On n'est pas des moutons

Presse-Médias

Choc de faits divers. Ouest-​France n’y a vu que du feu

Affi­chette « Ouest-​France ». Sans com­men­taire. Mais les vôtres sont bienvenus.


Alors, les yeux de Liz : violets, émeraude, bleus ?

Post scrip­tum. Ah ben, à en croire Libé du jour, ils ne sont pas rouges non plus…

Dans le même « JT » de 20 heures, hier, Liz Tay­lor a été célé­brée pour la beauté de ses yeux suc­ces­si­ve­ment qua­li­fiés vio­lets, éme­raude, puis bleus. Éblouis, sub­ju­gués, aveu­glés nos égre­neurs de nou­velles ! Une photo en noir et blanc s’impose donc pour tran­cher ce si déli­cat et fon­da­men­tal point d’actualité et même d’Histoire. Celle d’Hollywood comme temple de la mytho­lo­gie spec­ta­cu­laire, celle qui brouille la hié­rar­chie des valeurs en s’imposant comme valeur pre­mière : la vedette, la star, l’idole, l’Argent-roi, le sen­ti­men­ta­lisme exhibé, l’exhibition « sacra­li­sée », la beauté inju­riant la misère – bref, toute l’injustice du monde, la magni­fi­cence outran­cière du pipole qui gou­verne ce monde. Une étoile s’éteint, l’univers vacille.


L’Europe et la Libye. Tripoli, Munich, Guernica…

Cet extrait vidéo ne dure qu’une minute, une minute de trop dans l’horreur des pro­pos de cet innom­mable des­pote, prêt à tuer encore et encore pour assou­vir sa démence. On s’était presque habi­tués aux révoltes quasi « nor­males », sans « trop » de vic­times. Ce qui s’est enclen­ché en Libye sus­cite les plus grandes craintes. D’autant que les réac­tions inter­na­tio­nales semblent tel­le­ment timo­rées. A com­men­cer par celles de notre gou­ver­ne­ment – mais là, on s’est vrai­ment habi­tués. Tant de com­pro­mis­sions pas­sées et si récentes avec tous ces régimes toxiques – pour reprendre un qua­li­fi­ca­tif finan­cier déjà effacé – ont semé assez de troubles dans les esprits accom­mo­dables, à l’éthique si élas­tique, au manque de droi­ture et de cou­rage, assez de déran­ge­ments pour para­ly­ser la moindre action.

La rébel­lion ver­bale d’un groupe de diplo­mates, publiée dans Le Monde> de ce jour, consti­tue un signe de plus attes­tant de la déli­ques­cence de ce régime à vau-l’eau, bal­lotté par les évé­ne­ments sur les­quels il n’a aucune prise – on appelle d’ailleurs ça la realt-​politik, ici elle est éle­vée au rang des beaux-​arts. Ce n’est évi­dem­ment pas un Ber­lus­coni qui va rele­ver le niveau euro­péen quant au drame libyen, ni s’agissant de l’histrion d’opérette, ni de la poli­tique de l’ancienne colo­nie sous per­fu­sion pétro­lière libyenne. Mer­kel y va de son cou­plet hor­ri­fié et Came­ron semble porté dis­paru. Ainsi l’Europe se trouve-​t-​elle une fois de plus sans voix, atten­dant sans doute les ins­truc­tions en pro­ve­nance d’outre-Atlantique.

Rien ne se répète jamais. S’il faut cepen­dant rete­nir les leçons de l’Histoire, je pense aux fameux accords de Munich. J’entends aussi la voix trem­blant, émou­vante certes, et dra­ma­ti­que­ment impuis­sante de Léon Blum renon­çant à l’intervention mili­taire contre l’Espagne fran­quiste. Je pense à ça et aussi, c’était écrit, à Guer­nica – à Guer­nica le vil­lage basque mar­tyre , et bien sûr au célèbre tableau de Picasso. Et j’ai peur pour la Libye, pour le peuple libyen livré à la folie meur­trière d’un monstre sans retenue.

