On n'est pas des moutons

La COP-21 et la voiture qui mène les peuples en bateau (fable moderne sur la fin de l’humanité)

Pépè­re va régu­liè­re­ment fai­re ses dévo­tions éco­lo­gi­ques en dépo­sant son obo­le ordu­riè­re dans des taber­na­cles moche­tin­gues pla­cés sur le trot­toir. Un jour une bou­tan­che, un autre quel­ques poi­gnées de papier jour­nal, de celui qu’il prend enco­re en fin de semai­ne, pour les pro­gram­mes télé. Par­fois, il croi­se Mémè­re et son teckel en man­teau, venus aus­si célé­brer à leurs maniè­res – elle ses mai­gres déchets, lui sa modes­te crot­te – cet­te mes­se à peu près géné­ra­li­sée à for­ce d’arguments culpa­bi­li­sants.

cop-21

Une civi­li­sa­tion des déchets en quê­te de sur­vie. © gp

Mais hier a écla­té le scan­da­le VW, « Das Auto ». Et la COP-21 qui nous attend, cet­te vingt et uniè­me « confé­ren­ces des par­ties », va désor­mais nous appa­raî­tre com­me un aima­ble concert spon­so­ri­sé par Volks­wa­gen. Au pro­gram­me, des airs de vio­lon et pas mal de pipeau, des œuvres rin­gar­des cata­lo­guées à la façon des piè­ces de Bach, cet­te fois sous le pré­fixe VW.

La catas­tro­phe n’est pas tant pour VW, mais bien plu­tôt, bien plus rude­ment pour le cli­mat pla­né­tai­re et ses consé­quen­ces humai­nes. Com­ment, effet, par­ve­nir doré­na­vant à per­sua­der « les peu­ples » de l’urgence extrê­me de la dimi­nu­tion – impé­rieu­se, dras­ti­que – des gaz à effet de ser­re ? Com­ment ne pas ren­dre déri­soi­res nos « petits ges­tes » de pré­ten­dus « sau­ve­teurs de la pla­nè­te » (mer­ci pour elle, qui se démer­de­ra, fût-ce au bout de mil­liers d’années, voi­re de mil­lions), tan­dis que les prin­ci­paux fau­teurs de l’asphyxie cli­ma­ti­que – les fabri­cants de bagno­les abu­sant leurs uti­li­sa­teurs – ajou­tent de la frau­de au poi­son ?!

Les consé­quen­ces de cet­te affai­re de logi­ciel men­teur sont dou­ble­ment gra­ves : d’abord en tant qu’escroquerie (éthi­que mais aus­si mar­chan­de et tré­bu­chan­te), ensui­te par­ce qu’elles vont détour­ner les « usa­gers » de la Ter­re – ses habi­tants, nous autres pau­vres Ter­riens – des réels enjeux cli­ma­ti­ques et catas­tro­phi­ques. À quoi bon mes ges­tes pieux quand d’autres se gaus­sent et se goin­frent sans ver­go­gne !

Je viens de finir un bou­quin for­mi­da­ble ; il date de 2006 et m’avait alors échap­pé. Par un coup du hasard, chez un bou­qui­nis­te, il m’a ten­du les bras et son titre un rien pro­vo­cant : L’Humanité dis­pa­raî­tra, bon débar­ras ! C’est un pam­phlet aus­si impla­ca­ble que docu­men­té et sacré­ment envoyé. Yves Pac­ca­let, son auteur, est phi­lo­so­phe et natu­ra­lis­te – bel allia­ge – et a fait par­tie de l’équipe sous-mari­ne de Cous­teau (ce qui ne garan­tit rien… Voir ici…) Tout est bon là-dedans, rien à jeter. Flo­ri­lè­ge :

Paccalet« L’homme est une espè­ce jeta­ble, à l’image de la civi­li­sa­tion qu’il a inven­tée. » À l’origine du Mal­heur : la démo­gra­phie galo­pan­te, sui­ci­dai­re. De 1945 à 2025, en qua­tre-vingts ans, la popu­la­tion de la Ter­re aura dou­blé, pas­sant de qua­tre à huit mil­liards d’habitants. « Pour le méde­cin, une popu­la­tion exces­si­ve de cel­lu­les prend le nom de “tumeur”. Si le pro­ces­sus de mul­ti­pli­ca­tion s’emballe, la tumeur devient mali­gne : on a affai­re à un can­cer. » […] « Nous enva­his­sons, nous dévas­tons, nous salis­sons l’air, l’eau, l’humus fer­ti­le, les mers, les prai­ries, les forêts, les marais, les mon­ta­gnes, les déserts et les pôles ; demain la Lune et la pla­nè­te Mars.… Nous pro­dui­sons des quan­ti­tés phé­no­mé­na­les de déchets. Nous menons à l’agonie Gaïa, le super orga­nis­me qui nous inclut. Du même coup, nous nous pré­ci­pi­tons dans le néant. » […] « L’homme est le can­cer de la Ter­re. Cet­te for­mu­le cho­que­ra les âmes sen­si­bles ; mais peu me chaut d’offusquer les “huma­nis­tes” qui ont des yeux pour ne pas voir et un cer­veau pour ima­gi­ner que Dieu les a conçus afin qu’ils pas­sent leur éter­ni­té à chan­ter des can­ti­ques au para­dis ou à cui­re en enfer. Si Dieu exis­te, il nous a faits pour s’amuser, com­me nous fabri­quons nos pro­gram­mes de télé­vi­sion, nos OGM et nos armes de des­truc­tion mas­si­ve. À la fin, c’est tou­jours la catas­tro­phe. »

Je sau­te quel­ques pages pour arri­ver à cet­te saillie (Ô Wil­helm Rei­ch et sa Psy­cho­lo­gie de mas­se du fas­cis­me !) : « L’espèce humai­ne est affreu­se, bête et méchan­te. Nous avons tous en nous quel­que cho­se d’un peu nazi. […] Je cher­che l’humanité au fond de l’homme : je n’y vois que la mous­ta­che d’Hitler. »[*] Pro­vo­ca­teur ? Oui, néces­sai­re­ment. Et je pas­se ici sur l’argumentaire, je ne vais pas reco­pier tout le bou­quin. Tâchez de vous le pro­cu­rer, il est salu­tai­re et clair­voyant, dix ans avant la COP-21 qu’il devan­ce lar­ge­ment avec ses conclu­sions radi­ca­les sous la for­me de Trei­ze bon­nes rai­sons de mou­rir, car « la péda­go­gie de l’environnement n’existe pas ou ne sert à rien : l’humanité est condam­née. »

L’énumération des Trei­ze catas­tro­phes qui nous guet­tent (notez le fati­di­que « 13 ») sem­ble impla­ca­ble. Je crois aus­si qu’elle l’est. Mais on est tout de même ten­té de repren­dre à notre comp­te le mot de la com­tes­se du Bar­ry sous le tran­chant de la guillo­ti­ne :  «Enco­re un moment, mon­sieur le bour­reau ! » 

  • Yves Pac­ca­let, L’Humanité dis­pa­raî­tra, bon débar­ras !, 191 p. Essai. J’ai lu.
  • [*] His­toi­re d’atteindre le Point God­win, je rap­pel­le que Das Auto, la Voi­tu­re du peu­ple, a vu le jour dans les années tren­te, en Alle­ma­gne nazie, selon les sou­haits d’Hitler.
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« C’est l’école qui créé l’islamisme ! » Entretien avec Hamid Zanaz, écrivain algérien

hamid-zanaz

Cré­dit pho­to : Hamid Zanaz

Algé­rien, Hamid Zanaz vit en Fran­ce depuis une ving­tai­ne d’années. Il n’est retour­né en Algé­rie que tout récem­ment. Écri­vain, tra­duc­teur et jour­na­lis­te, il publie abon­dam­ment dans des médias ara­bes, tuni­siens, algé­riens et liba­nais prin­ci­pa­le­ment. Pour lui, il n’y a rien à rete­nir de la reli­gion du pro­phè­te, islam et isla­mis­me sont syno­ny­mes. Para­doxe : malgré les inter­dic­tions et la répres­sion, il se sent plus libre d’écrire dans cer­tains médias ara­bo­pho­nes qu’en Fran­ce… Ce détrac­teur réso­lu de l’islam expli­que pour­quoi et nous livre son regard sur le mon­de ara­be et l’Algérie. Pes­si­mis­te, iro­ni­que et bon-vivant, il pour­suit son œuvre-com­bat. Son der­nier ouvra­ge est titré Isla­mis­me: com­ment l’Occident creu­se sa tom­be.

Inter­view  par Mireille Val­let­te, du site suis­se LesObservateurs.ch [avec les vifs remer­cie­ments de C’est pour dire].

• Vous ne vou­lez plus publier d’ouvrages en fran­çais. Pour­quoi ?

