On n'est pas des moutons

Des tas d’urgences

Le hasard m’a fait tom­ber, hier, sur l’article que j’ai consa­cré au jour­na­liste polo­nais Richard Kapus­cinski lors de sa mort en 2007. Dans un de ses bou­quins fameux, Impe­rium – sur l’empire sovié­tique finis­sant, une suite de repor­tages à sa façon –, j’y rele­vais ça :

« Trois fléaux menacent le monde. Pri­mo, la plaie du natio­na­lisme. Secun­do, la plaie du racisme. Ter­tio, la plaie du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux. Trois pestes unies par la même carac­té­ris­tique, le même com­mun déno­mi­na­teur, la plus totale, agres­sive et toute-puis­sante irra­tio­na­lité. Impos­sible de péné­trer dans un esprit conta­miné par un de ces maux. »

Dans le der­nier numé­ro du men­suel L’Histoire (thème : New­ton, les Lumières et la révo­lu­tion scien­ti­fique : excellent autant qu’actuel), un lec­teur revient sur le pré­cé­dent numé­ro (novembre) consa­cré aux com­mu­nistes et titré « Pour­quoi il y ont cru », sans point d’interrogation. En effet, bien des réponses peuvent être avan­cées. Mais ce lec­teur conti­nue à s’interroger : « Si je ne m’étonne pas du nombre d’intellectuels séduits, je n’arrive tou­jours pas à com­prendre pour­quoi ils sont res­té com­mu­nistes ». Et d’égrener le cha­pe­let des hor­reurs sta­li­niennes qui « auraient dû leur ouvrir les yeux ». Oui, mais non ! Confère le troi­sième fléau selon Kapus­cinski : la plaie du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux.

Même si les causes et les effets dif­fé­rent dans les nuances, nazisme, sta­li­nisme et dji­ha­disme relèvent du tronc com­mun de « la plus totale, agres­sive et toute-puis­sante irra­tio­na­lité. » Les consé­quences aus­si convergent dans la vio­lence la plus mor­ti­fère condui­sant les peuples cré­dules aux pires hor­reurs.

Notons qu’en ces « champs d’horreur » s’illustrent bien d’autres fana­tiques para-reli­gieux. Ain­si les fon­da­men­ta­listes du libé­ra­lisme ultra, les ado­ra­teurs du Mar­ché et de sa Main invi­sible, celle qui agit « en douce », par délé­ga­tion, sans se mon­trer au grand jour, et n’en conduit pas moins à son lot d’atrocités, dénom­mées injus­tices, guerres, misère.

Ain­si les néga­tion­nistes de la dégra­da­tion du cli­mat qui, à l’instar de leurs illustres pré­dé­ces­seurs face aux géno­cides nazis, choi­sissent la catas­trophe plu­tôt que de renon­cer à leurs cultes consom­ma­toires. Cultes innom­brables aux­quels d’ajoutent la plus crasse imbé­cil­li­té telle que mon­trée ce jeu­di soir [3/12/15] dans Envoyé spé­cial (France 2) exhi­bant de fameux spé­ci­mens du genre : ceux qui, aux Etats-Unis, tra­fiquent leurs die­sel mons­trueux pour qu’il éructent les plus épaisses fumées noires… (J’avais publié une vidéo sur ces éner­gu­mènes, mais elle a été désac­ti­vée, je ne sais pour­quoi… Des dizaines de vidéos paradent sur la toile – taper « coal rol­ling » et déses­pé­rer du genre humain…)

Après eux le déluge. Sur le même mode, en somme, par lequel un tiers des élec­teurs du « pays des Droits de l’Homme » – et pata­ti et pata­ta – seraient prêts à tâter du fas­cisme pré­sen­table, juste « pour essayer », puisque les autres leur paraissent usés – ce qui n’est pas faux, certes !

Mais enfin, quelle défaite annon­cée ! Défaite de la pen­sée, des convic­tions, des valeurs. De sou­bre­sauts en cahots, en culbutes et en sur­sauts, l’Histoire n’en finit pas de bégayer, on le sait. Au bord du vide, des haut-le-cœur nous sai­sissent.

tas-urgences

Où allons-nous ? « Ça déborde » de par­tout ; de gauche et de droite„ extrê­me­ment. [Ph. d.r.]

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En cas d’attentat par balles. Cinq consignes de sécurité

La crainte du ridi­cule peut s’avérer  plus mor­telle, que le ridi­cule lui-même. Spé­cia­le­ment en période de risques d’attentats. Quand la vie est en dan­ger, un geste, une atti­tude peuvent être sal­va­teurs. Il en va de même des gestes de secou­risme lors d’accidents. Ne pas craindre, par consé­quent, d’« en faire trop », ni d’être trai­té de « para­no ». Voi­ci quelques consignes de sécu­ri­té bonnes à connaître – en sou­hai­tant qu’elles ne servent jamais !

Par Gian Lau­rens*

AVANT

Consigne n°1 : CONSTATER

Il y a 4 niveaux de dan­ge­ro­si­té :

NIVEAU VERT ORANGE ROUGE NOIR
RISQUES AUCUN LEGERS à MOYENS MOYENS à ELEVES TRES ELEVES

Avant de se rendre dans un lieu quel­conque, faire le constat lucide du niveau de la dan­ge­ro­si­té qui le carac­té­rise, et de celui du par­cours pour y accé­der et en reve­nir. S’il s’agit d’un lieu nou­veau, se ren­sei­gner préa­la­ble­ment sur ces niveaux.

Actua­li­ser son infor­ma­tion sur ces niveaux, qui peuvent varier du matin au soir, d’un jour à l’autre. L’attentat peut sur­ve­nir durant les niveaux orange à noir.

Cette déter­mi­na­tion préa­lable condi­tionne des pré­pa­ra­tions spé­ci­fiques :

• niveau VERT : rien de par­ti­cu­lier.

• niveau ORANGE : lors des dépla­ce­ments jusqu’au lieu, ou depuis le lieu, être atten­tif à tout ce qui peut sem­bler bizarre, et pour cela, pros­crire tout ce qui peut dis­traire l’attention (écou­teurs, musique, por­table mis en mode silen­cieux ou réunion) ; dans les trans­ports en com­mun, la lec­ture doit être régu­liè­re­ment sus­pen­due aux arrêts pour véri­fier qui des­cend et n’abandonne rien, et qui monte avec quoi : sur­veiller ses mains. S’éloigner de toute situa­tion bizarre.

Pas de chaus­sures à hauts talons lors des dépla­ce­ments.

• niveau ROUGE : vigi­lance de tous les ins­tants, vision et ouïe jamais dis­traites ; faire des pauses d’observation régu­lières en cours de route ; por­table en mode avion.

Se fier à son intui­tion : ne pas hési­ter à des­cendre d’un bus ou d’un tram si on consi­dère que celui qui y monte est sus­pect (se foca­li­ser sur ses mains, qui annoncent ses inten­tions). Evi­ter de sta­tion­ner en groupe aux abris bus ou aux pas­sages pié­tons en atten­dant le vert.

Chaus­sures de sport. Pan­ta­lons pour les femmes. Cou­leurs des vête­ments passe-par­tout.

Sacs, car­tables, bagages allé­gés au maxi­mum. Port de la plaque d’identification sur soi (nom, pré­nom, adresse, nom et numé­ro de télé­phone à pré­ve­nir, numé­ro sécu, groupe san­guin).

• niveau NOIR : vigi­lance extrême, ne se dépla­cer (mains nues) que par abso­lue néces­si­té, en tenue la plus spor­tive et la plus dis­crète pos­sible. À plu­sieurs, ne se dépla­cer qu’espacés. Por­table en mode avion. Plaque d’identification en sau­toir.

De façon géné­rale, une fois ren­du dans le lieu, véri­fier que les accès sont conve­na­ble­ment sécu­ri­sés (sinon, repar­tir), recon­naître les issues de secours et les che­mi­ne­ments y condui­sant, repé­rer les extinc­teurs et, s’il y en a, les maté­riels d’incendies (seau, hache, lance, échelle).

Enfin, il est très judi­cieux de prendre des cours de secou­risme, et si pos­sible de sur­vie urbaine.

PENDANT

Consigne n°2 : COURIR 

Agir ! L’action est anxio­ly­tique, l’inaction anxio­gène. Dès le(s) premier(s) coup(s) de feu, ou y res­sem­blant, ne pas attendre que quelqu’un démarre pour se mettre à cou­rir en s’éloignant de la source sonore, et en direc­tion de l’issue de secours la plus proche si on est dans le lieu : on s’y sera ins­tal­lé au meilleur endroit, loin de l’accès prin­ci­pal, près d’une issue de secours et sans obs­tacles (chaises, tables) sur le tra­jet y condui­sant, à la péri­phé­rie du groupe. Empla­ce­ment le moins éclai­ré pos­sible.

Il vaut mieux se rendre ridi­cule en fuyant un dan­ger fan­tas­mé que véri­fier, en étant tué pour n’avoir pas fui, que le dan­ger était bien réel.

Aban­don­ner sur place tout objet per­son­nel. Ne pas se retour­ner avant d’être en zone sécu­ri­sée.

Se pen­cher en avant pour dimi­nuer sa sur­face de cible. Cou­rir en zig­zag autant que pos­sible. Si on est seul et pour­sui­vi, ren­ver­ser der­rière soi tout obs­tacle impro­vi­sé (chaise, pou­belle).

Dans la rue il peut être néces­saire de mar­quer un arrêt : s’abriter der­rière une pro­tec­tion très solide (mur ou voi­ture à hau­teur du moteur, entre l’arme et soi).

Si on est avec un enfant ou un être cher qui semble sidé­ré, l’entraîner de force sans par­ler ni crier.

S’il n’y a pas de pos­si­bi­li­té de fuite, s’allonger, tête en direc­tion de la source des déto­na­tions. Si on doit faire le mort, gar­der les yeux ouverts et si on a été bles­sé, se badi­geon­ner le cou et le visage de sang.

Arri­vé en lieu sûr, appe­ler la police (17 ou 112), puis le SAMU (15) et les pom­piers (18).

Consigne n°3  : SE CACHER

Si on n’a pas pu fuir, il faut se sous­traire à la vue du (des) tireur(s). Sous une table, ou der­rière une table ren­ver­sée, à défaut de mieux. Der­rière un comp­toir, dans un pla­card : il fau­dra faire silence abso­lu, ne pas bou­ger et pen­ser pou­voir res­ter là des heures (il n’est donc pas dégra­dant de se pis­ser des­sus à défaut d’autre pos­si­bi­li­té). Si on est avec quelqu’un qui panique et gémit, voire com­mence à crier, le bâillon­ner d’autorité.

Si on a pu accé­der à un local qui ferme avec une porte, ver­rouiller cette der­nière autant que pos­sible (la caler avec un petit objet en sus de la fer­me­ture par la ser­rure), et dis­po­ser autant de meubles contre elle pour la bar­ri­ca­der. Ne pas sta­tion­ner der­rière la porte. Eteindre la lumière et faire silence abso­lu.

Si quelqu’un der­rière la porte dit être de la police, res­ter silen­cieux mais ques­tion­ner par sms une connais­sance en zone sécu­ri­sée, ou appe­ler très dis­crè­te­ment le 17 pour vous infor­mer ; à défaut, se bran­cher sur une radio pour avoir des nou­velles (assaut don­né et ter­mi­né). Sor­tir alors en met­tant ses mains bien en évi­dence, sans tenir quelque objet que ce soit. Signa­ler s’il y a d’autres per­sonnes après soi.

Consigne n°4 :  COMBATTRE

Option ultime, quand ni fuir ni se cacher sont pos­sible. Pas de corps-à-corps héroïque, à moins d’être super-entraî­né et de béné­fi­cier d’une chance extra­or­di­naire comme dans le cas du Tha­lys.

Il n’y a qu’une fenêtre d’intervention pos­sible, c’est quand le tireur recharge, mais on ne dis­pose que de quelques secondes : on peut alors fon­cer des­sus et lui fra­cas­ser le crâne avec un extinc­teur ou une hache d’incendie s’il n’est pas trop loin, ou le char­ger avec une échelle si on contre-attaque à plu­sieurs. Sinon, l’arroser à la lance d’incendie en visant son visage. Entraî­ner avec soi pour un tel assaut s’énonce clai­re­ment et for­te­ment : « Ensemble ! On y va ! ».

Si on est très près, cre­ver un œil (puis l’autre) avec un sty­lo, une clef (voire les pouces).

APRÈS

Consigne n°5 : CICATRISER

Avoir sur­vé­cu à un atten­tat est un trau­ma­tisme majeur. Il est impé­ra­tif d’en pré­ve­nir le contre­coup qui est le SSPT (syn­drome de stress post trau­ma­tique). Il est impos­sible de se soi­gner tout seul, il faut recou­rir à des aides spé­cia­li­sées, et com­men­cer, dans l’immédiate suite de l’attentat, pour un décho­quage ver­bal autant que cor­po­rel-émo­tion­nel. Puis on doit s’appliquer à suivre une prise en charge psy­cho­lo­gique consé­quente.

Sinon, au plan per­son­nel, il est tout aus­si essen­tiel de culti­ver ses rela­tions, de reprendre ses acti­vi­tés nor­males et en entre­prendre de nou­velles, de faire le tri entre ses amis pour en éli­mi­ner les faux, et fuir toutes per­sonnes toxiques. L’événement est une occa­sion extra­or­di­naire de refaire sa vie sur un mode qui en éli­mine tous les aspects néga­tifs, et le sta­tut de sur­vi­vant en donne plei­ne­ment le droit.

  • Gian Lau­rens, chi­miste spé­cia­liste explo­sifs, inter­ve­nant (ges­tion de la vio­lence) en hôpi­tal psy­chia­trique. Novembre 2015. Repro­duc­tion libre.
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Attentats de Paris. Que de morts, que de drames !

Même encore incom­plète, qu’elle semble inter­mi­nable, la liste des vic­times des atten­tats de ce ven­dre­di noir ! Que de drames sou­dain sur­gis dans les familles, chez les proches !… Et que de souf­frances sous les bles­sures, les muti­la­tions ! Fal­lait-il y ajou­ter l’outrage infli­gé, hier à l’Assemblée natio­nale, par les poli­ti­cards et leurs ges­ti­cu­la­tions imbé­ciles, indé­centes, outra­geantes, atter­rantes ? Cette liste des morts de ven­dre­di ne peut que leur faire honte. Une honte qui ne conso­le­ra de rien, ni des peines, ni des dou­leurs.

attentats-Paris

Mar­seille , lun­di midi. [Ph. gp]

Guillaume Bar­reau Decherf, 43 ans, était jour­na­liste aux Inrocks. Pas­sion­né de Hard Rock, il était diplô­mé de l’école de jour­na­lisme ESJ Lille. Il avait débu­té à Libé­ra­tion et tra­vaillé pour le maga­zineRol­ling Stone. Il avait récem­ment écrit au sujet du nou­vel album du groupe Eagles of Death Metal, qui se pro­dui­sait au Bata­clan le soir du mas­sacre.. Père de deux filles, il est né à Bar-le-Duc (Meuse) et a gran­di dans l’Essonne, comme le rap­porte lEst Répu­bli­cain. Ses confrères et anciens cama­rades de l’Ecole de jour­na­lisme ESJ de Lille se sou­viennent de sa dou­ceur sous une allure de «métal­leux», de sa pas­sion pour la musique et de son sens de la for­mule qui fai­sait sou­vent mouche. Il a per­du la vie au Bata­clan.

