On n'est pas des moutons

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La défaite Charlie, par André Gunthert (*) 

Aus­si inté­res­sant que sujet à polé­mi­que, le tex­te qui suit, à rebrous­se-poil des pre­miers élans, ne man­que pas de ques­tion­ner, sinon de déran­ger. En par­ti­cu­lier par son pes­si­mis­me dont cha­cun appré­cie­ra la dis­tan­ce – ou proxi­mi­té – avec sa pro­pre per­cep­tion de la réa­li­té sur­gie des tra­gi­ques évé­ne­ments de la semai­ne der­niè­re. 

Plus impor­tan­te mobi­li­sa­tion en Fran­ce depuis la Libé­ra­tion, la mar­che de diman­che a-t-elle été l’«élan magni­fi­que» d’un peu­ple qui redres­se la tête face à la bar­ba­rie? Je vou­drais le croi­re. Mais l’extrême confu­sion qui carac­té­ri­se la lec­tu­re “répu­bli­cai­ne” de l’affaire Char­lie ne fait qu’accroitre ma tris­tes­se et mon inquié­tu­de. Je peux me trom­per, mais mon sen­ti­ment est que cet­te appa­ren­te vic­toi­re est la signa­tu­re la plus cer­tai­ne de notre défai­te.

Mer­cre­di 7 jan­vier, j’apprends la tue­rie à la rédac­tion de Char­lie, en plein Paris. On annon­ce 11 morts. L’instant de sidé­ra­tion pas­sé, mon cer­veau asso­cie de lui-même le sou­ve­nir de l’affaire des cari­ca­tu­res de Maho­met à l’attentat. Puis j’entends à la radio l’énoncé des qua­tre noms des des­si­na­teurs: Cabu, Wolins­ki, Charb, Tignous. La tris­tes­se et la colè­re m’envahissent, car je connais ces noms, je vois leurs des­sins. Les vic­ti­mes ne sont pas des ano­ny­mes, mais des per­son­na­li­tés sym­pa­thi­ques, bien connues du grand public, pour deux d’entre eux, depuis les années 1960.

Qua­tre noms qui chan­gent tout. Je suis mal­heu­reu­se­ment inca­pa­ble de me rap­pe­ler le nom des vic­ti­mes ano­ny­mes de la pri­se d’otages de Vin­cen­nes, pour­tant plus récen­te. L’attentat à Char­lie-Heb­do est la mar­que d’un chan­ge­ment de stra­té­gie redou­ta­ble des dji­ha­dis­tes. Mal­gré l’horreur des tue­ries per­pé­trées par Moham­med Merah (7 morts, mars 2012) ou Meh­di Nem­mou­che (4 morts, mai 2014), ces atten­tats ont été ran­gés dans la lon­gue lis­te des cri­mes ter­ro­ris­tes, sans pro­vo­quer une émo­tion com­pa­ra­ble à cel­le d’aujourd’hui.

Depuis les réac­tions sus­ci­tées l’été der­nier par l’exécution de James Foley, les jour­na­lis­tes sont deve­nus des cibles de choix des dji­ha­dis­tes. Au choix de la lisi­bi­li­té sym­bo­li­que des atten­tats, très appa­rent depuis le 11 sep­tem­bre, se super­po­se une nou­vel­le option qui consis­te à viser déli­bé­ré­ment la pres­se, pour aug­men­ter l’impact des atten­tats. Selon cet­te grille très mac-luha­nien­ne où le média se confond avec le mes­sa­ge, le réflexe natu­rel des col­lè­gues et amis des vic­ti­mes étant d’accorder plus d’importance à l’événement que lorsqu’il s’agit d’anonymes, l’amplification média­ti­que est bien supé­rieu­re lors­que des jour­na­lis­tes sont tou­chés.

L’efficacité de cet­te stra­té­gie a reçu sa confir­ma­tion le 11 jan­vier. Si 4 mil­lions de Fran­çais sont des­cen­dus dans la rue, c’est à cau­se de la lisi­bi­li­té d’un atten­tat visant la pres­se, ins­ti­tu­tion pha­re de la démo­cra­tie, et à cau­se de l’énorme émo­tion sus­ci­tée par le meur­tre de per­son­na­li­tés connues et aimées.

«Je suis Char­lie» est la mar­que d’une iden­ti­fi­ca­tion d’une lar­ge part du grand public aux vic­ti­mes. Il fal­lait, pour attein­dre ce degré d’empathie, un capi­tal de noto­rié­té et d’affection qui ne pou­vait être réuni que par les des­si­na­teurs d’un jour­nal sati­ri­que pota­che et non-vio­lent.

Les effets de ce piè­ge sont catas­tro­phi­ques. Alors même que la socié­té fran­çai­se glis­se peu à peu dans l’anomie carac­té­ris­ti­que des fins de sys­tè­me, exac­te­ment com­me le 11 sep­tem­bre a gal­va­ni­sé la nation amé­ri­cai­ne, le «pays de Vol­tai­re» ne retrou­ve le sens de la com­mu­nau­té que face à l’adversité ter­ro­ris­te. Com­me l’écrit Daniel Schnei­der­mann: «Elle fla­geo­lait, la Fran­ce. On ne savait plus très bien pour­quoi conti­nuer à l’aimer. Depuis avant-hier, il me sem­ble qu’on com­men­ce à re-com­pren­dre ce qu’on a à défen­dre».

On ne sait pas ce qu’on a à fai­re ensem­ble, mais on sait contre qui. Le pré­cé­dent ras­sem­ble­ment d’ampleur com­pa­ra­ble, celui du 1er mai 2002 contre Jean-Marie Le Pen, réa­li­sait lui aus­si l’«union sacrée» contre un enne­mi de la Répu­bli­que, réunis­sant plus de per­son­nes qu’aucune autre cau­se.

