Quelques notes en pas­sant, là où ça m’a gra­touillé, face au spec­tacle du monde.

• Au lieu de s’immoler par le feu devant une agence de Pôle emploi à Nantes, le mal­heu­reux chô­meur de 42 ans aurait dû ten­ter le coup de la grue média­tique. Mais quand on est com­plè­te­ment vidé, à bout, les idées et les forces aus­si res­tent en berne.

–––

Hier soir (17/2/13 ), Dany Cohn-Ben­dit à la télé. Il a tou­jours vécu du spec­tacle de la socié­té qui l’a fait naître. Regard tou­jours pétillant, la langue bien pen­due, peu embar­ras­sé par la bien­séance : il tient son rôle, bon VRP de lui-même et de ses œuvres (un bou­quin sur les par­tis), culti­vant son image auto­sa­tis­faite. Dépu­té en fin de man­dat, ayant bien sinué entre les nuances de la ver­dure dite éco­lo­gique, il aurait pu finir séna­teur s’il n’avait pris le chou de Bruxelles – ce sera pour une autre vie. Le « liber­taire » a ain­si et dou­cet­te­ment viré « liber­ta­rien » puis « libé­ral », ain­si qu’il est d’usage chez les 68tards andro­pau­sés et autres maoïstes défro­qués. De son œil gogue­nard, il a trai­té Depar­dieu de « cin­glé » en rai­son de son deal avec le « dic­ta­teur Pou­tine », tan­dis qu’il affir­mait se foutre de sa planque fis­cale en Bel­gique. Pour­quoi ain­si l’exonérer de la soli­da­ri­té fis­cale, ce qui est bien plus grave, selon moi, que sa pan­ta­lon­nade avec l’ex du KGB ?

–––

• Ce gou­ver­ne­ment finit par me sor­tir de par­tout. La finance com­mande, ils obtem­pèrent, et même avec zèle. Socia­listes mon cul ! N’ont de cesse de s’aligner sur les ukases comp­tables de l’Europe. Cette Europe qui n’existe pas, sinon celle du fric et de sa mon­naie pour­rie qui ruine les pays et sur­tout les peuples. D’où les danses du ventre des Mélen­chon et Le Pen.

Le pire, ce n’est pas tant leur impuis­sance rela­tive – l’Europe déla­brée, la finance déchaî­née – le pire, c’est qu’ils s’aplatissent sans même rous­pé­ter, hur­ler, gueu­ler, exis­ter quoi ! Des tou­tous.

–––

Par hasard en tour­nant le bou­ton, je tombe sur une radio pri­vée ce lun­di matin, pas sur les publiques que j’écoute d’habitude, et entends par­ler de Fazil Say, ce pia­niste turc, dont le pro­cès pour athéisme et blas­phème s’ouvre aujourd’hui à Istan­bul.

Tur­quie : 163 jour­na­listes en pri­son, sans juge­ment ! Sur France Culture, l’imam Chal­ghou­mi, qui se dit « modé­ré », trouve que « c’est mieux » en Tur­quie. Mieux qu’en Égypte ou qu’en Tuni­sie.  Dire « c’est mieux » : tout un aveu, toutes les limites de l’air de la « modé­ra­tion ».

J’ai, de loin, pré­fé­ré les pro­pos vrai­ment laïques (ou laïcs ?) de Jean­nette Bou­grab, pour­tant de droite (ex ministre de l’affreux S).

 

1fazil_say

Fazil Say - Pho­to http://fazilsay.com/

Mieux, ça ne peut être que moins pire. J’en reviens à Fazil Say. Admi­rable pia­niste et musi­cien (de jazz éga­le­ment, ce qui ne sau­rait me déplaire), mais il ne serait pas si remar­quable sans son cou­rage dres­sé contre ce régime à l’islamisme dit « modé­ré ».

Exemples emprun­tés à Guillaume Per­rier, cor­res­pon­dant du Monde à Istam­bul :

• En avril, Fazil Say avait moqué l’appel à la prière d’un muez­zin. « Le muez­zin a ter­mi­né son appel en 22 secondes. Pres­tis­si­mo con fuo­co !!! Quelle est l’urgence ? Un ren­dez-vous amou­reux ? Un repas au raki ? »  Il avait éga­le­ment eu l’audace de repro­duire sur les réseaux sociaux des vers du poète per­san Omar Khayyam, à qui il a dédié un concer­to pour cla­ri­nette : « Vous dites que des rivières de vin coulent au para­dis. Le para­dis est-il une taverne pour vous ? Vous dites que deux vierges y attendent chaque croyant. Le para­dis est-il un bor­del pour vous ? » Il risque, en théo­rie, de neuf à dix-huit mois de pri­son pour « offense pro­pa­geant la haine et l’hostilité » et « déni­gre­ment des croyances reli­gieuses d’un groupe ».

• Le roman­cier et Prix Nobel Orhan Pamuk, jugé pour insulte à l’identité natio­nale turque en 2006 pour avoir décla­ré : « Dans ce pays, un mil­lion d’Arméniens et 30 000 Kurdes ont été tués. »

Le cari­ca­tu­riste Baha­dir Baru­ter reste sous la menace d’une peine d’un an de pri­son pour un des­sin à la « une » de l’hebdomadaire sati­rique Pen­guen, en 2011, où était écrit sur le mur d’une mos­quée : « Il n’y a pas de Dieu, la reli­gion est un men­songe. »

• Le roman­cier fran­co-turc Nedim Gür­sel a lui aus­si subi les foudres de la jus­tice pour Les Filles d’Allah, une bio­gra­phie roman­cée du pro­phète Maho­met. Qua­rante et un pas­sages de son livre avaient été jugés irres­pec­tueux par le pro­cu­reur d’Istanbul. Nedim Gür­sel avait fina­le­ment été acquit­té en 2009.

• Un pro­cès a aus­si visé un ouvrage du bio­lo­giste bri­tan­nique Richard Daw­kins. Des orga­ni­sa­tions isla­mistes et un auteur créa­tion­niste, Adnan Oktar, sont sou­vent à l’origine de ces plaintes.

« Jurer et insul­ter ne peut pas être consi­dé­ré comme de la liber­té d’expression », a esti­mé le vice-pre­mier ministre Bekir Boz­dag, théo­lo­gien de for­ma­tion. Lequel a récla­mé qu’une enquête soit ouverte contre l’intellectuel d’origine armé­nienne Sevan Nisa­nyan. Ce lin­guiste, volon­tiers pro­vo­ca­teur, décla­rait fin sep­tembre : « La moque­rie d’un chef arabe qui a pré­ten­du il y a des siècles être entré en contact avec Dieu et a fait des béné­fices poli­tiques, finan­ciers et sexuels, n’est pas un crime de haine ; c’est la liber­té de parole. »

Share Button