On n'est pas des moutons

Mot-clé: blogs

« Lobby juif » déclenche la censure du Monde​.fr sur «C’est pour dire». Au nom des interdits, du refoulement et du penser correct?

J’en viens à mon tour, indi­rec­te­ment, à l’« affaire Zem­mour », parce qu’elle me semble inté­res­sante à ma modeste échelle, celle qui met en jeu un acte de cen­sure sur ce blog. Voilà : le 28 mars, je reçois par cour­riel, selon la pro­cé­dure habi­tuelle éma­nant du Monde​.fr, un avis de com­men­taire avec ses options de vali­da­tion ou de rejet. Ne par­lons pas encore du contenu. Donc, je me rends sur le pan­neau de ges­tion de mon blog et là, sur­prise, le com­men­taire en ques­tion n’apparaît pas. J’attends quelques jours, et rien ne se passe. J’en viens donc à inter­ro­ger lemonde​.fr selon la pro­cé­dure du « ticket » et de manière ainsi formulée :

« Dis­pa­ri­tion d’un com­men­taire. Éton­nant : un com­men­taire (copie ci-​dessous) par­venu le 28 par cour­riel n’apparaît pas sur la page de ges­tion… Merci d’expliquer ce mys­tère. Gérard Ponthieu »

Et voici ce que je reçois de la part des modé­ra­teurs : « Bon­jour, Si vous pen­sez que ce mes­sage n’avait pas à être sup­primé par les équipes de modé­ra­tions, veuillez ren­voyer le contenu de ce ticket à l’adresse mail sui­vante : moderation@​netino.​com Ici, nous ne gérons que les pro­blèmes d’ordre tech­nique, cette équipe dédiée, elle, pourra vous aider et éven­tuel­le­ment voir avec vous si ce mes­sage peut être remis en ligne ou pas. Cor­dia­le­ment, L’équipe des modé­ra­teurs. »

On doit donc com­prendre que lemonde​.fr fait sous-​traiter l’application de sa cen­sure – appe­lons un chat un chat – par une offi­cine exté­rieure, dénom­mée « netino​.com ». C’est donc à cette der­nière que j’envoie le cour­riel suivant :

« Je suis scan­da­lisé ! De quel droit vous arrogez-​vous pour sup­pri­mer des com­men­taires ? Il s’agit de cen­sure, ou je ne m’y connais pas. Ou voudriez-​vous pré­tendre que tout mes­sage conte­nant le mot « juif » serait écarté ? Assu­mez, je vous prie, cette ano­ma­lie dont j’exige une expli­ca­tion. Gérard Ponthieu »

J’en viens au contenu dudit com­men­taire, tel qu’il m’est parvenu :

« Un nou­veau com­men­taire sur l’article n°2678 « Le Proche-​Orient pour les nuls » attend votre approbation

Auteur : Nadia Amir (IP: 41.200.98.160, 90.84.49.5, 81.52.160.12 , ) E-​mail : fatiaa@​hotmail.​com Whois : http://​ws​.arin​.net/​c​g​i​-​b​i​n​/​w​h​o​i​s​.​p​l​?​q​u​e​r​y​i​n​p​u​t​=​4​1​.​2​0​0​.​9​8​.​160, 90.84.49.5, 81.52.160.12

Com­men­taire : Dru­cker, Elka­bach, Zem­mour tous au ser­vice du lobby juif. Les médias fran­çais sub­jec­tifs.

Pour vali­der ce com­men­taire, allez ici [etc.] »

Comme je n’ai tou­jours pas reçu d’explications ni de réponse [à la date du 7/​4/​10] à cette cen­sure, ni du monde​.fr, ni de ses cer­bères paten­tés, je déballe le tout sur la place publique.