Nul hasard à ce qu’on retrou­ve aujourd’hui la même ima­ge à la Une des jour­naux, cel­le d’un pom­pié­ris­me exal­té, qui s’appuie sur l’allégorie d’institutions pétri­fiées dans un ges­te immo­bi­le. Sou­dée par la peur, le deuil et la colè­re, la com­mu­nau­té qui fait bloc contre l’ennemi est pro­fon­dé­ment régres­si­ve. Elle se ber­ce de sym­bo­les pour fai­re mine de retrou­ver une his­toi­re à laquel­le elle a ces­sé depuis long­temps de croi­re. Dès le len­de­main du 11 jan­vier, on a pu consta­ter que cet­te mytho­gra­phie répu­bli­cai­ne signi­fiait d’abord le retour aux fon­da­men­taux: retour de l’autorité,triom­phe de la répres­sion, dithy­ram­bes des édi­to­ria­lis­tes – jusqu’aux pitre­ries de Sar­ko­zy, pas un clou n’a man­qué au cer­cueil de l’intelligence.

Mais le pire est enco­re à venir. Car mal­gré les appels des modé­rés à évi­ter les amal­ga­mes, c’est bien la droi­te tou­te entiè­re, calée sur les star­ting-blocks de l’islamophobie, qui s’est engouf­frée sur le bou­le­vard de la “guer­re des civi­li­sa­tions” et la dénon­cia­tion de l’ennemi inté­rieur. Inuti­le d’essayer de rap­pe­ler que le dji­ha­dis­me repré­sen­te aus­si peu l’islam que le Front natio­nal la Fran­ce éter­nel­le, la grille de lec­tu­re iden­ti­tai­re, cel­le-là même à laquel­le cédaient les cari­ca­tu­res de Char­lie, qui pei­gnaient le ter­ro­ris­me sous les cou­leurs de la reli­gion, est trop sim­ple pour man­quer de convain­cre les imbé­ci­les.

Les ter­ro­ris­tes ont-ils GAGNÉ? Si l’on par­court la lis­te des motifs qui ali­men­tent la radi­ca­li­sa­tion, dres­sée par Domi­ni­que Boul­lier, qui rejoint cel­le des maux de notre socié­té, on se rend comp­te que rien d’essentiel ne chan­ge­ra, et que rien ne peut nous pro­té­ger de cri­mes qui résul­tent de nos erreurs et de nos confu­sions. Com­me celui de la socié­té amé­ri­cai­ne après le 11 sep­tem­bre, c’est un som­bre hori­zon que des­si­ne l’après-Charlie. Pas­sé le moment de com­mu­nion, aucun élé­ment concret ne per­met pour l’instant de croi­re que ce ne sont pas les plus mau­vais choix qui seront rete­nus.

(*) André Gun­thertcher­cheur en his­toi­re cultu­rel­le et étu­des visuel­les (EHESS)

(Arti­cle paru dans L’image socia­le -13 jan­vier 2015 )



Effet Charlie ? Libé saisi par le blasphème

Sans dou­te conta­mi­né par le « virus Char­lie » et ses agents por­teurs héber­gés dans ses locaux, Libé­ra­tion se lâche à son tour. Sa une de demain 16 jan­vier annon­ce un défou­le­ment blas­phé­ma­toi­re tous azi­muts. Tant qu’à blas­phé­mer, arro­sons gaie­ment et lar­ge­ment. Une bon­ne foi(s ) pour tou­tes ?  Vingt guieux que non ! le sujet étant inépui­sa­ble – ce qu’on appel­le les éner­gies renou­ve­la­bles, cen­sées ali­men­ter l’écologie men­ta­le… 

charlie libé blasphemes

Libé 16/1/15


Personne n’est obligé de lire « Charlie Hebdo » !

charlie hebdo libé

[ Libé du jour 14/1/15

Charlie Hebdo reparaît. On reparle donc du blasphème, plus que de liberté, qui est centrale, essentielle, non négociable. Libre au blasphémé de le faire savoir dans son "Charia Hebdo", par exemple. Libre aussi à tout religieux de ne pas s'adonner à ce qui le chiffonne. En liberté, personne n’est obligé à quoi que ce soit, pas même de lire Charlie Hebdo si ça risque de le déranger ! Autrement dit on a le choix, librement. Tandis que les fanatiques d’Allah, les semeurs de mort à la kalachnikov n’ont laissé aucun choix, aucune liberté à leurs dix-sept victimes.

Ce ne serait pas si compliqué si une moitié de la planète ne pensait pas précisément le contraire. Et même bien plus que la moitié si aux fondamentalismes religieux on ajoute les intégrismes politiques. Il serait d’ailleurs plus simple, pour l’inventaire, de comptabiliser les exceptions. Lesquelles n’étant pas non plus exemptes de tout péché dans ce domaine si sensible aux fluctuations, aux tentations, aux faiblesses autoritaires, facilement liberticides.

charlie hebdo faber

© faber

Charlie reparaît, les regards se tournent vers lui, les consciences se soulagent… et voilà qu’on embastille un Dieudonné ! Du moins l’a-t-on « interpellé ». La question jaillit [Le Monde] : « Pourquoi Dieudonné est-il attaqué alors que “Charlie Hebdo” peut faire des “unes” sur la religion ? » Parce que sa provocation c’est de l’apologie du terrorisme. Certes… Parce que la Liberté ne serait qu’un concept, une lampe allumée au loin, un phare dans la tempête humaine. Parce que la Fraternité est une utopie et l’Égalité un leurre ? Peut-être et raison de plus pour œuvrer à la Justice, autant que faire se peut, dans la complexité du vaste monde et des esprits plus ou moins errants. Et surtout pas dans la Vérité, cette redoutable tueuse. Le dernier mot (ici) à mon vieux pote Montaigne : « Mieux vaut penser contre soi-même que consolider la matière de ses propres convictions ».


