On n'est pas des moutons

On ne peut interdire la connerie du maire de Venelles !

Être trai­té pour un can­cer de la bou­che n’empêche donc pas de dire des conne­ries. Cela y contri­bue­rait-il même ? Stu­pi­des ques­tions pour pro­pos débi­les tenus par « mon » mai­re : Robert Char­don, ci-devant UMP (en pas­se d’exclusion selon NKM – on ver­ra) ou futur FN (non : trop à droi­te pour Mari­ne Le Pen !).

Robert Chardon, croisé de Venelles.

Robert Char­don, croi­sé de Venel­les.

Voilà en tout cas une pub pas bien relui­san­te pour ma peti­te com­mu­ne de Venel­les (8.000 habi­tants). Tou­te la Fran­ce infor­mée connaît désor­mais l’indécente pro­po­si­tion fai­te à Sar­ko­zy (cepen­dant ouvert à tout) de ce pre­mier magis­trat à la gran­de fibre répu­bli­cai­ne : inter­di­re l’islam en Fran­ce. Il y va de l’avenir de la Fran­ce et plus enco­re de la foi judéo-chré­tien­ne.

Dans son élan vers les plus hau­tes pen­sées, ce va-t-en-guer­re (de reli­gion) avan­ce en effet d’audacieuses pro­po­si­tions :

« Je sup­pri­me la loi de 1905 et pro­cla­me que la Répu­bli­que favo­ri­se la pra­ti­que de la foi chré­tien­ne », expli­que l’élu qui se com­pa­re à Louis XIV, qui avait révo­qué l’édit de Nan­tes en 1685.

« Il faut un plan Mar­shall pour le Magh­reb. Il faut aus­si une inter­ven­tion mili­tai­re en Libye. Il faut éga­le­ment met­tre fin au dan­ger que repré­sen­tent les boat peo­ple » [sur Euro­pe 1].

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Robert Char­don relaie aus­si des mes­sa­ges anti-islam com­me « Pro­té­gez-vous, adop­tez un cochon !  » (sur son comp­te Face­book).

Le plus comi­que, si on peut dire, c’est que Venel­les, à dix kilo­mè­tres d’Aix-en-Provence, est pro­ba­ble­ment l’une des com­mu­nes les moins « isla­mi­sées » de la région, voi­re de Fran­ce ! Pas un « Ara­be », pas un « Noir » à l’horizon : rien que des Blancs, bour­geois, judéo-chré­tiens – tout ce qu’il y a de plus pro­pres, nor­maux et vac­ci­nés, dont 56 % ont voté l’an der­nier pour ce saint-hom­me et ses fan­tas­mes de croi­sé.

Inter­di­re le culte de l’islam, ça peut même se conce­voir – la preu­ve. Mais inter­di­re la conne­rie – là, on est désar­mé.

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Road chronique américaine - 10 - Chicago, ville « relief »

Sui­te et fin pro­vi­soi­re du péri­ple états-unien de Robert et Gérard

7 mai 2015, jeu­di, vers Toron­to, Onta­rio (Cana­da)

USA 2015 Béta NavetteEn quit­tant Chi­ca­go pour conti­nuer vers l’Est, c’est (un peu) com­me ren­trer dans l’atmosphère pour une navet­te spa­tia­le. Nous avons tra­ver­sé le Sud-Dako­ta, le Min­ne­so­ta, le Wis­con­sin et, peu à peu, la « civi­li­sa­tion » nous a sale­ment rat­tra­pés. Nous attei­gnons l’Illinois. Fini les espa­ces infi­nis, les hori­zons fon­dus dans les nues, les gran­des plai­nes, les canyons ver­ti­gi­neux ! Adieu veaux, vaches, che­vaux, bisons, cari­bous et gazel­les ! Voi­ci les rou­tes et auto­rou­tes satu­rées de trucks et pick-up, jon­chées d’animaux morts « pour la rou­te ». Il faut se remet­tre sur le pied de guer­re, dans cet­te Amé­ri­que de l’homo eco­no­mi­cus fébri­le – qu’elle est en fait, par essen­ce, mais pas aus­si for­te­ment visi­ble. Moins d’églises et cha­pel­les de tou­tes obé­dien­ces, plus de « mai­sons » de ren­con­tres pour adul­tes, le mot SEX lan­ce ses œilla­des au néon. Le puri­ta­nis­me est à l’œuvre, avec ses hypo­cri­sies et ses refou­le­ments.

ChicagoLa ren­trée dans l’atmosphère a com­men­cé, de fait, à Chi­ca­go. Mais en beau­té. Vil­le magni­fi­que ; j’ose dire plus épa­nouie et accueillan­te que New York, sa gran­de riva­le. Je l’avais tra­ver­sée il y a une tren­tai­ne d’années ; plus rien à voir : drô­le d’expression pour expri­mer le contrai­re ! On en prend plein les yeux, jus­te­ment, même quand l’épais brouillard du lac Michi­gan recou­vre la vil­le et lais­se dans le mys­tè­re ses altiers grat­te-ciel. Mais bien­tôt la « Win­dy City », la vil­le des vents, se met à nue sous le soleil, ravi­ve les tuli­pes de la Michi­gan Ave., le « Gol­den Mile » aux maga­sins de luxe, aux grands hôtels, aux flics aima­bles com­me des por­tes de para­dis. On embar­que alors sur le pont d’un bateau-Mou­che local pour une gran­dio­se leçon d’architecture in vivo. Tra­vel­ling, pano­ra­mi­que, 3D dans les plus beaux et auda­cieux ouvra­ges per­mis par l’acier, le béton et le ver­re. Les épo­ques y défi­lent, dans leur enche­vê­tre­ment d’histoire enco­re jeu­ne, à la recher­che du temps non pas per­du mais écou­lé ailleurs, com­me dans la vieille Euro­pe – d’où ces emprunts gothi­ques au pied d’un immeu­ble, ou ces arches de Notre-Dame de Paris au som­met d’un autre.

Le Millenium Park, où Obama a prononcé son discours de victoire… (Il était sénateur de l'Illinois).

Le Mil­le­nium Park, où Oba­ma a pro­non­cé son dis­cours de vic­toi­re… (Il était séna­teur de l’Illinois).

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Pen­dant long­temps, la Willis Tower, avec ses 443 mètres, fut la plus hau­te tour du mon­de. Même New York devait la jouer modes­te avec les défun­tes Twin Towers (412 m). Mais les guer­res phal­li­ques n’ont de ces­se : les Petro­nas Towers de Kua­la Lum­pur (458 m), la Tai­pei 101 à Tai­wan (508 m), et  les 818 mètres de la Burj Kha­li­fa de Dubaï – sur la plus hau­te mar­che.
Pas de quoi être dupes quant à ces érec­tions du sur-mâle arro­gant, défou­lant son rigo­ris­me de cha­pel­le, de tem­ple ou de mos­quée à la conquê­te du ciel en pas­sant, sur­tout, par l’ici-bas.

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Quand nous embar­quons pour l’autre mon­de, hori­zon­tal, du « loop », métro aérien ; quand nous dépas­sons la bou­cle du down­town pour sor­tir du cen­tre et gagner la ban­lieue par la ligne « rose », notre navet­te de métro tra­ver­se un autre mon­de ; celui des stra­tes socia­les, eth­ni­ques, lin­guis­ti­ques bien mar­quées. D’ailleurs, n’en est-il pas de même par­tout dans le mon­de ? Tou­tes les vil­les par­cou­rues ou appro­chées au fil de notre péri­ple dans la « riche » pla­nè­te amé­ri­cai­ne reflé­taient cet­te uni­ver­sel­le réa­li­té : il faut beau­coup de pau­vres pour engen­drer les très riches. L’Histoire ne tient-elle pas en gran­de par­tie à cet anta­go­nis­me ? – qui culmi­ne d’ailleurs dans notre moder­ni­té ultra-libé­ra­le et du « tout à l’ego » (Régis Debray).

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[Ici, point de diver­gen­ce entre Robert et moi. L’Américain qu’il est, com­me on sait, jus­ti­fie la riches­se « nor­ma­le », pro­duit du tra­vail, lequel appel­le confort et jouis­san­ce. L’autre, du Vieux mon­de et de ses uto­pies, invo­que la riches­se indé­cen­te, cel­les des Pic­sou névro­sés, qui n’en ont jamais assez ; qui met­traient la pla­nè­te à genoux pour gon­fler leur sacs d’or… On se retrou­ve d’accord sur un point, tout de même essen­tiel, concer­nant l’influence des reli­gions loca­les : la pro­tes­tan­te des WaspWhi­te anglo-saxons pro­tes­tants, (les anglo-saxons Blancs et pro­tes­tants) – et la catho­li­que his­to­ri­que des Qué­bé­cois. Deux concep­tions du mon­de, de l’économie, du rap­port à l’argent. Aux pre­miers, la clé du para­dis par la réus­si­te finan­ciè­re com­me un devoir ; aux seconds la même clé, mais alour­die de culpa­bi­li­té. Tou­te la dis­tan­ce entre le Bien et le Mal.]

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Tou­jours  est-il que la riches­se, oui, se concen­tre dans les cen­tres-vil­le, de plus en plus « gen­tri­fiés » com­me on dit à pro­pos de la recon­quê­te des anciens quar­tiers popu­lai­res par les pos­sé­dants. Les autres, on les retrou­ve, non pas dans des bidon­vil­les, cer­tes, mais dans des quar­tiers ou des vil­la­ges de mai­son­net­tes pré­fa­bri­quées, trans­por­tées par trucks en deux moi­tiés et réunies sur par­paings ; ou enco­re tous ces « vil­la­ges » de rou­lot­tes, par­fois luxueu­ses d’apparence, il est vrai, mais éven­tuels res­tes de mai­son ven­due, peut-être bra­dée par néces­si­té…

Donc Chi­ca­go, dia­mant éco­no­mi­que, joyau d’architecture entou­rée de sa ban­lieue labo­rieu­se où alter­nent rues chics et masu­res déla­brées. [Pho­tos] Chi­ca­go lavée des outra­ges d’Al Capo­ne, de la pègre, de la cor­rup­tion géné­ra­li­sée.

DSCF2556Chi­ca­go sur­gie d’un comp­toir com­mer­cial créé à la fin du XVIIIe siè­cle par un cer­tain Jean-Bap­tis­te Poin­te du Sable [pho­to ci-contre], l’Américain type, avant la let­tre et dans l’esprit, qua­si géné­ti­que : métis, fils d’un marin fran­çais et d’une mère afri­cai­ne escla­ve. Ori­gi­nai­re de la colo­nie fran­çai­se de Saint-Domin­gue, il épou­se une Amé­rin­dien­ne et s’installe à l’emplacement actuel de Chi­ca­go – dont le nom pro­vien­drait du mot indien mia­mi-illi­nois « sikaak­wa » défor­mé par les Fran­çais en « Ché­ca­gou » ou « Che­ca­guar », qui signi­fie « oignon sau­va­ge », « maré­ca­ge » ou enco­re « mouf­fet­te »…

En 1673, c’est le cou­reur des bois Louis Jol­liet et le père jésui­te Jac­ques Mar­quet­te, deux Cana­diens qui, reve­nant d’une expé­di­tion sur le Mis­sis­sip­pi, par­vien­nent à l’emplacement actuel de Chi­ca­go. Le site fait d’abord par­tie du Pays des Illi­nois, dans la Loui­sia­ne fran­çai­se. Puis, les Bri­tan­ni­ques s’emparent de la région au ter­me de la guer­re de Sept Ans, en 1763. C’est ain­si qu’on ne trou­ve tou­jours pas de jam­bon-beur­re à Chi­ca­go ! Non. Mais le splen­di­de Art Ins­ti­tu­te of Chi­ca­go regor­ge d’une col­lec­tion de pein­tu­res impres­sion­nis­tes (dont une tren­tai­ne de Monet) et post-impres­sion­nis­tes qui, en impor­tan­ce, arri­ve jus­te après cel­les du musée d’Orsay à Paris. [Voir la gale­rie de pho­tos ci-des­sous].

Le Mil­len­nium Park aus­si est un lieu magni­fi­que, un musée d’architecture et de sculp­tu­re contem­po­rai­ne à ciel ouvert dont le Cloud Gate de l’artiste anglo-indien Ani­sh Kapoor consti­tue l’attraction prin­ci­pa­le. Sur­nom­mé The Bean, c’est un hari­cot géant en inox poli, ins­pi­ré du mer­cu­re liqui­de, qui fait offi­ce de gigan­tes­que miroir défor­mant… et de super lieu de culte du Moi…

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Enfin, on ne sau­rait ter­mi­ner ce sur­vol de Chi­ca­go, sans men­tion­ner son impor­tan­ce sur le plan de la musi­que. Le Chi­ca­go Sym­pho­ny Orches­tra se situe par­mi les plus grands orches­tres actuels (Ric­car­do Mut­ti en est le chef atti­tré, Pier­re Bou­lez, le chef émé­ri­te).

Mais c’est sur­tout dans le domai­ne du jazz et son évo­lu­tion que la vil­le a été déter­mi­nan­te.

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Un des clubs pri­sés de la vil­le, le Andy’s. Bon­ne pio­che pour nous ce soir-là : le gui­ta­ris­te Fareed Haque en quar­tet.

