On n'est pas des moutons

OTAGES. Du journalisme autoglorifié, à la « Star Academy » de la communication

Nuages de cri­quets, pin­gouins ali­gnés, bai­gneurs amas­sés, stades en délire, foules mena­çantes, tar­mac enva­hi. Non, j’aime pas bien, et même vrai­ment pas. Rap­port à l’individu, cet atome d’humanité insé­cable, en prin­cipe. Méfiance. Ne jamais se nier, se fondre, se perdre. Ne pas renon­cer à sa liber­té. A com­men­cer par sa liber­té de juge­ment, la seule qu’on ne puisse vrai­ment enfer­mer. Ni prendre en otage donc. J’y reviens : cet una­ni­misme autour de la « joie natio­nale », même ça je le trouve sus­pect, ça me gêne. Sur­tout parce que c’est une construc­tion. Et une construc­tion dont les méca­nos sont encore les médias. Avec, en l’occurrence, un embal­le­ment dû à un phé­no­mène d’autocélébration, voire d’autoglorification que je trouve indé­cent. Il fau­drait ana­ly­ser ça de plus près – Régis Debray, comme médio­logue, serait inté­res­sant à entendre à ce sujet. Ici, c’est un tei­gneux qui avance quelques idées.

Sur le cou­rage dont « on » pare Ches­not et Mal­bru­not. Le cou­rage du jour­na­liste, c’est en effet d’oser aller en Irak, entre autres lieux explo­sifs. Mais pas d’être pris en otage, qui est un acci­dent – certes gra­vis­sime. Dès lors, ce qu’il faut c’est de la résis­tance, de la confiance, de l’énergie indi­vi­duelle ou/et de la foi : ils priaient trois fois par jour, a racon­té Chris­tian Ches­not ce matin sur France Inter. Le cou­rage du jour­na­liste c’est, en per­ma­nence, là-bas ou ici sur son « ter­rain », de résis­ter à l’intox, c’est savoir ne pas s’en lais­ser conter. Le cou­rage de cha­cun, c’est de vivre en humain. Le mot vient de cœur. L’action vient du cœur. C’est la bra­voure du cœur, c’est celle de Mère Cou­rage, cet emblé­ma­tique per­son­nage de Brecht.

Sur la confré­rie jour­na­lis­tique.
Elle m’agace comme toutes les autres, et plus encore puisque j’en suis objec­ti­ve­ment. Mais je la refuse en tant qu’expression cor­po­ra­tiste. Or, c’est trop ce que je retrouve dans l’auto­cé­lé­bra­tion de cette libé­ra­tion et ce qui s’ensuit : ren­for­ce­ment du mythe roma­nesque d’un métier tel­le­ment sur­va­lo­ri­sé ! A l’Aventurier-justicier, il fau­drait tout de même oppo­ser tous ces renon­ce­ments pro­fes­sion­nels étouf­fés au fin fond des rédac­tions, toutes ces grandes manœuvres finan­cières autour des médias, ces miroirs aux alouettes. Faute de quoi, les can­di­dats jour­na­listes se bous­culent par mil­liers aux entrées des lieux de for­ma­tion, les­quels se mul­ti­plient en pro­por­tion inverse d’un « mar­ché » de l’emploi deve­nu la « Star Aca­de­my » de la com­mu­ni­ca­tion.

Enfin (pour aujourd’hui) sur l’unanimisme natio­nal. Un écran de fumée pour mas­quer le vrai de la « patrie en dan­ger » : misère, chô­mage, pol­lu­tions phy­siques et men­tales. Là où le cou­rage, le vrai, s’avère le plus défaillant.

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OTAGES. Retenez-moi, ou je fais un titre !

Rude métier d’informer… Au len­de­main de la libé­ra­tion des otages fran­çais, entre pathos et rien à dire, La Pro­vence du 23/12/04 ose un juste milieu.

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« Mon grand-père et l’intox médiatique »

Par Chris­tian Le Meut 
Mon grand-père Julien a pas­sé sa vie à Crac’h, près d’Auray, dans le Mor­bi­han, étant né à huit kilo­mètres de là, à Ploe­mel en 1911. Il est décé­dé voi­ci quelques années.