« Je suis Charlie ». Les mots, les images, les symboles

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© Mar­tin Argy­ro­glo

Cette pho­to, vite deve­nue emblé­ma­ti­que, a été pri­se par Mar­tin Argy­ro­glo, un pho­to­gra­phe indé­pen­dant. Elle a été par­ta­gée sur Twit­ter des mil­liers de fois. Le cli­ché a été qua­li­fié de « plus bel­le pho­to de la mani­fes­ta­tion », d’instantané « his­to­ri­que » et, com­me tel, com­pa­ré au tableau d’Eugène Dela­croix, La Liber­té gui­dant le peu­ple. Le pein­tre s’était ins­pi­ré du sou­lè­ve­ment popu­lai­re pari­sien contre Char­les X, les 27, 28 et 29 juillet 1830, connues sous le nom des Trois Glo­rieu­ses.

On remar­que­ra aus­si sur cet­te ima­ge, au pied de Mada­me LaNa­tion, une pan­car­te au gra­phis­me typé sou­vent vu dans les manifs. Et pour cau­se : son auteur est un fer­vent pra­ti­quant des manifs, dès lors qu’il en épou­se la cau­se, en Fran­ce et en Euro­pe. Un repor­ter du Monde.fr a retrou­vé ce mili­tant.

L’homme-pancarte par lemon­de­fr

Une autre pho­to tient la vedet­te de cet­te actua­li­té, elle a été pri­se par un pho­to­gra­phe de Nan­tes, Sté­pha­ne Mahé, venu en ren­fort pour l’agence bri­tan­ni­que Reu­ters. Appe­lée « Le crayon gui­dant le peu­ple », elle immor­ta­li­se Char­les Bous­quet, un jeu­ne comé­dien de Lama­lou-les-Bains (Hérault) armé d’un crayon géant et ins­tal­lé sur Le Triom­phe de la Répu­bli­que, pla­ce de la Nation.

Le Crayon guidant le peuple charlie

« Le Crayon gui­dant le peu­ple ». © Sté­pha­ne Mahé, Reu­ters                                                     Le tableau d’Eugène Dela­croix, 1830



« Charlie ». Retour sur images, appel aux Lumières

Un 11 jan­vier bien sûr mémo­ra­ble. Quel­ques ima­ges ci-des­sous (cli­quer des­sus pour les agran­dir) com­me matiè­re à ques­tions, pour ne pas tom­ber dans l’angélisme lié aux gran­des com­mu­nions et à leurs len­de­mains désen­chan­tés – on se sou­vient des « Blacks-Blancs-Beurs » por­tés par l’utopie foot­bal­leu­se de la Cou­pe du mon­de (1998), retom­bée com­me un souf­flé. Sei­ze ans après, l’intégration des immi­grés demeu­re plus que pro­blé­ma­ti­que : ghet­tos des BANLIEUES, ins­tal­la­tion du Front natio­nal, isla­mis­me, anti­sé­mi­tis­me, désar­roi des ensei­gnants, impuis­san­ce des poli­ti­ques. Le tout sur fond de mon­dia­li­sa­tion libé­ra­le dévas­ta­tri­ce avec ses ter­ri­fiants corol­lai­res : chô­ma­ge galo­pant, guer­res de reli­gion et guer­res tout court, l’économie aux mains des finan­ciers, abî­mes entre riches tou­jours plus riches et pau­vres tou­jours plus pau­vres, pilla­ge éhon­té des res­sour­ces natu­rel­les, dés­équi­li­bres éco­lo­gi­ques et affo­le­ment du cli­mat pla­né­tai­re, mena­ces gran­dis­san­tes sur les espè­ces végé­ta­les et ani­ma­les – jusqu’à l’espèce humai­ne. Seul, ou pres­que, l’obscurantisme se por­te bien. Le pes­si­mis­me aus­si, quand « les bras nous en tom­bent ». Ce ne fut pas le cas ce diman­che 11 jan­vier, pen­dant ces quel­ques heu­res où, pour quel­ques mil­lions d’humains, « le ciel était tom­bé sur ter­re ». Sur ter­re où il s’agit bien de redes­cen­dre et d’y allu­mer les Lumiè­res.


« Charlie ». Le jour d’après

par Ser­ge Gar­de, ancien jour­na­lis­te

Le cœur ser­ré, diman­che, j’ai défi­lé à Paris, pour ren­dre hom­ma­ge aux Char­lie assas­si­nés et pour défen­dre la liber­té de rire de tout, et même de leur mort.

Une lar­me dans ce tsu­na­mi de soli­da­ri­té et de pro­tes­ta­tion.

J’ai mani­fes­té pour la liber­té d’expression, la liber­té de la pres­se, et pour tou­tes ces valeurs qui fon­dent mon ADN répu­bli­cai­ne, fai­sant mien­ne l’irrévérente imper­ti­nen­ce qui carac­té­ri­se l’humour de Charb, Cabu, Wolins­ki, Hono­ré, Tignous et des autres…

Sans oublier cel­le de notre Siné per­ma­nent…

J’ai par­ti­ci­pé, avec ces qua­tre mil­lions de Char­lie, modes­te­ment mais assu­ré­ment, à créer un de ces moments de com­mu­nion qui redon­nent à ma Fran­ce ses cou­leurs arc-en-ciel : Liber­té, Soli­da­ri­té, Fra­ter­ni­té, Laï­ci­té, Tolé­ran­ce, Res­pect de la vie…

Ren­tré chez moi, j’ai consta­té le fos­sé creu­sé entre ce dont étaient por­teurs l’immense majo­ri­té des Char­lie et ce quar­te­ron de « lea­ders mon­diaux » enkys­tés en tête de la mani­fes­ta­tion. Eux, à quel­ques excep­tions près, n’étaient pas des Char­lie, mais des ser­gents recru­teurs… Ils ten­taient d’enrôler les mar­cheurs de la Répu­bli­que dans « leur » « guer­re au ter­ro­ris­me ! »

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Un fos­sé ? Un gouf­fre !

