables chapelles, obédiences et autres tendances font la queue devant le bureau de la programmation de Radio France pour quémander leurs parts de prêche.

sempe-tele-laicite

– Maintenant, je voudrais vous poser la question que doivent se poser tous nos spectateurs : Comment votre concept onirique à tendance kafkaïenne coexiste-t-il avec la vision sublogique que vous vous faites de l'existence intrinsèque ? [© Sempé]

Je trouve ça plutôt bien, et qu'on nous foute la paix ! Surtout dans la mesure où – pour parler précisément de France Culture – le reste des programmes est essentiellement orienté sur la culture, au sens plein – incluant à l’occasion les religions –, et tout le champ des connaissances : philosophiques, historiques, anthropologiques, sociologiques –scientifiques en général, sans oublier l’information (les Matins avec Marc Voinchet, 6 h 30 – 9 h, sont exemplaires).

Je me dis qu’une telle radio s’inscrit dans l’« exception culturelle » française et qu’elle est précisément un produit de notre laïcité. Et je note aussi un autre effet, tout récent celui-là car lié aux attentats du 7 janvier, et en particulier le premier contre Charlie Hebdo. Il ne s’agit nullement de minimiser celui contre les juifs du magasin casher, évidemment, mais seulement d’en rester au fait de la liberté d’expression et de caricature. Je trouve, en effet, que le ton des médias a monté d’un cran dans l’expression même de cette liberté, du moins dans une certaine vigueur de langage, voire une verdeur – ce qui constitue un signe manifeste et supplémentaire de libération.

Encore un effort ! Et pourvu que ça dure.


« Humanités »… Tout un programme sur France 5

Inti­tu­ler  Huma­ni­tés un nou­veau pro­gram­me de docu­men­tai­res, c’est une idée pro­met­teu­se de Fran­ce 5. Beau titre et géné­ri­que super­be dû à Célia Riviè­re, sur des illus­tra­tions de Théo Gui­gnard et une musi­que de Sacha Gal­pe­ri­ne. Tout un pro­gram­me, en effet. « Si votre plu­ma­ge se rap­por­te à… »


Effet Charlie ? Libé saisi par le blasphème

Sans dou­te conta­mi­né par le « virus Char­lie » et ses agents por­teurs héber­gés dans ses locaux, Libé­ra­tion se lâche à son tour. Sa une de demain 16 jan­vier annon­ce un défou­le­ment blas­phé­ma­toi­re tous azi­muts. Tant qu’à blas­phé­mer, arro­sons gaie­ment et lar­ge­ment. Une bon­ne foi(s ) pour tou­tes ?  Vingt guieux que non ! le sujet étant inépui­sa­ble – ce qu’on appel­le les éner­gies renou­ve­la­bles, cen­sées ali­men­ter l’écologie men­ta­le… 

charlie libé blasphemes

Libé 16/1/15


Les Actualités Françaises du 18 mars 1954

Les Actualités Françaises présentent…  Images du raid de Dien Bien Phu, Elisabeth II à Melbourne, grand bal au Kremlin, le président Herriot devient « Meilleur ouvrier de France », mort de l’architecte Auguste Perret, présentation de masques en plumes, pêche miraculeuse au Canada, course cycliste Paris-Côte d’Azur, ski à Garmisch. Y a pas à dire, il y a soixante ans on savait déjà informer !

Et en prime, le ton  toujours inégalé du spiqueur. Quelques grands serviteurs de l'ORTF s'en approchèrent par la suite, dont le pompeux (= cireur de pompes) Léon Zitrone. Celui dont  Claude Darget dira qu'il " parle couramment trois langues : le français, le russe et le serve ».

 © Ina


L’ancêtre du smartphone, un dinosaure made in France

Avant de bom­bar­der vos pho­tos du pas­sa­ge à l’An nou­veau, ce petit détour sur une avan­cée tech­ni­que déci­si­ve dans ce domai­ne, aujourd’hui si banal, de la trans­mis­sion d’images.

Il s’agit du béli­no­gra­phe, ancê­tre cin­quan­te­nai­re du smart­pho­ne…

un dino­sau­re !

belino

Et bon­ne année 2014 !