Maca­théo Ludo­vic Boum­bas, 40 ans, dit «Ludo», 40 ans, est mort à La Belle Equipe, bis­trot du XIe arron­dis­se­ment où il fêtait l’anniversaire d’une amie. «Il a vou­lu pro­té­ger une amie, Chloé, en se met­tant sur elle. Il s’est pris une rafale», a dit son frère à l’AFP. D’origine congo­laise, Ludo était ingé­nieur chez le trans­por­teur FedEx.

Alban Denuit, 32 ans, ori­gi­naire du Lot-et-Garonne, à Mar­mande, ce plas­ti­cien était expo­sé à la gale­rie bor­de­laise Epo­nyme. Diplô­mé de l’École natio­nale des Beaux-Arts de Paris, il ensei­gnait à l’université Bor­deaux 3. Selon Sud Ouest, il avait obte­nu l’été der­nier son doc­to­rat d’arts plas­tiques avec féli­ci­ta­tions du jury. Il est décé­dé au Bata­clan.

Romain Didier, 32 ans, était ori­gi­naire du Ber­ry. Il vivait non loin du lieu du drame, comme le rap­porte le Jour­nal du Centre. A Paris, il avait sui­vi des cours d’art dra­ma­tique à l’école Jean Péri­mo­ny et avait occu­pé entre 2009 et 2013 le poste de mana­ger du Lit­tle Temple Bar, un bar du VIe arron­dis­se­ment de Paris. Il a été tué rue de Cha­ronne, dans le XIe arron­dis­se­ment de Paris, alors qu’il était avec son amie, Lamia Mon­de­guer, elle aus­si décé­dée.

Lamia Mon­de­guer, 30 ans, a été tuée rue de Cha­ronne alors qu’elle se trou­vait avec son com­pa­gnon, Romain Didier. La jeune femme, diplô­mée de l’université Paris VII et de l’Ecole supé­rieure d’études ciné­ma­to­gra­phiques tra­vaillait pour l’agence artis­tique Noma Talents.

Cédric Mau­duit, 41 ans, était ori­gi­naire de Lion-sur-Mer (Cal­va­dos). Il tra­vaillait au Conseil dépar­te­men­tal du Cal­va­dos, où il était direc­teur de la Moder­ni­sa­tion du dépar­te­ment, comme le rap­porte le site inter­net du dépar­te­ment. Il assis­tait au concert avec 5 amis, dont une autre vic­time, David Per­chi­rin. Son frère a lan­cé un appel sur les réseaux sociaux pour faire venir les Rol­ling Stones ou David Bowie, des artistes qu’il admi­rait, à son enter­re­ment.

Romain Feuillade, 31 ans, était sur la ter­rasse de La Belle équipe lorsqu’il est tom­bé sous les balles des assaillants. Le jeune homme, marié, était ori­gi­naire de Gil­ly-sur-Isère (Savoie) et s’était ins­tal­lé à Paris pour deve­nir comé­dien. Il tenait un res­tau­rant dans le XIe arron­dis­se­ment, Les Cent kilos, avec un asso­cié. «C’était un gar­çon d’une pro­fonde gen­tillesse, doté d’un puis­sant sens de l’humour. Sou­riant, géné­reux, humble, bien­veillant. Un exemple d’homme, le meilleur. Un ami dévoué», a témoi­gné l’un de ses amis dans Libé­ra­tion

Véro­nique Geof­froy de Bour­gies, 54 ans, était une ex-man­ne­quin et ancienne jour­na­liste duFiga­ro Madame et Vogue Homme. Elle avait fon­dé jemesensbien.fr, un blog sur lequel elle pos­tait quo­ti­dien­ne­ment des billets “bonne humeur”. Elle avait adop­té il y a deux ans une petite fille, Mélis­sa et un petit gar­çon, Die­go. Amou­reuse de Mada­gas­car, elle y avait créé en 2004 une asso­cia­tion, Zaza­ke­ly Sam­ba­tra (“enfants heu­reux”) . Elle a été abat­tue à la ter­rasse de La Belle équipe. Son mari, pho­to­graphe, était en dépla­ce­ment à Shan­ghaï pen­dant les atten­tats.

Mathieu Hoche, 38 ans, était tech­ni­cien cadreur pour la chaîne France 24. “Il était jeune, il avait un enfant de 6 ans”, a twit­té sa col­lègue Rose­lyne Febvre sur Twit­ter. «Un gar­çon ado­rable, dis­cret, bos­seur, pro­fes­sion­nel», évoque le direc­teur de la chaîne Marc Sai­ka­li.

Tho­mas Ayad, 34 ans, ori­gi­naire d’Amiens, était pro­duc­teur pour la mai­son de disque Mer­cu­ry Records, un label qui dépend du groupe Uni­ver­sal et s’occupait notam­ment du mar­ke­ting d’Eagles of Death Metal. Tué au Bata­clan, il assis­tait au concert avec deux col­lègues. Lucian Grainge, PDG d’Universal Music Group, a ren­du hom­mage à Tho­mas Ayad dans une lettre publiée par le Los Angeles Times. Pas­sion­né de hockey sur gazon, son ancien club a orga­ni­sé un ras­sem­ble­ment d’hommage dimanche. «Il est mort presque tout de suite, au Bata­clan, alors qu’il était en train de par­ler avec un gar­çon de Nous Pro­duc­tions (le tour­neur du concert, ndlr), qui lui a été bles­sé. (...) Franc, hon­nête, c’était un ami fidèle, on pou­vait comp­ter sur lui», a racon­té à Libé­ra­tion l’un de ses amis.

Marie Mos­ser, 24 ans, ori­gi­naire de Nan­cy et ancienne employée de la mai­son de disque Mer­cu­ry Records, elle col­la­bo­rait avec le site inter­net Cele­bri­ties in Paris, qui a confir­mé son décès. Cette spé­cia­liste en Com­mu­ni­ca­tion et mar­ke­ting digi­tal est l’une des vic­time de l’attentat du Bata­clan.

Quen­tin Bou­len­ger, 29 ans, était ori­gi­naire de Reims et habi­tait dans le 17e arron­dis­se­ment de Paris, selon l’Union. Il est décé­dé au Bata­clan. Diplô­mé de l’école de com­merce Audien­cia de Nantes (Loire-Atlan­tique), ce jeune marié s’était ins­tal­lé dans le XVIIe arron­dis­se­ment de Paris et tra­vaillait comme res­pon­sable digi­tal inter­na­tio­nal au sein du groupe de cos­mé­tiques L’Oréal.

Valen­tin Ribet, 26 ans, était avo­cat d’affaires au bar­reau de Paris depuis l’année der­nière. Il tra­vaillait au cabi­net Hogan Lovells, qui a confir­mé sa dis­pa­ri­tion. Le jeune homme avait étu­dié à Lon­don School of Eco­no­mics, après avoir obte­nu son diplôme à la Sor­bonne. Il est décé­dé au Bata­clan, où il était avec son amie Eva, bles­sée, opé­rée et dont les jours ne sont plus en dan­ger.

Dja­mi­la Houd, 41 ans, et ori­gi­naire de Dreux, a été tuée sur la ter­rasse de La Belle Équipe, rue de Cha­ronne. Fille de Har­kis, issue «d’une des grandes familles drouaises», comme le rap­porte l’Écho Répu­bli­cain, Pro­prié­taire de la bras­se­rie pari­sienne le Café des anges, à Bas­tille, Dja­mi­la Houd vivait à Paris.

Fabrice Dubois, 46 ans, marié et père de deux enfants âgés de 11 et 13 ans, était rédac­teur concep­teur chez Publi­cis Conseil. Il habi­tait à Médan, dans les Yve­lines. Il est décé­dé au Bata­clan. Sa sœur a confir­mé sa mort à Paris Match.

Fran­çois-Xavier Pré­vost, 29 ans, ori­gi­naire de Lam­ber­sart, dans le Nord-Pas-de-Calais, était pas­sion­né de ten­nis. Il tra­vaillait dans la publi­ci­té à Lille, comme le rap­porte l’AFP. Selon La Voix du Nord, il assis­tait au concert du Bata­clan avec deux amis. «We miss you FX», une page Face­book dédiée au jeune homme a été créée par ses proches. «L’amour de ma vie, à jamais», a écrit sa com­pagne sur la page Face­book créée pour lui rendre hom­mage.

Mathias Dymars­ki, 22 ans et Marie Lausch, 23 ans, sont tous les deux décé­dés lors de l’attentat du Bata­clan. Ces Mosel­lans étaient ensemble depuis 5 ans, et avaient emmé­na­gé en sep­tembre der­nier dans un appar­te­ment pari­sien, selon Le Répu­bli­cain Lor­rain. La jeune femme, diplô­mée de l’école de com­merce de Reims, venait de ter­mi­ner une mis­sion pour un groupe de cos­mé­tiques. Mathias, ingé­nieur tra­vaux, allait fêter ses 23 ans le 6 décembre pro­chain.

Pierre Inno­cen­ti, 40 ans, que tout le monde appe­lait “Pier­ro”, avait repris le res­tau­rant ita­lien fami­lial Livio, une ins­ti­tu­tion à Neuilly-sur-Seine. Il avait pos­té sur sa page Face­book, quelques minutes avant le début du concert, une pho­to de l’affiche du groupe de rock. «Pierre était un énorme bos­seur, mais c’était aus­si un bon vivant, il aimait faire la fête. C’était aus­si un homme de valeurs», raconte Arash Deram­barsh, un ami de Pierre Inno­cen­ti et élu de Cour­be­voie.

Sté­phane Alber­ti­ni, cou­sin de Pierre Inno­cen­ti, était le copro­prié­taire du res­tau­rant Livio.

Mat­thieu Giroud, 39 ans, était ori­gi­naire de Jar­rie, dans la région de Gre­noble. Géo­graphe, spé­cia­liste de la gen­tri­fi­ca­tion, il était maître de confé­rence à l’Université Blaise Pas­cal de Cler­mont-Fer­rand entre 2008 et 2012, avant de rejoindre le CNRS et l’Université Paris Est Marne la Val­lée. Il était le père d’un petit gar­çon de 3 ans et sa com­pagne, Auré­lie, est enceinte d’une petite fille. Qua­li­fié par un membre de sa famille d” «impi­toya­ble­ment paci­fiste», Mat­thieu Giroud «aimait le rock, le whis­ky japo­nais, le foot, les BD et regar­der des séries avec son Auré­lie. Plus que tout il aimait ses amis - nom­breux. Ses amis de Jar­rie et ses amis de Paris. Ses amis vivant en pro­vince et ses amis vivant à l’étranger», a écrit sur Face­book Fabienne Sil­vestre-Ber­ton­ci­ni, sa belle soeur. Mat­thieu Giroud est décé­dé au Bata­clan.

Auré­lie de Per­et­ti, 33 ans, info­gra­phiste de for­ma­tion, recon­ver­tie dans la res­tau­ra­tion, était ori­gi­naire de Saint-Tro­pez. Elle était venue à Paris avec son amie Élo­die Pier­rat pour assis­ter au concert du Bata­clan, où elle est décé­dée. Élo­die Pier­rat demeure en soins inten­sifs.

Quen­tin Mou­rier, 29 ans, tué au Bata­clan, était archi­tecte aux Ver­gers Urbains. Il est décrit comme quelqu’un «plein de res­sources, d’énergie, d’initiatives, d’engagement» sur le site inter­net de cette asso­cia­tion qui milite pour la végé­ta­li­sa­tion. Il habi­tait dans la capi­tale mais était ori­gi­naire de Rouf­fach (Haut-Rhin), selon les Der­nières Nou­velles d’Alsace. Il avait étu­dié à l’Ecole natio­nale supé­rieure d’architecture de Ver­sailles.

Élo­die Breuil, 23 ans, était étu­diante en desi­gn à l’école de Condé, dans le XVème arron­dis­se­ment de la capi­tale. Elle est décé­dée au Bata­clan alors qu’elle assis­tait au concert avec un groupe d’amis. Elle avait par­ti­ci­pé à la marche de la Répu­blique en jan­vier der­nier, avec sa mère. «Tout ce que vous pou­vez faire, c’est infor­mer le monde entier de ces hor­ribles choses que nous nous infli­geons les uns aux autres», a décla­ré son frère Alexis à un jour­na­liste de Time, alors qu’on venait de lui confir­mer le décès de la jeune fille aux yeux bleus.

Fan­ny Minot, 29 ans, était mon­teuse pour Le Sup­plé­ment de Canal +. «Une fan de rock», selon l’une de ses col­lègues contac­tée par l’AFP.

Nico­las Clas­seau, 40 ans, était le direc­teur de l’IUT Marne la val­lée. Il assis­tait au concert avec sa com­pagne, tou­jours hos­pi­ta­li­sée. Gui­ta­riste ama­teur, le qua­dra­gé­naire vivait à Bagno­let (Seine-Saint-Denis) avec ses trois enfants, de 15, 11 et 6 ans.

Nick Alexan­der, 36 ans, bri­tan­nique de Col­ches­ter, ven­dait des pro­duits à l’effigie du groupe Eagles of Death Metal lorsqu’il a été tué au Bata­clan. «Nick est mort en fai­sant le tra­vail qu’il aimait et nous sommes récon­for­tés de voir à quel point il était aimé par ses amis à tra­vers le monde», a écrit sa famille dans un com­mu­ni­qué. «Dors bien, mon doux prince, Nick Alexan­der... #fuck­ter­ro­rism #iwillal­way­slo­veyou #Bata­clan», a publié sur Twit­ter sa com­pagne Poli­na Buck­ley, avec une pho­to d’eux deux.

Hali­ma Ben Kha­li­fa Saa­di, 35 ans, était ori­gi­naire de Men­zel Bour­gui­ba (Tuni­sie), près de Bizerte. Cette jeune femme à la cri­nière de lionne était mariée à un Séné­ga­lais, Ada­ma Ndiaye, et vivait à Dakar. Sa famille est ins­tal­lée au Creu­sot (Saône-et-Loire), où son père est arri­vé en 1970 pour tra­vailler dans le bâti­ment. Mère de deux jeunes gar­çons, elle était à Paris, au res­tau­rant «La Belle équipe», pour fêter l’anniversaire d’une amie.

Hod­da Ben Kha­li­fa Saa­di, 34 ans, était à Paris avec sa sœur aînée Hali­ma pour fêter un anni­ver­saire.

Maxime Bouf­fard, 26 ans, ori­gi­naire du Coux (Dor­dogne), est mort au Bata­clan. Titu­laire d’un BTS en audio­vi­suel à Biar­ritz (Pyré­nées-Atlan­tiques), il habi­tait depuis quatre ans à Paris, où il réa­li­sait des clips vidéo -récem­ment pour le groupe Le Der­nier Métro - et des films publi­ci­taires. «C’était un ama­teur de rug­by, de vin et de bonne bouffe. C’était un pilier dans sa famille et dans son groupe d’amis», a racon­té un ami à l’AFP. Fan de rock, il avait par­ta­gé sur son pro­fil Face­book en juillet une cri­tique élo­gieuse du nou­vel album d’Eagles Of Death Metal.

Nico­las Cati­nat, 37 ans, a été tué au Bata­clan, alors qu’il se trou­vait dans la fosse. Habi­tant à Domont, dans le Val-d’Oise, il a cher­ché à pro­té­ger ses amis en se pla­çant en bou­clier humain.

Pré­ci­lia Cor­reia, 35 ans, Por­tu­gaise, était employée par la mai­son de disques Mer­cu­ry Music. Elle est morte au Bata­clan. «Pour ceux qui se rap­pellent de moi après le pri­maire, j’aimais plus faire mes devoirs cela ne m’a pas empê­cher de res­ter à l’école jusqu’à plus de 25 ans...», raconte sur son pro­fil Copains d’Avant cette jeune femme brune qui a étu­dié les langues étran­gères et la pho­to­gra­phie.

