On n'est pas des moutons

Tchernobyl, 28 avril 1986. L’art du mensonge étatique

logo3

 Chro­nique de la catas­trophe nucléaire de Tcher­no­byl - 3 

L’alerte qu’une catas­trophe nucléaire avait eu lieu arri­va d’abord par la Suède. Le lun­di 28 avril au matin, les employés de la cen­trale de Fors­mark empruntent les por­tiques de contrôle habi­tuels. Une hausse anor­male de la radio­ac­ti­vi­té est détec­tée. Le site est immé­dia­te­ment éva­cué. Mais la fuite ne pro­vient pas de la cen­trale. Compte tenu des vents et des par­ti­cules iden­ti­fiées, il appa­raît que la conta­mi­na­tion pro­vient d’URSS.

Dans l’après-midi, l’AFP confirme : « Des niveaux de radio­ac­ti­vi­té inha­bi­tuel­le­ment éle­vés ont été appor­tés vers la Scan­di­na­vie par des vents venant d’Union sovié­tique ».

Dans la soi­rée, le Krem­lin recon­naît la sur­ve­nue d’un acci­dent dans un réac­teur de la cen­trale de Tcher­no­byl, sans en pré­ci­ser la date, l’importance ni les causes. L’opacité de la bureau­cra­tie est totale. Mikhaïl Gor­bat­chev n’est infor­mé offi­ciel­le­ment que le 27 avril. Avec l’accord du Polit­bu­ro, il est for­cé de faire appel au KGB pour obte­nir des infor­ma­tions. Le rap­port qui lui est trans­mis parle d’une explo­sion, de la mort de deux hommes, de l’arrêt des réac­teurs 1, 2 et 3. Le déni rejoint l’obscurantisme d’un sys­tème poli­tique en ruines.

Le même jour, en France, le pro­fes­seur Pierre Pel­le­rin, direc­teur du SCPRI (Ser­vice cen­tral de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants) 1, fait équi­per des avions d’Air France, se diri­geant vers le nord et l’est de l’Europe, de filtres per­met­tant, à leur retour, d’analyser et faire connaître la com­po­si­tion de cette conta­mi­na­tion.

Invi­té du 13 heures d’Antenne 2, le len­de­main 29 avril, Pierre Pel­le­rin fait état de ses contacts avec les experts sué­dois, dénonce à l’avance le catas­tro­phisme des médias et tient des pro­pos ras­su­rants : « Même pour les Scan­di­naves, la san­té n’est pas mena­cée. » Dans la soi­rée, son adjoint, le pro­fes­seur Chan­teur, répond à une ques­tion du pré­sen­ta­teur : « On pour­ra cer­tai­ne­ment détec­ter dans quelques jours le pas­sage des par­ti­cules mais, du point de vue de la san­té publique, il n’y a aucun risque ».

Le mot « nuage » va ain­si connaître sa célé­bri­té en France. Un nuage tou­te­fois invi­sible, entraî­nant les émis­sions radio­ac­tives reje­tées pen­dant les jours qui ont sui­vi l’accident. Mélan­gées à l’air chaud de l’incendie du réac­teur, ces rejets ne contiennent que très peu de vapeur d’eau. Mais les vrais nuages vont jouer un rôle impor­tant et néfaste car, en cre­vant au-des­sus du panache, leurs gouttes d’eau vont entraî­ner plus abon­dam­ment les par­ti­cules radio­ac­tives. La conjonc­tion des deux crée des dépôts humides géo­gra­phi­que­ment très hété­ro­gènes, en taches de léo­pard.

meteo- Tchernobyl

Image du bul­le­tin météo d’Antenne 2, le 30 avril.

Dans l’après-midi du 30 avril, une des « branches » du nuage est détec­tée par le Labo­ra­toire d’écologie marine de Mona­co, avant de l’être dans l’ensemble du Midi de la France. Pen­dant la nuit, tan­dis que cette branche remonte en direc­tion du nord du pays, sui­vie d’une sta­tion météo à l’autre, une autre branche venant plus direc­te­ment de l’est, aborde aus­si le ter­ri­toire à une alti­tude dif­fé­rente. Mona­co puis le SCPRI en informent l’Agence France-Presse.

Ce 30 avril, la pré­sen­ta­trice Bri­gitte Simo­net­ta, la bouche en coeur, annonce dans le bul­le­tin météo d’Antenne 2 que la France est pro­té­gée du « nuage » par l’anticyclone des Açores et le res­te­ra pen­dant les trois jours sui­vant. Un pan­neau « STOP » vient lour­de­ment appuyer l’image de l’arrêt « à la fron­tière ».

Une polé­mique s’ensuit, gros­sie par de nom­breuses décla­ra­tions visant plus par­ti­cu­liè­re­ment le Pr Pel­le­rin, bien­tôt cari­ca­tu­ré par cette image du « nuage arrê­té à la fron­tière ». Libé­ra­tion affirme que « les pou­voirs publics ont men­ti en France » et que « le pro­fes­seur Pel­le­rin [en] a fait l’aveu ». Ce der­nier, par la suite, por­te­ra plainte pour dif­fa­ma­tion contre dif­fé­rents médias ou per­son­na­li­tés (dont Noël Mamère). Il gagne­ra tous les pro­cès en pre­mière ins­tance, en appel et en cas­sa­tion. En effet, il n’a pas employé cette image d’arrêt à la fron­tière, même s’il en a induit l’idée. Ain­si, ce télex – ambi­gu – du 1er mai du Pr Pel­le­rin, cité par Noël Mamère, au 13 heures d’Antenne 2 : « Ce matin, le SCPRI a annon­cé une légère hausse de la radio­ac­ti­vi­té de l’air, non signi­fi­ca­tive pour la san­té publique, dans le Sud-Est de la France et plus spé­cia­le­ment au-des­sus de Mona­co. »

Vidéo du dépla­ce­ment du nuage radio­ac­tif du 26 avril au 9 mai. La France est presqu’entièrement tou­chée le 1er mai, le sud-est et la Corse plus for­te­ment le 3 mai (docu­ment de l’IRSN, réa­li­sé en 2005, neuf ans après…).

En ces temps recu­lés…, les poli­ti­ciens ne sont pas encore entrés dans l’ère de la com­mu­ni­ca­tion, et les minis­tères du tout nou­veau gou­ver­ne­ment Chi­rac (pre­mière coha­bi­ta­tion) vont se déchar­ger sur ce pro­fes­seur Pel­le­rin, méde­cin expert en radio­pro­tec­tion, pas davan­tage rom­pu aux médias… C’est à lui prin­ci­pa­le­ment qu’incombera la tâche d’ « infor­mer » les Fran­çais des résul­tats des mesures de conta­mi­na­tion radio­ac­tive et du niveau de risque cou­ru.

Les ministres concer­nés, mal coor­don­nés, inter­vien­dront peu par la suite, et sou­vent en gros sabots, comme Alain Made­lin, ministre de l’industrie, mobi­li­sé en boni­men­teur ridi­cule pour clai­ron­ner l’absence de tout risque…

Même son de cloche de toutes parts afin de pré­ve­nir tout mou­ve­ment de panique et de pré­ser­ver le com­merce de la salade prin­ta­nière… Le SCPRI juge tout de suite que la conta­mi­na­tion des ali­ments pro­duits en France sera trop faible pour poser un vrai pro­blème de san­té publique et qu’il n’y a pas lieu de prendre de mesures de pré­cau­tion par­ti­cu­lières, sauf sur les pro­duits impor­tés de l’Est de l’Europe…

Pel­le­rin, à nou­veau, ren­ché­rit avec un com­mu­ni­qué selon lequel il fau­drait ima­gi­ner des élé­va­tions de radio­ac­ti­vi­té dix mille ou cent mille fois plus impor­tantes pour que com­mencent à se poser des pro­blèmes signi­fi­ca­tifs d’hygiène publique. Il pré­cise que les prises pré­ven­tives d’iode des­ti­nées à blo­quer le fonc­tion­ne­ment de la thy­roïde ne sont ni jus­ti­fiées ni oppor­tunes. 2

Le gou­ver­ne­ment fran­çais estime alors qu’aucune mesure par­ti­cu­lière de sécu­ri­té n’est néces­saire.

C’est dans ce contexte de men­songes et de mani­pu­la­tions de l’opinion que naît, à Valence dans la Drôme, la Crii­rad, Com­mis­sion de recherche et d’information indé­pen­dantes sur la radio­ac­ti­vi­té. Des scien­ti­fiques et des citoyens cri­tiques se regroupent pour contre­car­rer l’information offi­cielle qui tourne à la pro­pa­gande sovié­tique. Ani­mée par Michèle Riva­si, aujourd’hui dépu­tée euro­péenne d’Europe-Écologie-Les Verts, cette asso­cia­tion va se poser en contre-pou­voir face aux ins­ti­tu­tions sus­pec­tées de fal­si­fier les faits au pro­fit de l’État et du sys­tème nucléaire.

Vite recon­nue par son sérieux scien­ti­fique, ins­tau­rée dès le départ par sa fon­da­trice, la Crii­rad demeure une réfé­rence dans l’expertise nucléaire. Ces résis­tants ne seront pas les seuls, bien sûr, à s’opposer aux manœuvres men­son­gères contraires au bien com­mun. Il fau­dra aus­si comp­ter sur des oppo­sants poli­tiques, les éco­lo­gistes, certes, ain­si que de nom­breuses asso­cia­tions et les citoyens conscients des dan­gers liés l’énergie nucléaire.

Une résis­tance s’est peu à peu ins­tau­rée, qui aura contri­bué au fil des années à bri­der quelque peu l’ogre affa­mé, à l’amener à rendre des comptes – pas encore à « rendre gorge », bien qu’une autre catas­trophe majeure, celle de Fuku­shi­ma, l’aura à nou­veau étour­di… Mais la bête, tel le Phé­nix, sait renaître de ses cendres. Jusqu’à quand – jusqu’à quelle(s) autre(s) catastrophe(s) ?