– Hamid Zanaz : Ce que je publie dans cer­tains pays ara­bes, jamais je ne pour­rais l’écrire en Fran­ce. Même si en prin­ci­pe tout est inter­dit là-bas, le débat a lieu. Je viens de tra­dui­re du fran­çais en ara­be un livre sur l’origine du mon­de qui est une vraie gifle à la reli­gion. Ici, on a peur d’être trai­té de racis­te. Dans les pays musul­mans, je peux être trai­té de mécréant, jamais de racis­te.

• D’autres exem­ples de ce que vous pou­vez dire là-bas ?

– Je peux écri­re qu’il n’y a pas de dif­fé­ren­ce entre islam et isla­mis­me, ou que le public de Dieu­don­né est for­mé à 80% de racaille isla­mi­que. Pas en Fran­ce ou alors seule­ment dans des sites au public limi­té, et au ris­que d’ennuis judi­cai­res… Valls, lorsqu’il par­le des dji­ha­dis­tes, il fait atten­tion à ne pas dire qu’ils sont musul­mans. C’est ridi­cu­le ! Je publie en ce moment une série d’articles dans un quo­ti­dien liba­nais ara­bo­pho­ne. Ce sont des inter­views de fem­mes ara­bes rebel­les, dont Wafa Sul­tan et des fem­mes enco­re plus radi­ca­les. J’en ferai un livre en ara­be inti­tu­lé « Ma voix n’est pas une hon­te », en réfé­ren­ce à Maho­met dans l’un de ses Hadiths.

• Pour vous, la pau­vre­té en est-elle le ter­reau de l’intégrisme ?

– Contrai­re­ment à ce que veu­lent croi­re les Occi­den­taux, ce n’est pas la misè­re et la dis­cri­mi­na­tion qui ont créé l’islamisme, c’est l’école ! C’est la pos­si­bi­li­té de lire. Avant, les reli­gieux trans­met­taient un islam popu­lai­re, c’est-à-dire mal com­pris. Les gens étaient incons­ciem­ment tra­vaillés par la moder­ni­té, ils y adhé­raient peu à peu. Lors­que l’enseignement a été ara­bi­sé en Algé­rie, les gens et les imams ont pu connaî­tre l’islam savant, « le vrai islam ». Et quand ils l’ont connu, ils sont natu­rel­le­ment deve­nus inté­gris­tes et ils ont com­men­cé à récla­mer l’application de cet islam, la cha­ria. Mais en fait, une bon­ne par­tie de la popu­la­tion lit peu, elle dépend sou­vent de quelqu’un qui cite ce qu’il y a dans les tex­tes. En Algé­rie, c’est sur­tout l’Etat qui isla­mi­se, c’est l’offre qui crée la deman­de. Je regar­de par­fois des émis­sions sur des TV algé­rien­nes. L’autre jour, je tom­be sur des ques­tions-répon­ses avec un type connu, auto­pro­cla­mé spé­cia­lis­te de l’islam. Une fem­me dit : j’ai des pro­blè­mes avec mon mari, il fait ceci et cela qui n’est pas jus­te.Et lui répond : pour plai­re à Allah, tu dois sui­vre tout ce que dit ton mari.

• Pen­sez-vous que la jeu­nes­se du mon­de ara­be repré­sen­te un espoir ?

– Non, la jeu­nes­se du mon­de ara­be ne chan­ge pas, mis à part une mino­ri­té. L’école fabri­que des inté­gris­tes jour et nuit. J’ai été prof de phi­lo au lycée. Lors­que tu trai­tes de l’Etat par exem­ple, le pro­gram­me t’oblige à fai­re la lis­te des méfaits et des avan­ta­ges du capi­ta­lis­me et du socia­lis­me, puis à fai­re la syn­thè­se et à don­ner la solu­tion : c’est l’Etat isla­mi­que. Les jeu­nes ne sont pas fana­ti­sés par inter­net, ils sont d’abord isla­mi­sés dans les mos­quées et les ins­ti­tu­tions de l’Etat. L’Internet, c’est le pas­sa­ge à la pra­ti­que.

• Mais les pré­cep­tes, par exem­ple rela­tifs à la sexua­li­té, sont extra­or­di­nai­re­ment sévè­res. La popu­la­tion réus­sit-elle à les res­pec­ter ?

– Non, même s’ils sont pro­gram­més par le logi­ciel isla­mi­que, les gens ne peu­vent pas résis­ter, la vie est plus for­te. C’est une vas­te hypo­cri­sie. Quand je suis arri­vé en Algé­rie, je suis allé dans un bar où il y avait des fem­mes et des hom­mes, où l’on buvait de l’alcool. Mais c’est deve­nu pres­que clan­des­tin, ces lieux fer­ment petit à petit… sou­vent sous la pres­sion des habi­tants du quar­tier.

• Com­ment est-ce que le pou­voir se main­tient ?

– Dans ce pays, il y a deux opiums, la reli­gion et l’argent. L’Algérie ne se déve­lop­pe pas, mais pour gar­der le pou­voir, les auto­ri­tés ont créé une sor­te d’Etat-providence. Ils achè­tent la paix socia­le et rap­pel­lent constam­ment qu’ils ont stop­pé le ter­ro­ris­me des années 90. Pour l’instant, ça mar­che. Mais il n’y a pas de pou­voir fort, les Algé­riens se sont tou­jours rebel­lés. En résu­mé, c’est le bor­del !

• Et à votre avis, ce régi­me peut tenir jusqu’à quand?

Jusqu’à la fami­ne… jusqu’à ce que la man­ne pétro­liè­re soit épui­sée ou concur­ren­cée par d’autres for­mes d’énergie. Le pro­blè­me de l’islam va se régler quand il n’y aura plus de pétro­le. Fran­che­ment, qui écou­te­rait l’Arabie saou­di­te ou le Qatar s’ils n’en ’avaient pas?

• En Algé­rie, avez-vous res­sen­ti l’explosion démo­gra­phi­que ?

– Les bâti­ments enva­his­sent tout, on ne ces­se de construi­re. Si ça conti­nue com­me ça, dans 50 ans, il n’y aura plus d’espace non-bâti. Il n’y a pas de tra­vail. La pol­lu­tion est ter­ri­ble, les auto­rou­tes déla­brées… C’est le chaos par­tout. Mais j’y ai fait un beau séjour, il y a la famil­le, la mer…

• Que pen­sez-vous du cas tuni­sien ?

– J’ai tou­jours aimé ce pays, c’est une excep­tion dans le mon­de ara­be. C’est dû à l’apport de Bour­gui­ba, il avait vrai­ment com­pris le dan­ger de l’islam, entre autres dans l’enseignement. L’éducation a bien fonc­tion­né, elle a pro­duit une éli­te laï­que très bien for­mée et sa résis­tan­ce à la pres­sion reli­gieu­se est extra­or­di­nai­re ! Je les admi­re ! Ces Tuni­siens défen­dent la laï­ci­té plus et mieux que les Fran­çais et dans un cli­mat hos­ti­le.


« Il est grand le bonheur des musulmans »

Illus­tra­tion affli­gean­te du condi­tion­ne­ment reli­gieux infli­gé à des enfants…

Faut-il com­men­ter ?

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Réfugiés à Aix-en-Provence : Pas de ça chez moi ! clame Maryse Joissains

Des réfu­giés « chez moi » ? Et quoi enco­re ? La mai­re d’Aix-en-Provence, Mary­se Jois­sains, n’a pas tar­dé à se dis­tin­guer sur ce cha­pi­tre du rejet qui consti­tue son fond de com­mer­ce poli­ti­que. Sa lar­ges­se de vue et d’esprit sur­gis­sent de même, agré­men­tée de sa « dis­tinc­tion » légen­dai­re, décla­rant ain­si [La Pro­ven­ce 8/9/15]:

« Des migrants, j’en ai déjà suf­fi­sam­ment à Aix. Il y a les sans-papiers et les Roms. J’ai mon quo­ta. Je rejet­te la poli­ti­que de dan­ge­ro­si­té de Hol­lan­de qui ne sait pas gérer la cri­se. En plus, après la pho­to de l’enfant syrien, retrou­vé mort noyé, il fait appel à l’émotion popu­lai­re. Ce qui est indi­gne. Les Syriens, il faut les accueillir chez eux, les pro­té­ger chez eux. » Admi­rons la fines­se de l’analyse et sa por­tée géo-poli­ti­que. Elle pour­suit : « Puis, 24.000 ça veut dire quoi ? Il y a des mil­liers de migrants et ça va pro­vo­quer un appel d’air. Ce qu’on est en train de fai­re, c’est de la dépor­ta­tion. [sic] Si c’est ça l’humanisme, alors je n’y com­prends plus rien. » La Pro­ven­ce ajou­te : « Mary­se Jois­sains avoue­ra néan­moins [sous la tor­tu­re des jour­na­lis­tes ? Note du blo­gueur] qu’elle est prê­te à accueillir des Syriens. « Mais des chré­tiens ».