Mais de quel ter­ro­ris­me par­lent-ils ? Tra­quer mieux les fous d’un dieu (quel qu’il soit !) ou d’une théo­rie mor­ti­fè­re, oui, cent fois oui ! Mais jus­ti­fier par cet­te pseu­do guer­re (un concept créé à la Mai­son Blan­che) les cri­mes com­mis contre des civils dans des pays qui n’intéresseraient pas l’Occident s’ils ne pos­sé­daient pas d’immenses res­sour­ces éner­gé­ti­ques, non ! La pla­ce d’un Neta­nya­hu n’est-elle pas plu­tôt devant le Tri­bu­nal pénal inter­na­tio­nal pour y répon­dre des cri­mes de guer­re qu’il a com­mis ? Et déjà Valls et ses pairs envi­sa­gent, au nom de cet­te guer­re contre « LE » ter­ro­ris­me, de res­trein­dre par la loi nos liber­tés publi­ques ! Cel­les que, jus­te­ment, les 12 Char­lie assas­si­nés défen­daient !

Pas­sé cet inou­blia­ble diman­che de pure émo­tion et de soli­da­ri­té, le temps de la réflexion s’impose pour nous qui res­tons dans la cruel­le beau­té du réel.

Ser­ge Gar­de, ancien jour­na­lis­te


« Je suis Charlie ». Pourquoi je n’irai pas défiler, par Faber

allah charlie

Jusqu’à La Mec­que… 😉

Pour dire vrai, je com­men­ce à en avoir plein les bot­tes de ces com­mé­mo­ra­tions. Ça n’a pas tar­dé. Je ne m’appelle pas Char­lie. Je n’irai pas à la manif. Et je pen­se que même Cabu et sur­tout Wolins­ki auraient pré­fé­ré bai­ser que s’emmerder un diman­che aprém” dans les rues sous la pluie. Purée, je rêve, tout le mon­de est Char­lie ? Qui le lisait ? Un mil­lion de thu­ne tom­be pour fai­re vivre les morts. Ça ne mar­che pas, c’est même vomi­tif.

Si le mec (gen­re Colu­che qui cau­se) il aimait Char­lie, ben il avait que ache­ter Char­lie. Y avait des des­sins avec des fem­mes à poils, ouah la rise. J’ai eu le mal­heur de dire la même cho­se sur Média­part.

Je suis trai­té de mer­de et fer­me ta gueu­le. Pour­tant, moi, poli et tout. Les Tshirt Char­lie, les pots de mou­tar­de Char­lie, les cas­quet­tes et por­te-clés, c’est pathé­ti­que. Et sur­tout ça vient tard com­me la thu­ne de Fleu­re Pel­le­rin et autres cro­que­morts. Non, non. Il faut don­ner la chan­ce aux des­si­na­teurs VIVANTS, jeu­nes ou vieux. IL FAUT que les jour­naux, papiers ou élec­tro­ni­ques ouvrent leurs pages aux des­si­na­teurs.

C’est un médium spé­ci­fi­que le des­sin, pro­pre et même sale à la pres­se. Les lec­teurs sau­tent des­sus. Car expres­sion direc­te. Dans un des­sin, on ne peut pas chan­ger une ligne, une vir­gu­le, une intro, une chu­te. Bien sûr, je par­le de des­sin, pas des mer­des beso­gneu­ses avec des noms sur des vali­ses, des pan­neaux et plein de bla­bla.

On ne des­si­ne pas à la radio com­me ten­te de le fai­re croi­re Fran­ce Inter. Les des­si­na­teurs meu­rent de faim, de froid, de la médio­cri­té et de la trouille des patrons de pres­ses. Les patrons de pres­se aiment Plan­tu qui fait l’instit” et pen­se lui aus­si que les lec­teurs ont besoin d’explications. Mais les lec­teurs regar­dent ARTE et ne lisent pas que des tor­chons et devant la machi­ne à café ou ailleurs, il y a des gens géniaux qui ramè­nent leur tron­che, des gran­des gueu­les et cela vaut bien un des­sin par­fois. Les lec­teurs sont intel­li­gents

Pour­quoi Char­lie ? Les mecs, les nanas (peu) les meilleurs crayons, ont dû créer leur jour­nal pour s’exprimer et vivre. quel est le réd” chef aujourd’hui qui rece­vrait un Rei­ser, un Gébé, un Cabu ? Regar­der cinq minu­tes seule­ment ses des­sins ? Modes­te­ment, je rela­te un truc : un réd chef (et mer­de à son jour­nal) me dit qu’il ado­re mes des­sins. Mais, rajou­te t-il, les lec­teurs ne com­pren­draient pas. Voi­la un exem­ple.

Le réd chef pen­se que ses lec­teurs sont des cré­tins. Et il conti­nue à leur ser­vir la sou­pe tiè­de. Et sur­tout il n’a jamais regar­dé une ima­ge, il ne sait pas par­ler des­sin. C’est pour­quoi je n’irai pas à la manif. C’est pour­quoi je conti­nue­rai à des­si­ner.

La grand mes­se des convain­cus de la liber­té ?

Mais ils sont où dans le civil ces révol­tés du bri­quet et de la flam­me au bord de la fenê­tre ? Oui, je suis tris­te et amer ce soir. Et je n’aime pas les défi­lés.