Résu­mé en images de l’accident de Tcher­no­byl (docu­ment IRSN)

[Pro­chain article : Un nuage, des lam­beaux… de consé­quences]

Share Button

Notes:

  1. Labo­ra­toire situé au Vési­net, le SCPRI est suc­ces­si­ve­ment deve­nu l’Office de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants (OPRI) et enfin l’actuel Ins­ti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléaire (IRSN), créé pour assu­rer la sur­veillance dosi­mé­trique dans tous les domaines d’utilisation des rayon­ne­ments ioni­sants.
  2. À sup­po­ser que cette mesure ait pu être effec­tive : stocks réels des com­pri­més d’iodure de potas­sium ; mode d’information et de dis­tri­bu­tion. De plus la prise doit être effec­tive une demi-heure avant la conta­mi­na­tion, au plus tard deux heures après. Les doutes quant à l’application d’une telle mesure demeurent actuels. Inter­ro­gez à ce sujet votre phar­ma­cien… (le mien n’a pas de ces com­pri­més en stock…)

Publicité bucolique. Quand EDF nous refait le coup de l”« électricité verte »

EDF, qui est dans la panade que l’on sait, tente crâ­ne­ment de détour­ner l’attention de l’opinion publique. Ain­si vient-elle de s’offrir une cam­pagne de publi­ci­té dans les quo­ti­diens dou­ble­ment éhon­tée : une pleine page à sa propre gloire et à celle de ses cen­trales, cela à la veille du tren­tième anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl – l’élégance même – et sur son thème men­son­ger de pré­di­lec­tion, le mythe d’une « élec­tri­ci­té verte ». Une pro­vo­ca­tion des plus indé­centes !

edf-centrales

Cli­quer des­sus pour agran­dir, c’est trop beau !

A com­men­cer par l’image idyl­lique et ver­doyante mon­trant une splen­dide chute d’eau émer­geant de la mon­tagne et épou­sant avec grâce la forme de ces splen­dides tours d’évaporation qui égaient tant nos pay­sages. Trois jolis nuages, insou­ciants, montent gaie­ment dans l’azur. C’est frais et buco­lique. Un vrai chro­mo de calen­drier des postes – d’avant l’invention du nucléaire et ses catas­trophes ! Il manque tou­te­fois quelques biches inno­centes, Cen­drillon et ses sept nains, dont les plus ravis, Hol­lande et Macron – mais là, le tableau aurait été gâché.

À suivre avec le slo­gan « L’électricité bas car­bone, c’est cen­trale ». Oui, cen­trale, avec un E. Ah ah ! elle est bonne. Et qui dit cen­trale, dit cen­trales nucléaires et leurs 58 réac­teurs four­nis­sant 82,2 % de l’électricité pro­duite en France. 1

À conti­nuer encore avec les trois lignes « fine­ment » bara­ti­neuses qui, d’un zeste d’ « éner­gies renou­ve­lables » nous servent le plus pétillant des cock­tails, « à 98% sans émis­sion de car­bone ni de gaz à effet de serre ». Ce que EDF appelle « un mix » de nucléaire et de renou­ve­lables, selon la fameuse recette du pâté d’alouette : un che­val pour une alouette.

Par­lons-en du nucléaire « bas car­bone » !

Toutes les opé­ra­tions liées au fonc­tion­ne­ment de l’industrie nucléaire émettent des gaz à effet de serre : extrac­tion minière et enri­chis­se­ment de l’uranium, construc­tion et déman­tè­le­ment des cen­trales, trans­port et « trai­te­ment » des déchets radio­ac­tifs, etc.

Ne pas oublier non plus les dizaines de sites ther­miques, dont des cen­trales à char­bon, exploi­tées par EDF dans le monde, qui en font la 19e entre­prise émet­trice de CO2 au niveau mon­dial. 2

Pen­dant ce temps, der­rière le décor d’opérette, EDF doit faire face à une réa­li­té autre­ment plus âpre (hors capi­lo­tade finan­cière) :

•La construc­tion rui­neuse de l’EPR de Fla­man­ville (tri­ple­ment du devis ini­tial), rui­neuse et sur­tout poten­tiel­le­ment dan­ge­reuse. Les défauts métal­lur­giques déce­lés dans la cuve du réac­teur – pièce maî­tresse – com­pro­mettent cette ins­tal­la­tion (et d’autres en cours).

La chute d’une hau­teur de vingt mètres, le 31 mars 2016, d’un géné­ra­teur de vapeur de 450 tonnes lors d’une manu­ten­tion – par une entre­prise sous-trai­tante… – dans un bâti­ment réac­teur de la cen­trale de Paluel (Nor­man­die). Pas de vic­times, heu­reu­se­ment, mais le bâti­ment a été for­te­ment ébran­lé, ce qui va deman­der une éva­lua­tion et une immo­bi­li­sa­tion de plu­sieurs mois des ins­tal­la­tions.

nucleaire-paluel

Chute d’un géné­ra­teur de vapeur à Paluel. Moins gla­mour que la pub…

Pour cou­ron­ner le tout, l’Auto­ri­té de sûre­té nucléaire (ASN) fran­çaise vient de dénon­cer un fabri­cant de pièces métal­liques 3 qui, dans une soixan­taine de cas au moins, a four­ni à ses clients comme Are­va des pro­duits pré­sen­tant des mal­fa­çons, accom­pa­gnés de cer­ti­fi­cats fal­si­fiés. L’ASN a deman­dé à toutes les entre­prises du sec­teur de véri­fier les pièces qu’elles uti­lisent en pro­ve­nance de cette PME, pour pou­voir stop­per les équi­pe­ments en cas de besoin.

Faux, usage de faux : le Bureau Veri­tas a très vite por­té plainte, sui­vi en mars par Are­va et le Com­mis­sa­riat à l’énergie ato­mique (CEA). Cer­taines pièces en cause étaient en effet des­ti­nées au réac­teur de recherche Jules-Horo­witz, qu’Areva construit pour le CEA à Cada­rache (Bouches-du-Rhône).

Ou quand la réa­li­té rejoint la fic­tion : ce cas recoupe exac­te­ment le scé­na­rio du film Le Syn­drome chi­nois dans lequel un four­nis­seur véreux est à l’origine d’une situa­tion catas­tro­phique dans une cen­trale nucléaire. Ce film amé­ri­cain est sor­ti quelques jours avant l’accident de Three Miles Island en 1979 (fonte du réac­teur).

Share Button

Notes:

  1. Don­née de 2014, por­tée sur les fac­tures d’EDF.
  2. On peut, à ce pro­pos, signer la péti­tion lan­cée par le réseau Sor­tir du nucléaire qui dénonce cette publi­ci­té men­son­gère d’EDF : http://www.sortirdunucleaire.org/CO2-mensonge-EDF#top
  3. SBS, une PME de Boën (Loire)

Tchernobyl, 26 avril 1986. Le monstre se déchaîne

logo2

 Chro­nique de la catas­trophe nucléaire de Tcher­no­byl - 2 

26 avril 1986. 1 h 23. En moins de cinq secondes, le réac­teur s’est embal­lé, dépas­sant sa puis­sance jusqu’à cent fois. Il n’était plus contrô­lable, les barres de modé­ra­tion de la réac­tion nucléaire ayant été éjec­tées. Des explo­sions suc­ces­sives se pro­duisent, sui­vies d’une autre, si forte que la dalle de 1 000 tonnes de béton située au-des­sus du bâti­ment est pro­je­tée dans les airs, retom­bant incli­née sur le cœur du réac­teur, qui s’entrouvre alors. Un gigan­tesque incen­die se déclare. Plus de 100 tonnes de com­bus­tibles radio­ac­tifs entrent en fusion. Un immense fais­ceau de lumière aux reflets bleuâtres monte du cœur du réac­teur, illu­mi­nant l’installation dévas­tée, plon­gée dans l’obscurité.

Centrale nucléaire de Tchernobyl, Ukraine

« Ceux qui ont mené l’expérience, expli­que­ra par la suite le Pr Vas­si­li Nes­te­ren­ko  1, se sont lour­de­ment trom­pés dans leurs cal­culs. La puis­sance du réac­teur a brus­que­ment bais­sé à 30 méga­watts, au lieu des 800 méga­watts escomp­tés. Ils ont alors levé les barres mobiles pour aug­men­ter la puis­sance. Mais là, à la suite d’un défaut de fabri­ca­tion, l’eau a rem­pli l’espace qu’avaient occu­pé les barres. La puis­sance est mon­tée en flèche et l’eau est entrée en ébul­li­tion. Une radio­lyse de l’eau a com­men­cé à se pro­duire, ce qui a pro­vo­qué la for­ma­tion d’un mélange déto­nant d’oxygène et d’hydrogène. Ces pre­mières petites explo­sions ont éjec­té entiè­re­ment les barres mobiles des­ti­nées à arrê­ter le réac­teur en cas de panne, le réac­teur n’était donc plus contrô­lable. En 5 secondes, sa puis­sance a aug­men­té de 100 fois ! Les expé­ri­men­ta­teurs ont alors essayé d’enfoncer de nou­veau les barres, mais trop tard. Une immense explo­sion s’ensuivit. »

Tchernobyl-horloge

Quand tout a bas­cu­lé. [Musée de Tcher­no­byl]

His­to­rien fran­çais, de père russe, Nico­las Werth est un spé­cia­liste de l’histoire de l’Union sovié­tique. En 2006, dans la revue L’Histoire, à l’occasion du ving­tième anni­ver­saire de la catas­trophe, il en recons­ti­tuait la genèse. Il reliait ain­si les faits au contexte poli­ti­co-éco­no­mique du régime sovié­tique à bout de souffle. Son ana­lyse se nour­rit d’un voyage qu’il effec­tue alors en Ukraine. Voi­ci com­ment il recons­ti­tue ce qui demeure jusqu’à pré­sent l’accident nucléaire le plus grave de la pla­nète (On évi­te­ra l’inutile et sor­dide com­pa­rai­son avec Fuku­shi­ma et ses quatre ins­tal­la­tions dévas­tées ; les contextes sont dif­fé­rents et les consé­quences éga­le­ment, bien que tout aus­si incom­men­su­rables.)