andré faber 2015

© andré faber 2015

Oui, res­tons entre gens de bon­ne com­pa­gnie. Et, sur­tout, pas ques­tion de lais­ser le « mono­po­le » du rejet aux lepe­nis­tes du FN qui pour­raient lui fai­re de l’ombre. Mais de petits arran­ge­ments seront tou­jours pos­si­bles avec cet­te fem­me qui n’est ni démo­cra­te ni répu­bli­cai­ne. Rap­pe­lons ses pro­pos de mai 2012, autour de la pré­si­den­tiel­le :

  «  Même si M. Hol­lande est pro­clamé pré­sident de la Répu­blique, je ne pen­se pas qu’il soit légi­time, par­ce qu’il y arri­ve après un com­bat anti-démo­cra­ti­que com­me on ne l’a jamais vu dans ce pays. »

«  Fran­çois Hol­lande est un dan­ger pour la Répu­blique. Cet hom­me n’a jamais fait la démons­tra­tion qu’il ait fait quel­que cho­se dans sa vie. Je ne le crois pas com­pé­tent, ni capa­ble. En tout cas phy­si­que­ment. Il ne don­nera pas l’image d’un pré­sident de la Répu­blique. J’aurais aimé d’un pré­sident qu’il ait plus de pres­tance et pas qu’il agi­te ses petits bras com­me il le fait dans tous ses mee­tings par­ce que ça me paraît extrê­me­ment ridi­cule. » [Lire sur « C’est pour dire » Sar­ko­zys­me. Le put­sch ver­bal et fas­ci­sant de Mary­se Jois­sains, mai­re d’Aix-en-Provence ]

Mary­se Jois­sains, on le sait, a tou­jours eu un gros fai­ble pour les petits bras agi­tés par son poli­ti­cien pré­fé­ré. Affai­re de goût, de choix. On ne dis­cu­te même pas.

Quant à La Pro­ven­ce – le quo­ti­dien mar­seillais –avec ou sans Tapie à sa tête, il res­te fidè­le à sa ligne pla­te­ment déma­go­gi­que. Ain­si son innom­ma­ble rubri­que « Le vote du jour », en der­niè­re page, entre la météo et l’horoscope, qui sou­met une ques­tion à la répon­se binai­re : oui/non et « Ne se pro­non­ce pas ». Exem­ple de ce mar­di 8/9/15 : À la ques­tion « Faut-il assou­plir les condi­tions d’accueil des réfu­giés syriens ? » « Vous avez voté hier » : Oui, 17 % - Non, 79 %. (Sans avis 4 %).

Une tel­le pra­ti­que est scan­da­leu­se, à plus d’un titre.

Sans dis­cu­ter ici de la vali­di­té des son­da­ges en géné­ral (même pra­ti­qués selon les règles de l’art), le jour­nal, lui, n’indique jamais le nom­bre de répon­ses obte­nues – c’est dire la valeur de ses pour­cen­ta­ges ! Quant aux ques­tions posées, elles vont des plus débi­les aux plus gra­ves com­me cel­le du jour, posée de maniè­re on ne peut plus incon­sé­quen­te : Faut-il assou­plir [que le ver­be est judi­cieux !] les condi­tions d’accueil [les­quel­les ?]…

Ce gen­re de déri­ve relè­ve tout autant de l’abêtissement jour­na­lis­ti­que que de l’absence d’éthique. Elle n’en recè­le pas moins des inten­tions inavouées, peut-être incons­cien­tes – allez savoir !

Sur ce constat et sur les pro­pos de Mme Jois­sains, l’archevêque du Vau­clu­se, Mgr Cat­te­noz a de quoi s’époumoner enco­re davan­ta­ge que dans sa vidéo sur inter­net où il décla­re :

« J’ai hon­te de mon pays, la Fran­ce, qui, à plus de 50% de sa popu­la­tion, refu­se l’accueil des migrants. J’ai hon­te de cer­tains poli­ti­ques qui tien­nent des pro­pos inqua­li­fia­bles lorsqu’ils par­lent de “ces gens-là”. Ils les dési­gnent avec mépris. J’ai hon­te des chré­tiens qui sem­blent igno­rer cet­te tra­gé­die des migrants et sur­tout se refu­sent à per­dre les avan­ta­ges acquis de leur niveau de vie ».

Pro­pos repris dans La Pro­ven­ce du même jour, même arti­cle, même puni­tion.

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Séguéla : « Même si on est clochard, on peut arriver à mettre de côté 1 500 euros »

Jacques Ségué­la, le plus con des pubeux bron­zés vient de remet­tre une cou­che  à sa conne­rie déjà gra­ti­née. Après sa sor­tie de 2009 - «Si à cin­quan­te ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie !», le célè­bre mora­lis­te s’est sur­pas­sé sur BFM TV. En ten­tant mina­ble­ment de jus­ti­fier sa « pub » pré­cé­den­te – une «conne­rie», admet-il en se don­nant une baf­fe, même s’il ne la «regret­te pas» [sic], il a cru bon d’ajouter : « Il n’y a pas de rai­son de dire aux gens “Vous êtes condam­nés à ne jamais vous fai­re le plai­sir de votre vie”. On a quand même le droit, même si on est clo­chard, on peut arri­ver à met­tre de côté 1 500 euros ! On a le droit de rêver nom de Dieu ! »

À coté de  ce gars-là, Pier­re Bour­dieu fait pen­se-petit, je trou­ve.

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Nucléaire : 4 ans après Fukushima, le Japon sonne la relance

« Le réac­teur numé­ro 1 de la cen­tra­le de Sen­dai a redé­mar­ré à 10 h 30 [3 h 30, heu­re fran­çai­se] », a annon­cé, ce mar­di 11 août, un por­te-paro­le de la com­pa­gnie japo­nai­se Kyu­shu Elec­tric Power. Ain­si, qua­tre ans et cinq mois après la catas­tro­phe de Fuku­shi­ma, en mars 2011, les auto­ri­tés japo­nai­ses pas­sent outre l’opposition de la popu­la­tion nip­po­ne, tou­jours trau­ma­ti­sée. Selon des son­da­ges, 60 % des Japo­nais demeu­rent hos­ti­les à l’énergie nucléai­re.

Souhai­tée par le gou­ver­ne­ment conser­va­teur, cet­te remi­se en ser­vi­ce d’installations nucléai­res est d’abord moti­vée par des rai­sons éco­no­mi­ques. Le Japon connaît depuis 2011 d’importants défi­cits com­mer­ciaux dus en gran­de par­tie à la fac­tu­re d’hydrocarbures pour ali­men­ter les cen­tra­les ther­mi­ques. Des argu­ments… éco­lo­gi­ques sont aus­si mis en avant, sur le regis­tre de la réduc­tion des gaz à effet de ser­re émis par les cen­tra­les au gaz, au pétro­le ou au char­bon.

Mais les Japo­nais res­tent majo­ri­tai­re­ment hos­ti­les à ce redé­mar­ra­ge – qui inter­vient en plein dans les vacan­ces d’été – et à quel­ques jours des céré­mo­nies du soixan­te-dixiè­me anni­ver­sai­re des bom­bar­de­ments d’Hiroshima et de Naka­sa­ki. Nao­to Kan, pre­mier minis­tre au moment de Fuku­shi­ma, deve­nu depuis l’un des plus viru­lents oppo­sants au nucléai­re, a qua­li­fié cet­te mise en ser­vi­ce d” »erreur ». Des mani­fes­ta­tions ont été orga­ni­sées aux por­tes de la cen­tra­le de Sen­dai et devant la rési­den­ce du pre­mier minis­tre, à Tokyo. « Les leçons de Fuku­shi­ma n’ont pas été tirées », a dénon­cé l’un des conseillers muni­ci­paux de Sat­su­ma­sen­dai. Le réac­teur de Sen­dai – situé sur la côte, au sud-ouest de Tokyo – est le pre­mier à être remis en ser­vi­ce, tan­dis qu’une ving­tai­ne se pré­pa­rent aus­si à redé­mar­rer.

Ce signal était évi­dem­ment atten­du des milieux nucléa­ris­tes de la pla­nè­te sur laquel­le quel­que 76 réac­teurs nucléai­res sont en chan­tier… Tout va bien.

• À lire, le blog fran­çais entiè­re­ment dédié à Fuku­shi­ma et ses sui­tes : http://www.fukushima-blog.com/

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Cousteau, salaud, le peuple de l’eau aura ta peau ! (pcc Gérard Mordillat)

Enco­re une ido­le qui se fait dézin­guer. Cet­te fois, ce n’est pas Onfray qui cogne, mais Gérard Mor­dillat qui se tape le « com­man­dant Cous­teau » en revi­si­tant son film tour­né avec Louis Mal­le, Le Mon­de du silen­ce.

