On n'est pas des moutons

Cousteau, salaud, le peuple de l’eau aura ta peau ! (pcc Gérard Mordillat)

Encore une idole qui se fait dézin­guer. Cette fois, ce n’est pas Onfray qui cogne, mais Gérard Mor­dillat qui se tape le « com­man­dant Cous­teau »» en revi­si­tant son film tour­né avec Louis Malle, Le Monde du silence.

Palme d’or à Cannes en 1956 et Oscar du meilleur film docu­men­taire l’année sui­vante aux Etats-Unis le film a consa­cré un nou­vel héros des pro­fon­deurs, bien­tôt éle­vé au rang d’idole de la Nature océane. Des cen­taines de mil­liers de spec­ta­teurs auront gar­dé en mémoire la beau­té des fonds marins et la… pro­fon­deur du pro­pos. Soixante ans après la sor­tie, le roman­cier et cinéaste Gérard Mor­dillat recon­si­dère l’unanimisme béat qui avait accueilli le film et s’interroge sur ce qui lui appa­raît aujourd’hui  comme l’œuvre d”« une bande d’abrutis satis­faits ». Et de détailler les scènes d’horreur : tue­rie de requins à coups de pelle, cacha­lot déchi­que­té par l’hélice de la Calyp­so et ache­vé au fusil, dyna­mi­tage de pois­sons pour rai­son « scien­ti­fique », etc.

Com­ment se fait-il qu’on n’ait alors rien vu ? s’étrangle Mor­dillat. C’était début juillet, sur le site de Là-bas si j’y suis (l’émission de Daniel Mer­met, ex-France Inter). La vidéo ci-des­sous illustre cette affaire post mor­tem.

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Sur France Culture, Michel Onfray s’en prend aux nihilistes

Si ça vous avait échap­pé, France Culture a repris la dif­fu­sion, comme chaque été depuis main­te­nant treize ans, des confé­rences de Michel Onfray enre­gis­trées à son Uni­ver­si­té popu­laire de Caen. C’est aus­si la fin de cette longue série inti­tu­lée « Contre-his­toire de la phi­lo­so­phie », cette fois autour du thème « la résis­tance au nihi­lisme ».

Atten­tion ! Pour des rai­sons de droits, chaque numé­ro de cette treizième sai­son sera télé­char­geable et réécou­table pen­dant seule­ment 15 jours.

Depuis lun­di, donc, Onfray a remis sur le métier – celui du phi­lo­sophe hédo­niste – sa lec­ture si per­ti­nente des grands cou­rants phi­lo­so­phiques. Il le fait selon la méthode socra­tique par excel­lence qui consi­dère la phi­lo­so­phie non pas comme une lita­nie d’idées abs­traites – les théo­ries – mais comme une quête pour une vie meilleure, un art de vivre. Il rejoint en cela les démarches de ses « aînés » dans le domaine, les Mon­taigne, Mar­cel Conche, Pierre Hadot, Michel Serres, et d’autres contem­po­rains. Un tel che­mi­ne­ment le conduit à se situer à contre-cou­rant des modes intel­lec­tuelles et des cote­ries, à exa­mi­ner de manière cri­tique les idées domi­nantes  – celles qui, pré­ci­sé­ment, en viennent à nous domi­ner, qu’on le veuille ou non, car elles sont puis­sam­ment relayées par l’appareil média­tique.

À cet égard, les trois pre­mières émis­sions (on peut les télé­char­ger) sont des plus inté­res­santes, notam­ment en ce qu’elles montrent com­ment une cer­taine gauche de pou­voir a creu­sé un immense fos­sé entre les « élites  » auto­coop­tées et le peuple – qui n’existe d’ailleurs plus à leurs yeux. Les exemples ne manquent pas sur ce cha­pitre, qu’il s’agisse de l’université post-soixante-huit­tarde de Vin­cennes et, en effet, haut-lieu du nihi­lisme comme entre­prise de démo­li­tion des valeurs et de l’Histoire (on y jus­ti­fiait, entre autres aber­ra­tions, la pédo­phi­lie…) ; qu’il s’agisse de Michel Fou­cault et, pour le coup, de ses erre­ments phi­lo­so­phi­co-poli­tiques, rejoints par la vague struc­tu­ra­liste sur laquelle sur­fe­ront les Deleuze, Barthes, Badiou, Sol­lers, etc., avant leurs dérives maoïstes !

Bref, nous reve­nons de loin et Onfray nous le rap­pelle de façon tout à fait judi­cieuse, ne man­quant pas aus­si de faire res­sor­tir les liens avec les mon­tées popu­listes actuelles.

Michel Onfray sus­cite aus­si des rejets, sou­vent vio­lents, à la mesure du déran­ge­ment qu’il cause dans la bien­pen­sance. Et aus­si du fait qu’il s’expose beau­coup – c’est un bon client des médias – sur presque tous les sujets. De quoi, en effet, sus­ci­ter aga­ce­ments autant que jalou­sies. Son Uni­ver­si­té popu­laire consti­tue la meilleure réponse à ses oppo­sants. Qu’on en juge avec la vidéo ci-des­sous [France Culture].


Michel Onfray - Der­nière confé­rence de « la... par fran­ce­cul­ture

France Culture, à 11 heures ; redif­fu­sion à 19 heures.

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Le martyre du Yémen, dans l’indifférence absolue

J’ai été sai­si d’une ter­rible tris­tesse, hier soir, à la lec­ture de l’édito du Monde, qui com­mence ain­si à la une, avec ce titre que je fais mien :

Le martyre du Yémen, dans l’indifférence absolue

Il devait y avoir une trêve huma­ni­taire le 17  juillet. Elle n’a pas eu lieu, en dépit des appels, de plus en plus pres­sants, de l’ONU et de la Croix-Rouge inter­na­tio­nale. Voi­là quatre mois déjà que le Yémen, pour­tant habi­tué à la guerre, vit à l’heure des bom­bar­de­ments urbains et d’une crise huma­ni­taire chaque jour plus dra­ma­tique. Encore quelques mois de com­bats, et le pays res­sem­ble­ra à la Syrie, une mosaïque de chefs de guerre locaux, s’affrontant à l’arme lourde au beau milieu d’une popu­la­tion trau­ma­ti­sée.

Le Yémen, l’Arabie heu­reuse de l’Antiquité, est, une fois de plus, en voie de dis­lo­ca­tion – reflet et théâtre, par­mi d’autres, des conflits qui divisent le Moyen-Orient d’aujourd’hui.

Que sera devenue cette fillette "à la pomme", en Eve innocente souriant à l'étranger ?

Que sera deve­nue cette fillette « à la pomme », en Eve inno­cente sou­riant à l’étranger ? © gp

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Tris­tesse mêlée d’autant de nos­tal­gie remon­tant à un repor­tage qui m’avait ame­né dans cet étrange et fas­ci­nant pays, il y a exac­te­ment dix ans. J’ai alors fouillé dans mes archives, hier, pour retrou­ver de mes visions d’alors, pour croi­ser à nou­veau ces regards – ici des femmes sous la bur­qa, là des enfants trou­blants d’innocence, ici encore des hommes empreints de cette viri­li­té ances­trale, peut-être en par­tie cause du désastre actuel. Et, revoyant ces pho­tos, ima­gi­nant les drames et les vio­lences subis, j’éprouvais une grande com­pas­sion à l’égard de ce peuple, lui aus­si mar­ty­ri­sé – c’est bien le mot.

L’article du Monde pour­sui­vait :

Est-ce la com­plexi­té des lignes de frac­ture de ce pays – régio­nales, reli­gieuses, poli­tiques –, l’éloignement ou un sen­ti­ment de déses­poir, l’épuisement de nos capa­ci­tés d’indignation  ? Tou­jours est-il que le cal­vaire vécu par le Yémen ne fait ni la  »  une   » des jour­naux ni ne mobi­lise qui que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis. Pour­tant, en quatre mois, la guerre y a fait près de 3  000  morts et 10  000 bles­sés, selon les ONG huma­ni­taires. Elle a mis 1  mil­lion de réfu­giés inté­rieurs sur les routes. Elle prive 80  % de la popu­la­tion – 25  mil­lions d’habitants, par­mi les plus pauvres du monde – d’un nombre crois­sant de pro­duits de pre­mière néces­si­té  : eau potable et médi­ca­ments, notam­ment.

Que faire, dès lors ? En par­ler, relayer cette injuste « loi » des médias, reflet et cause de l’indifférence à l’Autre, sur­tout loin­tain – et le loin­tain est par­fois bien proche. Et qu’y pou­vons nous, d’ailleurs ? Quelle action pos­sible face aux sou­bre­sauts de ce monde en désar­roi indi­cible ?

Le Monde encore :

Enfin, à Sanaa, la capi­tale, et ailleurs, les bom­bar­de­ments, par­ti­cu­liè­re­ment ceux de l’aviation saou­dienne, ont détruit une par­tie d’un héri­tage archi­tec­tu­ral clas­sé au Patri­moine mon­dial de l’humanité par l’Unesco. Là encore sans cho­quer outre mesure la  » com­mu­nau­té inter­na­tio­nale « .

L'œuvre des bombes, juin 2015 [dr]

L’œuvre des bombes, juin 2015 [dr]

C’était mon deuxième voyage au Yémen. Lors du pre­mier, en 1973, je m’étais arrê­té à Aden, qui était alors la capi­tale. Capi­tale bien fic­tive, à la légi­ti­mi­té de tout temps contes­tée par les tri­bus du Nord du pays. Aden, ville colo­niale sous pro­tec­to­rat bri­tan­nique jusqu’en 1967.

Ça remon­trait trop loin dans l’Histoire et son extrême com­plexi­té, nouée ici pré­ci­sé­ment, dans ce détroit de Bab-el-Man­deb infes­té de pirates – encore de nos jours d’ailleurs – com­man­dant la route du pétrole moyen-orien­tal et la route des Indes, vers Zan­zi­bar et Bom­bay, si pré­cieuse à l’empire bri­tan­nique. Il y a tant à dire sur ce port ins­tal­lé au fond d’un cra­tère de vol­can (éteint !), où a séjour­né Rim­baud, et aus­si Paul Nizan (Aden Ara­bie) et Pierre Benoit. D’Aden, cepen­dant, je n’ai pas retrou­vé mes pho­tos ; ni même mes notes et articles. Je garde des impres­sions très fortes d’une ville sou­dai­ne­ment aban­don­née par ses colo­ni­sa­teurs ; d’un pou­voir, vague­ment com­mu­niste et pas drôle du tout ; d’un séjour for­cé au Cres­cent, palace décré­pi où une suite déli­rante m’avait été allouée d’office – et fac­tu­rée !

Mais Sanaa, quelle mer­veille ! J’y éprou­vais un choc émo­tion­nel et esthé­tique com­pa­rable à ma pre­mière vision de Venise. Sanaa, Venise des sables, dirais-je…Et voi­là que cette perle de l’Arabie heu­reuse, comme dit le Monde, est aujourd’hui bom­bar­dée, voi­là qu’on y mas­sacre des vies humaines et avec elles, la Beau­té – cette Beau­té qui, pour­tant, atteste de l’Humanité.

D’où mes pho­tos en abon­dance, comme (vaine) invo­ca­tion, implo­ra­tion : que la démence mor­ti­fère épargne ces regards et ces habi­tats sublimes. [Cli­quer sur une image, puis faire défi­ler les pho­tos].

