Chan­ger la Consti­tu­tion pour en finir avec les défi­cits ? Pour­quoi pas, plu­tôt, brû­ler quel­ques mon­ceaux de cier­ges à Lour­des ? Enfin, quel aveu pué­ril que celui de ce désor­mais infra-pré­si­dent qui vou­drait gra­ver dans le mar­bre le nou­vel inter­dit, un de plus, concer­nant les défi­cits bud­gé­tai­res ! Ce sera sans dou­te aus­si effi­ca­ce que le fameux « droit au loge­ment » ins­crit dans le Grand Livre par son illus­tre pré­dé­ces­seur et, com­me lui, roi des faux-culs poli­ti­ques.

Y a-t-il moins de mal logés, ou de pas logés du tout par­ce qu’on aura vou­lu croi­re à l’effet magi­que des mots à bon mar­ché ? Et puis, en l’occurrence, le défi­cit n’est pas le can­cer qu’ « on » se com­plaît à nous décri­re. J’entendais ce matin dans le pos­te (Fran­ce Inter), un jour­na­leux libé­ra­lis­te invo­quer le nou­veau cre­do de la Ver­tu res­sus­ci­tée par com­pa­rai­son avec un ména­ge qui vivrait au-des­sus de ses moyens… Sauf qu’un État ne se réduit pas aux acquêts ména­gers… et que, com­me lui a rétor­qué Susan Geor­ge, d’Attac, il s’agit de met­tre en face les recet­tes. Là où un par­ti­cu­lier – sauf s’il est très par­ti­cu­lier, du gen­re spé­cu­la­teur ou ban­dit de grand che­min capi­ta­lis­te – ne peut comp­ter que sur des res­sour­ces fixes – salai­re ou pen­sion de retrai­te, par exem­ple –, un État peut, sinon doit, fai­re remon­ter les recet­tes des res­sour­ces pro­pres à une col­lec­ti­vi­té. Laquel­le com­prend aus­si les « for­ces vives », et pas seule­ment les sala­riés, mais aus­si les entre­pri­ses et notam­ment les ban­ques. C’est bien la fonc­tion de l’impôt,  – tel­le­ment décrié, pour ser­vir le libé­ra­lis­me et les dog­mes du dieu-mar­ché –, que de met­tre les res­sour­ces dans le pot com­mun de la nation afin de les répar­tir dans la construc­tion du Bien com­mun et cela, en prin­ci­pe, dans un sou­ci d’équité.

Il ne man­que pas de culot, l’autre infra-pré­si­dent, de prô­ner la Ver­tu, lui qui n’a eu de ces­se de rédui­re l’impôt, sur­tout en faveur des riches, et ce fai­sant d’aggraver les­dits défi­cits. D’où sa mesu­re (logi­que dans son gen­re) pré­sen­tée le jour même où il fai­sait une fois de plus jaillir son génie poli­ti­que : sup­pri­mer 100.000 emplois dans la fonc­tion publi­que, afin de « rédui­re les dépen­ses de l’État », et donc le fameux défi­cit !

Cent mil­le emplois sup­pri­més, c’est 100.000 chô­meurs de plus, 100.000 foyers plon­gés dans enco­re plus de dif­fi­cul­tés, sinon dans la détres­se. C’est assu­ré­ment plus de déses­poir, de délin­quan­ce et d’insécurité. C’est moins d’écoles et plus de pri­sons. Moins de pas­se­rel­les et plus de bar­be­lés. Moins de soli­da­ri­té et plus de com­pé­ti­tion. Moins de vivre ensem­ble et plus de ghet­tos. Il est aus­si vrai, en logi­que comp­ta­ble, que 100.000 chô­meurs coû­tent 50% de moins qu’autant de sala­riés et futurs retrai­tés… Ça fait aus­si moins de consom­ma­teurs, moins de contri­bua­bles, moins de pro­duc­tion et moins de bien com­mun… On appel­le ça la spi­ra­le de la réces­sion. Ou de la déca­den­ce.

Ain­si veut-il chan­ger la Consti­tu­tion… Pfff ! Quel­le peti­tes­se ! Une seule Réfor­me serait à met­tre en œuvre. Il y pen­se cha­que jour en se rasant, mais ose­ra-t-il donc l’assumer ? : dis­sou­dre le peu­ple et en éli­re un autre. Ce que Brecht en son temps conseillait aux gou­ver­nants. Un autre auteur, dans son regis­tre, aurait conseillé de décré­ter l’extinction du pau­pé­ris­me cha­que soir à l’heure du JTA se deman­der à quoi bon tous ces conseillers ély­séens.

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