André Faber

cabu charlie canard enchaine

Le der­nier des­sin de Cabu paru dans le Canard, le jour-même de son exé­cu­tion. On en était au fils du beauf. Entré dans les dic­tion­nai­res, le beauf res­te­ra aus­si dans l’Histoire com­me « per­son­na­ge concep­tuel », selon l’expression de Deleu­ze, repri­se par Onfray. [Cli­quer pour agran­dir]


« Je suis Charlie ». Sophia Aram se demande…


L’hommage de Sophia Aram à Char­lie Heb­do sur Fran­ce Inter

« Et Dieu dans tout ça ? », s’interroge Sophia Aram, tou­te dubi­ta­ti­ve après la per­te de ses copains de Char­lie. Notons, à pro­pos de la célè­bre inter­pel­la­tion,  que si  son auteur, Jac­ques Chan­cel, a été épar­gné par les fous d’Allah c’est par­ce qu’il a pré­fé­ré mou­rir avant leurs accès de cha­ri­té isla­mis­te. Enco­re que, ne fai­sant pas par­tie de cet­te ban­de de mécréants désor­mais déci­mée, il aurait sans dou­te été épar­gné. Pour­quoi Allah n’aurait-il pas eu des bon­tés envers un croi­sé com­me lui, si média­ti­que et chré­tien, ami des grands de ce mon­de, de Nico­las Sar­ko­zy et de Car­la ?


« Je suis Charlie ». Non, Dieu n’est pas grand *

Des mil­liers de citoyens ont mani­fes­té hier leur soli­da­ri­té avec les dou­ze vic­ti­mes de l’affreux car­na­ge de ce 7 jan­vier à Char­lie Heb­do, jour noir pour la Fran­ce, la démo­cra­tie, la liber­té d’expression, l’humanité digne de ce nom. Que ces meur­tres affreux aient été per­pé­trés au nom d’Allah méri­te pour le moins de s’interroger sur la gran­deur de ce dieu et de ses « ser­vi­teurs ». D’où ces quel­ques remar­ques et réflexions pour ten­ter d’éclairer nos lan­ter­nes vacillan­tes…

Dernier Charb. Prémonitoire…

Der­nier Charb. Pré­mo­ni­toi­re…

Inuti­le de pren­dre des gants : cet atten­tat est signé. Il l’est d’abord par sa cible : un jour­nal libre et liber­tai­re, ico­no­clas­te jusqu’à la pro­vo­ca­tion, irré­li­gieux sinon anti-reli­gieux. Un jour­nal qui s’en pre­nait tout spé­cia­le­ment aux inté­gris­tes musul­mans et avait trans­gres­sé (du point de vue de l’islam) l’interdit de la repré­sen­ta­tion ima­gée de Maho­met. Signé, cet atten­tat l’est aus­si clai­re­ment par les pro­fé­ra­tions ver­ba­les de ses auteurs rap­por­tées par des témoins pro­ches, confir­mées par les décla­ra­tions du pro­cu­reur de la Répu­bli­que.

Le carac­tè­re reli­gieux de ces actes est donc indé­nia­ble, quel­les que soient les déné­ga­tions des repré­sen­tants offi­ciels des trois mono­théis­mes et de leurs varian­tes. Ceux-ci s’emploient dans le même empres­se­ment et la même una­ni­mi­té à se déso­li­da­ri­ser des auteurs de l’odieux atten­tat qu’ils n’hésitent pas à qua­li­fier de « bar­ba­res ». Dont acte. Com­ment pour­rait-il en être autre­ment ?

Mais les cler­gés – je sou­li­gne : les appa­reils reli­gieux, pas les croyants – ont une évi­den­te urgen­ce à se dédoua­ner de leurs res­pon­sa­bi­li­tés his­to­ri­ques en matiè­re de bar­ba­ries pas­sées, qui ne sont pas que loin­tai­nes dans l’Histoire. Les guer­res de reli­gion en Fran­ce valaient bien, dans leur gen­re, cel­les des schis­mes musul­mans actuels. Les hor­reurs d’Al Quaï­da, d’Aqmi, de l’« État isla­mi­que » n’ont rien à envier à la « sain­te inqui­si­tion ». Autres lieux, autres temps, mêmes mœurs sur l’air de l’intolérance obs­cu­ran­tis­te, la sau­va­ge­rie sadi­que, la tor­tu­re des plus fai­bles, fem­mes et enfants, jusqu’aux pires per­ver­sions sexuel­les.

J’entendais dans le pos­te ce matin Axel Kahn, émi­nent spé­cia­lis­te de la bio-éthi­que, affir­mer qu’il ne voyait pas en quoi les déri­ves meur­triè­res des isla­mis­tes, tout com­me cel­les de tel fana­ti­que juif impli­quaient leurs reli­gions res­pec­ti­ves. Vrai­ment ? Et d’ajouter, en sub­stan­ce : je vou­drais prou­ver qu’on tue autant au nom de Dieu que de pas Dieu. Oui, dit de cet­te maniè­re. Il en va autre­ment si on étend cet­te notion de Dieu à cel­le de croyan­ce qui, dès lors, per­met de ran­ger sous une même ban­niè­re les « reli­gions » du nazis­me et du sta­li­nis­me. Obser­vons leurs rites, leurs cre­dos, leurs prê­tres, tem­ples – et leur sata­nées obses­sions anti-vie, et leurs « mains noi­res enfon­cées dans le ven­tre des hom­mes » (Panaït Istra­ti, retour d’URSS). Et j’étendrais volon­tiers la lis­te à la reli­gion du foot­ball !

  charlie

Des­sin de Wolins­ki

Maints obser­va­teurs, anthro­po­lo­gues et autres, affir­ment que l’être humain serait « par essen­ce » un être croyant. J’ai ten­dan­ce à le pen­ser aus­si. Tout en en dédui­sant la néces­si­té, dans un pro­ces­sus d’évolution, d’œuvrer contre soi-même, au besoin, à s’alléger du poids des­di­tes croyan­ces, de s’élever autant que pos­si­ble, com­me « un enfant jouant au bord de la mer » pour repren­dre cet­te expres­sion d’un New­ton (qui était déis­te). Rien d’original en cela, s’agissant de pro­lon­ger – mais ce n’est pas si sim­ple – ce pro­fond mou­ve­ment enga­gé au XVIIIe siè­cle et que, pré­ci­sé­ment on a dénom­mé Lumiè­res, par oppo­si­tion à l’obscurantisme domi­nant jus­que là tou­te la pla­nè­te – à l’exception nota­ble de l’Antiquité grec­que et romai­ne avec leurs admi­ra­bles phi­lo­so­phes et pen­seurs.

