On n'est pas des moutons

Le Bonheur selon Bouygues

C’est loin Demain ? Pour Bouygues Immo­bi­lier, c’est déjà la réa­li­té – au moins vir­tuelle. Voi­ci le « pitch » de la vidéo ci-des­sous (datée de 2014) :

Le blog Demain La Ville vous pré­sente la ville de demain. Ville durable, connec­tée et intel­li­gente, telles sont les inno­va­tions urbaines qui per­met­tront d’améliorer la qua­li­té de vie dans la ville du futur. Rendre une ville har­mo­nieuse et agréable à vivre où la qua­li­té de l’air sera pri­mor­diale avec la construc­tion de bâti­ments verts, telles seront les pré­oc­cu­pa­tions majeures de la ville de demain.

Magni­fique, n’est-ce pas ? Orwell s’en retourne dans sa tombe.

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Théâtre. Quand Kamel Daoud rejoue Camus et « la mort de l’Arabe »

Kamel Daoud, jour­na­liste et écri­vain algé­rien (né en 1970), fait beau­coup par­ler de lui par les temps qui courent. Et pour de bonne rai­sons, comme je l’ai sou­li­gné ici-même à pro­pos de ses ana­lyses et cou­ra­geuses prises de posi­tion concer­nant l’islamisme – qu’il qua­li­fie de « por­no-isla­misme » ; mais aus­si pour son livre, Meur­sault, contre-enquête [Éd. Bar­zakh, Alger, 2013 et Actes Sud 2014] , dis­tin­gué par le Prix Gon­court du pre­mier roman. C’est sur cet ouvrage que je reviens ici par le biais de l’adaptation théâ­trale qui en a été réa­li­sée par Phi­lippe Ber­ling, du Théâtre Liber­té à Tou­lon, sous le titre Meur­saults – avec un s plu­riel et énig­ma­tique – et dont cinq repré­sen­ta­tions ont été don­nées à Mar­seille*.

Le roman, et donc la pièce, s’inspirent de L’Étranger, le livre le plus lu d’Albert Camus – d’ailleurs éga­le­ment adap­té au ciné­ma [en 1967, par Luchi­no Vis­con­ti, avec Mar­cel­lo Mas­troian­ni dans le rôle-titre]. Daoud reprend la « matière » de L’Étranger et en par­ti­cu­lier l’acte cen­tral du roman, le meurtre de l’Arabe par Meur­sault. Le drame et ses consé­quences, on va les revivre dans le regard incon­so­lé de Haroun, le frère de Mous­sa, la vic­time.

Ce ren­ver­se­ment de point de vue n’exclut nul­le­ment le thème de l’absurde, cher à Camus ; mais il se trouve quand même détour­né : quand Haroun tue à son tour un Fran­çais, il intro­duit dans son geste le poi­son de la ven­geance – de fait raciale, sinon raciste – et, du coup, celui de la pré­mé­di­ta­tion. Il ne s’agit donc plus d’un meurtre « inex­pli­cable », qua­si­ment gra­tuit en quelque sorte, mais d’un assas­si­nat. La « nuance » n’est pas que juri­dique, elle rejoint davan­tage le sor­dide d’un « fait divers ». Mais Daoud n’en reste pas là, don­nant à son per­son­nage sa dimen­sion réel­le­ment tra­gique. On entre alors dans une autre fic­tion, et au cœur de la pièce.

meursaults

Ph. d.r.

La scène se situe au len­de­main de l’indépendance, dans la cour d’une mai­son sans doute aban­don­née par les anciens colons. Deux murs, deux portes, un citron­nier, un ren­fle­ment de terre dont on sau­ra qu’il s’agit d’une tombe. Elle, c’est la mère, muette, qui chan­tonne ou pousse des cris de déchi­re­ment. Lui, son seul fils désor­mais. Un dia­logue à demi-ver­bal, si on peut dire, à par­tir d’un mono­logue char­gé comme une confes­sion : confi­dences, aveux, cris de révolte irré­pres­sible. Haroun : « Un souffle rauque tra­verse ma mémoire, tan­dis que le monde se tait. » Aus­si se sai­sit-il de la parole pour ne plus la lâcher, dans une langue qui – il le sou­ligne – lui a été impo­sée, mais dont il aime se ser­vir à des­sein. C’est celle du meur­trier de son frère, celle aus­si de sa vic­time expia­trice qui gît là, sous le citron­nier char­gé de fruits. Absur­di­té encore qui oppose la vie et la mort. Des images naissent sur les murs de tor­chis blanc, fan­to­ma­tiques por­traits du frère et de la bien-aimée, écrans de la mémoire écor­chée où les appels à la vie s’abîment contre les atro­ci­tés de la guerre.

Mas­troian­ni sur le tour­nage de L’étranger
24 février 1967- 6min 53s

Scènes de tour­nage du film. Emma­nuel Robles com­mente les images. Mas­troian­ni parle du per­son­nage de Meur­sault. Vues d’Alger. Vis­con­ti tourne les scènes de la condam­na­tion de Meur­sault et explique ce qui l’a atti­ré dans le roman de Camus. Mas­troian­ni tourne l’accusé entrant dans le boxe. [© Ina, 1967]

Il y a beau­coup de Camus dans ce remue­ment, bien sûr. La propre mère de l’écrivain – presque sourde, elle, et si peu par­lante éga­le­ment ; son frère mort lui aus­si ; le père tué en 14. Plus encore quand Haroun, l’Algérien, se pré­sente comme « ni col­la­bo, ni moud­ja­hi­din ». On se sou­vient du Camus rêvant d’une sorte d’Algé­rie fran­co-algé­rienne, comme une fédé­ra­tion des cœurs pour la paix. Uto­pie ? Les idéo­lo­gies, en tout cas, n’en vou­lurent rien savoir – sur­tout pas ! –, leur oppo­sant la vio­lence, la mort.