« Vik­tor Petro­vitch Briou­kha­nov [le direc­teur] est réveillé à 1 h 30 du matin. Pour ten­ter d’éteindre l’incendie, il fait appel à une simple équipe de pom­piers de la ville de Pri­pyat […]. Le direc­teur télé­phone au minis­tère de l’Énergie, à Mos­cou, vers 4 heures du matin. Il se veut ras­su­rant, affirme que «  le cœur du réac­teur n’est pro­ba­ble­ment pas endom­ma­gé  ».

« Avec un équi­pe­ment déri­soire, sans aucune pro­tec­tion spé­ci­fique, quelques dizaines de pom­piers s’efforcent de maî­tri­ser l’incendie, comme s’il s’agissait d’un feu ordi­naire. Au petit matin, celui-ci est cir­cons­crit. Mais le cœur nucléaire du réac­teur endom­ma­gé et le gra­phite conti­nuent de se consu­mer, déga­geant dans l’atmosphère une très forte radio­ac­ti­vi­té. Les pom­piers, gra­ve­ment irra­diés, sont éva­cués vers l’hôpital local, puis, leur état empi­rant, ache­mi­nés vers Mos­cou, où la plu­part meurent, dans d’atroces souf­frances, au cours des jours sui­vants.

« Ce n’est qu’après l’extinction de l’incendie géné­ré par l’explosion que la direc­tion de la cen­trale prend enfin conscience de la gra­vi­té de la situa­tion : le coeur du réac­teur est atteint ! Mais per­sonne, par­mi le per­son­nel de la cen­trale, ingé­nieurs, tech­ni­ciens, cadres diri­geants com­pris, n’a jamais été pré­pa­ré à faire face à une situa­tion pareille. La panne la plus grave envi­sa­gée par les construc­teurs était une rup­ture du sys­tème prin­ci­pal de refroi­dis­se­ment !

« Briou­kha­nov n’ordonne, dans l’immédiat, aucune éva­cua­tion. Or, au moment de l’explosion, plus de 200 employés tra­vaillaient à la cen­trale, et plu­sieurs cen­taines d’ouvriers s’affairaient à la construc­tion des cin­quième et sixième réac­teurs. Dans la mati­née du 26 avril, les alen­tours de la cen­trale grouillent de pom­piers et de mili­taires appe­lés en ren­fort. En ce same­di matin, les habi­tants de Pri­pyat vaquent tran­quille­ment à leurs occu­pa­tions. Près de 900 élèves, âgés de 10 à 17 ans, par­ti­cipent même au « Mara­thon de la paix » qui, de Pri­pyat au vil­lage de Kopa­chy, dis­tant de 7 kilo­mètres à peine du réac­teur dévas­té, fait le tour de la cen­trale !

« Entre-temps, à Mos­cou, une com­mis­sion gou­ver­ne­men­tale est mise sur pied. Quelques-uns de ses membres prennent l’avion pour Tcher­no­byl. Vale­ri Legas­sov, un haut res­pon­sable du nucléaire sovié­tique, témoigne : «  En nous appro­chant de Tcher­no­byl, dans la soi­rée du 26 avril, nous fûmes frap­pés par la cou­leur du ciel. A une dizaine de kilo­mètres, une lueur cra­moi­sie domi­nait les

Tchernobyl explosion

envi­rons. Pour­tant, les cen­trales nucléaires ne rejettent habi­tuel­le­ment aucune fumée. Mais ce jour-là, l’installation res­sem­blait à une usine métal­lur­gique sur­mon­tée d’un épais nuage assom­bris­sant la moi­tié du ciel. Les res­pon­sables étaient per­dus, para­ly­sés. Ils ne savaient où don­ner de la tête et n’avaient reçu aucune direc­tive. Les employés des trois autres blocs ato­miques de la cen­trale n’avaient tou­jours pas quit­té leur poste. Per­sonne n’avait pris soin de débran­cher la ven­ti­la­tion inté­rieure et les radio­élé­ments s’étaient répan­dus à tra­vers toutes les ins­tal­la­tions de la cen­trale »

« Le chef de la com­mis­sion gou­ver­ne­men­tale, Boris Cht­cher­bi­na, l’un des vice-pré­si­dents du Conseil des ministres de l’URSS, arri­vé sur place vers 21 heures, décide enfin d’ordonner l’évacuation, à par­tir du sur­len­de­main, 28 avril, 14 heures, de la popu­la­tion dans un rayon de 30 kilo­mètres autour de la cen­trale, et de faire appel à l’armée de l’air pour ten­ter d’ensevelir le coeur du réac­teur nucléaire en fusion sous du sable et d’autres maté­riaux.

« Il fau­dra quinze jours à des équipes spé­cia­li­sées pour étouf­fer la réac­tion nucléaire en déver­sant, depuis des héli­co­ptères, plu­sieurs mil­liers de tonnes de sable, d’argile, de plomb, de bore (qui a la pro­prié­té d’absorber les neu­trons), de borax et de dolo­mite. Plus de 1 000 pilotes par­ti­ci­pèrent à ces opé­ra­tions menées à bord d’hélicoptères mili­taires gros por­teurs.

[© Tass]

[© Tass]

« Atteindre le coeur du réac­teur – un objec­tif d’une dizaine de mètres de dia­mètre – depuis une hau­teur de 200 mètres était une tâche ardue. Il fal­lait faire très vite : à cause de la for­mi­dable radia­tion qui se déga­geait du réac­teur en fusion – 1 500 rems 2 à 200 mètres de hau­teur –, les pilotes ne pou­vaient pas res­ter plus de 8 secondes à la ver­ti­cale du réac­teur. Les pre­miers jours, les deux tiers des lar­gages man­quèrent leur cible. En chu­tant, les gros paquets de sable explo­saient sous l’effet de la cha­leur. Les jours pas­sant, les ratés se firent plus rares. Le 30 avril, 160 tonnes de sable, mélan­gé à de l’argile pour for­mer une masse plus com­pacte, furent ain­si jetées sur le coeur nucléaire en fusion. Les radia­tions chu­tèrent brus­que­ment. Mais le len­de­main on s’aperçut que le sable avait fon­du et que les rejets de radio­nu­cléides avaient repris de plus belle.

« On déci­da alors de déver­ser d’énormes paquets en grosse toile de para­chute conte­nant des cen­taines de lin­gots de plomb, de la dolo­mite et du bore. Mais une nou­velle menace se pro­fi­la. Les fon­da­tions de la cen­trale mon­traient des signes d’affaissement. Il fal­lait les ren­for­cer pour empê­cher le com­bus­tible nucléaire fon­du de péné­trer mas­si­ve­ment dans les sols. Des cen­taines de mineurs du Don­bass furent appe­lés en ren­fort pour creu­ser un boyau de 170 mètres de long jusque sous le réac­teur. [Ndlr : Dans le but de pré­ve­nir une nou­velle explo­sion et de pro­té­ger la nappe phréa­tique].

« Le 6 mai, l’émission de radia­tions chu­ta for­te­ment, pour atteindre 150 rems. Le com­bat, néan­moins, n’était pas gagné. Vale­ri Legas­sov témoigne : «  Le 9 mai, le monstre avait appa­rem­ment ces­sé de res­pi­rer, de vivre. Nous nous apprê­tions à fêter la fin des opé­ra­tions, qui coïn­ci­dait jus­te­ment avec le jour anni­ver­saire de la vic­toire sur l’Allemagne nazie. Mais un nou­veau foyer s’est décla­ré. On ne savait plus ce qu’il fal­lait faire. On ne savait pas ce que c’était. Cela res­sem­blait à une masse incan­des­cente com­po­sée de sable, d’argile et de tout ce qui avait été jeté sur le réac­teur. On se remit au tra­vail et on jeta encore 80 tonnes sup­plé­men­taires sur le cra­tère fumant. »

« […] Le géné­ral Ber­dov fit venir 1 200 auto­bus de Kiev. Les 45 000 habi­tants de Pri­pyat furent éva­cués en pre­mier, dans l’après-midi du 28 avril. Ils ne furent aver­tis de leur départ que quelques heures plus tôt, par la radio locale. « Ne pre­nez que le strict néces­saire : de l’argent, vos papiers et un peu de nour­ri­ture. Aucun ani­mal domes­tique. Vous serez vite de retour. Dans deux ou trois jours ».

evacuation-Tchernobyl

« Vous serez vite de retour ! » [d.r.]

« Dans la soi­rée, les éva­cués arri­vèrent dans la région rurale de Poless­koie, dis­tante d’à peine une cin­quan­taine de kilo­mètres au sud-ouest. On les « ins­tal­la » chez les pay­sans du coin. Tous les bâti­ments d’exploitation, granges, han­gars, étables, furent réqui­si­tion­nés. Nom­breux étaient ceux qui souf­fraient déjà de nau­sées et de diar­rhées, pre­miers signes d’une forte irra­dia­tion. Or, dans ces vil­lages, aucune assis­tance médi­cale n’était dis­po­nible. Comble de l’absurde : la région de Poless­koie était elle-même for­te­ment conta­mi­née !

« Pour ten­ter d’éviter que les éva­cués ne se sauvent, ordre fut don­né à cha­cun de poin­ter quo­ti­dien­ne­ment à l’administration locale, comme devaient le faire les dépor­tés sous Sta­line. Des cor­dons de police furent déployés sur les routes et les voies fer­rées pour inter­cep­ter les fuyards. Non­obs­tant tous les obs­tacles, des mil­liers de per­sonnes s’enfuirent pour rejoindre Kiev ou une autre grande ville, ampli­fiant la rumeur sur la catas­trophe qui venait de se pro­duire.