Venons-​en au fond, c’est-à-dire au contenu de ce com­men­taire. Certes, il n’apparaît pas des plus fute-​fute et ce n’est pas sa publi­ca­tion qui aurait inversé les pôles ter­restres et encore moins réglé le conflit du Proche-​Orient ! Je m’apprêtais cepen­dant à le vali­der pour publi­ca­tion. Pour au moins trois raisons :

– D’abord un prin­cipe : le res­pect envers une expres­sion, même mal­adroite, sans me pré­va­loir sur elle d’un droit absolu de vie et de mort. Le pro­pos est dis­cu­table (propre à a dis­cus­sion !) mais nul­le­ment dif­fa­ma­toire, ni inci­tant à la haine ou inju­rieux ou raciste – toutes limites pré­vues par la loi.

Ensuite en rai­son même dudit contenu qui, dans sa forme brute et pri­maire (nul­le­ment meur­trière tout de même !) exprime un refou­le­ment glo­bal, tel­le­ment pré­sent dans notre époque, et en somme confirmé pré­ci­sé­ment par la cen­sure totale dont il fait l’objet.

– Enfin parce qu’on ne doit sépa­rer ce com­men­taire du contexte de son expres­sion ; c’est-à-dire, en prin­cipe, du lieu et de la per­sonne qui l’a émis, mais on n’en sait rien ou presque : une femme du nom de Nadia Amir, mes­sage émis d’un ser­veur en Afrique… ; et sur­tout en cor­ré­la­tion, c’est bien le moins, avec l’article (de 2006 !) auquel il se rap­porte et qui, pré­ci­sé­ment, porte sur le (sale) trai­te­ment par les médias domi­nants du conflit au Proche-​Orient. C’est là l’occasion de retour­ner voir cet article – paru sous la signa­ture de Sin­di­bad au nom de la Coor­di­na­tion des Appels pour une Paix Juste au Proche-​Orient (CAPJPO) – et les com­men­taires, nom­breux, qu’il a suscités.

Main­te­nant, je peux déve­lop­per ces deux points et l’« affaire ».

Comme pour contrer la ver­sion chi­noise de Google, il y a donc au monde​.fr et alen­tours un cyber-​système, type Big-​Brother infor­ma­tique, qui scrute et ana­lyse les conte­nus de la toile tran­si­tant dans ses eaux ter­ri­to­riales. Des détec­teurs de gros mots comme « juif » ou « lobby juif ». Par­ler ou seule­ment évo­quer le lobby juif déclenche donc les alarmes du poli­ti­que­ment cor­rect, ébranle la police des mœurs cor­res­pon­dantes, qui envoie les sbires cas­qués, bot­tés, tase­ri­sés – pour finir à l’échafaud de la cen­sure. Si bien que « logi­que­ment » cet article même devrait être cen­suré ! Quoi ? J’exagère ?

Pour cer­tains, il semble qu’on ne doive pas par­ler de lobby juif. Il n’existe pas. Ou alors il y a long­temps. Avant les lois. Mais aujourd’hui au nom d’un néo-​négationnisme (comme il y a un néo-​libéralisme). Une sorte d’inversion de la liberté, pour cor­rec­te­ment par­ler, mais qui res­semble bou­gre­ment à sa néga­tion. Et au nom d’une pré­ten­due « cor­rec­tion », au nom de nou­veaux tabous et au pré­texte d’en com­battre d’autres, ceux qui ont pré­cédé, mar­qués de la fureur noire de l’antisémitisme.

Je trouve cela minable, révol­tant. Non pas que je fasse une mon­tagne d’une « anec­dote » sous pré­texte qu’elle pié­ti­ne­rait mes petites pla­te­bandes. Ce fait atteint bien une réa­lité concrète et sym­bo­lique, mani­fes­tant ainsi une de ces lâche­tés par les­quelles les socié­tés – la nôtre en par­ti­cu­lier – se délitent, prises et déprises entre l’excès laxiste – plus de fron­tières ni repères, métis­sage de tout et grande rata­touille insi­pide – et, à l’inverse, empi­lage à l’infini de lois, contraintes, pres­sions, influen­çages inces­sants et autres intoxi­ca­tions des esprits et du libre juge­ment, si ce n’est du libre arbitre.

