Voi­là : mon frère Jean-Pierre s’est vola­ti­li­sé lun­di dans les flammes du cre­ma­to­rium de Per­pi­gnan, après une céré­mo­nie civile aus­si simple qu’émouvante et la dis­per­sion de ses cendres dans le « jar­din du sou­ve­nir ». Le sou­ve­nir, oui, c’est ce qui sub­siste, tan­dis que le corps n’est plus.  Ain­si s’en est allé le mari, le père, le frère, l’ami… Des images dans les mémoires, des sons et des voix, des pho­tos ou des films, des mots sur du papier vont conti­nuer à batailler contre l’oubli, contre l’inexorable marche du temps, qui est aus­si celle de la vie.

Je veux ici remer­cier mes amis, connus de moi ou pas, qui m’ont envoyé de tou­chants mes­sages, ici sur ce blog, ou autre­ment et par cour­rier comme toi « M.-T. » (Marie-Thé­rèse ?) que je ne connais pas. Comme tous ceux, ano­nymes aus­si, venus exprès rendre hom­mage à Jean-Pierre, des hommes et des femmes de son quar­tier ; ou ces voi­sins s’arrêtant devant sa mai­son pour écrire quelques mots de com­pas­sion sur le livre de condo­léances, comme ce « mon­sieur pro­me­nant son petit chien ».

Bien sûr, la mort inter­pelle les vivants. Elle inter­roge sur soi-même et sur la fra­gi­li­té de l’existence, ain­si que sur celle des socié­tés dès lors qu’elles renoncent à l’essentielle et fon­da­trice fra­ter­ni­té des hommes.

Le hasard a fait que, dimanche après-midi, dans une rue de Per­pi­gnan, je croise un homme, un pauvre hère bien fati­gué par les années, flan­qué de quatre petits chiens tenus en laisse. On parle un peu. Il me demande :

– Sans vou­loir être indis­cret, de où vous venez ?

– De Mar­seille, par là…

– Ah, de Mar­seille ?! J’ai mon frère là-bas !

Et il sort de la poche de son man­teau un petit car­net qu’il ouvre à la pre­mière page pour me mon­trer l’adresse de son frère, dans le XIVe arron­dis­se­ment, sans numé­ro de télé­phone. Il l’avait là, sur son cœur, si près. Fra­ter­ni­té.

Mer­ci encore, les amis, les chers amis. Conti­nuons la route, c’est notre lot. Ce beau vers de Paul Valé­ry va à l’essentiel :  « Le vent se lève, il faut ten­ter de vivre ».

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