« Dans les pre­miers jours de mai, l’évacuation s’amplifia : près de 100 000 per­sonnes, habi­tant dans une zone d’une tren­taine de kilo­mètres autour de la cen­trale, furent éva­cuées à leur tour. Pour la plu­part, simples kol­kho­ziens n’ayant jamais quit­té leur vil­lage, ce dépla­ce­ment for­cé, qui fai­sait remon­ter chez les plus âgés les sou­ve­nirs du grand exode de l’été 1941, consti­tua un pro­fond trau­ma­tisme.

« Les éva­cua­tions se pro­lon­gèrent jusqu’au mois d’août, après que les légis­la­teurs sovié­tiques eurent défi­ni quatre « zones de conta­mi­na­tion » […]

« Au total, quelque 250 000 per­sonnes furent, en trois mois, éva­cuées des trois pre­mières zones. En un an, une nou­velle ville, Sla­vou­titch, à une soixan­taine de kilo­mètres de la cen­trale, sor­tit de terre. Fin 1987, elle comp­tait déjà plus de 30 000 habi­tants. De nom­breux occu­pants des zones conta­mi­nées furent éga­le­ment relo­gés dans des ban­lieues de Kiev. Le gou­ver­ne­ment octroya à chaque éva­cué des indem­ni­tés : 4 000 roubles soit un an envi­ron de salaire moyen par adulte et 1 500 roubles par enfant.

[Pro­chain article : Comme un nuage]

 

Share Button

Notes:

  1. Vas­si­li Nes­te­ren­ko, phy­si­cien bié­lo­russe, direc­teur de l’Institut de l’énergie nucléaire de l’Académie des sciences de Bié­lo­rus­sie de 1977 à 1987. Il a cher­ché à limi­ter les effets sani­taires de la catas­trophe, et aus­si à en limi­ter l’ampleur ; il est inter­ve­nu lui-même comme liqui­da­teur pour lar­guer par héli­co­ptè­re­di­rec­te­ment dans le réac­teur en fusion des pro­duits de col­ma­tage. Trois des quatre pas­sa­gers de l’hélicoptère sont morts des suites de l’irradiation. Lui a sur­vé­cu jusqu’en 2008.
  2. Soit 3 000 fois plus que la dose maxi­male tolé­rée en France par an pour une per­sonne. Le rem est une uni­té de mesure d’équivalent de dose de rayon­ne­ment ioni­sant.

Tchernobyl, 25 avril 1986. Tout va bien à la centrale Lénine

logo1

 Chro­nique de la catas­trophe nucléaire de Tcher­no­byl - 1 

Ce 25 avril 1986, un jour comme bien d’autres à la cen­trale Lénine, ce fleu­ron du nucléaire sovié­tique : quatre réac­teurs d’une puis­sance de 1.000 MW et deux autres en construc­tion. Ce devait être la plus puis­sante cen­trale nucléaire du bloc com­mu­niste. Car nous sommes tou­jours à l’époque des deux « blocs » enne­mis. La fin de l’affrontement est proche. Dans moins de cinq ans c’en sera fini de l’URSS.

Marche arrière. La Répu­blique socia­liste sovié­tique d’Ukraine fut créée en 1921 et le 30 décembre 1922, l’URSS nais­sait, regrou­pant la Rus­sie, l’Ukraine, la Bié­lo­rus­sie et la Trans­cau­ca­sie. En 1932-1933, le vil­lage de Tcher­no­byl comme tout le reste de l’Ukraine fut odieu­se­ment tou­ché par la famine – l’Holo­do­mor –, pro­vo­quant de 3 à 7 mil­lions de morts dans tout le pays. Mer­ci Sta­line, « petit père des peuples ».

tchernobyl-ukraine-mapLa pre­mière cen­trale nucléaire d’Ukraine voit le jour à par­tir de 1970 sur un affluent du Dnie­pr, dans les fau­bourgs de Pri­pyat, ville nou­velle de 40.000 habi­tants, près de la fron­tière entre l’Ukraine et la Bié­lo­rus­sie, à 15 kilo­mètres de Tcher­no­byl et 110 au nord de Kiev.

La cen­trale devait regrou­per six réac­teurs. La construc­tion des « blocs » 1 et 2 débute en 1971 ; le pre­mier est mis en ser­vice en 1977, le second, l’année sui­vante. Les 3 et 4 sont mis en chan­tier en 1975 ; leur exploi­ta­tion com­mence res­pec­ti­ve­ment en 1981 et 1983. La construc­tion des 5 et 6 sera inter­rom­pue par la catas­trophe.

En 1985, l’Union sovié­tique dis­pose de 46 réac­teurs nucléaires, dont une quin­zaine de type RBMK 1000 d’une puis­sance élec­trique de 1 000 méga­watts cha­cun. À cette époque, la part du nucléaire en Union sovié­tique repré­sente envi­ron 10 % de l’électricité pro­duite, et la cen­trale de Tcher­no­byl four­nit 10 % de l’électricité en Ukraine.

Ladite cen­trale est alors diri­gée par Vik­tor Petro­vitch Briou­kha­nov, ingé­nieur en ther­mo­dy­na­mique, nom­mé en 1970 à ce poste pour « son volon­ta­risme mili­tant, sa volon­té et sa capa­ci­té à dépas­ser les quo­tas, dans le res­pect des règles de sécu­ri­té », selon la ter­mi­no­lo­gie en vigueur. C’était ce qu’on appelle un appa­rat­chik.

Le com­plexe Lénine avait fait l’objet de rap­ports alar­mants dès sa construc­tion. Ain­si, ce rap­port confi­den­tiel signé en 1979 par You­ri Andro­pov, patron du KGB deve­nu ensuite pré­sident du Soviet suprême de l’URSS. Il était fait état d’un manque total de res­pect des normes de construc­tion et des tech­no­lo­gies de mon­tage telles que défi­nies dans le cahier des charges.

Ce point ser­vi­ra d’argument après la catas­trophe pour déni­grer la tech­no­lo­gie sovié­tique – « rus­tique-russ­toque » – et van­ter la supé­rio­ri­té de l’américaine… Cela ser­vait évi­dem­ment la poli­tique d’affrontement des blocs, tout en valo­ri­sant un « nucléaire sûr ». De la même manière qu’après Fuku­shi­ma, Anne Lau­ver­geon (qui diri­geait alors Are­va) s’était empres­sée de van­ter – pour le vendre autant que pos­sible – la supé­rio­ri­té pré­ten­due de l’EPR fran­çais.

Biblio­gra­phie sélec­tive  Ce fameux nuage… Tcher­no­byl, Jean-Michel Jac­que­min, Sang de la terre, 1999  Comme un nuage, 30 ans après Tcher­no­byl, Fran­çois Pon­thieu, Gérard Pon­thieu, Le Condot­tiere, 2016  Conta­mi­na­tions radio­ac­tives : atlas France et Europe, Crii­rad et André Paris, éd. Yves Michel, 2002  La Comé­die ato­mique, Yves Lenoir, La Décou­verte, 2016  La Sup­pli­ca­tion, Svet­la­na Alexie­vitch, Lat­tès, 1998  La véri­té sur Tcher­no­byl, Gri­go­ri Med­ve­dev, Albin Michel, 1990  Le nucléaire, une névrose fran­çaise - Patrick Piro, Les Petits matins, 2012   Maî­tri­ser le nucléaire - Sor­tir du nucléaire après Fuku­shi­ma,  Jean-Louis Bas­de­vant, Eyrolles, 2012   Tcher­no­byl : enquête sur une catas­trophe annon­cée, Nico­las Werth - L’Histoire - n°308, avril 2006    Vers un Tcher­no­byl fran­çais ?, Eric Ouzou­nian, Nou­veau Monde Edi­tions, 2008   Le Monde  Libé­ra­tion  Sciences & Ave­nir  

Orga­nismes et sites  AFMT - Asso­cia­tion fran­çaise des malades de la thy­roïde  ASN - Auto­ri­té de sûre­té nucléaire  C’est pour dire [en par­ti­cu­lier Tcher­no­byl. La ter­reur par le Men­songe, du 25 avril 2006]  Crii­rad - Com­mis­sion de recherche et d’information indé­pen­dantes sur la radio­ac­ti­vi­té  Ina – Ins­ti­tut natio­nal de l’audiovisuel  IRSN – Ins­ti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléaire  La radioactivite.com  Obser­va­toire du nucléaire  Sor­tir du nucléaire  Wiki­pé­dia

Dans les deux cas, on s’empressait de mettre le sys­tème nucléaire hors de cause – c’était de la faute à la mau­vaise tech­nique (sovié­tique), à des pannes de pompes sui­vies d’« actions de conduite inap­pro­priée » (États-Unis – Three Miles Island) et aux élé­ments déchaî­nés (Japon).

La « guerre froide », en quelque sorte, se réchauf­fait au nucléaire. D’un côté, la tech­no­lo­gie dan­ge­reuse des demeu­rés com­mu­nistes, de l’autre la triom­phante supé­rio­ri­té de l’empire capi­ta­liste. « RBMK ver­sus Westinghouse/General Elec­tric », le match suprême des poids-lourds ato­miques…

Un match nul, en véri­té. Et, sur­tout, un com­bat émi­nem­ment dan­ge­reux et mor­ti­fère. À y regar­der de plus près, deux tech­no­cra­ties s’affrontaient au bord d’un gouffre, dans une même fuite en avant.

À ma gauche, si on peut dire, le sys­tème RBMK (du russe Reak­tor Bol­shoy Moshch­nos­ti Kanal­nyi : réac­teur de grande puis­sance à tube de force). Avec ses avan­tages cer­tains, comme le char­ge­ment conti­nu du réac­teur en com­bus­tible, et ses incon­vé­nients hélas démon­trés. Sans entrer dans les détails trop tech­niques, les fai­blesses prin­ci­pales de ce sys­tème résident dans la dif­fi­cul­té de contrôle du cœur et dans l’absence d’enceinte de confi­ne­ment. 1. On y revient dans l’article sui­vant sur l’accident du 26 avril 1986.

