On n'est pas des moutons

Le climat, peut-être… Mais la connerie ?

Suite, somme toute assez logique, de l’article pré­cé­dent (il y était ques­tion de la fin de l’humanité…), cet exemple pathé­tique, pris sur le « vif » de l’humanité débile. En l’occurrence, ça vient des Etats-Unis, dans l’État de Vir­gi­nie de l’Ouest (houille et gaz de schiste…) qui compte le plus de cli­ma­to-scep­tiques (deux tiers des habi­tants). Mais il n’y aurait qu’à se bais­ser pour en ramas­ser à la pelle tout autour de nous. Où l’on voit dans toute sa dimen­sion, l’alliance fusion­nelle de l’ignorance et des croyances (sur­tout reli­gieuses), à quoi vient s’amalgamer, de façon « natu­relle » en quelque sorte, la soif mala­dive du pro­fit. Inépui­sable sujet de médi­ta­tion. C’était ce 28 sep­tembre 2015 dans le JT de 20 heures de France 2.

Modi­fier l’évolution du cli­mat, ça peut encore se conce­voir… Mais que faire de la conne­rie ?

»> Vidéo cou­pée : Des dizaines d’autres films paradent sur la toile – taper « coal rol­ling » et déses­pé­rer du genre humain…

Post scrip­tum : Dans la même veine et en tout cas sur les mêmes sujets, j’ai failli oublier, cet excellent (comme tou­jours) billet de Sophia Aram sur France Inter, ce même 28 sep­tembre, au matin cette fois et inti­tu­lé Donald, Nadine et Dar­win :

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La COP-21 et la voiture qui mène les peuples en bateau (fable moderne sur la fin de l’humanité)

Pépère va régu­liè­re­ment faire ses dévo­tions éco­lo­giques en dépo­sant son obole ordu­rière dans des taber­nacles moche­tingues pla­cés sur le trot­toir. Un jour une bou­tanche, un autre quelques poi­gnées de papier jour­nal, de celui qu’il prend encore en fin de semaine, pour les pro­grammes télé. Par­fois, il croise Mémère et son teckel en man­teau, venus aus­si célé­brer à leurs manières – elle ses maigres déchets, lui sa modeste crotte – cette messe à peu près géné­ra­li­sée à force d’arguments culpa­bi­li­sants.

cop-21

Une civi­li­sa­tion des déchets en quête de sur­vie. © gp

Mais hier a écla­té le scan­dale VW, « Das Auto ». Et la COP-21 qui nous attend, cette vingt et unième « confé­rences des par­ties », va désor­mais nous appa­raître comme un aimable concert spon­so­ri­sé par Volks­wa­gen. Au pro­gramme, des airs de vio­lon et pas mal de pipeau, des œuvres rin­gardes cata­lo­guées à la façon des pièces de Bach, cette fois sous le pré­fixe VW.

La catas­trophe n’est pas tant pour VW, mais bien plu­tôt, bien plus rude­ment pour le cli­mat pla­né­taire et ses consé­quences humaines. Com­ment, en effet, par­ve­nir doré­na­vant à per­sua­der « les peuples » de l’urgence extrême de la dimi­nu­tion – impé­rieuse, dras­tique – des gaz à effet de serre ? Com­ment ne pas rendre déri­soires nos « petits gestes » de pré­ten­dus « sau­ve­teurs de la pla­nète » (mer­ci pour elle, qui se démer­de­ra, fût-ce au bout de mil­liers d’années, voire de mil­lions), tan­dis que les prin­ci­paux fau­teurs de l’asphyxie cli­ma­tique – les fabri­cants de bagnoles abu­sant leurs uti­li­sa­teurs – ajoutent de la fraude au poi­son ?!

Les consé­quences de cette affaire de logi­ciel men­teur sont dou­ble­ment graves : d’abord en tant qu’escroquerie (éthique mais aus­si mar­chande et tré­bu­chante), ensuite parce qu’elles vont détour­ner les « usa­gers » de la Terre – ses habi­tants, nous autres pauvres Ter­riens – des réels enjeux cli­ma­tiques et catas­tro­phiques. À quoi bon mes gestes pieux quand d’autres se gaussent et se goinfrent sans ver­gogne !

Je viens de finir un bou­quin for­mi­dable ; il date de 2006 et m’avait alors échap­pé. Par un coup du hasard, chez un bou­qui­niste, il m’a ten­du les bras et son titre un rien pro­vo­cant : L’Humanité dis­pa­raî­tra, bon débar­ras ! C’est un pam­phlet aus­si impla­cable que docu­men­té et sacré­ment envoyé. Yves Pac­ca­let, son auteur, est phi­lo­sophe et natu­ra­liste – bel alliage – et a fait par­tie de l’équipe sous-marine de Cous­teau (ce qui ne garan­tit rien… Voir ici…) Tout est bon là-dedans, rien à jeter. Flo­ri­lège :

Paccalet« L’homme est une espèce jetable, à l’image de la civi­li­sa­tion qu’il a inven­tée. » À l’origine du Mal­heur : la démo­gra­phie galo­pante, sui­ci­daire. De 1945 à 2025, en quatre-vingts ans, la popu­la­tion de la Terre aura dou­blé, pas­sant de quatre à huit mil­liards d’habitants. « Pour le méde­cin, une popu­la­tion exces­sive de cel­lules prend le nom de “tumeur”. Si le pro­ces­sus de mul­ti­pli­ca­tion s’emballe, la tumeur devient maligne : on a affaire à un can­cer. » […] « Nous enva­his­sons, nous dévas­tons, nous salis­sons l’air, l’eau, l’humus fer­tile, les mers, les prai­ries, les forêts, les marais, les mon­tagnes, les déserts et les pôles ; demain la Lune et la pla­nète Mars.… Nous pro­dui­sons des quan­ti­tés phé­no­mé­nales de déchets. Nous menons à l’agonie Gaïa, le super orga­nisme qui nous inclut. Du même coup, nous nous pré­ci­pi­tons dans le néant. » […] « L’homme est le can­cer de la Terre. Cette for­mule cho­que­ra les âmes sen­sibles ; mais peu me chaut d’offusquer les “huma­nistes” qui ont des yeux pour ne pas voir et un cer­veau pour ima­gi­ner que Dieu les a conçus afin qu’ils passent leur éter­ni­té à chan­ter des can­tiques au para­dis ou à cuire en enfer. Si Dieu existe, il nous a faits pour s’amuser, comme nous fabri­quons nos pro­grammes de télé­vi­sion, nos OGM et nos armes de des­truc­tion mas­sive. À la fin, c’est tou­jours la catas­trophe. »

Je saute quelques pages pour arri­ver à cette saillie (Ô Wil­helm Reich et sa Psy­cho­lo­gie de masse du fas­cisme !) : « L’espèce humaine est affreuse, bête et méchante. Nous avons tous en nous quelque chose d’un peu nazi. […] Je cherche l’humanité au fond de l’homme : je n’y vois que la mous­tache d’Hitler. »[*] Pro­vo­ca­teur ? Oui, néces­sai­re­ment. Et je passe ici sur l’argumentaire, je ne vais pas reco­pier tout le bou­quin. Tâchez de vous le pro­cu­rer, il est salu­taire et clair­voyant, dix ans avant la COP-21 qu’il devance lar­ge­ment avec ses conclu­sions radi­cales sous la forme de Treize bonnes rai­sons de mou­rir, car « la péda­go­gie de l’environnement n’existe pas ou ne sert à rien : l’humanité est condam­née. »

L’énumération des Treize catas­trophes qui nous guettent (notez le fati­dique « 13 ») semble impla­cable. Je crois aus­si qu’elle l’est. Mais on est tout de même ten­té de reprendre à notre compte le mot de la com­tesse du Bar­ry sous le tran­chant de la guillo­tine :  «Encore un moment, mon­sieur le bour­reau ! » 

