Juan Car­los Reyes Ocaña, jour­na­lis­te de la peti­te agen­ce Hol­guín Press, a été arrê­té dans la mati­née du 29 jan­vier par la Poli­ce natio­na­le révo­lu­tion­nai­re (PNR), et emme­né dans une caser­ne sous les incul­pa­tions d” »outra­ge », « déso­béis­san­ce » et « acti­vi­té éco­no­mi­que illi­ci­te ». Remis en liber­té le len­de­main, il obser­ve une grè­ve de la faim dans l’attente de son juge­ment qui pour­rait lui valoir la pri­son fer­me.

Har­cè­le­ments de blo­gueurs, déten­tions arbi­trai­res et mau­vais trai­te­ments de pri­son­niers d’opinion res­tent carac­té­ris­ti­ques d’un régi­me qui ne tolè­re aucu­ne infor­ma­tion en dehors de son contrô­le et dont les timi­des évo­lu­tions depuis février 2008 s’arrêtent au seuil des droits de l’homme. Man­quant à leur paro­le, les auto­ri­tés de La Hava­ne n’ont jamais rati­fié les deux Pac­tes de l’Onu rela­tifs aux droits civils et poli­ti­ques – signés au moment de la pri­se de fonc­tions offi­ciel­les de Raúl Cas­tro –, les­quels incluent la liber­té d’expression. La nor­ma­li­sa­tion des rela­tions avec Cuba prô­née notam­ment par la pré­si­den­ce espa­gno­le de l’Union euro­péen­ne ne sau­rait fai­re l’impasse sur les liber­tés fon­da­men­ta­les.

Aucun ges­te huma­ni­tai­re n’a été consen­ti en faveur des jour­na­lis­tes arrê­tés lors du « Prin­temps noir » de mars 2003, dont Ricar­do Gonzá­lez Alfon­so, condam­né à vingt ans de pri­son. Souf­frant de pro­blè­mes de san­té, en par­ti­cu­lier pul­mo­nai­res, le cor­res­pon­dant de Repor­ters sans fron­tiè­res et fon­da­teur de la revue « De Cuba » s’est vu admi­nis­trer avec retard, le 26 jan­vier, un trai­te­ment qu’il atten­dait depuis des mois. Mal­gré son état, il res­te main­te­nu en cel­lu­le au péni­ten­cier du Com­bi­na­do del Este (La Hava­ne).

Autre pri­son­nier du « Prin­temps noir », éga­le­ment condam­né à vingt ans de pri­son, Juan Car­los Her­re­ra Acos­ta, de l’Agence de pres­se libre orien­ta­le (APLO), a récem­ment dénon­cé les mau­vais trai­te­ments et pri­va­tions ali­men­tai­res dont il a fait l’objet avec d’autres codé­te­nus (voir la vidéo ). Incar­cé­ré depuis six mois, le doc­teur et col­la­bo­ra­teur de médias dis­si­dents Dar­si Fer­rer a, quant à lui, subi un pas­sa­ge à tabac en cel­lu­le alors qu’il était menot­té.

La répres­sion vise de près les blo­gueurs et uti­li­sa­teurs d’Internet. Deux étu­diants ont été ren­voyés au mois de jan­vier pour un tra­vail d’information « non auto­ri­sé ». Darío Ale­jan­dro Pau­li­no Esco­bar a été exclu de l’Université de La Hava­ne pour avoir créé une page sur le réseau social Face­book, conte­nant le comp­te ren­du d’une réunion de l’Union des jeu­nes com­mu­nis­tes (UJC). Fille du pri­son­nier poli­ti­que Félix Navar­ro, Saylí Navar­ro a connu le même sort au sein de l’Université de Matan­zas pour ses acti­vi­tés de jour­na­lis­te indé­pen­dan­te.

Le 6 novem­bre 2009, la Sécu­ri­té de l’État (poli­ce poli­ti­que) a bru­ta­li­sé les blo­gueurs Yoa­ni Sán­chez, créa­tri­ce de la pla­te-for­me Gene­ra­ción Y, et Orlan­do Luis Par­do, à la veille d’une mani­fes­ta­tion [lire sur C’est pour dire]. Un troi­siè­me, Luis Feli­pe Rojas, a été arrê­té à deux repri­ses en décem­bre et assi­gné à rési­den­ce.

[D’après Échan­ge inter­na­tio­nal de la liber­té d’expression (IFEX, Toron­to) et Repor­ters sans fron­tiè­res (RSF, Paris)]
Share Button