Les réac­teurs de Tcher­no­byl ont été mis pro­gres­si­ve­ment à l’arrêt défi­ni­tif (le der­nier en 2000 seule­ment), ain­si que les deux réac­teurs de la cen­trale d’Ignalina, en Litua­nie. Il reste, à ce jour, 11 réac­teurs RBMK en exploi­ta­tion, tous en Rus­sie et qui ont fait l’objet d’« amé­lio­ra­tions de sûre­té ».

À ma droite, on peut le dire, le sys­tème Wes­tin­ghouse (à eau sous pres­sion) qui, avec son concur­rent Gene­ral Elec­tric (qui a rache­té Alstom en France) domine le nucléaire mon­dial, aux États-Unis, bien sûr, mais aus­si au Japon et en France, dont tous les réac­teurs sont sous licence amé­ri­caine, y com­pris les EPR fran­çais en (aven­tu­reuse) construc­tion 2. Pas­sons sur les avan­tages van­tés par ses concep­teurs (et uti­li­sa­teurs), tan­dis que ses failles ont écla­té au grand jour lors de l’accident à la cen­trale de Three Miles Island en Penn­syl­va­nie.

28 mars 1979. Les pompes prin­ci­pales d’alimentation en eau du sys­tème de refroi­dis­se­ment tombent en panne vers 4 h du matin. Une sou­pape auto­ma­tique reste blo­quée. Les voyants ne l’indiquent pas. S’ensuit une perte d’étanchéité du cir­cuit d’eau pri­maire. Le refroi­dis­se­ment du cœur n’est plus assu­ré, entraî­nant sa fusion. L’explosion est heu­reu­se­ment évi­tée et, de ce fait, les rejets à l’extérieur rela­ti­ve­ment limi­tés – selon les sources offi­cielles. 3

tchernobyl-4units

Les quatre « blocs » de la cen­trale Lénine. (Ph. Prav­da)

Retour à Tcher­no­byl. Ce 25 avril 1986, une expé­ri­men­ta­tion a été pro­gram­mée sur le réac­teur n°4. En gros, il s’agit de « voir » si on peut conti­nuer à maî­tri­ser le fonc­tion­ne­ment de la chau­dière (en par­ti­cu­lier son refroi­dis­se­ment) en cas de panne d’alimentation élec­trique, cela en recou­rant à l’électricité rési­duelle pro­duite par l’inertie des alter­na­teurs. Car un réac­teur, et une cen­trale en géné­rale, ne peuvent fonc­tion­ner que s’ils sont ali­men­tés en élec­tri­ci­té ! C’est ain­si. D’où l’importance des groupes élec­tro­gènes de secours. Or, ces sales bêtes (entraî­nées par de puis­sants moteurs die­sel) sont capri­cieuses : elles vont jusqu’à rechi­gner au démar­rage et, de plus, mettent plus de qua­rante secondes avant d’atteindre leur plein régime.

L’essai devait avoir lieu dans la jour­née, mais une panne dans une autre cen­trale oblige à le dif­fé­rer pour main­te­nir le réac­teur 4 en pro­duc­tion. Une obli­ga­tion fâcheuse pour l’expérience qui pré­co­ni­sait une mise en « repos » préa­lable de l’installation. De plus, par ce contre-temps, c’est l’équipe de relève qui doit « se col­ler » à l’exercice, ce qui oblige à une pas­sa­tion des consignes et expose à inter­pré­ta­tions.

Comme sou­vent, un enchaî­ne­ment mal­heu­reux de cir­cons­tances va conduire à l’accident.

Réacteur RBMK. Mise en place des éléments combustibles

Réac­teur RBMK. Mise en place des barres de contrôle. [©d.r.]

Le cœur de ce type de réac­teur est intrin­sè­que­ment instable à cause d’un effet dit de « coef­fi­cient de vide posi­tif », qui favo­rise l’emballement de la réac­tion nucléaire. En d’autres termes, la puis­sance aug­mente spon­ta­né­ment et doit sans cesse être régu­lée par les opé­ra­teurs pour évi­ter la fonte du cœur. Dans les réac­teurs amé­ri­cains, et dans les modèles russes modi­fiés, ce « coef­fi­cient de vide » est néga­tif : l’intensité de la réac­tion a ten­dance à chu­ter d’elle-même sans inter­ven­tion exté­rieure.

Autre défaut majeur des RBMK : le délai beau­coup trop long – 20 secondes – néces­saire au fonc­tion­ne­ment de son sys­tème d’arrêt d’urgence (la des­cente des barres de contrôle). Enfin, son cœur de gra­phite et d’uranium est inflam­mable à haute tem­pé­ra­ture.

Mal­gré ces fai­blesses, c’est bien l’expérimentation ris­quée et son dérou­lé qui ont déclen­ché l’accident. Expé­ri­men­ta­tion qui n’avait d’ailleurs pas obte­nu l’aval de l’organisme spé­cial (Gosa­tom­nad­zor) char­gé de super­vi­ser tous les aspects de la sûre­té nucléaire.

L’équipe pas­sa outre, ayant reçu l’accord du direc­teur de la cen­trale, Vik­tor Petro­vitch Briou­kha­nov. En 1983, c’est lui qui signe « l’acte de mise en exploi­ta­tion expé­ri­men­tale » du qua­trième réac­teur alors même que toutes les véri­fi­ca­tions n’avaient pas été ache­vées. Ce qui lui valut, cette année-là, d’être déco­ré de l’ordre de l’Amitié des peuples… En 1986, il figu­rait sur la liste pro­po­sée des médaillés de l’Ordre du Tra­vail socia­liste à l’occasion de l’inauguration, pré­vue en octobre, du cin­quième réac­teur, encore en construc­tion lors de l’explosion...

Au moment de l’expérimentation, Briou­kha­nov était ren­tré chez lui. Peut-être dor­mait-il déjà. Tout comme l’ingénieur en chef, Niko­laï Fomine. C’est donc Ana­to­li Dyat­lov, l’ingénieur en chef adjoint, qui dirige l’équipe d’expérimentateurs. 4

Per­sonne ne se doute que ce 26 avril 1986 à Tcher­no­byl, ne sera pas un jour comme les autres.

[Pro­chain article : Le monstre se déchaîne]

Share Button

Notes:

  1. Cette enve­loppe de béton n’empêche pas son explo­sion (Fuku­shi­ma), ni des fuites de radio­ac­ti­vi­té dues au vieillis­se­ment, ni sa des­truc­tion lors d’un éven­tuel atten­tat, notam­ment aérien
  2. La coen­tre­prise nucléaire entre Gene­ral Elec­tric et le japo­nais Hita­chi forme l’un des prin­ci­paux construc­teurs nucléaires mon­diaux avec le fran­çais Are­va et l’américano-japonais Wes­tin­ghouse (groupe Toshi­ba). GE a ain­si fabri­qué trois des réac­teurs de Fuku­shi­ma-Daii­chi, dont deux ont été acci­den­tés.
  3. Le 16 mars 1979 – douze jours avant l’accident – sor­tait aux États-Unis Le Syn­drome chi­nois, film de James Bridges dans lequel un acci­dent dans une cen­trale manque de pro­vo­quer la fusion du cœur qui, en théo­rie,  ris­que­rait de s’enfoncer jusqu’au centre de la Terre (et non jusqu’en Chine comme le lais­se­rait sup­po­ser le titre du film).
  4. En 1987, au terme d’un pro­cès à huis clos, Vik­tor Briou­kha­nov, Niko­laï Fomine et Ana­to­li Diat­lov ont été condam­né à dix ans de réclu­sion. Ana­to­li Diat­lov et Iou­ri Laou­ch­kine, for­te­ment irra­diés au moment de l’accident, mour­ront en déten­tion. L’ingénieur en chef Niko­laï Fomine, lui, per­dra la rai­son. L’ex-directeur vit aujourd’hui à Kiev, où il est simple employé d’une firme.

Tchernobyl, 30 ans après. Mensonges et désolation

logo26 avril 1986, Tcher­no­byl. 5 mars 2011, Fuku­shi­ma. Trente ans d’un côté, cinq de l’autre. Deux tristes anni­ver­saires qui marquent à jamais les deux plus grandes catas­trophes liées à l’exploitation par l’homme de l’énergie nucléaire. Une éner­gie bien par­ti­cu­lière que ses exploi­tants s’efforcent de rendre banale, ordi­naire… Une éner­gie de l’avenir, radieuse (si on ose dire) et même propre ! C’est ain­si que ses plus émi­nents repré­sen­tants, EDF au pre­mier chef, se sont invi­tés à la COP-21 afin d’y gref­fer leur habi­tuelle pro­pa­gande en se rac­cro­chant au train du Pro­grès « décar­bon­né », dont les riants wagons ato­miques, en effet, ne pro­duisent pas le si néfaste CO2. Donc, plu­tôt la Peste (nucléaire) que le Cho­lé­ra (fos­sile).

Mais il tourne, le vent mau­dit du pseu­do-pro­grès qui a semé la déso­la­tion en Ukraine et plus encore en Bié­lo­rus­sie, et tout alen­tour jusque sur nos têtes et sous nos pieds, dans presque toute l’Europe. Puis une autre tem­pête aus­si malé­fique s’est déchaî­née à par­tir du Japon, rui­nant une par­tie du pays, chas­sant sa popu­la­tion, mena­çant la san­té, pro­fa­nant les océans et le monde vivant.

