On n'est pas des moutons

268 journalistes quittent la Socpresse de Dassault

Deux cent soixan­te-huit jour­na­lis­tes sur 2.748 que comp­te le grou­pe Soc­pres­se (Figa­ro, Express-Expan­sion, Pro­grès...) déte­nu par Ser­ge Das­sault, ont fait jouer la clau­se de ces­sion. (AFP | 14.12.04 | 18h14).
Soit : 29 au Figa­ro, 25 à ses sup­plé­ments (Figa­ro Maga­zi­ne, Figa­ro Mada­me, Figa­ro­sco­pe), 17 au pôle Ouest (Le Mai­ne Libre, Pres­se Océan, Cour­rier de l’Ouest...), 20 à La Voix du Nord, 11 à Nord-Eclair, 44 au Pro­grès de Lyon, 45 au Dau­phi­né Libé­ré, 17 au pôle Bour­go­gne (Le Bien Public et Le Jour­nal de Saô­ne-et-Loi­re), 17 au pôle hip­pi­que (le quo­ti­dien Paris Turf et Week-end). 28 jour­na­lis­tes ont fait valoir la clau­se de ces­sion au grou­pe Express-Expan­sion, 6 au Grou­pe L’Etudiant, 4 à Mieux Vivre et 5 à la filia­le heb­do­ma­dai­re du pôle Nord.
La ces­sion d’une entre­pri­se de pres­se est l’un des cas d’ouverture de la clau­se de conscien­ce qui per­met au jour­na­lis­te de démis­sion­ner tout en béné­fi­ciant d’avantages impor­tants.

Com­men­tai­re : 10 % ont choi­si de par­tir; ils se situent pro­ba­ble­ment par­mi les plus âgés, sus­cep­ti­bles de par­tir aus­si en retrai­te. Beau­coup d’autres – et j’en connais – auront dû se rési­gner à per­sé­vé­rer et res­te­ront donc sala­riés du nou­veau pro­prié­tai­re. La pres­ta­tion du mar­chand d’armes à la radio la semai­ne der­niè­re n’aura guè­re allé­gé la dépri­me ram­pan­te qui mine les rédac­tions. Com­me dit la fable, « Ils ne mou­raient pas tous, mais tous étaient frap­pés ». Mais où exer­cer le dur métier d’informer ?

Citizen1La concen­tra­tion des jour­naux ne date cer­tes pas d’hier ; dans sa for­me moder­ne, on peut la fai­re remon­ter aux années 70 et à la fiè­vre ache­teu­se d’un cer­tain Robert Her­sant, père fon­da­teur de ce qui devien­dra la Soc­pres­se. Hom­me d’ombre et de pou­voir, Her­sant père ne s’entêta guè­re à vou­loir régen­ter les rédac­tions de ses pro­prié­tés ; il lui suf­fi­ra de bien s’entourer. Leçon que ne retien­dra pas un Jim­my Gold­smi­th quand il se paya L’Express, lui aus­si, et pré­ten­dit en fai­re sa dan­seu­se poli­ti­cien­ne – pré­ten­tion trop las­san­te pour un impa­tient aus­si domi­na­teur [votre ser­vi­teur peut en témoi­gner]. N’est pas Citi­zen Kane qui veut et, sous cet angle, il n’y a point trop à crain­dre de Das­sault S.

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Enfin, une information engagée !