 

Cet article relève d’abord de l’affectif, lié aux sou­ve­nirs directs, à la ren­contre. Les tou­ristes aus­si connaissent cet atta­che­ment lié au voyage et au chan­ge­ment de vision sur le monde. Tout le contraire de l’enfermement dans l’obscurantisme le plus noir et le plus mor­ti­fère. Les nazis n’ont pas été sur­pas­sés dans leur délire exter­mi­na­teur du genre humain ; tan­dis qu’ils col­lec­tion­naient les chefs d’œuvre de l’Art (non « dégé­né­ré » tou­te­fois) et que leurs « digni­taires » se délec­taient de Bee­tho­ven et plus encore de Wag­ner. Mais les tali­bans afghans détrui­sant – aus­si, en plus des vies humaines – les Boud­dhas de Bâmiyân ; les fana­tiques de Daech atta­quant à la masse les sculp­tures des musées de Mos­soul ; leurs homo­logues en sau­va­ge­rie agis­sant de même au Mali, en Libye, en Tuni­sie et en Syrie… Et désor­mais au Yémen, sans qu’on écarte, hélas, les expor­ta­tions dans les pays du Diable occi­den­tal, cible ouverte aux ter­ro­risme le plus aveugle.

Pour ten­ter de com­prendre l’incompréhensible – en tout cas l’injustifiable au regard de l’humaine rai­son rai­son­nante –, voyons la fin de cet article du Monde, on ne peut plus clai­re­ment alar­mant :

Qui se bat contre qui  ? A très gros traits, il y a, d’un côté, l’ancien pré­sident Ali Abdal­lah Saleh, appuyé par une par­tie de l’armée et par les milices hou­thistes, qui, par­ties du nord du Yémen, ont défer­lé sur le Sud et sa capi­tale régio­nale, le port d’Aden. Ils sont aujourd’hui sur la défen­sive. Car, de l’autre côté, l’Arabie saou­dite et neuf autres pays arabes sont à l’offensive pour res­tau­rer Abd Rab­bo Man­sour Hadi, le der­nier des pré­si­dents en place, et les forces qui lui sont res­tées loyales.

Les hou­thistes sont pré­sen­tés comme l’instrument de l’Iran au Yémen. La Répu­blique isla­mique est soup­çon­née de vou­loir un point d’appui dans le golfe d’Aden, qui contrôle l’accès, en mer Rouge, du détroit de Bab-el-Man­deb, point de pas­sage-clé pour le pétrole de la région. Au nom de la lutte contre les vel­léi­tés de domi­na­tion régio­nale de l’Iran, l’Arabie saou­dite est entrée en guerre au Yémen en mars  2015, entraî­nant d’autres pays arabes dans l’aventure.

Les hou­thistes sont accu­sés de mas­sacres divers, bom­bar­dant à l’aveugle, notam­ment les alen­tours d’Aden. L’aviation saou­dienne bom­barde, elle, de manière tout aus­si indis­cri­mi­née : hôpi­taux, cen­trales élec­triques, réser­voirs d’eau – plus de la moi­tié des vic­times sont des civils. A quoi il faut ajou­ter des attaques dues à l’Al-Qaida locale et des atten­tats impu­tés à une branche yémé­nite de l’Etat isla­mique, sans trop savoir qui est der­rière l’une et l’autre de ces filiales dji­ha­distes. De peur de mécon­ten­ter un peu plus Riyad, désta­bi­li­sé par l’accord sur le nucléaire ira­nien, les Etats-Unis ont pris le par­ti de la coa­li­tion arabe.

Au milieu, les Yémé­nites meurent, dans une assour­dis­sante indif­fé­rence.

© Le Monde © Pho­tos Gérard Pon­thieu 

Lire aus­si:

A Djibouti, chez les Marines

De Djibouti aux Pyramides et là, comme une merveille, Sanaa au cœur du Yémen

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Fin de partition pour le pianiste John Taylor

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© Gérard Tis­sier - 2015

Il s’en est allé en musique, en jazz, effon­dré sur son cla­vier. Fin du mor­ceau, fin finale, et sans rap­pel. C’était ce ven­dre­di 17 juillet, au Saveurs Jazz Fes­ti­val à Segré près d’Angers. John Tay­lor n’a pas sur­vé­cu à une crise car­diaque, il est mort le len­de­main. C’était un fameux com­po­si­teur et pia­niste anglais, né en 42 à Man­ches­ter – il aurait eu 73 ans en sep­tembre pro­chain. Il tour­nait avec le quar­tet de Sté­phane Kere­cki (com­po­si­tion, contre­basse), aux côtés d’Émile Pari­sien (sopra­no) et Fabrice Moreau (bat­te­rie).

Auto­di­dacte, John Tay­lor avait for­gé son style propre en dehors des écoles, et auprès des meilleurs jazz­men, comme notam­ment son com­pa­triote le saxo­pho­niste John Sur­man. Il joue­ra aus­si avec Lee Konitz, Gil Evans, Ken­ny Whee­ler et la chan­teuse Nor­ma Wins­tone, qui devien­dra sa pre­mière épouse. Sa dis­co­gra­phie est des plus four­nies, notam­ment chez ECM pour lequel, à l’occasion de son soixan­tième anni­ver­saire, il enre­gistre le magni­fique Ross­lyn en trio avec le contre­bas­siste Marc John­son et le bat­teur Joey Baron.

Pia­niste sub­til, au jeu plu­tôt inté­rieur, loin du démons­tra­tif, on pour­rait – sans réduire sa réelle ori­gi­na­li­té – le rat­ta­cher à la lignée des Bill Evans et Paul Bley, où l’on retrouve aus­si l’Américaine Mary­lin Cris­pell. Il aura par­cou­ru les vagues suc­ces­sives du jazz « moderne », du hard bop au free, sans se dépar­tir d’une vraie conti­nui­té musi­cale hors cha­pelles.

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Invi­té par le Mou­lin à Jazz de Vitrolles, le 23 mai 2015, John Tay­lor aux côtés de Jean-Charles Richard, Sté­phane Kere­cki, Fabrice Moreau. © Gérard Tis­sier.

Il avait trou­vé toute sa place dans le magni­fique quar­tet de Ste­phane Kere­cki et son pro­gramme Nou­velle Vague ins­pi­ré du ciné­ma, bien sûr, et de musiques de films. C’est avec ce pro­gramme (Jean-Charles Richard rem­pla­çait alors Émile Pari­sien) qu’il était venu en mai der­nier au Théâtre de Font­blanche à Vitrolles, invi­té par le Mou­lin à Jazz.

En plus de ses talents musi­caux, John Tay­lor mêlait joie de vivre et humour, bri­tish of course – en quoi il savait aus­si appré­cier un blanc de Pro­vence (entre autres, car il vivait en France) et par­ta­ger une bonne blague d’un rire explo­sif.

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« Zorba le Grec » ne connaît pas la crise

Alexis Zor­ba, roman du grand écri­vain cré­tois Nikos Kazant­za­kis, est un chef d’œuvre ; il en est de même du film qu’en a tiré le cinéaste grec Michael Cacoyan­nis. Une telle adé­qua­tion entre un livre et un film relève de la rare­té. On la doit à une conjonc­tion de talents, ceux de l’écrivain et du cinéaste, des acteurs (Antho­ny Quinn, Alan Bates, Irène Papas, Líla Kédro­va), du com­po­si­teur (Mikis Theo­do­ra­kis) et de toute l’équipe de réa­li­sa­tion.

Le film, qui date de 1964 (le livre de 1946) est res­sor­ti en février de cette année (2015) en ver­sion remas­té­ri­sée et en DVD. Cin­quante ans après, en pleine crise dite « grecque » (en fait euro­péenne et sur­tout capi­ta­lis­tique, pour appe­ler un chat un chat), cette « résur­rec­tion » résonne avec force. Zor­ba n’est pour­tant pas un film poli­tique, pas tout à fait ; c’est-à-dire qu’il l’est par sa dimen­sion phi­lo­so­phique et les ques­tions exis­ten­tielles qu’il pose : en par­ti­cu­lier celle de l’antagonisme pulsions/raison, incar­né par cha­cun des deux prin­ci­paux per­son­nages – anta­go­nisme que la fra­ter­nelle ami­tié des deux hommes va dis­si­per à la fin du film, lors de la fameuse scène de la danse qui réunit les deux corps – « ensemble » ordonne Zor­ba à son intel­lo de « patron ». Sur ce point, la ver­sion fil­mique dif­fère du roman, où la fin reste bien plus pro­blé­ma­tique, ouverte, incer­taine – rien n’est acquis et les deux hommes repartent cha­cun vers son des­tin. Pas éton­nant, dans la mesure où Kazant­za­kis demeu­re­ra toute sa vie tra­ver­sé par cette lutte interne, inces­sante, entre la chair et l’esprit – tiraille­ment que Zor­ba ne ces­se­ra de moquer dans une dia­lec­tique de pro­pos, de situa­tions, de sym­boles consti­tuant en quelque sorte le « sel » du roman – et du film.

Du phi­lo­sophe fran­çais Hen­ri Berg­son, dont il fut l’élève à Paris, Kazant­za­kis retien­dra en par­ti­cu­lier l’idée de l’élan vital que, par la suite, il confron­te­ra au mar­xisme et… au boud­dhisme. Il est aus­si très influen­cé par Nietzsche et son « sur­homme » dont il tire une équi­va­lence dans le per­son­nage du Christ, sujet cen­tral de La Der­nière ten­ta­tion, qui fait sor­tir de leurs gonds l’Église grecque ortho­doxe, mena­çant d’excommunier l’écrivain pour blas­phème, tan­dis que le Vati­can ins­crit le roman à l’Index.

Mar­tin Scor­sese a adap­té le livre dans son film de même nom sor­ti en 1988. Dès les pre­mières pro­jec­tions à Paris, des fon­da­men­ta­listes catho­liques lancent des cock­tails Molo­tov contre deux ciné­mas pari­siens et un à Besan­çon. Le 22 octobre, l’Attentat du ciné­ma Saint-Michel fait 14 bles­sés.

kazantzakis-zorbaNikos Kazant­za­kis est un écri­vain des plus impor­tants de son temps. Il l’est d’autant pour moi qu’Alexis Zor­ba est le livre qui a chan­gé ma vie – j’étais ado quand je l’ai lu et, dans l’année même, je suis par­ti en stop pour la Grèce… et en suis reve­nu tout autre…

Quant à la Grèce d’aujourd’hui et à la fameuse « crise » (bien réelle, certes), on pour­rait, pré­ci­sé­ment, la voir à tra­vers le prisme « zor­besque » et consta­ter avec effa­re­ment qu’elle émane d’un monde qui tend au modèle unique, un nou­vel impé­ria­lisme du Capi­tal qui n’aura de cesse qu’en ayant anni­hi­lé toute autre valeur que moné­taire et mar­chande.

En quoi Zor­ba, en effet, veut ne pas connaître la crise. En quoi, for­cé­ment, il rejoint la résis­tance du peuple grec.

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« Ça sent le bouchon »

« Ça sent le bou­chon » a osé la jour­na­liste sur France Inter ce matin pour lan­cer le mar­ron­nier esti­val. Et d’enfiler les cli­chés sur les dan­gers de la déshy­dra­ta­tion, les redou­tables micro-trot­toirs (sur auto­routes…) et, donc, les puis­santes pen­sées des che­va­liers à quatre roues. Il est reve­nu, l’heureux temps des bou­chons, ces « hiron­delles » qui annoncent l’été cani­cu­laire. Ce rituel jour­na­lis­tique est aus­si vieux que les hordes auto­mo­biles. C’est aus­si un mar­queur de socié­té. Ain­si cette archive de l’Ina datée du 1er juillet… 1968, sobre­ment inti­tu­lée « Arri­vée des tou­ristes sur la Natio­nale 7 : tra­fic auto­mo­bile et plages de la région », extraite de Pro­vence Actua­li­tés, Office natio­nal de radio­dif­fu­sion télé­vi­sion fran­çaise,  Mar­seille. Où la niai­se­rie du pro­pos atteste bien que la révo­lu­tion de Mai-68 a vécu.