Asta Dia­kite, cou­sine du joueur de l’équipe de France de foot­ball Las­sa­na Diar­ra, qui était en train de jouer sur la pelouse du Stade de France lorsque les explo­sions ont eu lieu. La jeune femme, décrite comme une musul­mane pra­ti­quante, est morte dans la fusillade de la rue Bichat, où elle était sor­tie faire des courses. «Elle a don­né sa vie pour sau­ver celle de son neveu qui était avec elle», a écrit sur Face­book sa cou­sine. «Elle a été pour moi un repère, un sou­tien, une grande soeur», a témoi­gné le joueur de l’OM dans un mes­sage pos­té sur les réseaux sociaux.

Manuel Cola­co Dias, 63 ans, un Por­tu­gais fan de foot qui vivait depuis 45 ans à Paris, a péri alors qu’il se trou­vait à l’extérieur du Stade de France.

Elsa Del­place, 35 ans, était venue au concert des Eagles of Death Metal avec sa mère et son fils de 5 ans, qui les aurait vu mou­rir mais qui a sur­vé­cu. La jeune femme était for­ma­trice dans un centre de for­ma­tion d’apprentis pari­sien. La grand-mère, Patri­cia San Mar­tin, 61 ans, était fonc­tion­naire à la mai­rie de Sevran et nièce d’un ambas­sa­deur chi­lien.

Elif Dogan, 26 ans, Belge d’origine turque, tra­vaillait dans une socié­té d’informatique en Bel­gique. Ins­tal­lée à Paris depuis quatre mois, tout près du Bata­clan, elle est décé­dée dans la salle de spec­tacles sous les balles des ter­ro­ristes, comme son com­pa­gnon Mil­ko Jozic. «On se disait que notre fille vivait dans un endroit sûr. On crai­gnait des actions en Tur­quie et c’est dans une des plus grandes métro­poles du monde qu’on l’a per­due», a déplo­ré son père Kemal Dogan, retour­né vivre en Tur­quie il y a quelques mois.

Romain Dunet, 25 ans, un grand fan de musique, de uku­lele et de chant, est mort au Bata­clan. Ensei­gnant d’anglais dans un ensemble sco­laire pari­sien, il était éga­le­ment membre d’un groupe de musique. Ses proches ont ouvert une page d’hommage sur Face­book, «pour témoi­gner de son intel­li­gence et de sa gen­tillesse, de son enga­ge­ment dans ses pas­sions et de son dévoue­ment pour ses élèves».

Tho­mas Duper­ron, 30 ans, un Pari­sien ori­gi­naire d’Alençon s’occupait de la com­mu­ni­ca­tion de la salle de concert pari­sienne La Maro­qui­ne­rie. Spec­ta­teur du Bata­clan, il est mort dimanche à l’hôpital de Per­cy-Cla­mart où il avait été trans­por­té. «Nos pen­sées vont à sa famille, à ses proches ain­si qu’aux équipes de La Maro­qui­ne­rie», a pos­té sur son site inter­net l’Ecole d’art et de culture (EAC), dont il était sor­ti diplô­mé en 2010.

Gre­go­ry Fosse, 28 ans, habi­tant de Gam­bais (Yve­lines). Gré­go­ry était pro­gram­ma­teur musi­cal pour la chaîne D17. Un hom­mage lui sera ren­du lun­di, à l’initiative du conseil muni­ci­pal de la com­mune de Gam­bais.

Juan Alber­to Gonzàles Gar­ri­do, 29 ans, ingé­nieur espa­gnol , tra­vaillait pour EDF. Ori­gi­naire de Gre­nade, en Anda­lou­sie, il vivait à Paris avec son épouse Ange­li­na Rei­na, 33 ans. Pré­sente à ses côtés au Bata­clan ven­dre­di soir, cette der­nière a vu son époux tom­ber au sol avant de perdre sa trace, selon le quo­ti­dien El Pais.

Cédric Gomet, 30 ans, ori­gi­naire de Fou­che­rans dans le Jura et rési­dant à Paris, tra­vaillait pour TVMonde. Il se trou­vait au Bata­clan avec l’un de ses amis, Cédric, lui-même bles­sé par balles à la jambe au cours de l’assaut.

Nohe­mi Gon­za­lez, 23 ans, de natio­na­li­té mexi­caine et amé­ri­caine, se trou­vait à la ter­rasse du Petit Cam­bodge en com­pa­gnie d’une amie. Étu­diante en troi­sième année à l’université d’État de Long Beach en Cali­for­nie, elle se trou­vait à Paris dans le cadre d’un semestre d’échange uni­ver­si­taire à l’école de desi­gn Strate de Sèvres. Décrite par son petit ami comme «la plus douce des jeunes femmes», elle devait ren­trer aux États-Unis le mois pro­chain.

Raphael H, 28 ans, est né à Gar­misch-Par­ten­kir­chen en Bavière. Archi­tecte, il avait été embau­ché dans le cabi­net de Ren­zo Pia­no à Paris. Ven­dre­di soir, il était allé dîner au Petit Cam­bodge avec deux col­lègues, un Irlan­dais et un Mexi­cain. Ils ont aus­si été bles­sés lors de l’attaque.

Thier­ry Har­douin, 36 ans, sous-bri­ga­dier au dépôt de Bobi­gny, devait pas­ser la soi­rée à Paris au res­tau­rant la Belle Équipe, rue de Cha­ronne, pour célé­brer l’anniversaire de sa com­pagne. «Bon vivant», «homme joyeux et pro­fes­sion­nel», «Thier­ry avait affaire au quo­ti­dien à des gens dan­ge­reux. On savait qu’il fal­lait tou­jours res­ter sur le qui-vive» confie un de ses proches au quo­ti­dien Le Pari­sien. Thier­ry Har­douin était père de deux enfants.

Pierre-Antoine Hen­ry, 36 ans, ingé­nieur de pro­fes­sion, était ori­gi­naire de la région pari­sienne, comme le rap­porte Ouest France. Il tra­vaillait dans les sys­tèmes de com­mu­ni­ca­tion. Pierre-Antoine est décé­dé dans la salle du Bata­clan. «Le pre­mier mot qui me vient à l’esprit quand je pense pense à lui, c’est sa gen­tillesse», a inidi­qué à l’AFP l’un de ses proches.

Marion Lief­frig-Petard, était étu­diante en 1e année du mas­ter fran­co-ita­lien de musi­co­lo­gie de la Sor­bonne. Musi­cienne, pas­sion­née par les voyages musi­caux en Médi­ter­ra­née, elle venait de ren­trer d’une année d’Erasmus à Bar­ce­lone et s’apprêtait à effec­tuer sa deuxième année de Mas­ter à Palerme. Elle fait par­tie des vic­times. Bar­thé­lé­my Jobert, Pré­sident de Paris-Sor­bonne lui a ren­du hom­mage.

Anna Lief­frig-Petard, 27 ans, gra­phiste. Elle a été tuée alors qu’elle dînait à la ter­rasse du Petit Cam­bodge avec sa soeur Marion, décé­dée éga­le­ment, a indi­qué à l’AFP le maire de Chailles (Loir-et-Cher), Yves Cros­nier-Cour­tin, où leurs parents tiennent une bou­che­rie. «Elle était venue retrou­ver sa soeur ce week-end-là et elles avaient envoyé un mes­sage à leurs parents pour leur dire que la vie était belle, qu’elles étaient contentes de se retrou­ver».

Suzon Gar­rigues, 21 ans, était étu­diante en troi­sième année de Licence de lettres modernes appli­quées à la Sor­bonne, a elle aus­si dis­pa­ru au Bata­clan. Bar­thé­lé­my Jobert, Pré­sident de Paris-Sor­bonne lui a éga­le­ment ren­du hom­mage: «Elle laisse à ses cama­rades le sou­ve­nir de la plus géné­reuse, la plus altruiste, la plus drôle des amies, et aus­si d’une incon­di­tion­nelle et fidèle admi­ra­trice de Zola».

Moha­med Amine Ibnol­mo­ba­rak, Maro­cain, 28 ans, archi­tecte enca­drant à l’Ecole natio­nale supé­rieure d’architecture Paris-Mala­quais, ce pas­sion­né de nata­tion était «enga­gé, intel­lec­tuel, créa­tif», selon l’un de ses anciens pro­fes­seurs inter­ro­gé par Libé­ra­tion. Il a été tué alors qu’il se trou­vait au bar Le Carillon avec sa femme, qu’il avait épou­sée cet été. Cette der­nière, gra­ve­ment bles­sée, «a subi trois opé­ra­tions chi­rur­gi­cales» mais «ses jours ne seraient plus en dan­ger», a confié un proche à l’AFP.

Mil­ko Jozik, 47 ans, de natio­na­li­té belge. Cet ingé­nieur sou­riant, père d’une jeune femme de 22 ans, habi­tait avec sa nou­velle com­pagne Elif Dogan, éga­le­ment de natio­na­li­té belge, elle aus­si décé­dée, dans la rue du Bata­clan où ils s’étaient ins­tal­lés il y a quatre mois. «Je me dis sim­ple­ment que le monde est com­plè­te­ment pour­ri. C’est sur­tout pour ma fille que c’est dur, on se sent pau­mées», a confié son ex-épouse au quo­ti­dien belge La Der­nière Heure.

Hya­cinthe Koma, 37 ans, ser­veur au res­tau­rant Les Chics Types, dans le 19e arron­dis­se­ment, il par­ti­ci­pait à une soi­rée d’anniversaire au res­tau­rant La Belle Équipe rue de Cha­ronne. «Il avait beau­coup d’amis», selon sa petite sœur Amy. L’un d’entre eux a lan­cé une cagnotte sur le site Leet­chi pour aider sa famille à finan­cer les obsèques.

Guillaume Le Dramp, 33 ans, figure du quar­tier, buvait un verre en ter­rasse au bar La Belle Equipe quand il a été tué. Ori­gi­naire de Cher­bourg, il avait fait ses études à Caen avant d’aller à Parme (Ita­lie) puis à Paris, où il tra­vaillait dans un res­tau­rant der­rière la place des Vosges. Décrit comme «char­meur, cha­leu­reux, un vrai gen­til, avec un humour dévas­ta­teur» par l’un de ses proches à l’AFP, il était ten­té de retour­ner vivre en Ita­lie et pré­pa­rait le concours de pro­fes­seur des écoles.

Chris­tophe Lel­louche, 33 ans, tué au Bata­clan. Il était sup­por­ter de l’OM, gui­ta­riste et com­po­si­teur du groupe Oli­ver et fan de Metal­li­ca, selon un de ses amis inter­ro­gé par Libé­ra­tion.

Yan­nick Min­vielle, 39 ans, tra­vaillait dans la publi­ci­té et chan­tait dans un groupe de rock. Il est mort au Bata­clan.

Jus­tine Mou­lin, 20 ans, une pari­sienne ori­gi­naire d’Asnières (Hauts-de-Seine), était étu­diante en Mas­ter à SKEMA Busi­ness School, qui lui a ren­du hom­mage sur son site inter­net.

Vic­tor Muñoz, 25 ans, est mort à La Belle Équipe, rue de Cha­ronne. Il était le fils d’un élu du XIe arron­dis­se­ment. Il venait d’être diplô­mé de l’ESG Mana­ge­ment School, une école supé­rieure de com­merce à Paris.

Ber­trand Navar­ret, 37 ans. Selon la Dépêche du midi, il avait gran­di à Tarbes, où son père est notaire, et vivait à Cap­bre­ton, sur la côte lan­daise. Il était par­ti à Paris pour pas­ser quelques jours dans la capi­tale et assis­ter au concert au Bata­clan.

David Per­chi­rin. Après avoir été jour­na­liste, il était deve­nu récem­ment pro­fes­seur des écoles et ensei­gnait depuis sep­tembre 2014 en Seine-Saint-Denis. Ce qua­ran­te­naire est mort au Bata­clan aux côtés de son ami Cédric Mau­duit, ren­con­tré à Sciences Po Rennes. «Bons vivants, débor­dants d’énergie, enthou­siastes indé­fec­tibles, le ciment de leur ami­tié a tou­jours été leur pas­sion du rock’n roll», selon l’hommage ren­du par l’association des anciens élèves de l’établissement.

Manu Per­ez, âgé d’une tren­taine d’années, direc­teur artis­tique chez Poly­dor. Ce père de famille a pos­té sur Face­book quelques minutes avant sa mort une vidéo prise dans la fosse du Bata­clan, inti­tu­lée «Il y a ceux qui y sont et qui ne sont pas». Sa mémoire a été saluée sur Twit­ter par plu­sieurs artistes dont il s’était occu­pé.

Caro­line Pre­nat, 24 ans,ori­gi­naire de Lyon, était gra­phiste. Elle était diplô­mée de l’École de Condé de Nan­cy et avait étu­dié à l’École d’arts appli­qués de Bel­le­cour, selon Lyon Capi­tale. Elle est décé­dée lors de la tue­rie du Bata­clan.

Armelle Pumir-Anti­ce­vic, 46 ans, est morte au Bata­clan, où elle se trou­vait avec son mari, Joseph. «Armelle m’a dit: «Viens, on court». On n’était pas loin de la porte de sor­tie. Armelle était der­rière moi, on a fon­cé. Elle est tom­bée. J’ai cru qu’elle avait tré­bu­ché sur un cadavre. Je l’ai ramas­sée, je la por­tais. Mais en arri­vant près de la porte, un flic m’a tiré par le bras, j’ai dû la lâcher. Putain. Je n’ai jamais revu Armelle», avait-il racon­té dimanche à Libé­ra­tion. Chef de fabri­ca­tion, mère de famille, cette Pari­sienne était aus­si atta­chée aux Pyré­nées-Orien­tales, où elle pos­sé­dait une mai­son.

Mat­thieu de Ror­thais, 32 ans, est mort dans l’attaque du Bata­clan. Son père et sa soeur lui ont ren­du hom­mage sur Face­book, cette der­nière saluant la mémoire de son grand frère, «la plus belle étoile du ciel».

Raphaël Ruiz, 37 ans, mort au Bata­clan. Il était «pas­sion­né de musique, de ciné­ma, de BD et de tant d’autres choses» selon l’association des anciens de Sciences Po Gre­noble. «C’était un ami hors pair, un homme atta­chant et pas­sion­nant, et un grand éclat de rire avec les enfants». Il tra­vaillait depuis 10 ans chez Ubi­qus, où il était «una­ni­me­ment appré­cié pour son pro­fes­sion­na­lisme, son dévoue­ment et son immense gen­tillesse».

Made­leine Sadin, 30 ans,qui vivait à Paris, est morte au Bata­clan. Décrite comme «vivante, aimante et curieuse» par ses proches à l’AFP, elle était pro­fes­seur de Fran­çais dans un col­lège de l’Essonne. Son cou­sin, Simon Cas­te­ran, jour­na­liste tou­lou­sain, a publié, sur son bloglessermonsdulundi.com, une lettre adres­sée à Daech et titrée «Oui, je suis un per­vers et un ido­lâtre».

Khei­red­dine Sah­bi, 29 ans, sur­nom­mé «Didine», ce vio­lo­niste de natio­na­li­té algé­rienne ren­trait chez lui ven­dre­di après une soi­rée avec des amis lorsqu’il a été tué. Après des études de sciences, il s’était tour­né vers la musique et étu­diait depuis un an à Paris. Il était étu­diant en mas­ter d’ethnomusicologie à la Sor­bonne. Bar­thé­lé­my Jobert, Pré­sident de Paris-Sor­bonne, lui a ren­du hom­mage. «Il habi­tait un quar­tier péri­phé­rique d’Alger, où la situa­tion était très ten­due» et «avait sur­vé­cu à dix ans de ter­ro­risme», à témoi­gné à l’AFP un de ses cou­sins. Son corps devrait être rapa­trié en Algé­rie.