Dans ce texte, on retrouve aus­si du Camus de Noces et des extases de Tipa­sa, son appel à la jouis­sance de la vie, dans l’urgence de l’instant, liée à la fata­li­té de la mort. Il y a même une pro­jec­tion dans l’inéluctable avec ce rejet des cœurs et de la paix, cette nos­tal­gie des (courts) len­de­mains de guerre et des pos­sibles, « quand on pou­vait s’enlacer en public, pas comme aujourd’hui. »

daoud-camus / Anna Andreotti et Ahmed Benaïssa, (Ph. d.r.)

Anna Andreot­ti et Ahmed Benaïs­sa, (Ph. d.r.)

Un fort moment de théâtre por­té par deux beaux comé­diens : Ahmed Benaïs­sa, met­teur en scène, acteur et ancien direc­teur de théâtre algé­rien ; Anna Andreot­ti, comé­dienne et chan­teuse ita­lienne. La touche de vidéo dans le décor est par­ti­cu­liè­re­ment réus­sie, tan­dis qu’une lumière moins froide aurait mieux évo­qué le soleil de « là-bas » et son impor­tance dra­ma­tur­gique, chez Camus comme chez Daoud.

Une tour­née est annon­cée dans les Centres cultu­rels fran­çais d’Algérie, juste retour aux sources, dans une his­toire tou­jours inache­vée. En fait, deux his­toires mêlées que pro­longe cette pièce dans laquelle le met­teur en scène, Phi­lippe Ber­ling, veut voir « la richesse du post colo­nia­lisme ».

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Syrie. Alep bientôt rayée de la carte, comme Homs ?

L’offensive du régime syrien et de son allié russe dans la pro­vince d’Alep a pro­vo­qué l’exode de plu­sieurs dizaines de mil­liers de Syriens vers la Tur­quie. Près de 60 000 sont mas­sés à la fron­tière turque res­tée fer­mée. Un afflux qui fait craindre une aggra­va­tion de la crise des réfu­giés, que ce soit en Tur­quie qui en accueille déjà 2,5 mil­lions, ou en Europe.

En Syrie, qui comp­tait quelque 23 mil­lions d’habitants avant le conflit, 13,5 mil­lions de per­sonnes sont affec­tées ou dépla­cées par la guerre, selon les der­niers chiffres de l’ONU. Par­mi eux, envi­ron 8 mil­lions se trouvent tou­jours en Syrie. Car tous n’ont pas quit­té le pays : en fait, la majo­ri­té des per­sonnes jetées sur les routes par la guerre sont dépla­cées à l’intérieur des fron­tières syriennes. Elles ont fui les vio­lences et les bom­bar­de­ments.

La vidéo ci-des­sous est hal­lu­ci­nante. Elle montre un champ de ruines. C’est tout ce qu’il reste de Homs, la troi­sième ville syrienne meur­trie par cinq années de conflit. Cette vidéo a été réa­li­sée par un drone russe, pro­ba­ble­ment à des fins de pro­pa­gande pour légi­ti­mer l’intervention russe en Syrie. Quelle légi­ti­mi­té pour­rait encore émer­ger de ces décombres ? Alep pour­rait subir le même sort que Homs, bien que pour le moment les affron­te­ments soient limi­tés à un quar­tier.

Peu­plée de près d’un mil­lion d’habitants, Homs a sou­vent été consi­dé­rée comme le bas­tion des rebelles dès le début du conflit, en 2011. Ce n’est que le 1er décembre 2015 qu’un accord de capi­tu­la­tion a été signé, sous l’égide de l’ONU.

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Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le « porno-islamisme » s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pour­quoi les isla­mistes détestent-ils autant les femmes ? Pour­quoi refusent-ils qu’elles prennent le volant, portent des jupes courtes, aiment libre­ment  ? Autant de ques­tions qui inter­pellent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ain­si que les autres reli­gions mono­théistes. Le jour­na­liste-écri­vain algé­rien Kamel Daoud est l’un des tout pre­miers et trop rares intel­lec­tuels du monde musul­man à affron­ter de face ces ques­tions esqui­vées par les reli­gions – sans doute parce qu’elles leur sont consti­tu­tives. Aujourd’hui, à pro­pos des agres­sions sexuelles de femmes fin décembre à Cologne, il accuse le « por­no-isla­misme » et inter­pelle le regard de l’Occident por­té sur l’ « immi­gré », cet « autre », condam­né autant à la répro­ba­tion qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wiki­me­dia Com­mons

S’inter­ro­ger vala­ble­ment sur l’islam conduit à décryp­ter les méca­nismes de haine à l’œuvre dans les dis­cours reli­gieux. Ce qui, par ces temps de fana­tisme assas­sin, ne va pas sans risques. Sur­tout si on touche aux fon­da­men­taux. Ain­si, le 3 décembre 2014 dans l’émission de Laurent Ruquier On n’est pas cou­ché sur France 2, Kamel Daoud déclare à pro­pos de son rap­port à l’islam :

« Je per­siste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la ques­tion de Dieu, on ne va pas réha­bi­li­ter l’homme, on ne va pas avan­cer. La ques­tion reli­gieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réflé­chisse pour pou­voir avan­cer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frap­pé d’une fat­wa par un imam sala­fiste, appe­lant à son exé­cu­tion « pour apos­ta­sie et héré­sie ». Depuis, le jour­na­liste, chro­ni­queur au Quo­ti­dien d’Oran, est pla­cé sous pro­tec­tion poli­cière, avec toutes les contraintes qui s’ensuivent – Sal­man Rush­die, depuis la Grande-Bre­tagne, en sait quelque chose…

En juin der­nier, dans un entre­tien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insis­tait sur la ques­tion de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«Le rap­port à la femme est le nœud gor­dien, en Algé­rie et ailleurs. Nous ne pou­vons pas avan­cer sans gué­rir ce rap­port trouble à l’imaginaire, à la mater­ni­té, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les isla­mistes sont obsé­dés par le corps des femmes, ils le voilent car il les ter­ri­fie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui repré­sente la per­pé­tua­tion de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le por­no-isla­misme. Ils sont contre la por­no­gra­phie et com­plè­te­ment por­no­graphes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont pré­sentes, c’est une révo­lu­tion. Libé­rez la femme et vous aurez la liber­té.  »