  • Yves Pac­ca­let, L’Humanité dis­pa­raî­tra, bon débar­ras !, 191 p. Essai. J’ai lu.
  • [*] His­toire d’atteindre le Point God­win, je rap­pelle que Das Auto, la Voi­ture du peuple, a vu le jour dans les années trente, en Alle­magne nazie, selon les sou­haits d’Hitler.
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« C’est l’école qui créé l’islamisme ! » Entretien avec Hamid Zanaz, écrivain algérien

hamid-zanaz

Cré­dit pho­to : Hamid Zanaz

Algé­rien, Hamid Zanaz vit en France depuis une ving­taine d’années. Il n’est retour­né en Algé­rie que tout récem­ment. Écri­vain, tra­duc­teur et jour­na­liste, il publie abon­dam­ment dans des médias arabes, tuni­siens, algé­riens et liba­nais prin­ci­pa­le­ment. Pour lui, il n’y a rien à rete­nir de la reli­gion du pro­phète, islam et isla­misme sont syno­nymes. Para­doxe : malgré les inter­dic­tions et la répres­sion, il se sent plus libre d’écrire dans cer­tains médias ara­bo­phones qu’en France… Ce détrac­teur réso­lu de l’islam explique pour­quoi et nous livre son regard sur le monde arabe et l’Algérie. Pes­si­miste, iro­nique et bon-vivant, il pour­suit son œuvre-com­bat. Son der­nier ouvrage est titré Isla­misme: com­ment l’Occident creuse sa tombe.

Inter­view  par Mireille Val­lette, du site suisse LesObservateurs.ch [avec les vifs remer­cie­ments de C’est pour dire].

• Vous ne vou­lez plus publier d’ouvrages en fran­çais. Pour­quoi ?

– Hamid Zanaz : Ce que je publie dans cer­tains pays arabes, jamais je ne pour­rais l’écrire en France. Même si en prin­cipe tout est inter­dit là-bas, le débat a lieu. Je viens de tra­duire du fran­çais en arabe un livre sur l’origine du monde qui est une vraie gifle à la reli­gion. Ici, on a peur d’être trai­té de raciste. Dans les pays musul­mans, je peux être trai­té de mécréant, jamais de raciste.

• D’autres exemples de ce que vous pou­vez dire là-bas ?

– Je peux écrire qu’il n’y a pas de dif­fé­rence entre islam et isla­misme, ou que le public de Dieu­don­né est for­mé à 80% de racaille isla­mique. Pas en France ou alors seule­ment dans des sites au public limi­té, et au risque d’ennuis judi­caires… Valls, lorsqu’il parle des dji­ha­distes, il fait atten­tion à ne pas dire qu’ils sont musul­mans. C’est ridi­cule ! Je publie en ce moment une série d’articles dans un quo­ti­dien liba­nais ara­bo­phone. Ce sont des inter­views de femmes arabes rebelles, dont Wafa Sul­tan et des femmes encore plus radi­cales. J’en ferai un livre en arabe inti­tu­lé « Ma voix n’est pas une honte », en réfé­rence à Maho­met dans l’un de ses Hadiths.

• Pour vous, la pau­vre­té en est-elle le ter­reau de l’intégrisme ?

– Contrai­re­ment à ce que veulent croire les Occi­den­taux, ce n’est pas la misère et la dis­cri­mi­na­tion qui ont créé l’islamisme, c’est l’école ! C’est la pos­si­bi­li­té de lire. Avant, les reli­gieux trans­met­taient un islam popu­laire, c’est-à-dire mal com­pris. Les gens étaient incons­ciem­ment tra­vaillés par la moder­ni­té, ils y adhé­raient peu à peu. Lorsque l’enseignement a été ara­bi­sé en Algé­rie, les gens et les imams ont pu connaître l’islam savant, « le vrai islam ». Et quand ils l’ont connu, ils sont natu­rel­le­ment deve­nus inté­gristes et ils ont com­men­cé à récla­mer l’application de cet islam, la cha­ria. Mais en fait, une bonne par­tie de la popu­la­tion lit peu, elle dépend sou­vent de quelqu’un qui cite ce qu’il y a dans les textes. En Algé­rie, c’est sur­tout l’Etat qui isla­mise, c’est l’offre qui crée la demande. Je regarde par­fois des émis­sions sur des TV algé­riennes. L’autre jour, je tombe sur des ques­tions-réponses avec un type connu, auto­pro­cla­mé spé­cia­liste de l’islam. Une femme dit : j’ai des pro­blèmes avec mon mari, il fait ceci et cela qui n’est pas juste.Et lui répond : pour plaire à Allah, tu dois suivre tout ce que dit ton mari.

• Pen­sez-vous que la jeu­nesse du monde arabe repré­sente un espoir ?

– Non, la jeu­nesse du monde arabe ne change pas, mis à part une mino­ri­té. L’école fabrique des inté­gristes jour et nuit. J’ai été prof de phi­lo au lycée. Lorsque tu traites de l’Etat par exemple, le pro­gramme t’oblige à faire la liste des méfaits et des avan­tages du capi­ta­lisme et du socia­lisme, puis à faire la syn­thèse et à don­ner la solu­tion : c’est l’Etat isla­mique. Les jeunes ne sont pas fana­ti­sés par inter­net, ils sont d’abord isla­mi­sés dans les mos­quées et les ins­ti­tu­tions de l’Etat. L’Internet, c’est le pas­sage à la pra­tique.

• Mais les pré­ceptes, par exemple rela­tifs à la sexua­li­té, sont extra­or­di­nai­re­ment sévères. La popu­la­tion réus­sit-elle à les res­pec­ter ?

– Non, même s’ils sont pro­gram­més par le logi­ciel isla­mique, les gens ne peuvent pas résis­ter, la vie est plus forte. C’est une vaste hypo­cri­sie. Quand je suis arri­vé en Algé­rie, je suis allé dans un bar où il y avait des femmes et des hommes, où l’on buvait de l’alcool. Mais c’est deve­nu presque clan­des­tin, ces lieux ferment petit à petit… sou­vent sous la pres­sion des habi­tants du quar­tier.

• Com­ment est-ce que le pou­voir se main­tient ?

– Dans ce pays, il y a deux opiums, la reli­gion et l’argent. L’Algérie ne se déve­loppe pas, mais pour gar­der le pou­voir, les auto­ri­tés ont créé une sorte d’Etat-providence. Ils achètent la paix sociale et rap­pellent constam­ment qu’ils ont stop­pé le ter­ro­risme des années 90. Pour l’instant, ça marche. Mais il n’y a pas de pou­voir fort, les Algé­riens se sont tou­jours rebel­lés. En résu­mé, c’est le bor­del !

• Et à votre avis, ce régime peut tenir jusqu’à quand?

Jusqu’à la famine… jusqu’à ce que la manne pétro­lière soit épui­sée ou concur­ren­cée par d’autres formes d’énergie. Le pro­blème de l’islam va se régler quand il n’y aura plus de pétrole. Fran­che­ment, qui écou­te­rait l’Arabie saou­dite ou le Qatar s’ils n’en ’avaient pas?

• En Algé­rie, avez-vous res­sen­ti l’explosion démo­gra­phique ?

– Les bâti­ments enva­hissent tout, on ne cesse de construire. Si ça conti­nue comme ça, dans 50 ans, il n’y aura plus d’espace non-bâti. Il n’y a pas de tra­vail. La pol­lu­tion est ter­rible, les auto­routes déla­brées… C’est le chaos par­tout. Mais j’y ai fait un beau séjour, il y a la famille, la mer…

• Que pen­sez-vous du cas tuni­sien ?

– J’ai tou­jours aimé ce pays, c’est une excep­tion dans le monde arabe. C’est dû à l’apport de Bour­gui­ba, il avait vrai­ment com­pris le dan­ger de l’islam, entre autres dans l’enseignement. L’éducation a bien fonc­tion­né, elle a pro­duit une élite laïque très bien for­mée et sa résis­tance à la pres­sion reli­gieuse est extra­or­di­naire ! Je les admire ! Ces Tuni­siens défendent la laï­ci­té plus et mieux que les Fran­çais et dans un cli­mat hos­tile.