Le vent tourne, en effet. Le vent du soleil qui fait tur­bi­ner les éoliennes, pro­duit les marées, rem­plit les bar­rages, élec­trise les pan­neaux pho­to­vol­taïques. Le vent d’un autre ave­nir qui refuse la ter­reur de la Toute-Puis­sance tech­no­lâtre à la mer­ci d’un cou­vercle de cuve fis­su­ré, d’un cla­pet récal­ci­trant, d’un séisme et d’une inon­da­tion, de ter­ro­ristes hal­lu­ci­nés, d’un Doc­teur Fola­mour aux ordres de son délire.

En coor­di­na­tion avec la coopé­ra­tive d’Europe Éco­lo­gie – Les Verts (région Paca), « C’est pour dire » va publier et dif­fu­ser à par­tir de lun­di une série d’articles mar­quant le tren­tième anni­ver­saire de cette catas­trophe – tou­jours en cours, il ne faut pas l’oublier. En quoi un acci­dent nucléaire ne peut être com­pa­rable à aucun autre acci­dent lié à l’activité humaine.

Au pro­gramme

Lun­di 25. 1) 25 avril 1986. Tout va bien à la cen­trale Lénine

Mar­di 26. 2) Le monstre s’est déchaî­né

Mer­cre­di 27. 3)  Comme un nuage

Jeu­di 26. 4) Un nuage, des lam­beaux par­tout

Ven­dre­di 26 5) Acci­dents connus… et dis­si­mu­lés

Same­di 27. 6) Coût esti­mé d’un acci­dent majeur

 

Et aujourd’hui , en avant-pro­gramme

Une centrale, des Inconnus


Share Button

Pas de politique, surtout au comptoir !

© faber - 2016

© faber - 2016

Share Button

Le Japon tremble, les Japonais plus encore, hantés par le spectre de Fukushima

L’insoutenable légèreté de la décision atomique

par Cécile Asa­nu­ma-Brice, cher­cheure en socio­lo­gie urbaine rat­ta­chée au centre de recherche de la Mai­son Fran­co Japo­naise de Tokyo.

A Kuma­mo­to (pré­fec­ture au sud du Japon), secoué par des séismes impor­tants depuis le 14 avril, le gou­ver­ne­ment japo­nais joue un bras de fer bien ris­qué avec les élé­ments natu­rels et ceux qui le sont moins. Le choix de main­te­nir en acti­vi­té la cen­trale nucléaire de Sen­dai à 140 km de là, génère la colère des Japo­nais. Cette cen­trale, com­po­sée de deux réac­teurs, est la seule à avoir été redé­mar­rée sur le ter­ri­toire japo­nais en août 2015, depuis le séisme accom­pa­gné d’un tsu­na­mi qui avait engen­dré la fonte des cœurs de trois des six réac­teurs de la cen­trale nucléaire de Fuku­shi­ma Daii­chi en mars 2011.

La cen­trale de Sen­dai, bien que construite en 1984, aurait été remise aux normes après le drame nucléaire du Toho­ku [région du tsu­na­mi de 2011, Ndlr]. Cette fois-ci l’enjeu pour le gou­ver­ne­ment japo­nais serait de mon­trer que les nou­velles normes sont viables et per­mettent de résis­ter aux plus forts séismes, redon­nant un élan à la poli­tique de redé­mar­rage des cen­trales nucléaires qui ren­contre de fortes oppo­si­tions dans le pays.

Lire la suite sur le blog Fuku­shi­ma, entiè­re­ment dédié à la catas­trophe de 2011. 

Share Button

Chine : quand des prolos se castagnent à coups de tractopelles !

On se croi­rait dans un tour­nage d’une réplique à petit bud­get d’un film du genre Trans­for­mers. Et pour­tant, cette bataille de six trac­to­pelles a bien eu lieu dans les rues de Xing­tang, une zone de la pro­vince chi­noise du Hebei, same­di 16 avril.

Les gros engins, après avoir lais­sé pas­ser deux voi­tures, ont com­men­cé à se tam­pon­ner et à se sou­le­ver dans un fra­cas reten­tis­sant (mon­ter le son – pas trop !] Quand un des monstres touche terre, une autre vient à l’aide pour ten­ter de le redres­ser.

Selon le Guar­dian, l’affron­te­ment a oppo­sé des ouvriers de deux entre­prises de construc­tion rivales. Mao s’en retourne dans son tom­beau.
[Source Fran­cetv info]

Share Button

Trois kilos de poisson, un de plastique : par ici la bonne soupe !

Share Button

Cyclisme : le dopage technologique enfin avoué

Ca y est, tout est avoué : voi­ci l’ère du dopage tech­no­lo­gique ! Les soup­çons ne man­quaient pas : ces démar­rages ful­gu­rants de cham­pions cyclistes dans des mon­tées de cols, que même une moby­lette n’aurait pas pu ; ces roues qui conti­nuent à tour­ner lors d’une chute… Et c’est tout de même moins ris­qué, à tous points de vue, que la piquouse et autres potions « magiques ». Le repor­tage ci-des­sous dévoile enfin la face cachée de ce nou­veau dopage. Tan­dis que bibi, sur son VAE (vélo à assis­tance élec­trique), ne fait pas mys­tère des limites de ses mol­lets…


Cyclisme : dopage tech­no­lo­gique, le nou­veau scan­dale

Le « pro­grès » ? La tech­no­lo­gie + la fal­si­fi­ca­tion. Qu’il s’agisse de sport ou de finance, l’époque est vrai­ment sen­sass ! À quand la raquette de ten­nis à laser et la balle-mis­sile sub­ti­le­ment télé­gui­dée ?

Share Button

Quai-ce qu’on se marre ! observe M. Lhomme

983 bla bla OK

© Faber, 2016

Share Button

Halte à la dissidence ! Halte aux attentats anti « smartphones » !

Pris sur Twit­ter en pleine crise d’anormalité, ce dis­si­dent attra­pé au col­let par la vidéo-sur­veillance, sera bien­tôt tra­duit devant le tri­bu­nal de Big Bro­ther. Nul doute que cet atten­tat à la smar­ti­tude télé­pho­nique sera puni avec la sévé­ri­té qui s’impose. Et que cette scène déplo­rable serve de leçon aux éven­tuels délin­quants, heu­reu­se­ment de plus en plus rares !

dissident_2016

Aujourd’hui , en France, sur un quai de gare… [Ph. d.r.]

Share Button

Nucléaire. Michel Onfray, trop bavardo-actif

onfray_le_pointMichel Onfray devrait mieux se gar­der de son enne­mi du dedans, ce dia­blo­tin qui le pousse à trop se mon­trer. Ici, la une du Point, là, en vedette chez Ruquier, en par­lotes sur les ondes, en maints endroits et sur tous les sujets ou presque, ce qui est bien périlleux. Sur­tout quand, de sur­croît, on s’aventure dans des domaines qui impliquent quelque com­pé­tence idoine. Notam­ment sur le nucléaire. C’est ain­si qu’il se prend une bonne raclée (salu­taire ?), infli­gée par Sté­phane Lhomme, direc­teur de l’Observatoire du nucléaire. Où l’on voit que la phi­lo ne déver­rouille pas for­cé­ment toutes les portes du savoir.

Michel Onfray explose 
sur le nucléaire

par Sté­phane Lhomme, direc­teur de l’Observatoire du nucléaire

On ne peut que res­ter sidé­ré par le texte de Michel Onfray, publié par Le Point 1, par lequel il démontre son igno­rance totale de la ques­tion du nucléaire... ce qui ne l’empêche pas de prendre ardem­ment posi­tion en faveur de cette éner­gie. C’est d’ailleurs pro­ba­ble­ment parce qu’il n’y connaît rien qu’il prend cette posi­tion.

Il ne s’agit pas pour nous de contes­ter le libre-arbitre de M. Onfray qui peut bien être favo­rable à l’atome (tout le monde a le droit de se trom­per), mais de rec­ti­fier les erreurs les plus impor­tantes qu’il com­met en s’exprimant sur cette ques­tion. Nous poin­tons en par­ti­cu­lier le texte « Catas­trophe de la pen­sée catas­tro­phiste », publié par Le Point le 22/03/2011, c’est à dire 10 jours après le début de la catas­trophe de Fuku­shi­ma. Voyons cela à tra­vers quelques extraits :

On se rap­proche du 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl, tan­dis qu’on vient de dépas­ser le 5e de celle de Fuku­shi­ma. Rap­pe­lons que ces acci­dents majeurs sont tou­jours en cours ; car on n’efface pas les consé­quences de tels désastres nucléaires.

Michel Onfray :  « A défaut de pétrole, et dans la pers­pec­tive de l’épuisement des éner­gies fos­siles comme le char­bon, le nucléaire offrait en pleine guerre froide une pos­si­bi­li­té d’indépendance natio­nale en matière d’énergie civile. »

Sté­phane Lhomme : Michel Onfray ignore donc que, s’il a pro­duit jusqu’à 80% de l’électricité fran­çaise, le nucléaire n’a jamais cou­vert plus de 17% de la consom­ma­tion natio­nale d’énergie : même pous­sé à son maxi­mum (jusqu’à devoir bra­der les sur­plus à l’exportation), l’atome ne repré­sente qu’une petite part de l’énergie fran­çaise, loin der­rière le pétrole et le gaz et il est donc bien inca­pable d’assurer une quel­conque « indé­pen­dance éner­gé­tique ». Ce n’est d’ailleurs même pas le cas de ces 17% puisque la tota­li­té de l’uranium (le com­bus­tible des cen­trales) est impor­tée… ce que M. Onfray recon­naît pas ailleurs :

Michel Onfray : « Revers de la médaille : l’indépendance de la France se payait tout de même d’une poli­tique afri­caine cynique et machia­vé­lienne. »

SL : On s’étonnera de la curieuse indul­gence que Onfray accorde à la « poli­tique afri­caine cynique et machia­vé­lienne » : pour le phi­lo­sophe hédo­niste, tout serait donc bon pour nour­rir nos belles cen­trales nucléaires ? Le pillage et la conta­mi­na­tion du Niger, l’assèchement des nappes phréa­tiques locales, le dépla­ce­ment de popu­la­tions ances­trales, la mili­ta­ri­sa­tion de la région : simple « revers de la médaille » ?