Au début des années 1920, à la fer­me­tu­re impo­sée de « Sto­ry­vil­le », quar­tier des spec­ta­cles et des bor­dels, de nom­breux musi­ciens noirs de La Nou­vel­le-Orléans sont venus à Chi­ca­go (dont King Oli­ver, Jel­ly Roll Mor­ton et Louis Arm­strong). De plus, l’offre de tra­vail y était for­te, notam­ment dans les abat­toirs et les usi­nes de tex­ti­les. Dans ce bras­sa­ge de popu­la­tion, le sty­le « New Orleans » fut pour le moins bous­cu­lé pour abou­tir à ce qu’on appel­le le « sty­le Chi­ca­go » : rejet des faci­li­tés mélo­di­ques, pré­émi­nen­ce du saxo­pho­ne, de la bat­te­rie tan­dis que la bas­se et la gui­ta­re pre­naient le relais sur le tuba et le ban­jo. Dans les années 60 est née l’Asso­cia­tion for the Advan­ce­ment of Crea­ti­ve Musi­cians (AACM), mou­ve­ment d’avant-garde ras­sem­blant, entre autres, Muhal Richard Abrams, Antho­ny Brax­ton, Ros­coe Mit­chell, Hamid Dra­ke [qui vit à Mar­seille], et l’Art Ensem­ble of Chi­ca­go [un de leurs rares concerts euro­péens au Fes­ti­val Char­lie Jazz de Vitrol­les, en 2007]. Leur influen­ce a été consi­dé­ra­ble dans l’histoire du jazz actuel. Je ne pou­vais en dire moins !

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Nous ren­trons au Cana­da, en pas­sant par Nia­ga­ra, lieu tel­lu­ri­que subli­me et vil­le de « loi­sirs » éle­vés au rang de la plus atro­ce des vul­ga­ri­tés mar­chan­des. Nous repre­nons la rou­te cana­dien­ne. Rien n’a chan­gé : c’est l’Amérique états-unien­ne qui se pro­lon­ge, qui conti­nue à s’étaler com­me chez elle.

Un temps d’accoutumance. Robert encais­se une fois de plus sa réa­li­té, cel­le de l’Empire qui prend ses voi­sins pour des vas­saux, quand il ne les igno­re pas ; pour des attar­dés appe­lant au mieux à la condes­cen­dan­ce.

Mais au bout d’une cen­tai­ne de kilo­mè­tres en anglo­pho­nie cana­dien­ne, res­ca­pé de l’enfer auto­mo­bi­le de Toron­to, l’ami Robert, par­fait bilin­gue et fran­co­pho­ne impé­ni­tent, se met à chan­ton­ner au volant. Une vieille chan­son fran­çai­se, « Isa­beau s’y pro­mè­ne », qu’on n’entend plus jamais dans la vieille Fran­ce si amé­ri­ca­ni­sée.

–––

Résumons la balade…

Résu­mons la bala­de… Cli­quer pour mieux voir.

Ici s’achève cet­te « road chro­ni­que » de notre péri­ple de plus de 10.000 km à tra­vers les Etats-Unis. Du moins sous cet­te for­me, qui ne sau­rait épui­ser la riches­se d’un tel voya­ge. D’autres pro­lon­ge­ments vien­dront, le temps venu. Mer­ci de nous avoir sui­vis. Mer­ci spé­cial à Robert Blon­din, l’ami et ini­tia­teur de cet­te aven­tu­re. Mer­ci aus­si spé­cial à Syl­vie Guer­tin, la blon­de de Robert, qui a accep­té et même encou­ra­gé le « prêt » de son chum à un mau­dit Fran­çais. Recon­nais­san­ce enfin au « Road­trek 170 », infailli­ble.

Cli­quer sur les pho­tos pour les agran­dir (© gp 2015)

Quel­ques œuvres de l’Art Ins­ti­tu­te

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Road chronique américaine - 9 - On the road again, again, again

Suite du périple états-unien de Robert et Gérard

4 mai 2015, lundi, Minnesota

USA 2015 Béta PompisteUne histoire de route. Au singulier, terme générique. « La » route, the road. Les Etats-Unis, pays des migrations internes, incessantes ; pays d’immigrés accostant à l’Est et rêvant bientôt d’Ouest, du Far-West comme un futur lointain, celui où tout est possible. Rien n’y existe, hormis ces Indiens, qu’il suffit de tuer. Avançons, « Go West, young man ! ».

Nous-mêmes, avons opté pour la « road chronique », on ne peut mieux dire. Pensons aussi à l’épopée déjantée de Jack Kérouac, graine de Québécois qui germe en voyage, On the Road, la « 66 » du mythe qu’il contribue à créer. « L’Amérique, me dit Robert tout en conduisant, n’est belle qu’en itinérance ». Ça lui va bien, à lui, « Bison pressé », qui ne tient pas en place, qui se goinfre de ce bitume reculant à mesure qu’on avance et que le ruban gris se déroule sous nos roues. Tandis qu’on écoute le fameux Johnny Cash qui chante « The King of the Road », ou bien, de préférence trois fois de suite, un tube de la country, « On The Road Again », chanté par Willie Nelson sur un rythme de petit galop : « Encore sur la route / Pour voir des endroits jamais vus / Et des choses que je reverrai jamais plus ». Évidemment, voilà qui nous cause de près.

État du Colorado.

État du Colorado.

La route, toujours la route. Et ce « road trek » qui nous porte vaillamment depuis maintenant plus de 7.000 kilomètres sur une partie du chemin de la Conquête,: un camping-car situé à l’autre bout de cette lignée commencée vers 1850 et dont nous retrouvons des traces historiques dans quelques musées. Le plus remarquable que nous ayons vu, sur ce thème, est le Messenger’s Old West Museum à Cheyenne (Wyoming) ; c’est un musée privé qui sert bien la gloire de son initiateur et propriétaire, selon une pratique de l’autocélébration individuelle très américaine.

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Une parenthèse sur ce thème : elle nous ramène en arrière quand, traversant le Tennessee, nous avons visité le musée de la chanteuse Loretta Wynn, monument vivant de la country music. Elle y cultive sa propre légende, celle de la Coal Miner’s Daughter, la Fille du mineur de charbon. C’est un fort beau domaine agricole développé autour de son luxueux ranch qui domine le musée lui-même et des boutiques, en un ensemble moderne et chic, une sorte de mausolée in vivo à la gloire de la vedette aujourd’hui âgée de 83 ans et qui continue de drainer des milliers d’adorateurs dans ses récitals.

DSCF0499Des vitrines rassemblent des centaines et plus d’objets, documents divers – surtout des photos la montrant dans toutes les circonstances, aux côtés des grands de ce monde et de la politique. C’est en fait une exhibition plutôt impudique visant à célébrer par l’exemple le modèle de la réussite individuelle à l’américaine. Partie de rien, la fille du pauvre mineur est devenue une icône de la country et du showbiz .Preuve apportées par ces objets exposés, sa collection de robes, par ses divers véhicules luxueux achetés ou offerts, ou par son ancien autocar de tournée qu’on visite jusqu’à la salle de bains où pendent robes de nuits et déshabillés de la star. C’est aussi l’Amérique !

Tout autre propos au musée de Cheyenne qui, sans répondre vraiment aux canons muséographiques, présente un réel intérêt anthropologique par l’authenticité du matériau rassemblé et, du coup, la vision qu’il donne de l’Amérique en création – et en marche, ou plutôt en route vers l’ouest. Les photos ci-dessous devraient être assez parlantes à cet égard, notamment s’agissant du chuck-wagon, cette carriole brinquebalante avec ses arceaux et sa toile blanche, si emblématique de la Conquête et des westerns. C’est aussi la roulotte du romanichel d’Europe, par laquelle il voyage de manière autonome.

Le chuck-wagon , emblème de la Conquête de l'Ouest.

Le chuck-wagon , emblème de la Conquête de l'Ouest.

Nous avons refait en partie le chemin dans ce « camping car » dont le confort, et la vitesse, feraient s’évanouir plus d’un glorieux migrant du XIXe siècle ! Les mêmes, alors, périraient d’apoplexie face à ces roulottes géantes et luxueuses, certaines tractées d’autres motorisées, déplacées par leurs descendants d’État en État, qui pour des vacances au chaud, ou au frais ; qui pour y vivre à l’année après avoir vendu la maison en dur, trop chère à entretenir – trop immobile aussi, sans doute.

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Un couple de retraités de l'Indiana vit dans cette roulotte le moitié de l'année en suivant les bienfaits du climat.

Ne parlons pas des puissants trucks aux mines patibulaires, si nombreux à sillonner le pays. Mais laissons parler le pick-up, camionnette moderne et certes lointaine du chuck-wagon, héritier de la fonction utilitaire à laquelle se serait greffé, en image mythique, le mâle cow-boy passé du cheval au cheval-vapeur. Rouler en pick-up, c’est affirmer des valeurs du paysan rustre – genre « red neck » du Tennessee –, celle du travailleur manuel qui a besoin de l’outil pratique, et pour une part aussi celle de l’intello qui se la joue plutôt couillue – voir Clint Eastwood en photographe et Stetson dans Sur la Route de Madison… D’où ces flambants pick-up pour retraités riches, recherchant l’alliance du « wagon » de luxe et du symbole viril.

CheyenneCheyenne, 60.000 habitants, capitale du Wyoming, constitue un de ces concentrés d’Amérique comme nous les aimons – c’est même pour ça qu’on y a séjourné avec le plus grand intérêt. Son ancienne gare, très européenne d’allure, abrite le musée de l’Union Pacific Railroad – remarquez qu’il s’agit encore et toujours de route… Oui, que serait aussi l’Amérique états-unienne sans son chemin de fer, son wagon postal, ses lignes télégraphiques, ses attaques de bandits ? Et ses voyageurs improbables, telle cette élégante chapeautée, sac-valise à la main, à peine descendue du train, regard confiant – sculpture de Veryl Goodnight, de 2011, souscription des citoyens de Cheyenne, « en hommage au rôle des femmes dans le développement de l’Ouest, le Wyoming étant le premier État à accorder le droit de vote aux femmes. » La statue est intitulée « A New Beginning », un nouveau départ – et c’est tout dire.

Les chevaux allaient progressivement laisser la place au rail pour le transport, puis aux véhicules à moteur – encore fallait-il trouver les énergies correspondantes : c’est dire l’importance fondamentale de la houille et du pétrole ; c’est engager un pan entier de l’histoire américaine, son impérialisme, sa politique étrangère. Il était écrit, inscrit dans l’esprit de Conquête et pour ainsi dire dans le corps physique des pionniers, que l’Ouest ne s’arrêterait pas aux rivages du Pacifique, le pourtant bien nommé. Restons-en là.

La Mecque de l'habillement du cow-boy et de la cow-girl – entre autres.

La Mecque de l'habillement du cow-boy et de la cow-girl – entre autres.

Les risques du métier

L’affaire se passe à Cody, chez Irma, le restaurant de Buffalo Bill (voir épisode précédent). Ce vendredi soir, la grande salle est pleine à craquer, et c’est buffet. Robert, qui n’en rate pas une en ce domaine notamment, a repéré une purée d’huîtres de montagne – un régal, m’assure-t-il. En effet. Nous en reprenons même une seconde fois. Le reste suit, très bon, dont cette tranche de bœuf (nous avons aussi goûté le bison une autre fois), grande comme le Wyoming. Bref, excellent repas qui, de plus, n’a pas trop chargé la note de frais…

Nous en étions restés là, ravis de cette gastronomie westernienne. Lorsqu’un éclat de rire puissant extrait Robert de sa lecture de voyage : il vient d’apprendre que les huîtres de montagne sont bel et bien, oui, des couilles de taureau !

À Cheyenne encore, un autre musée, enfin un magasin, le magasin Wrangler, une institution locale, plus ancienne que la marque de blue-jeans. C’est une antre de l’équipement vestimentaire du cow-boy : chapeaux, vestes, chemises, jeans, bottes, ceintures, boucles et autres innombrables accessoires. Là-dessus, mon ami Robert m’en raconte une bien intéressante à propos de la guerre que se livrent les deux grandes marques de jeans : Levi’s, c’est plutôt pour les urbains branchés – coupe serrée devant et derrière, moulant les fesses et le sexe. Wrangler, c’est le jean du cow-boy, d’abord confortable, surtout pour monter à cheval, les jambes assez amples pour couvrir les bottes sans chichi. Autant dire deux conceptions du monde.

Cheyenne toujours. Nous parcourons la rue principale, celle des grandes scènes de western – on rêve quand même… Une vitrine nous attire, celle d’une sorte de mont-de-piété, un magasin-dépôt. Perceuses et outils divers, parfums, guitares et batteries – colts, Winchester, chargeurs de Kalachnikov.

En face, un bar nous tend les bras – un des deux seuls qui restent à Cheyenne, les autres, si nombreux il y a encore quelques années [source : Robert] ont disparu. Une enquête s’impose, d’autant que c’est le « happy hours ». La serveuse est aussi diserte que joyeuse ; sans craindre le cliché, on la dira accorte, et le décolleté avenant. Robert opte pour un Jack-Daniel… au cinnamone (canelle). Vive l’aventure ! je m’y risque. Robert s’en délecte ; il est vraiment Américain. De l’interview de la serveuse, il ressort que le commerce de profit a tué celui, moins rentable, des bars – d’où leur disparition progressive. Le sien a l’air de tenir. Il faut dire que la dame a des arguments, qu’elle n’hésite d’ailleurs pas à nous dévoiler, même pour la photo [ci-dessous] Traduction de la devise tatouée : « Ne regrette pas ce que tu as / C’est exactement ce que tu voulais ». Nous reprenons un autre whisky.

« Ne regrette pas ce que tu as / C’est exactement ce que tu voulais ». Une philosophe.

« Ne regrette pas ce que tu as / C’est exactement ce que tu voulais ». Une philosophe.