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Mort d’Eddy Louiss. Un grand de l’orgue Hammond, mais pas seulement

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Avec la Mul­ti­co­lor Fee­ling Fan­fare, au Paris Jazz Fes­ti­val 2011 (Parc flo­ral de Paris). Ph. Myra­bel­la / Wiki­me­dia Com­mons

Orga­niste, pia­niste, chan­teur ; et aus­si trom­pet­tiste, per­cus­sion­niste , chef d’orchestre et com­po­si­teur : Eddy Louiss vient de mou­rir à l’âge de 74 ans et avec lui dis­pa­raît une grande figure du jazz, du jazz fran­çais en par­ti­cu­lier. Il était malade depuis quelques années et, ces der­niers temps, ne répon­dait même plus aux appels télé­pho­niques de ses amis, comme Ber­nard Lubat notam­ment, avec qui il avait joué et chan­té sur­tout dans le groupe des Double Six, aux côtés de sa fon­da­trice Mimi Per­rin, de Roger Gué­rin, Ward Swingle et Chris­tiane Legrand. [Voir ici à pro­pos de Mimi Per­rin, morte en 2010 : Mimi Per­rin, comme un pin­son du jazz ]

Edouard Louise, de son vrai nom, naît à Paris le 22 mai 1941. Son père, Pierre, d’origine mar­ti­ni­quaise, est trom­pet­tiste et l’entraîne très jeune dans des tour­nées esti­vales où il s’imprègne de la musique dite « typique » : rum­ba, paso-doble, cha-cha-cha. Il découvre bien­tôt le jazz et tâte d’instruments comme la trom­pette, le vibra­phone – et l’orgue Ham­mond, qui devien­dra son ins­tru­ment d’élection. À seize ans, il fait le bœuf avec Jean-Fran­çois Jen­ny-Clark et Aldo Roma­no. Plus tard, il enre­gistre avec Daniel Humair – il for­me­ra avec lui et Jean-Luc Pon­ty le trio HLP), accom­pagne Nicole Croi­sille au bugle (Fes­ti­val d’Antibes, 1963), puis Claude Nou­ga­ro à l’orgue pen­dant treize ans. Il ne rechigne pas à la varié­té (avec Hen­ri Sal­va­dor, Charles Azna­vour, Bar­ba­ra, Serge Gains­bourg, Jacques Hige­lin), se lance dans un octette (avec le vio­lo­niste Domi­nique Pifa­ré­ly), s’adjoint une fan­fare de cin­quante musi­ciens pro­fes­sion­nels et ama­teurs… En 1994, il enre­gistre en duo avec Michel Petruc­cia­ni deux disque fameux, Confé­rence de Presse (Drey­fus Jazz) [extrait ci-des­sous]. Il joue éga­le­ment avec Richard Gal­lia­no, en duo et en orchestre (sou­ve­nir de Mar­ciac, je ne sais plus quand au juste…) En 2000, la mala­die le contraint à s’éclipser jusqu’en 2010 où il enre­gistre à nou­veau en stu­dio, se pro­duit à l’Olympia et enfin en 2011, au Paris Jazz Fes­ti­val, sa der­nière appa­ri­tion publique.

Musi­cien de tous les registres, ain­si qu’il a été sou­vent qua­li­fié, à l’image de son ouver­ture « mul­ti­co­lore » – rap­pe­lons sa série de concerts inti­tu­lée Mul­ti­co­lor Fee­ling. Il s’était don­né aus­si bien dans les impro­vi­sa­tions avec les John Sur­man, Michel Por­tal et Ber­nard Lubat, que dans les rythmes afro-caraï­béens ou les enre­gis­tre­ments en re-recor­ding au cla­vier (Sang mêlé). Il était aus­si un des conti­nua­teurs de Jim­my Smith, maître du Ham­mond, ins­tru­ment de finesse et de fougue (pour ne pas dire de fugue…) qui va si bien au jazz, où il est deve­nu plu­tôt rare. La dis­pa­ri­tion d’Eddy Louiss ne va rien arran­ger.

Un docu­ment de l’Ina du 26 mars 1970 Eddy Louiss à l’orgue et Daniel Humair à la bat­te­rie inter­prètent « Tris­te­za ». Dif­fu­sé par l’ORTF dans l’émission Jazz en France, pré­sen­tée par André Fran­cis. Tout le monde avait 45 ans de moins… Le son laisse à dési­rer. Cet extrait  de Caraïbes (Drey­fus Jazz), avec Michel Petruc­cia­ni, est meilleur : 

Clip audio : Le lec­teur Adobe Flash (ver­sion 9 ou plus) est néces­saire pour la lec­ture de ce clip audio. Télé­char­gez la der­nière ver­sion ici. Vous devez aus­si avoir JavaS­cript acti­vé dans votre navi­ga­teur.

« Tou­jours les meilleurs qui partent », comme il se dit bête­ment… Dans cette caté­go­rie, j’ai « raté » le départ, le 11 juin der­nier, d’Ornette Cole­man, un his­to­rique du jazz s’il en est. Rat­tra­page avec cet article sur Citi­zen­Jazz

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Richard Labévière : Daech et le terrorisme indispensables au capitalisme

Richard Labé­vière est jour­na­liste et écri­vain. Ancien rédac­teur en chef à RFI (licen­cié de RFI en 2008 par Chris­tine Ockrent pour diver­gence d’options édi­to­riales), chef du ser­vice étran­ger, puis édi­to­ria­liste ; créa­teur et pré­sen­ta­teur du maga­zine géo­po­li­tique L’envers des cartes en 2003, il est aujourd’hui rédac­teur en chef de Proche et Moyen-Orient.ch/Observatoire géos­tra­té­gique.. Dans cet entre­tien publié hier (24/06/15) sur le site du quo­ti­dien liba­nais L’Orient-Le Jour,  il ana­lyse le chan­ge­ment de pos­ture des États-Unis dans le trai­te­ment des ques­tions liées au ter­ro­risme. Son ana­lyse se pro­longe sur les rap­ports entre ter­ro­risme et capi­ta­lisme, indis­so­ciables com­plices dans la course folle à la mon­dia­li­sa­tion par l’argent.

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Daech, néces­saire au « chaos construc­tif ».

• Vous consi­dé­rez que le « ter­ro­risme » est deve­nu le stade suprême de la mon­dia­li­sa­tion, cette évo­lu­tion dans le trai­te­ment du phé­no­mène serait selon vous liée à la trans­for­ma­tion du sys­tème capi­ta­liste ?
– Oui, le ter­ro­risme rap­porte et s’inscrit dans la logique de la mon­dia­li­sa­tion éco­no­mique parce que la lutte contre le ter­ro­risme génère des mil­lions d’emplois dans les indus­tries d’armement, de com­mu­ni­ca­tion, etc. Le ter­ro­risme est néces­saire à l’évolution du sys­tème capi­ta­liste lui-même en crise, mais qui se recon­fi­gure en per­ma­nence en gérant la crise. Cette idée de ges­tion sans réso­lu­tion est consub­stan­tielle au redé­ploie­ment du capi­tal. Dans un brillant essai, La Part mau­dite, Georges Bataille avait expli­qué à l’époque, en 1949, que toute recon­fi­gu­ra­tion du capi­tal néces­site une part de gas­pillage qu’il appelle la consu­ma­tion et aujourd’hui on peut dire que le ter­ro­risme est cette part de « consu­ma­tion » orga­ni­que­ment liée à l’évolution du capi­ta­lisme mon­dia­li­sé. Si Daech n’existait pas, il fau­drait l’inventer. Ça per­met de main­te­nir une crois­sance du bud­get mili­taire, des mil­lions d’emplois de sous-trai­tance dans le com­plexe mili­ta­ro-indus­triel amé­ri­cain, dans la com­mu­ni­ca­tion, dans l’évolution des contrac­tors [socié­té mili­taire pri­vée, Ndlr], etc. La sécu­ri­té et son main­tien est deve­nue un sec­teur éco­no­mique à part entière. C’est la ges­tion du chaos construc­tif. Aujourd’hui des grandes boîtes, comme Google par exemple, sup­plantent l’État et les grandes entre­prises en termes de moyens finan­ciers pour l’investissement et la recherche dans le sec­teur mili­taire amé­ri­cain en finan­çant des pro­jets de robots et de drones mari­times et aériens. Tout cela trans­forme le com­plexe mili­ta­ro-indus­triel clas­sique et rap­porte beau­coup d’argent. Pour cette trans­for­ma­tion le ter­ro­risme est une abso­lue néces­si­té, Daech n’est donc pas éra­di­qué mais entre­te­nu parce que cela sert l’ensemble de ces inté­rêts. Et là nous ne tom­bons pas dans la théo­rie du com­plot, c’est une réa­li­té quand on exa­mine l’évolution de l’économie.

• Quelles sont les consé­quences de cette logique ?
C’est sur­tout qu’on encou­rage les causes et les rai­sons sociales de l’émergence du ter­ro­risme. On ne dit pas suf­fi­sam­ment que ceux qui aujourd’hui s’engagent dans les rangs de Daech et reçoivent un salaire pro­viennent des lum­pen pro­lé­ta­riat de Tri­po­li ou autres zones où les gens vivent dans une extrême pau­vre­té parce que l’évolution du capi­ta­lisme affai­blit les États, les poli­tiques sociales, et les classes les plus défa­vo­ri­sées sont dans une situa­tion de sur­vie de plus en plus com­plexe. Sans réduire le phé­no­mène à une seule cause, le mau­vais déve­lop­pe­ment et la déglingue éco­no­mique consti­tuent tout de même une rai­son impor­tante de l’expansion de Daech. Face à cela, les États-Unis ont entre­te­nu la situa­tion de faillite des États de la région sahe­lo-saha­rienne et favo­ri­sé la créa­tion de micro-États mafieux. Cette logique de trai­te­ment sécu­ri­taire montre que l’argent est deve­nu le fac­teur prin­ci­pal des rela­tions inter­na­tio­nales aujourd’hui. La rai­son pour laquelle l’Arabie saou­dite, le Qatar sont deve­nus des par­te­naires tel­le­ment impor­tants pour les pays occi­den­taux c’est parce qu’ils ont de l’argent et dans leur logique de Bédouins, les Saou­diens pensent que l’on peut tout ache­ter. L’argent a sup­plan­té l’approche poli­tique des rela­tions inter­na­tio­nales, c’est la don­née prin­ci­pale et la direc­tion de la ges­tion des crises. D’où ce poids tota­le­ment déme­su­ré de l’Arabie saou­dite, du Qatar, des Émi­rats, du Koweït, dans la ges­tion des crises du Proche et Moyen-Orient. Quand on voit que les Saou­diens arrosent d’argent le Séné­gal, et que ce der­nier envoie 200 sol­dats au Yémen on sent le poids de l’argent. On voit aus­si com­ment cette course à l’argent explique la nou­velle diplo­ma­tie fran­çaise.