« Il est grand le bonheur des musulmans »

Illus­tra­tion affli­geante du condi­tion­ne­ment reli­gieux infli­gé à des enfants…

Faut-il com­men­ter ?

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Réfugiés à Aix-en-Provence : Pas de ça chez moi ! clame Maryse Joissains

Des réfu­giés « chez moi » ? Et quoi encore ? La maire d’Aix-en-Provence, Maryse Jois­sains, n’a pas tar­dé à se dis­tin­guer sur ce cha­pitre du rejet qui consti­tue son fond de com­merce poli­tique. Sa lar­gesse de vue et d’esprit sur­gissent de même, agré­men­tée de sa « dis­tinc­tion » légen­daire, décla­rant ain­si [La Pro­vence 8/9/15]:

« Des migrants, j’en ai déjà suf­fi­sam­ment à Aix. Il y a les sans-papiers et les Roms. J’ai mon quo­ta. Je rejette la poli­tique de dan­ge­ro­si­té de Hol­lande qui ne sait pas gérer la crise. En plus, après la pho­to de l’enfant syrien, retrou­vé mort noyé, il fait appel à l’émotion popu­laire. Ce qui est indigne. Les Syriens, il faut les accueillir chez eux, les pro­té­ger chez eux. » Admi­rons la finesse de l’analyse et sa por­tée géo-poli­tique. Elle pour­suit : « Puis, 24.000 ça veut dire quoi ? Il y a des mil­liers de migrants et ça va pro­vo­quer un appel d’air. Ce qu’on est en train de faire, c’est de la dépor­ta­tion. [sic] Si c’est ça l’humanisme, alors je n’y com­prends plus rien. » La Pro­vence ajoute : « Maryse Jois­sains avoue­ra néan­moins [sous la tor­ture des jour­na­listes ? Note du blo­gueur] qu’elle est prête à accueillir des Syriens. « Mais des chré­tiens ».

andré faber 2015

© andré faber 2015

Oui, res­tons entre gens de bonne com­pa­gnie. Et, sur­tout, pas ques­tion de lais­ser le « mono­pole » du rejet aux lepe­nistes du FN qui pour­raient lui faire de l’ombre. Mais de petits arran­ge­ments seront tou­jours pos­sibles avec cette femme qui n’est ni démo­crate ni répu­bli­caine. Rap­pe­lons ses pro­pos de mai 2012, autour de la pré­si­den­tielle :

  «  Même si M. Hol­lande est pro­clamé pré­sident de la Répu­blique, je ne pense pas qu’il soit légi­time, parce qu’il y arrive après un com­bat anti-démo­cra­tique comme on ne l’a jamais vu dans ce pays. »

«  Fran­çois Hol­lande est un dan­ger pour la Répu­blique. Cet homme n’a jamais fait la démons­tra­tion qu’il ait fait quelque chose dans sa vie. Je ne le crois pas com­pé­tent, ni capable. En tout cas phy­si­que­ment. Il ne don­nera pas l’image d’un pré­sident de la Répu­blique. J’aurais aimé d’un pré­sident qu’il ait plus de pres­tance et pas qu’il agite ses petits bras comme il le fait dans tous ses mee­tings parce que ça me paraît extrê­me­ment ridi­cule. » [Lire sur « C’est pour dire » Sar­ko­zysme. Le putsch ver­bal et fas­ci­sant de Maryse Jois­sains, maire d’Aix-en-Provence ]

Maryse Jois­sains, on le sait, a tou­jours eu un gros faible pour les petits bras agi­tés par son poli­ti­cien pré­fé­ré. Affaire de goût, de choix. On ne dis­cute même pas.

Quant à La Pro­vence – le quo­ti­dien mar­seillais –avec ou sans Tapie à sa tête, il reste fidèle à sa ligne pla­te­ment déma­go­gique. Ain­si son innom­mable rubrique « Le vote du jour », en der­nière page, entre la météo et l’horoscope, qui sou­met une ques­tion à la réponse binaire : oui/non et « Ne se pro­nonce pas ». Exemple de ce mar­di 8/9/15 : À la ques­tion « Faut-il assou­plir les condi­tions d’accueil des réfu­giés syriens ? » « Vous avez voté hier » : Oui, 17 % - Non, 79 %. (Sans avis 4 %).

Une telle pra­tique est scan­da­leuse, à plus d’un titre.

Sans dis­cu­ter ici de la vali­di­té des son­dages en géné­ral (même pra­ti­qués selon les règles de l’art), le jour­nal, lui, n’indique jamais le nombre de réponses obte­nues – c’est dire la valeur de ses pour­cen­tages ! Quant aux ques­tions posées, elles vont des plus débiles aux plus graves comme celle du jour, posée de manière on ne peut plus incon­sé­quente : Faut-il assou­plir [que le verbe est judi­cieux !] les condi­tions d’accueil [les­quelles ?]…

Ce genre de dérive relève tout autant de l’abêtissement jour­na­lis­tique que de l’absence d’éthique. Elle n’en recèle pas moins des inten­tions inavouées, peut-être incons­cientes – allez savoir !

Sur ce constat et sur les pro­pos de Mme Jois­sains, l’archevêque du Vau­cluse, Mgr Cat­te­noz a de quoi s’époumoner encore davan­tage que dans sa vidéo sur inter­net où il déclare :

« J’ai honte de mon pays, la France, qui, à plus de 50% de sa popu­la­tion, refuse l’accueil des migrants. J’ai honte de cer­tains poli­tiques qui tiennent des pro­pos inqua­li­fiables lorsqu’ils parlent de “ces gens-là”. Ils les dési­gnent avec mépris. J’ai honte des chré­tiens qui semblent igno­rer cette tra­gé­die des migrants et sur­tout se refusent à perdre les avan­tages acquis de leur niveau de vie ».

Pro­pos repris dans La Pro­vence du même jour, même article, même puni­tion.

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Séguéla : « Même si on est clochard, on peut arriver à mettre de côté 1 500 euros »

Jacques Ségué­la, le plus con des pubeux bron­zés vient de remettre une couche  à sa conne­rie déjà gra­ti­née. Après sa sor­tie de 2009 - «Si à cin­quante ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie !», le célèbre mora­liste s’est sur­pas­sé sur BFM TV. En ten­tant mina­ble­ment de jus­ti­fier sa « pub » pré­cé­dente – une «conne­rie», admet-il en se don­nant une baffe, même s’il ne la «regrette pas» [sic], il a cru bon d’ajouter : « Il n’y a pas de rai­son de dire aux gens “Vous êtes condam­nés à ne jamais vous faire le plai­sir de votre vie”. On a quand même le droit, même si on est clo­chard, on peut arri­ver à mettre de côté 1 500 euros ! On a le droit de rêver nom de Dieu ! »

À coté de  ce gars-là, Pierre Bour­dieu fait pense-petit, je trouve.

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Nucléaire : 4 ans après Fukushima, le Japon sonne la relance

« Le réac­teur numé­ro 1 de la cen­trale de Sen­dai a redé­mar­ré à 10 h 30 [3 h 30, heure fran­çaise] », a annon­cé, ce mar­di 11 août, un porte-parole de la com­pa­gnie japo­naise Kyu­shu Elec­tric Power. Ain­si, quatre ans et cinq mois après la catas­trophe de Fuku­shi­ma, en mars 2011, les auto­ri­tés japo­naises passent outre l’opposition de la popu­la­tion nip­pone, tou­jours trau­ma­ti­sée. Selon des son­dages, 60 % des Japo­nais demeurent hos­tiles à l’énergie nucléaire.