Ces jours-ci, dans un article publié en Ita­lie dans le quo­ti­dien La Repub­bli­ca et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nou­veau sur la ques­tion de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brû­lante des évé­ne­ments de la saint-Syl­vestre à Cologne. Il pousse son ana­lyse sous l’angle des « jeux de fan­tasmes des Occi­den­taux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfu­gié-immi­gré : angé­lisme, ter­reur, réac­ti­va­tion des peurs d’invasions bar­bares anciennes et base du binôme bar­bare-civi­li­sé. Des immi­grés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent. »

meursaultsJour­na­liste et essayiste algé­rien, chro­ni­queur au Quo­ti­dien d’Oran, Kamel Daoud est notam­ment l’auteur de Meur­sault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Gon­court du pre­mier roman. Il s’agit d’une sorte de contre­point à L’Étranger de Camus. Phi­lippe Ber­ling en a tiré une pièce, Meur­saults, jouée jusqu’au 6 février au Théâtre des Ber­nar­dines à Mar­seille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agres­seurs mais s’essaie à com­prendre, à expli­quer – ce qui ne sau­rait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naï­ve­té », cet angé­lisme pro­je­té sur le migrant par le regard occi­den­tal, qui « voit, dans le réfu­gié, son sta­tut, pas sa culture […] On voit le sur­vi­vant et on oublie que le réfu­gié vient d’un piège cultu­rel que résume sur­tout son rap­port à Dieu et à la femme. »

Il pour­suit : « Le réfu­gié est-il donc « sau­vage » ? Non. Juste dif­fé­rent, et il ne suf­fit pas d’accueillir en don­nant des papiers et un foyer col­lec­tif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aus­si convaincre l’âme de chan­ger. L’Autre vient de ce vaste uni­vers dou­lou­reux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde ara­bo-musul­man, le rap­port malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le gué­rir. »

Daoud refor­mule sa « thèse » :

« Le rap­port à la femme est le nœud gor­dien, le second dans le monde d’Allah [après la ques­tion de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refu­sée, tuée, voi­lée, enfer­mée ou pos­sé­dée. Cela dénote un rap­port trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la créa­tion et à la liber­té. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir néces­saire et est donc cou­pable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une ten­ta­tion, d’une fécon­da­tion inutile, d’un éloi­gne­ment de Dieu et du ciel et d’un retard sur le ren­dez-vous de l’éternité. La vie est le pro­duit d’une déso­béis­sance et cette déso­béis­sance est le pro­duit d’une femme. »

Certes, une telle ana­lyse, par sa finesse et sa per­ti­nence, ne risque pas d’être enten­due par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seule­ment par eux. Ni chez les fana­tiques reli­gieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modé­rés », tant la fron­tière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être enten­du ? – quand il parle – naï­ve­ment ? – de « convaincre l’âme de chan­ger »… et quand il sou­ligne que « le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah » ?

Et de reve­nir sur« ce por­no-isla­misme dont font dis­cours les prê­cheurs isla­mistes pour recru­ter leurs « fidèles » :

« Des­crip­tions d’un para­dis plus proche du bor­del que de la récom­pense pour gens pieux, fan­tasme des vierges pour les kami­kazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puri­ta­nisme des dic­ta­tures, voile et bur­ka. L’islamisme est un atten­tat contre le désir. Et ce désir ira, par­fois, explo­ser en terre d’Occident, là où la liber­té est si inso­lente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le juge­ment der­nier. Un sur­sis qui fabrique du vivant un zom­bie, ou un kami­kaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frus­tré qui rêve d’aller en Europe pour échap­per, dans l’errance, au piège social de sa lâche­té : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la ques­tion de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fer­mer les portes ou fer­mer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solu­tion. Fer­mer les portes condui­ra, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.

« Mais fer­mer les yeux sur le long tra­vail d’accueil et d’aide, et ce que cela signi­fie comme tra­vail sur soi et sur les autres, est aus­si un angé­lisme qui va tuer. Les réfu­giés et les immi­grés ne sont pas réduc­tibles à la mino­ri­té d’une délin­quance, mais cela pose le pro­blème des « valeurs » à par­ta­ger, à impo­ser, à défendre et à faire com­prendre. Cela pose le pro­blème de la res­pon­sa­bi­li­té après l’accueil et qu’il faut assu­mer. »

Où l’on voit que la « guerre » ne sau­rait conduire à la paix dans les cœurs… Dans ce pro­ces­sus his­to­rique mil­lé­naire par­cou­ru de reli­gions et de vio­lence, de conquêtes et de domi­na­tion, de refou­le­ments sexuels, de néga­tion de la femme et de la vie, de haines et de res­sen­ti­ments remâ­chés… de quel endroit de la pla­nète pour­ra bien sur­gir la sagesse humaine ?

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Marseille. Une (autre) origine du monde

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Concep­tion : Eli­za­beth Saint-Jalmes (sculp­tures), Mathilde Mon­freux (écri­ture). Avec : Jes­sy Coste, Gaëlle Pra­nal, Vir­gi­nie Tho­mas, Mathilde Mon­freux, Blan­dine Pinon, Eli­za­beth Saint-Jalmes. Musique : Fran­çois Ros­si (bat­teur). Spec­tacle pré­sen­té par Lieux publics, centre natio­nal de créa­tion en espace public.lieux p

Aujourd’hui, « Sirènes et midi net ». Tou­jours aus­si ins­pi­ré, essen­tiel : chaque pre­mier mer­cre­di du mois, à l’heure de l’alerte géné­rale, entre ses deux salves de sirènes hur­lantes, la magie du théâtre vient secouer la ville de sa quo­ti­dien­ne­té, de sa tor­peur. Avec effet rela­tif : il faut déjà être un peu éveillé pour ain­si se « kar­ché­ri­ser » le cer­veau. Deux ou trois cents braves, seule­ment, osent s’y ris­quer (sans risques), à l’heure où la nor­ma­li­té est à son ordi­naire ouvrage.