Lola Salines, 29 ans, était édi­trice chez Gründ, char­gé des ouvrages Jeu­nesse. Cette pas­sion­née de rock et de metal a notam­ment édi­té l’Encyclo des Filles, paru en 2013, un manuel de réfé­rence pour les ado­les­centes. Pas­sion­née de rol­ler der­by, la jeune femme fai­sait par­tie du club la Bou­che­rie de Paris, l’équipe de la capi­tale. Elle por­tait sur les pistes le nom de «Josie Ozz­bourne». Son père, Georges, l’a cher­chée toute la nuit de ven­dre­di à same­di, pour fina­le­ment annon­cer son décès same­di matin, sur Twit­ter.

Hugo Sar­rade, 23 ans, débu­tait son week end à Paris par ce concert au Bata­clan, avant de rejoindre son père en région pari­sienne. Étu­diant en intel­li­gence arti­fi­cielle à Mont­pel­lier, Hugo était per­sua­dé que «l’obscurantisme est notre pire enne­mi», selon son père, inter­ro­gé par le quo­ti­dienMidi Libre.

Vale­ria Sole­sin, 28 ans, est morte au Bata­clan, après avoir été prise en otage avec son fian­cé et deux proches. Cette Ita­lienne ori­gi­naire de Venise, doc­to­rante en démo­gra­phie, vivait depuis quatre ans à Paris. «Elle nous man­que­ra et je pense, au vu de son par­cours, qu’elle man­que­ra aus­si à l’Italie», a décla­ré sa mère aux médias ita­liens. «Elle était le visage sou­riant et le cer­veau brillant de la jeune com­mu­nau­té ita­lienne à Paris», a témoi­gné un proche à l’AFP.

Ariane Theiller, 24 ans, était au Bata­clan avec des amis lorsqu’elle a été abat­tue. Ori­gi­naire du Nord, elle s’était ins­tal­lée à Paris. Après des études de Lettres à Orléans et à Stras­bourg, elle avait effec­tué un stage chez Urban Comics. Elle était assis­tante de rédac­tion chez Rus­ti­ca depuis le mois de juin der­nier. Ses col­lègues lui ont ren­du hom­mage sur Face­book: «Pour sa dis­cré­tion, sa dou­ceur sans miè­vre­rie et la gen­tillesse natu­relle qui éma­nait d’elle, nous l’avions tout de suite adop­tée, comme une des nôtres, une enfant de notre clan. Chère Ariane, au minois can­dide, tu avais amé­na­gé ton bureau pour regar­der en face les autres et l’avenir qui pour toi s’annonçait radieux. Mais le livre que tu rêvais d’écrire s’est refer­mé trop vite».

Éric Tho­mé, pho­to­graphe et gra­phiste pari­sien, âgé d’une qua­ran­taine d’années, pas­sion­né de musique, est mort au Bata­clan.

Luis Felipe Zschoche Valle, 33 ans, Chi­lien, habi­tait depuis huit ans avec sa femme à Paris, où il tra­vaillait comme musi­cien, selon les auto­ri­tés chi­liennes.

Oli­vier Ver­na­dal, 44 ans, natif du Puy-de-Dôme, était contrô­leur des impôts à Paris. Il vivait à deux pas de la salle de concert du Bata­clan, a confié son père au quo­ti­dien La Mon­tagne. Il est l’une des vic­times de la tue­rie du Bata­clan.

Ciprian Cal­ciu, 31 ans et Lacra­mioa­ra Pop, 29 ans, un couple de Rou­mains et parents d’un enfant âgé de 18 mois. Ils ont tous les deux été tués au cours de la tue­rie du bar La Belle Équipe, selon Reu­ters.

Michel­li Gil Jai­mez, 27 ans, Mexi­caine ori­gi­naire de la ville de Vera­cruz, elle rési­dait à Paris, selonEl Pais. La jeune femme, qui s’était fian­cée le 26 octobre avec son petit ami, étu­diait sur le cam­pus pari­sien de l’EM Lyon. Elle est l’une des vic­times de la fusillade du bar La Belle Équipe. «Je t’aime mon amour. Repose en paix», a publié sur Face­book son com­pa­gnon ita­lien, Filo. La famille de Michel­li est arri­vée à Paris afin de s’occuper du rapa­trie­ment de sa dépouille. «Michel­li était une jeune fille char­mante, c’était une jeune fille très heu­reuse, sociable, tra­vailleuse et douée», a confié son cou­sin Félix José Gil Her­re­ra aux médias mexi­cains.

Maud Ser­rault, 37 ans, ancienne étu­diante du Cel­sa à Neuilly-sur-Seine, était direc­trice du Mar­ke­ting et du e-com­merce de la chaîne hôte­lière Best Wes­tern France depuis près de trois ans. Elle s’était mariée récem­ment, comme l’a confié sa cou­sine Caro­line Pal­lut à Reu­ters. Elle est décé­dée au cours de la tue­rie du Bata­clan.

Sébas­tien Proi­sy, 38 ans, né à Valen­ciennes (Nord), habi­tait à Noi­sy-le-Grand, en Seine-Saint-Denis, auprès de sa maman. Ce Fran­co Bul­gare était «un étu­diant brillant, bour­sier, plein de mérite et pas­sion­né de géo­po­li­tique», raconte Viviane, l’une de ses meilleures amies, ren­con­trée sur les bancs de l’université Pan­théon-Assas. «Il avait un sens de l’humour de malade men­tal». Après avoir tra­vaillé à la Com­mis­sion euro­péenne, Sébas­tien Proi­sy a créé sa propre start up, «qui mar­chait bien». Il dînait au Petit Cam­bodge, avec un col­lègue et un client, au moment de la fusillade. L’un d’entre eux a éga­le­ment été bles­sé lors de l’attaque.

Natha­lie Jar­din, 31 ans, ori­gi­naire de Marcq-en-Barœul, et régis­seuse lumière au Bata­clan depuis 2011, tra­vaillait ven­dre­di 13 novembre der­nier à la salle de concert. Elle était char­gée d’accueillir les membres du groupe cali­for­nien Eagles of Death Metal, selon La Voix du Nord. Son père, Patrick Jar­din, était sans nou­velle de sa fille depuis ven­dre­di et avait inter­pel­lé le Pre­mier ministre Manuel Valls, lorsque celui-ci a salué les forces de police Gare du Nord, dimanche 15 novembre der­nier, à Paris. Le décès de la jeune femme a été confir­mé dimanche 15 novembre, deux jours après l’attentat.

Richard Ram­mant, 53 ans, ori­gi­naire du Lot, mais rési­dant à Paris, il était le père de deux filles. Ce pas­sion­né de musique et de moto était béné­vole au Cahors Blues Fes­ti­val, comme le rap­porte La Dépêche. Il assis­tait au concert du Bata­clan avec sa femme, Marie Do, bles­sée aux jambes, mais qui a sur­vé­cu. Son club de bikers prône «le res­pect, la fra­ter­ni­té et la soli­da­ri­té comme un mode de vie», selon son site inter­net.

Lucie Die­trich, une gra­phiste, diplô­mée en 2013 de l’école mul­ti­mé­dia IESA, à Paris, a été tuée au cours de la fusillade de la rue de la Fon­taine au Roi. La jeune femme habi­tait à une rue du lieu du drame, a écrit sur Ins­ta­gram Emma­nuel Die­trich, son grand frère, en com­men­taire d’une pho­to de famille. En mémoire de sa sœur cadette, il a créé une montre, repro­duite 13 fois, pour cha­cun des membres de la famille Die­trich. Marc-Fran­çois Mignot-Mahon, le pré­sident de Stu­dia­lis, un réseau d’écoles auquel appar­tient l’IESA, lui a ren­du hom­mage dans un com­mu­ni­qué.

Thi­bault Rousse Lacor­daire, 37 ans, habi­tant de Neuilly-sur-Seine, était Pari­sien de nais­sance, selon Jérôme Bru­cker, un ami d’enfance. Il est l’une des vic­times de la fusillade du Bata­clan. «Une gen­tillesse sans pareil» le qua­li­fiait un de ses proches.

Gilles Leclerc, 32 ans, est mort au Bata­clan, a annon­cé sa tante lun­di en début de soi­rée, après trois jours d’incertitudes. Le jeune homme, fleu­riste dans la bou­tique de sa mère, à Saint-Leu-la-Forêt (Val-d’Oise), au nord de Paris. Quelques minutes avant le concert, le jeune homme bar­bu, fan de rock, de tatouages et des Etats-Unis, avait publié un sel­fie sur les réseaux sociaux: il y appa­rais­sait, avec sa com­pagne, Marianne, une bière à la main, devant la scène, depuis la fosse qui com­men­çait à se rem­plir. Lorsque les pre­miers tirs ont fusé, il a pro­je­té son amie par terre qui, en ram­pant, est par­ve­nue à s’enfuir.

Antoine Mary, 34 ans, déve­lop­peur infor­ma­tique. Déve­lop­peur pour des sites inter­net, ce jeune homme ori­gi­naire de Caen (Cal­va­dos) était sor­ti au Bata­clan en com­pa­gnie de son ami Ferey, réa­li­sa­teur, mon­teur et pho­to­graphe, lui aus­si décé­dé. «Aujourd’hui nous pleu­rons l’un des nôtres. Ton esprit libre, ta belle humeur. Antoine, nous ne t’oublierons pas», a twee­té pour annon­cer son décès l’agence de publi­ci­té Mil­ky, où il avait tra­vaillé avant de se mettre à son compte.

Ger­main Ferey, 36 ans. Ori­gi­naire de Vienne-en-Bes­sin (Cal­va­dos), il avait bifur­qué tar­di­ve­ment vers l’Ecole supé­rieure de réa­li­sa­tion audio­vi­suelle (ESRA), après des études de Lettres étran­gères et d’administration éco­no­mique et sociale et même un emploi dans le milieu ban­caire. A son compte depuis 2011 après avoir tra­vaillé dans des entre­prises de post-pro­duc­tion audio­vi­suelle, il était réa­li­sa­teur et mon­teur, et aus­si pho­to­graphe, ins­tal­lé à Paris. Il est mort au Bata­clan, où il s’était ren­du avec son ami Antoine Mary, une autre vic­time. «On a du mal à ima­gi­ner que ce soit pos­sible», a confié au quo­ti­dien Ouest France Rémi Fran­çoise, le maire de Vienne-en-Bes­sin, où résident tou­jours ses parents.

Jean-Jacques Amiot, 68 ans, était au Bata­clan lorsqu’il s’est fait tuer. Fan de rock, fami­lier des salles de concert, ce Pari­sien père de deux filles et deux fois grand-père était à la tête d’une entre­prise de séri­gra­phie et tra­vaillait régu­liè­re­ment pour les artistes, les musi­ciens, ou les des­si­na­teurs. «C’était un homme doux», a rap­pe­lé son frère dans Le Télé­gramme.

Bap­tiste Che­vreau, 24 ans, est tom­bé sous les balles au Bata­clan. Jeune gui­ta­riste, pas­sion­né de musique, il était le petit-fils de la chan­teuse Anne Syl­vestre. Après une enfance pas­sée à Ton­nerre (Yonne), il s’était ins­tal­lé à Paris il y a cinq ans.

Marion Jouan­neau, 24 ans. «C’était une jeune femme très, très douce», dit d’elle une proche. Son com­pa­gnon, un kiné­si­thé­ra­peute qui a réus­si à échap­per au mas­sacre, a mul­ti­plié les avis de recherche pen­dant le week-end, pos­tant et repos­tant sur les réseaux sociaux un sou­riant por­trait d’une jeune femme aux che­veux blonds cen­drés. Il a fini par annon­cer sur Twit­ter lun­di: «Marion est morte». Ils habi­taient Chartres (Eure-et-Loir).

Vincent Detoc, 38 ans, est mort au Bata­clan. Cet archi­tecte, père de deux enfants de 7 et 9 ans, était un fan de musique, gui­ta­riste ama­teur.

Chris­tophe Foul­tier, 39 ans, est mort au Bata­clan. Ce direc­teur artis­tique, père de deux enfants, pas­sion­né de rock, est décrit comme «simple, hon­nête et sin­cère» par ses amis sur Face­book.

Raphaël Hilz, 28 ans. Né en Bavière, en Alle­magne, il était archi­tecte et avait été embau­ché dans le cabi­net de Ren­zo Pia­no à Paris. Ven­dre­di soir, il était allé dîner au Petit Cam­bodge avec deux col­lègues, bles­sés lors de l’attaque.

Stel­la Ver­ry, 37 ans, dînait au Petit Cam­bodge, rue Bichat, lorsque les balles ont fusé. Méde­cin géné­ra­liste, elle avait récem­ment ouvert un cabi­net dans le XIXe arron­dis­se­ment de Paris, tout en étant méde­cin régu­la­teur du Samu.

Chloé Bois­si­not, 25 ans, ori­gi­naire de Châ­teau-Lar­cher dans la Vienne selon La Nou­velle Répu­blique. Elle et son petit ami Nico­las, bles­sé, étaient en train de dîner au res­tau­rant Le Petit Cam­bodge lorsque les assaillants ont ouvert le feu.

Emma­nuel Bon­net, 47 ans, habi­tant de la Cha­pelle-en-Ser­val (Oise). Ce père de famille était ven­dre­di au Bata­clan avec l’un de ses enfants. «Le fils a réus­si à quit­ter la salle, il ne trou­vait pas son père mais était per­sua­dé qu’il s’était lui aus­si échap­pé», a racon­té le maire de la com­mune Daniel Dray au Cour­rier Picard. Employé de la RATP, il avait par­ta­gé la veille du concert sur sa page Face­book un lien du groupe «Les athées en action» citant Jacques Pré­vert avec une pho­to du poète: «La théo­lo­gie c’est simple comme dieu et dieu font trois.»

Anne Cor­net, 29 ans. Ori­gi­naire de Houd­lé­mont (Meurthe-et-Moselle), la jeune femme a été tuée au Bata­clan avec son mari Pierre-Yves Guyo­mard, avec lequel elle rési­dait à Saint-Ger­main-en-Laye (Yve­lines), selon Le Répu­bli­cain Lor­rain.

Mayeul Gau­bert, 30 ans, juriste. Ori­gi­naire de Saône-et-Loire, il tra­vaillait depuis cinq ans pour l’organisme de for­ma­tion conti­nue Cegos, où il était décrit comme «drôle, dis­cret, effi­cace, très pro­fes­sion­nel». Il est mort des suites de ses bles­sures au Bata­clan. Sa page Face­book affi­chait en por­trait «Je suis Char­lie».

Pierre-Yves Guyo­mard, ingé­nieur du son et pro­fes­seur en sono­ri­sa­tion à l’Institut supé­rieur des tech­niques du son (ISTS) à Paris. Il a été tué au Bata­clan avec sa femme Anne Cor­net. «Il était l’un des meilleurs ensei­gnants que j’ai jamais eus et il avait beau­coup à par­ta­ger avec ses étu­diants et à leur don­ner», a écrit sur Face­book un de ses étu­diants.

Oli­vier Hau­du­coeur, 44 ans, ban­quier. Diplô­mé de l’Ecole natio­nale supé­rieure d’Ingénieurs de Caen, il tra­vaillait depuis 2006 au sein du groupe BNP Pari­bas. Ce cou­reur ama­teur était depuis un an employé de la socié­té fran­çaise de loca­tion auto­mo­bile longue durée Arval, filiale du groupe ban­caire. Il est mort au Bata­clan.