Un jour qu’il était, comme d’habitude, à boire un coup au “Crac’h bar”, alors tenu par mon oncle, son fils, et ma tante, voi­la qu’entre une jour­na­liste... Il faut vous pré­ci­ser qu’à ce moment là, nous sommes en novembre 1991, la com­mune est enva­hie par une nuée de jour­na­listes venus attendre là l’arrivée d’un « Crac’hois » célèbre : Gérard d’Aboville. Celui-ci ter­mi­nait sa tra­ver­sée du Paci­fique à la rame mais n’était pas encore arri­vé à bon port aux Etats-Unis. Télés (TF1, F2, F3) et radios natio­nales n’avaient donc rien d’autres à se mettre sous la dent que la com­mune d’origine du rameur, même s’il n’y habi­tait pas et si très peu d’habitants l’avaient ren­con­tré en vrai. Plu­sieurs per­sonnes ont ain­si par­lé à la télé d’une per­sonne qu’elles n’avaient jamais vue ailleurs qu’à la télé... Le fac­teur, mon oncle, ma tante... Ces deux der­niers tenaient alors le « Crac’h bar ». Ain­si, j’ai appris sur France Inter un matin à 7h30 que mon oncle tenait un cahier où il col­lait les articles sur Gérard d’Aboville. Dingue non ? Et ma tante de répondre à un jour­na­liste qui lui deman­dait ce qu’elle atten­dait de l’exploit du rameur : « J’espère que ça va mettre de l’ambiance dans le café » ! Le fac­teur n’a pas dit mieux, mais il a été fil­mé en exté­rieur sur une des places du bourg...

Et voi­ci donc mon grand-père face à la jour­na­liste d’un grand quo­ti­dien régio­nal de l’Ouest de la France. Et lui, tou­jours far­ceur, de dire : “Tous les jours, ces der­niers temps, j’ai été faire une prière à Sainte-Anne, pour que Gérard réus­sisse sont exploit”. C’était une blague, un canu­lard, mais, le len­de­main, c’était impri­mé noir sur blanc sur le jour­nal !

Et nous, sa famille, étions un peu gênés, comme lui-même d’ailleurs. Je lui ai deman­dé : “C’est vrai que tu es allé à Sainte-Anne tous les jours ?”. Il m’a répon­du : “J’y suis allé au moins une fois”... Et même ça, ce n’était pas sûr car mon grand-père ne condui­sait plus à cette époque, et ne pou­vait aller à Sainte-Anne tout seul. Y aller à pied, pas ques­tion. il avait beau être tou­jours valide, il fal­lait le trans­por­ter en voi­ture pour faire 200 mètres !

Mais l’histoire n’est pas finie : l’anecdote a plu à un jour­na­liste célèbre et, le ven­dre­di sui­vant, voi­la que nous enten­dons sur France 3, dans la bouche de Georges Per­noud, le pré­sen­ta­teur de Tha­las­sa, l’histoire d’un grand père qui est allé chaque jour de Crac’h à Sainte-Anne, prier pour Gérard d’Aboville... Ain­si, le canu­lard racon­té par un grand-père à une table de bis­trot est deve­nu une his­toire vraie pour des mil­lions de gens, car accré­di­tée par des jour­na­listes qui n’avaient pas véri­fié la véra­ci­té des faits. Sans bou­ger de sa chaise, en ne fai­sant rien que boire un coup et répondre à des ques­tions, mon grand-père a réus­si une véri­table intoxi­ca­tion média­tique...