Rue89 a mis en ligne les rares témoi­gnages par­ve­nant du pays quasi coupé du monde. Une Suisso-​Libyenne vivant à Ben­ghazi, dans l’est de la Libye appelle au secours : «  On a filmé ! On a les vidéos ! Mais ils ont coupé Inter­net. Ils tuent n’importe qui, une petite fille de 7 ans, notre voi­sine, qui se ren­dait dans un maga­sin. A quoi ça sert main­te­nant d’avoir peur ? On a besoin des jour­na­listes ! Pour que le monde sache ce que fait Mouam­mar Kadhafi. Les gens disent : « Ou nous, ou lui ! Ou Kadhafi, ou le peuple ! » » .


Denis Robert a définitivement gagné contre Clearstream !

Par Ber­nard Langlois

« C’est une très bonne nou­velle que nous apprend, ce dimanche matin, le comité de sou­tien à Denis Robert, ce jour­na­liste devenu écri­vain, engagé dans une enquête au long cours et à hauts risques qui a dévoilé, dans plu­sieurs ouvrages suc­ces­sifs, le rôle essen­tiel, dans le monde des affaires, d’une « banque des banques » sise au Luxem­bourg et plai­sam­ment connue, par anti­phrase sans doute, sous le nom, en anglais, de « Clair cou­rant » …
« Vous avez com­pris qu’il s’agit de Clears­tream, et la bonne nou­velle dit ceci :
« Après 10 ans de pro­cé­dure, quatre ans de comité de sou­tien, des cen­taines de dons, un concert et une vente aux enchères à son béné­fice, plus de 100 000 euros de frais de jus­tice, 500 Jour­na­listes affi­chant leur carte de presse en signe de sou­tien ...
Denis Robert a défi­ni­ti­ve­ment gagné contre CLEARSTREAM !

« Les hauts magis­trats de la Cour de cas­sa­tion viennent d’annuler trois condam­na­tions à l’encontre de Denis Robert en sou­li­gnant « l’intérêt géné­ral du sujet traité et le sérieux de l’enquête » et condamnent Clears­tream à lui ver­ser 9000 eu devra de plus rem­bour­ser Denis Robert des sommes qu’il a ver­sées à la suite de ses condam­na­tions pré­cé­dentes.
« L’affaire revien­dra devant la Cour d’Appel de Lyon pour un ultime pro­cès lors duquel Denis Robert pourra deman­der des dom­mages et inté­rêts ainsi que des publi­ca­tions dans dif­fé­rents jour­naux.
« Après dix ans de pro­cé­dure et de har­cè­le­ment, c’est une for­mi­dable vic­toire du droit, de la jus­tice et du jour­na­lisme. »
« J’ajoute : du cou­rage et de la téna­cité de Denis ; et du fidèle sou­tien de ses amis. »


France inter. Quand Le Pen montre « 13 millions d’étrangers », les journalistes regardent son doigt

Indi­gna­tion encore. France inter rece­vait ce matin Jean-​Marie Le Pen en fin de par­cours à la tête (Pen en bre­ton…) du Front natio­nal. Le vieux facho s’en sera encore bien tiré. Avec l’habileté et cet aplomb qu’on lui connaît, il aura une fois de plus roulé les jour­na­listes dans sa farine. Ainsi en fut-​il lorsque, enton­nant son refrain de pré­di­lec­tion, il affirma que la France compte désor­mais, « d’après l’Insee, plus de 13 mil­lions d’étrangers qui ne manquent pas de poser de graves problèmes »…

Le faus­saire à plein micro.

Treize mil­lions, et même plus ! Ce qui repré­sen­te­rait 20% de la popu­la­tion… Mais per­sonne pour rele­ver. Ni le pon­ti­fiant Guetta, ni le déca­pant Legrand, ni enfin le sémillant Cohen n’opposèrent au faus­saire la réa­lité sta­tis­tique : 3,65 mil­lions de per­sonnes, sur plus de 63 mil­lions, soit 5,8% de la popu­la­tion au der­nier recen­se­ment de 2006.

S’il n’est qu’une don­née à connaître quand un jour­na­liste ren­contre Le Pen, c’est bien celle sur l’immigration, non ? Au lieu de quoi on lui pose d’insipides ques­tions genre « La Tuni­sie est-​elle une dic­ta­ture ? »* Et l’autre men­teur de pour­suivre son bon­homme de che­min, et de ter­mi­ner sa car­rière de faus­saire « en beauté », comme il l’avait com­men­cée d’ailleurs. Je rap­pe­lais ici même, en octobre der­nier, com­ment Le Pen fut pro­pulsé par la télé, en 1984, avec l’émission au titre bien pré­somp­tueux : L’Heure de vérité… Il avait pu user et abu­ser du men­songe sans être le moins du monde inquiété par des jour­na­listes plus suf­fi­sants que com­pé­tents. Il aurait eu tort de se gêner. Ainsi vient-​il de réus­sir sa sor­tie selon la même recette éprou­vée. Face à la même indo­lence journalistique.