Cli­quer sur les pho­tos pour les agran­dir (© gp 2015)

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Road chronique américaine - 8 - Yellowstone, chaudron tellurique

Sui­te du péri­ple états-unien de Robert et Gérard

2 mai 2015, same­di. Yel­lows­to­ne (Wyo­ming)

USA 2015 Béta StarRetour en arriè­re, main­te­nant que nous avons remis le cap vers l’est (troi­siè­me et der­niè­re semai­ne de la tra­ver­sée), his­toi­re de gar­der nos sou­ve­nirs au chaud. En quit­tant Cheyen­ne, notre objec­tif por­tait aus­si un nom mythi­que autant que tou­ris­ti­que : Yel­lows­to­ne, le plus ancien parc natio­nal du mon­de (1872), plus grand que la Cor­se, deuxiè­me plus grand parc natu­rel des États-Unis après l’Alaska. Assez de super­la­tifs pour nous aiman­ter, tout com­me ces quel­que trois mil­lions de tou­ris­tes annuels.

Cheyenne-WyomingPour attein­dre le Yel­lows­to­ne Natio­nal Park, c’est théo­ri­que­ment sim­ple. Le Wyo­ming tient exac­te­ment dans un rec­tan­gle par­fait (c’est le seul État ain­si des­si­né) ; par­tant du coin en bas à droi­te (Cheyen­ne), il « suf­fit » de sui­vre la dia­go­na­le jusqu’au coin en haut à gau­che, soit 450 miles (envi­ron 700 km) – on a eu fait pire… C’était sans comp­ter sur les élé­ments : la rou­te de l’entrée sud du parc était cou­pée, à cau­se de la nei­ge enco­re abon­dan­te (le haut pla­teau se situe à une moyen­ne de 2.400 mètres d’altitude et le Eagle Peak atteint 3.462 mètres).

Seule pos­si­bi­li­té, pren­dre par le sud, lon­ger le mas­sif du Grand Teton – c’est son nom, d’origine fran­çai­se ou fran­co­pho­ne, com­me de nom­breux noms de lieux-dits, de vil­la­ges et de vil­les ren­con­trés tout au long de notre péri­ple. Faut-il rap­pe­ler que l’ancien­ne Loui­sia­ne, ter­ri­toi­re fran­çais, s’étendait des Grands Lacs jusqu’au gol­fe du Mexi­que ? Et, com­me dit l’ami Robert : « Si Napo­léon n’avait pas ven­du ce ter­ri­toi­re aux Etats-Unis, en 1803, l’autre jour t’aurais pu com­man­der un jam­bon-beur­re au pre­mier bis­trot de San­ta Fé – et l’obtenir ! » Bref, quan­ti­té de noms à conso­nan­ce fran­çai­se (par exem­ple, en ce moment même, nous cam­pons près de la riviè­re Bel­le Four­che…) par­sè­ment enco­re une gran­de par­tie des Etats-Unis, il fal­lait tout de même le rap­pe­ler, non ?

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Le mas­sif du Grand Teton

Pour le coup, ce sont des Cana­diens fran­çais explo­rant la région qui ont ain­si bap­ti­sé « Grand Teton » – désor­mais sans accent – ces som­mets magni­fi­ques dont le plus haut culmi­ne à 4.197 mètres. Leurs roches, âgées de plus de deux mil­liards d’années, sont par­mi les plus ancien­nes de la pla­nè­te. On a ain­si eu le loi­sir de les contem­pler suc­ces­si­ve­ment par leurs flancs est et ouest, en remon­tant vers le nord par l’Idaho. Bien nous en prit.

En effet, d’aucuns doi­vent savoir qu’il y a « quel­que cho­se de Picar­die en moi »… Et me voi­là sou­dain pro­je­té dans une ter­re à pata­tes. Et, tenez-vous bien, c’est cet­te par­tie de l’Idaho qui four­nit Mac Donald en pom­mes de ter­re ! Mais adieu la modes­te Picar­die, voi­ci des champs à per­tes de vue, des fer­mes-usi­nes, des entre­pôts immen­se – mais aus­si des « caveaux » à l’ancienne, abris à pom­mes de ter­re… recou­verts de ter­re – et des camions-ben­nes en tous sens char­gées de futu­res « fren­ch fries ».

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Dans l’Idaho, à per­te de vue, des champs de fren­ch-fries pour McDo.

Un détour qui valait le coup et qui a quand même fini par nous mener dans le fameux Yel­lows­to­ne, du nom des sour­ces de la riviè­re « Roche jau­ne », bap­ti­sée ain­si par les cou­reurs des bois et trap­peurs cana­diens-fran­çais qui explo­raient et fai­saient du com­mer­ce dans cet­te région au XVIIIe siè­cle. Elle fut ensui­te tra­dui­te en anglais par « Yel­low Sto­ne ». Cet­te appel­la­tion est sans dou­te elle-même issue d’une tra­duc­tion de la lan­gue amé­rin­dien­ne, la « riviè­re de la roche jau­ne », réfé­ren­ce à la cou­leur des pier­res jau­nes que l’on trou­ve dans le Grand Canyon du parc.

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Le Lower Gey­ser Basin

Tou­te cet­te zone pour­rait être qua­li­fiée de bouilloi­re vol­ca­ni­que. Envi­ron 300 gey­sers (les deux tiers des gey­sers de la pla­nè­te) témoi­gnent de l’intensité des acti­vi­tés sou­ter­rai­nes. Actuel­le­ment, Yel­lows­to­ne revit une pha­se sem­bla­ble à sa pre­miè­re éta­pe géo­lo­gi­que. La lave conti­nue de s’accumuler, fai­sant à nou­veau gon­fler l’écorce ter­res­tre de plu­sieurs cen­ti­mè­tres par an.

La plus gran­de par­tie du parc est située dans le Wyo­ming, tout au nord-ouest. Le res­te débor­de sur les États voi­sins de l’Idaho et du Mon­ta­na. Créé en 1872, le Yel­lows­to­ne est le plus ancien parc natio­nal du mon­de. Il s’étend sur 8 983 km2 (plus que la Cor­se), et consti­tue le deuxiè­me plus grand parc natu­rel des États-Unis (hor­mis l’Alaska).

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L’une des figu­res emblé­ma­ti­ques du parc est le Old Fai­th­ful, le deuxiè­me gey­ser le plus impor­tant au mon­de après le Strok­kur, en Islan­de. Tou­tes les 90 minu­tes envi­ron, il entre en action et pro­pul­se une puis­san­te et majes­tueu­se trom­be d’eau et de vapeur d’un blanc écla­tant. Le spec­ta­cle dure une tren­tai­ne de secon­des, devant quel­ques dizai­nes (en cet­te bas­se sai­son) d’admirateurs (dont nous-mêmes) conte­nus en cer­cle autour de cet­te mer­veille du mon­de.

En fait, le parc est par­se­mé de gey­sers, de fume­rol­les, de sour­ces chau­des ; la ter­re y prend des tein­tes subli­mes, entrant en ébul­li­tion com­me dans un chau­dron tel­lu­ri­que. On se prend à ima­gi­ner un Spiel­berg fil­mant ici un autre Ren­con­tres du troi­siè­me type. (l’original a d’ailleurs été tour­né dans le Wyo­ming), où la croû­te ter­res­tre se sou­lè­ve­rait à des hau­teurs hol­ly­woo­dien­ne, englou­tis­sant des grap­pes de tou­ris­tes hur­lant d’épouvante… Bon.

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Le bison sau­va­ge a failli être frap­pé d’extinction.

Les ani­maux ne s’embarrassent guè­re de ce gen­re de déli­re – on le pré­su­me. Ils se ras­sem­blent, innom­bra­bles et en de mul­ti­ples espè­ces, atti­rés depuis des mil­lé­nai­res, voi­re des mil­lions d’années, par la cha­leur que déga­ge la cal­dei­ra de Yel­lows­to­ne, cet­te espè­ce de bouilloi­re gigan­tes­que située sous une pla­que vol­ca­ni­que à fond plat. Ils ne crai­gnent ni les gey­sers, ni les relâ­che­ments sul­fu­reux déga­gés dans des gar­gouillis de boues aux cou­leurs les plus sub­ti­les, au ris­que d’y périr asphyxiés, com­me ces cinq bisons retrou­vés morts en 2004.

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Deux cari­bous femel­les ont tra­ver­sé la riviè­re Madi­son pour paî­tre sur la rive.

Le long de la riviè­re Madi­son, nous pou­vons admi­rer deux cari­bous femel­les venus brou­ter des joncs. Nous en rever­rons par dizai­nes. Un peu plus loin, voi­ci un trou­peau de bisons sau­va­ges, com­me en ver­ra tant – par­fois bar­rant notre rou­te (il s’en tue ain­si une cen­tai­ne par an, vic­ti­mes de la cir­cu­la­tion tou­ris­ti­que, rien que dans le parc). L’espèce sau­va­ge, datant de la Pré­his­toi­re, est désor­mais consi­dé­rée com­me sau­vée de l’extinction : en 1902, on comp­tait moins de 50 bisons dans le Yel­lows­to­ne ; ils sont aujourd’hui envi­ron 4 000.

Yel­lows­to­ne abri­te aus­si, dans ses prai­ries et sous ses forêts de type alpin, de nom­breux grands autres mam­mi­fè­res com­me des ours noirs, des grizz­lys, des coyo­tes, des loups, des élans (ori­gnaux au Cana­da), des cerfs ou enco­re des trou­peaux sau­va­ges de wapi­tis. Nous ne les ver­rons pas tous, bien sûr ; d’autant que la rou­te des lacs aus­si était cou­pée et que nous avons dû remon­ter par le nord, dans des pay­sa­ges tou­jours aus­si gran­dio­ses.

Nous avons atteint le Mon­ta­na, qui se trou­ve, on le devi­ne, en plein dans la conti­nui­té des Rocky Moun­tains. Même ravis­se­ment visuel… jusqu’à la nuit venue où nous déci­dons de jeter l’ancre dans la rue prin­ci­pa­le, et uni­que, de Cooke City – un « fameux port de pêche », com­me j’aime à dire, tan­dis que Robert évo­que le film Déli­vran­ce (déjà cité dans nos récits… c’est la réfé­ren­ce quand on ne sait trop qua­li­fier l’Amérique des pro­fon­deurs…), ima­gi­nant des figu­res pati­bu­lai­res col­lées aux vitres de notre « chu­ck-wagon » – là, c’est une autre réfé­ren­ce, à la Conquê­te de l’Ouest, et nous y revien­drons bien­tôt.

La nuit, entre nos deux tas de nei­ge sale, entre les deux seuls réver­bè­res allu­més, fut aus­si tran­quille qu’ailleurs…

Cli­quer sur les pho­tos pour les agran­dir (© gp 2015)

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Road chronique américaine - 7 - William Cody, alias Buffalo Bill, faussaire de l’Histoire

 

Sui­te du péri­ple états-unien de Robert et Gérard

1er mai 2015, ven­dre­di. Cody (Wyo­ming)

USA 2015 Béta CowboyCe sep­tiè­me épi­so­de a bien tar­dé, sans que rien ne s’arrête pour autant. Au contrai­re : si nos éta­pes rac­cour­cis­sent quel­que peu, le temps que nous vivons sem­ble s’accélérer du fait de l’intense beau­té des pay­sa­ges et de leur char­ge his­to­ri­que. C’était atten­du, main­te­nant que nous avions tou­ché l’ouest, ce West si sym­bo­li­que de tou­te l’histoire amé­ri­cai­ne, là où tout se concen­tre, là où la mytho­lo­gie rejoint aus­si ses affa­bu­la­tions, tou­tes ces « his­toi­res » plus ou moins inven­tées, qui conti­nuent de nour­rir une cer­tai­ne ima­ge des Etats-Unis. Et jus­te­ment, à pro­pos d’imagerie, nous avons choi­si, Robert et moi de pri­vi­lé­gier nos moments de navi­ga­tion fixés par les pho­tos, tout en déve­lop­pant ce qu’elles évo­quent pour nous, dans notre recher­che d’une vision actuel­le et, autant que pos­si­ble, non sté­réo­ty­pée de cet­te Amé­ri­que qui, à nos yeux, demeu­re tou­te­fois fas­ci­nan­te.

CodyAu sor­tir du parc subli­me de Yel­lows­to­ne, nous avons fait hal­te à Cody, au nord-est du Wyo­ming. Hal­te n’est pas le bon mot. Cet­te peti­te vil­le d’à pei­ne 10.000 âmes consti­tue en fait le point d’orgue de notre péri­ple, ce lieu que Robert tenait à me fai­re décou­vrir, par­ce qu’il per­met selon lui la meilleu­re com­pré­hen­sion de l’histoire amé­ri­cai­ne.

C’est que la vil­le a été fon­dée par un cer­tain Buf­fa­lo Bill, alias William Cody, dont elle por­te le nom. Cody est connue entre autres pour ses rodéos, cer­tes, mais aus­si pour son musée consa­cré aux armes à feu, aux Indiens des plai­nes, à la fau­ne et la flo­re de la région, aux pein­tres amé­ri­cains – et à la vie de William Cody. On y trou­ve une gran­de col­lec­tion de docu­ments et d’objets liés notam­ment à son Buf­fa­lo Bill’s Wild West Show.

Par­tons donc en ima­ges vers les ques­tion­ne­ments qu’elle per­met­tent.

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Au départ, William Fre­de­ri­ck Cody est un chas­seur de bisons, plu­tôt un tueur et, bien­tôt, un exter­mi­na­teur. Il fut l’agent sym­bo­li­que de la poli­ti­que d’extermination lan­cée par le gou­ver­ne­ment fédé­ral  afin d’affamer les Indiens et, du coup, de les exter­mi­ner eux-mêmes. Des cen­tai­nes de mil­liers de bisons (on ne sait au jus­te éva­luer ce mas­sa­cre) furent abat­tus, tan­dis que leurs peaux étaient récu­pé­rées par les skin­ners et trans­por­tées au long de la récen­te ligne de che­min de fer, la Paci­fic Rail­road.