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OTAGES. Du journalisme en général, du panurgisme en particulier

J’ai enten­du la nou­velle, hier mar­di vers 18 heures, à la radio. Qui pour­rait ne pas se réjouir de la libé­ra­tion des deux jour­na­listes otages ? Je ne sau­rais donc jouer les rabat-joie. Tout juste la rame­ner avec mon grain de sel. Rap­port à la « confré­rie jour­na­lis­tique ». Il est 11 heures, ce mer­cre­di, len­de­main de l’annonce de la bonne nou­velle. Et jusque là, je ne fais qu’entendre ou voir débi­ter les mêmes infos en boucle (heu­reu­se­ment, c’est une façon de par­ler, je fais aus­si autre chose…). Il me semble que, une fois de plus, c’est la déme­sure qui l’emporte ; que ces médias pro­duc­ti­vistes ne sau­raient ces­ser de pro­duire, de répli­quer du « même » en très grande série, y com­pris lorsque la pudeur le com­man­de­rait, et alors qu’on ne dis­pose pas vrai­ment d’informations dignes de ce nom.

Car, pour le moment, c’est la com­mu­ni­ca­tion qui fonc­tionne. Venue d’Al-Jezi­ra, la télé qata­rie, l’annonce a été don­née en France par Raf­fa­rin, devant les séna­teurs. Et, à ma connais­sance, il n’y a pas eu aucune autre source directe : ni des otages eux-mêmes, ni de l’ambassade de France à Bag­dad. Et c’est encore la com’ (ver­sion vul­gaire de la pré­cé­dente) qui va prendre le relais avec l’objectif, cette fois, d’engranger les divi­dendes poli­ti­ciens : Fal­con minis­té­riel « cali­bré » pour juste avant le 20 heures ; on voit déjà le ban et l’arrière ban gou­ver­ne­men­tal, remake annon­cé de Vil­la­cou­blay 1 avec le retour du Liban de Car­ton, Fon­taine et Kauff­mann – avec Pas­qua en Zor­ro et Mar­chia­ni dans l’ombre.

Ce serait donc un gag (certes du plus mau­vais goût), une mani­pu­la­tion, que l’ensemble de la machine média­tique s’y serait engouf­fré. Enfin quoi, tou­jours ce même engoue­ment naïf à ser­vir les « bonnes causes » sans dis­cer­ne­ment ! Panur­gisme ou pro­fes­sion­na­lisme ? Réponse dans la ques­tion. Comme si ne s’étaient pas pro­duites, pour ne par­ler que des plus récentes, l’affaire Marie L. et son agres­sion fan­tas­mée ou l’annonce pré­ma­tu­rée du départ de Jup­pé sur France 2.

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Congo-Banque mondiale. Ou comment, avec deux euros par mois, rembourser une dette de 10 milliards

CongoSuite de l’incursion d’hier Au cœur de l’Afrique. Il s’agissait du livre de Ber­nard Nan­tet qui, lui-même, évo­quait le Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad, dont l’action se passe au Congo. C’est le pays de Vic­tor Nzu­zi, agri­cul­teur et mili­tant alter­mon­dia­liste, un sacré bon­homme qui, à l’occasion, lâche la houe pour le bâton de pèle­rin. Son espé­rance : faire annu­ler la dette des pays pauvres. Ce qui revient à s’attaquer à quelques for­te­resses, et non des moindres, comme la Banque mon­diale (BM), le Fonds moné­taire inter­na­tio­nal (FMI) et l’Orga­ni­sa­tion mon­diale du com­merce (OMC). En plus de son bâton, il lui faut donc s’armer d’un opti­misme des plus com­ba­tifs. Qu’il n’en manque pas relève d’ailleurs du miracle ; il lui faut en effet inté­grer trois don­nées imbri­quées : le déla­bre­ment géné­ral de la Répu­blique démo­cra­tique du Congo, le rou­leau com­pres­seur de l’économie néo-libé­rale mon­dia­li­sée et, ceci expli­quant cela, l’incessant com­bat pour la sur­vie de la popu­la­tion locale.

Grand comme quatre fois la France, le Congo doit son mal­heur à ses richesses : 40 % de la forêt afri­caine, l’or, les dia­mants, le cobalt, l’uranium, le pétrole et aus­si le col­tan, ce mine­rai (radio­ac­tif) qui sert à pro­duire le tan­tale, un métal pré­cieux entrant dans la fabri­ca­tion des puces des télé­phones. Le bas­sin du Congo, ses fleuves et lacs consti­tuent l’autre grande richesse, l’eau bien sûr et, en la domp­tant à coups de bar­rages gigan­tesques, l’énergie élec­trique. Ces construc­tions repré­sentent la plus grosse part de la dette, soit quelque 10 mil­liards d’euros récla­més à l’un des pays les plus pauvres – 161e rang sur 171 États, selon le PIB/habitant.