;

Repor­ta­ge datant de 1951 consa­cré au sys­tè­me de télé­pho­to­gra­phie par béli­no­gra­phe inven­té par Edouard Belin. Expli­ca­tions, sché­ma et illus­tra­tion avec une mise en scè­ne mon­trant un jour­na­lis­te du ser­vi­ce Télé­pho­to de Fran­ce-Soir dépê­ché sur une scè­ne de repor­ta­ge qui trans­met en urgen­ce ses pre­miers cli­chés.

On ne sau­ra pas com­ment le Rou­le­ta­bille a pu trou­ver la connec­tion télé­pho­ni­que au « pied » du fait-divers... Le plus beau, c’est le côté mer­veilleux du conte à la gloi­re de la tech­ni­que triom­phan­te. C’est ain­si que les Actua­li­tés Fran­çai­ses enchan­taient le mon­de des ciné­mas, entre le docu­men­tai­re et le film. Pas­sées de la tech­ni­que à la tech­no­lo­gie, néan­moins, nos moder­nes télé­vi­sions n’ont rien per­du de l’art de racon­ter des contes de fées.

  • Docu­ment Ina pro­ve­nant des Actua­li­tés Fran­çai­ses
  • Par­ti­ci­pants : Roul­leau, Edmond ; Belin, Edouard

Dieudonné vs Patrick Cohen. Quand fascisme et journalisme voguent sur le même bateau

Dieu­don­né est un facho. Un facho qui s’affiche sans ver­go­gne et com­me il y en a de plus en plus. Ses pro­pos anti­sé­mi­tes sur le jour­na­lis­te de Fran­ce Inter, Patri­ck Cohen, sont acca­blants et sans appel : « Tu vois, lui, si le vent tour­ne, je ne suis pas sûr qu’il ait le temps de fai­re sa vali­se. Moi, tu vois, quand je l’entends par­ler, Patri­ck Cohen, j’me dis, tu vois, les cham­bres à gaz… Dom­ma­ge. »

Mais en cher­chant à dépas­ser l’indignation sans frais, on peut tout de même se deman­der pour­quoi ce Dieu­don­né s’en prend-il ain­si à ce Cohen-là, à ce Patri­ck de la radio publi­que.

Alain Pont­vert, un lec­teur du Mon­de (20/12/2013), dépla­ce quel­que peu l’angle de vision dans ces ter­mes :

« Patri­ck Cohen un jour­na­lis­te irré­pro­cha­ble et exempt de tout esprit par­ti­san ou com­mu­nau­ta­ris­te ??? C’est une bla­gue ??? Lisez Schnei­der­mann puis­que l’article ne le met même pas en lien : les gens que le « ser­vi­ce public » vu par Patri­ck Cohen ne doit pas invi­ter car « ils ont contre­ve­nu à un dog­me » (lequel?) ».

Voi­là ce que racon­te Daniel Schnei­der­mann dans Libé­ra­tion (17/03/13) : « Cela se pas­se au micro de l’émission C’est à vous (Fran­ce 5). Chro­ni­queur de cet­te émis­sion, Patri­ck Cohen reçoit son col­lè­gue Fré­dé­ric Tad­deï, ani­ma­teur de Ce soir ou jamais, qui vient d’être trans­fé­rée de Fran­ce 3 à Fran­ce 2. Et Cohen ne va pas le rater, Tad­deï. A pré­sent qu’il est pas­sé sur Fran­ce 2, chaî­ne ami­ral, Tad­deï conti­nue­ra-t-il d’inviter les mau­dits, com­me il le fai­sait à l’abri de la (rela­ti­ve) confi­den­tia­li­té de Fran­ce 3 ? «Vous invi­tez des gens que l’on n’entend pas ailleurs, mais aus­si des gens que les autres médias n’ont pas for­cé­ment envie d’entendre, que vous êtes le seul à invi­ter.» Et Cohen cite qua­tre noms : Tariq Rama­dan, Dieu­don­né, Alain Soral et Marc-Edouard Nabe. Un théo­lo­gien, un humo­ris­te, un publi­cis­te inclas­sa­ble, un écri­vain : voi­ci la lis­te des pros­crits, des inter­dits, des ban­nis, dres­sée pour la pre­miè­re fois, tran­quille­ment, sur un pla­teau de télé convi­vial et sym­pa­thi­que. Ins­tant de véri­té. »

Le débat s’engage alors, ain­si que pour­suit Schnei­der­mann :