Son sur­nom pro­vient du fait qu’il four­nis­sait en vian­de de bison (buf­fa­lo en anglais) les employés des che­mins de fer et qu’il gagna un duel en tuant, en une jour­née, 69 bisons contre 48 à son concur­rent.

Cody entre dans la légen­de grâ­ce à l’écrivain Ned Bunt­li­ne qui conta ses aven­tu­res. Son nom en lan­gue indien­ne sioux était « Pahas­ka » qui signi­fie « che­veux longs ». Cet­te dis­tinc­tion phy­si­que contri­bua à l’élaboration soi­gnée de son look, auquel s’identifia bien­tôt tou­te une géné­ra­tion de roman­ti­ques culti­vant un cer­tain retour à la Natu­re – non sans évo­quer, après coup, l’époque hip­pie…

De 1882 à 1912, il orga­ni­se et diri­ge un spec­ta­cle popu­lai­re : le Buf­fa­lo Bill’s Wild West. Une tour­née le conduit lui et sa trou­pe dans tou­te l’Amérique du Nord et en Euro­pe. En 1889, il pas­se en Fran­ce par Paris (trois mil­lions de spec­ta­teurs au pied de la Tour Eif­fel !), Lyon, Mar­seille et plus de cent vil­les.

Sit­ting Bull lui-même par­ti­ci­pe au Show en 1885 aux États-Unis et au Cana­da, se rési­gnant en quel­que sor­te, par néces­si­té per­son­nel­le, à la défai­te, voi­re à l’humiliation.

C’était un spec­ta­cle éton­nant pour l’époque, cen­sé recréer l’atmosphère de l’Ouest amé­ri­cain alors qu’il en des­si­nait entiè­re­ment la repré­sen­ta­tion selon un make belie­ve – « fai­re croi­re » – pré­fi­gu­rant les gran­des entre­pri­ses de mys­ti­fi­ca­tion infan­ti­li­san­te, cel­les de Walt Dys­ney en par­ti­cu­lier, tou­jours à l’œuvre, avec le suc­cès qu’on sait. Ce show a ain­si façon­né une mytho­lo­gie qui a lit­té­ra­le­ment détour­né le sens de l’histoire amé­ri­cai­ne. 

Les scè­nes de la vie des pion­niers illus­traient des thè­mes tels que la chas­se au bison, le Pony Express (ser­vi­ce de cour­rier rapi­de avec des mes­sa­ges por­tés par les cava­liers à bri­de abat­tue à tra­vers les prai­ries, plai­nes, déserts et mon­ta­gnes de l’Ouest), l’attaque d’une dili­gen­ce et de la caba­ne d’un pion­nier par les Indiens – et le tout en pré­sen­ce de vrais Indiens consti­tuant le clou du spec­ta­cle et cau­tion­nant ain­si son « authen­ti­ci­té ».

Pour des mil­lions d’Américains et d’Européens com­men­ça alors le grand mythe du Far West qui ne s’éteindra plus et que le ciné­ma d’Hollywood, avec ses figu­res mythi­ques des géants de l’Ouest, contri­bue­ra à déve­lop­per.

Le cha­peau Stet­son, le ban­da­na et la che­mi­se du cow-boy ont été popu­la­ri­sés par Buf­fa­lo Bill alors que tous les cow-boys n’en por­taient pas. La majo­ri­té d’entre eux por­taient un som­bre­ro, moins chaud et beau­coup moins cher que le Stet­son. Les gran­des coif­fes amé­rin­dien­nes fai­tes de dizai­nes de plu­mes n’étaient uti­li­sées que dans quel­ques tri­bus et seule­ment lors de gran­des et rares occa­sions. La plu­part du temps, les Amé­rin­diens ne por­taient que des coif­fes de quel­ques plu­mes. C’est le spec­ta­cle de Buf­fa­lo Bill qui a fait entrer les gran­des coif­fes dans l’imaginaire col­lec­tif. [Sour­ces Wiki­pe­dia et le Musée de Cody].

Le musée de Cody, remar­qua­ble en tous points, per­met de décons­trui­re le mythe de Buf­fa­lo Bill et de la Conquê­te de l’Ouest – pour peu qu’on y soit prêt. Car, à l’inverse, il peut tout aus­si bien contri­buer à entre­te­nir la fable auprès de ses pro­pres croyants.

Ou com­ment le mythe de Buf­fa­lo Bill et celui du Far-West ont pure­ment et sim­ple­ment mas­qué un dou­ble géno­ci­de : celui des Amé­rin­diens et des bisons. Un peu­ple et une espè­ce qui ont failli tota­le­ment dis­pa­raî­tre.

Cody, où nous séjour­nons, a su tirer pro­fit de son héros local, fon­da­teur réel de la vil­le, et de sa légen­de. L’exploitation tou­ris­ti­que y est cepen­dant assez dis­crè­te, tenant en quel­ques sculp­tu­res de bron­ze – de bel­le fac­tu­re, com­me les nom­breu­ses autres qui par­sè­ment les vil­les et la cam­pa­gne état­su­nien­nes –, ras­sem­blées autour du musée.

Bill Cody – Hard and Fast - All the Way. Bronze de Peter Fillerup. Cody, Wyoming

Bill Cody – Hard and Fast - All the Way. Bron­ze de Peter Fille­rup. Cody, Wyo­ming

Les com­mer­çants, eux, ont moins de scru­pu­les à expo­ser leur bim­be­lo­te­rie « buf­fa­lien­ne ». La tra­ce la plus concrè­te du per­son­na­ge est cepen­dant his­to­ri­que : il s’agit de l’Hôtel Irma, ouvert en 1902, que William Cody a fait construi­re et auquel il a don­né le nom de sa fille cadet­te. Le lieu, deve­nu le cen­tre vivant de la vil­le, est aujourd’hui clas­sé monu­ment his­to­ri­que. Il com­prend un bar très fré­quen­té et un res­tau­rant dont la sal­le vaut réel­le­ment le détour : les boi­se­ries, ornées de mul­ti­ples ani­maux natu­ra­li­sés, y sont magni­fi­ques – et tout par­ti­cu­liè­re­ment l’impo­sant bar en bois de ceri­sier offert par la rei­ne Vic­to­ria.

Un res­tau­rant où, par ailleurs, on y dégus­te de la bon­ne cui­si­ne amé­ri­cai­ne – com­me le pain de vian­de et des côtes levées – à prix fort rai­son­na­ble. Cet­te infor­ma­tion rele­vant d’un authen­ti­que jour­na­lis­me de ter­rain. « Un jour­na­lis­me gour­mand », tient à pré­ci­ser Robert, qui ne plai­san­te pas sur ces ques­tions.

PS – Une par­tie impor­tan­te de ce magni­fi­que musée de Cody est consa­crée au mon­de amé­rin­dien sous un angle anthro­po­lo­gi­que ; nous y revien­drons spé­cia­le­ment.

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Road chronique américaine - 6 - Colorado. Même le sheriff prend de la hauteur

Sui­te du péri­ple états-unien de Robert et Gérard

25 avril 2015, same­di, Colo­ra­do

USA 2015 Béta Star

Épi­so­de « plus », tou­jours plus, etc. Selon le cre­do désor­mais si répan­du de la crois­san­ce rédemp­tri­ce. Ici, c’en est la Mec­que, si j’ose dire (j’ose). Tout est plus, donc, et de pré­fé­ren­ce « world famous », au nom de l’impe­rium. Mon ami Bob, Qué­bé­cois pur éra­ble, est aus­si Nord-Amé­ri­cain. Il aime la coun­try (déjà prou­vé), le steak sai­gnant (pas seule­ment), des char­cu­te­ries bizar­res au goût de sucre et d’on ne sait quoi. Il ado­re l’Amérique tout autant qu’il peut la détes­ter s’agissant de ses excès – non, seule­ment de ses outran­ces. Alors, le Bob a vou­lu grim­per sur le toit du mon­de US, non pas à pied, cer­tes non, mais en emprun­tant la voie fer­rée du Pikes Peak Cog Rail­way, le Train à cré­maillè­re du pic Pikes.

Colorado-Springs

Colorado-Springs.

Depuis Colo­ra­do-Springs, ancien­ne vil­le olym­pi­que. Ce sera là-Haut. © gp

Évi­dem­ment, j’ai adhé­ré à cet­te extra­va­gan­ce bon enfant, redou­tant un peu le traî­ne-couillons local. Car, fran­chouillard sur les bords, je connais­sais le Train jau­ne des Pyré­nées, n’est-ce pas ?… J’aurais été con : ne s’agit-il pas moins du World’s Highest cog train, ascen­ding Pikes Peak in all sea­sons, per­met­tez, le plus haut train à cré­maillè­re du mon­de, attei­gnant le pic Pikes en tou­tes sai­sons. « Enjoy the invi­go­ra­ting gran­deur ! », ajou­te le dépliant, sans exa­gé­rer, pour le coup : 14 110 pieds, soit 4.300 mètres au som­met en par­tant de 1.900 mètres, des pen­tes à 14 %, une heu­re et demie dans cha­que sens. Le die­sel qui s’accroche à la cré­maillè­re, avec ses deux wagons et ses deux cents pas­sa­gers, sem­ble par­fois sur le point de flan­cher. Deux zones de croi­se­ment per­met­tent la rota­tion des deux trains (de fabri­ca­tion suis­se).

Colorado-Springs

À bord, une hôtes­se d’un âge incer­tain, « chauf­fe » le Tou­ris­te de sa voix très nasillar­de, pimen­tant d’anecdotes usées l’histoire de la ligne, insis­tant sur le subli­me du pay­sa­ge, l’héroïsme des cher­cheurs d’or (on voit une ancien­ne mine au loin)… Cer­tes, la vue est gran­dio­se – quel­ques pho­tos le diront assez, les mien­nes s’ajoutant au mitrailla­ge conti­nuel, n’insistons pas.

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http://en.wikipedia.org/wiki/Manitou_Springs,_Colorado

Pas­ser la dénei­geu­se cha­que jour.

Bien­tôt, nous voi­là dans la nei­ge – le Qué­bé­cois dit ne pas vou­loir regar­der, lui qui sort à pei­ne de l’hiver cana­dien ! Par endroits la cou­che dépas­se la hau­teur du train ; la voie doit être dénei­gée cha­que jour. Au som­met, libé­ra­tion pour une demi-heu­re ! Quel­ques-uns vont bra­ver la nei­ge, cel­le qui tom­be et l’amoncelée qui cède sous les pieds tou­ris­ti­ques ; d’autres iront consom­mer au super-mar­ché des sou­ve­nirs, se réchauf­fer auprès de la mar­chan­di­se en ses som­mets.

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Ça caille sec, si je puis oser ce rac­cour­ci. Sur­tout, l’oxygène se fait rare, les gui­bo­les ramol­lis­sent, les ver­ti­ges mena­cent. On par­vient au bel­vé­dè­re, là où l’on se fait tout spé­cia­le­ment pren­dre en pho­to.

Colorado-Springs.

Lieu et moment his­to­ri­ques, en ce som­met vic­to­rieux où un monu­ment témoi­gne d’un autre mythe amé­ri­cain, ain­si que le racon­te Robert :

« Ce qu’on voit là, ce sont les paro­les gra­vées dans le bron­ze de Ame­ri­ca The Beau­ti­ful. C’est le second hym­ne patrio­ti­que amé­ri­cain, celui qui se chan­te la main sur le cœur, quand le pre­mier, l’officiel Star-Spank­led Ban­ner (La Ban­niè­re étoi­lée), se chan­te la main au képi… Cha­que année lors de grands évé­ne­ments spor­tifs com­me le Super Bowl (cham­pion­nat le plus pres­ti­gieux du foot­ball amé­ri­cain), un artis­te chan­te Ame­ri­ca The Beau­ti­ful avant le début du show ou du mat­ch. Alors, si on trou­ve le tex­te de cet­te chan­son au som­met du Pikes Peak, c’est par­ce qu’il a été écrit sur cet­te mon­ta­gne, à mi-che­min de celui qu’on a gra­vi en train. Son auteur, Katha­ri­ne Lee Bates, devait le publier com­me poè­me dans The Congre­ga­tio­na­list, en 1895. Il fut ensui­te mis en musi­que par Samuel A. Ward et devint bien­tôt le “second hym­ne”, repris par des dizai­nes de chan­teurs com­me Elvis Pres­ley et Frank Sina­tra ; il figu­re aus­si cou­ram­ment dans les recueils de chant des congré­ga­tions reli­gieu­ses. »

http://en.wikipedia.org/wiki/Manitou_Springs,_Colorado

« Ils l’ont fait ! »

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Nous quit­tons Mani­tou-Springs (le Mani­tou est le chef spi­ri­tuel chez les Amé­rin­diens), char­man­te sta­tion de mon­ta­gne aux bou­ti­ques sty­lées ; direc­tion Den­ver avec l’intention d’une éta­pe de cam­ping sau­va­ge. Hési­tant sur la sor­tie d’autoroute à pren­dre, Robert alors à la bar­re, redres­se et mord légè­re­ment sur le mar­qua­ge au sol, déclen­chant aus­si­tôt der­riè­re nous un délu­ge d’éclairs rou­ge et bleu… Sur­gi d’on ne sait où, c’était le dia­ble en uni­for­me de she­riff… Leçon de condui­te, papiers, contrô­le depuis la voi­tu­re. Der­riè­re l’étoile bien asti­quée, l’homme est aus­si fer­me que cour­tois, sinon aima­ble. Tout étant en ordre, il se pro­po­se de nous « cou­vrir » jusqu’à la bon­ne sor­tie et, là-des­sus, nous remet sa car­te de visi­te avec son gra­de, son matri­cu­le et son numé­ro de télé­pho­ne ain­si que celui de sa patrouille pour une aide éven­tuel­le ou un com­men­tai­re à noti­fier sur les condi­tions de son inter­ven­tion. Le tout, dans le but, expri­mé au dos de la car­te, de pro­mou­voir les valeur d’Honneur, de Devoir et de Res­pect… On croit rêver !