Sur des tis­sus en batik appor­tés de son vil­lage, Vic­tor Nzu­zi montre le bar­rage d’Inga, sur le Bas-Congo, d’où partent des pylônes et des lignes à haute ten­sion sur­plom­bant des cases tra­di­tion­nelles éclai­rées… à la lampe à pétrole. On ne peut plus cruel­le­ment résu­mer l’absurdité de ce monde-là. Tan­dis que le cou­rant va ain­si par­cou­rir près de 2 000 km pour ali­men­ter les mines du Katan­ga, des mil­lions de dam­nés doivent endos­ser les délires de gran­deur du dic­ta­teur Mobu­tu, folies qu’ils payèrent de leur tra­vail et de leur vie, et dont jamais ils n’ont pu pro­fi­ter. Et les voi­ci héri­tiers de la dette, pour­sui­vis par les huis­siers de la Banque mon­diale ! Les­quels n’en espèrent rien vrai­ment, mais auto­risent ain­si, de fait, les pilleurs du pays à se payer sur la bête sans la moindre rete­nue.

Une lita­nie de don­nées brutes et de chiffres peut com­plé­ter le tableau : cinq ans de guerre, trois mil­lions et demi de morts ; un pré­sident potiche, des gou­ver­nants cor­rom­pus ; ser­vices publics à l’abandon, plus de routes, ni écoles, ni hôpi­taux dignes de ce nom ; taux d’emploi de 2 %, tous fonc­tion­naires, à deux euros par mois. Oui : par mois ! – soit le prix d’un pou­let arri­vé d’Europe… (dans quelles condi­tions d’hygiène ?…), tout comme désor­mais le jus d’orange en boîtes, œufs et oignons impor­tés de Hol­lande, farine de blé des sur­plus occi­den­taux qui ruinent l’agriculture afri­caine en géné­ral.

Le comble, enfin, c’est cette cama­rilla des ins­ti­tu­tions créan­cières, ces régis­seurs de l’Ordre mon­dia­li­sé avec leur jar­gon infecte comme mépris suprême des valeurs humaines. Voi­ci la BM avec son IPPTE, tra­duc­tion : Ini­tia­tive pour les pays pauvres très endet­tés, dont la ver­sion « péda­go­gique », par­fai­te­ment incom­pré­hen­sible ! – s’appelle DRSP : Docu­ment stra­té­gique de réduc­tion de la pau­vre­té ! qui vise ni plus ni moins à faire accep­ter comme une néces­si­té la pri­va­ti­sa­tion géné­rale de ce qui reste encore à piller. Pour cela, des « experts en dyna­mique com­mu­nau­taire » [sic] ont pon­du un tract des­ti­né à « infor­mer » les pay­sans congo­lais du bien-fon­dé des res­tric­tions aux­quelles ils doivent se sou­mettre. C’est un affront à leur digni­té d’humains, une injure sans nom.Vnzuzi

On peut écrire à Vic­tor Nzu­zi ; il a même une adresse inter­net. Mais autant que ce soit pour quelque chose, car rele­ver sa boîte l’oblige à péda­ler 50 km jusqu’au vil­lage le plus proche du sien. Où il y a l’électricité. Par­fois.
victor_nzuzi2000@yahoo.fr

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Au cœur de l’Afrique

« En 1899, Joseph Conrad fai­sait paraître son célèbre roman Au cœur des ténèbres, dans lequel il évo­quait une Afrique dérou­tante, à peine sor­tie du car­net de notes des pre­miers explo­ra­teurs ». Ain­si com­mence l’avant-propos de Ber­nard Nan­tet à son Au cœur de l’Afrique qui vient de sor­tir, un siècle et cinq ans plus tard. La dis­tance ain­si poin­tée à l’évocation des deux titres illustre bien l’obscurantisme qui, aujourd’hui encore, entache la connais­sance de tout un conti­nent. C’est pour­quoi un tel livre demeure néces­saire à qui veut renon­cer aux cli­chés tou­jours coriaces, jamais ou presque jamais, cor­ri­gés par l’ « actua­li­té média­tique », nour­ries presque exclu­si­ve­ment de guerres, catas­trophes et pan­dé­mies.