• C’est- à-dire ?
– Du temps du géné­ral de Gaulle et de Fran­çois Mit­ter­rand, on par­lait d’une poli­tique arabe de la France, aujourd’hui on parle d’une poli­tique sun­nite de la France. La diplo­ma­tie fran­çaise colle aujourd’hui aux inté­rêts saou­diens, parce que la France vend de l’armement, des Air­bus à Riyad, aux Émi­rats, au Koweït... Ça repré­sente 35 mil­liards de dol­lars lourds pour le Cac 40. C’est une diplo­ma­tie de bou­ti­quier où la vision stra­té­gique de l’intérêt natio­nal et de la sécu­ri­té natio­nale est sup­plan­tée par la course à l’argent. Les élites admi­nis­tra­tives et poli­tiques ne parlent plus de la défense de l’intérêt natio­nal mais de la défense de leurs inté­rêts per­son­nels. L’argent explique leur démis­sion et leur tra­hi­son des élites. Dans ce contexte-là, la liber­té d’expression s’est réduite à une simple alter­na­tive être ou ne pas être Char­lie. S’exerce aujourd’hui une « soft » cen­sure qui fait que dans les médias mains­tream on peut dif­fi­ci­le­ment faire des enquêtes ou cri­ti­quer l’Arabie saou­dite ou le Qatar. La diplo­ma­tie est gérée par une école néo­con­ser­va­trice fran­çaise qui a sub­sti­tué à la poli­tique et l’approche inter­na­tio­nale, une morale des droits de l’homme qui est un habillage à la course à leurs inté­rêts finan­ciers.

Pro­pos recueillis par Lina Ken­nouche | OLJ

Lire tout l’entretien : « Si Daech n’existait pas, il aurait fal­lu l’inventer »

😉 Un mois exac­te­ment que « C’est pour dire » n’a rien dit… et per­sonne pour s’en plaindre. Un hymne à l’humilité – salu­taire – et qui n’empêche pas la per­sé­vé­rance…

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Les cinq recalés du Panthéon

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Can­di­dats dès 1994 !

EXCLUSIF ! En avril 1994, par cette pho­to, je sta­tu­fiais cinq résis­tants pan­théo­ni­sables – quatre femmes accro­chées à leurs sacs et un homme à sa canne. Le choix sem­blait s’imposer. Mais non, une fois de plus, « on » ne m’a pas écou­té. « On » n’en fait qu’à sa tête. C’est ain­si que Pierre Bros­so­lette, Gene­viève de Gaulle-Antho­nioz, Ger­maine Til­lion et Jean Zay devaient, mal­gré tout, faire leur entrée au Pan­théon ce 27 mai 2015,  jour­née natio­nale de la Résis­tance. N’empêche que, par cette pho­to, mes cinq élus auront atteint une (rela­tive) immor­ta­li­té – comme des dieux. [Cli­quer sur l’image pour l’agrandir].

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Titanic amer 2015 – en avant toute vers la cata !

par Serge Bourguignon*

Pre­nons cet article pour un signe des temps : celui d’un (pos­sible) retour vers les uto­pies. À preuve, cette réfé­rence (ci-des­sous) à l’An 01, de feu Gébé, de la bande d’Hara-Kiri et co-auteur avec Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch, du film du même nom (1973). À preuve, sur­tout, l’objet même de ce rac­cour­ci sti­mu­lant qui donne à (entre)voir le car­go Capi­ta­lisme lan­cé plein cap sur la catas­trophe. En quoi il serait grand temps de repen­ser l’avenir !

Aujourd’hui plus qu’hier, la grande majo­ri­té des habi­tants des pays sur­dé­ve­lop­pés est comme aba­sour­die par une pro­li­fé­ra­tion fan­tas­tique d’absur­di­tés criantes. Le confort mini­mal garan­ti hier encore par l’Etat Pro­vi­dence est désor­mais remis en ques­tion par l’immondialisation de l’économie,  et ce sont les mieux lotis qui expliquent aux moins bien lotis qu’il est temps d’expier la grande dette éco­no­mique par une grande diète sociale.

La liber­té des­po­tique des mou­ve­ments de capi­taux a détruit des sec­teurs entiers de la pro­duc­tion et l’économie mon­diale s’est trans­for­mée en casi­no pla­né­taire. La règle d’or du capi­ta­lisme a tou­jours été, dès la pre­mière moi­tié du XIXe siècle,  la mini­mi­sa­tion des coûts pour un maxi­mum de pro­fits, ce qui impli­quait logi­que­ment les salaires les plus bas pour une pro­duc­ti­vi­té la plus haute pos­sible. Ce sont des  luttes poli­tiques et sociales qui ont contre­car­ré cette ten­dance, en impo­sant des aug­men­ta­tions de salaires et des réduc­tions de la durée du tra­vail, ce qui a créé des mar­chés inté­rieurs énormes et évi­té ain­si au sys­tème d’être noyé dans sa propre pro­duc­tion.

Le capi­ta­lisme ne conduit cer­tai­ne­ment pas natu­rel­le­ment vers un équi­libre, sa vie est plu­tôt une suc­ces­sion inces­sante de phases d’expansion – la fameuse expan­sion éco­no­mique – et de contrac­tion – les non moins fameuses crises éco­no­miques. Les  nou­velles poli­tiques d’interventions de l’Etat dans l’économie, dès 1933 aux Etats-Unis, pour une meilleure répar­ti­tion du pro­duit social ont été rageu­se­ment com­bat­tues par l’establishment capi­ta­liste, ban­caire et aca­dé­mique. Pen­dant long­temps les patrons ont pro­cla­mé qu’on ne pou­vait pas aug­men­ter les salaires et réduire le temps de tra­vail sans entraî­ner la faillite de leur entre­prise et celle de la socié­té tout entière ; et ils ont tou­jours trou­vé des éco­no­mistes pour leur don­ner rai­son. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mon­diale qu’augmentations des salaires et régu­la­tion éta­tique ont été accep­tées par le patro­nat, ce qui a entraî­né la phase la plus longue d’expansion capi­ta­liste : les « Trente Glo­rieuses ».

Dès les années 1980, cet équi­libre entre le capi­tal et le tra­vail a été détruit par une offen­sive néo-libé­rale (That­cher, Rea­gan et, en France, dès 1983, Mit­ter­rand) qui s’est éten­due à toute la pla­nète. Cette contre-révo­lu­tion éco­no­mique a per­mis  un retour insen­sé au « libé­ra­lisme » sau­vage, qui a pro­fi­té aux grandes firmes de l’industrie et de la finance. Par ailleurs, la mons­truo­si­té deve­nue évi­dente des régimes soi-disant com­mu­nistes et réel­le­ment tota­li­taires (ce n’était pas la dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat, mais la dic­ta­ture sur le pro­lé­ta­riat) a dis­cré­di­té pour long­temps l’idée même d’émancipation sociale. L’imaginaire capi­ta­liste a fini par triom­pher.

À trem­per sans ver­gogne dans les eaux gla­cées du cal­cul égoïste, les déci­deurs ont per­du toute luci­di­té. Ils ont ain­si éli­mi­né les quelques garde-fous que 150 ans de luttes avaient réus­si à leur impo­ser. Les firmes trans­na­tio­nales, la spé­cu­la­tion finan­cière et même les mafias au sens strict du terme mettent à sac la pla­nète sans aucune rete­nue. Ici il fau­drait accep­ter de se ser­rer la cein­ture pour être concur­ren­tiels. Les élites  diri­geantes se goinfrent  de manière décom­plexée, tout en expli­quant doc­te­ment à la popu­la­tion médu­sée qu’elle vit  au-des­sus de ses  moyens. Aucune « flexi­bi­li­té » du tra­vail dans nos vieux pays indus­tria­li­sés ne pour­ra résis­ter à la concur­rence de la main-d’œuvre « à bas coût » (comme ils disent) de pays qui contiennent un réser­voir inépui­sable de force de tra­vail. Des cen­taines de mil­lions de pauvres sont mobi­li­sés bru­ta­le­ment dans un pro­ces­sus d’industrialisation  for­ce­née. Et là-bas comme ici, ce sont des hommes que l’on traite comme quan­ti­té négli­geable,  c’est notre Terre patrie et ses habi­tants que l’on épuise tou­jours plus.

Tou­jours plus, tou­jours plus … mais tou­jours plus de quoi ? Plus d’intelligence et de sen­si­bi­li­té dans nos rap­ports sociaux ? Plus de beau­té dans nos vies ?  Non. Le super­flu pro­li­fère, alors que le mini­mum vital n’est même pas tou­jours là, et que l’essentiel manque. Plus de télé­vi­seurs extra-plats, plus d’ordinateurs indi­vi­duels, plus de télé­phones por­tables. C’est avec des hochets qu’on mène les hommes. « Nulle part il n’existe d’adulte, maître de sa vie, et la jeu­nesse, le chan­ge­ment de ce qui existe, n’est aucu­ne­ment la pro­prié­té de ces hommes qui sont main­te­nant jeunes, mais celle du sys­tème éco­no­mique, le dyna­misme du capi­ta­lisme. Ce sont des choses qui règnent et qui sont jeunes ; qui se chassent et se rem­placent elles-mêmes. », écri­vait déjà Guy Debord en 1967 dans La Socié­té du spec­tacle.

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Des­sin de Gébé.

La socié­té libé­rale avan­cée (pour ne pas dire ava­riée…) est en phase de décom­po­si­tion et, comme au temps de la déca­dence de l’Empire romain, Du pain et des jeux est le cre­do abru­tis­sant des immenses foules soli­taires. Tou­te­fois, de belles et bonnes âmes prônent l’adoption d’un déve­lop­pe­ment durable, plus doux pour les humains et leur envi­ron­ne­ment : on ralen­ti­rait  les pro­ces­sus dévas­ta­teurs, on consom­me­rait moins de com­bus­tibles fos­siles, on ferait des éco­no­mies, etc. Mais c’est  un peu comme si l’on conseillait au com­man­dant du Tita­nic de sim­ple­ment réduire la vitesse de son vais­seau pour évi­ter l’iceberg nau­fra­geur, au lieu de lui faire chan­ger de cap.Le des­si­na­teur uto­piste Gébé était beau­coup plus réa­liste quand il écri­vait dans L’An 01, au début des années 1970, cette for­mule pro­vo­cante :« On arrête tout. On réflé­chit. Et c’est pas triste. »Un tel pro­pos peut sem­bler déri­soire, pour ne pas dire révo­lu­tion­naire. Mais tout le reste, toute cette réa­li­té qui se mor­cèle  sous nos yeux, n’est-ce pas  plus déri­soire encore ?Nous avons toute une mul­ti­tude de chaînes à perdre. Des douces et des moins douces…Et nous avons un monde tout sim­ple­ment vivable à recons­truire.Ce sera main­te­nant ou jamais...

* Un simple citoyen, Paris, le 25 mai 2015 onreflechit@yahoo.fr

 • Une pre­mière ver­sion de ce texte est parue le 1er mai 2010 sous le titre « Tita­nic Amer »
sur le Blog de Paul Jorion, consa­cré au déchif­frage de l’actualité éco­no­mique (www.pauljorion.com/blog).

• Pour mieux com­prendre dans quel monde étrange nous vivons, on peut lire La  « ratio­na­li­té » du capi­ta­lisme (dont la pre­mière par­tie de ce texte est libre­ment ins­pi­rée), de Cor­né­lius Cas­to­ria­dis, dis­po­nible en poche dans Figures du pen­sable (1999).

• Le film L’An 01 peut être vu en entier ci-des­sous - tout de suite (1h 24). 

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On ne peut interdire la connerie du maire de Venelles !