Palme d’or à Can­nes en 1956 et Oscar du meilleur film docu­men­tai­re l’année sui­van­te aux Etats-Unis le film a consa­cré un nou­vel héros des pro­fon­deurs, bien­tôt éle­vé au rang d’idole de la Natu­re océa­ne. Des cen­tai­nes de mil­liers de spec­ta­teurs auront gar­dé en mémoi­re la beau­té des fonds marins et la… pro­fon­deur du pro­pos. Soixan­te ans après la sor­tie, le roman­cier et cinéas­te Gérard Mor­dillat recon­si­dè­re l’unanimisme béat qui avait accueilli le film et s’interroge sur ce qui lui appa­raît aujourd’hui  com­me l’œuvre d”« une ban­de d’abrutis satis­faits ». Et de détailler les scè­nes d’horreur : tue­rie de requins à coups de pel­le, cacha­lot déchi­que­té par l’hélice de la Calyp­so et ache­vé au fusil, dyna­mi­ta­ge de pois­sons pour rai­son « scien­ti­fi­que », etc.

Com­ment se fait-il qu’on n’ait alors rien vu ? s’étrangle Mor­dillat. C’était début juillet, sur le site de Là-bas si j’y suis (l’émission de Daniel Mer­met, ex-Fran­ce Inter). La vidéo ci-des­sous illus­tre cet­te affai­re post mor­tem.

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Sur France Culture, Michel Onfray s’en prend aux nihilistes

Si ça vous avait échappé, France Culture a repris la diffusion, comme chaque été depuis maintenant treize ans, des conférences de Michel Onfray enregistrées à son Université populaire de Caen. C'est aussi la fin de cette longue série intitulée "Contre-histoire de la philosophie", cette fois autour du thème "la résistance au nihilisme".

Attention ! Pour des raisons de droits, chaque numéro de cette treizième saison sera téléchargeable et réécoutable pendant seulement 15 jours.

Depuis lundi, donc, Onfray a remis sur le métier – celui du philosophe hédoniste – sa lecture si pertinente des grands courants philosophiques. Il le fait selon la méthode socratique par excellence qui considère la philosophie non pas comme une litanie d'idées abstraites – les théories – mais comme une quête pour une vie meilleure, un art de vivre. Il rejoint en cela les démarches de ses "aînés" dans le domaine, les Montaigne, Marcel Conche, Pierre Hadot, Michel Serres, et d'autres contemporains. Un tel cheminement le conduit à se situer à contre-courant des modes intellectuelles et des coteries, à examiner de manière critique les idées dominantes  – celles qui, précisément, en viennent à nous dominer, qu'on le veuille ou non, car elles sont puissamment relayées par l'appareil médiatique.

À cet égard, les trois premières émissions (on peut les télécharger) sont des plus intéressantes, notamment en ce qu'elles montrent comment une certaine gauche de pouvoir a creusé un immense fossé entre les "élites" autocooptées et le peuple – qui n'existe d'ailleurs plus à leurs yeux. Les exemples ne manquent pas sur ce chapitre, qu'il s'agisse de l'université post-soixante-huittarde de Vincennes et, en effet, haut-lieu du nihilisme comme entreprise de démolition des valeurs et de l'Histoire (on y justifiait, entre autres aberrations, la pédophilie…) ; qu'il s'agisse de Michel Foucault et, pour le coup, de ses errements philosophico-politiques, rejoints par la vague structuraliste sur laquelle surferont les Deleuze, Barthes, Badiou, Sollers, etc., avant leurs dérives maoïstes !

Bref, nous revenons de loin et Onfray nous le rappelle de façon tout à fait judicieuse, ne manquant pas aussi de faire ressortir les liens avec les montées populistes actuelles.

Michel Onfray suscite aussi des rejets, souvent violents, à la mesure du dérangement qu'il cause dans la bienpensance. Et aussi du fait qu'il s'expose beaucoup – c'est un bon client des médias – sur presque tous les sujets. De quoi, en effet, susciter agacements autant que jalousies. Son Université populaire constitue la meilleure réponse à ses opposants. Qu'on en juge avec la vidéo ci-dessous [France Culture].


Michel Onfray - Dernière conférence de "la... par franceculture

France Culture, à 11 heures ; rediffusion à 19 heures.

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Le martyre du Yémen, dans l’indifférence absolue

J’ai été saisi d’une terrible tristesse, hier soir, à la lecture de l’édito du Monde, qui commence ainsi à la une, avec ce titre que je fais mien :

Le martyre du Yémen, dans l'indifférence absolue

Il devait y avoir une trêve humanitaire le 17  juillet. Elle n'a pas eu lieu, en dépit des appels, de plus en plus pressants, de l'ONU et de la Croix-Rouge internationale. Voilà quatre mois déjà que le Yémen, pourtant habitué à la guerre, vit à l'heure des bombardements urbains et d'une crise humanitaire chaque jour plus dramatique. Encore quelques mois de combats, et le pays ressemblera à la Syrie, une mosaïque de chefs de guerre locaux, s'affrontant à l'arme lourde au beau milieu d'une population traumatisée.

Le Yémen, l'Arabie heureuse de l'Antiquité, est, une fois de plus, en voie de dislocation – reflet et théâtre, parmi d'autres, des conflits qui divisent le Moyen-Orient d'aujourd'hui.

Que sera devenue cette fillette "à la pomme", en Eve innocente souriant à l'étranger ?

Que sera devenue cette fillette "à la pomme", en Eve innocente souriant à l'étranger ? © gp

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Tristesse mêlée d’autant de nostalgie remontant à un reportage qui m’avait amené dans cet étrange et fascinant pays, il y a exactement dix ans. J’ai alors fouillé dans mes archives, hier, pour retrouver de mes visions d’alors, pour croiser à nouveau ces regards – ici des femmes sous la burqa, là des enfants troublants d’innocence, ici encore des hommes empreints de cette virilité ancestrale, peut-être en partie cause du désastre actuel. Et, revoyant ces photos, imaginant les drames et les violences subis, j’éprouvais une grande compassion à l’égard de ce peuple, lui aussi martyrisé – c’est bien le mot.

L’article du Monde poursuivait :

Est-ce la complexité des lignes de fracture de ce pays – régionales, religieuses, politiques –, l'éloignement ou un sentiment de désespoir, l'épuisement de nos capacités d'indignation  ? Toujours est-il que le calvaire vécu par le Yémen ne fait ni la "  une  " des journaux ni ne mobilise qui que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis. Pourtant, en quatre mois, la guerre y a fait près de 3  000  morts et 10  000 blessés, selon les ONG humanitaires. Elle a mis 1  million de réfugiés intérieurs sur les routes. Elle prive 80  % de la population – 25  millions d'habitants, parmi les plus pauvres du monde – d'un nombre croissant de produits de première nécessité  : eau potable et médicaments, notamment.

Que faire, dès lors ? En parler, relayer cette injuste « loi » des médias, reflet et cause de l’indifférence à l’Autre, surtout lointain – et le lointain est parfois bien proche. Et qu’y pouvons nous, d’ailleurs ? Quelle action possible face aux soubresauts de ce monde en désarroi indicible ?

Le Monde encore :

Enfin, à Sanaa, la capitale, et ailleurs, les bombardements, particulièrement ceux de l'aviation saoudienne, ont détruit une partie d'un héritage architectural classé au Patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco. Là encore sans choquer outre mesure la " communauté internationale ".

L'œuvre des bombes, juin 2015 [dr]

L'œuvre des bombes, juin 2015 [dr]

C’était mon deuxième voyage au Yémen. Lors du premier, en 1973, je m’étais arrêté à Aden, qui était alors la capitale. Capitale bien fictive, à la légitimité de tout temps contestée par les tribus du Nord du pays. Aden, ville coloniale sous protectorat britannique jusqu’en 1967.

Ça remontrait trop loin dans l’Histoire et son extrême complexité, nouée ici précisément, dans ce détroit de Bab-el-Mandeb infesté de pirates – encore de nos jours d’ailleurs – commandant la route du pétrole moyen-oriental et la route des Indes, vers Zanzibar et Bombay, si précieuse à l'empire britannique. Il y a tant à dire sur ce port installé au fond d’un cratère de volcan (éteint !), où a séjourné Rimbaud, et aussi Paul Nizan (Aden Arabie) et Pierre Benoit. D’Aden, cependant, je n’ai pas retrouvé mes photos ; ni même mes notes et articles. Je garde des impressions très fortes d’une ville soudainement abandonnée par ses colonisateurs ; d’un pouvoir, vaguement communiste et pas drôle du tout ; d’un séjour forcé au Crescent, palace décrépi où une suite délirante m’avait été allouée d’office – et facturée !