* Et la dilet­tante Pas­cale Clark de poser la même ques­tion à Régis Debray. C’était peu avant dans ses « Cinq minutes avec… ». Alors, la Tuni­sie, au fait ?

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Le Monde et WikiLeaks. Info ou bruits de chiottes ?

Comme d’autres quo­ti­diens occi­den­taux, Le Monde fait ses gorges chaudes des « révé­la­tions » de Wiki­Leaks… Bof, ce n’est même pas du « gorge pro­fonde » de l’époque Water­gate. Jusqu’à main­te­nant, on n’apprend rien de ces perles « secrètes », sinon des can­ca­nages entre langues de putes et autres petits-​grands rap­por­teurs diplo­ma­tiques. Et que je te dégoise sur l’un-l’autre et réci­pro­que­ment. Rien qu’on ne sache d’instinct, qui ne soit lisible dans les actes et sur les tronches mêmes de ces diri­geants somme toute maîtres ès faux-​culs, un savoir-​faire sans lequel on ne sau­rait péné­trer les arcanes du pouvoir.

Que Le Monde s’en amuse avec sérieux, voilà qui dit bien le rape­tis­se­ment du jour­na­lisme jadis « de réfé­rence ». Qu’il en fasse son feuille­ton de l’hiver, serait-​ce pour diver­tir et repo­ser ses lec­teurs des affaires en rafales qui secouent la société fran­çaise – pour ne par­ler que de celle-​là ? Quant à rap­por­ter sous cou­vert d’information des ragots de cou­loirs – même d’ambassades –, n’est-ce pas les confondre avec des bruits de chiottes ?


Affaire Woerth-​Bettencourt. En attendant le film, la télé (suisse)

Joli concen­tré d’ironie cin­glante que ce résumé de l’affaire Woerth-​Bettencourt. Et c’est passé à la télé. Enfin à la télél suisse, ne rêvons pas… A savou­rer donc, ce bijou de la Télé­vi­sion Suisse Romande (TSR).



Le Pen invité au CFJ devant les futurs journalistes. Tollé syndical et misérable !

Atter­rant ! Le SNJ-​CGT, Syn­di­cat natio­nal des jour­na­listes – CGT, sonne le toc­sin à l’encontre du Centre de for­ma­tion des jour­na­listes, à Paris, qui s’apprête à rece­voir ce jeudi Jean-​Marie Le Pen pour une ren­contre avec les étu­diants. Je suis atterré par cette réac­tion imbé­cile, tant sur le fond que sur la forme, et je parle en connais­sance de cause. Alors res­pon­sable péda­go­gique au CFJ, j’avais moi-​même invité le lea­der du Front natio­nal à une sem­blable confrontation.

C’était il y a …26 ans, en 1984. En tout cas, Le Pen se trou­vait en pleine ascen­sion média­tique – donc poli­tique – et péro­rait plus que jamais. Entre autres et en par­ti­cu­lier, un cer­tain François-​Henri de Virieu lui avait bien mis le pied à l’étrier en l’invitant à son émis­sion, L’Heure de vérité. C’était la pre­mière fois que Le Pen appa­rais­sait sur une grande chaîne de télé­vi­sion publique, Antenne 2. Il se voyait ainsi pro­pulsé au rang d’homme poli­tique pré­sen­table, sinon hono­rable. Cette prise de béné­fice subite, je ne l’imputerais pas direc­te­ment à de Virieu – sinon, com­ment défendre le CFJ aujourd’hui et le droit du public à l’information ? – qu’à ses aco­lytes jour­na­listes cen­sés affron­ter la bête. Il y avait là, donc, Alain Duha­mel, Albert Du Roy, Jean-​Louis Servan-​Schreiber. Et c’est ce der­nier sur­tout qui donna le plus de grain à moudre à Le Pen à cause de son atti­tude rele­vant plus de la péti­tion de prin­cipe, sinon de l’inquisition à l’égard de l’invité fron­tiste. Sur­tout, il n’avait sem­blé comp­ter que sur son « talent », négli­geant ainsi l’argumentation solide, docu­men­tée, carac­té­ris­tique du jour­na­liste digne de la fonc­tion. Notam­ment à pro­pos de l’immigration, Le Pen, ne fit qu’une bou­chée d’un Servan-​Schreiber dépassé et même dépité.