Au départ conçu pour les jeunes lec­teurs, cet ouvrage inté­res­se­ra en fait tous les publics. Tant par son conte­nu, éma­nant d’un afri­ca­niste répu­té, que par sa forme qui mul­ti­plie les entrées avec d’innombrables des­sins, cartes, pho­tos et enca­drés, sans jamais tom­ber dans la vul­ga­ri­sa­tion sim­pliste. (Edii­tons Milan, 256 p. 22,60 €).

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Etat du monde : 54 journalistes tués en 2004

Voi­là un indi­ca­teur qui en vaut bien d’autres sur l’état du monde. Selon un rap­port publié le 10 décembre par le Comi­té de pro­tec­tion des jour­na­listes, l’année 2004 res­te­ra comme l’une des plus meur­trières avec 54 repor­ters tués dans l’exercice de leur pro­fes­sion.
Ce chiffre est le plus éle­vé depuis une décen­nie. Il dépasse le triste bilan de 1995, année au cours de laquelle 51 jour­na­listes avaient trou­vé la mort. La guerre civile qui se dérou­lait alors en Algé­rie était en par­tie res­pon­sable de cette situa­tion.
En 2004, l’Irak a été le lieu de tous les dan­gers pour les repor­ters : 23 tués, vic­times des tirs des insur­gés, des tirs croi­sés, mais éga­le­ment des attaques des forces amé­ri­caines. Depuis le début du conflit ira­kien, en mars 2003, le nombre des jour­na­listes tués s’élève à 36.
Mais le plus grand nombre des tués l’ont été en repré­sailles directes pour leurs enquêtes. C’est en par­ti­cu­lier le cas aux Phi­lip­pines, où les meur­triers de jour­na­listes ne sont d’ailleurs pas tra­duits en jus­tice. En Côte d’Ivoire, la mort de Jean Hélène, de RFI, est sans doute à mettre dans la caté­go­rie inter­mé­diaire des meurtres liés à une patho­lo­gie poli­tique aiguë et télé­gui­dés de manière très tor­due. Ayant eu l’occasion de ren­con­trer Jean Hélène au Niger, sa fin tra­gique m’a d’autant plus tou­ché. Chesnotmalbruno De même que celle de Joël Don­net, qui avait été un de mes étu­diants au Centre de for­ma­tion des jour­na­listes, en 1983. Pho­to­graphe-repor­ter indé­pen­dant, l’hydravion qui le trans­por­tait pour un repor­tage s’est abî­mé le 11 novembre der­nier près de Manaus, au nord du Bré­sil, pro­vo­quant éga­le­ment la mort du pho­to­graphe de l’agence Gam­ma, Nico­las Rey­nard, et de leur pilote bré­si­lien.
Enfin, dans ce sinistre tableau, on ne sau­rait ici oublier Chris­tian Ches­not et Georges Mal­bru­not, pris en otages en Irak depuis le 20 août !

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Le pâté d’alouette de France Inter