Le Mon­de 16 déc. 2004

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Plantu voit plus que rouge

Plan­tu, fac de droit d’Aix-en-Provence, « confé­ren­ce » magis­tra­le. Guille­mets de rigueur et sou­li­gna­ge idem. Magis­tra­tus et magis­tra­lis, tout ça tam­bouillé de main de maî­tre. Car c’en est un fameux, de maî­tre, ce Jean Plan­tu qui des­si­ne com­me il par­le et vice ver­sa, pour conti­nuer en latin de cui­si­ne. Ce type est un hom­me libre. Et, com­me la plu­part d’entre nous, en liber­té sur­veillée. Même vache­ment sur­veillée, sa liber­té ! D’abord com­me édi­to­ria­lis­te au Mon­de – et son conseil de sur­veillan­ce, brrr ! Puis com­me jour­na­lis­te res­pon­sa­ble. Et, à ce titre sur­tout, cible des regrou­pe­ments en tous gen­res achar­nés à défen­dre leurs par­ti­cu­les com­mu­nau­tai­res. Et ain­si à saper notre souf­fre­teux corps social. Donc, le Plan­tu s’en prend plein la tron­che en pro­cès réels com­me en pro­cès d’intention. Sur ce cha­pi­tre-là, en par­ti­cu­lier, il déplo­re les rava­ges du poli­ti­que­ment cor­rect en voie de géné­ra­li­sa­tion. Il fal­lait le voir racon­ter. En sub­stan­ce, ce qui m’en res­te : Avant, dans une réunion de dix per­son­nes, quel­ques-unes voyaient ce dos­sier-là, par exem­ple, de cou­leur rou­ge, quel­ques autres la disaient plu­tôt car­min. Et puis y en avaient tou­jours au moins un, ou une, pour la rame­ner avec son rou­ge coque­li­cot, ah non, plu­tôt gro­seille… etc. Eh bien, aujourd’hui, fini, on s’écrase : rou­ge, c’est rou­ge et cir­cu­lez !Plantu

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Mon ami Pierrot

Pas de por­ta­ble. Pas d’internet ni d’ordi. Jus­te le télé­pho­ne nor­mal, avec fil. Sans quoi pas de nou­vel­les. Eut fal­lu lui prê­ter ma plu­me… En fait, c’est lume qu’on devrait dire, selon la comp­ti­ne ori­gi­na­le… où il ne fait pas bien clair : Lume com­me lumiè­re. Or, mon ami Pier­rot a quand même l’électricité. Mais peut-être plus pour long­temps : sage, il anti­ci­pe sur la fin du pétro­le et son­ge à pas­ser au solai­re. En Bre­ta­gne. Ah ? Oui. Avec des chan­del­les s’il le faut (même plus la lam­pe à p…) Il s’est plan­té là, face à l’océan, le dos tour­né à ce conti­nent qu’il sem­ble igno­rer. Pres­que un ermi­te en sa thé­baï­de. Pres­que. Lui et sa poi­gnée d’amis ont ache­té un quin­ze mètres. Tous n’ont pas tenu. Lui si : trois ans autour du mon­de. Ça lui fait quel­ques stè­res de sou­ve­nirs. De quoi se tenir chaud et se pas­ser de télé pour un moment – jusqu’au pro­chain appel du lar­ge. Mi Had­do­ck, mi Némo, il fume, boit, joue de l’orgue et du pia­no. Du Bud Powell, entre autres – si vous voyez ce que j’entends par là. Tel est mon ami Pier­rot. A ne pas confon­dre – quoi­que – avec Pier­rot mon ami, ce ten­dre roman de Ray­mond Que­neau. Extrait, de mémoi­re :
– A quoi tu pen­ses, Pier­rot ?
– A rien.
– C’est déjà mieux que de ne pas pen­ser du tout. 

Voi­là, tout ça par­ce que je pen­sais à Pier­rot.

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Elle & Lui (piécette) Aujourd’hui : Lajoie-Dupont

– Elle : Devi­ne sur quoi il a ouvert son 20 heu­res PPDA ?
– Lui : Allons bon, tu regar­des TF1 main­te­nant ?
– Elle : Eh alors ? Fran­che­ment, ça vaut la 2, et lar­geos par­fois… Mais c’est pas la ques­tion…
– Lui : …Pas sur Pino­chet quand même ! Alors, je sais pas… les affai­res : Giraud, Flac­tif… IIoucht­chen-ché plus quoi. Non ? Sar­ko­zy alors ? L’OM enco­re ! Non plus. J’arrête.
– Elle : Ben le pont quoi ! Le pont ! De Mil­lau. Sous tou­tes les cou­tu­res, je te dis pas, et coco­ri­co par ci et coco­ri­co par là, le plus haut de tant, le moins, le mieux. Que la tour Eifel, à côté c’est minus. Et ça recom­men­ce demain, Chi­rac va inau­gu­rer. Bouy­gues est dans le coup je sup­po­se ?
– Lui : Pas sûr, ou alors par ses filia­les BTP.
– Elle : Ça me rap­pel­le Polac et son « pont de maçon » dans Droit de répon­se… Viré !
– Lui : Ah oui : « Une mai­son de maçon, un pont de maçon, une télé de mer­de… » Ça c’était du débat, pas des jap­pe­ments de roquets.
– Elle : Ils avaient pas dit mer­de, seule­ment m et trois points. Et c’était écrit, avec un des­sin, de Cabu.
– Lui : De Cabu tu crois ?, ou de Wiaz ?
– Elle : C’était quand déjà ?…
– Lui : 87, je m’en sou­viens, on venait d’avoir notre der­niè­re.
– Elle : La vache ! bien­tôt 20 ans ! Dur.
– Lui : C’était le pont de l’Ile de Ré. Il a quand même mieux tenu que la Une.
– Elle : N’empêche, vingt ans, c’est pas la joie…
– Lui : …Dupont !
– Elle : Ouah ! Dis donc, ça y est, t’es mûr pour TF1 !
Rideau.