Mettons-​nous à la place de Nadia Amir, cette incon­nue qui ose s’exprimer après s’être aven­tu­rée dans les allées incer­taines de la blo­go­sphère… Elle n’aura tou­jours pas vu son com­men­taire publié… [Je vais bien sûr lui écrire]. Qu’aura-t-elle pensé ? Com­ment ne va-​t-​elle pas trou­ver là matière à confor­ter ce qu’elle tente de dénon­cer, timi­de­ment, à savoir une conni­vence réelle, objec­tive, entre les médias domi­nants et la révol­tante injus­tice qui s’est amon­ce­lée en des décen­nies d’incompréhensions reli­gieuses, de conflits d’intérêts, d’affrontements poli­tiques, de folie géo-​politique de tous bords ?

Cette femme ose un com­men­taire « au niveau de son vécu ». Mais il est vrai aussi qu’elle reste au milieu du gué. Non pas en dénon­çant: « Les médias fran­çais sub­jec­tifs » – rien de plus juste, comme par­tout d’ailleurs –, mais en asso­ciant trois « pipoles » au « lobby juif » pour en faire une géné­ra­li­sa­tion. Du coup elle accuse trois per­sonnes du fait de leur judéité, ce qui est indé­fen­dable et consti­tue la fai­blesse de cette « ana­lyse » évi­dem­ment som­maire. De même en va-​t-​il de l’expression « au ser­vice du lobby juif », écrite au sin­gu­lier accu­sa­teur et tota­li­taire : « le » lobby juif, comme s’il n’y en avait pas de mul­tiples et d’autres dans tous les domaines des reli­gions, de la poli­tique, du biz­ness et tout le reste. Elle exprime ainsi, il est vrai, le dis­cours basi­que­ment « anti­sio­niste » et géné­ra­le­ment anti­sé­mite par lequel se trouve éva­cuée toute la com­plexité his­to­rique et cultu­relle atta­chée à la judéité. Là encore des consi­dé­ra­tions reli­gieuses pri­maires abou­tis­sant à des accu­sa­tions – en fait des croyances, tou­jours, nour­ries de pro­pa­gandes – de « peuple déi­cide », au rejet des Juifs dans des ghet­tos et dans des fonc­tions aux­quelles répu­gnaient les clercs des autres reli­gions, pas seule­ment chré­tienne. Pour en arri­ver à l’ « or des juifs », vam­pires de la lumière de Dieu et autres fadaises notam­ment col­por­tées par la reli­gion catho­lique jusqu’à des temps his­to­riques récents. Pour en arri­ver, bien sûr, à l’abomination abso­lue de la solu­tion finale. L’ignorance consti­tue la source de l’intolérance : refus de l’autre – juifs, tzi­ganes, homo­sexuels, par mil­lions ! – et expia­toire « puri­fi­ca­tion » qui, d’ailleurs, a « jus­ti­fié » bien d’autres géno­cides, dans l’histoire ancienne et récente !

Mais com­ment déve­lop­per toute cette com­plexité dès lors que la cen­sure « coupe court » au juge­ment et à l’intelligence, pour ouvrir le bou­le­vard aux fana­tismes religieux ?

Ces rac­cour­cis cou­pables sont aussi ceux que l’on retrouve chez un Zem­mour, amu­seur média­tique, donc appelé à cari­ca­tu­rer. Il a ainsi été amené à géné­ra­li­ser un fait plu­tôt admis, sinon véri­fié par les sta­tis­tiques poli­cières. Quand il déclare : « Les Fran­çais issus de l’immigration sont plus contrô­lés que les autres parce que la plu­part des tra­fi­quants sont noirs et arabes, c’est un fait. », il livre comme une évi­dence une par­tie seule­ment d’une réa­lité et géné­ra­lise à son tour en lais­sant entendre que le seul fait d’être noir ou arabe implique l’état de tra­fi­quant. Comme s’il oubliait, lui en tant que juif, de sur­croît, la mise en ghet­tos des ban­lieues de ces « Fran­çais issus de l’immigration », stig­ma­ti­sés comme une sous-​population reje­tée de la société, inca­pables de « vivre nor­ma­le­ment », « non civi­li­sés » pour tout dire – cela pou­vant expli­quer ceci…