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© André Faber

Vrai­ment, j’aime bien France Inter, comme en géné­ral les radios du ser­vice public. Pas de pub, enfin presque pas et déjà trop. Gaffe, je vous dis, gaffe ! Et l’ét(h)iquette «Ser­vice public », gaffe aus­si à ne pas l’oublier. D’ailleurs des audi­teurs montent la garde et ne manquent pas de pous­ser la gueu­lante. Ain­si, un de ces der­niers matins encore, quand pour la énième fois un citoyen au télé­phone repose « la ques­tion de Jean-Marc Syl­vestre et Ber­nard Guet­ta ». Il trouve lui aus­si que ça fait beau­coup de libé­ra­lisme et de consen­sua­lisme dans la même « tranche », comme ils disent. Et Sté­phane Pao­li, par ailleurs très « pro » et fort civil, de rétor­quer comme d’hab’, en sub­stance : les édi­to­ria­listes, ils disent ce qu’ils veulent, sous leur res­pon­sa­bi­li­té, et puis, voyez, main­te­nant le ven­dre­di on invite Ber­nard MarisOuais. C’est la vieille recette du pâté d’alouette cou­pé au che­val, 50/50 : une alouette, un che­val. Ain­si, toute la semaine, régime bour­rin et, pour la route du week-end, un p’tit sif­flo­ti de zoziau. De plus, on sait que la radio est le média du matin et de la semaine active. Jus­ti­fier Syl­vestre à 7 heures par un Mer­met l’après-midi, relève de l’habileté poli­ti­cienne, voire de la ruse. Et puis, les édi­to­ria­listes, s’ils disent « ce qu’ils veulent », c’est bien pour ce qu’ils disent qu’« on » les choi­sit, non ?

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268 journalistes quittent la Socpresse de Dassault

Deux cent soixante-huit jour­na­listes sur 2.748 que compte le groupe Soc­presse (Figa­ro, Express-Expan­sion, Pro­grès...) déte­nu par Serge Das­sault, ont fait jouer la clause de ces­sion. (AFP | 14.12.04 | 18h14).
Soit : 29 au Figa­ro, 25 à ses sup­plé­ments (Figa­ro Maga­zine, Figa­ro Madame, Figa­ro­scope), 17 au pôle Ouest (Le Maine Libre, Presse Océan, Cour­rier de l’Ouest...), 20 à La Voix du Nord, 11 à Nord-Eclair, 44 au Pro­grès de Lyon, 45 au Dau­phi­né Libé­ré, 17 au pôle Bour­gogne (Le Bien Public et Le Jour­nal de Saône-et-Loire), 17 au pôle hip­pique (le quo­ti­dien Paris Turf et Week-end). 28 jour­na­listes ont fait valoir la clause de ces­sion au groupe Express-Expan­sion, 6 au Groupe L’Etudiant, 4 à Mieux Vivre et 5 à la filiale heb­do­ma­daire du pôle Nord.
La ces­sion d’une entre­prise de presse est l’un des cas d’ouverture de la clause de conscience qui per­met au jour­na­liste de démis­sion­ner tout en béné­fi­ciant d’avantages impor­tants.

Com­men­taire : 10 % ont choi­si de par­tir; ils se situent pro­ba­ble­ment par­mi les plus âgés, sus­cep­tibles de par­tir aus­si en retraite. Beau­coup d’autres – et j’en connais – auront dû se rési­gner à per­sé­vé­rer et res­te­ront donc sala­riés du nou­veau pro­prié­taire. La pres­ta­tion du mar­chand d’armes à la radio la semaine der­nière n’aura guère allé­gé la déprime ram­pante qui mine les rédac­tions. Comme dit la fable, « Ils ne mou­raient pas tous, mais tous étaient frap­pés ». Mais où exer­cer le dur métier d’informer ?

Citizen1La concen­tra­tion des jour­naux ne date certes pas d’hier ; dans sa forme moderne, on peut la faire remon­ter aux années 70 et à la fièvre ache­teuse d’un cer­tain Robert Her­sant, père fon­da­teur de ce qui devien­dra la Soc­presse. Homme d’ombre et de pou­voir, Her­sant père ne s’entêta guère à vou­loir régen­ter les rédac­tions de ses pro­prié­tés ; il lui suf­fi­ra de bien s’entourer. Leçon que ne retien­dra pas un Jim­my Gold­smith quand il se paya L’Express, lui aus­si, et pré­ten­dit en faire sa dan­seuse poli­ti­cienne – pré­ten­tion trop las­sante pour un impa­tient aus­si domi­na­teur [votre ser­vi­teur peut en témoi­gner]. N’est pas Citi­zen Kane qui veut et, sous cet angle, il n’y a point trop à craindre de Das­sault S.