On s’étonnera encore plus de voir le phi­lo­sophe mêler allè­gre­ment cette pré­ten­due « indé­pen­dance » et la dite poli­tique afri­caine : s’il y a « indé­pen­dance » de la France, com­ment peut-elle pas­ser par l’Afrique ? A ce compte, la France est « indé­pen­dante » pour sa consom­ma­tion de pétrole puisqu’elle entre­tient de bonnes rela­tions avec la dic­ta­ture d’Arabie Saou­dite. Mais le fes­ti­val conti­nue :

Michel Onfray :  « On ne trouve pas d’uranium dans le Can­tal ou la Cor­rèze... »

SL : Mais si, bien sûr, il y a de l’uranium en France, y com­pris dans le Can­tal et en Cor­rèze ! Are­va (à l’époque la Coge­ma) a exploi­té dans le pays des cen­taines de mines d’uranium, ce qui fait d’ailleurs que le ter­ri­toire est encore lar­ge­ment conta­mi­né  2. Et si 100% de l’uranium est désor­mais impor­té (pillé), c’est que la popu­la­tion fran­çaise ne tolè­re­rait plus aujourd’hui cette acti­vi­té et ses nui­sances dra­ma­tiques.

Essayez donc de rou­vrir une mine d’uranium quelque part en France et vous ver­rez immé­dia­te­ment les rive­rains se mobi­li­ser avec la der­nière éner­gie, à com­men­cer par les pro­nu­cléaires (qui connaissent mieux que per­sonne, eux, les ravages qu’ils nient le reste du temps). Alors, on conti­nue tran­quille­ment de piller le Niger, où les mani­fes­ta­tions anti-Are­va sont répri­mées sans état d’âme 3, sans jamais faire la Une des médias en France, et sans émou­voir le phi­lo­sophe pro­nu­cléaire qui conti­nue à s’enfoncer :

Michel Onfray : « Le pho­to­vol­taïque, la bio­masse, l’éolien, l’hydraulique fonc­tionnent en appoint mais ne suf­fisent pas à répondre à la tota­li­té du consi­dé­rable besoin d’énergie de nos civi­li­sa­tions. »

SL : Les éner­gies renou­ve­lables seraient donc bien sym­pa­thiques, mais tel­le­ment faibles com­pa­rées à ce cher atome. Il suf­fit pour­tant de se repor­ter aux don­nées les plus offi­cielles, par exemple l’édition 2013 (la der­nière en date) de Key World Ener­gy Sta­tis­tics (publié par l’Agence inter­na­tio­nale de l’énergie), en consul­ta­tion libre 4 : on constate alors que, en 2011 (il faut deux ans pour recueillir les don­nées exactes), les éner­gies renou­ve­lables pro­dui­saient 20,3% de l’électricité mon­diale, le nucléaire n’étant qu’à 11,7%, une part en déclin conti­nu depuis 2001 - c’est à dire bien avant Fuku­shi­ma - quand l’atome avait atteint son maxi­mum : 17%.

Or c’est pré­ci­sé­ment en 2011 qu’a com­men­cé la catas­trophe nucléaire au Japon, avec la fer­me­ture des 54 réac­teurs du pays, sui­vie de la fer­me­ture défi­ni­tive de 8 réac­teurs en Alle­magne, mais aus­si der­niè­re­ment de 5 réac­teurs aux USA (du fait du coût trop éle­vé de l’électricité nucléaire) : aujourd’hui, la part du nucléaire dans l’électricité mon­diale est pas­sée sous les 10%. Les éner­gies renou­ve­lables font donc plus du double.

La réa­li­té est encore plus édi­fiante lorsqu’on regarde l’ensemble des éner­gies et non plus la seule élec­tri­ci­té : le nucléaire couvre moins de 2% de la consom­ma­tion mon­diale d’énergie quand les renou­ve­lables (prin­ci­pa­le­ment hydro­élec­tri­ci­té et bio­masse) sont à plus de 13%. On pour­ra certes se déso­ler de ce que le trio pétrole-gaz-char­bon repré­sente 85% du total mais, s’il existe une alter­na­tive, elle vient bien des renou­ve­lables, dont la part aug­mente conti­nuel­le­ment, et cer­tai­ne­ment pas du nucléaire dont la part est infime et en déclin.

S’il est une éner­gie « d’appoint », comme dit Michel Onfray, c’est donc bien le nucléaire, qui réus­sit cepen­dant l’exploit de cau­ser des pro­blèmes gigan­tesques (catas­trophe, déchets radio­ac­tifs, pro­li­fé­ra­tion à des fins mili­taires, etc.) en échange d’une contri­bu­tion négli­geable à l’énergie mon­diale.

N.B. : il ne s’agit pas de dis­cu­ter ici des tares res­pec­tives des dif­fé­rentes éner­gies (si tant est que celles des renou­ve­lables puissent être com­pa­rées à celles, effroyables, de l’atome), il s’agit de mon­trer que le rai­son­ne­ment du phi­lo­sophe s’appuie sur des don­nées tota­le­ment fausses, et même inverses à la réa­li­té (comme si « le réel n’avait pas lieu »...), ce qui ne lui per­met évi­dem­ment pas d’aboutir à des conclu­sions lumi­neuses.

Michel Onfray : « Qui ose­rait aujourd’hui invi­ter à vivre sans élec­tri­ci­té ?  »

SL : Il est triste de voir le phi­lo­sophe se lais­ser aller à des argu­ments si écu­lés que même les com­mu­ni­cants d’EDF ou d’Areva n’y ont plus recours. Ain­si, sans nucléaire, point d’électricité ? Il suf­fit de se repor­ter au point pré­cé­dent pour consta­ter l’absurdité de cette remarque. Mais il y a pire encore :

Michel Onfray : « Avec la catas­trophe japo­naise, la ten­ta­tion est grande de renon­cer à la rai­son. Les images télé­vi­sées montrent le cata­clysme en boucle… ». Le phi­lo­sophe stig­ma­tise les irres­pon­sables selon les­quels « Il suf­fit dès lors d’arrêter tout de suite les cen­trales et de se mettre aux éner­gies renou­ve­lables demain matin  ».

SL : Ain­si, face à l’explosion d’une cen­trale nucléaire cen­sée résis­ter à tout, les Japo­nais étant pré­sen­tés jusqu’alors comme les maîtres de la construc­tion anti­sis­mique, la « rai­son » serait de reje­ter toute mise en cause de cette façon de pro­duire de l’électricité ! Notons cepen­dant que les Japo­nais ont « cédé à l’émotion » de façon par­fai­te­ment « irra­tion­nelle » en fer­mant leurs 54 réac­teurs nucléaires (non pas en un jour mais en un an : un bon exemple pour la France et ses 58 réac­teurs).

Il est vrai que, comme Onfray, le pre­mier ministre ultra­na­tio­na­liste Shin­zo Abe choi­sit la pré­ten­due « rai­son » en exi­geant la remise en ser­vice de cer­taines cen­trales. Mais la popu­la­tion (la rai­son popu­laire ?) s’y oppose fron­ta­le­ment : peut-être ne tient-elle pas, de façon tout à fait « irra­tion­nelle », à être à nou­veau irra­diée ?

Michel Onfray :  « Or il nous faut pen­ser en dehors des émo­tions. La catas­trophe fait par­tie du monde (…) Ce qui a lieu au Japon relève d’abord de la catas­trophe natu­relle » . RAPPEL :  » Tcher­no­byl pro­cède (…) de l’impéritie indus­trielle et bureau­cra­tique sovié­tique, en aucun cas du nucléaire civil en tant que tel. » (Féé­ries ana­to­miques, 2003)

SL : Cet argu­men­taire est vieux comme le nucléaire, usé jusqu’à la corde, et pour tout dire pro­fon­dé­ment ridi­cule : « Tcher­no­byl c’est la faute aux Sovié­tiques, Fuku­shi­ma, c’est la faute au tsu­na­mi ». Le nucléaire et ses pro­mo­teurs n’y sont jamais pour rien ! Tou­te­fois, pro­ba­ble­ment conscient de la fai­blesse du rai­son­ne­ment, Onfray invente le concept de catas­trophe « natu­relle »… mais quand même un peu à cause des hommes :

Michel Onfray :  « Les Japo­nais ont fait prendre des risques consi­dé­rables à l’humanité et à la pla­nète. (…) Si l’on bâtit 17 cen­trales nucléaires, pour un total de 55 réac­teurs, dans un pays quo­ti­dien­ne­ment sujet aux secousses sis­miques, il faut bien que cette catas­trophe natu­relle inévi­table soit ampli­fiée par la catas­trophe cultu­relle évi­table qu’est la mul­ti­pli­ca­tion de ces bombes ato­miques japo­naises poten­tielles... »

SL : Voi­là qui fait pen­ser à Sar­ko­zy assu­rant qu’une catas­trophe nucléaire ne pou­vait se pro­duire à la cen­trale de Fes­sen­heim, l’Alsace étant à l’abri des tsu­na­mis. Or il existe de mul­tiples causes pos­sibles pour abou­tir à une catas­trophe nucléaire, qu’il s’agisse de fac­teurs natu­rels (séismes, tsu­na­mis, inon­da­tions, etc.) ou humains (erreur de concep­tion, de main­te­nance, d’exploitation, etc.).