Mais Sanaa, quelle merveille ! J’y éprouvais un choc émotionnel et esthétique comparable à ma première vision de Venise. Sanaa, Venise des sables, dirais-je…Et voilà que cette perle de l’Arabie heureuse, comme dit le Monde, est aujourd’hui bombardée, voilà qu’on y massacre des vies humaines et avec elles, la Beauté – cette Beauté qui, pourtant, atteste de l’Humanité.

D’où mes photos en abondance, comme (vaine) invocation, imploration : que la démence mortifère épargne ces regards et ces habitats sublimes. [Cliquer sur une image, puis faire défiler les photos].

 

Cet article relève d'abord de l'affectif, lié aux souvenirs directs, à la rencontre. Les touristes aussi connaissent cet attachement lié au voyage et au changement de vision sur le monde. Tout le contraire de l'enfermement dans l'obscurantisme le plus noir et le plus mortifère. Les nazis n'ont pas été surpassés dans leur délire exterminateur du genre humain ; tandis qu'ils collectionnaient les chefs d'œuvre de l'Art (non "dégénéré" toutefois) et que leurs "dignitaires" se délectaient de Beethoven et plus encore de Wagner. Mais les talibans afghans détruisant – aussi, en plus des vies humaines – les Bouddhas de Bâmiyân ; les fanatiques de Daech attaquant à la masse les sculptures des musées de Mossoul ; leurs homologues en sauvagerie agissant de même au Mali, en Libye, en Tunisie et en Syrie… Et désormais au Yémen, sans qu'on écarte, hélas, les exportations dans les pays du Diable occidental, cible ouverte aux terrorisme le plus aveugle.

Pour tenter de comprendre l'incompréhensible – en tout cas l'injustifiable au regard de l'humaine raison raisonnante –, voyons la fin de cet article du Monde, on ne peut plus clairement alarmant :

Qui se bat contre qui  ? A très gros traits, il y a, d'un côté, l'ancien président Ali Abdallah Saleh, appuyé par une partie de l'armée et par les milices houthistes, qui, parties du nord du Yémen, ont déferlé sur le Sud et sa capitale régionale, le port d'Aden. Ils sont aujourd'hui sur la défensive. Car, de l'autre côté, l'Arabie saoudite et neuf autres pays arabes sont à l'offensive pour restaurer Abd Rabbo Mansour Hadi, le dernier des présidents en place, et les forces qui lui sont restées loyales.

Les houthistes sont présentés comme l'instrument de l'Iran au Yémen. La République islamique est soupçonnée de vouloir un point d'appui dans le golfe d'Aden, qui contrôle l'accès, en mer Rouge, du détroit de Bab-el-Mandeb, point de passage-clé pour le pétrole de la région. Au nom de la lutte contre les velléités de domination régionale de l'Iran, l'Arabie saoudite est entrée en guerre au Yémen en mars  2015, entraînant d'autres pays arabes dans l'aventure.

Les houthistes sont accusés de massacres divers, bombardant à l'aveugle, notamment les alentours d'Aden. L'aviation saoudienne bombarde, elle, de manière tout aussi indiscriminée : hôpitaux, centrales électriques, réservoirs d'eau – plus de la moitié des victimes sont des civils. A quoi il faut ajouter des attaques dues à l'Al-Qaida locale et des attentats imputés à une branche yéménite de l'Etat islamique, sans trop savoir qui est derrière l'une et l'autre de ces filiales djihadistes. De peur de mécontenter un peu plus Riyad, déstabilisé par l'accord sur le nucléaire iranien, les Etats-Unis ont pris le parti de la coalition arabe.

Au milieu, les Yéménites meurent, dans une assourdissante indifférence.

© Le Monde © Photos Gérard Ponthieu 

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A Djibouti, chez les Marines

De Djibouti aux Pyramides et là, comme une merveille, Sanaa au cœur du Yémen

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Fin de partition pour le pianiste John Taylor

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© Gérard Tis­sier - 2015

Il s’en est allé en musi­que, en jazz, effon­dré sur son cla­vier. Fin du mor­ceau, fin fina­le, et sans rap­pel. C’était ce ven­dre­di 17 juillet, au Saveurs Jazz Fes­ti­val à Segré près d’Angers. John Tay­lor n’a pas sur­vé­cu à une cri­se car­dia­que, il est mort le len­de­main. C’était un fameux com­po­si­teur et pia­nis­te anglais, né en 42 à Man­ches­ter – il aurait eu 73 ans en sep­tem­bre pro­chain. Il tour­nait avec le quar­tet de Sté­pha­ne Kere­cki (com­po­si­tion, contre­bas­se), aux côtés d’Émile Pari­sien (sopra­no) et Fabri­ce Moreau (bat­te­rie).

Auto­di­dac­te, John Tay­lor avait for­gé son sty­le pro­pre en dehors des éco­les, et auprès des meilleurs jazz­men, com­me notam­ment son com­pa­trio­te le saxo­pho­nis­te John Sur­man. Il joue­ra aus­si avec Lee Konitz, Gil Evans, Ken­ny Whee­ler et la chan­teu­se Nor­ma Wins­to­ne, qui devien­dra sa pre­miè­re épou­se. Sa dis­co­gra­phie est des plus four­nies, notam­ment chez ECM pour lequel, à l’occasion de son soixan­tiè­me anni­ver­sai­re, il enre­gis­tre le magni­fi­que Ross­lyn en trio avec le contre­bas­sis­te Marc John­son et le bat­teur Joey Baron.

Pia­nis­te sub­til, au jeu plu­tôt inté­rieur, loin du démons­tra­tif, on pour­rait – sans rédui­re sa réel­le ori­gi­na­li­té – le rat­ta­cher à la lignée des Bill Evans et Paul Bley, où l’on retrou­ve aus­si l’Américaine Mary­lin Cris­pell. Il aura par­cou­ru les vagues suc­ces­si­ves du jazz « moder­ne », du hard bop au free, sans se dépar­tir d’une vraie conti­nui­té musi­ca­le hors cha­pel­les.

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Invi­té par le Mou­lin à Jazz de Vitrol­les, le 23 mai 2015, John Tay­lor aux côtés de Jean-Char­les Richard, Sté­pha­ne Kere­cki, Fabri­ce Moreau. © Gérard Tis­sier.

Il avait trou­vé tou­te sa pla­ce dans le magni­fi­que quar­tet de Ste­pha­ne Kere­cki et son pro­gram­me Nou­vel­le Vague ins­pi­ré du ciné­ma, bien sûr, et de musi­ques de films. C’est avec ce pro­gram­me (Jean-Char­les Richard rem­pla­çait alors Émi­le Pari­sien) qu’il était venu en mai der­nier au Théâ­tre de Font­blan­che à Vitrol­les, invi­té par le Mou­lin à Jazz.

En plus de ses talents musi­caux, John Tay­lor mêlait joie de vivre et humour, bri­ti­sh of cour­se – en quoi il savait aus­si appré­cier un blanc de Pro­ven­ce (entre autres, car il vivait en Fran­ce) et par­ta­ger une bon­ne bla­gue d’un rire explo­sif.

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« Zorba le Grec » ne connaît pas la crise

Alexis Zor­ba, roman du grand écri­vain cré­tois Nikos Kazant­za­kis, est un chef d’œuvre ; il en est de même du film qu’en a tiré le cinéas­te grec Michael Cacoyan­nis. Une tel­le adé­qua­tion entre un livre et un film relè­ve de la rare­té. On la doit à une conjonc­tion de talents, ceux de l’écrivain et du cinéas­te, des acteurs (Antho­ny Quinn, Alan Bates, Irè­ne Papas, Líla Kédro­va), du com­po­si­teur (Mikis Theo­do­ra­kis) et de tou­te l’équipe de réa­li­sa­tion.

Le film, qui date de 1964 (le livre de 1946) est res­sor­ti en février de cet­te année (2015) en ver­sion remas­té­ri­sée et en DVD. Cin­quan­te ans après, en plei­ne cri­se dite « grec­que » (en fait euro­péen­ne et sur­tout capi­ta­lis­ti­que, pour appe­ler un chat un chat), cet­te « résur­rec­tion » réson­ne avec for­ce. Zor­ba n’est pour­tant pas un film poli­ti­que, pas tout à fait ; c’est-à-dire qu’il l’est par sa dimen­sion phi­lo­so­phi­que et les ques­tions exis­ten­tiel­les qu’il pose : en par­ti­cu­lier cel­le de l’antagonisme pulsions/raison, incar­né par cha­cun des deux prin­ci­paux per­son­na­ges – anta­go­nis­me que la fra­ter­nel­le ami­tié des deux hom­mes va dis­si­per à la fin du film, lors de la fameu­se scè­ne de la dan­se qui réunit les deux corps – « ensem­ble » ordon­ne Zor­ba à son intel­lo de « patron ». Sur ce point, la ver­sion fil­mi­que dif­fè­re du roman, où la fin res­te bien plus pro­blé­ma­ti­que, ouver­te, incer­tai­ne – rien n’est acquis et les deux hom­mes repar­tent cha­cun vers son des­tin. Pas éton­nant, dans la mesu­re où Kazant­za­kis demeu­re­ra tou­te sa vie tra­ver­sé par cet­te lut­te inter­ne, inces­san­te, entre la chair et l’esprit – tiraille­ment que Zor­ba ne ces­se­ra de moquer dans une dia­lec­ti­que de pro­pos, de situa­tions, de sym­bo­les consti­tuant en quel­que sor­te le « sel » du roman – et du film.