Voilà pour­quoi je m’insurge tant contre cette cen­sure – car il n’y en a pas de mineure, pro­cé­dant toute de ce même crime contre la pen­sée, via le libre juge­ment libre­ment formé, donc éga­le­ment informé. Faute de quoi on nour­rit le refou­le­ment, l’amertume, la haine, la vio­lence, la guerre – tout le contraire de la civilisation.


Alerte générale : Langlois se lance dans la « Panouille » !

Fine plume et même fine lame s’il en est, l’auriez-vous man­qué dans son bloc-​notes heb­do­ma­daire de Poli­tis que ce ne serait pas par­don­nable. Mais grand sei­gneur aussi, voilà qu’il vous ouvre tout grand les portes de son tout nou­veau blog. Ben oui, je parle de Ber­nard Lan­glois – comme si vous ne l’aviez pas deviné ! – vieux pote et com­plice en moult com­bats et aven­tures jour­na­leuses. Vingt-​trois ans après avoir enfanté Poli­tis, il dit jeter l’éponge tout en mon­tant sur un autre ring qu’il dénomme « Panouille ! ». Hein, quoi ? Drôle de nom, n’est-il pas ? On ne pour­rait a priori le décryp­ter sans avoir vu – ou subi – comme moi, un Lan­glois en culotte d’étudiant jour­na­leux s’essayer à la comé­die… Une vague affaire de légion­naires romains ou de hal­le­bar­diers pau­més, je ne sais plus bien… dans laquelle il tenait un rôle de figu­ra­tion, une « panouille » 
comme disent les gens de théâtre. D’où le blog du même nom, chez Poli​tis​.fr. Y a qu’à cli­quer sur le panache de Cyrano et vous y êtes, là où il s’annonce en figu­rant, mon œil !

panouille.1267376286.jpg


Regain de tensions à La Havane. Obama répond à Yoani Sanchez sur le blog Generacion Y

Je reçois des nou­velles plu­tôt alar­mantes de Cuba. Un de mes amis cubains qui par­vient à m’envoyer des cour­riels depuis La Havane – et dont je n’avais pas de nou­velles depuis plu­sieurs semaines – vient de m’adresser quelques lignes dont j’extrais ce pas­sage : « Ici à Cuba, les choses sont super mau­vaises. La sur­veillance gou­ver­ne­men­tale est énorme ces jours-​ci. Il y a beau­coup de dan­gers. Je ne peux pas t’écrire dans une telle situa­tion ». Le même, il y a quelques mois me disait sa nou­velle espé­rance dans le nou­veau régime de Raùl Cas­tro… Il a vite déchanté.

Autre sujet d’inquiétude fai­sant craindre à un retour du « fan­tôme de 1980 » lorsque de graves ten­sions avaient opposé adver­saires et par­ti­sans du régime, et que ces der­niers orga­ni­saient des « répu­dia­tions publiques » à l’encontre des pre­miers. Il s’agissait alors de dénon­cer publi­que­ment les oppo­sants repé­rés et d’organiser autour d’eux des mani­fes­ta­tions hos­tiles, voire violentes.