Il est en réa­li­té par­fai­te­ment injus­ti­fié d’attribuer tous les torts aux seuls Japo­nais, l’Agence inter­na­tio­nale pour l’énergie ato­mique (AIEA) ayant régu­liè­re­ment vali­dé les mesures de sûre­té face à tous les risques, y com­pris celui du tsu­na­mi. Ce fut d’ailleurs le cas après un violent séisme qui, en juillet 2007, avait pré­fi­gu­ré Fuku­shi­ma en met­tant à mal la plus grande cen­trale nucléaire du monde, celle de Kashi­wa­sa­ki : c’est hélas un haut diri­geant de l’Autorité de sûre­té fran­çaise qui avait alors diri­gé une mis­sion de l’AIEA et décré­té que les cen­trales japo­naises pou­vaient conti­nuer à fonc­tion­ner sans risque 5

Il tout aus­si vain d’attribuer Fuku­shi­ma à la Nature : ce sont bien des humains qui ont fait tous les cal­culs et sont arri­vés à la conclu­sion que les cen­trales résis­te­raient à un séisme et/ou un tsu­na­mi. Les humains sont faillibles par essence, ils se mettent tou­jours en dan­ger quoi qu’ils fassent. Ce n’est certes pas une rai­son pour ne rien faire, mais c’est assu­ré­ment une bonne rai­son pour se pas­ser des cen­trales nucléaires (et des bombes ato­miques) qui repré­sentent un dan­ger ultime. Or Onfray entonne le doux refrain susur­ré depuis 40 ans par la CGT-éner­gie :

Michel Onfray : « Ici, comme ailleurs, il est temps que, comme avec la diplo­ma­tie et la poli­tique étran­gère qui échappent au pou­voir du peuple, les élites rendent des comptes aux citoyens. Le nucléaire ne doit pas être remis en ques­tion dans son être mais dans son fonc­tion­ne­ment : il doit ces­ser d’être un reli­quat monar­chique pour deve­nir une affaire répu­bli­caine. »

SL : Il suf­fi­rait donc que les citoyens et les sala­riés de l’atome s’emparent de l’industrie nucléaire, et celle-ci devien­drait mira­cu­leu­se­ment « sûre ». C’est à nou­veau oublier que l’être humain est par nature faillible, mais c’est aus­si oublier que la popu­la­tion n’a en grande majo­ri­té aucune inten­tion de se trans­for­mer en exploi­tant nucléaire ! Les mal­heu­reux qui n’ont pas accès à l’électricité sont sou­vent ins­tru­men­ta­li­sés par les ato­mistes, les­quels accusent les anti­nu­cléaires de vou­loir main­te­nir des mil­liards de gens dans la misère. Mais les pauvres aus­si savent se ren­sei­gner et s’organiser et, s’ils veulent bien l’électricité, ils rejettent celle issue de l’atome : il n’y a qu’à voir les mani­fes­ta­tions anti­nu­cléaires ultra-mas­sives en Inde, tant contre un pro­jet de cen­trale russe que contre celui du fran­çais Are­va 6.

Conclu­sion :

Michel Onfray : « L’énergie nucléaire n’a jamais cau­sé aucun mort : Hiro­shi­ma et Naga­sa­ki, puis Tcher­no­byl pro­cèdent du délire mili­taire amé­ri­cain, puis de l’impéritie indus­trielle et bureau­cra­tique sovié­tique, en aucun cas du nucléaire civil en tant que tel. » (Fée­ries ana­to­miques, 2003)

SL : On retrouve ici exac­te­ment le même genre d’arguments que ceux de la tris­te­ment célèbre Natio­nal Rifle Asso­cia­tion (le puis­sant lob­by des armes à feu aux USA) qui assure que pis­to­lets et fusils ne tuent per­sonne, la faute étant exclu­si­ve­ment celle des gens qui appuient sur les gâchettes. C’est d’ailleurs for­mel­le­ment exact, for­mel­le­ment mais stu­pi­de­ment car c’est de ain­si que se mul­ti­plient les crimes de masse jusque dans les écoles amé­ri­caines. Pour reve­nir à nos mou­tons, on pour­ra accor­der à Michel Onfray, s’il y tient vrai­ment, que le nucléaire n’a tué per­sonne : ce sont donc les gens qui exploitent le nucléaire qui tuent. Nous voi­là bien avan­cés.

Mais notre pro­pos n’est pas de riva­li­ser avec Michel Onfray : si jamais il lit cette modeste mise au point, peut-être accep­te­ra-t-il de se ren­sei­gner un peu sur l’atome et sa part dans l’électricité mon­diale, l’uranium et ses mines en France et au Niger, les cen­trales et leur pré­ten­due « accep­ta­tion » par la popu­la­tion qui n’a pas for­cé­ment la chance de fré­quen­ter l’Université popu­laire de Caen mais qui par­vient néan­moins à s’informer et à pen­ser col­lec­ti­ve­ment.

Sté­phane Lhomme 
Obser­va­toire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org
28 août 2014

(Et grand mer­ci à l’auteur !)
Share Button

Enfin de la pub, de la vraie, sur les radios du service public !

hara_kiri_pubSur l’autel de (feue) la gauche, ce gou­ver­ne­ment ne recule devant aucun sacri­fice. Ce matin au réveil, j’apprends dans le poste qu’un décret paru aujourd’hui même au Jour­nal offi­ciel auto­rise la publi­ci­té sur les ondes de Radio France !

Le tout-pognon aura encore sévi, empor­tant sur son pas­sage les restes d’éthique auquel on croyait encore pou­voir s’accrocher. Tu croyais, naïf, que les radios du ser­vice public te met­taient à l’abri des saillies de « pub qui rend con – qui nous prend pour des cons »… Macache ! Finies les débi­li­tés limi­tées aux seules « oui qui ? Kiwi ! » et autres « Mat­mut » à en dégueu­ler. On est pas­sé au tout-Macron, mon vieux ! Tu savais pas ? Vive le tout-libé­ral, l’indécence com­mune et la vul­ga­ri­té mar­chande ! Les enzymes glou­tons sont de retour, et les bagnoles à tout-va, les chaus­sée-au-moine, les jus­tin-bri­doux, les mars-et-ça-repart – autant dire que le bon­heur nous revient en splen­deur, avec ses trou­vailles enchan­te­resses, la vie facile, enfin !

Manque tout de même à ce gou­ver­ne­ment qui, lui aus­si, nous prend pour des cons, un ministre à la hau­teur. Je ne vois que Ségué­la. Un Ségué­la, sinon rien ! Et au com­plet, avec sa rolex et sa conne­rie.

Nous res­te­ra à fer­mer le poste. On mour­ra moins con (« oui mais, on mour­ra quand même ! »).

imgres-1 imgres imgres-3

Share Button

Solidarité. Le politicien, le patron… et le boulanger

Tel poli­ti­cien se sert dans la gamelle com­mune de « sa » ville, Saint-Quen­tin : Xavier Ber­trand s’octroie une aug­men­ta­tion de salaire de 4.000 euros. Tel cow­boy d’entreprise, ayant redres­sé les comptes d’icelle moyen­nant l’un des plus gros plans sociaux des der­nières années : pré­sident du direc­toire de Peu­geot-Citroën, Car­los Tavares, a gagné 5,24 mil­lions d’euros en 2015, soit près du double de l’année pré­cé­dente.
Une telle indé­cence, c’est la « nuée qui porte l’orage » : Jau­rès, au secours ! Au secours Orwell, oppo­sant à cette goin­fre­rie névro­tique des pos­sé­dants ce qu’il appe­lait la décence com­mune. Au secours Mon­taigne qui, au XVIe siècle déjà, aler­tait en ces termes :

« J’ai vu en mon temps cent arti­sans, cent labou­reurs, plus sages et plus heu­reux que des rec­teurs de l’université : c’est aux pre­miers que j’aimerais mieux res­sem­bler […] Il ne faut guère plus de fonc­tions, de règles et de lois pour vivre dans notre com­mu­nau­té [humaine] qu’il n’en faut eux grues et aux four­mis dans la leur. Et bien qu’elles en aient moins, nous voyons que, sans ins­truc­tion, elles s’y conduisent très sage­ment. Si l’homme était sage, il esti­me­rait véri­ta­ble­ment chaque chose selon qu’elle serait la plus utile et la plus appro­priée à sa vie. » [Les Essais, II, 12 Apo­lo­gie de Ray­mond Sebon, Gal­li­mard].

Illus­tra­tion en ce XXIe siècle, avec cet échan­tillon pré­cieux de soli­da­ri­té humaine. Oui, cent fois, j’aimerais mieux être ce bou­lan­ger que l’un ou l’autre de ces vam­pires inas­sou­vis !

A Dole, dans le Jura, un arti­san bou­lan­ger a déci­dé de céder son entre­prise au sans-abri qui lui a sau­vé la vie après une intoxi­ca­tion au monoxyde de car­bone fin 2015. Depuis plus de trois mois, Michel Fla­mant, bou­lan­ger de 62 ans, apprend le métier à Jérôme, sans-abri de 37 ans.

Épilogue malheureux de l’histoire…

La belle his­toire du bou­lan­ger de Dole ne connaî­tra pas de fin heu­reuse. « Je l’ai viré », explique sans ambages Michel Fla­mant, confir­mant une infor­ma­tion du jour­nal Le Pro­grès.

« Il a été très très mal­po­li avec une jour­na­liste », ajoute le bou­lan­ger, fai­sant état de pro­pos insul­tants et miso­gynes.

Le bou­lan­ger a mis un terme au contrat après que son employé eut, au télé­phone, trai­té une jour­na­liste de « putain ».

« Une fois qu’il a rac­cro­ché, je lui ai expli­qué que l’on ne parle pas comme ça à une femme. Il a com­men­cé à s’en prendre à moi, à m’insulter, alors je lui ai dit de prendre sa valise », raconte Michel Fla­mant.

« Il était saoul comme un cochon et il avait fumé. Il m’a expli­qué que la pres­sion des jour­na­listes était trop forte. Mais ça n’excuse pas tout, et je l’avais déjà mis en garde », ajoute le bou­lan­ger.

Share Button

  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

  • Traduire :

  • Abonnez-vous !

    Saisissez votre @dresse pour vous abonner à « C’est pour dire » et recevoir un courriel à chaque nouvel article publié.

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

  • Calendrier

    mai 2017
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Avr  
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
    293031 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress