L’affaire Bau­pin. Exci­ta­tion géné­rale, à base média­tique… J’écris « exci­ta­tion » sciem­ment, avec ses conno­ta­tions ner­veuses et sexuelles. L’affaire en ques­tion excite en pro­por­tion des enjeux et des consé­quences autant poli­ti­ciennes que poli­tiques ; elle excite aus­si sur le registre du voyeu­risme qui ali­mente ou même pro­longe le pro­blème que cer­tains vou­draient dénon­cer. Com­ment a-t-il fait « ça » ? Et envoyez les détails, svp ! Je vois donc là-dedans ce jeu trouble qui met en cause l’ambiguïté des humains autour de la sexua­li­té et du pou­voir – dont la poli­tique serait l’expression raf­fi­née, ou seule­ment « civique ».

Ainsi, l’affaire en cours me semble-t-elle haus­ser d’un cran de plus, dans sa ver­sion « moderne », actuelle, la fon­da­men­tale ques­tion de la sexo-poli­tique 1. À savoir, ce qui met en jeu, en oppo­si­tion et, j’ose dire, en branle 2 le bio­lo­gique & le rai­son­né, le pul­sion­nel & le ration­nel – et pour finir l’individu & la socié­té.

Autant dire qu’une fois de plus, dans une naï­ve­té désar­mante autant que ques­tion­nante, l’animal humain redé­couvre, en quelque sorte, l’origine du monde… social. Mes trois points de sus­pen­sion en disent long, fai­sant ici le pont entre le fameux tableau de Cour­bet 3, c’est-à-dire « la chose », et les démê­lés de l’élu éco­lo­giste. Il s’agit bien du point de pas­sage entre le sexe et la poli­tique, vu cette fois sous l’angle du Spec­tacle – S majus­cule – qui magni­fie la chose en même temps que sa répro­ba­tion. 4

N’y a-t-il pas, der­rière ce flot d’indignations aux moti­va­tions hété­ro­clites, une hypo­cri­sie magis­trale visant à dis­si­mu­ler, sinon à nier, la double com­po­sante de l’homme, et de la femme évi­dem­ment, en tant qu’ani­mal humain ? L’expression déplaît encore. Notam­ment en ce qu’elle dérange les morales éta­blies, et spé­cia­le­ment les reli­gions – toutes les reli­gions. 5

N’est-elle pas là, pré­ci­sé­ment, l’origine du monde… refou­lé, frus­tré, violent, de la domi­na­tion, de la cupi­di­té, du meurtre du vivant et de la liber­té d’être ? N’est-il pas là, le véri­table har­cè­le­ment sexuel : tapi dans son ombre de confes­sion­nal, sous l’obscurité du voile ou dans les noires injonc­tions « divines » anti-vie ; s’en pre­nant aux enfants, tout spé­cia­le­ment, afin de per­pé­tuer ce meurtre jusque dans les plus ter­ribles guerres ?

Qui sont les « machos » ori­gi­naux, sinon ceux qui ont injec­té leurs trop-pleins d’oestrogènes dans les textes dits « sacrés », décré­tant des lois de domi­na­tion, des inter­dits, des infan­ti­li­sa­tions qui sévissent encore, ou en tout cas, s’opposent sans cesse au mou­ve­ment de la vie libre ?

Qui a déni­gré la femme, l’a rabais­sée et conti­nue à le faire en la jetant dans des cachots, sous le voile, ou dans les arrière-mondes ?

Extraits :

Le Nou­veau Tes­ta­ment. (1 Cor 11, 3) :  « Le Christ est le chef de tout homme, l’homme est le chef de la femme, et Dieu le chef du Christ ».

(1 Tim 2, 12-14) :  « Je ne per­mets pas à la femme d’enseigner, ni de faire la loi à l’homme, qu’elle se tienne tran­quille. C’est Adam en effet qui fut for­mé le pre­mier, Eve ensuite. Et ce n’est pas Adam qui se lais­sa séduire, mais la femme qui séduite, a déso­béi. ».

Le Coran. (II, 228) :  « Les maris sont supé­rieurs à leurs femmes ». (IV, 38) :  « Les hommes sont supé­rieurs aux femmes à cause des qua­li­tés par les­quelles Dieu a éle­vé ceux-là au des­sus de celles-ci, et parce que les hommes emploient leurs biens pour doter les femmes. Les femmes ver­tueuses sont obéis­santes et sou­mises. »

L’Ancien tes­ta­ment. (Genèse 3, 16) :  « Le Sei­gneur dit ensuite à la femme: « Je ren­drai tes gros­sesses pénibles, tu souf­fri­ras pour mettre au monde tes enfants. Tu te sen­ti­ras atti­rée par ton mari, mais il domi­ne­ra sur toi » ».

La Torah :  « Sois béni, Sei­gneur notre Dieu, Roi de l’Univers, qui ne m’as pas fait femme », une des prières que tout bon juif doit pro­non­cer chaque matin.

Et je m’arrêterai ici aux portes du boud­dhisme, de l’hindouisme et d’autres reli­gions, mono ou poly­théistes qui, sans excep­tions, placent la femme au second rang.

Pour finir sur ce cha­pitre sans fin, je rap­pel­le­rai à quels points de récents sou­bre­sauts de nos socié­tés dites éclai­rées ont été – plu­tôt plus que moins – « ins­pi­rées » par ces pré­ceptes reli­gieux qui sont deve­nus notre fond cultu­rel.

On ne pour­rait les renier, mais autant en être conscient ; qu’il s’agisse des confron­ta­tions autour des notions de famille (« pour tous » ou pas), de genres sexuels (oppo­si­tions Nature/culture, la nature étant éle­vée à hau­teur divine) ; qu’il s’agisse tout autant de la mar­chan­di­sa­tion des attraits fémi­nins, en par­ti­cu­lier par la publi­ci­té raco­lant sur la voie média­tique ; qu’il s’agisse de tout ce jeu social aus­si com­plexe qu’ambigu entre séduc­tion et conquête, entre fri­vo­li­té et vio­lence. Autant de consi­dé­ra­tions – non de jus­ti­fi­ca­tions – per­met­tant d’expliquer cette double com­po­sante de l’animal humain face à ses pro­grammes internes, bio­lo­giques et cultu­rels : se repro­duire, per­pé­tuer l’espèce et s’élever jusqu’à « faire socié­té ». Il n’est pas dit qu’il y arrive jamais !


Dix cas de sexisme en poli­tique par libe­zap

Voi­là pour­quoi je ne « jet­te­rai pas la pierre » (Bible) à Denis B.

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Notes:

  1. Concept notam­ment déve­lop­pé par Wil­helm Reich dans ses ana­lyses des struc­tures carac­té­rielles de l’humain refou­lé
  2.  « Le monde n’est qu’une bran­loire pérenne. Toutes choses y branlent sans cesse. » (Mon­taigne, Essais, III)
  3. Tableau qui fut un temps la pro­prié­té de Jacques Lacan.
  4. On ne peut alors que pen­ser à Bos­suet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils ché­rissent les causes. »
  5. Que l’homme ne soit pas le sum­mum de la créa­tion de Dieu, voi­là ce que les reli­gions n’ont tou­jours pas par­don­né à Dar­win et sa théo­rie de l’évolution.