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Enfin, une information engagée !


Le Monde 16 déc. 2004

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Plantu voit plus que rouge

Plan­tu, fac de droit d’Aix-en-Provence, « confé­rence » magis­trale. Guille­mets de rigueur et sou­li­gnage idem. Magis­tra­tus et magis­tra­lis, tout ça tam­bouillé de main de maître. Car c’en est un fameux, de maître, ce Jean Plan­tu qui des­sine comme il parle et vice ver­sa, pour conti­nuer en latin de cui­sine. Ce type est un homme libre. Et, comme la plu­part d’entre nous, en liber­té sur­veillée. Même vache­ment sur­veillée, sa liber­té ! D’abord comme édi­to­ria­liste au Monde – et son conseil de sur­veillance, brrr ! Puis comme jour­na­liste res­pon­sable. Et, à ce titre sur­tout, cible des regrou­pe­ments en tous genres achar­nés à défendre leurs par­ti­cules com­mu­nau­taires. Et ain­si à saper notre souf­fre­teux corps social. Donc, le Plan­tu s’en prend plein la tronche en pro­cès réels comme en pro­cès d’intention. Sur ce cha­pitre-là, en par­ti­cu­lier, il déplore les ravages du poli­ti­que­ment cor­rect en voie de géné­ra­li­sa­tion. Il fal­lait le voir racon­ter. En sub­stance, ce qui m’en reste : Avant, dans une réunion de dix per­sonnes, quelques-unes voyaient ce dos­sier-là, par exemple, de cou­leur rouge, quelques autres la disaient plu­tôt car­min. Et puis y en avaient tou­jours au moins un, ou une, pour la rame­ner avec son rouge coque­li­cot, ah non, plu­tôt gro­seille… etc. Eh bien, aujourd’hui, fini, on s’écrase : rouge, c’est rouge et cir­cu­lez !Plantu

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Mon ami Pierrot

Pas de por­table. Pas d’internet ni d’ordi. Juste le télé­phone nor­mal, avec fil. Sans quoi pas de nou­velles. Eut fal­lu lui prê­ter ma plume… En fait, c’est lume qu’on devrait dire, selon la comp­tine ori­gi­nale… où il ne fait pas bien clair : Lume comme lumière. Or, mon ami Pier­rot a quand même l’électricité. Mais peut-être plus pour long­temps : sage, il anti­cipe sur la fin du pétrole et songe à pas­ser au solaire. En Bre­tagne. Ah ? Oui. Avec des chan­delles s’il le faut (même plus la lampe à p…) Il s’est plan­té là, face à l’océan, le dos tour­né à ce conti­nent qu’il semble igno­rer. Presque un ermite en sa thé­baïde. Presque. Lui et sa poi­gnée d’amis ont ache­té un quinze mètres. Tous n’ont pas tenu. Lui si : trois ans autour du monde. Ça lui fait quelques stères de sou­ve­nirs. De quoi se tenir chaud et se pas­ser de télé pour un moment – jusqu’au pro­chain appel du large. Mi Had­dock, mi Némo, il fume, boit, joue de l’orgue et du pia­no. Du Bud Powell, entre autres – si vous voyez ce que j’entends par là. Tel est mon ami Pier­rot. A ne pas confondre – quoique – avec Pier­rot mon ami, ce tendre roman de Ray­mond Que­neau. Extrait, de mémoire :
– A quoi tu penses, Pier­rot ?
– A rien.
– C’est déjà mieux que de ne pas pen­ser du tout. 

Voi­là, tout ça parce que je pen­sais à Pier­rot.