Souhai­tée par le gou­ver­ne­ment conser­va­teur, cette remise en ser­vice d’installations nucléaires est d’abord moti­vée par des rai­sons éco­no­miques. Le Japon connaît depuis 2011 d’importants défi­cits com­mer­ciaux dus en grande par­tie à la fac­ture d’hydrocarbures pour ali­men­ter les cen­trales ther­miques. Des argu­ments… éco­lo­giques sont aus­si mis en avant, sur le registre de la réduc­tion des gaz à effet de serre émis par les cen­trales au gaz, au pétrole ou au char­bon.

Mais les Japo­nais res­tent majo­ri­tai­re­ment hos­tiles à ce redé­mar­rage – qui inter­vient en plein dans les vacances d’été – et à quelques jours des céré­mo­nies du soixante-dixième anni­ver­saire des bom­bar­de­ments d’Hiroshima et de Naka­sa­ki. Nao­to Kan, pre­mier ministre au moment de Fuku­shi­ma, deve­nu depuis l’un des plus viru­lents oppo­sants au nucléaire, a qua­li­fié cette mise en ser­vice d” »erreur ». Des mani­fes­ta­tions ont été orga­ni­sées aux portes de la cen­trale de Sen­dai et devant la rési­dence du pre­mier ministre, à Tokyo. « Les leçons de Fuku­shi­ma n’ont pas été tirées », a dénon­cé l’un des conseillers muni­ci­paux de Sat­su­ma­sen­dai. Le réac­teur de Sen­dai – situé sur la côte, au sud-ouest de Tokyo – est le pre­mier à être remis en ser­vice, tan­dis qu’une ving­taine se pré­parent aus­si à redé­mar­rer.

Ce signal était évi­dem­ment atten­du des milieux nucléa­ristes de la pla­nète sur laquelle quelque 76 réac­teurs nucléaires sont en chan­tier… Tout va bien.

• À lire, le blog fran­çais entiè­re­ment dédié à Fuku­shi­ma et ses suites : http://www.fukushima-blog.com/

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Cousteau, salaud, le peuple de l’eau aura ta peau ! (pcc Gérard Mordillat)

Encore une idole qui se fait dézin­guer. Cette fois, ce n’est pas Onfray qui cogne, mais Gérard Mor­dillat qui se tape le « com­man­dant Cous­teau » en revi­si­tant son film tour­né avec Louis Malle, Le Monde du silence.

Palme d’or à Cannes en 1956 et Oscar du meilleur film docu­men­taire l’année sui­vante aux Etats-Unis le film a consa­cré un nou­vel héros des pro­fon­deurs, bien­tôt éle­vé au rang d’idole de la Nature océane. Des cen­taines de mil­liers de spec­ta­teurs auront gar­dé en mémoire la beau­té des fonds marins et la… pro­fon­deur du pro­pos. Soixante ans après la sor­tie, le roman­cier et cinéaste Gérard Mor­dillat recon­si­dère l’unanimisme béat qui avait accueilli le film et s’interroge sur ce qui lui appa­raît aujourd’hui  comme l’œuvre d”« une bande d’abrutis satis­faits ». Et de détailler les scènes d’horreur : tue­rie de requins à coups de pelle, cacha­lot déchi­que­té par l’hélice de la Calyp­so et ache­vé au fusil, dyna­mi­tage de pois­sons pour rai­son « scien­ti­fique », etc.

Com­ment se fait-il qu’on n’ait alors rien vu ? s’étrangle Mor­dillat. C’était début juillet, sur le site de Là-bas si j’y suis (l’émission de Daniel Mer­met, ex-France Inter). La vidéo ci-des­sous illustre cette affaire post mor­tem.

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Sur France Culture, Michel Onfray s’en prend aux nihilistes

Si ça vous avait échap­pé, France Culture a repris la dif­fu­sion, comme chaque été depuis main­te­nant treize ans, des confé­rences de Michel Onfray enre­gis­trées à son Uni­ver­si­té popu­laire de Caen. C’est aus­si la fin de cette longue série inti­tu­lée « Contre-his­toire de la phi­lo­so­phie », cette fois autour du thème « la résis­tance au nihi­lisme ».

Atten­tion ! Pour des rai­sons de droits, chaque numé­ro de cette treizième sai­son sera télé­char­geable et réécou­table pen­dant seule­ment 15 jours.

Depuis lun­di, donc, Onfray a remis sur le métier – celui du phi­lo­sophe hédo­niste – sa lec­ture si per­ti­nente des grands cou­rants phi­lo­so­phiques. Il le fait selon la méthode socra­tique par excel­lence qui consi­dère la phi­lo­so­phie non pas comme une lita­nie d’idées abs­traites – les théo­ries – mais comme une quête pour une vie meilleure, un art de vivre. Il rejoint en cela les démarches de ses « aînés » dans le domaine, les Mon­taigne, Mar­cel Conche, Pierre Hadot, Michel Serres, et d’autres contem­po­rains. Un tel che­mi­ne­ment le conduit à se situer à contre-cou­rant des modes intel­lec­tuelles et des cote­ries, à exa­mi­ner de manière cri­tique les idées domi­nantes  – celles qui, pré­ci­sé­ment, en viennent à nous domi­ner, qu’on le veuille ou non, car elles sont puis­sam­ment relayées par l’appareil média­tique.

À cet égard, les trois pre­mières émis­sions (on peut les télé­char­ger) sont des plus inté­res­santes, notam­ment en ce qu’elles montrent com­ment une cer­taine gauche de pou­voir a creu­sé un immense fos­sé entre les « élites  » auto­coop­tées et le peuple – qui n’existe d’ailleurs plus à leurs yeux. Les exemples ne manquent pas sur ce cha­pitre, qu’il s’agisse de l’université post-soixante-huit­tarde de Vin­cennes et, en effet, haut-lieu du nihi­lisme comme entre­prise de démo­li­tion des valeurs et de l’Histoire (on y jus­ti­fiait, entre autres aber­ra­tions, la pédo­phi­lie…) ; qu’il s’agisse de Michel Fou­cault et, pour le coup, de ses erre­ments phi­lo­so­phi­co-poli­tiques, rejoints par la vague struc­tu­ra­liste sur laquelle sur­fe­ront les Deleuze, Barthes, Badiou, Sol­lers, etc., avant leurs dérives maoïstes !

Bref, nous reve­nons de loin et Onfray nous le rap­pelle de façon tout à fait judi­cieuse, ne man­quant pas aus­si de faire res­sor­tir les liens avec les mon­tées popu­listes actuelles.

Michel Onfray sus­cite aus­si des rejets, sou­vent vio­lents, à la mesure du déran­ge­ment qu’il cause dans la bien­pen­sance. Et aus­si du fait qu’il s’expose beau­coup – c’est un bon client des médias – sur presque tous les sujets. De quoi, en effet, sus­ci­ter aga­ce­ments autant que jalou­sies. Son Uni­ver­si­té popu­laire consti­tue la meilleure réponse à ses oppo­sants. Qu’on en juge avec la vidéo ci-des­sous [France Culture].


Michel Onfray - Der­nière confé­rence de « la... par fran­ce­cul­ture

France Culture, à 11 heures ; redif­fu­sion à 19 heures.

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Le martyre du Yémen, dans l’indifférence absolue

J’ai été sai­si d’une ter­rible tris­tesse, hier soir, à la lec­ture de l’édito du Monde, qui com­mence ain­si à la une, avec ce titre que je fais mien :

Le martyre du Yémen, dans l’indifférence absolue

Il devait y avoir une trêve huma­ni­taire le 17  juillet. Elle n’a pas eu lieu, en dépit des appels, de plus en plus pres­sants, de l’ONU et de la Croix-Rouge inter­na­tio­nale. Voi­là quatre mois déjà que le Yémen, pour­tant habi­tué à la guerre, vit à l’heure des bom­bar­de­ments urbains et d’une crise huma­ni­taire chaque jour plus dra­ma­tique. Encore quelques mois de com­bats, et le pays res­sem­ble­ra à la Syrie, une mosaïque de chefs de guerre locaux, s’affrontant à l’arme lourde au beau milieu d’une popu­la­tion trau­ma­ti­sée.