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Enfin, une information équilibrée !


Le Mon­de, 11 déc. 2004

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Carmen exécutée par Le Monde

Carmen2_5

D’un point de vue tech­ni­que, rien à dire, nickel/chrome : sépa­ra­tion scru­pu­leu­se des faits (en romain) et du com­men­tai­re (ita­li­que). L’éthique du Mon­de (il s’agit de sa page pro­gram­me du 12/12) est appli­quée à la let­tre de la bible mai­son (Le Sty­le du Mon­de). Mais alors, en trois mots, quel­le exé­cu­tion ! « Dan­sée et ennuyeu­se », la condam­na­tion est sans appel et l’exécution capi­ta­le. Car­men échap­pe­ra aux coups de cuchil­lo de son amant, mais pas à la guillo­ti­ne.

Voi­là pour les faits. Com­men­tai­re : ça n’a l’air de rien, ce bout de pro­gram­me ; mais il illus­tre sur un abus jour­na­lis­ti­que ordi­nai­re, cet abus de pou­voir qui auto­ri­se à juger sans appel, au nom d’une sor­te de légi­ti­mi­té trans­cen­dan­te. Elle s’opère là, dis­cré­tos et, dira-t-on, sans gran­des consé­quen­ces direc­tes. Mais elle outre­pas­se le droit de cri­ti­que et son exer­ci­ce nor­mal, par les­quels un jour­na­lis­te expri­me sa sub­jec­ti­vi­té, com­me tel­le, et en l’argumentant si pos­si­ble. Il y a donc délit de mal-jour­na­lis­me, pas­si­ble d’une exé­cu­tion en blog public. Vlan ! (bruit du cou­pe­ret sur le billot après l’affaire tran­chée).

Cela réglé, Car­men, quel film ! Sur­tout au ciné­ma… N’en res­te pas moins, même à la télé, cet­te beau­té des corps dan­sants, la gui­ta­re de Paco de Lucia, et aus­si du Bizet et Méri­mée. Cer­tes, on peut devi­ser sur le ceci-cela de cet­te mise en aby­me autour de l’opéra, son côté nanar et subli­me à la fois. On peut ergo­ter sur les espa­gno­la­des – qu’on ne voit d’ailleurs pas sinon en paro­die, cel­le de la cor­ri­da. On peut argu­men­ter sur le rap­port mâle-femel­le, limi­te machis­me, en tout cas ani­mal et puis­sam­ment éro­ti­que. Car tel est le sujet de Car­men. Mais pour l’ennui, hein ? où ça ? En tou­te sub­jec­ti­vi­té, bien sûr.

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Pinochet, connais pas !