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Elle & Lui (piécette) Aujourd’hui : Lajoie-Dupont

– Elle : Devine sur quoi il a ouvert son 20 heures PPDA ?
– Lui : Allons bon, tu regardes TF1 main­te­nant ?
– Elle : Eh alors ? Fran­che­ment, ça vaut la 2, et lar­geos par­fois… Mais c’est pas la ques­tion…
– Lui : …Pas sur Pino­chet quand même ! Alors, je sais pas… les affaires : Giraud, Flac­tif… IIoucht­chen-ché plus quoi. Non ? Sar­ko­zy alors ? L’OM encore ! Non plus. J’arrête.
– Elle : Ben le pont quoi ! Le pont ! De Mil­lau. Sous toutes les cou­tures, je te dis pas, et coco­ri­co par ci et coco­ri­co par là, le plus haut de tant, le moins, le mieux. Que la tour Eifel, à côté c’est minus. Et ça recom­mence demain, Chi­rac va inau­gu­rer. Bouygues est dans le coup je sup­pose ?
– Lui : Pas sûr, ou alors par ses filiales BTP.
– Elle : Ça me rap­pelle Polac et son « pont de maçon » dans Droit de réponse… Viré !
– Lui : Ah oui : « Une mai­son de maçon, un pont de maçon, une télé de merde… » Ça c’était du débat, pas des jap­pe­ments de roquets.
– Elle : Ils avaient pas dit merde, seule­ment m et trois points. Et c’était écrit, avec un des­sin, de Cabu.
– Lui : De Cabu tu crois ?, ou de Wiaz ?
– Elle : C’était quand déjà ?…
– Lui : 87, je m’en sou­viens, on venait d’avoir notre der­nière.
– Elle : La vache ! bien­tôt 20 ans ! Dur.
– Lui : C’était le pont de l’Ile de Ré. Il a quand même mieux tenu que la Une.
– Elle : N’empêche, vingt ans, c’est pas la joie…
– Lui : …Dupont !
– Elle : Ouah ! Dis donc, ça y est, t’es mûr pour TF1 !
Rideau.

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Enfin, une information équilibrée !


Le Monde, 11 déc. 2004

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Carmen exécutée par Le Monde

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D’un point de vue tech­nique, rien à dire, nickel/chrome : sépa­ra­tion scru­pu­leuse des faits (en romain) et du com­men­taire (ita­lique). L’éthique du Monde (il s’agit de sa page pro­gramme du 12/12) est appli­quée à la lettre de la bible mai­son (Le Style du Monde). Mais alors, en trois mots, quelle exé­cu­tion ! « Dan­sée et ennuyeuse », la condam­na­tion est sans appel et l’exécution capi­tale. Car­men échap­pe­ra aux coups de cuchil­lo de son amant, mais pas à la guillo­tine.

Voi­là pour les faits. Com­men­taire : ça n’a l’air de rien, ce bout de pro­gramme ; mais il illustre sur un abus jour­na­lis­tique ordi­naire, cet abus de pou­voir qui auto­rise à juger sans appel, au nom d’une sorte de légi­ti­mi­té trans­cen­dante. Elle s’opère là, dis­cré­tos et, dira-t-on, sans grandes consé­quences directes. Mais elle outre­passe le droit de cri­tique et son exer­cice nor­mal, par les­quels un jour­na­liste exprime sa sub­jec­ti­vi­té, comme telle, et en l’argumentant si pos­sible. Il y a donc délit de mal-jour­na­lisme, pas­sible d’une exé­cu­tion en blog public. Vlan ! (bruit du cou­pe­ret sur le billot après l’affaire tran­chée).

Cela réglé, Car­men, quel film ! Sur­tout au ciné­ma… N’en reste pas moins, même à la télé, cette beau­té des corps dan­sants, la gui­tare de Paco de Lucia, et aus­si du Bizet et Méri­mée. Certes, on peut devi­ser sur le ceci-cela de cette mise en abyme autour de l’opéra, son côté nanar et sublime à la fois. On peut ergo­ter sur les espa­gno­lades – qu’on ne voit d’ailleurs pas sinon en paro­die, celle de la cor­ri­da. On peut argu­men­ter sur le rap­port mâle-femelle, limite machisme, en tout cas ani­mal et puis­sam­ment éro­tique. Car tel est le sujet de Car­men. Mais pour l’ennui, hein ? où ça ? En toute sub­jec­ti­vi­té, bien sûr.

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  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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