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Road chronique américaine – 7 – William Cody, alias Buffalo Bill, faussaire de l’Histoire

Suite du périple états-unien de Robert et Gérard

1er mai 2015, vendredi. Cody (Wyoming)

USA 2015 Béta Cowboy[dropcap]Ce[/dropcap] septième épisode a bien tardé, sans que rien ne s’arrête pour autant. Au contraire : si nos étapes raccourcissent quelque peu, le temps que nous vivons semble s’accélérer du fait de l'intense beauté des paysages et de leur charge historique. C’était attendu, maintenant que nous avions touché l’ouest, ce West si symbolique de toute l’histoire américaine, là où tout se concentre, là où la mythologie rejoint aussi ses affabulations, toutes ces « histoires » plus ou moins inventées, qui continuent de nourrir une certaine image des Etats-Unis. Et justement, à propos d’imagerie, nous avons choisi, Robert et moi de privilégier nos moments de navigation fixés par les photos, tout en développant ce qu’elles évoquent pour nous, dans notre recherche d’une vision actuelle et, autant que possible, non stéréotypée de cette Amérique qui, à nos yeux, demeure toutefois fascinante.

CodyAu sortir du parc sublime de Yellowstone, nous avons fait halte à Cody, au nord-est du Wyoming. Halte n’est pas le bon mot. Cette petite ville d’à peine 10.000 âmes constitue en fait le point d’orgue de notre périple, ce lieu que Robert tenait à me faire découvrir, parce qu’il permet selon lui la meilleure compréhension de l’histoire américaine.

C’est que la ville a été fondée par un certain Buffalo Bill, alias William Cody, dont elle porte le nom. Cody est connue entre autres pour ses rodéos, certes, mais aussi pour son musée consacré aux armes à feu, aux Indiens des plaines, à la faune et la flore de la région, aux peintres américains – et à la vie de William Cody. On y trouve une grande collection de documents et d’objets liés notamment à son Buffalo Bill’s Wild West Show.

Partons donc en images vers les questionnements qu'elle permettent.

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Au départ, William Frederick Cody est un chasseur de bisons, plutôt un tueur et, bientôt, un exterminateur. Il fut l'agent symbolique de la politique d'extermination lancée par le gouvernement fédéral  afin d'affamer les Indiens et, du coup, de les exterminer eux-mêmes. Des centaines de milliers de bisons (on ne sait au juste évaluer ce massacre) furent abattus, tandis que leurs peaux étaient récupérées par les skinners et transportées au long de la récente ligne de chemin de fer, la Pacific Railroad.

Son surnom provient du fait qu’il fournissait en viande de bison (buffalo en anglais) les employés des chemins de fer et qu’il gagna un duel en tuant, en une journée, 69 bisons contre 48 à son concurrent.

Cody entre dans la légende grâce à l’écrivain Ned Buntline qui conta ses aventures. Son nom en langue indienne sioux était « Pahaska » qui signifie "cheveux longs". Cette distinction physique contribua à l'élaboration soignée de son look, auquel s'identifia bientôt toute une génération de romantiques cultivant un certain retour à la Nature – non sans évoquer, après coup, l'époque hippie…

De 1882 à 1912, il organise et dirige un spectacle populaire : le Buffalo Bill’s Wild West. Une tournée le conduit lui et sa troupe dans toute l’Amérique du Nord et en Europe. En 1889, il passe en France par Paris (trois millions de spectateurs au pied de la Tour Eiffel !), Lyon, Marseille et plus de cent villes.

Sitting Bull lui-même participe au Show en 1885 aux États-Unis et au Canada, se résignant en quelque sorte, par nécessité personnelle, à la défaite, voire à l'humiliation.

C’était un spectacle étonnant pour l’époque, censé recréer l’atmosphère de l’Ouest américain alors qu'il en dessinait entièrement la représentation selon un make believe – "faire croire" – préfigurant les grandes entreprises de mystification infantilisante, celles de Walt Dysney en particulier, toujours à l'œuvre, avec le succès qu'on sait. Ce show a ainsi façonné une mythologie qui a littéralement détourné le sens de l'histoire américaine. 

