par Nurit Peled-Elhanan, mère israélienne d’une victime d’attentat, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, prix Sakharov du Parlement européen


Nurit Peled-Elha­nan au Par­le­ment euro­péen - Ph. Wiki­pe­dia

La lettre ouverte ci-des­sous fait suite à l’interdiction de la confé­rence sur la Pales­tine et Israël qui aurait dû se tenir le 18 jan­vier à l’École nor­male supé­rieure, à Paris. Trans­mise en com­men­taire à l’article pré­cé­dent (mer­ci René !), elle mérite toute son impor­tance et c’est pour­quoi je la publie ici en entier. Impor­tante, elle l’est d’abord par son conte­nu mais aus­si par son auteure. Nurit Peled-Elha­nan est à la fois Israé­lienne  et oppo­sante réso­lue à l’actuel régime israé­lien qu’elle ne craint pas de com­pa­rer à celui de l’Afrique du Sud de l’apartheid. De même, en tant que juive,  dénonce-t-elle le CRIF et « ces Juifs fran­çais que rend sourds la pro­pa­gande du régime raciste d’Israël. »

« Cher Mon­sieur Hes­sel, chère Madame Sha­hid, chers par­ti­ci­pants,

Je suis déso­lée de ne pou­voir assis­ter à cette impor­tante confé­rence. Mais je tiens à expri­mer mon admi­ra­tion à Mon­sieur Hes­sel, et à tous les par­ti­ci­pants et à vous assu­rer que je suis de tout cœur avec vous.

J’ai lu l’éditorial du pré­sident du CRIF se féli­ci­tant de l’interdiction de votre confé­rence et remer­ciant des phi­lo­sophes et écri­vains hypo­crites et igno­rants, qui pérorent sous les ors des salons pari­siens et pensent briller en éta­lant leur prose « poli­ti­que­ment cor­recte » tout en igno­rant de manière éton­nante la vie réelle des gens dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens occu­pés et le carac­tère dic­ta­to­rial du gou­ver­ne­ment israé­lien actuel.

L’ignorance et l’hypocrisie de ces gens n’est pas une négli­gence, mais un crime, car ils encou­ragent la ten­dance fas­ciste qui menace de nous noyer tous, en Israël, en Pales­tine et en France.

En 2010, trente lois racistes visant les citoyens pales­ti­niens d’Israël ont été pro­po­sées en Israël et, pour la plu­part, approu­vées. Elles séparent des familles.

Elles per­mettent de confis­quer des mai­sons et des terres, de refu­ser les trai­te­ments médi­caux néces­saires à des inva­lides, de détruire les mai­sons des Bédouins, de dis­cri­mi­ner des écoles quand elles sont druzes ou pales­ti­niennes, d’incarcérer des enfants.

Bien plus, la jus­tice, qui devrait pro­té­ger les gens contre cette ter­reur, obéit aux lois racistes d’un régime d’apartheid.

Comme en Afrique du Sud autre­fois, toutes les dis­cri­mi­na­tions anti-pales­ti­niennes en Israël sont légales : nul n’est jamais puni pour les crimes per­pé­trés contre ces « non-citoyens ».
En revanche, ce gou­ver­ne­ment où un Lie­ber­mann joue un rôle déci­sif consi­dère comme un péché mor­tel la résis­tance non-vio­lente à l’occupation, qui se déve­loppe dans les socié­tés pales­ti­nienne et israé­lienne contre  les crimes et la répres­sion décou­lant de l’occupation.

Ces der­niers temps, la police et l’armée israé­liennes arrêtent des mili­tants des droits humains lorsqu’ils sont juifs, comme Yona­than Polack, et les tuent s’ils sont pales­ti­niens, tels Bas­sem Abu-Rah­ma et sa sœur, Jawahr. Les orga­ni­sa­tions droits-de-l’hommistes en ques­tion sont désor­mais sou­mises à des enquêtes bru­tales et humi­liantes par...  les cri­mi­nels contre l’Humanité qui nous gou­vernent. De sur­croît, la pau­vre­té touche plus l’Israélien que jamais, et ses prin­ci­pales vic­times sont les citoyens arabes.

Et le monde se tait… Et le CRIF sou­tient.


Cet appui au gou­ver­ne­ment le plus extré­miste de l’histoire d’Israël, engen­dré par une peur irra­tion­nelle à l’égard de tous les goyim (non-juifs) et aus­si par la crainte réflexe de toute cri­tique, nous met tous en dan­ger : c’est la cause prin­ci­pale de la mon­tée de l’antisémitisme en Europe.

