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Paco de Lucía, Fes­ti­val de Timişoa­ra, 2007 [Ph. Cor­nel]

Le gui­ta­riste espa­gnol Paco de Lucía est mort ce 26 février à Cancún au Mexique. Arrêt du cœur pour l’un des plus grands musi­ciens de son temps. On peut dire qu’il a sor­ti l’art du fla­men­co de sa gangue tra­di­tio­na­liste et même de sa tor­peur fran­quiste. C’est un rac­cour­ci mais qui, cepen­dant, exprime bien une réa­li­té que j’ai par­ta­gée en son temps avec des amis anti-fran­quistes.

Fran­co et sa dic­ta­ture s’étaient en effet appro­priés le fla­men­co, ain­si deve­nu une sorte d’art offi­ciel figé dans ses sté­réo­types. En Espagne, jusqu’à la fin des années 70, les radios, sous contrôle, satu­raient leurs audi­teurs de musiques « natio­nales » et folk­lo­ristes, en tête des­quelles trô­nait le fla­men­co. Les oppo­sants à la dic­ta­ture, et les plus jeunes d’entre eux en par­ti­cu­lier finis­saient par vomir cette musique aux relents pro­pa­gan­distes. D’autant plus que cette Espagne de Fran­co, tout comme le Por­tu­gal de Sala­zar, s’étaient cou­pés du reste de l’Europe et, de ce fait, demeu­raient à l’écart du jazz et du rock débar­qués avec les libé­ra­teurs amé­ri­cains. L’irruption de Paco de Lucia dans le champ musi­cal fut ain­si per­çue comme une pro­messe de renou­veau, y com­pris dans le fla­men­co dont il était plei­ne­ment issu et qu’il ne reniait nul­le­ment. Au contraire, il s’y affir­mait comme ins­tru­men­tiste de pre­mier plan et non plus d’accompagnement, doué d’une vir­tuo­si­té épous­tou­flante au ser­vice d’un jeu des plus inven­tifs. Bien­tôt, et peu à peu, Paco de Lucia va décou­vrir le jazz et l’improvisation, puis se rap­pro­cher de musi­ciens de jazz comme le gui­ta­riste texan Lar­ry Coryell – un des pion­niers du jazz-rock, né en 1943 – et le pia­niste Chick Corea (1941), issu de l’émigration latine euro­péenne.

En 1981, il se retrouve avec l’Anglais John McLaugh­lin (1942) et l’Italo-Américain Al Di Meo­la (1954) en un trio qui devien­dra légen­daire ; leur disque Fri­day Night in San Fran­cis­co [cli­quer pour écou­ter] enre­gis­tré à l’issue d’une tour­née mon­diale s’est clas­sé rapi­de­ment par­mi les meilleures ventes de disques de gui­tare ins­tru­men­tale. Il aura ain­si été à la fois un « revi­va­liste » du fla­men­co – notam­ment aux côtés de la grande figure du chant fla­men­co Camarón de la Isla  – et un des révé­la­teurs du jazz-fusion.

De son vrai nom Fran­cis­co Sán­chez Gomez, il était né le 21 décembre 1947 à Alge­si­ras, pro­vince de Cadix. Paco de Lucia aura illu­mi­né la scène musi­cale dans le monde entier. On le voit aus­si dans le Car­men de Car­los Sau­ra. Comme ce der­nier pour le ciné­ma, et éga­le­ment Pedro Almo­do­var ; comme Anto­nio Gades pour la danse ; comme Paco Ibañez pour la chan­son – pour se limi­ter à eux –, Paco de Lucia aura don­né lar­ge­ment sa part au génie artis­tique espa­gnol.

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