S’alléger de ses croyan­ces, à mon sens, ne signi­fie pas pré­ten­dre s’en défai­re tota­le­ment – d’autant qu’il en est d’utiles, quand elles aident à vivre ou a sur­vi­vre face à l’adversité et à la déses­pé­ran­ce, ou quand elles sont néces­sai­res à la com­mu­nau­té humai­ne pour lui assu­rer, lui cimen­ter sa cohé­sion, com­me en ce moment par exem­ple où des valeurs sacrées se trou­vent pié­ti­nées. Le sacré, au sens laï­que, étant ce qui est deve­nu non négo­cia­ble pour une socié­té ; ain­si pour les Fran­çais, la Fra­ter­ni­té, l’Égalité, la Liber­té. Je les mets exprès dans cet ordre inver­se à l’officiel, par urgen­ce et prio­ri­té. J’y ajou­te bien sûr la Laï­ci­té, qua­triè­me pilier de notre « cho­se publi­que », la res publi­ca, dont on décou­vre les si for­tes ver­tus en ce moment d’ébranlement des valeurs mora­les. Car c’est bien cet­te Laï­ci­té qui nous per­met jusqu’à main­te­nant, depuis 1905 avec la sépa­ra­tion des égli­ses et de l’État, et non sans dif­fi­cul­tés pério­di­ques, de main­te­nir les Lumiè­res allu­mées, dont pré­ci­sé­ment cel­les de la pres­se, libre jusqu’à la sati­re, la paro­die, la cari­ca­tu­re, l’irrévérence – bref, ce néces­sai­re contre-pou­voir, ce vac­cin contre l’obscur.

Voi­là sans dou­te ce que la tra­gé­die du 7 jan­vier 2015 aura réveillé dans les conscien­ces par­fois ramol­lies de notre vieux pays, conscien­ces ramol­lies peut-être, mais donc pas vrai­ment étein­tes. Et là, je son­ge au vieil Hugo, allez savoir pour­quoi : « Et l’on voit de la flam­me aux yeux des jeu­nes gens, / Mais dans l’œil du vieillard on voit de la lumiè­re. » [Booz endor­mi] Je dois son­ger au tui­la­ge néces­sai­re des géné­ra­tions : Cabu, Hono­ré, Wolins­ki, les sep­tuas bien enta­més, & Charb, Tignous, jeu­nes qua­dras.

Qu’est-ce qui consti­tue un ciment pour nos socié­té plus ou moins éclai­rées, par­fois assom­bries ? Un liant com­mun qui per­met­te un consen­sus, lequel étant sou­vent pas­sa­ger, puis fluc­tuant, avant de se déli­ter.

Hier, aujourd’hui, c’est le « Je suis Char­lie » – com­me il y eut avec des for­tu­nes diver­ses « Nous som­mes tous des juifs alle­mands » ou « Nous som­mes tous des Amé­ri­cains »… Une situa­tion, un dra­me, un mot der­riè­re les­quels cha­cun se recon­naît, ou croit se recon­naî­tre sous des valeurs com­mu­nes. En fait, sous ces géné­ra­li­sa­tions abu­si­ves, cha­cun gar­de ses croyan­ces, à l’occasion ren­for­cées, venant réchauf­fer ses cer­ti­tu­des dans la fer­veur de la mas­se, la com­mu­nion – la mes­se. Ce fris­son d’église qu’on peut connaî­tre dans les manifs, où notre uto­pie sem­ble à por­tée de ban­de­ro­les et de slo­gans, de caté­chis­mes.

charlie hebdo

Des­sin de Wolins­ki

Qu’y a-t-il donc der­riè­re cha­que peti­te pan­car­te « Je suis Char­lie » ? Pour repren­dre une for­mu­le célè­bre (le bou­quin de Badiou sur Sar­ko­zy ) « De quoi Char­lie est-il le nom ? » Quel­les inten­tions sous ten­dues der­riè­re l’indignation, sous la sin­cé­ri­té appa­ren­te. Entre l’anti-Arabe de base, le sio­nis­te dégui­sé, l’allumé(e) de la Manif pour tous, le gau­chis­te de ser­vi­ce, les poli­ti­ciens en quê­te de bla­son à redo­rer, des lec­teurs de Houel­le­becq et Zem­mour, pau­més com­me eux, enfin la Le Pen et sa guillo­ti­ne, on trou­ve­ra cin­quan­te autres nuan­ces de gri­sâ­tre et autres matiè­res à ren­for­cer son sys­tè­me de valeurs.

Une de ces nuan­ces cepen­dant méri­te qu’on s’y arrê­te ; c’est cel­le de l’islamophobie, sans dou­te par­mi les plus répan­dues car elle répond :

– D’une part direc­te­ment à l’actualité nour­rie et entre­te­nue, de fait par les évé­ne­ments, de Char­lie à Meh­ra, du Mali au Pakis­tan, de la Libye à l’Indonésie en pas­sant par la Soma­lie, le Yémen, la Syrie, l’Irak, l’Iran, Israël, la Pales­ti­ne, le Liban, jusqu’à l’Afghanistan et j’en pas­se. Il y a là tout un arc géo-poli­ti­que (ne pas oublier l’islamisme chi­nois !) qui s’est amal­ga­mé à par­tir du pétro­le saou­dien et per­si­que, pour s’étendre tel­le une pol­lu­tion pla­né­tai­re dou­blée de pétro-dol­lars et appe­lant à un sur­croît de bigo­te­rie cora­ni­que des­ti­née à rache­ter, en appa­ren­ce, la riches­se cou­pa­ble.