Du phi­lo­so­phe fran­çais Hen­ri Berg­son, dont il fut l’élève à Paris, Kazant­za­kis retien­dra en par­ti­cu­lier l’idée de l’élan vital que, par la sui­te, il confron­te­ra au mar­xis­me et… au boud­dhis­me. Il est aus­si très influen­cé par Nietz­sche et son « sur­hom­me » dont il tire une équi­va­len­ce dans le per­son­na­ge du Christ, sujet cen­tral de La Der­niè­re ten­ta­tion, qui fait sor­tir de leurs gonds l’Église grec­que ortho­doxe, mena­çant d’excommunier l’écrivain pour blas­phè­me, tan­dis que le Vati­can ins­crit le roman à l’Index.

Mar­tin Scor­se­se a adap­té le livre dans son film de même nom sor­ti en 1988. Dès les pre­miè­res pro­jec­tions à Paris, des fon­da­men­ta­lis­tes catho­li­ques lan­cent des cock­tails Molo­tov contre deux ciné­mas pari­siens et un à Besan­çon. Le 22 octo­bre, l’Attentat du ciné­ma Saint-Michel fait 14 bles­sés.

kazantzakis-zorbaNikos Kazant­za­kis est un écri­vain des plus impor­tants de son temps. Il l’est d’autant pour moi qu’Alexis Zor­ba est le livre qui a chan­gé ma vie – j’étais ado quand je l’ai lu et, dans l’année même, je suis par­ti en stop pour la Grè­ce… et en suis reve­nu tout autre…

Quant à la Grè­ce d’aujourd’hui et à la fameu­se « cri­se » (bien réel­le, cer­tes), on pour­rait, pré­ci­sé­ment, la voir à tra­vers le pris­me « zor­bes­que » et consta­ter avec effa­re­ment qu’elle éma­ne d’un mon­de qui tend au modè­le uni­que, un nou­vel impé­ria­lis­me du Capi­tal qui n’aura de ces­se qu’en ayant anni­hi­lé tou­te autre valeur que moné­tai­re et mar­chan­de.

En quoi Zor­ba, en effet, veut ne pas connaî­tre la cri­se. En quoi, for­cé­ment, il rejoint la résis­tan­ce du peu­ple grec.

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« Ça sent le bouchon »

« Ça sent le bou­chon » a osé la jour­na­lis­te sur Fran­ce Inter ce matin pour lan­cer le mar­ron­nier esti­val. Et d’enfiler les cli­chés sur les dan­gers de la déshy­dra­ta­tion, les redou­ta­bles micro-trot­toirs (sur auto­rou­tes…) et, donc, les puis­san­tes pen­sées des che­va­liers à qua­tre roues. Il est reve­nu, l’heureux temps des bou­chons, ces « hiron­del­les » qui annon­cent l’été cani­cu­lai­re. Ce rituel jour­na­lis­ti­que est aus­si vieux que les hor­des auto­mo­bi­les. C’est aus­si un mar­queur de socié­té. Ain­si cet­te archi­ve de l’Ina datée du 1er juillet… 1968, sobre­ment inti­tu­lée « Arri­vée des tou­ris­tes sur la Natio­na­le 7 : tra­fic auto­mo­bi­le et pla­ges de la région », extrai­te de Pro­ven­ce Actua­li­tés, Offi­ce natio­nal de radio­dif­fu­sion télé­vi­sion fran­çai­se,  Mar­seille. Où la niai­se­rie du pro­pos attes­te bien que la révo­lu­tion de Mai-68 a vécu.

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Mort d’Eddy Louiss. Un grand de l’orgue Hammond, mais pas seulement

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Avec la Mul­ti­co­lor Fee­ling Fan­fa­re, au Paris Jazz Fes­ti­val 2011 (Parc flo­ral de Paris). Ph. Myra­bel­la / Wiki­me­dia Com­mons

Orga­nis­te, pia­nis­te, chan­teur ; et aus­si trom­pet­tis­te, per­cus­sion­nis­te , chef d’orchestre et com­po­si­teur : Eddy Louiss vient de mou­rir à l’âge de 74 ans et avec lui dis­pa­raît une gran­de figu­re du jazz, du jazz fran­çais en par­ti­cu­lier. Il était mala­de depuis quel­ques années et, ces der­niers temps, ne répon­dait même plus aux appels télé­pho­ni­ques de ses amis, com­me Ber­nard Lubat notam­ment, avec qui il avait joué et chan­té sur­tout dans le grou­pe des Dou­ble Six, aux côtés de sa fon­da­tri­ce Mimi Per­rin, de Roger Gué­rin, Ward Swin­gle et Chris­tia­ne Legrand. [Voir ici à pro­pos de Mimi Per­rin, mor­te en 2010 : Mimi Per­rin, com­me un pin­son du jazz ]

Edouard Loui­se, de son vrai nom, naît à Paris le 22 mai 1941. Son père, Pier­re, d’origine mar­ti­ni­quai­se, est trom­pet­tis­te et l’entraîne très jeu­ne dans des tour­nées esti­va­les où il s’imprègne de la musi­que dite « typi­que » : rum­ba, paso-doble, cha-cha-cha. Il décou­vre bien­tôt le jazz et tâte d’instruments com­me la trom­pet­te, le vibra­pho­ne – et l’orgue Ham­mond, qui devien­dra son ins­tru­ment d’élection. À sei­ze ans, il fait le bœuf avec Jean-Fran­çois Jen­ny-Clark et Aldo Roma­no. Plus tard, il enre­gis­tre avec Daniel Humair – il for­me­ra avec lui et Jean-Luc Pon­ty le trio HLP), accom­pa­gne Nico­le Croi­sille au bugle (Fes­ti­val d’Antibes, 1963), puis Clau­de Nou­ga­ro à l’orgue pen­dant trei­ze ans. Il ne rechi­gne pas à la varié­té (avec Hen­ri Sal­va­dor, Char­les Azna­vour, Bar­ba­ra, Ser­ge Gains­bourg, Jac­ques Hige­lin), se lan­ce dans un octet­te (avec le vio­lo­nis­te Domi­ni­que Pifa­ré­ly), s’adjoint une fan­fa­re de cin­quan­te musi­ciens pro­fes­sion­nels et ama­teurs… En 1994, il enre­gis­tre en duo avec Michel Petruc­cia­ni deux dis­que fameux, Confé­ren­ce de Pres­se (Drey­fus Jazz) [extrait ci-des­sous]. Il joue éga­le­ment avec Richard Gal­lia­no, en duo et en orches­tre (sou­ve­nir de Mar­ciac, je ne sais plus quand au jus­te…) En 2000, la mala­die le contraint à s’éclipser jusqu’en 2010 où il enre­gis­tre à nou­veau en stu­dio, se pro­duit à l’Olympia et enfin en 2011, au Paris Jazz Fes­ti­val, sa der­niè­re appa­ri­tion publi­que.

Musi­cien de tous les regis­tres, ain­si qu’il a été sou­vent qua­li­fié, à l’image de son ouver­tu­re « mul­ti­co­lo­re » – rap­pe­lons sa série de concerts inti­tu­lée Mul­ti­co­lor Fee­ling. Il s’était don­né aus­si bien dans les impro­vi­sa­tions avec les John Sur­man, Michel Por­tal et Ber­nard Lubat, que dans les ryth­mes afro-caraï­béens ou les enre­gis­tre­ments en re-recor­ding au cla­vier (Sang mêlé). Il était aus­si un des conti­nua­teurs de Jim­my Smi­th, maî­tre du Ham­mond, ins­tru­ment de fines­se et de fou­gue (pour ne pas dire de fugue…) qui va si bien au jazz, où il est deve­nu plu­tôt rare. La dis­pa­ri­tion d’Eddy Louiss ne va rien arran­ger.