yoani_reinaldo.1259085801.jpgUne mani­fes­ta­tion de ce genre s’est pro­duite ven­dredi der­nier dans les rues de La Havane à l’encontre de Rei­naldo Esco­bar, le mari de Yoani San­chez [photo], cette résis­tante blo­gueuse dont j’ai parlé ici der­niè­re­ment. Rei­naldo a adressé une lettre ouverte « à l’ex-dictateur Fidel Cas­tro » au sujet des liber­tés bafouées. Il s’est ensuite rendu à l’endroit même où, la semaine der­nière, sa femme Yoani avait été enle­vée et moles­tée par des flics en civil. Il était attendu par un cor­tège hos­tile monté « spon­ta­né­ment » avec fan­fares, forces flics en civil et quelques dizaines de mani­fes­tants criant des slo­gans de sou­tien à Fidel et Raùl, pro­fé­rant des injures à l’encontre de Rei­naldo, le trai­tant comme d’habitude de ver­mine [gusano] et le mena­çant phy­si­que­ment. Fina­le­ment il a été extirpé par des flics en civil qui l’ont ensuite relâché.

De son côté, à par­tir de son blog, Gene­ra­cion Y, Yoani a adressé deux séries de sept ques­tions à Raul Cas­tro et à Barack Obama sur les condi­tions d’un rap­pro­che­ment poli­tique cubano-​américain. Si l’un n’a pas répondu (devi­nez qui), l’autre si – certes en termes fort pesés, mais qui ont fait sen­sa­tion dans les milieux cubains infor­més – ceux du pou­voir, bien sûr. Les réponses du pré­sident US se trouvent sur le blog de Yoani San­chez . Elle et son mari deviennent des oppo­sants d’autant plus encom­brants que leur noto­riété est désor­mais consi­dé­rable, sur­tout à l’étranger. Cette jeune femme fait montre d’un grand cou­rage, à l’égal des oppo­sants his­to­riques qu’ont été, sous d’autres cieux du com­mu­nisme radieux, les Havel, Walesa, Pliouchtch, Bou­kovski, Gri­go­renko... sans oublier, à Cuba cette fois, les innom­brables Val­la­dares, Matos, Rei­naldo Arei­nas et jusqu’à la propre fille de Fidel, Alina Fernandez.


CUBA. Enlèvement style camorra à La Havane

yoani_sanchez.1258734486.gif À Cuba, Yoani Sán­chez [photo] est aujourd’hui l’une des plus cou­ra­geuses résis­tantes à la dic­ta­ture cas­triste. Son blog, Gene­ra­cion Y  – seule­ment lisible à l’extérieur de l’île – témoigne au quo­ti­dien des dif­fi­cul­tés de vivre des Cubains et de la répres­sion qui les frappe au moindre signe de désac­cord. Mani­fes­ter, même paci­fi­que­ment, à Cuba relève de l’héroïsme. Yoani, pré­ci­sé­ment, se ren­dait à une mani­fes­ta­tion contre la vio­lence du régime (voir la vidéo), quand elle a été enle­vée et bat­tue par des sbires en civil et en voi­ture bana­li­sée. Son récit ci-​dessous est édifiant.

Yoani est deve­nue la bête noire du régime par son blog dif­fusé sur toute la toile, sauf à Cuba où l’internet se trouve des plus cade­nas­sés au monde. Trente deux ans, diplô­mée de phi­lo­lo­gie, Yoani San­chez espé­rait il y a quelques semaines obte­nir un visa pour assis­ter à la remise d’un prix de jour­na­lisme décerné par la Colum­bia Uni­ver­sity de New York. Refus caté­go­rique. Un de plus. Yoani a atteint un tel niveau de noto­riété inter­na­tio­nale qu’elle dérange vrai­ment le régime. De même que le rocker Gorki Aguila, maintes fois empri­sonné, devenu très emblé­ma­tique auprès des jeunes Cubains.

Consul­ter le blog Gene­ra­cion Y (tra­duit en fran­çais et en une dizaine de langues) serait salu­taire aux néga­tion­nistes pro-​castristes. Mais ils conti­nuent, par défi­ni­tion, à ne rien vou­loir consi­dé­rer qui ébran­le­rait leur mytho­lo­gie. Cuba, à bien des égards, est com­pa­rable à l’ancienne Alle­magne de l’Est, Stasi et Mur y com­pris. Sauf que le mur cubain, océa­nique, entoure la tota­lité du pays.