Infor­mer c’est choi­sir, dit-on. Jus­te­ment, les deux jour­na­lis­tes qui pré­sen­taient le 19 heu­res d’Inter le 13/12/04, n’ont pas cru rete­nir pour leur jour­nal une dépê­che AFP de 18 heu­res :
« Le juge Juan Guz­man a annon­cé qu’il avait ordon­né la mise en rési­den­ce sur­veillée et l’inculpation de l’ancien dic­ta­teur Augus­to Pino­chet, âgé de 89 ans. « L’ex-chef de la jun­te sera pour­sui­vi pour les cri­mes com­mis pen­dant l” »Opé­ra­tion Condor » contre des oppo­sants de gau­che et d’extrême gau­che dans plu­sieurs Etats d’Amérique lati­ne dans les années 1970. »
Rien, pas la moin­dre brè­ve, pas même après le via­duc de Mil­lau, le bal­lon d’or 2004 et les obsè­ques de l’ex-entraîneur de l’OM. Rien aper­çu non plus, il me sem­ble, aux 20 heu­res de TF1 et Fran­ce 2. C’est enco­re loin l’Amérique. Du sud !

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Serge D. et ses idées saines

Je ne sais trop pour ce qui est d’Olivier, le petit-fils et dépu­té de l’Oise. J’ai un peu connu le père, com­me ça, de loin, le Mar­cel du trè­fle à qua­tre feuilles, du Café du com­mer­ce et de Jours de Fran­ce, « le jour­nal de l’actualité heu­reu­se ». Au fond pas méchant, sinon gen­til. Mais le fils du Mar­cel, le Ser­ge, ouah !, la clas­se ! L’avoir enten­du ven­dre­di matin dans le pos­te aura retour­né une moi­tié de la Fran­ce – cel­le qui était enco­re en RTT, à soi­gner son « can­cer » [sic] des 35 heu­res, d’ailleurs en voie de rémis­sion tota­le.
Si ce n’est ma consi­dé­ra­tion pour les char­re­tiers – nos ancê­tres à pres­que tous –, je dirais que ce type jure com­me. En pri­me, il a aus­si cet­te assu­ran­ce cra­de et vul­gai­re de l’héritier que rien ne sau­rait ébran­ler, sur­tout pas le dou­te. Ain­si peut-il décré­ter que « les jour­naux doi­vent dif­fu­ser des idées sai­nes ». Et qu’est-ce que les idées sai­nes, hein Ser­ge ? Eh ben : « Des idées qui font que ça mar­che », donc pas des « idées de gau­che ». Et de conclu­re : « Nous som­mes en train de cre­ver à cau­se des idées de gau­che qui conti­nuent ». Le 21 avril n’a pas eu lieu. Non ? Si !
Et ne dites sur­tout pas que Ser­ge est un mar­chand d’armes. Ça, il n’aime pas du tout. Il ne s’est quand même pas payé Le Figa­ro, L’Express et 70 titres de la Soc­pres­se pour s’entendre enco­re rabâ­cher de tel­les insa­ni­tés ! Ain­si, quand Das­sault vend à l’État fran­çais 59 Rafa­le à un prix défiant tou­te concur­ren­ce, il est sain de croi­re qu’il ne s’agit pas d’avions de com­bat. Non. Le Rafa­le est le der­nier modè­le de per­go­la de chez Das­sault, un modè­le per­for­mant anti-bour­ras­que. Tous aux abris !

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Coup de démarreur


Démar­rer, cer­tes. Ce papier d’ouverture com­me un édi­to. « On ne se refait pas ». Chas­sez le jour­na­lis­te, le revoi­là par la fenê­tre inter­net. Une fenê­tre com­me une gran­de por­te, cel­le par qui conti­nue à pas­ser les cou­rants d’air, plu­tôt vif, des faits et des idées. C’est en par­tie le pari des quel­que cinq mil­lions de blo­gueurs (dans le mon­de), dont sans dou­te aus­si pas mal de bla­gueurs. Peut-être pas plus d’ailleurs que dans les médias paten­tés, dont on a vu – en par­ti­cu­lier en cet­te année 2004 – à quel point ils ont pu for­cer sur la faus­se nou­vel­le, le bidon­na­ge, les mani­pu­la­tions, les à-peu-près et autres géné­ra­li­sa­tions. Pas éton­nant que les cana­li­sa­tions cèdent, empor­tant les digues ancien­nes que l’on croyait « de béton ». « Les jour­naux sont fou­tus », croit devoir pro­phé­ti­ser un ana­lys­te amé­ri­cain, John Mac­Gre­gor, dans un arti­cle char­pen­té et néan­moins lourd d’espérances puisqu’il ajou­te aus­si­tôt « Vive les jour­na­lis­tes ! ».