« Cohen : «Moi, j’ai pas envie d’inviter Tariq Rama­dan.» Tad­deï : «Libre à vous. Pour moi, y a pas de lis­te noi­re, des gens que je refu­se a prio­ri d’inviter par­ce que je ne les aime pas. Le ser­vi­ce public, c’est pas à moi.» «On a une res­pon­sa­bi­li­té. Par exem­ple de ne pas pro­pa­ger les thè­ses com­plo­tis­tes, de ne pas don­ner la paro­le à des cer­veaux mala­des. S’il y a des gens qui pen­sent que les cham­bres à gaz n’ont pas exis­té.» […] «Si je dis « j’ai des dou­tes sur le fait que Lee Har­vey Oswald ait été le seul tireur de l’assassinat de Ken­ne­dy à Dal­las », vous m’arrêtez ?»«Évi­dem­ment pas.»«Quelle dif­fé­ren­ce ? Tout ce qui n’est pas défen­du est auto­ri­sé. Je m’interdis de cen­su­rer qui que ce soit, à par­tir du moment où il res­pec­te la loi.»

Voyons même la vidéo de l’émission en ques­tion :

  (Lire la sui­te…)


Au Répu, ça pue !

Un hono­ra­ble et ami­cal cor­res­pon­dant de Lor­rai­ne (mer­ci Domi­ni­que) m’envoie cet­te pho­to (trou­ble, à cau­se de l’odeur) de son quo­ti­dien local dénom­mé Répu­bli­cain lor­rain, alias Le Répu.

Le Républicain lorrain, 24/9/13

Le Répu­bli­cain lor­rain, 24/9/13

On a beau être, com­ment dire ? tolé­rant, sou­ple, com­pré­hen­sif, bien­veillant, etc. il y a quand même des coups de pied au cul qui se per­dent. Quand la cras­se men­ta­le rejoint la jour­na­lis­ti­que, le Gui­ness des records n’y suf­fi­rait plus. C’est pour­tant « dans le jour­nal », celui daté du 24/9/13. Pour­vu qu’il y ait enco­re plus d’invendus que d’habitude !


Adresse aux jeunes peut-être futurs journalistes et autres rêveurs romanesques

Jeu­nes peut-être futurs jour­na­lis­tes, pos­tu­lants ou appren­tis des si nom­breux lieux de for­ma­tion, rêveurs roma­nes­ques qui s’identifient à la pim­pan­te gran­de repor­ter et redres­seu­se de torts des films hol­ly­woo­diens et des séries télé, …

… il est enco­re temps de bien ques­tion­ner votre voca­tion et pour cela, …

…plus enco­re, de vous impré­gner de la réa­li­té d’aujourd’hui du métier d’informer.

Ce n’est pas l’ancien de la pro­fes­sion qui lan­ce sa pro­phé­tie de vieux schnok,

c’est que les condi­tions d’exercice dudit métier ont tel­le­ment chan­gé, à l’image de la pla­nè­te mon­dia­li­sée et de l’information déma­té­ria­li­sée.

Et si en pri­me vous fan­tas­mez sur les héros « des grands conflits qui font les grands repor­ters »,

lisez en prio­ri­té le témoi­gna­ge d’une jeu­ne et cou­ra­geu­se pigis­te ita­lien­ne, Fran­ces­ca Bor­ri, que sa pré­sen­ce sur le front de la guer­re civi­le en Syrie a lit­té­ra­le­ment trans­for­mée – tout autant d’ailleurs que l’indifférence plus ou moins char­gée de mépris oppo­sée par ses confrè­res. Et aus­si par le public.

Son arti­cle a été publié le 1er juillet 2013, sur le site de la “Colum­bia Jour­na­lism Review”, Il est repris sur le site du Nou­vel Obs sous le titre

« Lettre d’une pigiste perdue dans l’enfer syrien ».

Là non plus, on ne pour­ra pas dire « je ne savais pas ».

 

• Voir aus­si :

BONNE NOUVELLE. Les journaux sont foutus, vive les journalistes !