Pas loin de la rue 23, juste à la rotonde de l’avenue des Pré­si­dents, nous avons vu arri­ver dans une voi­ture noire, de fabri­ca­tion chi­noise, trois incon­nus tra­pus. « Yoani, entre dans la voi­ture » m’a dit l’un d’entre eux, tan­dis qu’il me ser­rait for­te­ment le poi­gnet. Les deux autres entou­raient Clau­dia Cadelo, Orlando Luís Pardo Lazo et une amie qui nous accom­pa­gnait à une mani­fes­ta­tion contre la vio­lence. Par une de ces iro­nies de la vie, au lieu d’une jour­née de paix et de soli­da­rité, c’est une après-​midi char­gée de coups, de cris et d’insultes qui nous atten­dait. Les « agres­seurs » ont appelé une patrouille qui a emmené les deux autres filles. Orlando et moi étions condam­nés à la voi­ture et ses plaques d’immatriculation jaune*, au ter­rain épou­van­table de l’illégalité et à l’impunité digne de l’Armageddon.

J’ai refusé de mon­ter dans la Geely brillante et nous avons exigé qu’ils nous montrent une iden­ti­fi­ca­tion ou un ordre judi­ciaire pour nous ame­ner. Comme c’était à espé­rer, ils n’ont mon­tré aucun papier qui jus­ti­fie­rait de la légi­ti­mité de notre arres­ta­tion. Les curieux com­men­çaient à arri­ver et j’ai crié « Au secours ! Ces hommes veulent nous enle­ver ». Mais ces hommes ont arrêté ceux qui vou­laient inter­ve­nir d’un cri qui affi­chait avec évi­dence la signi­fi­ca­tion idéo­lo­gique de l’opération : « Ne vous mêlez pas de ça, ce sont des contre-​révolutionnaires ». Devant notre résis­tance ver­bale, ils ont pris le télé­phone pour deman­der à quelqu’un qui devait être leur chef « Qu’est-ce qu’on fait ? Il ne veulent pas mon­ter dans la voi­ture ». J’imagine que de l’autre côté la réponse à été tran­chante car s’en est sui­vie une rouée de coups et de bous­cu­lades. Ils m’ont por­tée, la tête en bas, et ont essayé de me four­rer dans l’auto. Je me suis agrip­pée à la porte… J’ai pris des coups sur les join­tures de mes mains… J’ai réussi à prendre un papier que l’un d’entre eux por­tait dans sa poche et l’ai mis dans ma bouche. Nou­velle rouée de coups pour que je rende le document.

Orlando se trou­vait déjà dedans, immo­bi­lisé par une clé de karaté qui le tenait avec la tête pla­quée au sol. L’un des hommes a mis son genou sur ma poi­trine pen­dant que l’autre, depuis le siège avant, me tapait sur les reins et la tête pour que j’ouvre la bouche et que je lâche le papier. Pen­dant un moment, j’ai pensé que je ne sor­ti­rai jamais de cette voi­ture. « C’est fini, Yoani », « Fini les conne­ries » disait celui assis à côté du chauf­feur qui me tirait des che­veux. Sur le siège arrière, un spec­tacle bizarre se dérou­lait : mes jambes vers le haut, mon visage rougi par la ten­sion et mon corps endo­lo­ris. De l’autre côté, Orlando réduit par un pro de la raclée. Je n’ai pu que viser ses tes­ti­cules, à tra­vers son pan­ta­lon, dans un acte déses­péré. J’ai enfoncé mes ongles, en sup­po­sant qu’il conti­nue­rait à m’écraser la poi­trine jusqu’au der­nier souffle. « Tue-​moi d’une bonne fois », je lui ai crié avec ce qui res­tait de ma der­nière inha­la­tion. Celui de l’avant a alors averti le plus jeune : « Laisse-​la respirer ».