Mais qu’est-ce qu’un jour­na­lis­te, au fait ? That is, plus que jamais, the ques­tion. Plus que jamais dans la mesu­re où, jus­te­ment, les nou­veaux outils com­me celui-ci décon­nec­tent la pra­ti­que d’un métier d’une tech­ni­ci­té lour­de et oné­reu­se. Depuis les années 60, pres­que un demi-siè­cle, une opi­nion domi­nan­te (se) repo­se sur un apho­ris­me des­cen­du de la galaxie MacLu­han (enco­re un Mac) selon lequel « le média est le mes­sa­ge », voi­re le « mas­sa­ge » céré­bral. Ce gen­re d’assertion com­mi­na­toi­re a pour­tant connu la gloi­re, une gloi­re média­ti­que, for­cé­ment, qui prou­vait au moins que les gens des médias sont peu ran­cu­niers, ou bien maso­chis­tes, ou alors débi­les, voi­re tout ça à la fois. Si, en effet, il y a « du vrai » dans le com­man­de­ment maclu­ha­nien – tout com­me dans le fait que son auteur avait été des pre­miers à annon­cer au « Vil­la­ge glo­bal » les déli­res de notre actuel­le mon­dia­li­sa­tion –, un inven­tai­re res­te a éta­blir quant à l’état de la Résis­tan­ce au rou­leau com­pres­seur média­ti­que.

D’où quel­ques autres ques­tions « sub­si­diai­res » : inter­net, la toi­le, les blogs, tous ces nou­veaux médias d’autopublications en ligne, vont-ils par­ti­ci­per d’une Renais­san­ce média­ti­que ? Ou sont-ils déjà condam­nés par la tech­ni­ci­té qui les por­te et, com­me tels, pro­mis à cet­te vul­ga­te qui nous (moi et quel­ques autres…) déses­pè­re ?

D’où, le rap­pel de the ques­tion : Mais qu’est-ce donc qu’un jour­na­lis­te?

Enfin, c’est pour dire.

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BONNE NOUVELLE. Les journaux sont foutus, vive les journalistes !


par John Mac­Gre­gor, cher­cheur au dépar­te­ment Socio­lo­gie des médias du MIT

John Mac­Gre­gor, cher­cheur état­su­nien, n’y va que par qua­tre che­mins : 1) la pres­se quo­ti­dien­ne est condam­née dans sa for­me actuel­le ; 2) dans les dix ans à venir, les pré­payés (« gra­tuits ») vont s’imposer et assu­rer une pre­miè­re relè­ve tran­si­toi­re… ; 3) …sui­vie par une défer­lan­te tech­ni­que et jour­na­lis­ti­que : dis­pa­ri­tion qua­si tota­le des indus­tries de pres­se (fabri­ca­tion et dif­fu­sion) au pro­fit de l’internet : impres­sion à domi­ci­le de jour­naux à la car­te ; 4) les « cen­tres de pres­se » fonc­tion­ne­ront tous com­me les agen­ces actuel­les, sans sup­port maté­riel, et emploie­ront 80 % de jour­na­lis­tes et le res­te en com­mer­ciaux et ges­tion­nai­res. L’avenir de la pres­se appar­tient donc – enfin – aux jour­na­lis­tes !

John Mac­Gre­gor, 55 ans, est cher­cheur-ensei­gnant à Cam­brid­ge au fameux MIT (Mas­sa­chu­setts ins­ti­tu­te of tech­no­lo­gy). C’est là que j’ai fait sa connais­san­ce, fin des années 70, tan­dis qu’il diri­geait déjà le dépar­te­ment Com­pa­ra­ti­ve media stu­dies. Il n’a ces­sé depuis d’œuvrer en obser­va­teur cri­ti­que et enga­gé (ancien jour­na­lis­te et auteur d’une dizai­ne d’ouvrages) de la pres­se des Etats-Unis et, plus géné­ra­le­ment du mon­de occi­den­tal. Francophone/phile, il connaît très bien la Fran­ce pour y séjour­ner régu­liè­re­ment. Il tutoie aus­si ses médias, com­me on va le voir. L’entretien qui suit devait paraî­tre sous for­me d’interview. Mais, avec l’accord de l’intéressé et revue par lui, une syn­thè­se de ses pro­pos a paru plus appro­priée. GP.