BONNE NOUVELLE. Les journaux sont foutus, vive les journalistes !

par John Mac­Gre­gor, cher­cheur au dépar­te­ment Socio­lo­gie des médias du MIT

Cet arti­cle a été publié à l’origine sur CINQsurCINQ.net, mon site pro­fes­sion­nel désor­mais fer­mé pour cau­se de retrai­te. Il a ensui­te été mis en ligne le le 07/12/2004 sur ce blog, c’est pour dire.com. Je lui redon­ne ici une nou­vel­le actua­li­té, un peu à la maniè­re dont les médias audio-visuels, à la faveur de l’été, pra­ti­quent la redif­fu­sion. 

En pres­que dix ans, l’analyse a gar­dé de sa per­ti­nen­ce et d’une cer­tai­ne jus­tes­se d’anticipation. Ain­si en ce qui concer­ne l’apparition sur inter­net de plu­sieurs sites d’information dont, jusqu’à pré­sent, seul Media­part sem­ble avoir trou­vé le modè­le jour­na­lis­ti­que et éco­no­mi­que.

Cet­te décen­nie aura vu la dégra­da­tion géné­ra­le de l’économie de la pres­se d’information et, paral­lè­le­ment, l’accélération de la déma­té­ria­li­sa­tion des sup­ports au pro­fit d’internet et des outils « noma­des ». Par­mi ceux-ci, les smart­pho­nes ont pris la pre­miè­re pla­ce non seule­ment en tant que sup­port d’information, mais dans le pro­ces­sus même de pro­duc­tion d’information.. Les « réseaux sociaux  »  sont ain­si deve­nus des médias à part entiè­re – moins le pro­fes­sion­na­lis­me des jour­na­lis­tes (notion d’ailleurs tou­te rela­ti­ve, on le sait, et l’article ci-des­sous évo­que lar­ge­ment cet aspect). Face­book et Twit­ter notam­ment devan­cent désor­mais les médias tra­di­tion­nels dans la « cour­se » aux nou­vel­les; bien plus, ils les squee­zent lit­té­ra­le­ment dans le rôle dévo­lu à l’information dans les pro­ces­sus his­to­ri­ques (révo­lu­tions ara­bes, révol­tes tur­que et bré­si­lien­ne en par­ti­cu­lier).

C’est peut-être sur le plan tech­ni­que que l’article de « Mac­Gre­gor » se trou­ve le plus dépas­sé, quoi­que de maniè­re très rela­ti­ve : ain­si le sup­port en plas­ti­que élec­tro­ni­que n’a pas été géné­ra­li­sé, étant pour le moment sup­plan­té par les tablet­tes ; ain­si, les cen­tres d’impression délo­ca­li­sés des jour­naux n’ont-ils pas vu le jour : la pres­sion éner­gé­ti­que n’étant sans dou­te pas enco­re assez convain­can­te et les camions conti­nuent à rou­ler à tout va ; sur­tout, le pro­ces­sus accé­lé­ré de la déma­té­ria­li­sa­tion par le numé­ri­que est en pas­se de fai­re sau­ter cet­te éta­pe et avec elle une par­tie impor­tan­te de l’économie du papier d’impression.

Pour le res­te, c’est-à-dire l’essentiel, on ne peut que consta­ter amè­re­ment – aux excep­tions près, cer­tes nota­bles mais mino­ri­tai­res – un affai­blis­se­ment du jour­na­lis­me actif – posi­ti­ve­ment cri­ti­que – au détri­ment d’une indus­trie du retrai­te­ment d’informations de secon­des mains (« experts », agents de com”, lob­byis­tes, et jusqu’aux réseaux sociaux !) On voit ain­si pros­pé­rer dans les médias de mas­se cet­te « infor­ma­tion blan­che  » que déplo­re Mac­Gre­gor, et qui s’autoalimente à l’intérieur d’un sys­tè­me clos. Une « infor­ma­tion » qui se nie, autant dire une dés­in­for­ma­tion à base de mimé­tis­me, voi­re de consan­gui­ni­té mena­çant l’espèce jour­na­lis­ti­que par excès de cli­chés, « mar­ron­niers », micro-trot­toirs, pipo­li­sa­tion, géné­ra­li­sa­tions, approxi­ma­tions, incul­tu­re, tics et fau­tes de lan­gue, non recou­pe­ments, non contex­tua­li­sa­tion… 

Le bon côté de ce tris­te constat, c’est, com­me se plai­sent à dire les mana­geurs, qu’il y a « des mar­ges de pro­gres­sion  ».