Des formes informes, des paquets d’entrailles, de la chair, de la viande, des glandes, de la cer­velle, du mou, du dégou­li­nant. Tout ça sur la scène, tout ce tas se met à trem­bler comme de la géla­tine, puis à remuer comme des paquets de boyaux tom­bés d’on ne sait quel ventre céleste ou chao­tique. C’est l’origine du monde, mais pas à la Cour­bet, bien avant, dans le grand coït créa­teur de la matière sans nom, l’innommable mag­ma. L’origine ou bien la fin, la der­nière apo­ca­lypse, comme celle qui nous guette ; celle que nous pré­disent radios, télés, gazettes, heure par heure, jour après jour. Ça pour­rait res­sem­bler à ça, et les êtres, dès lors – nous-mêmes – pour­rions nous trans­for­mer en mons­truo­si­tés ges­ti­cu­lantes, à bout de souffle, venant mou­rir-pour­rir sur le marbre, devant l’Opéra de Mar­seille, comme sur le billot d’un bou­cher sans pitié.

Pas drôle, hein ? Tan­dis qu’un bat­teur se déchaîne sur ses fûts et cym­bales, les paquets glo­bu­leux entrent en danse dans la transe.

Il faut être là, pour ces dix minutes d’opéra sau­vage, chaque pre­mier mer­cre­di du mois, devant l’Opéra de Mar­seille. Tout de même pas dur à rete­nir ! Et à noter pour des Mar­seillais de pas­sage.

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De la mort, de la célébrité, de l’actualité et des atrocités

Un mort par jour. Rec­ti­fi­ca­tif : un mort célèbre par jour. Pré­ci­sion : un mort média­ti­que­ment célé­bré. Affi­ne­ment : un mort pré­le­vé dans la Socié­té du Spec­tacle. Déve­lop­pe­ment.

Le hasard – ici heu­reuse et infaillible coïn­ci­dence – a fait que mon ami Robert Blon­din ait, outre-Atlan­tique, cou­su au même moment quelques pro­fondes réflexions autour de la mort, de la célé­bri­té et des trom­pettes de la renom­mée fus­ti­gées par le lumi­neux Bras­sens. Double occa­sion de « mou­rir moins bête », comme le clame un grin­çant feuille­ton quo­ti­dien sur Arte, se ter­mi­nant inva­ria­ble­ment par : « …oui, mais bon, vous mour­rez quand même ! »

Résu­mons, par ordre chro­no­lo­gique de décès (liste très pro­vi­soire) : Del­pech Michel (chan­teur), Bley Paul (pia­niste de jazz), Tur­cat André (pilote d’avion), Hun­ter Long John (blues­man), Gala­bru Michel (comé­dien), Bou­lez Pierre (musi­cien), Pam­pa­ni­ni Syl­va­na (actrice ita­lienne), Armen­dros Cho­co­late (trom­pet­tiste cubain), Peu­geot Roland (indus­triel), Cour­règes André (sty­liste de mode), Reid Patrick (rug­by­man irlan­dais), Clay Otis (chan­teur de soul état­su­nien), Bowie David (chan­teur bri­tan­nique), Angé­lil René (agent artis­tique qué­bé­cois), Des­ruis­seaux Pierre (écri­vain qué­bé­cois), Tour­nier Michel (écri­vain), Alaoui Leï­la (pho­to­graphe fran­co-maro­caine), Sco­la Ettore (cinéaste), Charles-Roux Edmonde (écri­vaine, jour­na­liste)…

J’ai, exprès, mis les noms de famille en tête, comme sur les monu­ments aux morts et comme on les appelle à chaque célé­bra­tion de mas­sacres.

Ne pas man­quer non plus de citer Allen Woo­dy quand, ayant énu­mé­ré les morts suc­ces­sives de Jésus, Marx, Mao, il ajoute, gogue­nard : « …Et moi-même, je ne me sens pas très bien… »

Liste ouverte, limi­tée à la sphère cultu­reuse ou presque, fran­co-cen­trée – bien qu’il y ait là dedans des spor­tifs, un pilote, des Cana­diens, un indus­triel, un Cubain, une fran­co-Maro­caine…

Le plus mar­rant, si j’ose dire, c’est la liste com­plète éta­blie et tenue au jour le jour sur Wiki­pe­dia. Vaut le détour, c’est ici.

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Le Monde aus­si, « la » réfé­rence…

Où l’on voit que le degré de célé­bri­té relève de fac­teurs mul­tiples, sur­tout cultu­rels et mar­chands. Ce qui défi­nit bien la notion de « spec­tacle » – même si on ne l’étend pas à la cri­tique de la socié­té selon Debord Guy (mort lui aus­si – en 1994).

Où l’on voit qu’il y a un degré de plus entre popu­la­ri­té et pipo­la­ri­té, cette der­nière ten­dant à deve­nir la seule vraie échelle de « valeurs », pro­pul­sée en cela par la machine média­tique à fabri­quer de l’idole selon des recettes aus­si fluc­tuantes que les cours de la bourse. Fluc­tua­tions qui n’altèrent en rien la soli­di­té du Capi­ta­lisme, au contraire. Tout comme la célé­bra­tion des morts célèbres assurent les valeurs des célé­bri­tés (pro­vi­soi­re­ment) vivantes. Ain­si ce flux mor­bide se trouve-t-il pieu­se­ment entre­te­nu. Il fait par­tie du fond de com­merce des gazettes et autres rédac­tions nécro­lo­giques, voire nécro­phi­liques.

Ain­si Le Monde – pour ne citer que lui – ren­ferme dans son fri­go quelque 300 notices prêtes à démou­ler après réchauf­fage à l’actualité. Mais c’est sans doute l’Agence France Presse qui détient la plus gar­nie des chambres froides – modèle Run­gis (gros et demi-gros). Par­tant de là, la célé­bra­tion mor­tuaire vivra sa vie, si l’on peut dire, au gré de l’« actu », selon qu’elle sera, ce jour-là, mai­gri­chonne ou plé­tho­rique ; ou selon le degré de pipo­la­ri­té.

Ain­si un Michel Del­pech a-t-il « béné­fi­cié » de 20 minutes en ouver­ture du JT de 20 heures de France 2 ! Bou­lez un peu plus de cinq, et en fin de jour­nal. Bley ? Même pas mort, selon la même chaîne. Gala­bru, ah le bon client que voi­là ! Bien moins cepen­dant que Bowie – record abso­lu, tous sup­ports, sur plu­sieurs jours (pré­voir des « résur­rec­tions » type Michael Jack­son).