Le Yémen, l’Arabie heu­reuse de l’Antiquité, est, une fois de plus, en voie de dis­lo­ca­tion – reflet et théâtre, par­mi d’autres, des conflits qui divisent le Moyen-Orient d’aujourd’hui.

Que sera devenue cette fillette "à la pomme", en Eve innocente souriant à l'étranger ?

Que sera deve­nue cette fillette « à la pomme », en Eve inno­cente sou­riant à l’étranger ? © gp

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Tris­tesse mêlée d’autant de nos­tal­gie remon­tant à un repor­tage qui m’avait ame­né dans cet étrange et fas­ci­nant pays, il y a exac­te­ment dix ans. J’ai alors fouillé dans mes archives, hier, pour retrou­ver de mes visions d’alors, pour croi­ser à nou­veau ces regards – ici des femmes sous la bur­qa, là des enfants trou­blants d’innocence, ici encore des hommes empreints de cette viri­li­té ances­trale, peut-être en par­tie cause du désastre actuel. Et, revoyant ces pho­tos, ima­gi­nant les drames et les vio­lences subis, j’éprouvais une grande com­pas­sion à l’égard de ce peuple, lui aus­si mar­ty­ri­sé – c’est bien le mot.

L’article du Monde pour­sui­vait :

Est-ce la com­plexi­té des lignes de frac­ture de ce pays – régio­nales, reli­gieuses, poli­tiques –, l’éloignement ou un sen­ti­ment de déses­poir, l’épuisement de nos capa­ci­tés d’indignation  ? Tou­jours est-il que le cal­vaire vécu par le Yémen ne fait ni la  »  une   » des jour­naux ni ne mobi­lise qui que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis. Pour­tant, en quatre mois, la guerre y a fait près de 3  000  morts et 10  000 bles­sés, selon les ONG huma­ni­taires. Elle a mis 1  mil­lion de réfu­giés inté­rieurs sur les routes. Elle prive 80  % de la popu­la­tion – 25  mil­lions d’habitants, par­mi les plus pauvres du monde – d’un nombre crois­sant de pro­duits de pre­mière néces­si­té  : eau potable et médi­ca­ments, notam­ment.

Que faire, dès lors ? En par­ler, relayer cette injuste « loi » des médias, reflet et cause de l’indifférence à l’Autre, sur­tout loin­tain – et le loin­tain est par­fois bien proche. Et qu’y pou­vons nous, d’ailleurs ? Quelle action pos­sible face aux sou­bre­sauts de ce monde en désar­roi indi­cible ?

Le Monde encore :

Enfin, à Sanaa, la capi­tale, et ailleurs, les bom­bar­de­ments, par­ti­cu­liè­re­ment ceux de l’aviation saou­dienne, ont détruit une par­tie d’un héri­tage archi­tec­tu­ral clas­sé au Patri­moine mon­dial de l’humanité par l’Unesco. Là encore sans cho­quer outre mesure la  » com­mu­nau­té inter­na­tio­nale « .

L'œuvre des bombes, juin 2015 [dr]

L’œuvre des bombes, juin 2015 [dr]

C’était mon deuxième voyage au Yémen. Lors du pre­mier, en 1973, je m’étais arrê­té à Aden, qui était alors la capi­tale. Capi­tale bien fic­tive, à la légi­ti­mi­té de tout temps contes­tée par les tri­bus du Nord du pays. Aden, ville colo­niale sous pro­tec­to­rat bri­tan­nique jusqu’en 1967.

Ça remon­trait trop loin dans l’Histoire et son extrême com­plexi­té, nouée ici pré­ci­sé­ment, dans ce détroit de Bab-el-Man­deb infes­té de pirates – encore de nos jours d’ailleurs – com­man­dant la route du pétrole moyen-orien­tal et la route des Indes, vers Zan­zi­bar et Bom­bay, si pré­cieuse à l’empire bri­tan­nique. Il y a tant à dire sur ce port ins­tal­lé au fond d’un cra­tère de vol­can (éteint !), où a séjour­né Rim­baud, et aus­si Paul Nizan (Aden Ara­bie) et Pierre Benoit. D’Aden, cepen­dant, je n’ai pas retrou­vé mes pho­tos ; ni même mes notes et articles. Je garde des impres­sions très fortes d’une ville sou­dai­ne­ment aban­don­née par ses colo­ni­sa­teurs ; d’un pou­voir, vague­ment com­mu­niste et pas drôle du tout ; d’un séjour for­cé au Cres­cent, palace décré­pi où une suite déli­rante m’avait été allouée d’office – et fac­tu­rée !

Mais Sanaa, quelle mer­veille ! J’y éprou­vais un choc émo­tion­nel et esthé­tique com­pa­rable à ma pre­mière vision de Venise. Sanaa, Venise des sables, dirais-je…Et voi­là que cette perle de l’Arabie heu­reuse, comme dit le Monde, est aujourd’hui bom­bar­dée, voi­là qu’on y mas­sacre des vies humaines et avec elles, la Beau­té – cette Beau­té qui, pour­tant, atteste de l’Humanité.

D’où mes pho­tos en abon­dance, comme (vaine) invo­ca­tion, implo­ra­tion : que la démence mor­ti­fère épargne ces regards et ces habi­tats sublimes. [Cli­quer sur une image, puis faire défi­ler les pho­tos].

 

Cet article relève d’abord de l’affectif, lié aux sou­ve­nirs directs, à la ren­contre. Les tou­ristes aus­si connaissent cet atta­che­ment lié au voyage et au chan­ge­ment de vision sur le monde. Tout le contraire de l’enfermement dans l’obscurantisme le plus noir et le plus mor­ti­fère. Les nazis n’ont pas été sur­pas­sés dans leur délire exter­mi­na­teur du genre humain ; tan­dis qu’ils col­lec­tion­naient les chefs d’œuvre de l’Art (non « dégé­né­ré » tou­te­fois) et que leurs « digni­taires » se délec­taient de Bee­tho­ven et plus encore de Wag­ner. Mais les tali­bans afghans détrui­sant – aus­si, en plus des vies humaines – les Boud­dhas de Bâmiyân ; les fana­tiques de Daech atta­quant à la masse les sculp­tures des musées de Mos­soul ; leurs homo­logues en sau­va­ge­rie agis­sant de même au Mali, en Libye, en Tuni­sie et en Syrie… Et désor­mais au Yémen, sans qu’on écarte, hélas, les expor­ta­tions dans les pays du Diable occi­den­tal, cible ouverte aux ter­ro­risme le plus aveugle.

Pour ten­ter de com­prendre l’incompréhensible – en tout cas l’injustifiable au regard de l’humaine rai­son rai­son­nante –, voyons la fin de cet article du Monde, on ne peut plus clai­re­ment alar­mant :

Qui se bat contre qui  ? A très gros traits, il y a, d’un côté, l’ancien pré­sident Ali Abdal­lah Saleh, appuyé par une par­tie de l’armée et par les milices hou­thistes, qui, par­ties du nord du Yémen, ont défer­lé sur le Sud et sa capi­tale régio­nale, le port d’Aden. Ils sont aujourd’hui sur la défen­sive. Car, de l’autre côté, l’Arabie saou­dite et neuf autres pays arabes sont à l’offensive pour res­tau­rer Abd Rab­bo Man­sour Hadi, le der­nier des pré­si­dents en place, et les forces qui lui sont res­tées loyales.

Les hou­thistes sont pré­sen­tés comme l’instrument de l’Iran au Yémen. La Répu­blique isla­mique est soup­çon­née de vou­loir un point d’appui dans le golfe d’Aden, qui contrôle l’accès, en mer Rouge, du détroit de Bab-el-Man­deb, point de pas­sage-clé pour le pétrole de la région. Au nom de la lutte contre les vel­léi­tés de domi­na­tion régio­nale de l’Iran, l’Arabie saou­dite est entrée en guerre au Yémen en mars  2015, entraî­nant d’autres pays arabes dans l’aventure.

