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Croi­sé ce matin au mar­ché le JDD cla­mant plein pot : « La France bouge ». Sur­pris et pho­to­gra­phié, le lec­teur arbore un regard noir­ci ; émou­vant comme la « truie qui doute ». Il y aurait de quoi se deman­der… Deman­dons-nous.

jdd_21_05_07.1179698859.jpgRap­pel, au cas où : La semaine d’avant, le patron du Jour­nal du Dimanche sucrait le papier d’un de ses jour­na­listes, un scoop sul­fu­reux révé­lant une insou­te­nable réa­li­té : la dame n’avait pas voté pour son futur pré­sident d’homme – d’ailleurs, elle n’avait pas voté du tout. Le peuple de France, en sa frac­tion de lec­teurs du JDD, ne méri­tait donc pas cette leçon par­ti­cu­lière de civisme. Elle lui serait épar­gnée, et cela sur ordre du pro­prié­taire du jour­nal, Arnaud Lagar­dère en per­sonne, « frère » par affi­ni­té d’intérêt de Sar­ko­zy.

Rap­pel sub­si­diaire : l’éjection du patron de la rédac­tion de Paris-Match, éga­le­ment pro­prié­té dudit Lagar­dère, par­mi quelques dizaines d’autres titres, déjà maintes fois comp­ta­bi­li­sés sur ce blog. Non pas que Génes­tar fût un foudre de résis­tance jour­na­lis­tique aux injus­tices de ce bas monde ! Non. Il avait seule­ment cru faire une affaire juteuse de l’escapade amou­reuse de Céci­lia Sar­ko­zy. Tout le monde sait ça désor­mais, je n’insiste pas.

Le JDD a donc vécu une semaine agi­tée, sa rédac­tion s’étant mise en émoi, qua­si­ment jusqu’à la révolte et à la défiance envers le patron de leur rédac­tion, Jacques Espé­ran­dieu. M’enfin, tout cela semble déjà bien anec­do­tique et en passe de ren­trer dans l’ordre. L’ordre sar­ko­zien à par­tir duquel la France, remise comme en ordre donc, se met à « bou­ger ». « Parce que le monde bouge » pro­clame une pub à la con.

« Avant » (avant-guerre ?), la France était con, frap­pée d’immobilité, diri­gée par une bande d’incapables qui avaient sévi depuis au moins cinq ans. Par­mi eux, quelques ministres redé­ployés ou anciens ayant déjà ser­vi depuis plus long­temps encore dans des équipes aux mêmes objec­tifs ultra-libé­raux. Par­mi eux, last but not least, le désor­mais plus illustre de tous, sacré pré­sident après avoir ser­vi à l’économie et à l’intérieur. Mais ser­vi à quoi ? A pas grand chose si l’on en croit le JDD post-cen­su­ré, à qui quelques jours à peine après le sacre auront suf­fi pour consta­ter le « bou­ge­ment ».

C’est vrai. La « pre­mière dame de France » – qui dit ne pas se sen­tir fran­çaise, qui ne vote pas, qui se loque en Pra­da – est entrée à toute vitesse dans le fort de Bré­gan­çon, pour habi­ter un oui­quinde dans la fonc­tion et dans la rési­dence de vacances que la Répu­blique fran­çaise alloue à ses pré­si­dents. Ça bouge en effet. Car ni Ber­nie, ni bien sûr Yvonne, ni Danielle n’auraient péné­tré le lieu avec une telle désin­vol­ture à l’égard de la popu­la­tion locale – en l’occurrence la bande de gogos habi­tuels rêvant de roi et de prin­cesses et abon­nés à Gala. Pas le moindre ralen­tis­se­ment, pas une pié­cette jetée aux pauvres sous la forme d’un sou­rire à tra­vers une vitre fumée, ou même légè­re­ment abais­sée.

Ça bouge encore et sur­tout quand le néo-pré­sident sacri­fie pour la pre­mière fois, en cet endroit du moins, à son rituel favo­ri : le jog­ging sous camé­ras, en toute sim­pli­ci­té média­tique. Effet garan­ti aux JT du jour et séquence « émo­tion » vouée aux archives de l’INA.

Mais oui, ça bouge, vingt dieux, à pleins débau­chages « à gauche ». J’emprunte à Pas­cal Heis­se­rer : « Rap­pe­lons les mots de Freud et Bour­dieu. Le pre­mier répon­dant à la ques­tion de savoir pour­quoi autant d’hommes intel­li­gents avaient pu se com­pro­mettre avec un régime si mau­vais avait sim­ple­ment dit :  « C’est parce qu’ils ne le sont pas tant que cela ». Le second se deman­dant pour­quoi des hommes de gauche avaient pu pas­ser à droite avait sim­ple­ment dit : « C’est parce qu’ils ne l’ont jamais vrai­ment été ». » J’emprunte à Libé de same­di la for­mule assas­sine res­sor­tie à pro­pos de Kouch­ner: « Un tiers mon­diste. Deux tiers mon­dains » – effet garan­ti auprès de mon ami Robert, venu de Mont­réal consta­ter le « bou­geage » des« maud(z)its fran­çais »…(Il est encore plié en deux…)

Dire que « ça bouge » désor­mais comme le fait le JDD, cela veut-il dire :

– Que les pauvres seront moins pauvres, et donc moins nom­breux ?

– Que la jus­tice sera plus grande, sinon vrai­ment juste ?

– Que la pla­nète souf­fri­ra moins d’asphyxie parce qu’un pays, le nôtre, sera deve­nu ver­tueux dans la lutte contre la gabe­gie géné­ra­li­sée ?

– Que les humains iront davan­tage vers la paix parce que l’argent aura ces­sé de régner sur le monde ? Parce que la com­pé­ti­tion géné­ra­li­sée, de l’école aux stades et à la Star aca­dé­mie, ne fera plus recette dans la mise en spec­tacle géné­ra­li­sée ?

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