– D’autre part, cet­te isla­mo­pho­bie pré­sen­te un autre avan­ta­ge non négli­gea­ble : en dési­gnant les affreux isla­mis­tes, elle déli­vre un blanc seing aux par­ties pré­sen­ta­bles des mono­théis­mes. Une opé­ra­tion de blan­chi­ment, en quel­que sor­te, concer­nant tout le vas­te champ des opia­cées léga­li­sées à l’intention des Peu­ples… Ce qu’une bel­le astu­ce gra­phi­que expri­me ain­si, allé­luia ! :
photo

Coexist-ence pacifique ?

Coexist-ence paci­fi­que ?

Peut-être com­pren­dra-t-on mieux ain­si la hâte appli­quée à fai­re appa­raî­tre les ter­ro­ris­tes isla­mis­tes com­me des « loups soli­tai­res », des ano­ma­lies dans le flot nor­mal des bon­nes reli­gions bien soli­dai­res. Une reli­gion étant une sec­te qui a réus­si – un peu com­me le gara­ge de Ste­ve Jobs est deve­nu la mul­ti­na­tio­na­le d’Apple… si je puis me per­met­tre cet ana­chro­nis­me –, elle se radi­ca­li­se en deve­nant mono­po­lis­ti­que, avant d’éclater en diver­ses conces­sions à la dou­ce modes­tie retrou­vée. Etc. Ain­si s’autoproclament le bon chris­tia­nis­me, le bon judaïs­me, le bon islam…

Opé­ra­tion de pas­se-pas­se avec retour vers l’obscur où se com­plai­sent les mar­chands d’illusion, les spé­cu­la­teurs de l’au-delà et, au bout du comp­te, les fous de Dieu et autres hal­lu­ci­nés des arriè­re-mon­des pour qui une insul­te contre leur foi est une infrac­tion plus gra­ve que l’assassinat de dou­ze êtres humains.

charlie

Phi­lip­pe Gelu­ck

Mais pour­quoi cet­te vio­len­ce meur­triè­re ? Autre et vas­te sujet que je ne sau­rais épui­ser ici (avant d’épuiser le lec­teur !). On revien­drait néces­sai­re­ment au prin­ci­pe d’Égalité, bafoué par­tout dans le mon­de et com­me coa­gu­lé en un point focal appe­lé Pales­ti­ne où la sages­se et la rai­son – les lumiè­res pour tout dire – vien­nent se fra­cas­ser contre le mur noir des mytho­lo­gies nour­ries d’antiques super­sti­tions.

Répu­diés, tor­tu­rés, assas­si­nés pour rien, les Gali­lée, Gior­da­no Bru­no, Che­va­lier de la Bar­re ? Pour que des siè­cles et des années plus tard rejaillis­se le spec­tre du tota­li­ta­ris­me théo­cra­ti­que ? Le der­nier mot, pro­vi­soi­re, à Ber­trand Rus­sell, Pour­quoi je ne suis pas chré­tien,1927 : « Un mon­de humain néces­si­te le savoir, la bon­té et le cou­ra­ge; il ne néces­si­te nul­le­ment le culte et le regret des temps abo­lis, ni l’enchaînement de la libre intel­li­gen­ce à des paro­les pro­fé­rées il y a des siè­cles par des igno­rants. »

–––

* Dieu n’est pas grand. Com­ment la reli­gion empoi­son­ne tout. Chris­to­pher Hit­chens, éd. Bel­fond, 2009. Tra­duit de l’américain par Ana Nes­sun. Extrait : « Si vous consi­dé­rez pour­quoi vous avez choi­si une (for­me de) reli­gion par­mi tou­tes cel­les qui exis­tent, en éli­mi­nant tou­tes les autres, alors vous com­pren­drez peut-être pour­quoi moi, je les ai tou­tes éli­mi­nées. »


« Je suis Charlie ». Photos de Marseille et Paris

Soli­da­ri­té, digni­té, émo­tion. Les ima­ges en disent long. Ici pla­ce de la Répu­bli­que à Paris [Pho­tos de Ber­nard Nan­tet] et sur le Vieux port à Mar­seille [Pho­tos de Gérard Pon­thieu]. Cli­quer sur cha­que ima­ge pour l’agrandir.

 


« Je suis Charlie ». Jour de deuil

charlie hebdo

L’équipe de Char­lie. Cli­quer des­sus pour agran­dir [DR]

morts charlie

Les dou­ze morts, et n’oublions pas les onze bles­sés.

proxy


Charlie Hebdo. Le carnage contre la Liberté

Qu’ajouter enco­re à l’horreur et à la sau­va­ge­rie ? Bien sûr, expri­mer une soli­da­ri­té de base, humai­ne, qui man­que par­fois tel­le­ment dans ce mon­de débous­so­lé. S’en pren­dre – par la mort – à la liber­té de pen­ser, d’exprimer, de s’opposer, de res­pi­rer, de rire, d’aimer, de vivre quoi, c’est choi­sir l’abject, la vio­len­ce meur­triè­re, l’abomination en même temps que la néga­tion de sa pro­pre huma­ni­té. Et pour­tant, s”« ils » en sont, de cet­te huma­ni­té, com­ment ne pas en dou­ter ?

Evoquer ce dra­me peut aus­si, pour ma géné­ra­tion, ren­voyer à ces années de lut­te à la loya­le où, mal­gré tout et en démo­cra­tie même impar­fai­te, le délit de pres­se ne se réglait pas à la mitraillet­te. Une inter­dic­tion suf­fi­sait et, cer­tes, c’était déjà into­lé­ra­ble. C’est dire à quel point les mots sont fai­bles aujourd’hui pour qua­li­fier… l’inqualifiable.