Les hou­thistes sont accu­sés de mas­sacres divers, bom­bar­dant à l’aveugle, notam­ment les alen­tours d’Aden. L’aviation saou­dienne bom­barde, elle, de manière tout aus­si indis­cri­mi­née : hôpi­taux, cen­trales élec­triques, réser­voirs d’eau – plus de la moi­tié des vic­times sont des civils. A quoi il faut ajou­ter des attaques dues à l’Al-Qaida locale et des atten­tats impu­tés à une branche yémé­nite de l’Etat isla­mique, sans trop savoir qui est der­rière l’une et l’autre de ces filiales dji­ha­distes. De peur de mécon­ten­ter un peu plus Riyad, désta­bi­li­sé par l’accord sur le nucléaire ira­nien, les Etats-Unis ont pris le par­ti de la coa­li­tion arabe.

Au milieu, les Yémé­nites meurent, dans une assour­dis­sante indif­fé­rence.

© Le Monde © Pho­tos Gérard Pon­thieu 

Lire aus­si:

A Djibouti, chez les Marines

De Djibouti aux Pyramides et là, comme une merveille, Sanaa au cœur du Yémen

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Fin de partition pour le pianiste John Taylor

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© Gérard Tis­sier - 2015

Il s’en est allé en musique, en jazz, effon­dré sur son cla­vier. Fin du mor­ceau, fin finale, et sans rap­pel. C’était ce ven­dre­di 17 juillet, au Saveurs Jazz Fes­ti­val à Segré près d’Angers. John Tay­lor n’a pas sur­vé­cu à une crise car­diaque, il est mort le len­de­main. C’était un fameux com­po­si­teur et pia­niste anglais, né en 42 à Man­ches­ter – il aurait eu 73 ans en sep­tembre pro­chain. Il tour­nait avec le quar­tet de Sté­phane Kere­cki (com­po­si­tion, contre­basse), aux côtés d’Émile Pari­sien (sopra­no) et Fabrice Moreau (bat­te­rie).

Auto­di­dacte, John Tay­lor avait for­gé son style propre en dehors des écoles, et auprès des meilleurs jazz­men, comme notam­ment son com­pa­triote le saxo­pho­niste John Sur­man. Il joue­ra aus­si avec Lee Konitz, Gil Evans, Ken­ny Whee­ler et la chan­teuse Nor­ma Wins­tone, qui devien­dra sa pre­mière épouse. Sa dis­co­gra­phie est des plus four­nies, notam­ment chez ECM pour lequel, à l’occasion de son soixan­tième anni­ver­saire, il enre­gistre le magni­fique Ross­lyn en trio avec le contre­bas­siste Marc John­son et le bat­teur Joey Baron.

Pia­niste sub­til, au jeu plu­tôt inté­rieur, loin du démons­tra­tif, on pour­rait – sans réduire sa réelle ori­gi­na­li­té – le rat­ta­cher à la lignée des Bill Evans et Paul Bley, où l’on retrouve aus­si l’Américaine Mary­lin Cris­pell. Il aura par­cou­ru les vagues suc­ces­sives du jazz « moderne », du hard bop au free, sans se dépar­tir d’une vraie conti­nui­té musi­cale hors cha­pelles.

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Invi­té par le Mou­lin à Jazz de Vitrolles, le 23 mai 2015, John Tay­lor aux côtés de Jean-Charles Richard, Sté­phane Kere­cki, Fabrice Moreau. © Gérard Tis­sier.

Il avait trou­vé toute sa place dans le magni­fique quar­tet de Ste­phane Kere­cki et son pro­gramme Nou­velle Vague ins­pi­ré du ciné­ma, bien sûr, et de musiques de films. C’est avec ce pro­gramme (Jean-Charles Richard rem­pla­çait alors Émile Pari­sien) qu’il était venu en mai der­nier au Théâtre de Font­blanche à Vitrolles, invi­té par le Mou­lin à Jazz.

En plus de ses talents musi­caux, John Tay­lor mêlait joie de vivre et humour, bri­tish of course – en quoi il savait aus­si appré­cier un blanc de Pro­vence (entre autres, car il vivait en France) et par­ta­ger une bonne blague d’un rire explo­sif.

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« Zorba le Grec » ne connaît pas la crise

Alexis Zor­ba, roman du grand écri­vain cré­tois Nikos Kazant­za­kis, est un chef d’œuvre ; il en est de même du film qu’en a tiré le cinéaste grec Michael Cacoyan­nis. Une telle adé­qua­tion entre un livre et un film relève de la rare­té. On la doit à une conjonc­tion de talents, ceux de l’écrivain et du cinéaste, des acteurs (Antho­ny Quinn, Alan Bates, Irène Papas, Líla Kédro­va), du com­po­si­teur (Mikis Theo­do­ra­kis) et de toute l’équipe de réa­li­sa­tion.

Le film, qui date de 1964 (le livre de 1946) est res­sor­ti en février de cette année (2015) en ver­sion remas­té­ri­sée et en DVD. Cin­quante ans après, en pleine crise dite « grecque » (en fait euro­péenne et sur­tout capi­ta­lis­tique, pour appe­ler un chat un chat), cette « résur­rec­tion » résonne avec force. Zor­ba n’est pour­tant pas un film poli­tique, pas tout à fait ; c’est-à-dire qu’il l’est par sa dimen­sion phi­lo­so­phique et les ques­tions exis­ten­tielles qu’il pose : en par­ti­cu­lier celle de l’antagonisme pulsions/raison, incar­né par cha­cun des deux prin­ci­paux per­son­nages – anta­go­nisme que la fra­ter­nelle ami­tié des deux hommes va dis­si­per à la fin du film, lors de la fameuse scène de la danse qui réunit les deux corps – « ensemble » ordonne Zor­ba à son intel­lo de « patron ». Sur ce point, la ver­sion fil­mique dif­fère du roman, où la fin reste bien plus pro­blé­ma­tique, ouverte, incer­taine – rien n’est acquis et les deux hommes repartent cha­cun vers son des­tin. Pas éton­nant, dans la mesure où Kazant­za­kis demeu­re­ra toute sa vie tra­ver­sé par cette lutte interne, inces­sante, entre la chair et l’esprit – tiraille­ment que Zor­ba ne ces­se­ra de moquer dans une dia­lec­tique de pro­pos, de situa­tions, de sym­boles consti­tuant en quelque sorte le « sel » du roman – et du film.

Du phi­lo­sophe fran­çais Hen­ri Berg­son, dont il fut l’élève à Paris, Kazant­za­kis retien­dra en par­ti­cu­lier l’idée de l’élan vital que, par la suite, il confron­te­ra au mar­xisme et… au boud­dhisme. Il est aus­si très influen­cé par Nietzsche et son « sur­homme » dont il tire une équi­va­lence dans le per­son­nage du Christ, sujet cen­tral de La Der­nière ten­ta­tion, qui fait sor­tir de leurs gonds l’Église grecque ortho­doxe, mena­çant d’excommunier l’écrivain pour blas­phème, tan­dis que le Vati­can ins­crit le roman à l’Index.