Lire l’article


L’Équipe à genoux devant le client Roi

« Jour­na­lis­me spor­tif » : un oxy­mo­re. C’est-à-dire l’alliance incon­grue de deux élé­ments aus­si oppo­sés que l’huile et l’eau. Sum­mum du gen­re atteint par L’Équipe qui, au len­de­main du mat­ch PSG-OM, n’a pas craint d’accommoder son lec­to­rat en ména­geant la chè­vre PSG et le chou OM (c’est une ima­ge, hein !). Et voi­là le tableau, selon l’édition, pari­sien­ne ou mar­seillai­se :

Imaginons L'Huma publiant une édition de droite…

Ima­gi­nons L’Huma publiant une édi­tion de droi­te…

Com­me le note Daniel Schnei­der­man (Arrêt sur ima­ges), les heb­dos aus­si « sont cou­tu­miers des cou­ver­tu­res régio­na­li­sées. « Le vrai pou­voir à Mont­pel­lier », « Stras­bourg demain », « les dix qui font Le Havre », « ceux qui comp­tent à Vier­zon »: en cou­ver­tu­re du Point ou de L’Express, ça en jet­te au lec­to­rat local, sup­po­sé flat­té que la pres­se pari­sien­ne, du haut de Sa Pari­sia­ni­tu­de, s’intéresse à lui. »

Le méri­te de L’Équipe, si on peut dire, c’est de met­tre car­ré­ment les pieds dans le plat de la déma­go­gie clien­té­lis­te ou, vul­gai­re­ment par­lant, du lécha­ge-de-cul.

On dira qu’après tout, ce n’est jamais là que l’application à la pres­se spor­ti­ve d’un bon prin­ci­pe de mar­chan­di­sa­ge : plai­re au client, qui est Roi.

Où l’on voit bien aus­si qu’il y a lieu de dis­tin­guer entre cri­se des médias et cri­se du jour­na­lis­me, et ne pas rédui­re la réflexion à l’opposition toi­le contre papier.

 

Post scrip­tum, dans la fou­lée et en ver­sion « cou­vrez ces épau­les que je ne sau­rais voir » :

Oscars: Une agence de presse iranienne recouvre les épaules de Michelle Obama

 


Trop forts, ces journalistes !

© faber

© faber

Les « épi­so­des nei­geux » se ramas­sent à la pel­le et les jour­na­lis­tes « de ter­rain » sont mobi­li­sés tels les agents de l’Équipement et leurs saleu­ses. Bra­vons les cli­chés com­me les intem­pé­ries, célé­brons les mar­ron­niers qui fleu­ris­sent sous les blancs man­teaux à l’immaculée blan­cheur, pour la joie des petits et des grands. Tan­dis que les micro-trot­toirs tur­bi­nent à plein régi­me, tenus par les peti­tes-mains gre­lot­tan­tes des sta­giai­res à l’avenir incer­tain com­me la météo. Et pleu­vent en flo­cons drus les for­tes décla­ra­tions des Mon­sieur et Mada­me Michu « qui n’avaient jamais vu ça »

Le 20 heu­res de diman­che soir sur Fran­ce 2 a ain­si tenu un bon quart d’heure, à l’égal de tout grand évé­ne­ment. Météo, Algé­rie, Mali, hié­rar­chie quand tu nous tiens. Il est à parier que les autres chaî­nes auront fait au moins aus­si bien. Et que les jour­naux n’auront pas été en res­te. Le plu­ra­lis­me des médias, c’est fon­da­men­tal.


« Oise Hebdo » condamné à mort… comme ses lecteurs

La pres­se n’échappe pas à la cri­se qui la frap­pe dure­ment… C’est pire enco­re en Picar­die quand un « bas­sin de lec­teurs » se trans­for­me en « tri­an­gle des Ber­mu­des ».

Sans la pub, on aurait enco­re pu loger trois bon­nes atro­ci­tés. La pub aus­si tue la pres­se !

Mer­ci aux amis « aler­teurs » !


Choc de faits divers. Ouest-France n’y a vu que du feu

Affi­chet­te « Ouest-Fran­ce ». Sans com­men­tai­re. Mais les vôtres sont bien­ve­nus.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

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  • Salut cousin !

    Je dou­te donc je suis - gp

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