Je pen­se à Hara-Kiri heb­do et à sa méta­mor­pho­se for­cée en l’actuel Char­lie Heb­do, lors­que des aya­tol­lahs d’opérette poli­ti­cien­ne, en quel­que sor­te et avec le recul du temps, en avait pro­non­cé l’arrêt de mort – n’empêche ! – pour cau­se de « bal tra­gi­que » à la mort de de Gaul­le (1970).

Je pen­se aus­si, par ce retour au pas­sé, à l’interdiction qui frap­pa la revue Sex­pol que je diri­geais et qui nous valut cet­te bel­le soli­da­ri­té notam­ment mani­fes­tée alors par Libé­ra­tion et par la ban­de de Char­lie, en tête de laquel­le : Cho­ron, Gébé, Cavan­na (morts), Wolins­ki et Cabu, qui vien­nent d’être atro­ce­ment abat­tus avec leurs autres cama­ra­des.

Tou­tes pro­por­tions gar­dées, car à une autre échel­le, je ne peux m’empêcher de pen­ser aux atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001. Ne som­mes-nous pas là sur un même regis­tre, celui qui pous­se des cer­veaux très atteints (atteints par quoi ?, là est la vraie et vas­te ques­tion) à éta­blir des plans d’organisation d’un tel car­na­ge ? Si l’inspiration s’avère d’ordre « divin », com­me c’est pro­ba­ble, hélas ! elle ne fera qu’ajouter à la dia­bo­li­que confu­sion qui secoue le mon­de.

Lire aus­si : La pre­miè­re des reli­gions pour Char­lie-Heb­do : la Liber­té, par Daniel Chai­ze


Guillon-Besson : « Ne pas rire des faibles »

Ouver­tu­ret­te à droi­te donc, et pas de fer­me­tu­re à « gau­che ». Hir­sch s’en va en dou­ce, mais Kouch­ner et Bes­son res­tent. Au sujet de ce der­nier, ce n’est tout de même pas une raclée élec­to­ra­le qui va déci­der de la poli­ti­que de l’empereur. Bes­son donc demeu­re. Il demeu­re sur­tout la bête noi­re, le vilain canard, pour la gau­che com­me pour la droi­te. Il doit s’en payer de ces cau­che­mars! Ceux qu’il a cher­chés, il est vrai. En tête de Turc on ne trou­ve pas mieux. En quoi la der­niè­re char­ge contre lui de Sté­pha­ne Guillon n’est pas en soi des plus cou­ra­geu­ses. Fal­lait-il tirer sur la bête aux abois, de sur­croît invi­tée sacri­fi­ciel­le de Fran­ce inter au len­de­main même de l’élection qu’on sait? En tout cas, il fait face, par­le de tra­que et de racis­me à son endroit. Guillon, lui, pré­fè­re l’envers, la figu­re du trai­tre, la Mata-Hari de la poli­ti­que, ain­si qu’il en par­le dans une inter­view à Bak­chi­ch-info :

« Bes­son. C’est une nou­vel­le figu­re, le traî­tre. Les Fran­çais détes­tent. Ils sup­por­tent les oppor­tu­nis­tes, les canailles. Ils n’en veu­lent pas long­temps aux magouilleurs. Sur ce cré­neau des lâcheurs, vous avez le choix : Bes­son, Kouch­ner… Kouch­ner est le moins par­don­na­ble, par­ce qu’il repré­sen­tait de vraies valeurs : la géné­ro­si­té, le méde­cin, les ONG… Bes­son, c’est Joe Dal­ton, c’est pas faci­le par­ce que c’est trop faci­le, et là ça devient dan­ge­reux. Ces deux-là doi­vent se sen­tir bien seuls quand ils se retrou­vent chez eux. Ils n’ont plus d’image, et c’est la pire cho­se qui puis­se arri­ver à quelqu’un. »

Guillon se sait intou­cha­ble – rela­ti­ve­ment. Pour jouer une tel­le par­ti­tion, il se trou­ve pris dans une sor­te de sur­en­chè­re l’obligeant à tirer à vue – c’est sa mar­que – avec des char­ges tou­jours plus vio­len­tes, ce qui devient duraille à la lon­gue. Com­ment se fai­re éjec­ter par la radio publi­que (d’État sar­ko­zys­te) et périr ain­si en héros en proie à la vin­dic­te revan­char­de, au champ d’honneur de la libre expres­sion, en sol­dat hyper-connu de la cau­se cari­ca­tu­ra­le?

Mais pour intou­cha­ble il n’en est pas moins dans le col­li­ma­teur des pou­voirs. Un vrai déra­pa­ge, à la Le Pen ou Frê­che, et hop, débar­qué le gugus­se, au nom des droits et de la digni­té de l’Homme ! Val et Hees, ses employeurs de Radio Fran­ce savent ça et doi­vent s’en trou­ver bien emmer­dés. Ain­si Jean-Luc Hees qui, lun­di, s’est cru tenu de s’excuser auprès du minis­tre pour la chro­ni­que de Guillon. Sale bou­lot tout de même pour un Pdg. Ima­gi­nons celui de Renault s’excusant pour la cais­se pour­rie que vous venez de lui ache­ter… L’implacable mon­de de la socié­té spec­ta­cu­lai­re.

Mais Bes­son peut se conso­ler. Il ne figu­re tout de même pas dans cet­te pire caté­go­rie, cel­le des inco­lo­res et des fai­bles, qua­si invi­si­bles, qui n’entrent même pas dans le champ de tir de Guillon : «  Éric Woer­th et Luc Cha­tel : Catas­tro­phi­que, les inodo­res ! Je n’essaierai jamais de fai­re rire avec Éric Woer­th. Luc Cha­tel, c’est pareil, il a appris son métier chez L’Oréal où il a été DRH. Ces types sont clo­nés. Ils ne font que répé­ter le dis­cours du patron. Guy Bedos m’a dit un jour : “Méfie- toi de cer­tai­nes cibles”. Il ne faut pas rire des fai­bles. »


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

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