Un docu­ment de l’Ina du 26 mars 1970 Eddy Louiss à l’orgue et Daniel Humair à la bat­te­rie inter­prè­tent « Tris­te­za ». Dif­fu­sé par l’ORTF dans l’émission Jazz en Fran­ce, pré­sen­tée par André Fran­cis. Tout le mon­de avait 45 ans de moins… Le son lais­se à dési­rer. Cet extrait  de Caraï­bes (Drey­fus Jazz), avec Michel Petruc­cia­ni, est meilleur : 

Clip audio : Le lec­teur Ado­be Fla­sh (ver­sion 9 ou plus) est néces­sai­re pour la lec­tu­re de ce clip audio. Télé­char­gez la der­niè­re ver­sion ici. Vous devez aus­si avoir JavaS­cript acti­vé dans votre navi­ga­teur.

« Tou­jours les meilleurs qui par­tent », com­me il se dit bête­ment… Dans cet­te caté­go­rie, j’ai « raté » le départ, le 11 juin der­nier, d’Ornet­te Cole­man, un his­to­ri­que du jazz s’il en est. Rat­tra­pa­ge avec cet arti­cle sur Citi­zen­Jazz

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Richard Labévière : Daech et le terrorisme indispensables au capitalisme

Richard Labé­viè­re est jour­na­lis­te et écri­vain. Ancien rédac­teur en chef à RFI (licen­cié de RFI en 2008 par Chris­ti­ne Ockrent pour diver­gen­ce d’options édi­to­ria­les), chef du ser­vi­ce étran­ger, puis édi­to­ria­lis­te ; créa­teur et pré­sen­ta­teur du maga­zi­ne géo­po­li­ti­que L’envers des car­tes en 2003, il est aujourd’hui rédac­teur en chef de Pro­che et Moyen-Orient.ch/Observatoire géos­tra­té­gi­que.. Dans cet entre­tien publié hier (24/06/15) sur le site du quo­ti­dien liba­nais L’Orient-Le Jour,  il ana­ly­se le chan­ge­ment de pos­tu­re des États-Unis dans le trai­te­ment des ques­tions liées au ter­ro­ris­me. Son ana­ly­se se pro­lon­ge sur les rap­ports entre ter­ro­ris­me et capi­ta­lis­me, indis­so­cia­bles com­pli­ces dans la cour­se fol­le à la mon­dia­li­sa­tion par l’argent.

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Dae­ch, néces­sai­re au « chaos construc­tif ».

• Vous consi­dé­rez que le « ter­ro­ris­me » est deve­nu le sta­de suprê­me de la mon­dia­li­sa­tion, cet­te évo­lu­tion dans le trai­te­ment du phé­no­mè­ne serait selon vous liée à la trans­for­ma­tion du sys­tè­me capi­ta­lis­te ?
– Oui, le ter­ro­ris­me rap­por­te et s’inscrit dans la logi­que de la mon­dia­li­sa­tion éco­no­mi­que par­ce que la lut­te contre le ter­ro­ris­me génè­re des mil­lions d’emplois dans les indus­tries d’armement, de com­mu­ni­ca­tion, etc. Le ter­ro­ris­me est néces­sai­re à l’évolution du sys­tè­me capi­ta­lis­te lui-même en cri­se, mais qui se recon­fi­gu­re en per­ma­nen­ce en gérant la cri­se. Cet­te idée de ges­tion sans réso­lu­tion est consub­stan­tiel­le au redé­ploie­ment du capi­tal. Dans un brillant essai, La Part mau­di­te, Geor­ges Bataille avait expli­qué à l’époque, en 1949, que tou­te recon­fi­gu­ra­tion du capi­tal néces­si­te une part de gas­pilla­ge qu’il appel­le la consu­ma­tion et aujourd’hui on peut dire que le ter­ro­ris­me est cet­te part de « consu­ma­tion » orga­ni­que­ment liée à l’évolution du capi­ta­lis­me mon­dia­li­sé. Si Dae­ch n’existait pas, il fau­drait l’inventer. Ça per­met de main­te­nir une crois­san­ce du bud­get mili­tai­re, des mil­lions d’emplois de sous-trai­tan­ce dans le com­plexe mili­ta­ro-indus­triel amé­ri­cain, dans la com­mu­ni­ca­tion, dans l’évolution des contrac­tors [socié­té mili­tai­re pri­vée, Ndlr], etc. La sécu­ri­té et son main­tien est deve­nue un sec­teur éco­no­mi­que à part entiè­re. C’est la ges­tion du chaos construc­tif. Aujourd’hui des gran­des boî­tes, com­me Goo­gle par exem­ple, sup­plan­tent l’État et les gran­des entre­pri­ses en ter­mes de moyens finan­ciers pour l’investissement et la recher­che dans le sec­teur mili­tai­re amé­ri­cain en finan­çant des pro­jets de robots et de dro­nes mari­ti­mes et aériens. Tout cela trans­for­me le com­plexe mili­ta­ro-indus­triel clas­si­que et rap­por­te beau­coup d’argent. Pour cet­te trans­for­ma­tion le ter­ro­ris­me est une abso­lue néces­si­té, Dae­ch n’est donc pas éra­di­qué mais entre­te­nu par­ce que cela sert l’ensemble de ces inté­rêts. Et là nous ne tom­bons pas dans la théo­rie du com­plot, c’est une réa­li­té quand on exa­mi­ne l’évolution de l’économie.

• Quel­les sont les consé­quen­ces de cet­te logi­que ?
C’est sur­tout qu’on encou­ra­ge les cau­ses et les rai­sons socia­les de l’émergence du ter­ro­ris­me. On ne dit pas suf­fi­sam­ment que ceux qui aujourd’hui s’engagent dans les rangs de Dae­ch et reçoi­vent un salai­re pro­vien­nent des lum­pen pro­lé­ta­riat de Tri­po­li ou autres zones où les gens vivent dans une extrê­me pau­vre­té par­ce que l’évolution du capi­ta­lis­me affai­blit les États, les poli­ti­ques socia­les, et les clas­ses les plus défa­vo­ri­sées sont dans une situa­tion de sur­vie de plus en plus com­plexe. Sans rédui­re le phé­no­mè­ne à une seule cau­se, le mau­vais déve­lop­pe­ment et la déglin­gue éco­no­mi­que consti­tuent tout de même une rai­son impor­tan­te de l’expansion de Dae­ch. Face à cela, les États-Unis ont entre­te­nu la situa­tion de failli­te des États de la région sahe­lo-saha­rien­ne et favo­ri­sé la créa­tion de micro-États mafieux. Cet­te logi­que de trai­te­ment sécu­ri­tai­re mon­tre que l’argent est deve­nu le fac­teur prin­ci­pal des rela­tions inter­na­tio­na­les aujourd’hui. La rai­son pour laquel­le l’Arabie saou­di­te, le Qatar sont deve­nus des par­te­nai­res tel­le­ment impor­tants pour les pays occi­den­taux c’est par­ce qu’ils ont de l’argent et dans leur logi­que de Bédouins, les Saou­diens pen­sent que l’on peut tout ache­ter. L’argent a sup­plan­té l’approche poli­ti­que des rela­tions inter­na­tio­na­les, c’est la don­née prin­ci­pa­le et la direc­tion de la ges­tion des cri­ses. D’où ce poids tota­le­ment déme­su­ré de l’Arabie saou­di­te, du Qatar, des Émi­rats, du Koweït, dans la ges­tion des cri­ses du Pro­che et Moyen-Orient. Quand on voit que les Saou­diens arro­sent d’argent le Séné­gal, et que ce der­nier envoie 200 sol­dats au Yémen on sent le poids de l’argent. On voit aus­si com­ment cet­te cour­se à l’argent expli­que la nou­vel­le diplo­ma­tie fran­çai­se.

• C’est- à-dire ?
– Du temps du géné­ral de Gaul­le et de Fran­çois Mit­ter­rand, on par­lait d’une poli­ti­que ara­be de la Fran­ce, aujourd’hui on par­le d’une poli­ti­que sun­ni­te de la Fran­ce. La diplo­ma­tie fran­çai­se col­le aujourd’hui aux inté­rêts saou­diens, par­ce que la Fran­ce vend de l’armement, des Air­bus à Riyad, aux Émi­rats, au Koweït... Ça repré­sen­te 35 mil­liards de dol­lars lourds pour le Cac 40. C’est une diplo­ma­tie de bou­ti­quier où la vision stra­té­gi­que de l’intérêt natio­nal et de la sécu­ri­té natio­na­le est sup­plan­tée par la cour­se à l’argent. Les éli­tes admi­nis­tra­ti­ves et poli­ti­ques ne par­lent plus de la défen­se de l’intérêt natio­nal mais de la défen­se de leurs inté­rêts per­son­nels. L’argent expli­que leur démis­sion et leur tra­hi­son des éli­tes. Dans ce contex­te-là, la liber­té d’expression s’est rédui­te à une sim­ple alter­na­ti­ve être ou ne pas être Char­lie. S’exerce aujourd’hui une « soft » cen­su­re qui fait que dans les médias mains­tream on peut dif­fi­ci­le­ment fai­re des enquê­tes ou cri­ti­quer l’Arabie saou­di­te ou le Qatar. La diplo­ma­tie est gérée par une éco­le néo­con­ser­va­tri­ce fran­çai­se qui a sub­sti­tué à la poli­ti­que et l’approche inter­na­tio­na­le, une mora­le des droits de l’homme qui est un habilla­ge à la cour­se à leurs inté­rêts finan­ciers.

