Grand repor­ter ou pas, « Albert-Lon­dres » ou non, Nou­vel-Obs ou Mon cul sur la com­mo­de : du pipeau ! Les faits :  le Nou­vel Obser­va­teur du 17 mars publie neuf pages de des­crip­tion apo­ca­lyp­ti­que et de témoi­gna­ges dou­lou­reux sur la catas­tro­phe japo­nai­se, signées du grand repor­ter Jean-Paul Mari. L’article a été entiè­re­ment écrit à Paris, à par­tir de témoi­gna­ges et de des­crip­tions parus ailleurs dans la pres­se sans qu’aucune sour­ce ne soit men­tion­née. C’est ce que révè­le l’hebdo Les Inrocks dans sa livrai­son du 29/3 sous le titre « Nou­vel Obs: 5 astu­ces pour écri­re un repor­ta­ge au Japon depuis Paris ».

 

 

Camil­le Pol­lo­ni décor­ti­que la manip” et pous­se même la confra­ter­ni­té jusqu’à cui­si­ner le bidon­neur. Jean-Paul Mari invo­que quel­ques expli­ca­tions « tech­ni­ques » (« C’est un pro­blè­me de temps, j’ai écrit dans l’urgence. Si j’avais une jour­née de plus pour le réécri­re, je met­trais la sour­ce de ces témoi­gna­ges. »), même pas des excu­ses (vaut mieux pas d’ailleurs), pour se plan­quer en fait der­riè­re un piteux para­vent : le Nou­vel Obser­va­teur n’a pas appo­sé la men­tion « envoyé spé­cial », il ne pré­tend donc pas que son jour­na­lis­te se trou­vait au Japon. De même est-il sti­pu­lé « récit » et non « repor­ta­ge ». Ouais… D’où vient alors cet art filou du « on s’y croi­rait » ? Du fait que rien n’est faux, tout étant pom­pé chez les « confrè­res » de Libé, du Pari­sien, du Guar­dian et autres sour­ces inter­né­tées.

 

Le tout est réus­si dans le gen­re, entre récit de fic­tion-véri­té et effets de plu­me limi­te cli­che­tons. Échan­tillon : « Le temps s’est arrê­té. Plus d’heure, plus d’avant, plus d’après. Pas enco­re l’apocalypse. Tout est sus­pen­du. Le ciel est froid, clair, enso­leillé. Dans la baie, les bateaux se balan­cent sur une mer d’hiver. Sur la côte, en face, un port de pêche, des toits bleus, des han­gars. Sur la rive pro­che, des mai­sons, des par­kings, des voi­tu­res, un poteau de signa­li­sa­tion, un nom, celui de la vil­le, moder­ne : Miya­ko. Et puis là, à quel­ques mètres du riva­ge, une ligne bour­sou­flée, com­me un bour­re­let, quel­que cho­se d’incompréhensible. On dirait un ser­pent géant, lourd, obs­cur, qui rou­le des écailles mons­trueu­ses. Une vague.

 

Allez donc voir direc­te­ment la cho­se sur le site des Inrocks, c’est une bel­le dénon­cia­tion de ce mal ram­pant qui imprè­gne le « jour­na­lis­me » moder­ne, consa­cre le jour­na­lis­te assis com­me le pro­to­ty­pe d’une fin d’un mon­de celui où la seule ligne pour un jour­na­lis­te [était] « la ligne de che­min de fer ». Paro­les fameu­ses dont Albert Lon­dres avait fait son cre­do – avec lequel, à l’occasion, il eut lui aus­si bien pris ses aises pour arran­ger les faits à sa conve­nan­ce…

 

Tiens, avec tou­tes ces pho­tos « HD », ces films en abon­dan­ce, si je m’offrais un Grand repor­ta­ge à Fuku­shi­ma même, avec sur­vol de la cen­tra­le à l’agonie, paro­les radieu­ses du pilo­te de mon héli­co­ptè­re, témoi­gna­ge « exclu­sif » d’un liqui­da­teur héroï­que, tran­che de vie des pêcheurs de Sen­daï, et cae­te­ra. J’ai déjà le titre : « J’ai sur­vé­cu à la fin du mon­de ». Est-ce là l’avenir rayon­nant du futur Nou­veau jour­na­lis­me ?

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