Ce sont ces Juifs-là, ces phi­lo­sophes et écri­vains igno­rants et hypo­crites qui ali­mentent la haine qui s’affirme contre les autres Juifs. D’autant qu’ils com­battent la liber­té de pen­sée en France et ailleurs, et pré­tendent inter­dire toute cri­tique contre la poli­tique cri­mi­nelle et raciste d’Israël.
Ain­si la fas­ci­sa­tion nous menace vous et nous, ici et là-bas.  Les Juifs fran­çais devraient com­prendre que sou­te­nir un régime fas­ciste et cruel n’est ni juif ni humain et se rap­pe­ler la leçon de Hil­lel : « Aimez votre pro­chain comme vous-mêmes, voi­là à quoi se résume toute la Torah. »

Ici, à Jéru­sa­lem, notre pro­chain, c’est le Pales­ti­nien. La moi­tié de la popu­la­tion domi­née par Israël est pales­ti­nienne.
C’est pour­quoi sou­te­nir Israël, c’est sou­te­nir les citoyens d’Israël, juifs comme arabes. Sou­te­nir Israël signi­fie sou­te­nir des per­sonnes comme Haneen Zoa­bi, qui lutte avec un cou­rage et une téna­ci­té admi­rables pour une vraie démo­cra­tie.
Lut­ter pour un Etat d’Israël démo­cra­tique, c’est insé­pa­ra­ble­ment lut­ter pour une Pales­tine libre.
C’est aus­si mili­ter pour les droits des « non-citoyens » d’Israël, c’est-à-dire les Pales­ti­niens des Ter­ri­toires occu­pés, trai­tés comme des esclaves, concen­trés et incar­cé­rés dans des camps énormes au sein même de leur propre pays, pri­vés de tous les droits humains et civils.

Sou­te­nir Israël, cela veut dire libé­rer Israël de son régime cri­mi­nel, des accords illé­gaux, des colo­nies de lar­rons, boy­cot­ter leurs mar­chan­dises - pro­duits de terres volées, de l’eau volée, et chan­ger Israël en un pays où cha­cun peut vivre dans la digni­té.

Tels sont les prin­cipes de sa Décla­ra­tion d’Indépendance d’Israël que les juifs du CRIF ont oubliée - à moins qu’ils ne l’aient jamais lue ?

Moi, mon grand-père a signé cette Décla­ra­tion, et je ne peux donc pas l’oublier.

J’espère que ce mes­sage arri­ve­ra aux oreilles de ces Juifs fran­çais que rend sourds la pro­pa­gande du régime raciste d’Israël, des oreilles bou­chées par le ter­ro­risme intel­lec­tuel du CRIF. »

Nurit Peled-Elha­nan, mère israe­lienne d’une vic­time d’attentat,
pro­fes­seur à l’université hébraique de Jéru­sa­lem,
prix Sakha­rov du Par­le­ment euro­péen.

Nurit Peled-Elha­nan, pro­fes­seur de lit­té­ra­ture com­pa­rée à l’université hébraïque de Jéru­sa­lem, est connue comme acti­viste de la paix en Israël. Née en 1949, c’est la fille de Mat­ti Peled, un géné­ral de l’armée israé­lienne qui, après la guerre des Six Jours, s’est éle­vé contre la poli­tique de colo­ni­sa­tion.

Après avoir per­du sa fille de 14 ans dans un atten­tat kami­kaze pales­ti­nien (et inter­dit aux offi­ciels israé­liens dont Ben­ja­min Neta­nya­hou de venir à ses obsèques), elle déclare « ne pas avoir cédé au déses­poir mais pro­non­cé un dis­cours avec pour thème la res­pon­sa­bi­li­té d’une poli­tique myope qui refuse de recon­naître les droits de l’autre et fomente la haine et les conflits ». Elle est co-fon­da­trice de l’association israé­lienne et pales­ti­nienne des Familles endeuillées pour la paix.

Elle reçoit le prix Sakha­rov en 2001 en tant que repré­sen­tante de « tous les Israé­liens qui prônent une solu­tion négo­ciée du conflit et reven­diquent clai­re­ment le droit à l’existence des deux peuples et des deux États avec des droits égaux ». Izzat Ghaz­za­wi, un pro­fes­seur de lit­té­ra­ture pales­ti­nien mili­tant éga­le­ment pour la paix mal­gré la perte d’un fils dans le conflit le reçoit en même temps.

Elle est l’une des trois pro­mo­teurs du Tri­bu­nal Rus­sell sur la Pales­tine dont les tra­vaux ont com­men­cé le 4 mars 2009.

[Source : Wiki­pe­dia]

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