Renaud Le Guen, 29 ans, a été tué au Bata­clan où il se trou­vait avec sa com­pagne, res­ca­pée. «Renaud était quelqu’un de très culti­vé et doux. Tout le monde l’aimait. C’était un mec bien», a témoi­gné au quo­ti­dien Libé­ra­tion celle qu’il devait épou­ser l’année pro­chaine et qu’il avait ren­con­trée à 17 ans. «Il aimait le jazz, le rock, la pho­to, être avec sa famille et ses amis», a-t-elle racon­té. Il tra­vaillait dans un garage pour poids lourds près de la gare d’Evry-Courcouronnes (Essonne) et habi­tait à Savi­gny-sur-Orge, où il avait gran­di.

Char­lotte Meaud, 30 ans, est morte avec sa soeur jumelle, Emi­lie, sur la ter­rasse du café Le Carillon. Cette char­gée de déve­lop­pe­ment de start-up, pas­sion­née de musique et de sport, habi­tait dans le XXe arron­dis­se­ment de Paris et a gran­di à Aixe-sur-Vienne (Haute-Vienne) et fait ses études à Lyon et à Stras­bourg.

Emi­lie Meaud, 30 ans, tuée avec sa soeur jumelle Char­lotte sur la ter­rasse du Carillon, était archi­tecte à Paris. Ori­gi­naire de Haute-Vienne, elle aimait le rock et les films d’Eric Roh­mer.

Cécile Misse, 32 ans, a été tuée au Bata­clan, aux côtés de son com­pa­gnon, Luis Felipe Zschoche Valle, un musi­cien chi­lien. La jeune femme, ins­tal­lée à Paris depuis 2006, était char­gée de pro­duc­tion au théâtre Jean-Vilar de Sur­esnes, dans l’ouest pari­sien. Elle avait gran­di à Gap (Hautes-Alpes).

Hélène Muyal-Lei­ris, 35 ans, tuée au Bata­clan. Mère d’un petit gar­çon de 17 mois à peine, elle était maquilleuse-coif­feuse à Paris et tra­vaillait dans la mode ou sur des tour­nages. «Vous n’aurez pas ma haine», a écrit lun­di sur Face­book son mari Antoine Lei­ris, qui avait mul­ti­plié les avis de recherche pen­dant le week-end. «Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aus­si belle que lorsqu’elle est par­tie ce ven­dre­di soir, aus­si belle que lorsque j’en suis tom­bé éper­du­ment amou­reux il y a plus de 12 ans.»

«Bien sûr je suis dévas­té par le cha­grin», a recon­nu le jour­na­liste de France Bleu, pas­sion­né de ciné­ma, pour­sui­vant: «Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. (...) Nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit gar­çon vous fera l’affront d’être heu­reux et libre»; a-t-il lan­cé aux assas­sins d’Hélène.

Eric Tho­mé, pho­to­graphe et gra­phiste pari­sien, âgé d’une qua­ran­taine d’années. Ce pas­sion­né de musique, titu­laire d’un BTS en com­mu­ni­ca­tion visuelle, avait expo­sé des pho­tos en juillet aux Ren­contres de la pho­to­gra­phie d’Arles. Selon l’un de ses amis, qui a pos­té un mes­sage sur Face­book, il allait bien­tôt être père.

Fabian Stech, 51 ans, tué au Bata­clan était cri­tique d’art et aus­si ensei­gnant d’allemand dans un lycée pri­vé de Dijon. Né à Ber­lin, il était ins­tal­lé en France depuis 1994 où il était marié à une avo­cate dijon­naise et père de deux enfants.

Claire Sce­sa-Camax, 35 ans, ori­gi­naire d’Avignon, était gra­phiste à Paris depuis 2009, selon leDau­phi­né Libé­ré. Mère de deux enfants, la jeune femme tra­vaillait en free-lance pour le caba­ret pari­sen Cra­zy Horse. Elle était au Bata­clan avec son mari, qui a sur­vé­cu. L’Ecole pro­fes­sion­nelle supé­rieure d’arts gra­phiques de la Ville de Paris (Epsaa), où la jeune femme avait étu­dié, lui a ren­du hom­mage sur Face­book: «Elle aimait le rock. Elle assis­tait au concert des Eagles Of Death Metal au Bata­clan. Elle nous a quit­tés, par­mi tant d’autres.Nous la pleu­rons. Claire était une de nos anciennes étu­diantes, pro­mo 2003 en arts gra­phiques. Le meilleur hom­mage que l’on puisse lui rendre est en images, à tra­vers ses créa­tions».

Julien Galis­son, 32 ans, qui a gran­di à Orvault, en Loire-Atlan­tique, habi­tait à Nantes. Il est l’une des vic­times de l’attaque du Bata­clan. Joseph Par­paillon, le maire d’Orvault, lui a ren­du hom­mage lun­di 16 novembre der­nier, comme le rap­porte Ouest France.

Sven Ale­jan­dro Sil­va Per­ugi­ni, 29 ans, et véné­zué­lien, vivait en Espagne. Il est décé­dé au Bata­clan. « Nous nous sou­ve­nons de son sou­rire, de ses plai­san­te­ries, de son opti­misme et de son cha­risme», a écrit sa mère, Gio­va­ni­na Per­ugi­ni, sur son compte Face­book, ce mar­di 17 novembre.

D’après Le Figa­ro. Liste incom­plète et hélas pro­vi­soire.

 

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Attentats de Paris. La mort contre l’Art de vivre

attentats_parisLes atrocités de ces jours funestes, comme à chacun sans doute, m’inspirent des flots de réflexions, entraînent mes pensées vers les profondeurs. L’une d’elles tourne autour d’une expression forte remontée avec les événements : l’art de vivre.

Les ter­ro­ristes, à tra­vers leur rage mor­ti­fère, ont vou­lu s’en prendre à notre mode de vie, à ce que nous vivons au quo­ti­dien. La mor­bi­di­té assas­sine, comme sou­vent par les drames et la mort, vient nous rap­pe­ler que la vie est en effet un art, ou qu’elle devrait l’être en tout cas, autant que pos­sible. Cette véri­té pro­fonde, essen­tielle, exis­ten­tielle nous échappe pour­tant trop sou­vent. Comme si elle s’usait « quand on ne s’en sert pas » – comme bien d’autres choses ! Comme si le fait de vivre s’écornait bête­ment au fil des jours, gan­gre­né par la bana­li­té. Or, il s’agit d’un art qui, comme tel, demande atten­tion de chaque jour, de chaque ins­tant. Cet art, le plus vieux sans doute, est pour­tant le plus gal­vau­dé et aus­si, l’actualité nous le montre, hélas, le plus mena­cé. Un art aus­si vieux que l’homo sapiens. – caté­go­rie abu­sive s’agissant de ces « fous d’Allah » qui n’ont que la mort pour hori­zon indé­pas­sable.

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© André Faber 2015

Au bis­trot, à une ter­rasse ; au ciné, au théâtre ou à un concert ; flâ­ner dans les rues ou dans une expo ; dans un stade ou à la messe… Faire la cour, et l’amour, avec qui et comme on veut. Man­ger un steak-frites, un cous­cous, une sau­cisse ou une salade (bio ou non). Boire un rouge, blanc ou rosé ; un whis­ky (même à la can­nelle, ou au coca) ; ou un thé (à la menthe ou autre). Lire un jour­nal ou un autre ; un polar, un roman coquin ou non, un essai, un pam­phlet ; rire d’une blague, d’un des­sin, d’une cari­ca­ture. Savou­rer la vie, l’honorer dans chaque ins­tant, sans gran­di­lo­quence, voi­là l’art de vivre – du moins « à la fran­çaise », qui n’est heu­reu­se­ment pas le seul ! Car il se décline par­tout où la vie lutte pour elle-même et non pour son contraire, la mort.

L’idée est si ancienne ! Elle remonte notam­ment (sans par­ler ici de la Chine antique) aux civi­li­sa­tions égyp­tienne et sumé­rienne – là où, pré­ci­sé­ment, les « choses » se tordent et se nouent de nos jours ; c’est-à-dire tout autour de cette Méso­po­ta­mie qui a vu naître l’écriture et, par delà, la pen­sée éla­bo­rée. Plus tard, vinrent les phi­lo­sophes grecs et latins, dont la moder­ni­té demeure éblouis­sante. Ils inven­tèrent lit­té­ra­le­ment – à la lettre – l’amour de la sagesse, après les­quels nous cour­rons tou­jours aujourd’hui, en nous essouf­flant ! Pytha­gore, Socrate et leurs foi­son­nantes lignées de pen­seurs et de viveurs. Ceux qui en effet, pré­ci­sé­ment, posèrent la phi­lo­so­phie comme un art de vivre, conden­sé plus tard par le fameux carpe diem emprun­té au poète latin Horace. Oui, urgence quo­ti­dienne : « cueillir le jour » sans dila­pi­der son temps.

On est évi­dem­ment là aux anti­podes de Daesh et de ses arrière-mondes !

J’y oppo­se­rai encore ce cher vieux Mon­taigne et la jeu­nesse de sa pen­sée ; ain­si, par exemple, quand au fil de ses Essais il passe à deux états phi­lo­so­phiques suc­ces­sifs : l’un sur le thème « Vivre c’est apprendre à mou­rir » –  dan­ge­reux slo­gan trop actuel… ; l’autre, plus heu­reu­se­ment tour­né vers la vie : « La mort est bien le bout, non pas le but de la vie ; la vie doit être pour elle-même son but, son des­sein. »

Autre réflexion, abor­dée ici dans un com­men­taire récent :

« Je vou­lais « seule­ment » dire qu’il n’y a pas de « pul­sion de mort » inhé­rente à la nature humaine, et cela il me semble que Wil­helm Reich l’a mon­tré magni­fi­que­ment, et que cette démons­tra­tion, par exemples cli­niques, est au cœur de son ensei­gne­ment, et de tout ce qu’il a appor­té ensuite au Monde. Pour moi cela n’a rien à voir avec une croyance ou non, Wil­helm Reich a rai­son ou il a tort. La « peste émo­tion­nelle » dont il parle, équi­va­lente à peu de chose près au res­sen­ti­ment mis au jour et génia­le­ment ana­lysé par Nietzsche, ne touche pas l’ensemble de l’humanité. […] » (Gérard Bérilley, 14/11/15)

C’est là un des grands points de cli­vage dans le mou­ve­ment psy­cha­na­ly­tique, celui autour de la freu­dienne « pul­sion de mort » que Reich, en effet, fut par­mi les pre­miers à reje­ter. Appli­quée à l’actualité, son objec­tion pour­rait s’exprimer ain­si : tout mor­ti­fères qu’ils soient, ces dji­ha­distes ne sont nul­le­ment mus par une hypo­thé­tique « pul­sion de mort » ; c’est leur inca­pa­ci­té à vivre qui les mène vers la mort ; c’est-à-dire leur impuis­sance à l’abandon au flux du vivant.

On dira que cela ne change en rien l’atrocité de leurs actes. Certes. Mais une telle ana­lyse (ici som­mai­re­ment résu­mée) évite l’impasse de la fata­li­té devant la Mort pul­sion­nelle, condui­sant à des ana­lyses autre­ment com­pré­hen­sives de la réa­li­té. Notam­ment s’agissant de la haine de la femme, créa­ture impure, qu’on ne rêve donc qu’en vierge fan­tas­ma­tique et « para­di­siaque ».

Cette obses­sion de la « pure­té » se retrouve dans les idéo­lo­gies fas­cistes et en par­ti­cu­lière dans le nazisme et sa « pure­té raciale ». Dans Psy­cho­lo­gie de masse du fas­cisme, notam­ment, Reich avait ana­ly­sé les com­por­te­ments anti-vie, rigi­di­fiés sous la cui­rasse carac­té­rielle et celle des corps frus­trés. Une sem­blable ana­lyse auprès des dji­ha­distes met­trait au jour, à n’en pas dou­ter, les com­por­te­ments sexuels de vio­leurs et d’impuissants orgas­tiques. Les femmes vic­times de ces phal­lo­pathes « peine à jouir » – sauf à la secousse des kalach’– auront peut-être un jour à témoi­gner dans ce sens.

Com­prendre, certes, se pose comme une néces­si­té qui évite les géné­ra­li­sa­tions, sim­pli­fi­ca­tions, amal­games de toutes sortes. Expli­quer ne four­nit aucune solu­tion clé en main.

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Attentats de Paris. Ni prier, ni plier

attentats_paris« Pray for Paris ». De grandes âmes, sans doute, appellent à « prier pour Paris ». Est-ce bien le moment ? Que cha­cun prie ou non selon ses (in)croyances, pour­vu que ce soit dans l’intimité de ses convic­tions. Or, l’injonction se veut publique ; elle s’exprime, dans la langue de Sha­kes­peare – éma­nant donc du monde anglo-saxon qui ignore la laï­ci­té –, selon le mode gra­phique et récu­pé­ra­teur, du « Je suis Char­lie » des atten­tats de jan­vier. La manœuvre empeste plu­tôt de ces « bonnes inten­tions » dont l’enfer est pavé. Plu­tôt que solu­tion, l’incantation reli­gieuse ne relève-t-elle pas pré­ci­sé­ment du pro­blème ? Celui qui jus­te­ment jette une grande par­tie du monde dans les illu­sions de l’au-delà – ce qui s’appelle l’obscurantisme, au nom duquel agissent les assas­sins hal­lu­ci­nés.

Appe­ler à « prier » ren­voie, en symé­trie, dans les arrière-mondes de ces « fous de Dieu » qui par­sèment l’Histoire de leur démence de san­gui­naires. Plus que jamais nous avons besoin d’allumer les lumières, avec et sans majus­cule, celles qui ont besoin du grand air frais de la vie pour nous don­ner à res­pi­rer la liber­té et ce qui s’ensuit : éga­li­té, fra­ter­ni­té, laï­ci­té et joyeu­se­té par consé­quent et de manière indis­so­ciable.

Ni prier, ni plier. Il nous faut être debout et, au nom de l’humanité, nous éle­ver et nous main­te­nir au-des­sus de la sau­va­ge­rie. L’élévation, bien sûr, ne sau­rait exclure le recueille­ment et la spi­ri­tua­li­té, formes laïques de la prière.

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Lun­di 16 novembre sous l’ombrière du Vieux port à Mar­seille. Recueille­ment lors de la minute de silence en mémoire des vic­times des atten­tats de Paris. [Ph. gp]

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Un vendredi de noir malheur

Leur vrai dieu, c’est la mort. Ils l’aiment, la servent, la sèment. Venus des arrière-mondes, leurs incursions dans celui des vivants n’a d’autre but que de tuer, détruire, semer la désolation, la souffrance, le malheur partout. Humains ils ne sont pas. Ou inachevés ; infirmes de la pensée, indignes d’être, en dehors de l’humanité. Détruire Palmyre ne leur suffit pas ; la pierre ne saigne pas, ne hurle pas, ne souffre pas. Ils veulent la grande jouissance du mal absolu, du désastre, de la haine qui tue.

Je souffre du grand malheur de ce vendredi noir. Le noir de l’obscurité morbide. « Nous » qui aspirons aux lumières, multiples, multicolores, joyeuses et jouissives ; « nous » dont l’Histoire – bien convulsive – se veut une lutte pour la vie ; la vie vivante, celle qui agrandit le monde. Et le voilà, ce monde, qui se rabougrit sous la terreur assassine ; mais aussi sous l’avidité des possédants, insatiables prédateurs, méprisants de l’Autre, vils profiteurs, en fin de compte aussi mortifères que les terroristes. Ce monde des murs et des barbelés, ce monde de la séparation et de l’injustice galopante, cause du grand dérèglement. Dénoncer ceux-là ne saurait pour autant absoudre la sauvagerie nihiliste. Mais que faire face à une telle négation de la vie ? Quelle espérance nourrir ?