 

1)Tels qu’ils sont,

les quotidiens sont condamnés

 

John Mac­Gre­gor : On me trou­ve­rait peut-être mieux ins­pi­ré de par­ler de la pres­se amé­ri­cai­ne… Qui va mal aus­si ! Elle subit une vague ter­ri­ble de concen­tra­tions met­tant en cau­se, plus gra­ve­ment que jamais, le plu­ra­lis­me des médias et des idées. Mais notre sujet, ici, c’est la pres­se fran­çai­se. De plus, je viens de pas­ser plu­sieurs mois en Euro­pe et quel­ques semai­nes en Fran­ce pour, pré­ci­sé­ment, actua­li­ser mes réflexions au plus près des réa­li­tés.

D’abord, un rap­pel : la plu­part des médias d’information des pays occi­den­taux tra­ver­sent une cri­se sans pré­cé­dent. Cer­tes à des niveaux dif­fé­rents, mais de maniè­re assez paral­lè­le : d’une part sur le plan éco­no­mi­que, d’autre part sur celui de la confian­ce. Per­te de confian­ce – on devrait plu­tôt par­ler d’appé­ten­ce des clients – les ache­teurs-lec­teurs – et, plus nou­veau et inquié­tant, per­te de confian­ce des jour­na­lis­tes en leur métier. Aux Etats-Unis, une enquê­te a rele­vé que 70 % d’entre eux ne sont pas satis­faits des condi­tions d’exercice du métier. J’ignore si cela a été mesu­ré en Fran­ce, mais de mul­ti­ples contacts avec des jour­na­lis­tes fran­çais me font crain­dre aus­si une insa­tis­fac­tion assez géné­ra­le. Les récen­tes opé­ra­tions de rachat, en par­ti­cu­lier cel­les menées par l’industriel de l’armement Das­sault, ont trou­blé de nom­breu­ses rédac­tions.

Par où la cri­se a-t-elle démar­ré ? Sans dou­te par tous les bouts du pro­blè­me qui, en fait, est très com­plexe. Il fau­drait notam­ment consi­dé­rer la ques­tion éco­no­mi­que géné­ra­le qui com­prend la mar­chan­di­sa­tion mon­dia­li­sée de pres­que tou­te l’activité humai­ne ; et dans ce mael­ström inouï, pren­dre en comp­te l’économie même des médias, très par­ti­cu­liè­re. Voi­là en effet un pro­duit, assu­mons le ter­me, qui ose se ven­dre deux fois : aux annon­ceurs, puis aux lec­teurs. Les excep­tions exis­tent, mais sont tel­le­ment raris­si­mes qu’on les consi­dè­re com­me des ano­ma­lies – je pen­se au Canard enchaî­né, on y revien­dra.

Il fau­drait aus­si s’attarder sur l’évolution des socié­tés dans leurs rap­ports à la tech­ni­que. Cel­le-ci a per­mis une mul­ti­pli­ca­tion effré­née de canaux se pré­sen­tant com­me infor­ma­tifs alors qu’ils sont avant tout des sup­ports com­mer­ciaux. Pour la pres­se, il en va com­me de la mar­chan­di­se géné­ra­li­sée dont l’hyperproduction conduit aux cri­ses inces­san­tes de l’économie actuel­le. On dit : « Too much infor­ma­tion is over­kill ». Trop d’info tue l’info. De nos jours, en fait, on devrait par­ler du trop peu d’information ! Trop de signes, cer­tes, habillés en infor­ma­tion, dégui­sés ; nous som­mes dans le dégui­se­ment, dans le tra­ves­tis­se­ment des réa­li­tés ; l’ « info » deve­nant de plus en plus une mar­chan­di­se com­me une autre, on croit que sa répli­ca­tion en série jus­ti­fie l’existence de ces réseaux mons­trueux de com­mu­ni­ca­tion – et il fau­drait habiller tous ces mots de guille­mets bar­be­lés pour les conte­nir dans leurs sens les plus vul­gai­res et détour­nés en shows plus ou moins hol­ly­woo­diens.

(Lire la sui­te…)

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  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

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