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Road chronique américaine - 5 - Au Nouveau-Mexique, le far-west se rapproche

Suite du périple états-unien de Robert et Gérard

24 avril 2015, vendredi, Nouveau-Mexique

USA 2015 Béta CactusNous voyons défiler ces paysages infinis. Notre road chronique comme un travelling sans fin (presque) repoussant des horizons d’océans. Cette ivresse là nous a pris en particulier dès le Nouveau Mexique, État du sud-ouest marquant plusieurs changements : chaleur plus marquée, végétation bien avancée, puis des prairies herbues devenant de plus en plus couleur de sable, se transformant presque en savanes. État hispanique qui, comme son nom l’indique, fut sous domination du grand voisin du sud, avant de rejoindre la fédération des Etats-Unis. L’espagnol y est la seconde langue en usage.

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Le nom Nouveau-Mexique (en espagnol Nuevo México et en navajo Yootó Hahoodzo ; en anglais New Mexico) a été donné par les Espagnols aux terres situées au nord du Rio Grande (la région supérieure du Rio Grande a été appelée Nuevo Mexico dès 1561). Le nom a été anglicisé et donné également aux terres cédées aux États-Unis par le Mexique après la guerre mexico-américaine. Le nom Mexique provient de la langue aztèque et signifie « dans le nombril de la lune ». [Merci Wiki !]

Notre mode de navigation, défini tacitement, comme il est venu : Nous roulons, nous roulons, tant que nous ne sommes pas déviés par une attraction impérieuse. En quelque sorte « à la Montaigne » : « S’il ne fait pas beau à droite, je prends à gauche. » Cependant que la boucle du périple a tout de même été esquissée, avec le calendrier. Donc nous prenons chacun notre quart à la barre. Robert démarre en premier tandis qu’à l’arrière, dans ma salle de rédaction… j’assure la chronique. L’après-midi, je ne dirai pas que c’est l’inverse ; car si je prends bien la barre, Robert lui pique de la gaufre pour une bonne sieste. À part ça, nous devisons régulièrement, partageant impressions, points de vue, informations, blagues diverses. « Bouffer de l’asphalte » ne saurait suffire à nourrir notre insatiable curiosité, nous les Bouvard et Pécuchet de l’Amérique 😉

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À ce régime-là, nous avons parcouru dans les 5.000 km en cinq jours, roulant au besoin la nuit pour dégager du temps de jour, ou pour en réserver aux prochains lieux repérés.

La circulation est relativement peinarde, les limitations de vitesse étant respectées – 65, 70, 75 miles à l’heure, selon les États (100-110-120 km/h) ; mais le trafic est souvent intense, surtout avec les innombrables trucks, si impressionnants quand ils vous doublent.

Les autoroutes sont presque toutes gratuites, mais pas toujours en bon état, surtout dans le Midwest.

Nous voulions faire escale à Albuquerque, comme ça, sans trop savoir, peut-être doute à cause de l’exotisme du nom, celui du vice-roi historique de la Nouvelle-Espagne. Mais cette ville s’est défilée sous nos roues, comme un fantasme : pas la moindre indication de dowtown (centre ville), pas d’édifices marquants visibles, pas de gratte-ciel arrogants, rien qui attire l’œil du voyageur un peu pressé. Une grande tranchée autoroutière, certes, des boulevards à angle droit, les enseignes habituelles du bizness… Une non-ville, à nos yeux, mais un souvenir quand même, celui-là d’une vision fantomatique…

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Plongée vers Santa Fe ©gp-2015

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C’est ainsi que le cap fut mis sur Santa Fe, capitale de l’État (2 134 m d’altitude, la plus haute des Etats-Unis)., malgré ses – seulement – 68.000 habitants. Dans notre programme, Santa Fe était précédée de sa réputation de « deuxième ville d’art » du pays, après New York – bigre ! De fait, musées et galeries abondent, plus marchands que moins – ce qui constitue, en effet, un critère de classement tout à fait états-unien.

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Bien charmante ville, très « latino » et hispanique pour moitié, où les Indiens (2 % de la population) y sont relégués, comme ailleurs, au rang folklorique déjà évoqué ici. À preuve flagrante, cette riante place Nationale, carrée, adossée au Palais des gouverneurs et à ses arcades ; c’est là qu’une trentaine d’Amérindiens tiennent boutique, à même le trottoir, l’air plus que mélancolique, voire désabusé. Il suffit de traverser la placette pour buter sur des dizaines de galeries de luxe qui vantent, et vendent, l’artisanat autochtone et l’art dit contemporain qui s’en inspire plus ou moins.

Fondée par les Espagnols en 1607, Santa Fe (Villa Real de Santa Fé de San Francisco de Asís en espagnol, signifiant en français Ville royale de Sainte Foi de Saint François d'Assise) a gardé une grande unité visuelle, avec ses constructions en « adobe » (briques d’argile séchées au soleil). Santa Fe serait aussi la ville la moins polluée du monde, selon une étude menée par l'OMS.

Pour en revenir à l'État du Nouveau-Mexique, rappels tout de même indispensables : Easy Rider, le film de Denis Hopper, y a été tourné en 1969 ; de même Milagro, de Robert Redford (1988) ; La Trilogie des Confins (1992-98), les romans "western" de Cormac McCarthy se situent au Nouveau-Mexique. Enfin, c'est à Rosswell, au sud-est de l'État, qu'un ovni se serait écrasé en 1947…

À suivre

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Rattrapage côté images, celles-ci pouvant être de nouveau insérées ; on verra plus tard pour les précédents épisodes… Merci spécial à Daniel D; de la base informatique de Venelles, pour ses conseils avisés !

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Road chronique américaine - 4 - Big Texan ne craint ni la barbaque, ni la mort

Suite du périple états-unien de Robert et Gérard

23 avril 2015, jeudi, Texas

Quitté le Tennessee (Nashville et Memphis), traversé l’Arkansas (prononcer « ârkinssâ », le â tirant sur le o…), dépassé Little Rock (ses tristement fameuses émeutes raciales de 57-59), changé de fuseau horaire, franchi le Mississippi, la Canadian River, le fleuve Arkansas, surfé sur des miles et des miles dans l’Oklahoma, laissé dans notre sillage Oklahoma City, El Reno et Clinton (pas l’autre), borduré une tornade, le tout sans avoir rencontré un seul Cherokee, pas un Apache des Grandes Plaines (mais nous ne sommes pas entrés dans leurs réserves). « It’s a long, long trip », oh yes !

[Ici, objection de mon coéquipier : – Non, tu n’en sais rien : des Indiens, on en aura forcément croisé, pas des emplumés bien sûr, mais des assimilés, devenus routiers, artisans, ouvriers ou autres. Du point de vue culturel, ils n’ont plus d’autre droit, d’autre reconnaissance que folklorique. Hollywood les aura pressés comme des citrons et réduits à être des sous-produits plus ou moins exotiques. Alors que, selon les États, les Amérindiens sont encore dans les 10% de la population. – Dont acte, c’est plus clair ! ]

Oui, nous bouffons du bitume ! Le long travelling nous accapare assez, dans la monotonie austère des paysages de l’Arkansas et de l’Oklahoma, États pauvres du Midwest.

Et nous voguons sur la route du mythe pas excellence, la fameuse « 66 », la « mother-road », celle de la Conquête de l’Ouest, 3.600 kilomètres entre Chicago et Santa Monica en Californie. Nous l’avons prise à plusieurs reprises sans le savoir, cette Sixty Six qui n’existe plus, ayant été déclassée en 1985, remplacée par l’autoroute 40 qui nous porte depuis et, en ce moment même entre Amarilla et Albuquerque, Nouveau-Mexique. Mais elle a de beaux restes, la « 66 », enfin des restes présentables, entretenus au nom du tourisme de rapport, autant que par cette nécessité « mythographique » – excusez le gros mot, mais c’est notre sujet de curiosité. [Photos à l’appui, sans doute au retour, de même qu'une carte, qui s'impose].

Or, nous voici au Texas. Où mieux qu’ici, en ce deuxième État de l’empire par la taille après l’Alaska (plus étendu que la France, 26 millions de Texans à majorité républicaine, faut-il le préciser et évoquer le clan des Bush ?), où mieux qu’au Texas, évoquer la notion de grandeur ? Ou plutôt non : de démesure, cette notion qui marque tant l’esprit américain, qui imprègne les comportements, les valeurs centrées autour de l’espace et de ses conquêtes – de la terre à la Terre elle-même, jusqu’au Ciel, celui de l’espace (« À vous Houston ! ») et celui des cieux célestes des hallucinés du Dieu unique, venus à bout de ces arriérés polythéistes à plumes et leurs mythologies « de pacotille », tandis que s’imposent, au besoin par les armes, les valeurs de l’Argent-roi, des richesses ostentatoires, du Paradis gagné à la force de la compétition, de la violence comme donnée culturelle.

Tout cela, nous l’avons en quelque sorte vécu « en live » dans le lieu même de la démesure : The Big Texan, à Amarillo, route 66. Son nom l’indique, c’est le domaine du gros, du beaucoup, du quantitatif d’abord. Il s’agit d’un immense « steak house » doublé d’attractions à la Disneyland, se présentant comme « World famous », selon le cliché dominant [qui agace tant Robert ; sous ce qualificatif « de renommée mondiale », il voit toute cette prétention à dominer la planète]. Donc, c’est un restaurant à viande de bœuf, décor et ambiance « western », « beautiful Texas cowgirls », bien nourries, et autres cowboys de charme servant jusqu’à cinq cents carnivores affamés – et assoiffés.

Du vent dans le pétrole

Étonnants, ces immenses champs d’éoliennes en plein Texas, pays du pétrole triomphant. Des éoliennes pas centaines, plutôt par milliers, à perte de vue. Et de-ci de-là, des appels à recrutement dans ce secteur. Signe des temps ? Anticipation de l’épuisement programmé des puits et investissements massifs dans l’énergie renouvelable ?

La maison comprend sa boucherie, ça va de soi, mais aussi sa brasserie [excellente bière, je dois dire] et encore : un hôtel du même style, des boutiques de « souvenirs », un saloon, une galerie de tir avec selles de cheval…, une salle de poker, un service de limousine (tapageuse bagnole au capot surmonté d’une paire de cornes de vaches) par laquelle nous avons été transportés, précieux clients-rois si possible bardés de dollars. Chaque tablée a aussi droit à une aubade par trois folkleux (gratte et chant nazillard, violon, contrebasse) qu’on croirait sortis de Délivrance (John Boorman, 1970), film des très grandes profondeurs américaines…

Le coup de génie (relatif au bizness) de la famille Lee, propriétaire exploitant depuis 1960 – les Lee de la lignée du général en chef sudiste qui a capitulé à la bataille de Gettysburg [voir notre épisode précédent sur le sujet : tout se tient !] –, donc le coup de génie en question, c’est le coup de pub suivant : offrir un steak de 72 oz – un peu plus de deux kilos ! – à quiconque réussira à le manger (ingurgiter, avaler, gloutonner) en moins d’une heure, avec ses garnitures !

Un tel exploit, bien sûr, vaut mise en scène. Tiens, voilà deux candidats, ovationnés par la salle, montant sur le ring, une estrade dressée devant le barbecue (géant), surmontée de six chronomètres en chiffres de néon rouge (six challengers peuvent concourir à la fois), encouragés avec force par le meneur de cérémonie. On avance la barbaque. Ovations. Qui, de l’homme ou de la « bête » va l’emporter ? On entoure les combattants, photos de toutes parts – oui, de vraies conditions idéales pour un excellent repas entre amis… Et c’est parti !

Nous n’avons pas attendu la fin du match… Auront-ils gagné ou, sinon, été condamnés à payer le prix du repas, soit 72 dollars ?

À propos de condamné, cette extravagance à peine croyable : pour un dollar dans la fente, vous vous offrez, « for a schocklinkly good time », les soubresauts d’un mannequin condamné à mort, électrocuté sur sa chaise électrique ! Est-ce là spectacle concevable ailleurs, en civilisation ?

(À suivre – tou­jours sans images, désolé)

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Road chronique américaine - 3 - Nashville, sa country, ses péquenauds, sa Calamity Jane

Suite du périple états-unien de Robert et Gérard

Mardi 21 avril 2015

L’ancre levée, nous quittons ce havre de stationnement où nous avons passé la nuit entre deux « trucks » – rien à ajouter. Objectif Nashville, capitale du Tennessee et de la « country music ». Rien, a priori, qui m’y eût attiré ; rien « en moi de Tennessee » ni de sa musique de et pour péquenauds. Mais attention à ce que j’écris là qui frise l’outrage à l’ami.

Robert aime la « country », qui fait partie de sa culture, à partir de l’adolescence, qu’il a contribué à promouvoir via Radio Canada. Aller à Nashville ressemble fort à une obligation anthropologique, le point de jonction avec l’homo americanus moderne, le garçon vacher et à cheval, ce cow-boy du mythe fondateur. On en croise de lointains descendants, plus ou moins fringants, sur les trottoirs du Broadway local où s’alignent sans discontinuer, boutiques de souvenirs, honky-tonks, bars musicaux traditionnels, et country-politans, leurs concurrents plus commerciaux.