Être trai­té pour un can­cer de la bouche n’empêche donc pas de dire des conne­ries. Cela y contri­bue­rait-il même ? Stu­pides ques­tions pour pro­pos débiles tenus par « mon » maire : Robert Char­don, ci-devant UMP (en passe d’exclusion selon NKM – on ver­ra) ou futur FN (non : trop à droite pour Marine Le Pen !).

Robert Chardon, croisé de Venelles.

Robert Char­don, croi­sé de Venelles.

Voilà en tout cas une pub pas bien relui­sante pour ma petite com­mune de Venelles (8.000 habi­tants). Toute la France infor­mée connaît désor­mais l’indécente pro­po­si­tion faite à Sar­ko­zy (cepen­dant ouvert à tout) de ce pre­mier magis­trat à la grande fibre répu­bli­caine : inter­dire l’islam en France. Il y va de l’avenir de la France et plus encore de la foi judéo-chré­tienne.

Dans son élan vers les plus hautes pen­sées, ce va-t-en-guerre (de reli­gion) avance en effet d’audacieuses pro­po­si­tions :

« Je sup­prime la loi de 1905 et pro­clame que la Répu­blique favo­rise la pra­tique de la foi chré­tienne », explique l’élu qui se com­pare à Louis XIV, qui avait révo­qué l’édit de Nantes en 1685.

« Il faut un plan Mar­shall pour le Magh­reb. Il faut aus­si une inter­ven­tion mili­taire en Libye. Il faut éga­le­ment mettre fin au dan­ger que repré­sentent les boat people » [sur Europe 1].

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Robert Char­don relaie aus­si des mes­sages anti-islam comme « Pro­té­gez-vous, adop­tez un cochon !  » (sur son compte Face­book).

Le plus comique, si on peut dire, c’est que Venelles, à dix kilo­mètres d’Aix-en-Provence, est pro­ba­ble­ment l’une des com­munes les moins « isla­mi­sées » de la région, voire de France ! Pas un « Arabe », pas un « Noir » à l’horizon : rien que des Blancs, bour­geois, judéo-chré­tiens – tout ce qu’il y a de plus propres, nor­maux et vac­ci­nés, dont 56 % ont voté l’an der­nier pour ce saint-homme et ses fan­tasmes de croi­sé.

Inter­dire le culte de l’islam, ça peut même se conce­voir – la preuve. Mais inter­dire la conne­rie – là, on est désar­mé.

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Road chronique américaine - 10 - Chicago, ville « relief »

Suite et fin pro­vi­soire du périple états-unien de Robert et Gérard

7 mai 2015, jeu­di, vers Toron­to, Onta­rio (Cana­da)

USA 2015 Béta NavetteEn quit­tant Chi­ca­go pour conti­nuer vers l’Est, c’est (un peu) comme ren­trer dans l’atmosphère pour une navette spa­tiale. Nous avons tra­ver­sé le Sud-Dako­ta, le Min­ne­so­ta, le Wis­con­sin et, peu à peu, la « civi­li­sa­tion » nous a sale­ment rat­tra­pés. Nous attei­gnons l’Illinois. Fini les espaces infi­nis, les hori­zons fon­dus dans les nues, les grandes plaines, les canyons ver­ti­gi­neux ! Adieu veaux, vaches, che­vaux, bisons, cari­bous et gazelles ! Voi­ci les routes et auto­routes satu­rées de trucks et pick-up, jon­chées d’animaux morts « pour la route ». Il faut se remettre sur le pied de guerre, dans cette Amé­rique de l’homo eco­no­mi­cus fébrile – qu’elle est en fait, par essence, mais pas aus­si for­te­ment visible. Moins d’églises et cha­pelles de toutes obé­diences, plus de « mai­sons » de ren­contres pour adultes, le mot SEX lance ses œillades au néon. Le puri­ta­nisme est à l’œuvre, avec ses hypo­cri­sies et ses refou­le­ments.

ChicagoLa ren­trée dans l’atmosphère a com­men­cé, de fait, à Chi­ca­go. Mais en beau­té. Ville magni­fique ; j’ose dire plus épa­nouie et accueillante que New York, sa grande rivale. Je l’avais tra­ver­sée il y a une tren­taine d’années ; plus rien à voir : drôle d’expression pour expri­mer le contraire ! On en prend plein les yeux, jus­te­ment, même quand l’épais brouillard du lac Michi­gan recouvre la ville et laisse dans le mys­tère ses altiers gratte-ciel. Mais bien­tôt la « Win­dy City », la ville des vents, se met à nue sous le soleil, ravive les tulipes de la Michi­gan Ave., le « Gol­den Mile » aux maga­sins de luxe, aux grands hôtels, aux flics aimables comme des portes de para­dis. On embarque alors sur le pont d’un bateau-Mouche local pour une gran­diose leçon d’architecture in vivo. Tra­vel­ling, pano­ra­mique, 3D dans les plus beaux et auda­cieux ouvrages per­mis par l’acier, le béton et le verre. Les époques y défilent, dans leur enche­vê­tre­ment d’histoire encore jeune, à la recherche du temps non pas per­du mais écou­lé ailleurs, comme dans la vieille Europe – d’où ces emprunts gothiques au pied d’un immeuble, ou ces arches de Notre-Dame de Paris au som­met d’un autre.

Le Millenium Park, où Obama a prononcé son discours de victoire… (Il était sénateur de l'Illinois).

Le Mil­le­nium Park, où Oba­ma a pro­non­cé son dis­cours de vic­toire… (Il était séna­teur de l’Illinois).

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Pen­dant long­temps, la Willis Tower, avec ses 443 mètres, fut la plus haute tour du monde. Même New York devait la jouer modeste avec les défuntes Twin Towers (412 m). Mais les guerres phal­liques n’ont de cesse : les Petro­nas Towers de Kua­la Lum­pur (458 m), la Tai­pei 101 à Tai­wan (508 m), et  les 818 mètres de la Burj Kha­li­fa de Dubaï – sur la plus haute marche.
Pas de quoi être dupes quant à ces érec­tions du sur-mâle arro­gant, défou­lant son rigo­risme de cha­pelle, de temple ou de mos­quée à la conquête du ciel en pas­sant, sur­tout, par l’ici-bas.

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Quand nous embar­quons pour l’autre monde, hori­zon­tal, du « loop », métro aérien ; quand nous dépas­sons la boucle du down­town pour sor­tir du centre et gagner la ban­lieue par la ligne « rose », notre navette de métro tra­verse un autre monde ; celui des strates sociales, eth­niques, lin­guis­tiques bien mar­quées. D’ailleurs, n’en est-il pas de même par­tout dans le monde ? Toutes les villes par­cou­rues ou appro­chées au fil de notre périple dans la « riche » pla­nète amé­ri­caine reflé­taient cette uni­ver­selle réa­li­té : il faut beau­coup de pauvres pour engen­drer les très riches. L’Histoire ne tient-elle pas en grande par­tie à cet anta­go­nisme ? – qui culmine d’ailleurs dans notre moder­ni­té ultra-libé­rale et du « tout à l’ego » (Régis Debray).

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[Ici, point de diver­gence entre Robert et moi. L’Américain qu’il est, comme on sait, jus­ti­fie la richesse « nor­male », pro­duit du tra­vail, lequel appelle confort et jouis­sance. L’autre, du Vieux monde et de ses uto­pies, invoque la richesse indé­cente, celles des Pic­sou névro­sés, qui n’en ont jamais assez ; qui met­traient la pla­nète à genoux pour gon­fler leur sacs d’or… On se retrouve d’accord sur un point, tout de même essen­tiel, concer­nant l’influence des reli­gions locales : la pro­tes­tante des WaspWhite anglo-saxons pro­tes­tants, (les anglo-saxons Blancs et pro­tes­tants) – et la catho­lique his­to­rique des Qué­bé­cois. Deux concep­tions du monde, de l’économie, du rap­port à l’argent. Aux pre­miers, la clé du para­dis par la réus­site finan­cière comme un devoir ; aux seconds la même clé, mais alour­die de culpa­bi­li­té. Toute la dis­tance entre le Bien et le Mal.]

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Tou­jours  est-il que la richesse, oui, se concentre dans les centres-ville, de plus en plus « gen­tri­fiés » comme on dit à pro­pos de la recon­quête des anciens quar­tiers popu­laires par les pos­sé­dants. Les autres, on les retrouve, non pas dans des bidon­villes, certes, mais dans des quar­tiers ou des vil­lages de mai­son­nettes pré­fa­bri­quées, trans­por­tées par trucks en deux moi­tiés et réunies sur par­paings ; ou encore tous ces « vil­lages » de rou­lottes, par­fois luxueuses d’apparence, il est vrai, mais éven­tuels restes de mai­son ven­due, peut-être bra­dée par néces­si­té…

Donc Chi­ca­go, dia­mant éco­no­mique, joyau d’architecture entou­rée de sa ban­lieue labo­rieuse où alternent rues chics et masures déla­brées. [Pho­tos] Chi­ca­go lavée des outrages d’Al Capone, de la pègre, de la cor­rup­tion géné­ra­li­sée.

DSCF2556Chi­ca­go sur­gie d’un comp­toir com­mer­cial créé à la fin du XVIIIe siècle par un cer­tain Jean-Bap­tiste Pointe du Sable [pho­to ci-contre], l’Américain type, avant la lettre et dans l’esprit, qua­si géné­tique : métis, fils d’un marin fran­çais et d’une mère afri­caine esclave. Ori­gi­naire de la colo­nie fran­çaise de Saint-Domingue, il épouse une Amé­rin­dienne et s’installe à l’emplacement actuel de Chi­ca­go – dont le nom pro­vien­drait du mot indien mia­mi-illi­nois « sikaak­wa » défor­mé par les Fran­çais en « Ché­ca­gou » ou « Che­ca­guar », qui signi­fie « oignon sau­vage », « maré­cage » ou encore « mouf­fette »…

En 1673, c’est le cou­reur des bois Louis Jol­liet et le père jésuite Jacques Mar­quette, deux Cana­diens qui, reve­nant d’une expé­di­tion sur le Mis­sis­sip­pi, par­viennent à l’emplacement actuel de Chi­ca­go. Le site fait d’abord par­tie du Pays des Illi­nois, dans la Loui­siane fran­çaise. Puis, les Bri­tan­niques s’emparent de la région au terme de la guerre de Sept Ans, en 1763. C’est ain­si qu’on ne trouve tou­jours pas de jam­bon-beurre à Chi­ca­go ! Non. Mais le splen­dide Art Ins­ti­tute of Chi­ca­go regorge d’une col­lec­tion de pein­tures impres­sion­nistes (dont une tren­taine de Monet) et post-impres­sion­nistes qui, en impor­tance, arrive juste après celles du musée d’Orsay à Paris. [Voir la gale­rie de pho­tos ci-des­sous].

Le Mil­len­nium Park aus­si est un lieu magni­fique, un musée d’architecture et de sculp­ture contem­po­raine à ciel ouvert dont le Cloud Gate de l’artiste anglo-indien Anish Kapoor consti­tue l’attraction prin­ci­pale. Sur­nom­mé The Bean, c’est un hari­cot géant en inox poli, ins­pi­ré du mer­cure liquide, qui fait office de gigan­tesque miroir défor­mant… et de super lieu de culte du Moi…

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Enfin, on ne sau­rait ter­mi­ner ce sur­vol de Chi­ca­go, sans men­tion­ner son impor­tance sur le plan de la musique. Le Chi­ca­go Sym­pho­ny Orches­tra se situe par­mi les plus grands orchestres actuels (Ric­car­do Mut­ti en est le chef atti­tré, Pierre Bou­lez, le chef émé­rite).