Mar­tin Scor­sese a adap­té le livre dans son film de même nom sor­ti en 1988. Dès les pre­mières pro­jec­tions à Paris, des fon­da­men­ta­listes catho­liques lancent des cock­tails Molo­tov contre deux ciné­mas pari­siens et un à Besan­çon. Le 22 octobre, l’Attentat du ciné­ma Saint-Michel fait 14 bles­sés.

kazantzakis-zorbaNikos Kazant­za­kis est un écri­vain des plus impor­tants de son temps. Il l’est d’autant pour moi qu’Alexis Zor­ba est le livre qui a chan­gé ma vie – j’étais ado quand je l’ai lu et, dans l’année même, je suis par­ti en stop pour la Grèce… et en suis reve­nu tout autre…

Quant à la Grèce d’aujourd’hui et à la fameuse « crise » (bien réelle, certes), on pour­rait, pré­ci­sé­ment, la voir à tra­vers le prisme « zor­besque » et consta­ter avec effa­re­ment qu’elle émane d’un monde qui tend au modèle unique, un nou­vel impé­ria­lisme du Capi­tal qui n’aura de cesse qu’en ayant anni­hi­lé toute autre valeur que moné­taire et mar­chande.

En quoi Zor­ba, en effet, veut ne pas connaître la crise. En quoi, for­cé­ment, il rejoint la résis­tance du peuple grec.

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« Ça sent le bouchon »

« Ça sent le bou­chon » a osé la jour­na­liste sur France Inter ce matin pour lan­cer le mar­ron­nier esti­val. Et d’enfiler les cli­chés sur les dan­gers de la déshy­dra­ta­tion, les redou­tables micro-trot­toirs (sur auto­routes…) et, donc, les puis­santes pen­sées des che­va­liers à quatre roues. Il est reve­nu, l’heureux temps des bou­chons, ces « hiron­delles » qui annoncent l’été cani­cu­laire. Ce rituel jour­na­lis­tique est aus­si vieux que les hordes auto­mo­biles. C’est aus­si un mar­queur de socié­té. Ain­si cette archive de l’Ina datée du 1er juillet… 1968, sobre­ment inti­tu­lée « Arri­vée des tou­ristes sur la Natio­nale 7 : tra­fic auto­mo­bile et plages de la région », extraite de Pro­vence Actua­li­tés, Office natio­nal de radio­dif­fu­sion télé­vi­sion fran­çaise,  Mar­seille. Où la niai­se­rie du pro­pos atteste bien que la révo­lu­tion de Mai-68 a vécu.

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Mort d’Eddy Louiss. Un grand de l’orgue Hammond, mais pas seulement

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Avec la Mul­ti­co­lor Fee­ling Fan­fare, au Paris Jazz Fes­ti­val 2011 (Parc flo­ral de Paris). Ph. Myra­bel­la / Wiki­me­dia Com­mons

Orga­niste, pia­niste, chan­teur ; et aus­si trom­pet­tiste, per­cus­sion­niste , chef d’orchestre et com­po­si­teur : Eddy Louiss vient de mou­rir à l’âge de 74 ans et avec lui dis­pa­raît une grande figure du jazz, du jazz fran­çais en par­ti­cu­lier. Il était malade depuis quelques années et, ces der­niers temps, ne répon­dait même plus aux appels télé­pho­niques de ses amis, comme Ber­nard Lubat notam­ment, avec qui il avait joué et chan­té sur­tout dans le groupe des Double Six, aux côtés de sa fon­da­trice Mimi Per­rin, de Roger Gué­rin, Ward Swingle et Chris­tiane Legrand. [Voir ici à pro­pos de Mimi Per­rin, morte en 2010 : Mimi Per­rin, comme un pin­son du jazz ]

Edouard Louise, de son vrai nom, naît à Paris le 22 mai 1941. Son père, Pierre, d’origine mar­ti­ni­quaise, est trom­pet­tiste et l’entraîne très jeune dans des tour­nées esti­vales où il s’imprègne de la musique dite « typique » : rum­ba, paso-doble, cha-cha-cha. Il découvre bien­tôt le jazz et tâte d’instruments comme la trom­pette, le vibra­phone – et l’orgue Ham­mond, qui devien­dra son ins­tru­ment d’élection. À seize ans, il fait le bœuf avec Jean-Fran­çois Jen­ny-Clark et Aldo Roma­no. Plus tard, il enre­gistre avec Daniel Humair – il for­me­ra avec lui et Jean-Luc Pon­ty le trio HLP), accom­pagne Nicole Croi­sille au bugle (Fes­ti­val d’Antibes, 1963), puis Claude Nou­ga­ro à l’orgue pen­dant treize ans. Il ne rechigne pas à la varié­té (avec Hen­ri Sal­va­dor, Charles Azna­vour, Bar­ba­ra, Serge Gains­bourg, Jacques Hige­lin), se lance dans un octette (avec le vio­lo­niste Domi­nique Pifa­ré­ly), s’adjoint une fan­fare de cin­quante musi­ciens pro­fes­sion­nels et ama­teurs… En 1994, il enre­gistre en duo avec Michel Petruc­cia­ni deux disque fameux, Confé­rence de Presse (Drey­fus Jazz) [extrait ci-des­sous]. Il joue éga­le­ment avec Richard Gal­lia­no, en duo et en orchestre (sou­ve­nir de Mar­ciac, je ne sais plus quand au juste…) En 2000, la mala­die le contraint à s’éclipser jusqu’en 2010 où il enre­gistre à nou­veau en stu­dio, se pro­duit à l’Olympia et enfin en 2011, au Paris Jazz Fes­ti­val, sa der­nière appa­ri­tion publique.

Musi­cien de tous les registres, ain­si qu’il a été sou­vent qua­li­fié, à l’image de son ouver­ture « mul­ti­co­lore » – rap­pe­lons sa série de concerts inti­tu­lée Mul­ti­co­lor Fee­ling. Il s’était don­né aus­si bien dans les impro­vi­sa­tions avec les John Sur­man, Michel Por­tal et Ber­nard Lubat, que dans les rythmes afro-caraï­béens ou les enre­gis­tre­ments en re-recor­ding au cla­vier (Sang mêlé). Il était aus­si un des conti­nua­teurs de Jim­my Smith, maître du Ham­mond, ins­tru­ment de finesse et de fougue (pour ne pas dire de fugue…) qui va si bien au jazz, où il est deve­nu plu­tôt rare. La dis­pa­ri­tion d’Eddy Louiss ne va rien arran­ger.

Un docu­ment de l’Ina du 26 mars 1970 Eddy Louiss à l’orgue et Daniel Humair à la bat­te­rie inter­prètent « Tris­te­za ». Dif­fu­sé par l’ORTF dans l’émission Jazz en France, pré­sen­tée par André Fran­cis. Tout le monde avait 45 ans de moins… Le son laisse à dési­rer. Cet extrait  de Caraïbes (Drey­fus Jazz), avec Michel Petruc­cia­ni, est meilleur : 

Clip audio : Le lec­teur Adobe Flash (ver­sion 9 ou plus) est néces­saire pour la lec­ture de ce clip audio. Télé­char­gez la der­nière ver­sion ici. Vous devez aus­si avoir JavaS­cript acti­vé dans votre navi­ga­teur.

« Tou­jours les meilleurs qui partent », comme il se dit bête­ment… Dans cette caté­go­rie, j’ai « raté » le départ, le 11 juin der­nier, d’Ornette Cole­man, un his­to­rique du jazz s’il en est. Rat­tra­page avec cet article sur Citi­zen­Jazz

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Richard Labévière : Daech et le terrorisme indispensables au capitalisme

Richard Labé­vière est jour­na­liste et écri­vain. Ancien rédac­teur en chef à RFI (licen­cié de RFI en 2008 par Chris­tine Ockrent pour diver­gence d’options édi­to­riales), chef du ser­vice étran­ger, puis édi­to­ria­liste ; créa­teur et pré­sen­ta­teur du maga­zine géo­po­li­tique L’envers des cartes en 2003, il est aujourd’hui rédac­teur en chef de Proche et Moyen-Orient.ch/Observatoire géos­tra­té­gique.. Dans cet entre­tien publié hier (24/06/15) sur le site du quo­ti­dien liba­nais L’Orient-Le Jour,  il ana­lyse le chan­ge­ment de pos­ture des États-Unis dans le trai­te­ment des ques­tions liées au ter­ro­risme. Son ana­lyse se pro­longe sur les rap­ports entre ter­ro­risme et capi­ta­lisme, indis­so­ciables com­plices dans la course folle à la mon­dia­li­sa­tion par l’argent.