Voilà la « leçon » de l’émission qu’il me sem­blait impor­tant de sou­mettre aux futurs jour­na­listes. D’où ma déci­sion d’inviter Le Pen quelques semaines plus tard au CFJ pour un « car­re­four d’actualité ». Ce qu’il accepta sans hésiter…

Je me sou­viens d’une cer­taine effer­ves­cence qui avait gagné les étu­diants à l’idée de « se faire Le Pen ». Idée contre laquelle je les met­tais pré­ci­sé­ment en garde, fort du pré­cé­dent créé par Jean-​Louis Servan-​Schreiber… Il s’agissait de pri­vi­lé­gier le ques­tion­ne­ment argu­menté, solide, plu­tôt que de jeter des ana­thèmes. Bref, les bases du métier…

Phi­lippe Vian­nay, au CFPJ, rue du Louvre, peu avant sa mort en 1986.

L’affaire se passa à peu près bien, dans un esprit mor­dant mais, disons « tenu ». Au début pour­tant, la ten­sion fut vive, lorsqu’un étu­diant d’origine magh­ré­bine (le seul d’ailleurs), fort ému, repro­cha à Le Pen son rôle de tor­tion­naire en Algé­rie… (Le sujet venait en effet d’être relancé par Le Canard enchaîné). A quoi le chef du Front natio­nal répon­dit en sub­stances : Permettez-​moi d’abord, Mon­sieur, puisque vous ne vous êtes pas pré­senté, de vous deman­der votre nom… Tollé dans la salle… « Mais com­ment, ai-​je été ici convo­qué à un tri­bu­nal ou à un débat nor­mal ?! Auquel cas, il est bien nor­mal, etc. »

Je crois vrai­ment que le but péda­go­gique fut bien atteint et valo­risé lors d’une séance de débrie­fing [un enre­gis­tre­ment vidéo se trouve peut-​être archivé au CFJ]

Voilà pour le fond de l’affaire qui, alors, ne sou­leva aucune indi­gna­tion. Et sur­tout pas de la part du patron de l’époque du CFJ, Phi­lippe Vian­nay, que j’avais bien sûr informé de mon ini­tia­tive et qui m’avait tota­le­ment laissé carte blanche. Le len­de­main il me confiait : « J’étais inquiet, sans vous le dire. Mais vous avez bien fait [de l’inviter]  ».

Aussi suis-​je atterré de voir le SNJ-​CGT, pour appe­ler à mani­fes­ter ce jeudi devant le CFJ, invo­quer le même Phi­lippe Vian­nay au titre de son passé de grand résis­tant. Il fut en effet le diri­geant prin­ci­pal de Défense de la France, mou­ve­ment clan­des­tin dont le jour­nal du même nom est à l’origine directe de France-​Soir. On le retrouve aussi à l’origine du Centre de for­ma­tion des jour­na­listes en 1946, de l’école de voile Les Glé­nans et du Nou­vel Observateur.

«  On cau­che­marde : le condu­ca­tor éruc­tant serait rangé désor­mais dans la liste des invi­tés fré­quen­tables, qui plus est face à de futurs jour­na­listes, pro­fes­sion qu’il ne cesse d’insulter  », écrit le syn­di­cat de jour­na­listes dans un com­mu­ni­qué, tout en appe­lant à mani­fes­ter « en mémoire des fon­da­teurs » de l’école.

Faire men­tir les morts pour ne pas voir le diable. Est-​ce ça la « leçon de jour­na­lisme » du SNJ-​CGT ? Misère que ce syndicalisme !