Tels sont aujourd’hui les rites modernes qui entourent la mort, cette don­née du vivant, sans laquelle la vie, en effet, serait bien fade et nos médias plus encore…

22-mort« Je vis cette fau­cheuse. Elle était dans son champ. / Elle allait à grands pas mois­son­nant et fau­chant, / Noir sque­lette lais­sant pas­ser le cré­pus­cule. / Dans l’ombre où l’on dirait que tout tremble et recule, / L’homme sui­vait des yeux les lueurs de la faux » – Vic­tor Hugo, Les Contem­pla­tions

 Où l’on voit enfin que ladite célé­bri­té recouvre la froide – c’est bien le mot – réa­li­té de la mort : « La mor­ta­li­té dans le monde cor­res­pond à 1,9 décès à chaque seconde sur Terre, soit 158 857 décès par jour, soit près de 59 mil­lions de décès chaque année. » C’est beau­coup, mais infé­rieur au nombre de nais­sances. Ce qu’on peut regret­ter en termes stric­te­ment démo­gra­phiques et en par­ti­cu­lier sous l’angle mal­thu­sien… Comp­ta­bi­li­té déve­lop­pée ici, c’est amu­sant…

« Tout ça » pour en venir à quoi ? À cette quête de l’immortalité qui semble avoir sai­si l’animal humain depuis la nuit des temps. Cette nuit qui l’effraie tant ; pour (ou contre) laquelle l’homo erec­tus s’est redres­sé, jusqu’à ten­ter de deve­nir sapiens – du moins par moments, selon les lieux et les cir­cons­tances…

Pour ce faire, il aura éri­gé des totems, bra­mé des incan­ta­tions, bri­co­lé des rites, des mythes, des cultes et par des­sus le mar­ché des reli­gions avec des dieux, des saints, des curés de tous ordres et obé­diences se dis­pu­tant leur Dieu pour­tant deve­nu unique. Il aura bran­di des textes « sacrés » aux fables infan­ti­li­santes et, aus­si, nour­ri les arts les plus sublimes, en même temps que les bûchers et innom­brables sup­plices ; puis lan­cé des hordes de guer­riers, tous bar­bares réci­proques et éga­le­ment fana­tiques, semeurs de mort, assas­sins de vie. Dans cette pro­fonde nuit auront sur­gi, sublimes éclairs iso­lés ou spo­ra­diques, les torches vacillantes et fières des Lumières.

Nous en sommes là, si incer­tains. « Tout ça » au nom de l’Amour, sans doute et avec tant de doutes quant à l’avenir de cet homo habi­lis, si doué pour la souf­france et le mas­sacre. Amen.

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Avez-vous lu le dernier Charlie ? demande Faber

Charlie un an OK

© faber 2015

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Bonne année : « Joie, allégresse, alléluia ! »

Il est de ces rites aux­quels on n’échappe pas. En par­ti­cu­lier le rite païen du renou­veau vital, forme de renais­sance. Rites sociaux cen­sés lier cette bizarre col­lec­ti­vi­té humaine. Ici les feux d’artifice, les péta­rades ; là les sonos assour­dis­santes, les bou­chons et les bulles ; et les bagnoles incen­diées. Dans tous les cas, du bruit, beau­coup de bruit – pour rien ou presque rien, celui du défer­le­ment des vœux, des réso­lu­tions diverses, des mêmes lieux com­muns. Comme les années pré­cé­dentes, et les sui­vantes. Cette fois encore, lais­sons à feu (sans arti­fice) Pierre Des­proges le soin d’assaisonner le rituel de ses grains de sel télé­vi­suels. Une bonne dose d’humour salu­taire.

Hep – au fait – bonne année !

  • Pen­dant ce temps, un savant fou trans­mute du bruit en com­po­si­tion musi­cale. Un concer­to pour esca­lier… Si ça vous dit…  C’est là.
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Le Père Noël est (vraiment) une ordure. Achevons-le !

Rino Ste­fa­no Taglia­fier­ro, vidéaste ita­lien, s’avère aus­si talen­tueux qu’iconoclaste. Oppor­tu­niste aus­si, il s’en prend, comme ci-des­sous, au bour­reau d’enfants autant qu’à la figure tuté­laire de l’illusionnisme mer­can­ti­lo-reli­gieux qu’il va jusqu’à faire explo­ser. Ce ter­ro­risme-là ne fait de mal à per­sonne, si ce n’est à la per­sonne mythique dudit Père Noël. Il l’a bien cher­ché, depuis sa relance com­mer­çante par Coca-Cola dans les années 30 ; et depuis qu’il a été sacra­li­sé comme ordure par les comé­diens du Splen­did (1979) et du film « culte » qui en a été tiré (1982). Lequel met à mal de fameux inter­dits moraux… Extraits :

- Vous met­tez jamais de trempe à votre femme vous ?
- Si, mais pas à coup de fer à sou­der...
- Mais... c’est parce que vous êtes pas bri­co­leur.

Alors, s’il faut, selon le pos­tu­lat freu­diste, « tuer le père », autant com­men­cer par le plus ordu­rier de tous !…

Mer­ry Christ­mas by Rino Ste­fa­no Taglia­fier­ro from Rino Ste­fa­no Taglia­fier­ro on Vimeo.

PSBonnes fêtes et ripailles, quand même !

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Dans le jardin du botaniste Jean-Marie Pelt, qui vient de mourir

Bota­niste, huma­niste, éco­lo­giste – ou peut-être d’abord éco­logue, éru­dit de la mai­son Nature… Jean-Marie Pelt est mort à 82 ans d’un infarc­tus dans la nuit du 23 décembre 2015. Ce Lor­rain enra­ci­né fut aus­si maire-adjoint de Metz, où il a fon­dé et pré­si­dé l’Institut euro­péen d’écologie.