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Poussée d’intolérance au Maroc. « Much Loved » interdit, comédienne agressée

Much Loved, du cinéaste maro­cain Nabil Ayouch, est un film remar­quable dont j’aurais dû par­ler ici depuis que je l’ai vu il y a deux mois et qui, heu­reu­se­ment, est tou­jours à l’affiche dans les bonnes salles. Je me décide aujourd’hui pour une rai­son plus que ciné­ma­to­gra­phique : le film est inter­dit au Maroc, ce qui n’est pas sur­pre­nant, mais, sur­tout, l’actrice qui tient le rôle prin­ci­pal, Loub­na Abi­dar – superbe –, a été vio­lem­ment agres­sée le 5 novembre. Elle raconte cela dans une tri­bune adres­sée au Monde [12/11/15 ], expli­quant aus­si pour­quoi elle se voit contrainte de quit­ter son pays.

Maroc Loubna Abidar agressée

Loub­na Abi­dar vio­lem­ment agres­sée à Casa­blan­ca [Ph. dr]

Une fois de plus, c’est la place des femmes dans la socié­té qui se trouve au centre d’une actua­li­té per­ma­nente et à peu près géné­rale dans le monde, même si, bien sûr, les situa­tions sont variables, et donc leur degré de gra­vi­té. N’empêche, cela vaut dans nos socié­tés dites évo­luées. Que l’on songe aux dif­fé­rences de salaires entre hommes et femmes, à fonc­tions égales ; qu’il s’agisse de l’attribution des postes de res­pon­sa­bi­li­té, du har­cè­le­ment sexuel, du machisme « ordi­naire ». On n’entrera même pas ici sur le lamen­table débat autour des notions de genre.

Much Loved qui, comme son titre ne l’indique pas, est un film sur la condi­tion fémi­nine dans un des pays arabes les plus rétro­grades sur la ques­tion – et sur tant d’autres, hélas – tan­dis que cette royau­té d’un autre âge vou­drait se dra­per dans une pré­ten­due moder­ni­té.

Dans son texte, la comé­dienne donne à voir le pro­pos du film, en même temps qu’elle exprime une détresse per­son­nelle, une impla­cable dénon­cia­tion d’un régime d’oppression et l’intolérance d’une socié­té.

Après des petits rôles au théâtre et dans des films com­mer­ciaux, j’ai obte­nu le pre­mier rôle dans le long-métrage Much Loved, de Nabil Ayouch. C’était le plus beau jour de ma vie, car j’allais pou­voir tra­vailler avec un réa­li­sa­teur talen­tueux et inter­na­tio­na­le­ment recon­nu, et parce que j’allais don­ner la parole à toutes celles avec les­quelles j’avais gran­di : ces petites filles des quar­tiers qui n’apprennent ni à lire ni à écrire, mais aux­quelles on dit sans cesse qu’un jour elles ren­con­tre­ront un homme riche qui les emmè­ne­ra loin… Dès 14-15 ans, elles sortent tous les soirs dans le but de le trou­ver. Un jour, elles réa­lisent qu’elles sont deve­nues des pros­ti­tuées.

« Dans ce film, j’ai mis toute mon âme et toute ma force de tra­vail, por­tée par Nabil Ayouch et mes par­te­naires de jeu. Le film a été sélec­tion­né à Cannes. J’y étais, c’était magique. Mais dès le len­de­main de sa pré­sen­ta­tion, un mou­ve­ment de haine a démar­ré au Maroc. Un ministre qui n’avait pas vu le film a déci­dé de l’interdire avant même que la pro­duc­tion ne demande l’autorisation de le dif­fu­ser. Much Loved déran­geait, parce qu’il par­lait de la pros­ti­tu­tion, offi­ciel­le­ment inter­dite au Maroc, parce qu’il don­nait la parole à ces femmes qui ne l’ont jamais. Les auto­ri­tés ont décla­ré que le film don­nait une image dégra­dante de la femme maro­caine, alors que ses héroïnes débordent de vie, de com­ba­ti­vi­té, d’amitié l’une pour l’autre, de rage d’exister.

« Et une cam­pagne de détes­ta­tion s’est répan­due sur les réseaux sociaux et dans la popu­la­tion. Per­sonne n’avait encore vu le film au Maroc, et il était déjà deve­nu le sujet numé­ro un de toutes les dis­cus­sions. La vio­lence aug­men­tait de jour en jour, à l’encontre de Nabil « le juif » (sa mère est une juive tuni­sienne) et à mon encontre. Je déran­geais à mon tour, parce que j’avais le pre­mier rôle, parce que j’en étais fière, et parce que je pre­nais posi­tion ouver­te­ment contre l’hypocrisie par des décla­ra­tions nom­breuses.

Cachée sous une burqa

« Des mes­sages de sou­tien et d’amour, j’en ai reçu des dizaines. Dans les pays d’Europe où le film est sor­ti et a connu un bel accueil (j’ai notam­ment obte­nu le Prix de la meilleure actrice dans les deux fes­ti­vals majeurs de films fran­co­phones, Angou­lême en France et Namur en Bel­gique). Mais sur­tout, et c’était le plus impor­tant pour moi, au Maroc. Par des gens éclai­rés car ils sont nom­breux. Et aus­si par des pros­ti­tuées qui ont enfin osé par­ler à visage décou­vert pour dire qu’elles se recon­nais­saient dans le film.

« Mais rien n’a cal­mé la haine contre moi. Sur Face­book et Twit­ter, mon nom est asso­cié à celui de « sale pute » des mil­liers de fois par jour. Quand une fille se com­porte mal, on lui dit « tu fini­ras comme Abi­dar ». Tous les jours, je lis que je suis la honte des femmes maro­caines. Chaque semaine, je reçois des menaces de mort. J’ai encore des amis et des proches pour me sou­te­nir, mais beau­coup se sont détour­nés de moi. Pen­dant des semaines, je ne suis pas sor­tie de chez moi, ou alors uni­que­ment pour des courses rapides, cachée sous une bur­qa (quel para­doxe, me sen­tir pro­té­gée grâce à une bur­qa…).

« Ces der­niers jours, le temps pas­sant, la ten­sion me sem­blait retom­bée. Alors jeu­di 5 novembre, le soir, je suis allée à Casa­blan­ca à visage décou­vert. J’y ai été agres­sée par trois jeunes hommes. J’étais dans la rue, ils étaient dans leur voi­ture, ils m’ont vue et recon­nue, ils étaient saouls, ils m’ont fait mon­ter dans leur véhi­cule, ils ont rou­lé pen­dant de très longues minutes et pen­dant ce temps ils m’ont frap­pée sur le corps et au visage tout en m’insultant. J’ai eu de la chance, ce n’était « que » des jeunes enivrés qui vou­laient s’amuser… D’autres auraient pu me tuer. La nuit a été ter­rible. Les méde­cins à qui je me suis adres­sée pour les secours et les poli­ciers au com­mis­sa­riat se sont ri de moi, sous mes yeux. Je me suis sen­tie incroya­ble­ment seule… Un chi­rur­gien esthé­tique a quand même accep­té de sau­ver mon visage. Ma han­tise était jus­te­ment d’avoir été défi­gu­rée, de gar­der les traces de cette agres­sion sur mon visage, de ne plus pou­voir faire mon métier…

« Nabil Ayouch était là tout le temps pour me sou­te­nir. J’ai fait des décla­ra­tions de colère que je regrette. Je ne savais plus où j’étais. Alors j’ai déci­dé de quit­ter le Maroc. C’est mon pays, je l’aime, j’y ai ma vie et ma fille, j’ai foi en ses forces vives, mais je ne veux plus vivre dans la peur. On s’attaque à moi pour un rôle que j’ai joué dans un film que les gens n’ont même pas vu. Une cam­pagne de déni­gre­ment légi­ti­mée par une inter­dic­tion de dif­fu­sion du film, ali­men­tée par les conser­va­teurs, nour­rie par les réseaux sociaux si pré­sents aujourd’hui… et qui conti­nue de tour­ner en rond et dans la vio­lence. Au fond, on m’insulte parce que je suis une femme libre. Et il y a une par­tie de la popu­la­tion, au Maroc, que les femmes libres dérangent, que les homo­sexuels dérangent, que les dési­rs de chan­ge­ment dérangent. Ce sont eux que je veux dénon­cer aujourd’hui, et pas seule­ment les trois jeunes qui m’ont agres­sée… »

Loub­na Abi­dar

La bande-annonce de Much Loved.

PS. Des copies du film ont été mises en cir­cu­la­tion au Maroc, dans les­quelles des scènes por­no­gra­phiques ont été ajou­tées pour en dénon­cer l’immoralité !

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Marseille. Le Point de Bascule, clap de fin

imgresN’oubliez sur­tout pas...
pour avant, c’est trop tard
pour après, c’est trop tôt
la vie est là où l’on est..
vive­ment main­te­nant !

Comme son nom l’indique, comme son (magni­fique) logo le sou­ligne, l’affaire ne pou­vait indé­fi­ni­ment défier les lois de la pesan­teur. Et ce fut pesant, mal­gré tout, cette semaine de fête cen­sée mettre fin à une aven­ture superbe com­men­cée il y a une dizaine d’années. Hier soir, dimanche noir, même ser­vies frais, les bulles avaient le cham­pagne tris­toune. Les restes du décor – ce qui n’était pas par­ti à l’encan dans la jour­née –, mal­gré tout, expri­maient encore la magie de ce haut-lieu mar­seillais. Un décor de briques (molles) et de broc (hard), issu des puces et des pou­belles, recy­clées à la belge – expli­ca­tions plus loin – selon les mira­cu­leuses ren­contres à la Magritte,  genre para­pluie et machine à coudre sur table de dis­sec­tion.

Hier soir, donc, jusqu’à nuit noire, résis­tait encore, le der­nier car­ré des fidèles du 108, rue Bre­teuil qui, au fin fond d’une arrière-cour du VIe arron­dis­se­ment de Mar­seille, de l’autre siècle, avaient amar­ré leurs uto­pies à la façon, va savoir, dont les Pho­céens jetèrent l’ancre dans la calanque du Lacy­don– qui devien­dra Mas­si­lia.

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Fran­çois Pec­queur devant le mur des pro­grammes pas­sés – mais pas tous, la place man­quait (plus de 1.000 soi­rées !) (Ph. Fran­çois Pon­thieu)

« A l’origine, racontent les his­to­riens locaux, un col­lec­tif mar­seillais de plas­ti­ciens cherche un ate­lier, tombe sur ces 500 m2 de la rue Bre­teuil, et sent d’emblée que ce lieu pour­rait être le nid de bien des pos­sibles... et l’aventure com­mence !

Six mois de tra­vaux inten­sifs, une inau­gu­ra­tion toni­truante en se refu­sant à ima­gi­ner ce que sera le Point de Bas­cule. Tout de suite, c’est la demande exté­rieure spon­ta­née qui défi­nit ce que sera ce lieu : rési­dence d’artistes émer­gents et en marge, espace pour asso­cia­tions citoyennes.

La demande est claire et appelle un fonc­tion­ne­ment accor­dé : gra­tui­té d’accueil et équipe d’accompagnement du lieu béné­vole.
Neuf ans d’activités et de liber­té, plus de 300 rési­dences d’artistes accueillies (soit plus de 1000 artistes plu­ri­dis­ci­pli­naires), et une foul­ti­tude d’actions citoyennes avec ren­contres, débats, pro­jec­tions, soi­rées de sou­tien.

Plus de 1 000 soi­rées pro­po­sées, 10 000 adhé­rents avec ce plai­sir de vous accueillir dans la sim­pli­ci­té et vous pro­po­ser l’insolite, l’inattendu, par­fois le néces­saire.

Ah si... le Point de Bas­cule a tout de même déci­dé quelque chose : pas de com­mu­ni­ca­tion média pour nos acti­vi­tés. Par les temps qui courent, un peu de radi­ca­li­té ne fait pas de mal ! »

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Un tel lieu va man­quer à Mar­seille . il y en a d’autres, certes, mais ici, c’était vrai­ment autre chose. (Ph. Fran­çois Pon­thieu)

Telle fut la pro­fes­sion de foi de ce temple païen ani­mé – il en fal­lut de l’ani­ma ! – par un grand « prêtre », Fran­çois Pec­queur, grand et pas que par la taille, voix de barde, rire rava­geur, artiste mul­ti-ins­tru­men­tal de la machine à dépas­ser le temps (voir le slo­gan mai­son ci-des­sus) de la tireuse à bière, déni­cheur d’encu­lette * et de talents mul­tiples, uto­piste de com­pé­ti­tion, com­pé­ti­teur de rien, ce qui est déjà tant.

Ça ne pou­vait pas durer plus que la crise ! Alors, le Fran­çois, le plus belge des Mar­seillais et donc le plus mar­seillais des Belges – il naquit à Liège, une fois – ayant jeté l’ancre ; ayant trou­vé com­pagne et indis­pen­sable pilier dans l’aventure en la per­sonne d’Anne-Marie Rey­mond, reine du sou­rire et des meilleures assiettes bio ; ayant labou­ré cette riche terre de ren­contres ; étant reve­nu quelque peu de cer­taines illu­sions ; mais sans amer­tume aucune, ce grand écha­las a donc tiré l’échelle et s’en va, avec sa reine à lui, explo­rer d’autres hori­zons.

Une page se tourne. La Bas­cule a bas­cu­lé. Des bur­lingues vont « inves­tir » cette col­line ins­pi­rée ; encore des bur­lingues, oui mais « pay­sa­gers », jurent-ils – ah bon, on est ras­su­rés ! –, pour des bipèdes assis, bulbes cal­cu­la­teurs, blan­chis sous le pixel, pro­fi­teurs de la misère du monde. Oyez les potes, la terre se réchauffe mais il fait bien froid tout à coup, ne trou­vez-vous pas ?

* Encu­lette, n. fém. du bas latin encu­lo. Inven­tion mar­seillaise d’origine indé­ter­mi­née. Machine de comp­toir ins­pi­rée de la rou­lette de casi­no, des­ti­née à faire cas­quer le pas­tis apé­ro par le couillon du jour.

Ni fleurs ni cou­ronnes, mais cour­riels d’amitié pos­sibles ici : accueil@lepointdebascule.fr

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Herr Diesel, das diktat

TPH_i7N6PWCix-RMQokNYwufEIALe Monde de ce 29/10/15 

Die­sel : l’Europe recule face aux lob­bys

Après le scan­dale Volks­wa­gen, la Com­mis­sion euro­péenne vou­lait impo­ser des tests d’émissions de gaz pol­luants plus contrai­gnants. Les construc­teurs auto­mo­biles, sou­te­nus par les Etats, ont obte­nu de pou­voir émettre 2,1 fois le pla­fond d’oxydes d’azote auto­ri­sé, jusqu’en 2019.

L’Europe, l’écologie, la COP21… Du pipeau. Un déni démo­cra­tique. Tirons l’échelle !

Nous serons les der­niers, voi­là.

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Réfugiés. Du droit d’asile et autres droits de l’Homme…

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Mucem, Mar­seille : le Musée des civi­li­sa­tions de l’Europe et de la Médi­ter­ra­née joue plei­ne­ment son rôle en arbo­rant sur sa façade un des fon­da­men­taux des­dites civi­li­sa­tions – en l’occurrence, l’article 14 de la Décla­ra­tion uni­ver­selle des Droits de l’Homme sur le droit d’asile des réfu­giés. Jusqu’à preuve du contraire, si la Décla­ra­tion se veut uni­ver­selle, seule la guerre entre les hommes y par­vient plei­ne­ment. [Cli­quer sur la pho­to pour mieux la lire].