Sur les trottoirs aussi, des Elvis en résine, très prisés pour les clichés-souvenirs ; bien qu’originaire de Memphis, le King a été accaparé par Nashville, qui a fortement contribué à sa notoriété (il y a enregistré de nombreux disques). La capitale mondiale de la country résonne aussi de musique rock et même hard, et c’est sans doute la plus étonnante des curiosités de Broadway que d’être envahi d’appels musicaux plus divers et nuancés qu’on le croirait. Même le country bouscule (gentiment) la tradition, se métissant à l’occasion de rock électrique. En la découvrant, Nashville semble en effet bien conforme à son profil mondialisé : le bizness y fonctionne à plein autour de la pacotille folklo – bottes, chapeaux, fringues et tout un bazar ultra-kitch caractéristique du chic américain du Sud blanc.

Mais je découvre avec surprise une cité pimpante d’allure plutôt modeste à l’ombre de ses quelques gratte-ciel assez élégants et néanmoins bien triomphalistes – c’est leur fonction première –, tel celui d’AT&T, l’imperium téléphonique qu’on dirait dirigé par Batman « en personne ». Une belle rivière traverse la ville, d’un côté la country, de l’autre le stade de football américain, un « modeste » 80.000 places.

La santé avant la musique

Depuis les années 1960, Nashville est le second centre de production musicale aux États-Unis après New York. En 2006, son impact économique a atteint 6,4 milliards de dollars, générant 19.000 emplois.(Gibson, le fameux fabricant de guitares y a son siège).

Mais c'est le secteur des soins de santé qui est le plus important, avant le tourisme et la musique. Nashville est le siège de plus de 250 compagnies, dont Hospital Corporation of America, le plus grand opérateur privé d'hôpitaux dans le monde (18,3 milliards de dollars par an, 94 000 emplois).

Les autres industries principales sont les assurances, la finance et l'édition – surtout religieuse. Plusieurs films ont été filmés à Nashville, dont La Ligne verte, Le Dernier Château, Gummo, Nashville Lady et le film de Robert Altman, Nashville, dont l'action se déroule dans la ville. [Avec Wikipedia]

Dire que tout baigne au pays de la musique paysanne, sûrement pas. Des affichettes à l’entrée des « saloons » rappellent l’interdiction d’y introduire des armes, même si les boutiques abondent en pistolets de plastique destinés, on n'en doute pas, à éduquer les enfants. La violence, on le sait, est ici endémique – pas seulement aux Etats-Unis ! – où elle exprime spécialement une valeur fondatrice, avec son culte des armes qui n’aurait d’égal que l'omniprésence des religions et des sectes.

On pourrait aussi louer cette bonhomie apparente des bars musicaux avec leurs publics de tous âges et de toutes conditions – mais seulement pour Blancs. Rappelons au passage comment Elvis Presley et le rock ont littéralement contré – au profit du profit ! – la « black music », qui avait bien d’autres ressources, il est vrai. Bref, Nashwille est bien une ville blanche, les Noirs, eux, se trouvant plus à l’ouest, à Memphis.

En quittant la ville, sur la vitre arrière d’un pick-up conduit pas une femme, ces mots en rouge vif : « Red Neck Woman » méritent une explication. Voilà que les femmes – du moins certaines – en viendraient à revendiquer le statut jusque là carrément macho du « cou rouge », ce red neck caractéristique du pécore réac, de droite, affecté aux champs et aux vaches ! « Avant » et depuis l’histoire de l’épopée, la femme n’existait que par l’homme, le mari. La voilà qui se revendique pour elle-même, pas pour autant féministe ni de gauche, certes… Quoique, à lire le complément de l’autocollant : « I miss my ex, but my aim is getting better all the time ! » souligné par le dessin d’une cible… Difficile à traduire ! On s’est échiné, Robert et moi, à démêler les double sens de cette phrase si chargée. En gros : « J’ai largué mon ex, je manque de cible ». Une nouvelle génération de Calamity Jane ?

Je comprends mieux le sens que Robert a voulu donner à cette étape et à tout ce périple : tenter de comprendre ce pays « qui n’est pas un pays », pour parodier un certain Gilles Vigneault, mais un continent, celui de la grandeur excessive, des extrêmes, jusqu’aux extrêmes contradictions.

À suivre – toujours sans images (j'en veux à WordPress, qui vient d'imposer une mise à jour – foireuse !)

Pour Calamity : http://fr.wikipedia.org/wiki/Calamity_Jane

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Road chronique américaine - 2 - Pèlerins à Gettysburg

Sui­te du péri­ple états-unien de Robert et Gérard

Lun­di 20 avril 2015

Nous filons plein sud, dans notre bar­que à roues, ce qu’en bon fran­çais on nom­me un cam­ping-car. Plein sud pour mieux embou­cher le plein « far west », la rou­te de la conquê­te.

Hier, tra­ver­sée de l’État de New York, puis celui de la Penn­syl­va­nie, objec­tif Get­tys­burg, lieu fon­da­teur s’il en est, là où les séces­sion­nis­tes escla­va­gis­tes du Sud ont été défi­ni­ti­ve­ment bat­tus par les Nor­dis­tes. C’est là que, par contre­coup est né le concept d’Union, celui même des Etats-Unis ; c’est là qu’a été mis fin, dans le prin­ci­pe, à l’esclavagisme. Bref, c’est de la bataille de Get­tys­burg que date (1er-3 juillet 1863, plus de 50.000 morts des deux côtés) l’ère moder­ne de cet­te nation nais­san­te. Le 19 novem­bre, lors de la céré­mo­nie de consé­cra­tion du champ de bataille, Lin­coln y pro­non­ça son fameux dis­cours, une adres­se de deux minu­tes. En dix phra­ses, il repla­ce son pays dans la ligne his­to­ri­que de la Décla­ra­tion d’indépendance des États-Unis et la guer­re de Séces­sion com­me une guer­re pour la liber­té et l’égalité et contre l’esclavage. Dans la der­niè­re de ces dix phra­ses, Lin­coln crée le concept de « gou­ver­ne­ment du peu­ple, par le peu­ple et pour le peu­ple » repris entre autres en 1946 dans le der­nier ali­néa de l’Article 2 de la Consti­tu­tion de la qua­triè­me répu­bli­que fran­çai­se.

La col­li­ne est ponc­tuée des actes de bra­vou­re et de sacri­fi­ce, par­se­mée de monu­ments éri­gés au nom de régi­ments mili­tai­res de tout le pays. Là enco­re, les faits d’arme, mêlés aux valeurs mora­les, rejoi­gnent le flux mytho­lo­gi­que et l’Histoire.

Évi­dem­ment, c’est un lieu de pèle­ri­na­ge dont la peti­te vil­le très coquet­te et bour­geoi­se a tiré par­ti et pro­fits en de mul­ti­ples musées et bou­ti­ques de sou­ve­nirs. Depuis 1818, « The Dob­bin Hou­se Tavern » main­tient la flam­me du sou­ve­nir. Six géné­ra­tions se sont employées à abreu­ver sol­dats et voya­geurs. Aujourd’hui, les tou­ris­tes y sont accueillis par le per­son­nel en cos­tu­mes à l’ancienne. La pho­to de Lin­coln côtoie les bou­teilles de bour­bon et, au fond, une répli­que de dra­peau d’avant l’indépendance sym­bo­li­se cet­te pha­se de l’Histoire où l’Union Jack se trou­vait enca­dré par les « stri­pes », ban­deaux rou­ges, sans les « stars » des futurs États.

Petit retour en Penn­syl­va­nie, État fon­dé par les qua­kers, aus­si puri­tains que tolé­rants, ce qui, du coup, atti­ra des légions de reli­gieux de tou­tes obé­dien­ces – même si l’ombre de Luther demeu­re très pré­gnan­te, on en dénom­bre plus de cent. Dans la caté­go­rie des bizar­re­ries, c’est ici que sont ins­tal­lées les com­mu­nau­tés d’Amishs avec leurs car­rio­les désuè­tes, leurs bar­bes immua­bles, pan­ta­lons à bre­tel­les et robes lon­gues des dames. Ces éco­los-bigots s’interdisent l’électricité et l’usage des machi­nes en géné­ral. Ils déno­tent à pei­ne dans le pay­sa­ge très fores­tier (Syl­va­nia était le pre­mier nom don­né au pays par son fon­da­teur William Penn) agré­men­té, au bord des rou­tes, de fiè­res croix de bois façon Gol­go­tha, si vous voyez un peu le tableau. Des signes plus visi­bles, cer­tes, que les fora­ges de gaz de schis­te pour­tant très nom­breux dans l’État.

(À sui­vre)

Déso­lé, pas moyen d’insérer des pho­tos.

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Road chronique américaine - 1 - Autour des mythes

USA 2015 Béta Truck

C'est à ne pas le croire : Trouver un accès wi-fi le long des routes américaines relève de l'exploit ! La connexion du jour, inattendue, est poussive ; je n'enverrai donc pas de photos avec ce premier papier. Pour le deuxième, eh ben, ce sera selon… 

C’est une navigation. Une navigation terrestre. Une barque sur roues pour flots asphaltés. « Tu vas en bouffer comme jamais, de l’asphalte ! ». Il avait annoncé la couleur – grise – de notre rêve américain. « Il », mon comparse Robert, ami de bientôt quarante ans, c’est dire notre jeunesse. Le « rêve » en question : un mélange de non-dit et d’affirmations plus ou moins péremptoires sur l’« Amérique ». Lui, l’Américain au sens premier usurpé par ses dominants ; lui le Québécois résistant à l’anglophonie impériale, lui dans la lignée de son compatriote cinéaste Denis Arcand prédisant le Déclin de l’Empire américain. Lui, dont j’aurai l’occasion de reparler ici, évidemment. Notre propos d’aujourd’hui apparaît d’une simplicité trop évidente pour ne pas receler du profond mystère. Cette Amérique-là s’est fondée sur des mythes : qu’en est-il ? Quelles réalités ces mythes ont-ils générées ? Qu’en est-il encore de nos jours ?

C’est donc une chronique de « road movie » qui commence ainsi, une road chronique. Ce matin – il a pris le premier quart – Robert est à la barre tandis que je mémorialise notre périple tout en roulant. Il commente aussi, en ex-homme de radio qui ne craint pas la métaphore de choc ; d’un geste ample de la main droite, il lance : « C’est plein de troupeaux de hamburgers ! » Nous naviguons, plein sud, au fin fond de la Virginie, direction Nashville, Tennessee.

Nous venons de passer notre première nuit ensemble… J’en entends ricaner. Tout comme hier matin, au petit matin, au passage de la frontière de La Colle où un ensemble bunkerisé au possible, à très haute technologie paranoïde, affiche en son fronton triomphal et en lettres gigantesques : « UNITED STATES OF AMERICA ». Des chicanes impressionnantes, des caméras par dizaines, un interrogatoire, un deuxième, prise d’empreintes des dix doigts, photo (contrôles déjà subis ici-même il y a cinq ans…).

L’adresse de votre hôtel aux Etats-Unis ?

– Nous sommes en camping-car ; nous avons deux couchettes, explique Robert.

– Ah oui, rétorque le flic goguenard avec un clin d’œil vers son voisin qui se marre aussi. Nous n’irons pas vérifier, ce n’est pas notre job !

Deux mecs ensemble, ben oui, des homos quoi, sinon des gays. On se marre. Ça tombe bien, se marrer fait partie de notre philosophie active. Se marrer sérieusement, avec attention, application, science.

Montréal fascine bien des « maudits Français ». C’est l’Amérique en VF, la clé d’entrée dans le fameux rêve – en prime avec le cousinage affectif. La veille au soir, déjà, on s’est marré à manger du crabe d’Alaska, spécialement ses pattes de presque un demi-mètre. Les pêcher, là-bas, c’est exercer l’un des métiers les plus dangereux du monde tant la mer y est assassine. Mais on s’est marré quand même à célébrer l’amitié de Stéphanie, Québécoise, et Fabrice, qui a désormais davantage vécu au Canada qu’à Saint-Brieuc où il est né. Ils nous accueillent avec une coupe de vin mousseux… à l’érable qui, je l’affirme sans détour, est excellent. Découverte aussi que ces fromages locaux : le Kénogami (vaches du lac Saint-Jean) et le Ramoneur (chèvres). C’est un couple de gastronomes professionnels ; écolos dans l’âme aussi : ils vont faire construire une maison autonome en énergie. En quoi ils sont représentatifs de la mouvance vers l’autonomie énergétique, et cela au pays où l’électricité coule à flots par les mânes triomphantes d’Hydro-Québec – Robert ne semble jamais éteindre les lampes chez lui ! (Scandaleux). Du coup, ils peinent à trouver des installateurs compétents en panneaux solaires, en chauffage alternatif. En prime, ils viennent de subir un des hivers les plus rudes : moins 35°C ! Le printemps en est en retard et le sol, encore gelé à 7 pieds de profondeur (plus de deux mètres !) retarde le début des travaux de leur maison. Dehors, aux confins de la ville, des monticules de neige boueuse, sale, dégagée des rues à la pelleteuse, attendent leur dégel. Je dis « monticules », non, ce sont de véritables collines !