On l’entendait chaque semaine sur France Inter dans l’émission de Denis Cheys­sou, CO2 mon amour. Un soir de Noël 2011, ce der­nier était allé à sa ren­contre, dans son jar­din en Lor­raine, et en avait tiré un très bel enre­gis­tre­ment que voi­ci à nou­veau :

 

Proche de Pierre Rabhi et de Corinne Lepage, Jean-Marie Pelt lut­tait contre le dan­ger des OGM, l’hyper pro­duc­ti­visme et la socié­té de consom­ma­tion. Dès 1977, dans L’Homme re-natu­ré (Le Seuil), il écri­vait : « Il paraît chaque jour plus évident que la crois­sance éco­no­mique ne se pour­suit qu’au prix d’une décrois­sance éco­lo­gique, tout comme une tumeur can­cé­reuse ne s’alimente qu’au détri­ment de l’organisme qu’elle épuise : dans les deux cas, le bilan final est désas­treux. »

Chré­tien, Jean-Marie Pelt déplo­rait le fait que l’augmentation de la culture scien­ti­fique se tra­duise par une dimi­nu­tion de la foi et, tout en condam­nant le créa­tion­nisme, regret­tait que l’enseignement du dar­wi­nisme passe par le pos­tu­lat de l’athéisme. Dua­liste sur le plan phi­lo­so­phique, il esti­mait que science et foi sont deux domaines dif­fé­rents, la pre­mière lui per­met­tant de com­prendre la nature, et sa foi de « répondre aux ques­tions ultimes ».

Débat aus­si éter­nel que la mort demeure sans retour…

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Corruption et politique. L’exemplarité ordinaire de la Norvège

On peut tou­jours y aller de prê­chi-prê­cha, de pom­peuses décla­ra­tions de len­de­mains de cuites, rien ne vau­dra l’exemple en action. Ain­si ce repor­tage de 2007 tour­né en Nor­vège pour Com­plé­ments d’enquête, France 2. On est loin de la lita­nie du « Moi, pré­sident » ou du « Pré­sident nor­mal ». Le train de vie de l’Élysée aurait nota­ble­ment dimi­nué sous ce quin­quen­nat – on dira que, vu le pré­cé­dent, ça n’a pas dû être bien dif­fi­cile. Soit. Mais il en faut plus sur le registre de l’exemplarité, et pas seule­ment chas­ser du temple poli­tique ses Cahu­zac et autres Thé­ve­noud. Plus, afin de n’avoir pas à oppo­ser de la morale à quatre sous aux autres exac­tions ordi­naires écla­bous­sant la « classe » poli­ti­cienne et déses­pé­rant Billan­court – enfin, ce qu’il en reste. On n’en fini­rait pas sur ce cha­pitre, d’énumérer ce qu’on nomme pudi­que­ment « les affaires »pour ne pas dire « scan­dales ». Égre­nons le cha­pe­let des récentes années :

Hip­po­drome de Com­piègne ; finan­ce­ment occulte du Par­ti répu­bli­cain ; tram­way de Bor­deaux ; Gué­ri­ni, Syl­vie Andrieu (Mar­seille) ; Kara­chi ; Tak­kied­dine ; Total ; Woerth-Bet­ten­court ; Sar­ko­zy-Kadha­fi ; Byg­ma­lion ; Tapie-Lagarde ; son­dages de l’Élysée (pré­si­dence Sar­ko­zy)…

J’allais oublier, cham­pions toutes caté­go­ries, les exploits finan­ciers des époux Bal­ka­ny à Leval­lois-Per­ret ! Et aujourd’hui, atten­tion, éplu­chage des patri­moines des Le Pen, père et fille…

Et il n’est ques­tion ici que d’affaires poli­ti­ciennes, en France, hors milieux spor­tifs…

D’après l’Institut de la Banque mon­diale, le coût de la cor­rup­tion inter­na­tio­nale s’élève à plus de mille mil­liards de dol­lars. De quoi éra­di­quer la misère, ou l’attaquer sérieu­se­ment.


Poli­tique. Si on com­men­çait par là ? par gerard-pon­thieu-9

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Marseille, au-dessus du Vieux-Port, pour respirer un peu…

MARSEILLE VIEUX PORT VU PAR LE DRONE D’AIR LIBRE. (On peut cou­per le son de la musaque !)

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Élections. Xavier Bertrand, salaud sartrien (article de 2010, pour l’Histoire…)

Xavier Ber­trand, futur pré­sident de la région Nord-Pas-de-Calais-Picar­die, ce poli­ti­cien de bas étage – je main­tiens –, se refait donc une sorte de vir­gi­ni­té sur l’air du “front répu­bli­cain”. Le poli­ti­cien, on le recon­naît à ça, lui aus­si, tout comme l’autre : il ose tout. Et, comme tel, il par­vient à faire accroire au bon peuple si abu­sable qu’il vient de ter­ras­ser le Dra­gon. Lui qui l’a engrais­sé, tout comme tant de ses congé­nères de la basse poli­tique. Voi­ci donc, pour mémoire et pour l’Histoire (avec sa grande hache…), ce moment télé­vi­sé de février 2010, il y a cinq ans. Pour illus­trer une belle salo­pe­rie.


 

J’écris « salaud sar­trien » par pré­cau­tion judi­ciaire, vu que c’est une caté­go­rie estam­pillée phi­lo. Bon. Mais nor­ma­le­ment, si j’écrivais à un pote, je m’en pas­se­rais et par­le­rais plu­tôt de la digni­té selon Camus. Car ce type est ignoble (contraire de noble, ça oui !), abject (qu’on a envie de jeter), mépri­sable, etc. Si vous vou­lez le voir en action, y a qu’à cli­quer sur l’image et vous allez assis­ter à la repré­sen­ta­tion la plus vile de ce qu’un poli­ti­cien peut don­ner à voir. Ce lamen­table spec­tacle montre un Xavier Ber­trand et non­obs­tant secré­taire géné­ral de l’UMP pra­ti­quer une danse du scalp, voire une mise à mort, autour d’un jour­na­liste du Cour­rier picard. Un tel mépris de la per­sonne, affi­ché avec tant de morgue, ça fait plus que froid dans le dos.