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« Les hommes naissent libres et égaux en droit ». Un des autres fon­da­men­taux, sinon le pre­mier – on ne peut plus bafoué !

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L’abattoir, lieu insoutenable, limite de l’humanité

Accro­chez-vous ! Les images ci-des­sous sont du genre insou­te­nable. Par delà, ce qui l’est encore plus, insou­te­nable, c’est le cal­vaire subi en per­ma­nence, dans le monde, par des mil­liards d’animaux. L’hominidé s’étant décré­té comme « supé­rieur » – pro­ba­ble­ment depuis qu’il a pré­ten­du « pen­ser », ce qui est somme toute bien récent à l’échelle de l’évolution –, il n’a eu de cesse d’exploiter les ani­maux. Et cela, d’ailleurs, dans un sens si large, qu’il s’est aus­si auto­ri­sé à exploi­ter ses sem­blables, jusqu’à les tor­tu­rer, dans le tra­vail notam­ment et, tant qu’à faire, jusqu’à les exter­mi­ner.

logo-L214-100pxLa vidéo ci-des­sus est due à l’asso­cia­tion de défense des ani­maux L214 

L’abattoir d’Alès (Gard) fait l’objet d’une enquête et a été pro­vi­soi­re­ment fer­mé. 20 000 porcs, 40 000 ovins et 6 000 bovins y sont mal-trai­tés chaque année. À mul­ti­plier par le nombre de mou­roirs sem­blables en France, en Europe, par­tout dans le monde.

L’homme, donc, consi­dé­ré comme espèce supé­rieure, même si, trop sou­vent, il ne vole pas bien haut. De là, ce qu’on appelle le spé­cisme. Ce concept inclut aus­si le fait que, même par­mi les ani­maux, cer­tains sont plus res­pec­tables que d’autres. C’est évi­dem­ment le cas des ani­maux de com­pa­gnie et des ani­maux domes­tiques ; par­mi ces der­niers, les ani­maux d’élevage font l’objet de trai­te­ments plus ou moins dégra­dants, selon le niveau de « ren­de­ment » qu’ils repré­sentent : force motrice, mar­chan­dise de loi­sirs (che­vaux),  ou/et de consom­ma­tion, cobayes de labo­ra­toires, objet sacri­fi­ciel. Reste, de toutes façons, la ques­tion de leur mort et de leur éli­mi­na­tion, ques­tion qui rejoint trop sou­vent la « solu­tion finale ».

Car « tout se tient » ici encore. Cause ou consé­quence de l’éhontée domi­na­tion humaine – variante du colo­nia­lisme –, le spé­cisme se décline en racisme tout autant qu’en sexisme. Supé­rio­ri­té d’une « race » sur une autre, d’un sexe sur l’autre.

Cette affaire des abat­toirs dépasse celle du végé­ta­risme ou du végé­ta­lisme. Ne pas man­ger de viande, ou pas même aucun pro­duit ou sous-pro­duit d’origine ani­male, cela peut se dis­cu­ter sous de mul­tiples aspects (moraux, reli­gieux, éco­no­miques, éco­lo­giques, bio­lo­giques, sani­taires, etc.) Mais, quoi qu’il en soit, la manière dont l’ani­mal humain (je reprends cette expres­sion due à Wil­helm Reich ; elle ren­voie l’homme à sa double com­po­sante et le remet à sa juste place) traite les autres ani­maux, notam­ment dans la mort, m’apparaît comme fon­da­men­tale dans le pro­ces­sus d’humanisation.

De ce point de vue, on peut consi­dé­rer qu’il y a conti­nui­té – sans exclure des varia­tions his­to­riques dans l’ordre du pro­grès ou de la régres­sion – entre l’hominidé chas­seur-pêcheur, car­ni­vore ; le chas­seur vian­dard actuel ; l’afi­cio­na­do des cor­ri­das ; le violent social ou cri­mi­nel ; le guer­rier san­gui­naire ; le bour­reau nazi ; l’halluciné fana­tique. Liste non exclu­sive !

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Air France. Sans-chemises et sans-culottes

Une che­mise déchi­rée, et même deux. Une agres­sion contre des per­sonnes – fussent-elles des « patrons ». Certes, le geste est moche. Ou plu­tôt « non esthé­tique ». C’est le geste du déses­poir, le der­nier geste du condam­né avant l’exécution. Il n’est ren­du beau qu’au ciné­ma. Perdre son emploi de nos jours, c’est une exé­cu­tion. C’est pas­ser du sta­tut de « chan­ceux », pour ne pas dire pri­vi­lé­gié – du pri­vi­lège d’avoir un tra­vail, qui est sou­vent une tor­ture… – à celui de déclas­sé, de déchu.
Alors, quand la direc­tion d’Air France annonce la sup­pres­sion de 2.900 emplois, cela signi­fie 2.900 vies déchi­rées (bien davan­tage, en fait). À côté des­quelles deux che­mises déchi­rées, même blanches et bien repas­sées, c’est une vio­lence très modé­rée !


Une vidéo révèle les négo­cia­tions chez Air France par Buzz­Vid

La vidéo ci-des­sus a été prise quelques minutes avant les inci­dents qui for­ce­ront les diri­geants Xavier Bro­se­ta et Pierre Plis­son­nier à s’échapper du siège d’Air France. Des employés tentent d’interpeller et d’ouvrir le dia­logue.
Cette vidéo est poi­gnante, mon­trant le cou­rage et le déses­poir d’une femme affron­tant la morgue des cols blancs, mains dans les poches ou bras croi­sés, tri­po­tant leurs por­tables, touillant leur café, l’air gogue­nard pour ne pas dire niais, et fina­le­ment muets comme des tombes. « On nous a deman­dé de faire des efforts, on les a faits ! » lance cette femme au bord du san­glot dans un mono­logue pathé­tique.

Face à elle, l’indifférence, le mépris. Les cadres regrou­pés dis­cutent entre eux, fei­gnant d’ignorer l’interpellation. L’un d’eux lâche enfin : « On n’est pas habi­li­tés, on n’est pas habi­li­tés ».

Ils n’ont rien à répondre au réqui­si­toire. Car ils ne sont même pas res­pon­sables et ne peuvent répondre de rien… Minables pan­tins cra­va­tés du capi­ta­lisme plan­qué, sans visage, suite de chiffres et de pour cents, jouant dans les casi­nos finan­ciers  à l’ombre des para­dis fis­caux, fixant de loin, « off shore », les taux de ren­de­ment de leur sale pognon dont ils se goinfrent jusqu’à l’intoxication.

Des vio­lences autre­ment plus radi­cales, la dégra­da­tion géné­rale des condi­tions socio-éco­no­miques nous en pro­met ! Les « voyous » et la « chien­lit » se sou­vien­dront peut-être des sans-culottes et ne s’en pren­dront plus seule­ment aux che­mises.
Sur son blog, le mili­tant encore socia­liste Gérard Filoche a res­sor­ti pour la cir­cons­tance un dis­cours de Jean Jau­rès devant la Chambre des dépu­tés le 19 juin 1906. Ces paroles sont d’une actua­li­té brû­lante :

« Le patro­nat n’a pas besoin, lui, pour exer­cer une action vio­lente, de gestes désor­don­nés et de paroles tumul­tueuses ! Quelques hommes se ras­semblent, à huis clos, dans la sécu­ri­té, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans vio­lence, sans gestes désor­don­nés, sans éclats de voix, comme des diplo­mates cau­sant autour du tapis vert, ils décident que le salaire rai­son­nable sera refu­sé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui conti­nuent la lutte seront exclus, seront chas­sés, seront dési­gnés par des marques imper­cep­tibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vin­dicte patro­nale. […] Ain­si, tan­dis que l’acte de vio­lence de l’ouvrier appa­raît tou­jours, est tou­jours défi­ni, tou­jours aisé­ment frap­pé, la res­pon­sa­bi­li­té pro­fonde et meur­trière des grands patrons, des grands capi­ta­listes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »

Et Filoche de com­men­ter : « Mal­heu­reu­se­ment, Manuel Valls traite les sala­riés de « voyous » et prend fait et cause pour la direc­tion d’Air France. Il est vrai qu’il se réfère plus sou­vent à Clé­men­ceau, le bri­seur de grèves, qu’à Jau­rès… »

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Le Nobel à Svetlana Alexievitch, écrivaine du courage

nobel litterature 2015

© Ph. Peter Groth

En attri­buant le Nobel de lit­té­ra­ture à Svet­la­na Alexie­vitch, le jury de Stock­holm honore une magni­fique écri­vaine et s’honore lui-même. Un choix cou­ra­geux qui consacre une femme elle-même vouée à témoi­gner du cou­rage face au ter­rible quo­ti­dien de « héros ordi­naires ». Un choix qui s’inscrit dans un contexte géo-poli­tique et éco­lo­gique des plus troubles, affec­tant toute l’humanité.

Je suis d’autant plus sen­sible à cette recon­nais­sance que je dois à Svet­la­na Alexie­vitch deux livres qui m’ont par­ti­cu­liè­re­ment bou­le­ver­sé : La Sup­pli­ca­tion (1997) et La Guerre n’a pas un visage de femme (1985).

2290300314Le pre­mier, sous-titré Tcher­no­byl, chro­nique du monde après l’apocalypse, témoigne avec force de l’univers ter­ri­fiant d’après la catas­trophe ; les témoi­gnages ras­sem­blés donnent au drame sa dimen­sion plei­ne­ment humaine, dépeinte sans arti­fice aucun par les témoins et acteurs directs. Une « réa­li­té noire », signi­fi­ca­tion lit­té­rale de « Tcher­no­byl », ain­si que le sou­ligne un pho­to­graphe, expli­quant pour­quoi il ne prend pas de pho­tos en cou­leur…

Plus loin, un liqui­da­teur raconte com­ment se blo­quaient les dosi­mètres éta­lon­nés jusqu’à deux cents rönt­gens, tan­dis que des jour­naux écri­vaient : « Au-des­sus du réac­teur, l’air est pur » ! « On nous don­nait des diplômes d’honneur. J’en ai deux. Avec Marx, Engels, Lénine et des dra­peaux rouges. »

Une femme, épouse d’un liqui­da­teur, raconte l’agonie de son homme : « Un matin, au réveil, il ne pou­vait pas se lever. Et ne pou­vait rien dire… Il ne pou­vait plus par­ler… Il avait de très grands yeux… C’est seule­ment à ce moment-là qu’il a eu peur… […] Il nous res­tait une année. […] L’homme que j’aimais tel­le­ment […] se trans­for­mait devant mes yeux… en un monstre… » Le reste de ce témoi­gnage, oui, c’est une sup­pli­ca­tion ; elle est insup­por­table et pour­tant on se doit de la lire jusqu’au bout.

Pour l’Union sovié­tique, cette catas­trophe a son­né le début de la fin, qui eut lieu trois ans après. Ses causes en sont autant poli­tiques que tech­niques, contrac­tion implo­sive d’un sys­tème dément et d’une incon­sé­quence scien­tiste.

Ce livre consti­tue aus­si le plai­doyer le plus impla­cable contre l’énergie nucléaire dite « paci­fiste ». Rap­pel : Il y a plus de 400 réac­teurs nucléaires dans le monde – dont 58 en France.

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Autre grand livre : La guerre n’a pas un visage de femme… mais les femmes ont été de toutes les guerres. En par­ti­cu­lier les femmes russes enrô­lées dans l’Armée rouge et envoyées au front contre les Alle­mands : auxi­liaires de toutes sortes, de toutes cor­vées, blan­chis­seuses de linge gor­gé de sang, infir­mières, bran­car­dières, méde­cins, cui­si­nières, puis com­bat­tantes, tireurs d’élite. Des héroïnes au même titre que les liqui­da­teurs de Tcher­no­byl. Avec leurs témoi­gnages tout aus­si insup­por­tables.

• Svet­la­na Alexan­drov­na Alexie­vitch, écri­vaine et jour­na­liste rus­so­phone, ukrai­nienne par sa mère et bié­lo­russe par son père, est une dis­si­dente irré­duc­tible, tant sous le régime sovié­tique que dans la Rus­sie pou­ti­nienne et la Bié­lo­rus­sie du dic­ta­teur Lou­ka­chen­ko.

On lui doit aus­si Cer­cueils de zinc (1991), sur la guerre sovié­to-afghane, Ensor­ce­lés par la mort, récits (1995), sur les sui­cides de citoyens russes après la chute du com­mu­nisme et Der­niers Témoins (2005), témoi­gnages de femmes et d’hommes qui étaient enfants pen­dant la Seconde Guerre mon­diale. Enfin, en 2013, La Fin de l’homme rouge ou le temps du désen­chan­te­ment, recueille des cen­taines de témoi­gnages dans l’ex-URSS (prix Médi­cis essai et « meilleur livre de l’année » par le maga­zine Lire.)

Le prix Nobel de lit­té­ra­ture la consacre pour « son œuvre poly­pho­nique, mémo­rial de la souf­france et du cou­rage à notre époque ».

 

Lire aus­si : Tcher­no­byl – Fuku­shi­ma. 25 ans après, « la leçon de Tcher­no­byl n’a pas été apprise »

Tcher­no­byl. La ter­reur par le Men­songe

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Pendaison publique, place de l’Opéra à Marseille

Pendue

© gp

On croyait ces temps révo­lus, révo­lus comme la Révo­lu­tion et comme la peine de mort… C’était sans comp­ter sur l’exception mar­seillaise. Non pas celle des autres exé­cu­tions publiques, il y a dix jours encore, devant ce même opé­ra muni­ci­pal, à coup de bas­tos. Non, une vraie de vraie, par pen­dai­son. Plus éco­no­mique que la guillo­tine, tel­le­ment moins san­gui­no­lente. Un gibet, une corde, un bour­reau, une condam­née à mort, et hop ! Le tout devant un public recueilli et même une classe de petits éco­liers – c’était mer­cre­di. Il faut bien édi­fier les masses face au Crime éter­nel, que le châ­ti­ment, pour­tant, jamais ne tarit…

Il y avait de la fas­ci­na­tion dans le regard du peuple ain­si assem­blé. Oui, des lueurs de défi, une cer­taine jouis­sance dans les pru­nelles avides. Il faut dire que la cri­mi­nelle irra­diait lit­té­ra­le­ment, sous sa longue robe écar­late et son regard de braise, sous ses ultimes paroles en appe­lant à la vie, à la révolte de la vie. Que lui repro­chait-on à cette Char­lotte Cor­day mar­seillaise ?

À entendre son cri, on com­prend que c’est la Femme, fatale péche­resse, qui devait ici expier son crime d’exister. Dans la suite inin­ter­rom­pue des muti­la­tions his­to­riques infli­gées à toutes les femmes de la pla­nète en per­di­tion : bat­tues, exploi­tées, mépri­sées, répu­diées, trom­pées, humi­liées, exci­sées, lapi­dées, igno­rées ou même adu­lées – exé­cu­tées. La sup­pli­ciée : « Regarde mon corps mon trou ma tombe mes yeux mes seins mon sexe. L’os pelé de l’amour la clef des larmes. Je brûle d’une flamme nue... ». Et il est des pays où de telles scènes ne sont pas fic­tives. Tant de sau­va­ge­rie par­tout ! Jusque « dans l’ombre de la démo­cra­tie », ain­si que le sou­ligne l’auteur du spec­tacle.

La dra­ma­tur­gie a joué à plein, dans le dénue­ment du lieu et de la situa­tion. La comé­dienne, poi­gnante, bou­le­ver­sante au bout de sa corde. Son bour­reau intrai­table. Cela eut lieu entre les coups de sirène de midi et midi dix, sous la plainte trou­blante d’un saxo, face au soleil cru, balayé de mis­tral. Magie du théâtre.