Pro­pos recueillis par Lina Ken­nou­che | OLJ

Lire tout l’entretien : « Si Dae­ch n’existait pas, il aurait fal­lu l’inventer »

😉 Un mois exac­te­ment que « C’est pour dire » n’a rien dit… et per­son­ne pour s’en plain­dre. Un hym­ne à l’humilité – salu­tai­re – et qui n’empêche pas la per­sé­vé­ran­ce…

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Les cinq recalés du Panthéon

pantheon

Can­di­dats dès 1994 !

EXCLUSIF ! En avril 1994, par cet­te pho­to, je sta­tu­fiais cinq résis­tants pan­théo­ni­sa­bles – qua­tre fem­mes accro­chées à leurs sacs et un hom­me à sa can­ne. Le choix sem­blait s’imposer. Mais non, une fois de plus, « on » ne m’a pas écou­té. « On » n’en fait qu’à sa tête. C’est ain­si que Pier­re Bros­so­let­te, Gene­viè­ve de Gaul­le-Antho­nioz, Ger­mai­ne Til­lion et Jean Zay devaient, mal­gré tout, fai­re leur entrée au Pan­théon ce 27 mai 2015,  jour­née natio­na­le de la Résis­tan­ce. N’empêche que, par cet­te pho­to, mes cinq élus auront atteint une (rela­ti­ve) immor­ta­li­té – com­me des dieux. [Cli­quer sur l’image pour l’agrandir].

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Titanic amer 2015 – en avant toute vers la cata !

par Serge Bourguignon*

Prenons cet article pour un signe des temps : celui d'un (possible) retour vers les utopies. À preuve, cette référence (ci-dessous) à l'An 01, de feu Gébé, de la bande d'Hara-Kiri et co-auteur avec Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch, du film du même nom (1973). À preuve, surtout, l'objet même de ce raccourci stimulant qui donne à (entre)voir le cargo Capitalisme lancé plein cap sur la catastrophe. En quoi il serait grand temps de repenser l'avenir !

Aujourd'hui plus qu'hier, la grande majorité des habitants des pays surdéveloppés est comme abasourdie par une prolifération fantastique d’absurdités criantes. Le confort minimal garanti hier encore par l’Etat Providence est désormais remis en question par l’immondialisation de l'économie,  et ce sont les mieux lotis qui expliquent aux moins bien lotis qu’il est temps d’expier la grande dette économique par une grande diète sociale.

La liberté despotique des mouvements de capitaux a détruit des secteurs entiers de la production et l’économie mondiale s’est transformée en casino planétaire. La règle d’or du capitalisme a toujours été, dès la première moitié du XIXe siècle,  la minimisation des coûts pour un maximum de profits, ce qui impliquait logiquement les salaires les plus bas pour une productivité la plus haute possible. Ce sont des  luttes politiques et sociales qui ont contrecarré cette tendance, en imposant des augmentations de salaires et des réductions de la durée du travail, ce qui a créé des marchés intérieurs énormes et évité ainsi au système d’être noyé dans sa propre production.

Le capitalisme ne conduit certainement pas naturellement vers un équilibre, sa vie est plutôt une succession incessante de phases d’expansion – la fameuse expansion économique – et de contraction – les non moins fameuses crises économiques. Les  nouvelles politiques d’interventions de l’Etat dans l’économie, dès 1933 aux Etats-Unis, pour une meilleure répartition du produit social ont été rageusement combattues par l’establishment capitaliste, bancaire et académique. Pendant longtemps les patrons ont proclamé qu’on ne pouvait pas augmenter les salaires et réduire le temps de travail sans entraîner la faillite de leur entreprise et celle de la société tout entière ; et ils ont toujours trouvé des économistes pour leur donner raison. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale qu’augmentations des salaires et régulation étatique ont été acceptées par le patronat, ce qui a entraîné la phase la plus longue d’expansion capitaliste : les « Trente Glorieuses ».

Dès les années 1980, cet équilibre entre le capital et le travail a été détruit par une offensive néo-libérale (Thatcher, Reagan et, en France, dès 1983, Mitterrand) qui s’est étendue à toute la planète. Cette contre-révolution économique a permis  un retour insensé au « libéralisme » sauvage, qui a profité aux grandes firmes de l’industrie et de la finance. Par ailleurs, la monstruosité devenue évidente des régimes soi-disant communistes et réellement totalitaires (ce n’était pas la dictature du prolétariat, mais la dictature sur le prolétariat) a discrédité pour longtemps l’idée même d’émancipation sociale. L’imaginaire capitaliste a fini par triompher.

À tremper sans vergogne dans les eaux glacées du calcul égoïste, les décideurs ont perdu toute lucidité. Ils ont ainsi éliminé les quelques garde-fous que 150 ans de luttes avaient réussi à leur imposer. Les firmes transnationales, la spéculation financière et même les mafias au sens strict du terme mettent à sac la planète sans aucune retenue. Ici il faudrait accepter de se serrer la ceinture pour être concurrentiels. Les élites  dirigeantes se goinfrent  de manière décomplexée, tout en expliquant doctement à la population médusée qu’elle vit  au-dessus de ses  moyens. Aucune « flexibilité » du travail dans nos vieux pays industrialisés ne pourra résister à la concurrence de la main-d’œuvre « à bas coût » (comme ils disent) de pays qui contiennent un réservoir inépuisable de force de travail. Des centaines de millions de pauvres sont mobilisés brutalement dans un processus d’industrialisation  forcenée. Et là-bas comme ici, ce sont des hommes que l’on traite comme quantité négligeable,  c’est notre Terre patrie et ses habitants que l’on épuise toujours plus.

Toujours plus, toujours plus … mais toujours plus de quoi ? Plus d’intelligence et de sensibilité dans nos rapports sociaux ? Plus de beauté dans nos vies ?  Non. Le superflu prolifère, alors que le minimum vital n’est même pas toujours là, et que l’essentiel manque. Plus de téléviseurs extra-plats, plus d’ordinateurs individuels, plus de téléphones portables. C’est avec des hochets qu’on mène les hommes. « Nulle part il n’existe d’adulte, maître de sa vie, et la jeunesse, le changement de ce qui existe, n’est aucunement la propriété de ces hommes qui sont maintenant jeunes, mais celle du système économique, le dynamisme du capitalisme. Ce sont des choses qui règnent et qui sont jeunes ; qui se chassent et se remplacent elles-mêmes. », écrivait déjà Guy Debord en 1967 dans La Société du spectacle.

un-pas-de-côté

Dessin de Gébé.

La société libérale avancée (pour ne pas dire avariée…) est en phase de décomposition et, comme au temps de la décadence de l’Empire romain, Du pain et des jeux est le credo abrutissant des immenses foules solitaires. Toutefois, de belles et bonnes âmes prônent l’adoption d’un développement durable, plus doux pour les humains et leur environnement : on ralentirait  les processus dévastateurs, on consommerait moins de combustibles fossiles, on ferait des économies, etc. Mais c’est  un peu comme si l’on conseillait au commandant du Titanic de simplement réduire la vitesse de son vaisseau pour éviter l’iceberg naufrageur, au lieu de lui faire changer de cap.Le dessinateur utopiste Gébé était beaucoup plus réaliste quand il écrivait dans L’An 01, au début des années 1970, cette formule provocante :« On arrête tout. On réfléchit. Et c’est pas triste. »Un tel propos peut sembler dérisoire, pour ne pas dire révolutionnaire. Mais tout le reste, toute cette réalité qui se morcèle  sous nos yeux, n’est-ce pas  plus dérisoire encore ?Nous avons toute une multitude de chaînes à perdre. Des douces et des moins douces…Et nous avons un monde tout simplement vivable à reconstruire.Ce sera maintenant ou jamais...

* Un simple citoyen, Paris, le 25 mai 2015 onreflechit@yahoo.fr

 • Une première version de ce texte est parue le 1er mai 2010 sous le titre "Titanic Amer"
sur le Blog de Paul Jorion, consacré au déchiffrage de l'actualité économique (www.pauljorion.com/blog).

• Pour mieux comprendre dans quel monde étrange nous vivons, on peut lire La  "rationalité" du capitalisme (dont la première partie de ce texte est librement inspirée), de Cornélius Castoriadis, disponible en poche dans Figures du pensable (1999).

• Le film L'An 01 peut être vu en entier ci-dessous - tout de suite (1h 24). 

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  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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