Cela se passe le 19 jan­vier, sur le pla­teau de l’émission « Ter­rain poli­tique » de la chaîne Public Sénat. Xavier Ber­trand, par ailleurs adjoint au maire de Saint-Quen­tin (Aisne), est ques­tion­né par Nico­las Totet, res­pon­sable de l’édition locale du Cour­rier picard à Saint-Quen­tin. Le jour­na­liste n’est pas à l’aise, ce n’est pas son truc la télé. L’autre le toise de son œil noir comme un ban­dit au coin du bois. Pas besoin d’en dire plus puisque le docu­ment fait foi. Ce mor­ceau déso­lant va s’ajouter à la vaste antho­lo­gie cou­vrant la caté­go­rie vul­ga­ri­té et bas­sesse poli­ti­ciennes.

Extrait des réac­tions des lec­teurs du monde.fr :

Sou­tien le plus total au jour­na­liste du Cour­rier Picard. Tout le monde ne peut pas être à l’aise à la télé­vi­sion, et pro­fi­ter des fai­blesses de son contra­dic­teur pour l’humilier, c’est vrai­ment pitoyable. Ne vous en faites pas Mon­sieur Totet, ce n’est pas vous qui sor­tez rabais­sé de cette vidéo, mais bien le balourd d’en face.

Vrai qu’il fal­lait lui ren­trer dans le lard à l’ex assu­reur trop assu­ré, mais là nib ! Un jour­na­liste en forme de feuille morte trem­blante à la moindre chi­que­naude de l’engraissé Ber­trand. Le Cour­rier Picard... ça doit venir du cli­mat, le froid ça fait perdre ses moyens.

Je vous trouve dur avec le pauvre Xavier. Sou­ve­nez-vous, il était sym­pa dans le lip­dub de l’ump... Pen­sez à son déhan­che­ment, sa petite main au bout de son bras des­si­nant des vagues. Avouez, de suite, on res­sent bien la bêtise pro­fonde, grasse, du per­son­nage...

Le com­por­te­ment de Xavier Ber­trand est celui d’un 4x4 face à une 2 che­vaux : gros, puis­sant et vul­gaire. Pro­pre­ment scan­da­leux, non pas fel­li­nien, mais ber­lus­co­nien!


Paru icihttp://c-pour-dire.com/xavier-bertrand-salaud-sartrien/  Et sous l’article voir aus­si le per­ti­nent com­men­taire de l’époque.

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Élections. “On nous refait le coup de la ligne Maginot”, par Philippe Torreton

Valls était beau l’autre soir à la télé, dra­pé de soie­ries yvette-hor­né­rienne un soir de 14 juillet, il appe­lait à voter pour la droite en citant nom­mé­ment les can­di­dats. Ça y est, il peut la dire fiè­re­ment cette phrase, sans s’emmerder à trou­ver des astuces et des com­bines pour s’affirmer de gauche. Et c’est ain­si qu’au len­de­main d’un vote par­ti­cu­liè­re­ment extrême, le front répu­bli­cain nous refait son numé­ro de duet­tistes comme les der­niers cache­tons de Stan Lau­rel et Oli­ver Har­dy qui ne se par­laient plus mais ten­taient encore de faire rire à l’ancienne dans un monde pas­sé au sonore et à la cou­leur. On nous demande de voter à droite pour bar­rer la route au Front natio­nal. Cela fait plus de trente ans que l’on nous remet les mêmes cou­verts pour man­ger la même soupe à la gri­mace, ce n’est pas bon mais ça fait du bien. Mais ça fait du bien à qui ? Ça ras­sure qui ce vote répu­bli­cain ? Ça per­met quoi ? L’eau monte à chaque marée d’équinoxe élec­to­rale mais le front de mer répu­bli­cain résiste, on rebâ­ti en hâte la digue en rajou­tant un rang de par­paings et on se dit qu’on a fait le bou­lot.

Sauf que là, on nous demande de voter entre autres pour un Ber­trand ou un Estro­si, c’est-à-dire ce que la droite fait de pire, les Las Vegas de la droite, des prêts-à-tout… Au nom d’un soi-disant front répu­bli­cain, on nous demande d’aller voter pour des oli­brius qui ont mené une cam­pagne pra­ti­que­ment indif­fé­ren­ciable de celle du FN pour contrer jus­te­ment les can­di­dats FN. C’est absurde, c’est tris­te­ment absurde. On peut man­ger de la merde sous la menace d’une arme, mais je crois qu’il y a des limites à l’humiliation. On vou­drait ren­for­cer le vote FN que l’on ne s’y pren­drait pas autre­ment. Il faut per­mettre au peuple de gauche de voter et, pour qu’il puisse voter, il lui faut des can­di­dats. Ce n’est pas en s’asseyant à plu­sieurs sur le cou­vercle de la Cocotte-Minute en sur­chauffe que l’on fera retom­ber la pres­sion, pour moi le front répu­bli­cain c’est cela et pas autre chose. Plus de trente ans que l’on nous res­sert avec les airs finauds et graves qui vont avec le coup du « vote de colère » et du « vote mes­sage » qu’il faut savoir écou­ter, évi­dem­ment, et que l’on a bien sûr com­pris. Trente ans que tout ce beau monde y va des mêmes phrases creuses, trente ans que les citoyens qui votent FN n’ont pas com­pris que vous les aviez com­pris, mais trente ans de colère, ce n’est plus de la colère, c’est un pro­gramme, Mes­sieurs du front répu­bli­cain, c’est une adhé­sion en par­faite connais­sance de cause, on vote FN sans se cacher, sans prendre un air bou­gon, on vote FN tran­quille­ment avec les enfants juste avant d’aller voir Mamie qui nous a pré­pa­ré une blan­quette de veau. Il est curieux de deman­der le retrait de ses can­di­dats arri­vés troi­sième mais de ne pas exi­ger la réci­proque pour le camp d’en face. C’est moi qui vois le mal par­tout où se cache­rait-il par là un petit cal­cul poli­tique, comme un espoir de réci­proque si jamais on se retrouve seul face au FN au deuxième tour de l’élection pré­si­den­tielle de 2017, plus on s’affichera grand sei­gneur aujourd’hui moins il sera pos­sible à l’autre camp de ne pas appe­ler à voter « répu­bli­cain » à son tour ? L’heure est grave et on nous refait le coup de la ligne Magi­not répu­bli­caine…

