France Inter, jour­nal de 13 heures : 25 minutes sur un jour­nal de 30 consa­cré à la mort de qui vous savez, ça laisse pan­tois. Du moins ceux qui, dans mon genre, pensent que, dans l’ordre des valeurs, il existe quelque hié­rar­chie… C’est ahu­ris­sant, une telle perte de l’ordre des choses entre l’important, l’essentiel, le secon­daire, l’anodin, le diver­tis­sant, le pro­fond, le futile. Qu’il y ait de tout sur tous les registres, soit. Mais voir à ce point tom­ber tout sens cri­tique, toute dis­tan­cia­tion… La situa­tion en Iran, la crise et ses drames sociaux par mil­lions dans le monde, plus rien n’avait d’importance. Je pointe France Inter car c’est ce que j’écoute, mais l’effusion – en une sorte d’hystérie – aura pour ain­si dire tou­ché l’ensemble des médias, et cela dans la qua­si tota­li­té du monde. C’est une culmi­na­tion spec­ta­cu­laire, à la hau­teur du 11 sep­tembre et du tsu­na­mi asia­tique – pour un évé­ne­ment sans aucune mesure. Faut-il sans doute que nos socié­tés soient à ce point débous­so­lées pour patau­ger dans une telle ido­lâ­trie !

Le plus étrange, c’est qu’une des causes, et peut-être la prin­ci­pale, de la vie chao­tique et plus que trouble de Michael Jack­son relève de sa mons­trueuse autant qu’indécente mise en spec­tacle – il y a tou­jours du monstre dans la mons­tra­tion.. Et qui dit spec­tacle dit en l’occurrence mar­chan­di­sa­tion avec sa charge d’aliénation capable, pour le moins, de tour­ne­bou­ler tout être humain – sur­tout si, de sur­croît, il est sou­mis à cette ter­rible ten­sion dès l’enfance. Michael Jack­son aura subi toute sa vie la tyran­nie de son image spec­ta­cu­laire consis­tant à devoir se mon­trer dans un sys­tème d’apparences avec perte d’identité pro­fonde dans laquelle il y aura même lais­sé sa peau, et jusqu’à son visage, deve­nu celui de cette marion­nette qu’il n’aura ces­sé d’être. Ter­rible renon­ce­ment à l’existence digne d’être humain. Valait mieux en finir et c’est pitié. Comme c’est pitié aus­si que notre monde sans repères.

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