Mais c’est sur­tout dans le domaine du jazz et son évo­lu­tion que la ville a été déter­mi­nante.

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Un des clubs pri­sés de la ville, le Andy’s. Bonne pioche pour nous ce soir-là : le gui­ta­riste Fareed Haque en quar­tet.

Au début des années 1920, à la fer­me­ture impo­sée de « Sto­ry­ville », quar­tier des spec­tacles et des bor­dels, de nom­breux musi­ciens noirs de La Nou­velle-Orléans sont venus à Chi­ca­go (dont King Oli­ver, Jel­ly Roll Mor­ton et Louis Arm­strong). De plus, l’offre de tra­vail y était forte, notam­ment dans les abat­toirs et les usines de tex­tiles. Dans ce bras­sage de popu­la­tion, le style « New Orleans » fut pour le moins bous­cu­lé pour abou­tir à ce qu’on appelle le « style Chi­ca­go » : rejet des faci­li­tés mélo­diques, pré­émi­nence du saxo­phone, de la bat­te­rie tan­dis que la basse et la gui­tare pre­naient le relais sur le tuba et le ban­jo. Dans les années 60 est née l’Asso­cia­tion for the Advan­ce­ment of Crea­tive Musi­cians (AACM), mou­ve­ment d’avant-garde ras­sem­blant, entre autres, Muhal Richard Abrams, Antho­ny Brax­ton, Ros­coe Mit­chell, Hamid Drake [qui vit à Mar­seille], et l’Art Ensemble of Chi­ca­go [un de leurs rares concerts euro­péens au Fes­ti­val Char­lie Jazz de Vitrolles, en 2007]. Leur influence a été consi­dé­rable dans l’histoire du jazz actuel. Je ne pou­vais en dire moins !

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Nous ren­trons au Cana­da, en pas­sant par Nia­ga­ra, lieu tel­lu­rique sublime et ville de « loi­sirs » éle­vés au rang de la plus atroce des vul­ga­ri­tés mar­chandes. Nous repre­nons la route cana­dienne. Rien n’a chan­gé : c’est l’Amérique états-unienne qui se pro­longe, qui conti­nue à s’étaler comme chez elle.

Un temps d’accoutumance. Robert encaisse une fois de plus sa réa­li­té, celle de l’Empire qui prend ses voi­sins pour des vas­saux, quand il ne les ignore pas ; pour des attar­dés appe­lant au mieux à la condes­cen­dance.

Mais au bout d’une cen­taine de kilo­mètres en anglo­pho­nie cana­dienne, res­ca­pé de l’enfer auto­mo­bile de Toron­to, l’ami Robert, par­fait bilingue et fran­co­phone impé­ni­tent, se met à chan­ton­ner au volant. Une vieille chan­son fran­çaise, « Isa­beau s’y pro­mène », qu’on n’entend plus jamais dans la vieille France si amé­ri­ca­ni­sée.

–––

Résumons la balade…

Résu­mons la balade… Cli­quer pour mieux voir.

Ici s’achève cette « road chro­nique » de notre périple de plus de 10.000 km à tra­vers les Etats-Unis. Du moins sous cette forme, qui ne sau­rait épui­ser la richesse d’un tel voyage. D’autres pro­lon­ge­ments vien­dront, le temps venu. Mer­ci de nous avoir sui­vis. Mer­ci spé­cial à Robert Blon­din, l’ami et ini­tia­teur de cette aven­ture. Mer­ci aus­si spé­cial à Syl­vie Guer­tin, la blonde de Robert, qui a accep­té et même encou­ra­gé le « prêt » de son chum à un mau­dit Fran­çais. Recon­nais­sance enfin au « Road­trek 170 », infaillible.

Cli­quer sur les pho­tos pour les agran­dir (© gp 2015)

Quelques œuvres de l’Art Ins­ti­tute

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Road chronique américaine - 9 - On the road again, again, again

Suite du périple états-unien de Robert et Gérard

4 mai 2015, lun­di, Min­ne­so­ta

USA 2015 Béta PompisteUne his­toire de route. Au sin­gu­lier, terme géné­rique. « La » route, the road. Les Etats-Unis, pays des migra­tions internes, inces­santes ; pays d’immigrés accos­tant à l’Est et rêvant bien­tôt d’Ouest, du Far-West comme un futur loin­tain, celui où tout est pos­sible. Rien n’y existe, hor­mis ces Indiens, qu’il suf­fit de tuer. Avan­çons, « Go West, young man ! ».

Nous-mêmes, avons opté pour la « road chro­nique », on ne peut mieux dire. Pen­sons aus­si à l’épopée déjan­tée de Jack Kérouac, graine de Qué­bé­cois qui germe en voyage, On the Road, la « 66 » du mythe qu’il contri­bue à créer. « L’Amérique, me dit Robert tout en condui­sant, n’est belle qu’en iti­né­rance ». Ça lui va bien, à lui, « Bison pres­sé », qui ne tient pas en place, qui se goinfre de ce bitume recu­lant à mesure qu’on avance et que le ruban gris se déroule sous nos roues. Tan­dis qu’on écoute le fameux John­ny Cash qui chante « The King of the Road », ou bien, de pré­fé­rence trois fois de suite, un tube de la coun­try, « On The Road Again », chan­té par Willie Nel­son sur un rythme de petit galop : « Encore sur la route / Pour voir des endroits jamais vus / Et des choses que je rever­rai jamais plus ». Évi­dem­ment, voi­là qui nous cause de près.

État du Colorado.

État du Colo­ra­do.

La route, tou­jours la route. Et ce « road trek » qui nous porte vaillam­ment depuis main­te­nant plus de 7.000 kilo­mètres sur une par­tie du che­min de la Conquête,: un cam­ping-car situé à l’autre bout de cette lignée com­men­cée vers 1850 et dont nous retrou­vons des traces his­to­riques dans quelques musées. Le plus remar­quable que nous ayons vu, sur ce thème, est le Messenger’s Old West Museum à Cheyenne (Wyo­ming) ; c’est un musée pri­vé qui sert bien la gloire de son ini­tia­teur et pro­prié­taire, selon une pra­tique de l’autocélébration indi­vi­duelle très amé­ri­caine.

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Une paren­thèse sur ce thème : elle nous ramène en arrière quand, tra­ver­sant le Ten­nes­see, nous avons visi­té le musée de la chan­teuse Loret­ta Wynn, monu­ment vivant de la coun­try music. Elle y cultive sa propre légende, celle de la Coal Miner’s Daugh­ter, la Fille du mineur de char­bon. C’est un fort beau domaine agri­cole déve­lop­pé autour de son luxueux ranch qui domine le musée lui-même et des bou­tiques, en un ensemble moderne et chic, une sorte de mau­so­lée in vivo à la gloire de la vedette aujourd’hui âgée de 83 ans et qui conti­nue de drai­ner des mil­liers d’adorateurs dans ses réci­tals.

DSCF0499Des vitrines ras­semblent des cen­taines et plus d’objets, docu­ments divers – sur­tout des pho­tos la mon­trant dans toutes les cir­cons­tances, aux côtés des grands de ce monde et de la poli­tique. C’est en fait une exhi­bi­tion plu­tôt impu­dique visant à célé­brer par l’exemple le modèle de la réus­site indi­vi­duelle à l’américaine. Par­tie de rien, la fille du pauvre mineur est deve­nue une icône de la coun­try et du show­biz .Preuve appor­tées par ces objets expo­sés, sa col­lec­tion de robes, par ses divers véhi­cules luxueux ache­tés ou offerts, ou par son ancien auto­car de tour­née qu’on visite jusqu’à la salle de bains où pendent robes de nuits et désha­billés de la star. C’est aus­si l’Amérique !

Tout autre pro­pos au musée de Cheyenne qui, sans répondre vrai­ment aux canons muséo­gra­phiques, pré­sente un réel inté­rêt anthro­po­lo­gique par l’authenticité du maté­riau ras­sem­blé et, du coup, la vision qu’il donne de l’Amérique en créa­tion – et en marche, ou plu­tôt en route vers l’ouest. Les pho­tos ci-des­sous devraient être assez par­lantes à cet égard, notam­ment s’agissant du chuck-wagon, cette car­riole brin­que­ba­lante avec ses arceaux et sa toile blanche, si emblé­ma­tique de la Conquête et des wes­terns. C’est aus­si la rou­lotte du roma­ni­chel d’Europe, par laquelle il voyage de manière auto­nome.

Le chuck-wagon , emblème de la Conquête de l'Ouest.

Le chuck-wagon , emblème de la Conquête de l’Ouest.

Nous avons refait en par­tie le che­min dans ce « cam­ping car » dont le confort, et la vitesse, feraient s’évanouir plus d’un glo­rieux migrant du XIXe siècle ! Les mêmes, alors, péri­raient d’apoplexie face à ces rou­lottes géantes et luxueuses, cer­taines trac­tées d’autres moto­ri­sées, dépla­cées par leurs des­cen­dants d’État en État, qui pour des vacances au chaud, ou au frais ; qui pour y vivre à l’année après avoir ven­du la mai­son en dur, trop chère à entre­te­nir – trop immo­bile aus­si, sans doute.

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Un couple de retrai­tés de l’Indiana vit dans cette rou­lotte le moi­tié de l’année en sui­vant les bien­faits du cli­mat.

Ne par­lons pas des puis­sants trucks aux mines pati­bu­laires, si nom­breux à sillon­ner le pays. Mais lais­sons par­ler le pick-up, camion­nette moderne et certes loin­taine du chuck-wagon, héri­tier de la fonc­tion uti­li­taire à laquelle se serait gref­fé, en image mythique, le mâle cow-boy pas­sé du che­val au che­val-vapeur. Rou­ler en pick-up, c’est affir­mer des valeurs du pay­san rustre – genre « red neck » du Ten­nes­see –, celle du tra­vailleur manuel qui a besoin de l’outil pra­tique, et pour une part aus­si celle de l’intello qui se la joue plu­tôt couillue – voir Clint East­wood en pho­to­graphe et Stet­son dans Sur la Route de Madi­son… D’où ces flam­bants pick-up pour retrai­tés riches, recher­chant l’alliance du « wagon » de luxe et du sym­bole viril.

CheyenneCheyenne, 60.000 habi­tants, capi­tale du Wyo­ming, consti­tue un de ces concen­trés d’Amérique comme nous les aimons – c’est même pour ça qu’on y a séjour­né avec le plus grand inté­rêt. Son ancienne gare, très euro­péenne d’allure, abrite le musée de l’Union Paci­fic Rail­road – remar­quez qu’il s’agit encore et tou­jours de route… Oui, que serait aus­si l’Amérique états-unienne sans son che­min de fer, son wagon pos­tal, ses lignes télé­gra­phiques, ses attaques de ban­dits ? Et ses voya­geurs impro­bables, telle cette élé­gante cha­peau­tée, sac-valise à la main, à peine des­cen­due du train, regard confiant – sculp­ture de Veryl Good­night, de 2011, sous­crip­tion des citoyens de Cheyenne, « en hom­mage au rôle des femmes dans le déve­lop­pe­ment de l’Ouest, le Wyo­ming étant le pre­mier État à accor­der le droit de vote aux femmes. » La sta­tue est inti­tu­lée « A New Begin­ning », un nou­veau départ – et c’est tout dire.