Il faut entrer en résis­tance et résis­ter, c’est d’abord étu­dier pré­ci­sé­ment ce que l’on va com­battre et pour com­men­cer ce com­bat il faut admettre un résul­tat, être capable de le consta­ter, la France est majo­ri­tai­re­ment de droite et dans cette droite le FN est le par­ti phare. Ce n’est pas en s’abstenant ni en démis­sion­nant des conseils régio­naux que l’on va résis­ter, c’est en y étant pré­sent, en écou­tant les débats, en par­ti­ci­pant aux votes, en dénon­çant l’inadmissible qui ne tar­de­ra pas à poin­ter son nez, même si je pense qu’ils vont tout faire durant cette pauvre année qui nous sépare de la ker­messe pré­si­den­tielle de 2017 pour ne pas cho­quer le citoyen qui ne vote pas FN.

Ce front répu­bli­cain est un aban­don, c’est de la poli­tique de tapis vert. Pour contrer le FN, il eût été pré­fé­rable de ne pas hur­ler en sueur : « J’aime l’entreprise ! » Ou de décla­rer sans sour­ciller que les Roms n’ont pas voca­tion à s’intégrer, mais au contraire don­ner le droit de vote aux étran­gers extracom­mu­nau­taires aux élec­tions locales, au lieu d’abandonner cette pro­messe au len­de­main d’une défaite élec­to­rale affi­chant une fois de plus un score impor­tant du FN, comme un acte d’allégeance ; c’était ne pas appe­ler les pays de l’Union euro­péenne à res­treindre l’accueil des réfu­giés quelques jours après le 13 novembre, accré­di­tant du même coup les thèses du FN qui voit en chaque réfu­gié un pos­sible ter­ro­riste ; c’était ne pas mar­te­ler qu’il n’y a qu’une poli­tique pos­sible ; c’était ne pas cou­per les bud­gets de la Culture à peine arri­vé au pou­voir mais au contraire sou­te­nir les fes­ti­vals au lieu de consta­ter leurs fer­me­tures avec un air de cir­cons­tance ; c’était ne pas aban­don­ner les inter­mit­tents à la vin­dicte mépri­sante du Medef mais au contraire les défendre immé­dia­te­ment, tota­le­ment. C’était de pro­fi­ter d’un voyage au Luxem­bourg pour taper du poing sur la table en condam­nant cette poli­tique de dum­ping fis­cal que pra­tique le grand-duché. Ne pas sup­po­ser le chô­meur frau­deur et l’assuré social tri­cheur sur­tout lorsque des cen­taines de mil­liards nous échappent chaque année par l’exil et l’optimisation fis­cale de nos si chers plus riches et de nos si aimées entre­prises. C’était de ne pas appe­ler de ses vœux une jeu­nesse se rêvant mil­liar­daire, c’était oser les Scop lorsque le grand capi­tal détruit nos indus­tries ; c’était ne pas se décou­vrir à moins d’un an de la COP21 une âme d’écologiste.

Lut­ter contre le FN, c’eût été avoir de la constance et des convic­tions, avoir encore un idéal autre­ment plus moti­vant que l’équilibre des comptes public et nous y emme­ner, oser le bon­heur pour tous, c’était lais­ser le corps ensei­gnant un peu tran­quille pour une fois, l’écouter et lui don­ner de quoi ensei­gner, les profs connaissent leur métier, c’est leur pas­sion et ils en ont marre qu’on leur dise ce qu’il faut faire à coup de réformes obs­cures et indé­chif­frables dont le seul but est de trans­for­mer l’école en un tube par lequel on entre « espé­rant » pour en res­sor­tir à l’autre bout « consom­ma­teur ». 

Lut­ter contre le FN, c’était être capable d’abandonner la rigueur bud­gé­taire euro­péenne pour une autre cause que notre sécu­ri­té immé­diate, par exemple pour venir en aide à nos 5 mil­lions de pauvres, pour construire ces loge­ments qui manquent à plus d’un mil­lion et demi de per­sonnes, c’était faire en sorte que les Fran­çais ne dépensent pas plus de la moi­tié de leur paye pour se loger ; bref lut­ter contre le FN, c’était res­ter de gauche, vrai­ment, réel­le­ment, de gauche à en mou­rir, de gauche à en tenir bon sous la mitraille, c’est reve­nir au plus vite et le plus farou­che­ment pos­sible aux valeurs de la gauche pro­lé­ta­rienne, redon­ner du sens au tra­vail, à la culture du tra­vail, son hon­neur et sa gran­deur, au lieu de le détruire en fai­sant du tra­vail une tâche à accom­plir, tous les trois jours un homme ou une femme se sui­cide à cause de son tra­vail qu’il ou elle ne recon­naît plus, le peuple de gauche avec ses valeurs et son hon­neur se fait humi­lier depuis des années sur l’autel de la crois­sance, des fonds de pen­sion, du libre-échange, ce peuple d’un autre âge qui ne com­pren­drait pas l’évolution du monde et à qui on demande dimanche de voter comme un seul homme pour des can­di­dats de droite en invo­quant Jau­rès.

Phi­lippe Tor­re­ton, comé­dien et auteur.
VENDREDI, 11 DÉCEMBRE, 2015 - L’HUMANITÉ
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Les Actualités Françaises, il y a un demi-siècle…

Coup d’œil dans le rétro des actus de 65 avec les Actua­li­tés Fran­çaises du 8 décembre : Mont­réal fait peau neuve avant l’exposition uni­ver­selle, atten­tat Viet­cong à Sai­gon, record du monde du 5.000m à Oak­land, nue sous des dia­mants, Gemi­ni VII s’envole vers les étoiles, créa­tion d’un véhi­cule lunaire, 85% d’électeurs à l’élection pré­si­den­tielle… Le tout étant pro­je­té dans les ciné­mas, avant le film, avec au moins une semaine de retard. Il y a un demi-siècle, le “bon temps”…
[Mer­ci l’Ina !]

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6 Commentaires

  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
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