Donc, libérés d’un coup de tampon, à nous l’Amérique ! À commencer par l’escale breakfast à Rouse’s Point, un rade à haute immersion : choix entre Mc Donald, Dunkin Donet et Truck Stop, le « routier sympa » que nous retenons pour ses œufs au bacon, ses toasts, son café lavasse. La traversée sera dure, on peut le redouter. Pour atténuer le choc, comme on s’injecterait un vaccin, mon camarade a dégainé son sens de l’à-propos toujours surprenant chez lui : remonté dans notre vaisseau, il envoie derechef le disque Cool Water, Sons of the Pioneers (Fils des pionniers). Plongée directe dans ce mythe, en sa version audio la plus léchée, la plus clichetonneuse aussi : « Cow Boy Dream », « Red River Valley », « Riders of the Sky ». On y est !

Comment, quoi, pourquoi encore et encore écrire sur l’Amérique ? Pourquoi même cette épopée ? (Je dirais désormais l’Amérique par commodité, s’agissant des seuls Etats-Unis). « Tout » n’a-t-il pas été dit et redit sur cette nation, ses peuples, ses outrances, ses « miracles », ses … ?

Ben non ! Comme si aligner les sept notes de la gamme mettait fin à la musique. C’est son commencement. Nous recommençons l’Amérique par nos yeux, oreilles et tous sens déployés, y compris le sens critique.

– Pas vrai Robert ?

– Surtout le sens critique ! tout autant que la fascination pour les différences. Les découvrir, en effet, me fascine plus que prétendre les dénoncer.

En voisin continental, en journaliste aguerri, Robert connaît les Etats-Unis. Cette nouvelle navigation à deux – deux canaux d’observation –, c’est donc bien pour revisiter lesdits mythes, ce qui ne saurait faire l’économie d’un questionnement sur ses propres acquis, ses croyances mêmes…

(À suivre)

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Trip de deux potes en Amérique profonde

À l’heure où vous lisez ces lignes, je serai – en prin­ci­pe – dans l’avion Mar­seille-Mont­réal, Pro­ven­ce-Qué­bec-Bel­le pro­vin­ce, Fran­ce-Cana­da, Euro­pe-Nord-Amé­ri­que. Sur Ter­re cepen­dant.

Oui, mon emprein­te car­bo­ne va en pren­dre un sacré coup ! J’ai l’excuse (rela­ti­ve) de n’avoir plus rou­lé ma bos­se depuis plu­sieurs années main­te­nant. On appel­le ça la retrai­te, bien que pour beau­coup ce pri­vi­lè­ge de l’âge son­ne l’heure de la débau­che (sous cet angle) : croi­siè­res, plans Océa­nie, Bora-Bora et tut­ti frut­ti gabe­gi­ques à effet de ser­re ren­for­cé.

Donc, je cra­que mon sac à noi­set­tes éco­lo, je pul­vé­ri­se ma tire­li­re car­bo­ne : Mar­seille - Mont­réal et retour ; le tout en avion non élec­tri­que ou, mieux enco­re, à hydro­gè­ne… incon­sé­quen­ce aggra­vée par quel­ques mil­liers de miles sur les rou­tes nord-amé­ri­cai­nes, des USA en par­ti­cu­lier.

carnet-route-etats-unis-2015Quel­ques expli­ca­tions s’imposent auprès de mes amis et lec­teurs de « C’est pour dire » (nul­le excu­se, ni béné­dic­tion deman­dées) : il s’agit de la concré­ti­sa­tion ici-bas d’un rêve de deux vieux copains ayant rou­lé leurs bos­ses de-ci-de-là dans le mon­de, mais jamais ensem­ble, ou si peu. Com­me ils ne comp­tent ni l’un ni l’autre sur un quel­con­que para­dis, pas même un enfer, ils vont donc aller de concert et de conser­ve, pour une Aven­tu­re ter­res­tre, rou­tiè­re et plei­ne­ment amé­ri­cai­ne. Pour­quoi là-bas ? Sans dou­te devront-ils s’en expli­quer !

Robert_BlondinLui : Robert pour les inti­mes, bien connu com­me le Robert Blon­din, ancien pilier de Radio-Cana­da dont il a inon­dé les émis­sions de ses ondes géné­reu­ses, notam­ment cel­les dif­fu­sées quo­ti­dien­ne­ment sous le titre non ambi­gu de L’Aventure. C’est elle, cet­te émis­sion, qui nous valut la ren­con­tre fata­le, dans les années soixan­te-quin­ze de l’autre siè­cle !

Parce que c’est lui, par­ce que c’est moi. Ain­si allons-nous devi­ser in situ, selon une déri­ve amé­ri­cai­ne – enten­dez états-unien­ne.

robert-blondin-gerard-ponthieu

C’est annon­cé urbi et orbi (F. Pon­thieu)

De cet­te virée, vous devriez être entre­te­nu ici-même, « on ze blog », en un car­net de voya­ge de mon cru, sur le mode de mes virées afri­cai­nes, par exem­ple – tou­jours dis­po­ni­bles sur ledit blog (taper « repor­ta­ges », entre autres, dans la case de recher­che). Ou enco­re à la maniè­re de mon esca­pa­de avec l’âne Juju – éga­le­ment lisi­ble ici-même à par­tir de l’onglet « Un livre à télé­char­ger ».

En som­me, qu’ajouter à cet­te inusa­ble véri­té : qui vivra ver­ra ?

À bien­tôt.

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Combien de temps ? poème d’Edward Perraud

Edward Perraud, né à Nantes en 1971 : percussionniste, batteur, compositeur, improvisateur, chercheur et aussi trouveur – comme dans trouvère… Oui, ça lui va bien à ce Pierrot lunaire, troubadour de la baguette magique, celle qui pulse, rythme, impulse, assure le battement du cœur vital, chœur musical, du jazz et de l’univers. En quoi, il est donc foncièrement poète, jusqu’à écrire de la poésie, comme ici, avec des mots, des mots-images, des images photos, car cet homme à talents est aussi photographe. Il a l’œil qui écoute, l’oreille d’ un voyant rimbaldien jouant aux dés avec Lautréamont, Hugo, Mahler, Ayler. Il aime les citer à l’occasion, au détour de ses concerts – comme celui d’Avignon où il lançait la suite n°2 du disque « Synaesthetic Trip », un sommet du genre. Découvrez-le davantage ça et , entre autres.

edward-perraud

Moulin à jazz, 2010 © G. Tissier

Combien de temps ?

C'est la fin de l'hiver, le début d'un printemps

Un vieillard qui se perd, un enfant qui apprend

La terre a fait son tour, encore un chant d'amour ?

Combien de temps déjà que papa n'est plus là ?

La toupie s'arrêtera, nous serons bien moins fiers

Réduits en grains de sable puis finir en poussière.

La terre a fait son tour, encore un champ d'horreurs ?

Combien de temps déjà que je compte plus les heurts ?

Imaginez le prix de ce petit poème

Quand nous ne savons pas jusqu'où la vie nous aime ?

La terre a fait son tour, est ce un mal pour un bien ?

Combien de temps déjà qu’on bafoue les humains ?

Devant l'astre suprême nous serons tous égaux

Et fondront nos égos comme s'écoulent les armes

La terre a fait son tour, c'est pourtant pas banal ?

Combien de temps encore pour le règne animal ?

Cupidon trop cupide, la coupe d'or est pleine,

Mais la terre sature, polluée, morne plaine.

Va faire un tour au large, Terre change de mythe,

Et débarrasse toi de tes pires parasites

Une chance pourtant pourrait sauver le monde

Que l'âme de poète inocule et féconde

L'esprit des tout-petits futurs grands militants.

Que l'amour du vivant supplante le pauvre argent !

Combien de temps encore jusqu'aux dernières neiges

Continuera-t-il à tourner le beau manège ?

 Edward Perraud, le 27 mars 2015

Edward Perraud

ph. Edward Perraud
© mars 2015

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Le futur « transhumaniste », selon le neurobiologiste Jean-Didier Vincent

ECRIVAINS JEAN DIDIER VINCENT ET GENEVIEVE FERRONE CHEZ GRASSETProfesseur à l'Institut universitaire de France et à la Faculté de médecine de Paris-Sud, directeur de l'Institut de neurobiologie Alfred-Fessard du CNRS, un des pionniers de la neuroendocrinologie, Jean-Didier Vincent est aussi un aventurier intellectuel et, comme tel, un passeur entre des domaines ouverts à la vie au plein sens. C’est dire qu’il ne saurait se limiter au seul domaine du cerveau, dont il est pourtant un grand spécialiste. Ses livres récents donnent une idée de son activité de transfert des connaissances : Casanova ou la contagion du plaisir, Celui qui parlait presque, La Chair et le diable, La Vie est une fable, Faust : une Histoire naturelle (tous chez Odile Jacob), Si j'avais défendu Ève (Plon). Un éclectisme à l’image de sa curiosité insatiable et de son humour à l’occasion provocateur.

Paul Veyne se demandait si les Grecs avaient cru à leurs mythes 1. Pour les chrétiens, pas de doute, le Christ a bel et bien ressuscité. Pâques en est la célébration religieuse la plus fervente, sourcée à une mythologie païenne datant de la plus haute antiquité. Il s’agissait de célébrer le retour du printemps, le cycle du vivant pour lesquels l’œuf représente le symbole de la vie. De même en est-il du lièvre (chocolaté désormais, comme l'œuf…), symbole antique de la fécondité – le con féminin (cunnus en latin), faut-il le rappeler, dérivant de l’analogie formelle avec le museau du lapin (conejo en castillan, conill en catalan et en occitan , coniglio, en italien, etc.) Dans le christianisme, ils symbolisent la résurrection du Jésus-Christ et sa sortie du tombeau, comme le poussin sort de la coquille avec sa pure naïveté questionnante et éternelle : quid de la poule ou de l’œuf ?

Je m’égare ? Non pas. Puisqu’il est question d’immortalité, question existentielle s’il en est et autour de laquelle se sont greffées les croyances religieuses puis leurs dogmes plus ou moins néfastes. De nos jours, ce sont les hallucinés coraniques qui détiennent les records les plus atroces. La compétition a toujours été vive dans ces domaines propices aux plus sinistres et mortifères obscurantismes, sans exclure les religions séculières telles que peuvent être considérés le nazisme et le stalinisme.

Je m’égare encore ? Non, car il s’agit cette fois de l’immortalité ici-bas, celle qui touche une autre forme de croyance, liée à la toute-puissance (notion divine) de la Science et de ses dérivés dits technologiques.

J’ai trop tardé à vous présenter le neurobiologiste Jean-Didier Vincent [voir ci-contre également], co-auteur avec Geneviève Ferone, en 2011, de l’ouvrage Bienvenue en Transhumanie. Sur l'homme de demain (éd. Grasset) 2. Livre passionnant autour de perspectives inouïes et terrifiantes, ainsi qu’on pourra le comprendre dans le passionnant entretien que Jean-Didier Vincent a donné au Figaro Magazine, en autorisant sa reprise sur « C’est pour dire ». En le remerciant vivement ainsi que l’intervieweur, Patrice De Méritens.

 

« L'espèce humaine ne peut durer que si elle demeure mortelle »

  • Qu'est-ce qui vous a pris d'écrire une nouvelle Apocalypse ?

Jean-Didier Vincent - Je n'ai rien fait d'autre qu'un voyage dans le futur de l'homme, et si j'ai effectivement pensé à l'Apocalypse, ce ne sera pas pour autant un texte sacré. J'ai eu envie de voir ce qu'il y avait dans le ventre de ces gens qu'on appelle les « transhumanistes ». Ce sont des idéologues qui visent au dépassement de l'espèce humaine, qu'ils considèrent comme imparfaite, par une cyberhumanité. Leur rêve est celui de l'immortalité pour une créature, produit du génie de l'homme. Le monde actuel est entré dans une zone de fortes turbulences, nous détenons une puissance de feu capable de transformer la Terre en confettis radioactifs, l'homme est en passe de bricoler son ADN, mais comme nous ne pouvons remonter la grande horloge biologique du vivant, la tentation est grande du passage en force technologique.

Avant l'avènement du posthumain, nous voici donc arrivés dans une phase de transition, celle du transhumanisme. Elle répond en quelque sorte aux préoccupations apocalyptiques anciennes où l'homme, dépassant la créature réagissant aux misères qui lui sont infligées par son créateur, ne compte plus que sur lui-même et sur les technologies qu'il a su développer pour faire face à la grande crise qui frappe l'ensemble de la biosphère. Les transhumanistes ne sont pas une secte, mais un groupe de pression qui utilise pour ses desseins le concept de convergence des nouvelles technologies : les NBIC : nanotechnologies (N), biotechnologies (B), informatique (I) et sciences cognitives (C). En faisant converger sur des projets communs les moyens théoriques et techniques de ces quatre champs disciplinaires, on espère obtenir des résultats supérieurs à la somme de ceux obtenus par chacun d'eux isolément. On peut aussi s'attendre à l'émergence d'observations inattendues. Pour vous faire appréhender ce qu'est la convergence, j'utiliserai cette métaphore peut-être un peu violente : vous faites collaborer un forgeron avec un menuisier et ils vous construisent une croix pour crucifier le Christ...

  • Où sont les transhumanistes et comment travaillent-ils ?