Les scènes de la vie des pionniers illustraient des thèmes tels que la chasse au bison, le Pony Express (service de courrier rapide avec des messages portés par les cavaliers à bride abattue à travers les prairies, plaines, déserts et montagnes de l'Ouest), l’attaque d’une diligence et de la cabane d’un pionnier par les Indiens – et le tout en présence de vrais Indiens constituant le clou du spectacle et cautionnant ainsi son "authenticité".

Pour des millions d’Américains et d’Européens commença alors le grand mythe du Far West qui ne s’éteindra plus et que le cinéma d'Hollywood, avec ses figures mythiques des géants de l’Ouest, contribuera à développer.

Le chapeau Stetson, le bandana et la chemise du cow-boy ont été popularisés par Buffalo Bill alors que tous les cow-boys n'en portaient pas. La majorité d'entre eux portaient un sombrero, moins chaud et beaucoup moins cher que le Stetson. Les grandes coiffes amérindiennes faites de dizaines de plumes n'étaient utilisées que dans quelques tribus et seulement lors de grandes et rares occasions. La plupart du temps, les Amérindiens ne portaient que des coiffes de quelques plumes. C'est le spectacle de Buffalo Bill qui a fait entrer les grandes coiffes dans l'imaginaire collectif. [Sources Wikipedia et le Musée de Cody].

Le musée de Cody, remarquable en tous points, permet de déconstruire le mythe de Buffalo Bill et de la Conquête de l'Ouest – pour peu qu'on y soit prêt. Car, à l'inverse, il peut tout aussi bien contribuer à entretenir la fable auprès de ses propres croyants.

Ou comment le mythe de Buffalo Bill et celui du Far-West ont purement et simplement masqué un double génocide : celui des Amérindiens et des bisons. Un peuple et une espèce qui ont failli totalement disparaître.

Cody, où nous séjournons, a su tirer profit de son héros local, fondateur réel de la ville, et de sa légende. L'exploitation touristique y est cependant assez discrète, tenant en quelques sculptures de bronze – de belle facture, comme les nombreuses autres qui parsèment les villes et la campagne étatsuniennes –, rassemblées autour du musée.

Bill Cody – Hard and Fast - All the Way. Bronze de Peter Fillerup. Cody, Wyoming
Image du Pony Express. " Hard and Fast - All the Way". Bronze de Peter Fillerup. Cody, Wyoming

Les commerçants, eux, ont moins de scrupules à exposer leur bimbeloterie « buffalienne ». La trace la plus concrète du personnage est cependant historique : il s’agit de l’Hôtel Irma, ouvert en 1902, que William Cody a fait construire et auquel il a donné le nom de sa fille cadette. Le lieu, devenu le centre vivant de la ville, est aujourd’hui classé monument historique. Il comprend un bar très fréquenté et un restaurant dont la salle vaut réellement le détour : les boiseries, ornées de multiples animaux naturalisés, y sont magnifiques – et tout particulièrement l’imposant bar en bois de cerisier offert par la reine Victoria.

Un restaurant où, par ailleurs, on y déguste de la bonne cuisine américaine – comme le pain de viande et des côtes levées – à prix fort raisonnable. Cette information relevant d’un authentique journalisme de terrain. « Un journalisme gourmand », tient à préciser Robert, qui ne plaisante pas sur ces questions.

PS – Une partie importante de ce magnifique musée de Cody est consacrée au monde amérindien sous un angle anthropologique.

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Gerard Ponthieu

Journaliste, écrivain. Retraité mais pas inactif. Blogueur depuis 2004.

2 réflexions sur “Road chronique américaine – <span class="numbers">7</span> – William Cody, alias Buffalo Bill, faussaire de l’Histoire

  • C’est grand l’Amérique, hein ! le comp­teur de km doit sacré­ment chauffer !
    Je pro­fite de la visite grâce aux repor­tages des jour­na­listes de ter­rain, merci !
    Bien des bises (à trans­mettre à Robert qui lit peut-être par-des­sus ton épaule !)

    Marine

    Répondre
  • Laurence Ponthieu

    Quel bon­heur (pour les petits comme pour les grands !) de vous suivre « à la Montaigne », de mythe en mythe, de road en path …
    Un world famous bro­ther­tip, en effet !
    Gérard et Robert, ou l’amitié à la ren­contre de l’homo ame­ri­ca­nus … Robert, c’est aus­si le pré­nom du père de Gérard : father fondateur …
    Mille mercis !
    Laurence & co

    Répondre

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