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Daech, néces­saire au « chaos construc­tif ».

• Vous consi­dé­rez que le « ter­ro­risme » est deve­nu le stade suprême de la mon­dia­li­sa­tion, cette évo­lu­tion dans le trai­te­ment du phé­no­mène serait selon vous liée à la trans­for­ma­tion du sys­tème capi­ta­liste ?
– Oui, le ter­ro­risme rap­porte et s’inscrit dans la logique de la mon­dia­li­sa­tion éco­no­mique parce que la lutte contre le ter­ro­risme génère des mil­lions d’emplois dans les indus­tries d’armement, de com­mu­ni­ca­tion, etc. Le ter­ro­risme est néces­saire à l’évolution du sys­tème capi­ta­liste lui-même en crise, mais qui se recon­fi­gure en per­ma­nence en gérant la crise. Cette idée de ges­tion sans réso­lu­tion est consub­stan­tielle au redé­ploie­ment du capi­tal. Dans un brillant essai, La Part mau­dite, Georges Bataille avait expli­qué à l’époque, en 1949, que toute recon­fi­gu­ra­tion du capi­tal néces­site une part de gas­pillage qu’il appelle la consu­ma­tion et aujourd’hui on peut dire que le ter­ro­risme est cette part de « consu­ma­tion » orga­ni­que­ment liée à l’évolution du capi­ta­lisme mon­dia­li­sé. Si Daech n’existait pas, il fau­drait l’inventer. Ça per­met de main­te­nir une crois­sance du bud­get mili­taire, des mil­lions d’emplois de sous-trai­tance dans le com­plexe mili­ta­ro-indus­triel amé­ri­cain, dans la com­mu­ni­ca­tion, dans l’évolution des contrac­tors [socié­té mili­taire pri­vée, Ndlr], etc. La sécu­ri­té et son main­tien est deve­nue un sec­teur éco­no­mique à part entière. C’est la ges­tion du chaos construc­tif. Aujourd’hui des grandes boîtes, comme Google par exemple, sup­plantent l’État et les grandes entre­prises en termes de moyens finan­ciers pour l’investissement et la recherche dans le sec­teur mili­taire amé­ri­cain en finan­çant des pro­jets de robots et de drones mari­times et aériens. Tout cela trans­forme le com­plexe mili­ta­ro-indus­triel clas­sique et rap­porte beau­coup d’argent. Pour cette trans­for­ma­tion le ter­ro­risme est une abso­lue néces­si­té, Daech n’est donc pas éra­di­qué mais entre­te­nu parce que cela sert l’ensemble de ces inté­rêts. Et là nous ne tom­bons pas dans la théo­rie du com­plot, c’est une réa­li­té quand on exa­mine l’évolution de l’économie.

• Quelles sont les consé­quences de cette logique ?
C’est sur­tout qu’on encou­rage les causes et les rai­sons sociales de l’émergence du ter­ro­risme. On ne dit pas suf­fi­sam­ment que ceux qui aujourd’hui s’engagent dans les rangs de Daech et reçoivent un salaire pro­viennent des lum­pen pro­lé­ta­riat de Tri­po­li ou autres zones où les gens vivent dans une extrême pau­vre­té parce que l’évolution du capi­ta­lisme affai­blit les États, les poli­tiques sociales, et les classes les plus défa­vo­ri­sées sont dans une situa­tion de sur­vie de plus en plus com­plexe. Sans réduire le phé­no­mène à une seule cause, le mau­vais déve­lop­pe­ment et la déglingue éco­no­mique consti­tuent tout de même une rai­son impor­tante de l’expansion de Daech. Face à cela, les États-Unis ont entre­te­nu la situa­tion de faillite des États de la région sahe­lo-saha­rienne et favo­ri­sé la créa­tion de micro-États mafieux. Cette logique de trai­te­ment sécu­ri­taire montre que l’argent est deve­nu le fac­teur prin­ci­pal des rela­tions inter­na­tio­nales aujourd’hui. La rai­son pour laquelle l’Arabie saou­dite, le Qatar sont deve­nus des par­te­naires tel­le­ment impor­tants pour les pays occi­den­taux c’est parce qu’ils ont de l’argent et dans leur logique de Bédouins, les Saou­diens pensent que l’on peut tout ache­ter. L’argent a sup­plan­té l’approche poli­tique des rela­tions inter­na­tio­nales, c’est la don­née prin­ci­pale et la direc­tion de la ges­tion des crises. D’où ce poids tota­le­ment déme­su­ré de l’Arabie saou­dite, du Qatar, des Émi­rats, du Koweït, dans la ges­tion des crises du Proche et Moyen-Orient. Quand on voit que les Saou­diens arrosent d’argent le Séné­gal, et que ce der­nier envoie 200 sol­dats au Yémen on sent le poids de l’argent. On voit aus­si com­ment cette course à l’argent explique la nou­velle diplo­ma­tie fran­çaise.

• C’est- à-dire ?
– Du temps du géné­ral de Gaulle et de Fran­çois Mit­ter­rand, on par­lait d’une poli­tique arabe de la France, aujourd’hui on parle d’une poli­tique sun­nite de la France. La diplo­ma­tie fran­çaise colle aujourd’hui aux inté­rêts saou­diens, parce que la France vend de l’armement, des Air­bus à Riyad, aux Émi­rats, au Koweït... Ça repré­sente 35 mil­liards de dol­lars lourds pour le Cac 40. C’est une diplo­ma­tie de bou­ti­quier où la vision stra­té­gique de l’intérêt natio­nal et de la sécu­ri­té natio­nale est sup­plan­tée par la course à l’argent. Les élites admi­nis­tra­tives et poli­tiques ne parlent plus de la défense de l’intérêt natio­nal mais de la défense de leurs inté­rêts per­son­nels. L’argent explique leur démis­sion et leur tra­hi­son des élites. Dans ce contexte-là, la liber­té d’expression s’est réduite à une simple alter­na­tive être ou ne pas être Char­lie. S’exerce aujourd’hui une « soft » cen­sure qui fait que dans les médias mains­tream on peut dif­fi­ci­le­ment faire des enquêtes ou cri­ti­quer l’Arabie saou­dite ou le Qatar. La diplo­ma­tie est gérée par une école néo­con­ser­va­trice fran­çaise qui a sub­sti­tué à la poli­tique et l’approche inter­na­tio­nale, une morale des droits de l’homme qui est un habillage à la course à leurs inté­rêts finan­ciers.

Pro­pos recueillis par Lina Ken­nouche | OLJ

Lire tout l’entretien : « Si Daech n’existait pas, il aurait fal­lu l’inventer »

😉 Un mois exac­te­ment que « C’est pour dire » n’a rien dit… et per­sonne pour s’en plaindre. Un hymne à l’humilité – salu­taire – et qui n’empêche pas la per­sé­vé­rance…

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Les cinq recalés du Panthéon

pantheon

Can­di­dats dès 1994 !

EXCLUSIF ! En avril 1994, par cette pho­to, je sta­tu­fiais cinq résis­tants pan­théo­ni­sables – quatre femmes accro­chées à leurs sacs et un homme à sa canne. Le choix sem­blait s’imposer. Mais non, une fois de plus, « on » ne m’a pas écou­té. « On » n’en fait qu’à sa tête. C’est ain­si que Pierre Bros­so­lette, Gene­viève de Gaulle-Antho­nioz, Ger­maine Til­lion et Jean Zay devaient, mal­gré tout, faire leur entrée au Pan­théon ce 27 mai 2015,  jour­née natio­nale de la Résis­tance. N’empêche que, par cette pho­to, mes cinq élus auront atteint une (rela­tive) immor­ta­li­té – comme des dieux. [Cli­quer sur l’image pour l’agrandir].

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  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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  • Salut cousin !

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