L’Huma emboîte le pas…

Jusqu’aux grandes orgues du racisme ! Le n’importe quoi tenant lieu d’analyse…

Internet et Cie. Du bon usage du nazisme, du professeur Kuing Yamang et de la falsification

Cli­quer sur l’image ou aller là : http://​www​.face​book​.com/​p​a​g​e​s​/​O​n​-​s​a​i​t​-​c​e​-​q​u​e​-​l​o​n​-​v​e​u​t​-​q​u​o​n​-​s​a​c​h​e​/​1​4​3​3​6​3​3​9​2​3​7​5​566

Voilà que refleu­rissent les détour­ne­ments, à la manière des situa­tion­nistes dans les années 60, notam­ment à par­tir de films sud-​coréens de kung-​fu. Celui ci nous est venu par Domi­nique Dréan (merci !) via un de ses com­men­taires. Il s’agit d’un pas­sage de « La Chute » (Der Unter­gang), un film alle­mand d’Oliver Hir­sch­bie­gel (2004). On y voit Hit­ler dans son piteux déclin, en proie à l’hystérie. Les sous-​titres se situent, c’est le cas de le dire, dans la tra­di­tion anar­chiste, pro­je­tant une repré­sen­ta­tion néo-​spartakiste du mou­ve­ment de libé­ra­tion du peuple…

Pour un peu on y croi­rait… Mais aujourd’hui…, c’est l’espérance qui manque le plus. Quand bien même le poli­tique en por­te­rait de manière cré­dible, il lui fau­drait encore vaincre le contre-​mouvement de repli indi­vi­duel et, par delà, recréer les liens dis­ten­dus, sinon rom­pus, entre le moi-​je et le nous socié­tal – ce qu’un bon mien copain dénomme « l’articulation du je-​nous »… dont l’arthrose fait pour le moins boi­ter nos sociétés.

Autre remarque de fond. Il s’agit du recours au nazisme comme « argu­ment » de com­pa­rai­son. Cette fai­blesse par l’outrance mani­chéenne ten­drait à assi­mi­ler le sar­ko­zysme au nazisme, ce qui est déli­rant. Une occa­sion de plus pour évo­quer ce qu’on appelle la « loi de God­win », du nom de son inven­teur, Mike God­win, cher­cheur à l’Université Yale aux Etats-​Unis. L’énoncé : « Plus une dis­cus­sion en ligne dure long­temps, plus la pro­ba­bi­lité d’y trou­ver une com­pa­rai­son impli­quant les nazis ou Adolf Hit­ler s’approche de 1.» De même, dans un débat, atteindre le point God­win revient à signi­fier à son inter­lo­cu­teur qu’il vient de se dis­cré­di­ter en véri­fiant la loi de God­win. Et par exten­sion, du fait de la poly­sé­mie du mot « point », des « points God­win » peuvent être attri­bués à l’unité.

Cette « loi » s’appuie donc sur l’hypothèse selon laquelle une dis­cus­sion qui dure peut ame­ner à rem­pla­cer des argu­ments par des ana­lo­gies extrêmes. L’exemple le plus cou­rant consiste à com­pa­rer le thème de la dis­cus­sion avec une opi­nion nazie ou à trai­ter son inter­lo­cu­teur de nazi et de fas­cistefacho »). Si le sujet de la dis­cus­sion était très éloi­gné d’un quel­conque débat idéo­lo­gique, une com­pa­rai­son de ce genre est consi­dé­rée comme un signe d’échec de la dis­cus­sion. On estime alors qu’il est temps de clore le débat, dont il ne sor­tira plus rien de per­ti­nent : on dit que l’on a atteint le « point God­win » de la dis­cus­sion. [Voir de mul­tiples pro­lon­ge­ments sur le sujet sur inter­net, et notam­ment là, avec four­ni­tures d’exemples hexa­go­naux fameux].

Néan­moins, pour en reve­nir à la vidéo du départ, c’est à voir là, et ça per­met de se réga­ler du talent de comé­dien de Bruno Ganz et cet extrait d’un film remarquable.

Autre exemple du même genre qui, celui-​là, galope à bride abat­tue sur la toile. Domi­nique, le même, me l’a aussi envoyé, comme avant lui plu­sieurs autres inter­nautes. Ça en devient un hoax, c’est-à-dire une fausse info – sou­vent accom­pa­gnée d’un cer­ti­fi­cat d’authenticité genre « VÉRIDIQUE ! », en capi­tales et en gras. (Voir le site hoax­bus­ter, qui traque ce genre de « nouvelles »).