– Leur mouvement est fortement implanté aux Etats-Unis, il a essaimé en Europe, notamment au Royaume-Uni et en Allemagne. Nous n'en avons qu'un faible contingent en France. Leur « pape » est un Suédois, professeur à Oxford, Nick Bostrom. Il est loin de m'avoir fasciné. En revanche, j'ai rencontré dans la Silicon Valley (que j'appelle la « vallée de la poudre »), pas mal de beaux esprits ainsi qu'une collection d'originaux. Leur projet d' « humains augmentés » remet en cause la définition traditionnelle de la médecine fondée depuis Francis Bacon sur la réparation du corps et le soulagement de la souffrance. Le transhumanisme aspire non seulement à empêcher l'homme d'être malade, mais à le rendre « incassable ». Ainsi, par exemple, l'informatique associée à la biologie moléculaire aboutit à la bio-informatique, qui permet de décrypter les génomes et les lois de la vie avec une acuité, une pertinence, et une efficacité prodigieuses – l'exponentiel étant le mot clé ! Les sciences cognitives, quant à elles, permettent de modifier le cerveau, avec notamment les implants. La seule barrière de communication entre le cerveau et la machine demeure nos sens, avec leurs organes récepteurs qui servent d'intermédiaires. Si ces derniers sont absents par la naissance ou par la maladie, ils peuvent être remplacés par des appareils électroniques implantés directement au contact des voies sensorielles à l'intérieur du cerveau. Voici venu le temps des cyborgs ! Cet ensemble va donner des pouvoirs dont le premier bénéficiaire est d'ores et déjà l'armée américaine, avec la Darpa (Defense Advanced Research Projects Agency), principale source de subventions de ces recherches.

Émanation de la recherche militaire états-unienne, ce robot bestial, hollywoodien et terrifiant.

Ainsi se dessine le projet d'un nouvel humain, pas tout à fait encore homo novus, mais sapiens sapiens augmenté, non plus dans le cadre de la natura naturans de Descartes, mais dans celui du per artem artefact. L'augmentation des capacités permettant en toute logique l'augmentation de la vie dans ses fonctions et sa durée.

  • Vous avez parlé d'immortalité pour une créature, produit du génie de l'homme...

– Ce qui ne signifie nullement l'immortalité de l'homme lui-même. « La vie c'est la mort, la mort c'est la vie », disait Claude Bernard – et il n'y a pas de processus de vivant sans processus de mort associé. Grâce à la biologie moléculaire, aux nanotechnologies, aux neurotechnologies, la durée de la vie sera prolongée. Sans être du domaine quantique (une réalité abstraite), la nouvelle matière intermédiaire inaccessible au visible, créée par les nanotechnologies, permettra d'intervenir sur la santé en touchant des cibles à l'intérieur du corps. On pourra entrer dans la cellule malade et, par exemple pour les cancers, appliquer des thérapeutiques auxquelles on ne pouvait pas soupçonner d'avoir un jour accès. Certains produits commencent déjà à bénéficier de ces découvertes. Sous forme nanométrique, au milliardième de mètre, la matière prend des propriétés extraordinaires. C'est ainsi que l'or, métal impassible, change de couleur sous forme de nanoparticules. Quand il rougit, il devient toxique et attaque l'oxygène. C'est surtout à partir du carbone que l'on obtient des matières exceptionnelles, par exemple pour des fils destinés aux ascenseurs spatiaux, dont la résistance sera 1 000 fois supérieure à celle d'un métal de même dimension. Mêlez à cette révolution technologique les progrès de la biotechnologie, et nous deviendrons de nouveaux humains. Le clonage permettra le triage d'embryons, l'élimination comme l'ajout de certains gènes ; on fera même des Frankenstein réussis – des chimères, au strict sens du mot.

  • Avec quelles conséquences ?

– Sans même évoquer les questions d'éthique, auxquelles il serait bon de réfléchir en amont, les conséquences sur le plan social risquent d'être particulièrement destructrices. Le sexe n'ayant plus d'importance, que restera-t-il de nos amours ? Complètement séparés de la reproduction, que vont devenir le désir, l’érotisme - la culture elle-même qui est toujours, peu ou prou, sexuelle ? Il faudra enterrer solennellement le Dr Freud ! Épicure dit que l'âme est le cri de la chair, mais justement, il faut que la chair souffre, qu'elle jouisse, qu'elle éprouve de l'affect, qui est le fondement de l'humain. Nous sommes des êtres duels. Le jour où l'on parviendra à provoquer le plaisir par la libération d'ocytocine dans le cerveau, autrement dit provoquer un orgasme artificiel avec une puce implantée dans la région ad hoc du cerveau, qu'adviendra-t-il d'une société devenue exclusivement onaniste ? Où sera le souci de la descendance ? Quelle sera cette société sans amour, douée de raison et de multiples qualités sélectionnées pour construire les humains ?

  • Une société efficace... c'est presque tentant ! Quand y sera-t-on ?

– On ne le sait heureusement pas. Dans la perspective d'une humanité augmentée, « mort à la mort » n'en demeure pas moins un programme de recherche réalisable. Il suffira de neutraliser les ensembles génétiques qui causent notre perte, et le suicide ou l'accident sera le seul moyen de remplir les cimetières. Nous serons donc cassable mais non mortels, tout comme ces services de vaisselle hérités des grands-parents qui finissent par être détruits avant d'être usés. Clonage et « amortalité » seront réservés aux puissants, la reproduction demeurant la spécialité des humbles. Mais si la possibilité de ne pas mourir est offerte à tous, pauvres et riches, alors, selon la loi de l'offre et la demande, le coût de la mort deviendra exorbitant : offrez la vie éternelle, la mort deviendra précieuse. Au cours de mon voyage en transhumanie, j'ai rencontré un prophète et grand mathématicien nommé Eliezer Yudkowsky, qui ne désespère pas de créer des algorithmes grâce auxquels on pourra introduire dans les cerveaux de la pensée nouvelle et des capacités de conceptualisation, pour l'heure inimaginables. Penser l'impensable ! Mais que sera l'impensable dès lors que nous n'aurons plus l'angoisse de la mort et de l'au-delà, sur quoi se construit la métaphysique ? Frustrés à l'origine, frustrés à l'arrivée ! Nous serons conçus par l'opération du Saint-Esprit (si ce n'est qu'il n'y a plus d'esprit), sans plus avoir à s'en soucier puisque nous serons immortels. C'est trop beau pour être vrai, et proprement inconcevable.

  • Oui, si l'on s'en tient à l'imbrication de la vie et de la mort selon Claude Bernard, mais ce principe ne risque-t-il pas un jour d'être techniquement obsolète ?

– Est-ce fantasmer de penser que l'espèce humaine ne peut durer que si elle demeure mortelle ? La mort supprimée reviendrait à sa négation. Sans même évoquer les problèmes matériels que poserait l'immortalité : asphyxie numérique, survie alimentaire, anémie spirituelle en cas de numerus clausus – sans compter l'ennui ! –, j'oppose à la mort une virtuelle immortalité, celle de la « communion des saints » : vous n'êtes immortel que dans la mesure de l'amour du prochain que vous avez semé autour de vous, lequel vous gardera dans la mémoire du vivant. Que signifie la longévité des patriarches ? Mathusalem, un peu plus de 900 ans, Enoch un peu moins de 400 ans, ou bien encore Abraham, 175 ans, alors qu'il y eut peut-être cinquante Mathusalem, trente Enoch, dix Abraham qui se succédèrent. Ce qui apparaît comme un mythe relève de la communion des saints : Abraham, passé dans un autre Abraham, etc. C'est ainsi que l'humanité évolue, conservant ses propres traces dans l'inconscient collectif, pour reprendre une expression qui sent un peu la psychanalyse. J'espère bien qu'un peu de moi survivra dans d'autres qui m'auront entendu, que j'aurai aimés et qui m'auront aimé.

Augmentons donc la vie de l'homme, supprimons tous ses handicaps, notamment ceux de la vieillesse odieuse, souvent reléguée dans les hospices, cela ne peut qu'améliorer la bonté de l'homme. Vaincre cette forme de pré-mort est la vraie victoire. Mais si nous n'aspirons qu'à la valeur existentielle d'une vaisselle de famille, cette immortalité-là ne me séduit guère. Sans compter que le transhumanisme est une idéologie porteuse d'espérances douteuses...

  • Que voulez-vous dire ?

– En matière militaire, un seul soldat serait capable de détruire une population ennemie. Question d'équipement : avec sa smartdust (poussière communicante électronique), son exosquelette, son corps autoréparable, des nanobots (robots nanométriques) capables d'envahir l'adversaire sans qu'il s'en rende compte, des drones et des chars d'assaut pilotés par la pensée... La quatrième technologie, celle du cerveau, traite de l'interface cerveau-machine : si vous perdez un bras, il sera remplacé par un exobras mécanique autorégulé. Pour vous en servir, vos ordres seront envoyés à partir des données enregistrées par des électrodes dans votre cerveau et transmis par voie de communication d'ordinateurs.

  • Une part de cette science demeure donc hautement positive. L'homme ne risque-t-il pas d'être dépassé par sa création ?

C'est pourquoi il est essentiel que des progrès non technologiques s'accomplissent parallèlement dans l'humain. L'homme est de tous les animaux celui qui ne peut pas vivre seul. Il a besoin de l'homme, c'est inscrit dans sa physiologie. L'autre lui est nécessaire pour apprendre à parler, communiquer, vivre. Il est en même temps unique : pas un individu ne ressemble intégralement à un autre. Mais le transhumanisme risque de nous induire en tentation d'une plus grande uniformité, qui nous ferait régresser au monde des abeilles. Quelques individus aux super capacités pourraient prendre le pouvoir, comme dans les fictions d'Orwell et plus exactement d'Huxley, qui a parfaitement pressenti le phénomène dans Le Meilleur des mondes. D'où le souci de l'entraide : l'attention à l'autre, telle est la morale des anarchistes. D'où, également, la nécessité de retrouver une organisation de société fonctionnant plutôt sur le mode local, utilisant les grandes technologies de la communication pour établir des liens entre les groupes, tout en permettant d'intégrer les individus. Dès lors que nous ne réinventerons pas l'économie – non plus que ce dont nous sommes morts, c'est-à-dire la dangereuse virtualité du capital, qui permet de faire n'importe quoi –, nous reviendrons au contact du réel pour reconstruire des sociétés fondées sur la communion entre les humains.

  • On voit resurgir ici le philosophe anarchiste. Vous avez pointé le bout de l'oreille en évoquant la morale...

– Que voulez-vous, je ne peux m'empêcher de prêcher l'amour entre les hommes. Je suis un athée absolu en même temps qu'un chrétien irrécupérable. Cette religion qui tourne radicalement le dos au Dieu de l'Ancien Testament est fondée sur l'incarnation. Dieu est homme. C'est nous. Avec ce message essentiel : aimez-vous les uns les autres, qui est aussi celui des anarchistes. Pas les poseurs de bombes, comme les terroristes russes avec leur goût du néant, mais des penseurs comme Kropotkine, ou Élisée Reclus, l'anarchie pour eux étant la forme supérieure de l'ordre, qui s'établit dès l'instant où l'amour règne dans un groupe humain. 3

  • Pour autant, vous nous parlez ici d'une société virtuelle...

Mais c'est la société actuelle qui est virtuelle, on le voit chaque jour avec la crise financière ! La société future reposera quant à elle sur la technologie, inscrite dans une matérialité. Si l'on suit le principe qui veut que l'on ne connaisse que ce que l'on a fabriqué, l'Apocalypse n'est pas promesse de malheur, mais d'une nouvelle Jérusalem. Le mot, qui signifie « révélation », dévoile à la fois la méchanceté du monde et les risques qu'il court. Les transhumanistes sont donc à prendre comme des sortes d'éclaireurs, dont on appréciera les idées avec circonspection. Il ne faut pas les laisser sur le côté, ne serait-ce que pour ne pas les laisser faire n'importe quoi. Parmi eux, on trouve une collection incalculable d'imbéciles, et quelques génies illuminés. Ils ne peuvent être nuisibles que dans la mesure où ils sont un groupe de pression. A contrôler ! Sachant que les pires transhumanistes sont malheureusement les militaires – et certains médecins qui, quelquefois, ne valent pas plus cher.

–––

1. Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Essai sur l'imagination constituante. Paul Veyne, 1992. Points Essais, 168 p., 6.10 €

2. Bienvenue en Transhumanie. Sur l'homme de demain, par Geneviève Ferone et Jean-Didier Vincent, Grasset, 288 p., 17,50 €. Geneviève Ferone, directrice du développement durable du Groupe Veolia Environnement, est l'auteur chez Grasset de 2030. Le krach écologique (2008).

3.  L'Entraide, un facteur de l'évolution, est un essai de l'écrivain anarchiste russe Pierre Kropotkine paru durant son exil à Londres en 1902. Déterminant dans la théorie anarchiste, le concept d'entraide l'est aussi pour Charles Darwin qui le développe, non pas dans L' Origine des espèces (1859), mais dans La Descendance de l'Homme (1871), ouvrage dans lequel il s'attarde sur la notion d'altruisme chez l'humain et aussi dans le monde animal, le rattachant à sa théorie de l'évolution. Ce livre s'inscrit en faux contre la notion de "darwinisme social" qui lui sera postérieure, contresens délibéré inventé par les tenants du libéralisme. [Note de GP]

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Alléluia Obama ! par Faber

Obama-Moïse, Faber

© Faber, 2015

L’heu­re appro­chant du pot de départ de la Mai­son blan­che, son loca­tai­re élu son­ge à y lais­ser sa mar­que. Car l’empreinte sem­ble bien pâli­chon­ne, tout jus­te enta­chée de décep­tion. Le pre­mier pré­si­dent noir des Etats-Unis n’aura donc pas cas­sé la bara­que – oui, je sais : usé le cli­che­ton. Pas su, pas pu ? Le voi­ci qui ten­te un redres­se­ment ulti­me vers le cen­tre du mon­de en érup­tion, concen­tré des inté­gris­mes clé­ri­caux et des vora­ci­tés pétro­liè­res. Kaboul, Damas, Bag­dad, Sanaa, Le Cai­re – Avec Téhé­ran et Jeru­sa­lem dans le cra­tè­re. Qui croit enco­re au mes­sie ?

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  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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