Les che­vaux allaient pro­gres­si­ve­ment lais­ser la place au rail pour le trans­port, puis aux véhi­cules à moteur – encore fal­lait-il trou­ver les éner­gies cor­res­pon­dantes : c’est dire l’importance fon­da­men­tale de la houille et du pétrole ; c’est enga­ger un pan entier de l’histoire amé­ri­caine, son impé­ria­lisme, sa poli­tique étran­gère. Il était écrit, ins­crit dans l’esprit de Conquête et pour ain­si dire dans le corps phy­sique des pion­niers, que l’Ouest ne s’arrêterait pas aux rivages du Paci­fique, le pour­tant bien nom­mé. Res­tons-en là.

La Mecque de l'habillement du cow-boy et de la cow-girl – entre autres.

La Mecque de l’habillement du cow-boy et de la cow-girl – entre autres.

Les risques du métier

L’affaire se passe à Cody, chez Irma, le res­tau­rant de Buf­fa­lo Bill (voir épi­sode pré­cé­dent). Ce ven­dre­di soir, la grande salle est pleine à cra­quer, et c’est buf­fet. Robert, qui n’en rate pas une en ce domaine notam­ment, a repé­ré une purée d’huîtres de mon­tagne – un régal, m’assure-t-il. En effet. Nous en repre­nons même une seconde fois. Le reste suit, très bon, dont cette tranche de bœuf (nous avons aus­si goû­té le bison une autre fois), grande comme le Wyo­ming. Bref, excellent repas qui, de plus, n’a pas trop char­gé la note de frais…

Nous en étions res­tés là, ravis de cette gas­tro­no­mie wes­ter­nienne. Lorsqu’un éclat de rire puis­sant extrait Robert de sa lec­ture de voyage : il vient d’apprendre que les huîtres de mon­tagne sont bel et bien, oui, des couilles de tau­reau !

À Cheyenne encore, un autre musée, enfin un maga­sin, le maga­sin Wran­gler, une ins­ti­tu­tion locale, plus ancienne que la marque de blue-jeans. C’est une antre de l’équipement ves­ti­men­taire du cow-boy : cha­peaux, vestes, che­mises, jeans, bottes, cein­tures, boucles et autres innom­brables acces­soires. Là-des­sus, mon ami Robert m’en raconte une bien inté­res­sante à pro­pos de la guerre que se livrent les deux grandes marques de jeans : Levi’s, c’est plu­tôt pour les urbains bran­chés – coupe ser­rée devant et der­rière, mou­lant les fesses et le sexe. Wran­gler, c’est le jean du cow-boy, d’abord confor­table, sur­tout pour mon­ter à che­val, les jambes assez amples pour cou­vrir les bottes sans chi­chi. Autant dire deux concep­tions du monde.

Cheyenne tou­jours. Nous par­cou­rons la rue prin­ci­pale, celle des grandes scènes de wes­tern – on rêve quand même… Une vitrine nous attire, celle d’une sorte de mont-de-pié­té, un maga­sin-dépôt. Per­ceuses et outils divers, par­fums, gui­tares et bat­te­ries – colts, Win­ches­ter, char­geurs de Kalach­ni­kov.

En face, un bar nous tend les bras – un des deux seuls qui res­tent à Cheyenne, les autres, si nom­breux il y a encore quelques années [source : Robert] ont dis­pa­ru. Une enquête s’impose, d’autant que c’est le « hap­py hours ». La ser­veuse est aus­si diserte que joyeuse ; sans craindre le cli­ché, on la dira accorte, et le décol­le­té ave­nant. Robert opte pour un Jack-Daniel… au cin­na­mone (canelle). Vive l’aventure ! je m’y risque. Robert s’en délecte ; il est vrai­ment Amé­ri­cain. De l’interview de la ser­veuse, il res­sort que le com­merce de pro­fit a tué celui, moins ren­table, des bars – d’où leur dis­pa­ri­tion pro­gres­sive. Le sien a l’air de tenir. Il faut dire que la dame a des argu­ments, qu’elle n’hésite d’ailleurs pas à nous dévoi­ler, même pour la pho­to [ci-des­sous] Tra­duc­tion de la devise tatouée : « Ne regrette pas ce que tu as / C’est exac­te­ment ce que tu vou­lais ». Nous repre­nons un autre whis­ky.

« Ne regrette pas ce que tu as / C’est exactement ce que tu voulais ». Une philosophe.

« Ne regrette pas ce que tu as / C’est exac­te­ment ce que tu vou­lais ». Une phi­lo­sophe.

Cli­quer sur les pho­tos pour les agran­dir (© gp 2015)

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Road chronique américaine - 8 - Yellowstone, chaudron tellurique

Suite du périple états-unien de Robert et Gérard

2 mai 2015, same­di. Yel­lows­tone (Wyo­ming)

USA 2015 Béta StarRetour en arrière, main­te­nant que nous avons remis le cap vers l’est (troi­sième et der­nière semaine de la tra­ver­sée), his­toire de gar­der nos sou­ve­nirs au chaud. En quit­tant Cheyenne, notre objec­tif por­tait aus­si un nom mythique autant que tou­ris­tique : Yel­lows­tone, le plus ancien parc natio­nal du monde (1872), plus grand que la Corse, deuxième plus grand parc natu­rel des États-Unis après l’Alaska. Assez de super­la­tifs pour nous aiman­ter, tout comme ces quelque trois mil­lions de tou­ristes annuels.

Cheyenne-WyomingPour atteindre le Yel­lows­tone Natio­nal Park, c’est théo­ri­que­ment simple. Le Wyo­ming tient exac­te­ment dans un rec­tangle par­fait (c’est le seul État ain­si des­si­né) ; par­tant du coin en bas à droite (Cheyenne), il « suf­fit » de suivre la dia­go­nale jusqu’au coin en haut à gauche, soit 450 miles (envi­ron 700 km) – on a eu fait pire… C’était sans comp­ter sur les élé­ments : la route de l’entrée sud du parc était cou­pée, à cause de la neige encore abon­dante (le haut pla­teau se situe à une moyenne de 2.400 mètres d’altitude et le Eagle Peak atteint 3.462 mètres).

Seule pos­si­bi­li­té, prendre par le sud, lon­ger le mas­sif du Grand Teton – c’est son nom, d’origine fran­çaise ou fran­co­phone, comme de nom­breux noms de lieux-dits, de vil­lages et de villes ren­con­trés tout au long de notre périple. Faut-il rap­pe­ler que l’ancienne Loui­siane, ter­ri­toire fran­çais, s’étendait des Grands Lacs jusqu’au golfe du Mexique ? Et, comme dit l’ami Robert : « Si Napo­léon n’avait pas ven­du ce ter­ri­toire aux Etats-Unis, en 1803, l’autre jour t’aurais pu com­man­der un jam­bon-beurre au pre­mier bis­trot de San­ta Fé – et l’obtenir ! » Bref, quan­ti­té de noms à conso­nance fran­çaise (par exemple, en ce moment même, nous cam­pons près de la rivière Belle Fourche…) par­sèment encore une grande par­tie des Etats-Unis, il fal­lait tout de même le rap­pe­ler, non ?

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Le mas­sif du Grand Teton

Pour le coup, ce sont des Cana­diens fran­çais explo­rant la région qui ont ain­si bap­ti­sé « Grand Teton » – désor­mais sans accent – ces som­mets magni­fiques dont le plus haut culmine à 4.197 mètres. Leurs roches, âgées de plus de deux mil­liards d’années, sont par­mi les plus anciennes de la pla­nète. On a ain­si eu le loi­sir de les contem­pler suc­ces­si­ve­ment par leurs flancs est et ouest, en remon­tant vers le nord par l’Idaho. Bien nous en prit.

En effet, d’aucuns doivent savoir qu’il y a « quelque chose de Picar­die en moi »… Et me voi­là sou­dain pro­je­té dans une terre à patates. Et, tenez-vous bien, c’est cette par­tie de l’Idaho qui four­nit Mac Donald en pommes de terre ! Mais adieu la modeste Picar­die, voi­ci des champs à pertes de vue, des fermes-usines, des entre­pôts immense – mais aus­si des « caveaux » à l’ancienne, abris à pommes de terre… recou­verts de terre – et des camions-bennes en tous sens char­gées de futures « french fries ».

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Dans l’Idaho, à perte de vue, des champs de french-fries pour McDo.

Un détour qui valait le coup et qui a quand même fini par nous mener dans le fameux Yel­lows­tone, du nom des sources de la rivière « Roche jaune », bap­ti­sée ain­si par les cou­reurs des bois et trap­peurs cana­diens-fran­çais qui explo­raient et fai­saient du com­merce dans cette région au XVIIIe siècle. Elle fut ensuite tra­duite en anglais par « Yel­low Stone ». Cette appel­la­tion est sans doute elle-même issue d’une tra­duc­tion de la langue amé­rin­dienne, la « rivière de la roche jaune », réfé­rence à la cou­leur des pierres jaunes que l’on trouve dans le Grand Canyon du parc.

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Le Lower Gey­ser Basin

Toute cette zone pour­rait être qua­li­fiée de bouilloire vol­ca­nique. Envi­ron 300 gey­sers (les deux tiers des gey­sers de la pla­nète) témoignent de l’intensité des acti­vi­tés sou­ter­raines. Actuel­le­ment, Yel­lows­tone revit une phase sem­blable à sa pre­mière étape géo­lo­gique. La lave conti­nue de s’accumuler, fai­sant à nou­veau gon­fler l’écorce ter­restre de plu­sieurs cen­ti­mètres par an.

La plus grande par­tie du parc est située dans le Wyo­ming, tout au nord-ouest. Le reste déborde sur les États voi­sins de l’Idaho et du Mon­ta­na. Créé en 1872, le Yel­lows­tone est le plus ancien parc natio­nal du monde. Il s’étend sur 8 983 km2 (plus que la Corse), et consti­tue le deuxième plus grand parc natu­rel des États-Unis (hor­mis l’Alaska).

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L’une des figures emblé­ma­tiques du parc est le Old Fai­th­ful, le deuxième gey­ser le plus impor­tant au monde après le Strok­kur, en Islande. Toutes les 90 minutes envi­ron, il entre en action et pro­pulse une puis­sante et majes­tueuse trombe d’eau et de vapeur d’un blanc écla­tant. Le spec­tacle dure une tren­taine de secondes, devant quelques dizaines (en cette basse sai­son) d’admirateurs (dont nous-mêmes) conte­nus en cercle autour de cette mer­veille du monde.

En fait, le parc est par­se­mé de gey­sers, de fume­rolles, de sources chaudes ; la terre y prend des teintes sublimes, entrant en ébul­li­tion comme dans un chau­dron tel­lu­rique. On se prend à ima­gi­ner un Spiel­berg fil­mant ici un autre Ren­contres du troi­sième type. (l’original a d’ailleurs été tour­né dans le Wyo­ming), où la croûte ter­restre se sou­lè­ve­rait à des hau­teurs hol­ly­woo­dienne, englou­tis­sant des grappes de tou­ristes hur­lant d’épouvante… Bon.

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Le bison sau­vage a failli être frap­pé d’extinction.

Les ani­maux ne s’embarrassent guère de ce genre de délire – on le pré­sume. Ils se ras­semblent, innom­brables et en de mul­tiples espèces, atti­rés depuis des mil­lé­naires, voire des mil­lions d’années, par la cha­leur que dégage la cal­dei­ra de Yel­lows­tone, cette espèce de bouilloire gigan­tesque située sous une plaque vol­ca­nique à fond plat. Ils ne craignent ni les gey­sers, ni les relâ­che­ments sul­fu­reux déga­gés dans des gar­gouillis de boues aux cou­leurs les plus sub­tiles, au risque d’y périr asphyxiés, comme ces cinq bisons retrou­vés morts en 2004.

