Ne pas croire la moindre sor­nette. Ne jamais renon­cer à l’esprit cri­tique. User du scep­ti­cisme comme d’un grand cru revi­go­rant. Voi­là bien des liber­tés aus­si mena­cées que rare­ment pra­ti­quées – cela expli­quant ceci. 

Car la liber­té ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Elle devrait être « facul­ta­ti­ve­ment obli­ga­toire » dès l’école, avec tra­vaux pra­tiques régu­liers, sou­tien ren­for­cé aux vic­times de mau­vais trai­te­ments paren­taux (enfants de pas­teurs, rab­bins, curés et autres tali­bans), séjours gra­tuits en Uto­pie,  colo­nies de vacances en alti­tude morale, intel­lec­tuelle et liber­taire. Et cae­te­ra.

On peut (et on doit) rêver, car le rêve porte la poé­sie « comme la nuée porte l’orage ». Là, je m’égare…

Pour reve­nir au sujet du jour, à savoir la Jour­née inter­na­tio­nale pour la défense des apos­tats et des blas­phé­ma­teurs – ne sachant qui l’a décré­tée et fixée au 14 mars„ qu’importe : l’ivresse se suf­fit à elle-même, et pro­fi­tons-en avec se petit sor­ti­lège gen­ti­ment blas­phé­ma­toire.

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« Civi­li­sa­tion occi­den­tale et chré­tienne » Ren­contres pho­to­gra­phiques d’Arles, 2010. Pho­to © gp

León Ferrari, blasphémateur et artiste argentin

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León Fer­ra­ri

Cet article de cir­cons­tance est dédié à l’artiste argen­tin mort en 2013, León Fer­ra­ri, fon­da­teur du Club des impies, héré­tiques, apos­tats, blas­phé­ma­teurs, athées, païens, agnos­tiques et infi­dèles. Il avait été, dès 1965, cen­su­ré en Argen­tine pour son œuvre Civi­li­sa­tion occi­den­tale et chré­tienne où il repré­sen­tait un Christ cru­ci­fié sur les ailes d’un bom­bar­dier amé­ri­cain au Viet­nam. Andrés Duprat, com­mis­saire de l’exposition des Ren­contres d’Arles 2010 se réjoui­ra de la voir expo­sée dans un endroit pri­vi­lé­gié, le choeur de l’église Sainte-Anne. « Jamais dans son his­toire cette remar­quable pièce n’a été mon­trée dans un endroit aus­si signi­fi­ca­tif et per­ti­nent que celui-ci. » [Pho­to ci-des­sus].

León Fer­ra­ri avait été qua­li­fié de blas­phé­ma­toire par Jorge Ber­go­glio, futur pape Fran­çois. Celui-ci n’était encore qu’archevêque lorsque, en 2004, il avait qua­li­fié une rétros­pec­tive de ses œuvres de honte pour Bue­nos Aires. À quoi León Fer­ra­ri répli­qua stoï­que­ment : “Es una espe­cie de favor que me hizo Ber­go­glio” [C’est une sorte de faveur que m’a faite Ber­go­glio].

« La reli­gion a une grande influence sur notre culture, une influence néfaste. La reli­gion est d’une into­lé­rance extrême, qui se trans­met à toute notre culture, sans oublier que les exter­mi­na­tions ont une ori­gine reli­gieuse », décla­rait León Fer­ra­ri en 2008.

León Fer­ra­ri a dû s’exiler au Bré­sil sous la dic­ta­ture (1976-1983) au cours de laquelle son fils Ariel fit par­tie des mil­liers de dis­pa­rus. Son œuvre témoigne évi­dem­ment de cette noire période avec des mon­tages de pho­tos et de des­sins ou tableaux. Les rap­pro­che­ments entre mili­taires argen­tins et Hit­ler sont évi­dents. Mais est aus­si clai­re­ment mis en scène le rôle des pré­lats argen­tins. Ain­si du Car­di­nal Anto­nio Quar­ra­ci­no, dont les lunettes reflètent le visage de Vide­la.

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