Cli­quer sur l’image ou aller là : http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​D​M​K​b​9​A​6​K​ouk

En l’occurrence, il s’agit d’une émis­sion de télé chi­noise dans laquelle le «véné­rable pro­fes­seur Kuing Yamang» ana­lyse doc­te­ment le déclin de la France. Le pro­pos est cin­glant, argu­menté et„ sur­tout, trouve sa por­tée du fait de son ori­gine, l’empire du Milieu…

Voici com­ment Chris­tophe S.-B. pré­sente l’affaire : « En effet, j’ai vu cette vidéo cou­rant juin. Il s’agit d’un canu­lar à la manière des situa­tion­nistes (fin des années 50 début des années 70). Je pense à un film situa­tion­niste de 1973 moquant le régime maoïste inti­tulé «  La dia­lec­tique peut-​elle cas­ser des briques  », oeuvre de René Vie­net - qui reprend des films de Kung Fu en VO , et sous-​titre les dia­logues par des dis­cus­sions sur la lutte des classes, et la guerre entre le pro­lé­ta­riat et les bureau­crates. Ce genre de détour­ne­ment de l’image ne date donc pas d’hier.

« L’auteur de ce petit pétard se veut mettre en scène un sup­posé pro­fes­seur chi­nois dénommé Kuing Yamang (Koui­gna­mann, le gâteau bre­ton ). Le pro­blème ne tient pas seule­ment au contenu des sous-​titres bidon­nés qui portent des juge­ments à l’emporte-pièce sur les Fran­çais mais sur­tout à la per­son­na­lité bien réelle qui s’exprime qui n’est autre que l’ancien ambas­sa­deur de Chine en France et ex-​porte parole du minis­tère chi­nois des affaires étran­gères, Wu Jian­min, actuel­le­ment membre Bureau inter­na­tio­nal des expo­si­tions (BIE) pour Shan­ghai Expo 2010. Les sous-​titres sont faux et les deux hommes parlent de l’Exposition Uni­ver­selle de Shanghai.

[…] « L’auteur du canu­lard est un mili­tant libé­ral, bre­ton « bre­ton­nant » bien de chez nous (de Lorient), Yann Cahe­rec. Pour faire par­ler de lui, il a plu­tôt reussi son coup. »

L’auteur de cette vidéo paro­dique l’avoue lui-​même sur la page You­tube de la vidéo. Il ne fal­lait donc pas aller bien loin pour véri­fier, mais c’était tout de même trop pour quelques blo­gueurs qui sont tom­bés dans le pan­neau. Et ainsi de détailler :

Fde​souche​.com la publie comme authen­tique, avant que ses com­men­ta­teurs ne lui fassent part de la super­che­rie. Il essaie depuis de faire pas­ser son erreur pour une plaisanterie.

Novo​press​.info de même, allant jusqu’à qua­li­fier la vidéo de “reten­tis­sante” et d’en citer cer­tains pas­sages, avant de se raviser.

L’Observatoire des Sub­ven­tions publie éga­le­ment cette vidéo tru­quée. La encore la vérité est réta­blie dans les com­men­taires, par­fois peu amènes envers le site.

Sur Expres​sion​Libre​.net, tou­jours pas de démenti si ce n’est dans les commentaires.

Et la rédac­tion belge de 7sur7​.be, qui à défaut d’appliquer la déon­to­lo­gie, y pense sin­cè­re­ment: « Cette vidéo est à prendre avec des pin­cettes: per­sonne ne par­lant man­da­rin à la rédac­tion, nous ne pou­vons assu­rer nos lec­teurs de la véra­cité des sous-​titres. Le “pro­fes­seur Yamang” n’est pas sérieu­se­ment réfé­rencé sur le Net. Cepen­dant, la teneur des pro­pos étant de nature à inter­pel­ler et à faire réflé­chir, nous avons décidé de main­te­nir l’article en ligne. »

Enfin, et entre autres sans doute, sur BFM TV, Oli­vier Maze­rolle, un vieux de la vieille, gobe l’affaire et la fait gober à Cécicle Duflot (Les Verts), tan­dis qu’une image de Sar­kozy est intro­duite parmi les autres de manière sub­li­mi­nale. De quoi gloser !