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Deux cari­bous femelles ont tra­ver­sé la rivière Madi­son pour paître sur la rive.

Le long de la rivière Madi­son, nous pou­vons admi­rer deux cari­bous femelles venus brou­ter des joncs. Nous en rever­rons par dizaines. Un peu plus loin, voi­ci un trou­peau de bisons sau­vages, comme en ver­ra tant – par­fois bar­rant notre route (il s’en tue ain­si une cen­taine par an, vic­times de la cir­cu­la­tion tou­ris­tique, rien que dans le parc). L’espèce sau­vage, datant de la Pré­his­toire, est désor­mais consi­dé­rée comme sau­vée de l’extinction : en 1902, on comp­tait moins de 50 bisons dans le Yel­lows­tone ; ils sont aujourd’hui envi­ron 4 000.

Yel­lows­tone abrite aus­si, dans ses prai­ries et sous ses forêts de type alpin, de nom­breux grands autres mam­mi­fères comme des ours noirs, des grizz­lys, des coyotes, des loups, des élans (ori­gnaux au Cana­da), des cerfs ou encore des trou­peaux sau­vages de wapi­tis. Nous ne les ver­rons pas tous, bien sûr ; d’autant que la route des lacs aus­si était cou­pée et que nous avons dû remon­ter par le nord, dans des pay­sages tou­jours aus­si gran­dioses.

Nous avons atteint le Mon­ta­na, qui se trouve, on le devine, en plein dans la conti­nui­té des Rocky Moun­tains. Même ravis­se­ment visuel… jusqu’à la nuit venue où nous déci­dons de jeter l’ancre dans la rue prin­ci­pale, et unique, de Cooke City – un « fameux port de pêche », comme j’aime à dire, tan­dis que Robert évoque le film Déli­vrance (déjà cité dans nos récits… c’est la réfé­rence quand on ne sait trop qua­li­fier l’Amérique des pro­fon­deurs…), ima­gi­nant des figures pati­bu­laires col­lées aux vitres de notre « chuck-wagon » – là, c’est une autre réfé­rence, à la Conquête de l’Ouest, et nous y revien­drons bien­tôt.

La nuit, entre nos deux tas de neige sale, entre les deux seuls réver­bères allu­més, fut aus­si tran­quille qu’ailleurs…

Cli­quer sur les pho­tos pour les agran­dir (© gp 2015)

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Road chronique américaine - 7 - William Cody, alias Buffalo Bill, faussaire de l’Histoire

 

Suite du périple états-unien de Robert et Gérard

1er mai 2015, ven­dre­di. Cody (Wyo­ming)

USA 2015 Béta CowboyCe sep­tième épi­sode a bien tar­dé, sans que rien ne s’arrête pour autant. Au contraire : si nos étapes rac­cour­cissent quelque peu, le temps que nous vivons semble s’accélérer du fait de l’intense beau­té des pay­sages et de leur charge his­to­rique. C’était atten­du, main­te­nant que nous avions tou­ché l’ouest, ce West si sym­bo­lique de toute l’histoire amé­ri­caine, là où tout se concentre, là où la mytho­lo­gie rejoint aus­si ses affa­bu­la­tions, toutes ces « his­toires » plus ou moins inven­tées, qui conti­nuent de nour­rir une cer­taine image des Etats-Unis. Et jus­te­ment, à pro­pos d’imagerie, nous avons choi­si, Robert et moi de pri­vi­lé­gier nos moments de navi­ga­tion fixés par les pho­tos, tout en déve­lop­pant ce qu’elles évoquent pour nous, dans notre recherche d’une vision actuelle et, autant que pos­sible, non sté­réo­ty­pée de cette Amé­rique qui, à nos yeux, demeure tou­te­fois fas­ci­nante.

CodyAu sor­tir du parc sublime de Yel­lows­tone, nous avons fait halte à Cody, au nord-est du Wyo­ming. Halte n’est pas le bon mot. Cette petite ville d’à peine 10.000 âmes consti­tue en fait le point d’orgue de notre périple, ce lieu que Robert tenait à me faire décou­vrir, parce qu’il per­met selon lui la meilleure com­pré­hen­sion de l’histoire amé­ri­caine.

C’est que la ville a été fon­dée par un cer­tain Buf­fa­lo Bill, alias William Cody, dont elle porte le nom. Cody est connue entre autres pour ses rodéos, certes, mais aus­si pour son musée consa­cré aux armes à feu, aux Indiens des plaines, à la faune et la flore de la région, aux peintres amé­ri­cains – et à la vie de William Cody. On y trouve une grande col­lec­tion de docu­ments et d’objets liés notam­ment à son Buf­fa­lo Bill’s Wild West Show.

Par­tons donc en images vers les ques­tion­ne­ments qu’elle per­mettent.

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Au départ, William Fre­de­rick Cody est un chas­seur de bisons, plu­tôt un tueur et, bien­tôt, un exter­mi­na­teur. Il fut l’agent sym­bo­lique de la poli­tique d’extermination lan­cée par le gou­ver­ne­ment fédé­ral  afin d’affamer les Indiens et, du coup, de les exter­mi­ner eux-mêmes. Des cen­taines de mil­liers de bisons (on ne sait au juste éva­luer ce mas­sacre) furent abat­tus, tan­dis que leurs peaux étaient récu­pé­rées par les skin­ners et trans­por­tées au long de la récente ligne de che­min de fer, la Paci­fic Rail­road.

Son sur­nom pro­vient du fait qu’il four­nis­sait en viande de bison (buf­fa­lo en anglais) les employés des che­mins de fer et qu’il gagna un duel en tuant, en une jour­née, 69 bisons contre 48 à son concur­rent.

Cody entre dans la légende grâce à l’écrivain Ned Bunt­line qui conta ses aven­tures. Son nom en langue indienne sioux était « Pahas­ka » qui signi­fie « che­veux longs ». Cette dis­tinc­tion phy­sique contri­bua à l’élaboration soi­gnée de son look, auquel s’identifia bien­tôt toute une géné­ra­tion de roman­tiques culti­vant un cer­tain retour à la Nature – non sans évo­quer, après coup, l’époque hip­pie…

De 1882 à 1912, il orga­nise et dirige un spec­tacle popu­laire : le Buf­fa­lo Bill’s Wild West. Une tour­née le conduit lui et sa troupe dans toute l’Amérique du Nord et en Europe. En 1889, il passe en France par Paris (trois mil­lions de spec­ta­teurs au pied de la Tour Eif­fel !), Lyon, Mar­seille et plus de cent villes.

Sit­ting Bull lui-même par­ti­cipe au Show en 1885 aux États-Unis et au Cana­da, se rési­gnant en quelque sorte, par néces­si­té per­son­nelle, à la défaite, voire à l’humiliation.

C’était un spec­tacle éton­nant pour l’époque, cen­sé recréer l’atmosphère de l’Ouest amé­ri­cain alors qu’il en des­si­nait entiè­re­ment la repré­sen­ta­tion selon un make believe – « faire croire » – pré­fi­gu­rant les grandes entre­prises de mys­ti­fi­ca­tion infan­ti­li­sante, celles de Walt Dys­ney en par­ti­cu­lier, tou­jours à l’œuvre, avec le suc­cès qu’on sait. Ce show a ain­si façon­né une mytho­lo­gie qui a lit­té­ra­le­ment détour­né le sens de l’histoire amé­ri­caine. 

Les scènes de la vie des pion­niers illus­traient des thèmes tels que la chasse au bison, le Pony Express (ser­vice de cour­rier rapide avec des mes­sages por­tés par les cava­liers à bride abat­tue à tra­vers les prai­ries, plaines, déserts et mon­tagnes de l’Ouest), l’attaque d’une dili­gence et de la cabane d’un pion­nier par les Indiens – et le tout en pré­sence de vrais Indiens consti­tuant le clou du spec­tacle et cau­tion­nant ain­si son « authen­ti­ci­té ».

Pour des mil­lions d’Américains et d’Européens com­men­ça alors le grand mythe du Far West qui ne s’éteindra plus et que le ciné­ma d’Hollywood, avec ses figures mythiques des géants de l’Ouest, contri­bue­ra à déve­lop­per.

Le cha­peau Stet­son, le ban­da­na et la che­mise du cow-boy ont été popu­la­ri­sés par Buf­fa­lo Bill alors que tous les cow-boys n’en por­taient pas. La majo­ri­té d’entre eux por­taient un som­bre­ro, moins chaud et beau­coup moins cher que le Stet­son. Les grandes coiffes amé­rin­diennes faites de dizaines de plumes n’étaient uti­li­sées que dans quelques tri­bus et seule­ment lors de grandes et rares occa­sions. La plu­part du temps, les Amé­rin­diens ne por­taient que des coiffes de quelques plumes. C’est le spec­tacle de Buf­fa­lo Bill qui a fait entrer les grandes coiffes dans l’imaginaire col­lec­tif. [Sources Wiki­pe­dia et le Musée de Cody].

Le musée de Cody, remar­quable en tous points, per­met de décons­truire le mythe de Buf­fa­lo Bill et de la Conquête de l’Ouest – pour peu qu’on y soit prêt. Car, à l’inverse, il peut tout aus­si bien contri­buer à entre­te­nir la fable auprès de ses propres croyants.

Ou com­ment le mythe de Buf­fa­lo Bill et celui du Far-West ont pure­ment et sim­ple­ment mas­qué un double géno­cide : celui des Amé­rin­diens et des bisons. Un peuple et une espèce qui ont failli tota­le­ment dis­pa­raître.

Cody, où nous séjour­nons, a su tirer pro­fit de son héros local, fon­da­teur réel de la ville, et de sa légende. L’exploitation tou­ris­tique y est cepen­dant assez dis­crète, tenant en quelques sculp­tures de bronze – de belle fac­ture, comme les nom­breuses autres qui par­sèment les villes et la cam­pagne état­su­niennes –, ras­sem­blées autour du musée.

Bill Cody – Hard and Fast - All the Way. Bronze de Peter Fillerup. Cody, Wyoming

Bill Cody – Hard and Fast - All the Way. Bronze de Peter Fille­rup. Cody, Wyo­ming

Les com­mer­çants, eux, ont moins de scru­pules à expo­ser leur bim­be­lo­te­rie « buf­fa­lienne ». La trace la plus concrète du per­son­nage est cepen­dant his­to­rique : il s’agit de l’Hôtel Irma, ouvert en 1902, que William Cody a fait construire et auquel il a don­né le nom de sa fille cadette. Le lieu, deve­nu le centre vivant de la ville, est aujourd’hui clas­sé monu­ment his­to­rique. Il com­prend un bar très fré­quen­té et un res­tau­rant dont la salle vaut réel­le­ment le détour : les boi­se­ries, ornées de mul­tiples ani­maux natu­ra­li­sés, y sont magni­fiques – et tout par­ti­cu­liè­re­ment l’impo­sant bar en bois de ceri­sier offert par la reine Vic­to­ria.

Un res­tau­rant où, par ailleurs, on y déguste de la bonne cui­sine amé­ri­caine – comme le pain de viande et des côtes levées – à prix fort rai­son­nable. Cette infor­ma­tion rele­vant d’un authen­tique jour­na­lisme de ter­rain. « Un jour­na­lisme gour­mand », tient à pré­ci­ser Robert, qui ne plai­sante pas sur ces ques­tions.

PS – Une par­tie impor­tante de ce magni­fique musée de Cody est consa­crée au monde amé­rin­dien sous un angle anthro­po­lo­gique ; nous y revien­drons spé­cia­le­ment.

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  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

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  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
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