C’était hier, comme en chaque pre­mier mer­cre­di du mois, depuis 2003 que Lieux publics s’approprie le par­vis de l’opéra mar­seillais pour une scène de rue jamais ano­dine. Cela s’appelle Sirènes et midi net. Un beau nom de ren­dez-vous.

Pendue

© gp

Pen­due, de la com­pa­gnie Kumu­lus, une adap­ta­tion du spec­tacle Les Pen­dus, de Bar­thé­le­my Bom­pard, écrit par Nadège Pru­gnard„ inter­pré­té par Céline Dami­ron et Bar­thé­le­my Bom­pard,
accom­pa­gnés par Thé­rèse Bosc au saxo­phone. Tech­nique : Dja­mel Djer­boua, son : Nico­las Gen­dreau.

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La maltraitance gynécologique, variante du viol

28 sep­tembre 2015, France Culture, l’émission Sur les Docks a pour thème la mal­trai­tance gyné­co­lo­gique. Les témoi­gnages d’enchaînent, bou­le­ver­sants, révol­tants. Ce n’est pas d’aujourd’hui ni d’hier, pour­tant ce sujet, si grave, est rare­ment por­té sur la place publique. Il est vrai qu’il s’agit de pro­blèmes « de femmes », face au pou­voir médi­cal, un pou­voir trop sou­vent tota­li­taire, voire fas­ciste et en tout cas empreint de sexisme.

On pour­rait, plus géné­ra­le­ment, évo­quer la mal­trai­tance médi­cale. Ain­si, j’ai eu moi-même à me plaindre de la bru­ta­li­té machiste d’un méde­cin à l’occasion d’un « tou­cher pros­ta­tique ». Eh oui, tou­jours cette vio­lence anti-sexuelle !

Comme pour le viol, dont elle est somme toute une variante, cette mal­trai­tance envers le corps fémi­nin reste trop sou­vent subie en silence car, en plus de la bles­sure intime, les vic­times s’efforcent de la refou­ler au plus pro­fond d’elles-mêmes, ajou­tant une dimen­sion affec­tive et psy­chique à cette souf­france.

Trop sou­vent, lors d’une consul­ta­tion, d’un accou­che­ment, d’une IVG… le corps de la femme ne lui appar­tient plus. Tout au long de leur vie, les femmes livrent leur corps à des gyné­co­logues pas tou­jours res­pec­tueux, par­fois mépri­sants – qu’il s’agisse de méde­cins hommes, ou femmes.

C’est un nou­veau com­bat que les femmes sont en l’occurrence ame­nées à livrer dans leurs luttes pour l’égalité sexuelle.

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d.r.

Faits récents : au prin­temps 2014, des sages-femmes alertent sur le « point du mari » : un geste clan­des­tin – ou pas – qui consiste à recoudre une épi­sio­to­mie par quelques points de suture sup­plé­men­taires  – sup­po­sé accroître le plai­sir de l’homme lors des rap­ports sexuels. En février 2015 sur­git sur la toile, le scan­dale des tou­chers vagi­naux sur patientes endor­mies. Puis, encore sur inter­net, des cen­taines de femmes ont racon­té leurs expé­riences dou­lou­reuses chez le (ou la) gyné­co­logue : pater­na­lisme, sexisme, conseils dépas­sés, exa­mens bru­taux, paroles humi­liantes, homo­pho­bie, absence de consen­te­ment, etc.

L’émission de France Culture a libé­ré la parole sur cette ques­tion, même si il faut se gar­der de la géné­ra­li­sa­tion, tou­jours dan­ge­reuse, dans ce domaine comme dans d’autres.

 Magni­fique pièce à ver­ser au dos­sier, la chan­son de Georges Bras­sens, Le Bla­son. [Impos­sible de la glis­ser ici]

Extraits des témoi­gnages recueillis par Hélène Com­bis-Schlum­ber­ger sur cette mal­trai­tance.. En notant qu’ils ne concernent que cette par­tie res­treinte et pri­vi­lé­giée du monde – le nôtre – où les femmes ont acquis plus de droits qu’ailleurs…

« Par­fait pour la levrette », par Léa

Au CHU de Nantes, mon gyné­co m’a dit une fois : « Votre col de l’utérus doit être par­fait pour la levrette  ». Toi, à ce moment là, tu es au plus mal, posi­tion humi­liante sur l’étrier (l’engin de tor­ture) et tu as juste envie de l’émasculer : CONNARD.

« L’ancienne gyné­co de ma mère lui a caché un can­cer », témoi­gnage ano­nyme

L’ancienne gyné­co de ma mère lui a caché un can­cer (oui, oui) parce qu’elle était enceinte (bah oui, des fois que ma mère aurait pré­fé­ré avor­ter et se faire soi­gner 8 mois plus tôt !!!).

Une amie n’a pas pu béné­fi­cier d’un avor­te­ment thé­ra­peu­tique (enfant non viable) parce que sa gyné­co lui a volon­tai­re­ment men­ti sur les délais légaux pour le pra­ti­quer, et a fait traî­ner les démarches. Elle a fini par le faire moyen­nant finances dans un pays fron­ta­lier ! Il fau­drait prendre le pro­blème dans le bon sens : dépis­ter l’intégrisme reli­gieux par­mi les méde­cins. C’est cet inté­grisme qui véhi­cule l’image nau­séa­bonde de la femme et de son corps, qui mène à ces abus.

« Quand il va tom­ber du trou », par Fran­cine

Au début des années 70, je fus enceinte de mon pre­mier enfant et j’étais sui­vie par un gyné­co­logue stras­bour­geois de renom.
Au sixième mois, au cours d’une consul­ta­tion, nous avons par­lé plus pré­ci­sé­ment de l’accouchement, et je fus effa­rée d’entendre ce mon­sieur dire à plu­sieurs reprises : « Quand il va tom­ber du trou...  ». Cette gros­siè­re­té m’a fait envi­sa­ger de chan­ger de pra­ti­cien.
Je n’en ai pas eu l’occasion car quelques jours plus tard j’accouchais pré­ma­tu­ré­ment (à 40 km de Stras­bourg). Mon fils est décé­dé très vite suite à une insuf­fi­sance res­pi­ra­toire ; à aucun moment ce mon­sieur ne s’est mani­fes­té ...
quelle classe et quelle huma­ni­té !
Et les femmes gyné­co ne sont pas tou­jours dif­fé­rentes, un comble !

« Il me fait un bisou sur un sein », par Domie

Un gyné­co­logue répu­té dans ma ville qui, après consul­ta­tion, me fait un bisou sur un sein.... J’avais 25 ans et depuis, je n’ai que des gynés femmes (...) Et il me dit : « Vous avez une des plus belles poi­trines de ma clien­tèle  ». Com­bien de fois a-t-il dû dire ça ? Com­bien de fois cela a dû fonc­tion­ner.... ou pas. Com­bien de gyné­cos ou autres méde­cins ont abu­sé de leur fonc­tion ? (...) J’étais jeune et je n’ai pen­sé qu’à fuir, et ne plus jamais reve­nir.

« Le gyné­co­logue en chef est arri­vé avec toute une équipe d’élèves », par Danielle

Je me sou­viens très bien d’avoir été hos­pi­ta­li­sée à l’hôpital de Rennes pour une gros­sesse à risque il y a de cela 39 ans et je me rap­pelle très bien le gyné­co­logue en chef, arri­vé dans ma chambre avec toute une équipe d’élèves, après avoir expli­qué mon cas et ayant deman­dé à cha­cun de faire un tou­cher. Or à un moment don­né (j’étais toute jeune, 23 ans ) je me suis mise à pleu­rer à la grande sur­prise du méde­cin et j’ai réus­si à dire que j’étais très gênée par tous ces regards sur moi bra­qués .
Ce témoi­gnage vaut ce qu’il vaut mais je m’en sou­viens encore très sen­si­ble­ment...

« Faut pas cou­cher », par Lux

Un jour, à une consult sur un sou­ci de pilule : « Ah bah si vous vou­lez pas avoir de bébés, faut pas cou­cher, hein !  »

« Un bout de viande sur sa table d’examen », par Anne-Marie

Je suis infir­mière et pour­tant, mon der­nier pas­sage chez ma gyné­co­logue je l’ai consi­dé­ré comme un viol : cette femme a été d’une bru­ta­li­té incroyable et d’un irres­pect pour ma pudeur... J’étais un bout de viande sur sa table d’examen. J’en suis sor­tie trau­ma­ti­sée, avec un mal au ventre ter­rible, je ne suis pas près d’y retour­ner. Cela m” a per­mis aus­si de m’interroger sur mon tra­vail, et sur le res­pect et la dou­ceur que je dois aux patients : une remise en cause fon­da­men­tale de mon métier.

« J’ai subi un deuxième viol », témoi­gnage ano­nyme

On a déci­dé de ne pas m’anesthésier du tout pen­dant une inter­ven­tion au laser sur le col de l’utérus. Pleu­rer de dou­leur pen­dant toute l’intervention... Les demandes des infir­mières n’ont pas convain­cu le chi­rur­gien de faire une pause ou de repor­ter l’opération pour pas­ser sous anes­thé­sie.
Une ques­tion : pour­quoi atta­cher nos jambes sur les étriers avec des lanières de cuir si l’on n’est pas anes­thé­siées ?
Le coup de mas­sue : « ça ne fai­sait quand même pas si mal que ça !  », dixit Mr le Dr. G.
J’ai subi un deuxième viol, je n’en avais vrai­ment pas besoin.

« Elle a écrit IVG pour une femme qui venait de perdre sa troi­sième gros­sesse », par Edna

Lors de ma troi­sième fausse couche, à la sor­tie, après le cure­tage néces­saire, je demande épui­sée, déses­pé­rée, à l’interne de me faire un arrêt de tra­vail : elle me regarde de tra­vers...
Je lui dis que reprendre mon tra­vail de méde­cin, m’occuper des gens dans l’état où je suis va être dif­fi­cile, que je me sens très mal, elle finit par me don­ner un arrêt en me disant : « Bon, trois jours ».

Je sors du bloc, d’une anes­thé­sie, j’encaisse ma troi­sième fausse couche... trois jours.
En ren­trant chez moi je rem­plis l’arrêt et là, LA STUPEUR : elle a écrit IVG: inter­rup­tion volon­taire de gros­sesse, pour une femme qui vient de perdre sa troi­sième gros­sesse !!!!

En gros : elle ne connait pas mon dos­sier, elle confond fausse couche et IVG, et en plus, ça la gonfle, la détresse d’une femme qui « aurait » fait une IVG. Sii je n’avais pas été aus­si affec­tée, je serais retour­née lui mettre mon poing dans la g***** parce que juger, se trom­per, man­quer d’empathie, c’est car­ré­ment gra­vis­sime pour un méde­cin en for­ma­tion!

Et que l’on me parle pas de la fatigue des internes, j’en étais, cela n’excuse pas la conne­rie et le mépris.

« Peut-être que mon corps me tue­ra dans quelques années de ne pas m’être sou­mise aux gyné­cos », témoi­gnage ano­nyme

Trau­ma­ti­sée depuis mon ado­les­cence par les pro­pos que me tenait ma mère (« Le gyné­co, tu vas devoir y pas­ser  »), par des consul­ta­tions vio­lentes au début de la ving­taine, où je me ren­dais de mon propre chef, per­sua­dée qu’il fal­lait faire des frot­tis tous les ans parce que c’est impor­tant pour la san­té, parce que c’est ce que disait le fas­ci­cule don­né par la fac, parce que toutes les femmes semblent se rési­gner à remettre leur corps et sur­tout leur inti­mi­té phy­sique et psy­chique entre les mains de méde­cins qui, au début de leur for­ma­tion, vivent des bizu­tages d’une rare miso­gy­nie...
Un jour je me suis dit que si j’en souf­frais tel­le­ment, eh bien il y avait une solu­tion toute simple : ne plus y aller, chez le gyné­co. Et advienne que pour­ra. Peut-être que mon corps me tue­ra dans quelques années de ne pas m’être sou­mise aux gyné­cos, peut-être que je mour­rai au cours d’un accou­che­ment à domi­cile. Ou pas. Mais au moins je vivrai à l’abri de cette vio­lence des­truc­trice, et digne.

« Vous allez prendre un trai­te­ment hor­mo­nal, sinon vous ris­quez de deve­nir les­bienne », témoi­gnage ano­nyme

Quand j’étais ado : « Ah si vous vou­lez qu’un homme veuille de vous un jour mal­gré votre acné, faut arrê­ter le rug­by, hein !  » Ou à 17 ans : « C’est pas nor­mal à votre âge que vous soyez aus­si mus­clée et que vous n’ayez pas de seins, vous allez prendre un trai­te­ment hor­mo­nal, sinon vous ris­quez de deve­nir les­bienne.  » (???) Quand j’avais 20 ans : « De toute façon, toutes les jeunes filles qui ont des mycoses récur­rentes, c’est qu’elles mentent sur leur pra­tique de la sodo­mie. »

De ce que j’ai obser­vé chez cer­tains pra­ti­ciens, l’incertitude est com­blée par des mythes per­son­nels sou­vent liés aux bonnes moeurs, à la bonne hygiène, à une « sexua­li­té conve­nable. » Ça donne des légions de filles sur Doc­tis­si­mo qui s’essaient aux huiles essen­tielles diluées ou non (tee trea, etc) et aux cures de yaourt appli­qué loca­le­ment.

« Je n’étais pas là pour être tri­po­tée par toute la classe », par Lau­rence

Lors de mon pre­mier accou­che­ment, j’avais alors 21 ans, j’ai eu un déclen­che­ment. J’attendais depuis quelques heures déjà que le col s’ouvre, quand, de temps à autre, une infir­mière venait se rendre compte de l’avancée des choses. Sou­dain un jeune étu­diant en méde­cine entra et sou­le­va le drap qui recou­vrait mes jambes écar­tées, offrant ain­si une vue impre­nable. Il fit mine de mesu­rer l’ouverture puis, sem­blant satis­fait, res­sor­tit. Un autre étu­diant entra à sa suite et fit le même manège... Lorsque le troi­sième entra, je l’empêchais aus­si­tôt d’aller plus loin dans la manoeuvre en rabais­sant fer­me­ment le drap, et je lui indi­quais la porte en lui disant que je n’étais pas là pour être tri­po­tée par toute la classe. Qu’il fasse pas­ser le mot, à ceux qui attendent der­rière la porte !

« Je ne connais pas une amie qui n’a pas une his­toire dou­lou­reuse à racon­ter », témoi­gnage ano­nyme

Je ne connais pas une amie, une copine, une col­lègue qui, lorsqu’on parle gyné­co, n’a pas une his­toire dou­lou­reuse à racon­ter : atteinte vio­lente à leur pudeur, com­men­taire très cri­tique sur une par­tie de leur corps ou com­pli­ment sexuel mal­ve­nu, paroles dégra­dantes sur leur pra­tique sexuelle, dou­leur phy­sique non enten­due, voire mépri­sée, humi­lia­tion par celui qui vous prend de haut et vous inti­mide. On a cru long­temps qu’il fal­lait se taire.
Mer­ci à tous ceux qui luttent contre ça : hommes, femmes, spé­cia­listes de la méde­cine, de l’éthique et jour­na­listes.

  • France Culture, Sur les docks, docu­men­taire de Méla­nie Décha­lotte et Fran­çois Teste. Dif­fu­sé le 28.09.2015. Des dizaines de com­men­taires s’ajoutent comme autant de témoi­gnages à ceux de l’émission.

http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-collection-temoignages-maltraitance-gynecologique-2015-09-28

 

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  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

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