Le mot de la fin à l’auteur du détour­ne­ment vidéo, qui répond à un com­men­ta­teur lui repro­chant que sa blague soit prise au sérieux par plu­sieurs personnes: « Les gens sont cré­dules, ils n’ont qu’à véri­fier les sources ou réflé­chir un peu au lieu de croire bête­ment toutes les conne­ries qu’on leur balance. Je n’ai pas fait cette vidéo pour par­ler de la Chine, ce n’est pas le sujet, mais pour expo­ser une cer­taine vision de notre société. Lis ou relis les Lettres per­sanes de Mon­tes­quieu : J’aime bien cette idée de faire par­ler des gens assez exté­rieurs au problème. »

Belle et « véri­dique » leçon média­tique, pas vrai ?


France Inter. Ruade de Morel, dérobade de Val

L’humour, ah l’humour ! Y a qu’ça d’vrai, pas vrai ? A ce pro­pos, un ami m’adresse un emil la semaine der­nière pour me signa­ler ça : « J’ai eu peut être l’occasion de le dire sur ton blog, je n’écoute plus France Inter. Je ne sais pas par quel enchai­ne­ment de clics je suis arrivé hier à cela: http://​www​.dai​ly​mo​tion​.com/​v​i​d​e​o​/​x​e​x​q​t​0​_​m​e​s​s​a​g​e​-​p​o​u​r​-​n​i​c​o​l​a​s​-​s​a​r​k​o​z​y​_​fun

C’est avec ravis­se­ment que j’ai constaté que Val n’est pas tiré d’affaire et que son « action­naire » chéri est tou­jours cerné par les nez rouges: Fran­çois Morel a repris le lam­beau avec beau­coup de talent.  »


Mes­sage pour Nico­las Sar­kozy
envoyé par fran­cein­ter. - Gag, sketch et paro­die humou­ris­tique en video.

Je viens d’écouter la chose. Si ce n’est déjà fait, ne la lou­pez pas, c’est un chef d’oeuvre de finesse vache. Cli­quer sur le lien ou sur l’image, ça devrait démar­rer. Et merci Domi­nique D., tu as bien mérité, toi aussi, de la patrie !

PS : France Inter, le matin, est devenu par­ti­cu­liè­re­ment ron­ron. On se veut léger, sinon joyeux; on par­vient tout juste à faire propre. Le rem­pla­çant de Demo­rand, Patrick Cohen, passe les plats à ses invi­tés suc­ces­sifs. Il a le bagout conve­nable, sait se tenir à table. Ne pète jamais. Un vrai gendre comme il faut. Val, son patron, doit jubi­ler. D’ailleurs il montre sa satis­fac­tion dans un entre­tien à Télé­rama [25/​9/​10]. Je reco­pie la fin :

« Il y a quelque temps vous avez dit « L’actionnaire est mal­traité sur cette chaîne. » Le rediriez-​vous ?

Phi­lippe Val : D’abord, cette phrase a été tron­quée, donc défor­mée. Je disais que l’actionnaire, ce n’était pas seule­ment l’auditeur d’Inter…

Télé­rama : …en par­lant de l’actionnaire, vous ne par­liez pas de l’État ?

Val : Abso­lu­ment. Je par­lais de ceux qui paient la redevance.

Télé­rama : Vrai­ment ?

Val : Oui, l’actionnaire, c’est le peuple. »

Voir sur C’est pour dire l’original de la décla­ra­tion : Selon Val, France inter « coûte cher à l’actionnaire » Sar­kozy Le dirlo d’Inter avait déclaré : « France Inter est une radio qui coûte cher à l’actionnaire, qui n’est pour tant pas très bien traité par la sta­tion. » Pas ques­tion de « peuple » là-​dedans ! Emmerdé, le len­de­main Val rec­ti­fie ainsi le tir :  » Il est évident pour moi que l’actionnaire d’Inter n’est pas le pré­sident de la Répu­blique, mais les audi­teurs »

Il y a une sorte de jus­tice imma­nente pour les traitres et autres faux-​culs : elle leur saute à la tronche. Et on ne voit plus qu’un hideux faux-​nez – cerné par les nez-​rouges des humoristes.


  • Mai 2012, en rouge et bleu…

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  • Fin de bestiaire

    Mou­tons, orangs-​outangs, canards… Dans mon bes­tiaire, on devrait aussi croi­ser la cohorte des humains cré­dules cou­rant après leurs propres sor­nettes… Suf­fit de regar­der autour de soi. Et de se regarder…

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