J’entendais Orlando hale­ter pen­dant que les coups conti­nuaient à pleu­voir. J’ai cal­culé la pos­si­bi­lité d’ouvrir la porte et de sau­ter dehors, mais il n’y avait pas de poi­gnée à l’intérieur. Nous étions à leur merci, mais entendre la voix d’Orlando me redon­nait du cou­rage. Il m’a dit après que cela avait été la même chose pour lui : mes mots entre­cou­pés lui disaient « Yoani est encore vivante ». On nous a lais­sés éta­lés et endo­lo­ris dans une rue de La Timba*. Une femme s’est appro­chée « Qu’est-ce qui vous est arrivé ? »… « Un enlè­ve­ment », j’ai réussi à dire. Nous avons pleuré, dans les bras l’un de l’autre, au milieu de la rue. Je pen­sais à Teo. Mon Dieu, com­ment vais-​je lui expli­quer tous ces bleus ? Com­ment vais-​je lui dire qu’il vit dans un pays où se passent des choses pareilles ? Com­ment le regar­der et lui racon­ter que sa mère a été agres­sée en pleine rue car elle écrit un blog et met ses opi­nions en octets ? Com­ment lui décrire l’expression des­po­tique qui ani­mait ceux qui nous ont mis de force dans cette voi­ture, le plai­sir que l’on voyait sur leur visage quand ils nous bat­taient, quand ils sou­le­vaient ma jupe et me traî­naient à moi­tié nue jusqu’à la voiture.

J’ai pu voir, néan­moins, le degré de ner­vo­sité de nos atta­quants, leur peur devant ce qui leur est nou­veau, devant ce qu’ils ne peuvent pas détruire car ils ne le com­prennent pas. La ter­reur mas­quée sous la bra­vade de ceux qui savent que leurs jours sont comptés.

Notes de tra­duc­tion :

Les plaques d’immatriculation jaune sont celles des voi­tures de particuliers.

La Timba – Quar­tier chaud de La Havane, proche de l’endroit où ils ont été enlevés.

Tra­duit par Susana GORDILLO et Pierre HABERER.

Note de l’éditeur du blog: La vidéo montre la mani­fes­ta­tion à laquelle Yoani a été empê­chée d’assister


Misère

Misère de misère de blogosphère !

Voilà-​ti-​pas que lemonde​.fr, sacri­fiant à l’économie et peut-​être aussi à d’autres néces­si­tés que la gent populi ignore, nous a changé sa « plate-​forme » de blogs. Et nous pauvres hères de la blogosp’hère, errant comme des bêtes en peine : plus de repères connus, tout une « syn­taxe », vingt-​guieux, à réap­prendre, à nos âges ; des titres qui s’barrent en couilles, des pho­tos qu’on sait plus com­ment les mettre… La cata ! C’est ainsi qu’on fait lever la révolte, dont le vent souffle donc par ces temps d’hiver appro­chant, d’incertitude cli­ma­tique, de pannes erra­tiques, élec­triques, zin­for­ma­tiques, et caeteriques.

Alors, au prix de l’abonnement, d’aucuns se demandent – et moi-​même consé­quem­ment. I’ s’ demandent si ça vaut le coup de…

La bande du monde​.fr, a priori sympa, pro­met du mieux. Wait and see, comme disait Churchill.

En atten­dant, y a mon Faber qui attend dans un coin. Qu’est-ce que je fais de son des­sin génial qui piaffe, hein ?


  • « L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances » Ber­trand Russell
  • Non à la propagande d’AREVA !

  • Commentaires récents

  • Contrat Creative Commons«  C’est pour dire  », par Gerard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Pater­nité - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion
  • « La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste » Claude Lévy-​Strauss
  • – Ouah, la poilade !

  • Archives

  • Fin de bestiaire

    Mou­tons, orangs-​outangs, canards… Dans mon bes­tiaire, on devrait aussi croi­ser la cohorte des humains cré­dules cou­rant après leurs propres sor­nettes… Suf­fit de regar­der autour de soi. Et de se regarder…

  • iDream theme by Templates Next | Powered by WordPress